S+L logo

Fondation Catholique Sel et Lumière média


Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /home/salta5/public_html/index.php:4) in /home/salta5/public_html/fr/blogue/wp-includes/feed-rss2.php on line 8
Télévision Sel + Lumière http://seletlumieretv.org/blogue Pensées et réflexions de votre chaîne catholique Tue, 19 Sep 2017 14:13:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.8.1 Le Pape François loue la figure de sainte Françoise-Xavière Cabrini http://seletlumieretv.org/blogue/divers/le-pape-francois-loue-la-figure-de-sainte-francoise-xaviere-cabrini http://seletlumieretv.org/blogue/divers/le-pape-francois-loue-la-figure-de-sainte-francoise-xaviere-cabrini#respond Tue, 19 Sep 2017 14:13:18 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20330  

« Les grandes migrations d’aujourd’hui ont besoin d’un accompagnement plein d’amour et d’intelligence comme ce qui caractérise le charisme cabrinien, en vue d’une rencontre des peuples qui enrichisse tout le monde et génère union et dialogue et non séparation et hostilité.» Le Pape François rend hommage à la mémoire de sainte Françoise-Xavière Cabrini, patronne des migrants, et fondatrice des Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, à l’occasion du centenaire de sa mort.

Il a envoyé le 29 août 2017 une lettre, rendue publique seulement ce mardi 19 septembre, à la Supérieure générale de la congrégation à l’occasion de l’assemblée générale qui se tient à Chicago jusqu’au 23 septembre. Dans ce message, le Pape revient sur le parcours et l’œuvre de cette Italienne, née en 1850 en Lombardie, envoyée aux États-Unis par Léon XIII pour y assister les émigrés italiens. Elle meurt en 1917 dans son pays d’adoption dont elle deviendra la première sainte, en 1946.

Un charisme singulier

« Former et envoyer dans le monde entier des femmes consacrées, avec un horizon missionnaire sans limites, pas simplement comme des auxiliaires d’instituts religieux ou de missionnaires hommes, mais avec son propre charisme de consécration féminine, tout en étant pleinement et totalement disponibles à collaborer avec les Églises locales et les différentes congrégations qui se consacraient à l’annonce de l’Évangile ad gentes » : c’est ainsi que le Pape François décrit la vocation de sainte Françoise-Xavière Cabrini.

Il salue le nombre et l’importance des œuvres lancées durant sa vie en Italie, en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Amérique centrale, en Argentine et au Brésil. Aujourd’hui, « les déplacements conséquents de populations, et les tensions qu’ils génèrent inévitablement, font de Mère Cabrini une figure singulièrement actuelle ». François loue le lien qu’elle a su instituer entre l’attention aux situations de pauvreté et de fragilité, et la sensibilité culturelle qui a permis de raviver chez les émigrés la tradition chrétienne.

Le Pape apprécie aussi la manière dont, à travers ce retour à la religion, la sainte a su ouvrir des routes pour que les émigrés puissent s’intégrer pleinement dans la culture des pays d’accueil. « Les émigrés italiens furent accompagnés des Mères missionnaires pour être pleinement italiens et pleinement américains » écrit-il notamment. « La vitalité humaine et chrétiennes des émigrés devint ainsi un don pour les Églises et les peuples qui accueillent ». La vocation universelle de sainte Françoise-Xavière est ainsi la vocation de « chaque chrétien et de chaque communauté des disciples de Jésus ».

Source: http://fr.radiovaticana.va/news/2017/09/19/le_pape_fran%C3%A7ois_loue_la_figure_de_sainte_fran%C3%A7oise-xavi%C3%A8re/1337649

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/le-pape-francois-loue-la-figure-de-sainte-francoise-xaviere-cabrini/feed 0
« Vas-tu regarder d’un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/vas-tu-regarder-dun-oeil-mauvais-parce-que-moi-je-suis-bon-2 http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/vas-tu-regarder-dun-oeil-mauvais-parce-que-moi-je-suis-bon-2#respond Tue, 19 Sep 2017 01:00:33 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20317

Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire, Année A – 24 septembre 2017

