Le Défenseur nous donne une raison d’espérer

Sixième dimanche de Pâques, Année A – 21 mai 2017

Actes 8,5-8.14-17
1 Pierre 3,15-18
Jean 14,15-21

Les six premiers chapitres des Actes racontent l’histoire de la fondation et de la construction de l’Église à Jérusalem. Dans la première lecture d’aujourd’hui (Actes 8, 5-8.14-17) et de nouveau en Actes 10, 44-48 comme en Actes 19, 1-6, Luc distingue entre le baptême au nom du Seigneur Jésus et la réception de l’Esprit. Chaque fois, l’Esprit est conféré grâce à l’intervention de l’un des Douze (Pierre et Jean) ou de leur représentant (Paul). C’est très probablement une façon pour Luc de décrire le rôle de l’Église dans l’effusion de l’Esprit. Ailleurs dans les Actes, le baptême et l’Esprit sont associés de manière plus étroite (Actes 1,5; 11,16).

Que pouvons-nous apprendre de cette expérience ? Les écrits de Luc dans les Actes des Apôtres indiquent clairement que le don de l’Esprit n’est pas un privilège individuel. Et que la proclamation des Écritures n’est pas un processus purement cérébral qui serait affaire de théorie et d’intelligence. Il s’agit bien plutôt d’un processus qui exige une connaissance expérientielle de Jésus de Nazareth, le crucifié et le ressuscité. Aucun obstacle apparent – défaut physique, origine ethnique ou distance géographique – ne peut empêcher quelqu’un d’avoir accès à l’appel salvifique de la bonne nouvelle. Dieu travaille à accomplir ses objectifs quant au rayonnement de la mission de l’église (Luc 24,47; Actes 1,8). Le Seigneur Jésus jette les yeux sur des témoins potentiels et fait tout ce qu’il peut pour les former, les habiliter et les lancer sur les routes de la Parole.

Reconnaissez dans vos cœurs la sainteté du Christ, le Seigneur

La deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la Première Lettre de Pierre (3, 15-18), nous rappelle que la souffrance et la mort du Christ, lui qui est le juste, a sauvé les coupables (1 Pierre 3, 18) ; par sa résurrection il a reçu la vie nouvelle dans l’Esprit et il la communique aux croyants par le bain baptismal qui purifie leur conscience du péché. De même que la famille de Noé fut sauvée par l’eau, ainsi les chrétiens sont-ils sauvés par les eaux du baptême (1 Pierre 3, 19-22). Aussi n’ont-ils pas à partager la crainte des pécheurs ; ils devraient plutôt se réjouir dans la souffrance à cause de leur espérance dans le Christ. Leur innocence confond leurs accusateurs (1 Pierre 3, 13-16 ; cf. Matthieu 10, 28 ; Romains 8, 35-39).

Deux mille ans plus tard, les paroles que Pierre adresse à l’Église primitive continuent de retentir en nous avec force (1 Pierre 15s) :

C’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ.

Quelle est la raison de notre espérance ? Permettez-moi de rappeler ici ce que disait le pape Benoît XVI dans son homélie pour la Solennité des saints Pierre et Paul, à Rome, le 29 juin 2009 :

Très brièvement, je voudrais encore rappeler l’attention sur deux autres affirmations de la Première Lettre de saint Pierre, qui nous concerne tout particulièrement, à notre époque. Il y a tout d’abord la phrase aujourd’hui nouvellement découverte, sur la base de laquelle les théologiens médiévaux comprirent leur tâche, leur tâche de théologiens: « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Jésus Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (Ac 3, 15). La foi chrétienne est espérance. Elle ouvre la voie vers l’avenir. Et elle est une espérance qui est raisonnable ; une espérance dont nous pouvons et nous devons exposer la raison. La foi provient de la Raison éternelle qui est entrée dans notre monde et nous a montré le vrai Dieu. Elle va au-delà de la capacité propre de notre raison, tout comme l’amour voit davantage que la simple intelligence. Mais la foi parle à la raison et dans la confrontation dialectique, elle peut tenir tête à la raison. Elle ne la contredit pas mais elle va de pair avec elle et, dans le même temps, conduit au-delà d’elle – elle introduit dans la Raison plus grande de Dieu.

En tant que pasteurs de notre temps, nous avons le devoir de comprendre nous les premiers la raison de la foi. Le devoir de ne pas la laisser demeurer simplement une tradition, mais de la reconnaître comme une réponse à nos questions. La foi exige notre participation rationnelle, qui s’approfondit et se purifie dans un partage d’amour. Cela fait partie de nos devoirs en tant que pasteurs que de pénétrer la foi avec la pensée pour être en mesure de montrer la raison de notre espérance dans le débat de notre temps.

Le nouveau défenseur parmi nous

Dans l’Évangile de Jean, le deuil est palpable chez les apôtres au moment où Jésus se prépare à les quitter. Pierre lui demande : « Seigneur, où vas-tu ? » (Jean 13, 36) puis « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? » (Jean 13, 37). C’est à ces questions poignantes que Jésus répond : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous » (Jean 14, 15). Et Jésus présente alors le nouveau Défenseur (Paraclet) comme l’Esprit de vérité, méconnu du monde mais présence permanente chez les disciples (Jean 14, 17). Voilà bien le fondement de notre confiance en la direction de l’Esprit.

