Excommunier l’excommunication…

La tempête médiatique émanant du Brésil continue de faire des ravages. La blogosphère s’insurge contre cette excommunication dont nous vous parlions plus tôt cette semaine.

 

Pour l’évêque auxiliaire de Genève, Mgr Pierre Farine, l’excommunication est une sanction qui n’a plus sa place : « Je crois que cette arme ne doit plus être utilisée car elle n’est pas comprise » a expliqué Mgr Pierre Farine à un quotidien suisse. « Si on commence à excommunier ces personnes, pourquoi pas les exploiteurs financiers? Non, aujourd’hui cette arme a quelque chose d’anachronique ».

 

Plusieurs évêques français se sont exprimés sur cette affaire. Certains ont même écrit à l’évêque brésilien au cœur du débat. On retrouve sur le site de l’épiscopat français toutes ces lettres et commentaires.
C’est maintenant au tour des évêques québécois de s’exprimer sur la question. Voici leur message qui vient tout juste de nous être communiqué:

Avortement et excommunication au Brésil
Déclaration du président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec

Les viols d’enfants et l’inceste sont des crimes abjects qui nous inspirent horreur et dégoût.  Nous avons peine à exprimer la douleur et la tristesse que nous ressentons devant le drame épouvantable que vivent trop d’enfants et de familles confrontés à ces agressions inhumaines.
Le cas de la fillette brésilienne ainsi violée depuis des années et devenue enceinte est une tragédie sans nom.  Nous portons ce drame comme une autre manifestation du mystère du mal en ce monde et nous supplions le Seigneur de toute compassion, dans la prière, pour que cette enfant puisse être entourée de tout l’amour et de tous les soins possibles.

Nul besoin d’insister sur le fait que l’agresseur de cette petite fille doit être arrêté et jugé. Le processus judiciaire n’effacera pas toute la souffrance entourant ce drame mais il sera au moins la voix de la réprobation ressentie universellement devant une telle calamité.
La mère de l’enfant était confrontée à une situation humainement intenable. La petite était enceinte. Avec une équipe médicale, elle a décidé d’interrompre cette grossesse. On devine sans peine le calvaire qu’elle a vécu et qu’elle continue à vivre.
Bien sûr, l’avortement est aussi une tragédie et, sur le plan moral, c’est une faute très grave. Et oui, le Code de Droit canonique — le recueil des lois de l’Église catholique — prévoit l’excommunication de quiconque “procure un avortement”. Mais le même Code énumère aussi toutes les circonstances qui peuvent faire qu’une peine canonique ne s’appliquera pas ou sera atténuée. C’est notamment le cas quand une personne “a agi forcée par une crainte grave” (article 1324).
Nous invitons tous les catholiques et tous les croyants à se tourner vers le Seigneur, dans le secret de leur cœur, et à s’unir à notre prière pour toutes les personnes touchées par ce drame. En ce temps du Carême, nous prions aussi pour tous ceux et celles qui, à travers le monde,  voient leur vie déchirée quand des enfants sont maltraités et violentés. Et, à la suite du Christ, nous osons prier pour la conversion des criminels dont les actes ont des conséquences aussi affreuses.

+ Martin Veillette
Président
Assemblée des évêques catholiques du Québec

Une lettre qui permettra de calmer le jeu. Rarement ai-je vu des catholiques de tous horizons aussi horripilés par une décision d’un évêque… La place et l’usage de l’excommunication fera sûrement l’objet de débats palpitants dans les semaines à venir.

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