Isaïe 55,6-9
Philippiens 1,20c-24.27a
Matthieu 20,1-16a

Quand Jésus enseigne en paraboles, il exprime de profondes vérités au moyen de récits et d’images toutes simples qui parlent à l’intelligence et au cœur. Dans l’Ancien Testament, l’emploi des paraboles correspond à une pédagogie très ancienne, ancrée dans la culture universelle et visant à donner un enseignement éthique qui s’applique à la vie de tous les jours à l’aide d’histoires symboliques qui mettent en scène des personnages et des situations concrètes. La plupart du temps, les premiers auditeurs de ces récits tiraient leurs propres conclusions. Parfois, les évangélistes ont ajouté une explication à l’histoire racontée par Jésus. Souvent, le caractère allusif de la parabole rend la sagesse de Jésus inaccessible aux auditeurs ou aux lecteurs mal disposés qui s’arrêtent à la lettre du texte.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Matthieu 20, 1-16a) sert à corriger les notions équivoques de droits acquis et de mérites. L’histoire reflète le contexte socio-économique de la Palestine au temps de Jésus. La parabole nous choque car elle heurte notre sens de la justice. Pour bien saisir la portée et l’impact du récit, il est essentiel de comprendre l’enchaînement des événements dans la parabole. Le maître du domaine engage des ouvriers pour sa vigne vers 6 heures du matin en convenant d’un salaire d’une pièce d’argent, ce qui est bien payé pour une journée de travail. On nous laisse deviner la générosité du maître qui engage des ouvriers à diverses heures de la journée. Se pourrait-il qu’au lieu d’avoir besoin de main-d’œuvre pour la vendange, le maître du domaine soit pris de compassion pour les ouvriers sans travail et pour leur famille ? La question reste ouverte.

Les travailleurs qui ont été engagés les premiers en appellent au bon sens, à l’équité, à la logique et à la raison. Ils ne se plaignent pas nécessairement de ce que les derniers engagés reçoivent un salaire mais ils estiment que si le maître du domaine se montre aussi généreux envers les derniers, il pourrait au moins leur accorder une prime, un bonus, à eux qui ont « enduré le poids du jour et de la chaleur ». Certains interprètes ont tenté d’atténuer ce manque d’équité en expliquant que la qualité du travail accompli par les derniers pendant la dernière heure équivalait peut-être à la journée de travail des premiers. D’autres commentateurs font valoir qu’un contrat est un contrat et que les ouvriers engagés à la première heure n’ont aucune raison de contester le salaire qui leur est versé puisque c’est bien la somme convenue. Le fait est que, d’un point de vue purement humain et en stricte logique, ils ont de quoi se plaindre. Cependant, cette parabole n’est pas une leçon d’éthique sociale ou de relations industrielles ; elle porte sur la radicalité de la générosité et de la compassion de Dieu et sur l’avènement du Royaume.

La pointe de la parabole (correspondant à la leçon formulée aux versets 19,30 et 20,16) s’exprime en Mt 20, 8-9, quand on voit non seulement que ceux qui ont été engagés sont payés dans l’ordre contraire à leur arrivée au travail mais encore qu’ils reçoivent tous exactement le même salaire pour leurs efforts ! La parabole atteint son point culminant au verset 15, avec la question du maître : « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? » Le maître de la vigne se réserve le droit de payer ses employés non pas sur la base de leurs mérites mais en fonction de sa propre compassion.

La générosité condamnée comme injuste

Dans la parabole d’aujourd’hui, pourquoi une telle générosité devrait-elle être condamnée comme injuste ? L’idée s’enracine et puise son sens le plus profond dans l’Ancien Testament qui conçoit que le Dieu créateur est bon et généreux envers tous ceux qui se tournent vers lui. C’est bien le Dieu en qui Jésus croit et vit mais, en la personne de Jésus, la compassion divine, la miséricorde divine, la bonté divine surpassent la justice divine. C’est pourquoi tous ceux et celles qui marchent à la suite de Jésus, ses disciples et ses amis, doivent imiter cette compassion extraordinaire, cette folle générosité, et ne jamais la remettre en question, la nier ou la critiquer.

Le Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ révèle son identité dans la première lecture d’aujourd’hui, tirée du prophète Isaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Isaïe 55, 8-9)

Nous sommes comme les ouvriers de la onzième heure

Peut-être plusieurs d’entre nous partagent-ils le mécontentement des ouvriers du verset 12. Combien de fois avons-nous vu des employeurs fantasques indemniser beaucoup trop généreusement des employés paresseux ou fauteurs de trouble au lieu de reconnaître les travailleurs fidèles, dévoués et constants. Comment Dieu peut-il se montrer aussi injuste, nous demandons-nous. Comment peut-il négliger ses ouvriers les plus fidèles ? Entre les lignes de la parabole transparaît le problème de la négociation avec Dieu. Dès les origines de la religion, on a supposé que les mortels pouvaient marchander avec les dieux pour en obtenir ce qu’ils voulaient.

Combien de fois n’avons-nous pas vécu cela dans notre appartenance à l’Église ou dans notre service ecclésial ? Certains feront valoir en grommelant que leurs longues années d’un service dévoué et incessant leur donne droit sur-le-champ à un meilleur salaire, à un rang plus élevé, à plus de privilèges et de prestige. C’est précisément à des moments comme ceux-là qu’il nous faut reconnaître humblement que nous sommes comme les ouvriers de la onzième heure. Aucun de nous ne mérite les grâces que Dieu a préparées pour nous. Nos récriminations et nos regards envieux alimentent un grave ressentiment dont il est difficile de se libérer. Toutes nos bonnes œuvres ne nous donnent aucun droit sur Dieu. Comment pourrions-nous exiger, même si nous avons fait tout ce que nous avions à faire, d’être honorés et récompensés par Dieu d’une manière spéciale, comme si nous avions un mérite exceptionnel qui nous rendrait indispensables à son service ? La notion de « droits acquis » n’existe pas dans le Royaume de Dieu.