Le mot grec « paraclet » provient du langage juridique et désigne un avocat, le procureur de la défense. On pourrait aussi traduire le porte-parole, le médiateur, l’intercesseur, celui qui console et réconforte, encore qu’aucune de ces expressions n’exprime tout ce que Jean veut dire. Le Paraclet chez Jean est un maître, un témoin de Jésus, et en même temps le procureur de la poursuite contre le monde; le mot lui sert à désigner celui qui assure la présence continue sur terre du Jésus qui est retourné au Père.

Jésus est le premier défenseur (paraclet) ; voyez 1 Jean 2,1, où Jésus plaide notre cause en intercédant pour nous au ciel. La venue du Paraclet dans la communauté chrétienne signale le début d’une mission mondiale qui poussera les premiers chrétiens à franchir les frontières de leur monde. Si Jésus était le Défenseur pendant qu’il était sur terre, l’Esprit est maintenant un nouveau Défenseur, la présence de Jésus jusqu’à son retour. Ce Défenseur n’est pas un étranger mais plutôt la garantie de la fidélité à Jésus : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jean 14, 26). Et Jésus répète que le Défenseur va témoigner en son nom et mettre les disciples en mesure de témoigner, eux aussi. Pour situer ces passages, il faut se rappeler l’incertitude et la peur des disciples au début du livre des Actes. Avec la venue de l’Esprit, les disciples reçoivent la lumière et l’audace de témoigner avec clarté et avec courage.

Échapper au piège du passé

Le Défenseur ne sera pas seulement l’assurance de la fidélité et la source d’une proclamation audacieuse mais aussi le guide vers un avenir encore obscur : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître » (Jean 16, 12-13). Cette assurance de la présence et de la direction de l’Esprit permet aux disciples d’avancer vers l’avenir, d’affronter de nouveaux défis et de le faire avec créativité. Les disciples authentiques, fidèles à la personne et au message de Jésus, ne se laissent pas prendre au piège du passé. C’est l’Esprit qui rend possible la flexibilité, l’apprivoisement, l’adaptation, c’est lui qui permet à la nouveauté d’émerger, toujours dans un contexte de fidélité.

L’Esprit est notre guide, notre conseiller, la source de notre confiance et de notre sens de l’orientation. C’est l’Esprit qui garde l’espérance vivante dans nos cœurs alors que nous aspirons à la plénitude de la présence et de l’amour de Dieu. L’assurance de la présence et de la direction de l’Esprit nous donne les moyens, à nous, Ses disciples, d’avancer vers l’avenir et de relever de nouveaux défis avec créativité. Le disciple est fidèle à la personne et au message de Jésus sans tomber pas dans le piège du passé. C’est l’Esprit qui rend possible la flexibilité, l’apprivoisement, l’adaptation, c’est lui qui permet à la nouveauté d’émerger dans un contexte de fidélité. Les écrits de Luc dans les Actes des Apôtres montrent clairement que l’Esprit n’est pas un privilège individuel.

La mémoire vivante de l’Église

Ce nouveau Défenseur n’est pas simplement un porteur de procuration, envoyé remplacer le Seigneur en son absence : au contraire, il assure sa présence et celle du Père. Ils vont « venir chez » celui ou celle qui reste fidèle à la parole de Jésus, et ils vont faire chez lui/elle leur demeure. Mais pas chez les autres – ceux qui n’aiment pas le Seigneur et ne gardent pas sa parole. Le Paraclet demeure en quiconque aime Jésus et garde ses commandements ; sa présence échappe donc à la limite du temps (Jean 14, 15-17). Le Paraclet est tout aussi présent chez les disciples modernes de Jésus qu’il l’était dans la première génération chrétienne. Personne ne doit penser que Jésus a abandonné son Église aujourd’hui. Jésus continue de nous envoyer l’Esprit de Dieu, l’Esprit de vérité. L’Évangile nous dit que « celui que le Père enverra nous enseignera tout et nous fera souvenir de tout ce que Jésus nous a dit » (v. 26). Ce souvenir, ce rappel à la mémoire se trouve admirablement exprimé dans la nouvelle formulation qu’emploie le Catéchisme de l’Église catholique pour décrire le travail du Défenseur, « L’Esprit Saint est la mémoire vivante de l’Église » (n° 1099) :

La venue du Paraclet signale le début d’une vision mondiale qui pousse les premiers chrétiens à dépasser leurs frontières géographiques. Comme chrétiennes et chrétiens, la personne de Jésus Christ est notre « point de départ », notre espérance et notre but. Le Christ demande à l’Église de « faire des disciples de toutes les nations » (Matthieu 28, 19). Pour guider le travail de l’Église dans cette mission, le Christ envoie l’Esprit Saint au milieu de nous. Jésus présente le nouveau Défenseur comme « l’Esprit de vérité », méconnu du monde mais présence constante parmi les disciples (Jean 14, 17). Tel est bien le fondement de notre confiance en la direction de l’Esprit. Jésus a été le Défenseur pendant qu’il était sur terre avec les disciples. L’Esprit Saint est un nouveau Défenseur, la présence de Jésus qui guide l’Église jusqu’à son retour. Ce Défenseur n’est pas un étranger, mais bien la garantie de la fidélité à Jésus : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jean 14, 26).