Le seul remède aux sentiments de cette sorte, c’est de contempler le visage miséricordieux de Jésus et d’y reconnaître dans la chair la folle générosité de Dieu. La logique humaine est limitée mais la miséricorde et la grâce de Dieu ne connaissent ni limites ni frontières. Dieu n’agit pas selon nos normes. C’est dire qu’il nous faut voir Dieu et l’accepter dans notre frère et notre sœur, exactement comme Dieu a voulu qu’ils soient. Quand Dieu choisit une personne et qu’il lui accorde des grâces ou des dons particuliers, il n’en rejette pas une autre pour autant et ne la prive pas de sa grâce. Les grâces et les bénédictions du Seigneur sont illimitées et chacune, chacun reçoit sa part. Le choix que Dieu fait d’une ou de plusieurs personnes ne doit pas devenir un motif d’orgueil pour celles qui sont choisies ou de rejet pour les autres. Ce n’est que lorsque les unes et les autres vivent dans l’humilité et la simplicité, en reconnaissant le Dieu d’amour et de miséricorde à l’œuvre dans leur vie, qu’elles commencent à comprendre le sens véritable de l’amour et de la justice et qu’elles peuvent en arriver finalement à la réconciliation dans une profonde compréhension mutuelle.

Pour votre réflexion

Dans le Nouveau Testament, Jésus nous enseigne à dépasser la jalousie et l’envie. C’est bien le sens de la parabole d’aujourd’hui, où des ouvriers sont envoyés dans le vignoble à différentes heures du jour et finissent par recevoir tous le même salaire. Ceux qui sont arrivés à la première heure rouspètent contre le maître du domaine. « Mais il répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne te fais aucun tort… Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?’ » (Mt 20, 13-15).

Considérez les deux articles suivants du Catéchisme de l’Église catholique (#2552-2553) :

Le dixième commandement défend la cupidité déréglée, née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance.

L’envie est la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier. Elle est un vice capital.

L’envie est un défaut qui empêche de reconnaître la beauté unique de l’autre et qui refuse de l’honorer. Pour approcher Dieu, qui est pure bonté et pure générosité, il faut briser cette attitude de l’intérieur. L’envie aveugle. Elle nous scelle les yeux. L’envie et l’avarice sont des péchés contre le dixième commandement. Que pouvons-nous faire pour échapper à l’aveuglement et à la dureté du cœur ?

Caritas in Veritate

À la lumière de l’évangile d’aujourd’hui sur la rétribution, je vous offre le paragraphe n° 63 de l’encyclique Caritas in Veritate du pape Benoît XVI sur le développement humain intégral dans la charité et la vérité :

  1. En considérant les problèmes du développement, on ne peut omettre de souligner le lien étroit existant entre pauvreté et chômage. Dans de nombreux cas, la pauvreté est le résultat de la violation de la dignité du travail humain, soit parce que les possibilités de travail sont limitées (chômage ou sous-emploi), soit parce qu’on mésestime « les droits qui en proviennent, spécialement le droit au juste salaire, à la sécurité de la personne du travailleur et de sa famille ». C’est pourquoi, le 1er mai 2000, mon Prédécesseur de vénérée mémoire, Jean-Paul II, lançait un appel à l’occasion du Jubilé des Travailleurs pour « une coalition mondiale en faveur du travail digne », en encourageant la stratégie de l’Organisation Internationale du Travail. De cette manière, il donnait une forte réponse morale à cet objectif auquel aspirent les familles dans tous les pays du monde. Que veut dire le mot « digne » lorsqu’il est appliqué au travail ? Il signifie un travail qui, dans chaque société, soit l’expression de la dignité essentielle de tout homme et de toute femme: un travail choisi librement, qui associe efficacement les travailleurs, hommes et femmes, au développement de leur communauté; un travail qui, de cette manière, permette aux travailleurs d’être respectés sans aucune discrimination; un travail qui donne les moyens de pourvoir aux nécessités de la famille et de scolariser les enfants, sans que ceux-ci ne soient eux-mêmes obligés de travailler; un travail qui permette aux travailleurs de s’organiser librement et de faire entendre leur voix; un travail qui laisse un temps suffisant pour retrouver ses propres racines au niveau personnel, familial et spirituel; un travail qui assure aux travailleurs parvenus à l’âge de la retraite des conditions de vie dignes.
]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/vas-tu-regarder-dun-oeil-mauvais-parce-que-moi-je-suis-bon-2/feed 0
Église en sortie 15 septembre 2017 http://seletlumieretv.org/blogue/eglise-en-sortie/eglise-en-sortie-15-septembre-2017 http://seletlumieretv.org/blogue/eglise-en-sortie/eglise-en-sortie-15-septembre-2017#respond Sat, 16 Sep 2017 21:30:07 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20326 Église en sortie est une émission sur la réalité de l’Église au Québec et au Canada francophone. Animé par Francis Denis et d’une durée de 30 minutes, Église en sortie est diffusée les vendredis soirs à 19h30 et en rediffusion les lundis à 20h30. Gardant une perspective missionnaire, cette production originale de S+L vise à informer les catholiques et tous les francophones du Québec et du Canada sur les différentes initiatives apostoliques et catéchétiques des différentes églises locales. Suivant l’invitation du pape François à la transformation missionnaire de l’Église, Francis Denis et ses invités vous accompagneront chaque semaine à la découverte de cette Église “en sortie” qui, selon les mots mêmes du Pape argentin: « est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui  accompagnent, qui fructifient et qui fêtent » (EG, no 24)1.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/eglise-en-sortie/eglise-en-sortie-15-septembre-2017/feed 0
Échos du Vatican http://seletlumieretv.org/blogue/divers/echos-du-vatican-97 http://seletlumieretv.org/blogue/divers/echos-du-vatican-97#respond Wed, 13 Sep 2017 13:39:51 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20312

Revivez dans cette émission le voyage apostolique du pape François en Colombie, pour encourager le pays dans son processus de paix après 50 ans de guerre civile.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/echos-du-vatican-97/feed 0
Le pardon a des conséquences en cette vie et dans l’autre http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/le-pardon-a-des-consequences-en-cette-vie-et-dans-lautre http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/le-pardon-a-des-consequences-en-cette-vie-et-dans-lautre#respond Tue, 12 Sep 2017 12:58:48 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20309

Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire, Année A – 17 septembre 2017

Ben Sirac 27,30-28,7
Romains 14,7-9
Matthieu 18,21-35

L’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 18, 21-35) traite de la nécessité du repentir et du pardon répété pour ceux et celles qui se disent disciples du Christ. Ce texte de l’Évangile peut se diviser en deux grandes parties : la question de Pierre à Jésus : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » (v. 21-22). Jésus répond à Pierre que le pardon ne connaît pas de limites (v. 22). Puis Jésus raconte la parabole du débiteur impitoyable pour faire passer le message (v. 23-34).

Il y a des ressemblances entre la parabole de Matthieu et l’histoire que raconte Luc 17,4, mais la parabole et sa conclusion ne se trouvent que dans le récit de Matthieu. En regardant de plus près la parabole de Matthieu sur le roi et son serviteur, nous découvrons qu’elle ne décrit pas nécessairement l’insistance de Jésus sur le pardon répété, qui était l’objet de la question de Pierre et de la réponse de Jésus. Le premier serviteur était devenu vulnérable; il était faible et sans ressources devant le roi, dont il ne pouvait qu’implorer la pitié. Il reprend du pouvoir en exigeant de son compagnon qu’il le rembourse et en le faisant jeter en prison pour défaut de paiement. Il ne renonce pas au pouvoir qu’il a sur d’autres. Et pourtant, le geste de ses compagnons qui le dénoncent ressemble fort à l’attitude du premier serviteur; eux non plus ne savent pas pardonner et ils exigent de le voir puni. En fin de compte, le pardon du Père, qui est déjà accordé, sera retiré au jugement dernier à ceux qui n’auront pas su imiter sa miséricorde et pardonner à leur tour (v. 35). Jésus avertit que son Père céleste traitera ceux qui ne savent pas pardonner de la même façon que le roi traite le serviteur impitoyable.

Des questions qui persistent

Qu’est-ce que ça veut dire, « pardonner » ? Avant tout, le pardon suppose qu’il y a quelque chose à pardonner. Que ce soit quelque chose d’important ou non, le besoin de pardon signifie que quelqu’un a fait quelque chose de mal. Le mot grec qui est employé pour désigner le « pardon » dans la parabole d’aujourd’hui veut dire « chasser, renvoyer » ou « mettre à part ». Le pardon « renvoie » ce qui a séparé les gens. La colère ou les sentiments de vengeance sont « renvoyés ». En pardonnant, on n’est plus sous le contrôle du geste peccamineux, de l’ancien péché qu’on a subi. Nous savons que Jésus exige de ses disciples un pardon sans limites. Mais le pardon et la miséricorde ne sont pas toujours simples.

Le pardon ne veut pas dire que les gens vont se réconcilier sur-le-champ. Mais il amorce du moins le processus de guérison et aide à écarter les sentiments de vengeance. Le fait d’ignorer l’enseignement de Jésus sur le pardon entraîne de sérieuses conséquences en cette vie et dans l’autre. Croyons-nous vraiment que notre destinée et notre salut éternel sont compromis ou entravés par notre incapacité de pardonner alors que nous sommes sur cette terre ? Comment rendre justice et montrer de la miséricorde ? Assurément, ce ne sont pas là pas pour nous des questions faciles et elles font lever en nous des nœuds d’émotions qu’on retrouve d’ailleurs dans la parabole d’aujourd’hui.

Aussi faut-il prêter une grande attention aux paroles du Ben Sirac dans la première lecture (27, 30-28:7): «  Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s’obstine. L’homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. »

Les leçons d’une crime contre l’humanité

Ce temps de l’année nous donne l’occasion de réfléchir en profondeur sur la façon dont nous réagissons, comme communauté chrétienne, au mal dans le monde : à la façon dont nous pardonnons et faisons preuve de miséricorde. Le 11 septembre 2001, le monde s’est arrêté, et la terreur et l’horreur nous ont plongés comme jamais dans les profondeurs des mystères du mal, de la souffrance humaine et de la mort. Nombreux sont ceux qui se sont alors demandé où était Dieu au milieu de pareille destruction, dans la dévastation du 11 septembre. Mais, avec la grâce de Dieu, nous avons aussi été témoins de la grandeur du sacrifice humain et nous avons vu nos frères et sœurs manifester un amour héroïque.

Les attaques terroristes à Washington, D.C., en Pennsylvanie et à New York ne furent pas seulement des attaques contre les États-Unis. Pour citer Saint Jean-Paul II, « ce furent des crimes contre l’humanité ». Les victimes de ces tragédies venaient de dizaines de pays différents, et les retombées économiques et politiques de ces attentats ont touché le monde entier. Même si les responsables de ces attaques ont pu être motivés par leur opposition à des politiques américaines précises, notamment au Moyen-Orient, leur programme fondamental a paru s’inspirer d’un profond antagonisme à l’encontre de la culture et des institutions occidentales. Or il faut rejeter toute association simpliste entre l’islam et le terrorisme. Le 11 septembre pose un défi à l’Église autant qu’à l’État : nous devons en arriver à une meilleure compréhension de l’islam et établir avec lui des rapports plus profonds.

« L’ennemi » dans une guerre contre le terrorisme est très difficile à cerner; prenons bien soin de faire du premier venu un ennemi potentiel. Il faut éviter de faire en sorte que la guerre au terrorisme devienne la guerre contre l’autre. Une société édifiée sur la peur et la méfiance de l’autre ne sera jamais une société pacifique. Ce n’est que lorsque seront rétablies la légalité, la règle de droit et la coexistence pacifique que nous pourrons goûter la victoire.

Religion et terrorisme

En dépit du message de Jésus et de l’enseignement limpide de l’Église, il se peut que bien des gens soient encore captifs de la colère et de l’indignation face à la violence criminelle, en particulier au sujet des événements du 11 septembre 2001. Une réaction instinctive nous pousse à crier vengeance mais l’exemple de Jésus dans les Évangiles nous invite tous et toutes à développer une attitude différente, une attitude nouvelle face à la violence. L’Église est appelée à abattre les barrières qui divisent les populations, à jeter des ponts de confiance et à promouvoir le pardon et la réconciliation entre des peuples qui sont devenus étrangers les uns aux autres. Comme disciples de Jésus, nous devons être des prophètes de justice et de paix, et nous préoccuper passionnément de la souffrance de l’humanité de notre temps.

Saint Jean-Paul II et le 11 septembre

Lors du premier anniversaire des événements tragiques qui ont coûté tant de vies humaines aux États-Unis, Saint Jean-Paul II a dit ceci à l’audience générale du 11 septembre 2002, place Saint-Pierre :

A un an du 11 septembre 2001, nous répétons qu’aucune situation d’injustice, aucun sentiment de frustration, aucune philosophie ou religion ne peuvent justifier une telle aberration. Chaque personne humaine a droit au respect de sa vie et de sa dignité, qui sont des biens inviolables. Dieu le dit, le droit international le ratifie, la conscience humaine le proclame, la coexistence civile l’exige.

La Croix à « Ground Zero »

Nous étions ici au Canada au milieu des préparations pour la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 quand les événements tragiques du 11 septembre et la Guerre du Golfe qui a suivi ont éclaté sur la scène internationale. Je n’oublierai jamais la douleur, l’angoisse et l’incertitude que le 11 septembre a jetées sur la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 au Canada. Au milieu d’un pèlerinage soigneusement planifié à travers 72 diocèses canadiens, la croix fit un détour, en février 2002, pour suivre un itinéraire qui ne fait pas partie normalement de la phase préparatoire à la Journée mondiale de la Jeunesse dans le pays hôte. Avec la permission et la bénédiction du pape Jean-Paul II, nous avons porté la Croix de la Journée mondiale de la Jeunesse à Ground Zero, à New York. Notre délégation comprenait des jeunes délégués de plusieurs diocèses du Canada ainsi que des représentants de différents corps de policiers, d’ambulanciers et de pompiers. Nous avons porté la Croix jusqu’à Ground Zero afin de prier pour les victimes de la grande tragédie survenue au World Trade Center et ailleurs aux États-Unis. Cette visite aura été un profond signe d’espérance pour la population américaine et pour le monde entier, qui peinaient à comprendre la violence, la terreur et les forces mortifères que l’humanité a rencontrées le 11 septembre 2001. Notre geste était un défi car en un lieu qui hurlait la destruction, la terreur et la mort nous avons dressé la Croix de bois – instrument de mort transfiguré et devenu pour les chrétiennes et les chrétiens le grand symbole qui donne la vie.

Plus tôt ce matin-là, dans une église de Manhattan près des Nations Unies, Monseigneur Renato Martino, alors observateur permanent du Vatican auprès de l’ONU, avait prononcé une homélie émouvante:

L’Écriture sainte, avait-il dit, nous parle du péché et de notre besoin désespéré de conversion. Ce que vous allez voir aujourd’hui en vous rendant à Ground Zero est la conséquence du péché : un cratère de débris et de cendres, de destruction humaine et de douleur ; un vestige du péché qui manifeste le mal à un point tel que les mots ne sauraient arriver à l’exprimer. Cependant, ce n’est jamais assez de parler seulement des effets du terrorisme, de la destruction qu’il entraîne ou de ceux qui le pratiquent… Nous manquons de respect à la mémoire des personnes qui ont péri dans cette tragédie si nous n’en recherchons pas les causes. Cette recherche fait remonter toute une panoplie de facteurs politiques, économiques, sociaux, religieux et culturels. Le dénominateur commun de ces facteurs est la haine, une haine qui transcende les peuples ou les régions du monde. C’est la haine de l’humanité elle-même, une haine qui tue jusqu’à celui qui hait.

Gillian, jeune femme de l’Ouest canadien qui faisait partie de notre équipe nationale, a résumé notre visite à Ground Zero ainsi :

Ce n’est que maintenant que je commence à saisir ce que nous avons vu. Pour moi, Ground Zero est comme un chantier de construction. J’ai compris, au milieu de toute cette destruction, combien il est important que Ground Zero devienne vraiment un fondement sur lequel ériger l’espérance, la paix et le pardon. La Croix de la Journée mondiale de la Jeunesse est la pierre angulaire de ce nouveau chantier.

Seigneur, apporte ta paix à notre monde violent.

Reprenons aujourd’hui la prière qu’a prononcée le pape Benoît XVI, le 20 avril 2008, lors de la visite historique et émouvante qu’il fit à Ground Zero. En récitant ce texte, demandons au Seigneur de faire nous les instruments et les porteurs de son pardon et de sa réconciliation au monde brisé qui nous entoure.

O Dieu d’amour, de compassion, et de guérison,
regarde vers nous, peuple aux différentes fois et traditions,
qui nous rassemblons aujourd’hui en ce lieu,
théâtre d’une violence et d’une douleur indicibles.
Nous te demandons, dans ta bonté,
D’accorder la lumière et la paix éternelles
à tous ceux qui sont morts ici
– les héroïques secours d’urgence:
nos pompiers, les agents de police,
les travailleurs du Samu, et le personnel de l’Autorité portuaire,
ainsi que les innocents, hommes et femmes,
qui ont été victimes de cette tragédie,
simplement parce que leur travail ou leur service
les a conduits ici le 11 septembre 2001.

Nous te demandons, dans ta miséricorde,
D’apporter la guérison à ceux qui,
à cause de leur présence ici ce jour-là,
souffrent de blessures et de maladies.
Guéris aussi la douleur des familles encore en deuil,
et tous ceux qui ont perdu des personnes chères dans cette tragédie.
Donne-leur la force de continuer à vivre avec courage et espérance.

Nous pensons aussi
à ceux qui sont morts, ont été blessés et ont perdu des proches,
le même jour au Pentagone
et à Shanksville, en Pennsylvanie. Nos cœurs sont unis aux leurs,
tandis que nos prières
embrassent leur douleur et leur souffrance.

Dieu de paix, apporte ta paix
à notre monde violent :
paix dans le cœur de tous les hommes et de toutes les femmes,
et paix aux Nations de la terre.
Conduis à tes voies d’amour
ceux dont le cœur et l’esprit
sont consumés par la haine.

Dieu de compréhension,
submergés par l’ampleur de cette tragédie,
nous cherchons ta lumière et tes conseils
alors que nous sommes face à ces événements terribles.
Accorde à ceux dont la vie a été épargnée
de vivre en sorte que les vies perdues
n’aient pas été perdues en vain.
Réconforte-nous, console-nous,
fortifie-nous dans l’espérance,
et donne-nous la sagesse et le courage
de travailler inlassablement pour un monde
où règnent la paix et l’amour véritables,
dans les Nations et dans le cœur de chacun.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/le-pardon-a-des-consequences-en-cette-vie-et-dans-lautre/feed 0
Homélie du Pape lors de la messe à Carthagène (Colombie) http://seletlumieretv.org/blogue/divers/homelie-du-pape-lors-de-la-messe-a-carthagene-colombie http://seletlumieretv.org/blogue/divers/homelie-du-pape-lors-de-la-messe-a-carthagene-colombie#respond Sun, 10 Sep 2017 22:10:16 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20301

Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape François à Carthagène lors de la dernière messe de son voyage apostolique en Colombie, ce dimanche 10 septembre 2017.

Dans cette ville, qui a été appelée « l’héroïque » en raison de sa ténacité, il y a 200 ans, dans la défense des libertés acquises, je célèbre la dernière Eucharistie de ce voyage en Colombie. Depuis 32 ans, Carthagène des Indes est en Colombie le siège des Droits Humains parce qu’ici, en tant que peuple, on valorise le fait que « grâce à l’équipe missionnaire formée des prêtres jésuites Pierre Claver y Corberó, Alonso de Sandoval et le Frère Nicolas González, accompagnés de nombreux fils de la ville de Carthagène des Indes, au XVIIème siècle, est né le souci de soulager la situation des opprimés de l’époque, en particulier celle des esclaves, pour qui il réclamèrent un bon traitement et la liberté » (Congrès de Colombie 1985, loi 95, art. 1).

Ici, dans le sanctuaire de saint Pierre Claver où de façon habituelle et systématique se font la rencontre, la réflexion et le suivi de l’avancée et du respect des droits humains en Colombie, la Parole de Dieu nous parle de pardon, de correction, de communauté et de prière.

Dans le quatrième sermon de l’Evangile selon Matthieu, Jésus nous parle, à nous qui avons décidé de parier sur la communauté, à nous qui valorisons la vie en commun et rêvons d’un projet qui inclue tout le monde. Le texte qui précède est celui du bon pasteur qui laisse les 99 brebis pour aller à la recherche de celle qui est perdue, et cet arôme parfume tout le discours : personne n’est perdu au point de ne pas mériter notre sollicitude, notre proximité et notre pardon. Dans cette perspective, on comprend alors qu’une faute, un péché commis par quelqu’un nous interpelle tous mais engage, en premier lieu, la victime du péché du frère ; elle est appelée à prendre l’initiative pour que celui qui lui a fait du tort ne se perde pas.

Ces jours-ci j’ai entendu de nombreux témoignages de ceux qui sont allés à la rencontre de personnes qui leur avaient fait du mal. Blessures terribles que j’ai pu voir sur leurs propres corps. Pertes irréparables qui continuent à être pleurées; cependant ils sont sortis, ils ont fait le premier pas sur un chemin différent de ceux déjà parcourus. Cela fait des décennies que la Colombie cherche la paix à tâtons et, comme l’enseigne Jésus, il n’a pas suffi que deux parties se rapprochent, dialoguent ; il a fallu que beaucoup d’autres acteurs interviennent dans ce dialogue réparateur des péchés. « S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes » (Mt 18, 15), nous dit le Seigneur dans l’Evangile.

Nous avons appris que ces chemins de pacification, de primauté de la raison sur la vengeance, de délicate harmonie entre la politique et le droit, ne peuvent pas ignorer les cheminements des gens. On n’y arrive pas avec l’élaboration de cadres juridiques et d’arrangements institutionnels entre groupes politiques ou économiques de bonne volonté. Jésus trouve la solution au dommage commis dans la rencontre personnelle entre les parties. De plus, il est toujours enrichissant d’introduire dans nos processus de paix l’expérience de secteurs qui, en de nombreuses occasions, ont été rendus invisibles, pour que ce soient précisément les communautés qui peignent elles-mêmes les processus de mémoire collective. « L’auteur principal, le sujet historique de ce processus, c’est le peuple et sa culture, et non une classe, une fraction, un groupe, une élite. Nous n’avons pas besoin d’un projet de quelques-uns destiné à quelques-uns, ou d’une minorité éclairée ou qui témoigne et s’approprie un sentiment collectif. Il s’agit d’un accord pour vivre ensemble, d’un pacte social et culturel » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 239).

Nous pouvons grandement contribuer à ce nouveau pas que veut faire la Colombie. Jésus nous signale que ce chemin de réinsertion dans la communauté commence par un dialogue à deux. Rien ne pourra remplacer cette rencontre réparatrice. Aucun processus collectif ne nous dispense du défi de nous rencontrer, de clarifier, de pardonner. Les blessures profondes de l’histoire ont nécessairement besoin d’instances où on rend justice, où l’on donne la possibilité aux victimes de connaître la vérité, où le dommage est convenablement réparé et où il y a des actions claires pour éviter que ces crimes ne se répètent. Mais cela nous place seulement au seuil des exigences chrétiennes. Il nous est demandé de générer «d’en bas» un changement culturel : à la culture de la mort, de la violence, répondons par la culture de la vie, de la rencontre. Cet écrivain, profondément vôtre, profondément de tous, nous le disait déjà : «Ce désastre culturel ne se répare ni avec du plomb ni avec de l’argent, mais par une éducation en faveur de la paix, construite grâce à l’amour sur les décombres d’un pays enflammé où nous nous levons tôt pour continuer à nous tuer les uns les autres…, grâce à une légitime révolution de paix qui canalise vers la vie l’immense énergie créatrice que, pendant presque deux siècles, nous avons utilisée pour nous détruire, et qui revendique et exalte la prévalence de l’imagination » (Gabriel García Márquez, Mensaje sobre la paz, 1998).

Qu’avons-nous fait en faveur de la rencontre et de la paix ? Qu’avons-nous omis, en permettant que la barbarie se fasse chair dans la vie de notre peuple ? Jésus nous demande d’affronter ces manières de faire, ces styles de vie qui abiment le corps social, qui détruisent la communauté. Que de fois les processus de violence, d’exclusion sociale sont « normalisés », sans que notre voix se lève ni que nos mains accusent prophétiquement ! A côté de saint Pierre Claver il y avait des milliers de chrétiens, dont beaucoup étaient des consacrés… une poignée seulement a initié un courant contre-culturel de rencontre. Il a su restaurer la dignité et l’espérance de centaines de milliers de noirs et d’esclaves qui arrivaient dans des conditions absolument inhumaines, remplis de peur, avec toutes leurs espérances perdues. Il ne possédait pas de titres académiques prestigieux ; mieux, on est allé jusqu’à affirmer qu’il était « faible » d’esprit, mais il a eu le ‘‘génie’’ de vivre intégralement l’Evangile, de rencontrer ceux que les autres ne considéraient que comme des déchets. Des siècles plus tard, les traces de ce missionnaire et apôtre de la Compagnie de Jésus ont été suivies par sainte Maria Bernarda Bütler, qui consacra sa vie au service des pauvres et des marginalisés dans cette même ville de Carthagène1.

Par la rencontre entre nous, nous redécouvrons nos droits, nous recréons la vie pour qu’elle redevienne authentiquement humaine. « La maison commune de tous les hommes doit continuer de s’élever sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect de la sacralité de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme ; des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des abandonnés, de ceux qui sont considérés propres à être marginalisés, parce qu’on ne les perçoit plus que comme des numéros de l’une ou l’autre statistique. La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine sacralité de la nature créée » (Discours aux Nations Unies, 25 septembre 2015).

Jésus nous prévient aussi de la possibilité que l’autre se ferme, refuse de changer, persiste dans son mal. On ne peut nier qu’il y a des personnes persistant dans le péché qui blessent la cohabitation et la communauté : « Je pense au drame déchirant de la drogue sur laquelle on s’enrichit dans le mépris des lois morales et civiles, à la dévastation des ressources naturelles et à la pollution en cours, à la tragédie de l’exploitation dans le travail. Je pense aux trafics illicites d’argent comme à la spéculation financière, qui souvent prend un caractère prédateur et nocif pour des systèmes économiques et sociaux entiers, exposant des millions d’hommes et de femmes à la pauvreté. Je pense à la prostitution qui chaque jour fauche des victimes innocentes, surtout parmi les plus jeunes, leur volant leur avenir. Je pense à l’abomination du trafic des êtres humains, aux délits et aux abus contre les mineurs, à l’esclavage qui répand encore son horreur en tant de parties du monde, à la tragédie souvent pas entendue des migrants sur lesquels on spécule indignement dans l’illégalité » (Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2014, n. 8), et aussi à une « légalité aseptisée » pacifiste qui ne prend pas en compte la chair du frère, la chair du Christ. Voilà aussi pourquoi nous devons nous préparer et nous fonder solidement sur les principes de la justice qui ne diminuent en rien la charité. Il n’est pas possible de cohabiter en paix sans avoir rien fait contre ce qui corrompt la vie et lui porte atteinte. À ce sujet, nous nous souvenons de tous ceux qui, avec courage et inlassablement, ont travaillé et ont perdu la vie dans la défense et la sauvegarde des droits de la personne humaine et de sa dignité. Tout comme à eux, l’histoire nous demande d’assumer un engagement définitif pour la défense des droits humains, ici, à Carthagène des Indes, que vous avez choisie comme siège national de leur défense.

Enfin, Jésus nous demande de prier ensemble ; que notre prière soit symphonique, avec des nuances personnelles, des accentuations diverses, mais qu’elle élève de manière unanime la même clameur. Je suis sûr que nous prions aujourd’hui pour le rachat de ceux qui s’étaient égarés, et non pour leur destruction, pour la justice et non pour la vengeance, pour la réparation dans la vérité et non pour l’oubli. Nous prions pour accomplir le thème de cette visite : « Faisons le premier pas ! », et que ce premier pas soit dans une direction commune.

«Faire le premier pas» c’est surtout aller à la rencontre des autres avec le Christ, le Seigneur. Et il nous demande toujours de faire un pas résolu et sûr vers les frères, renonçant à la prétention d’être pardonnés sans pardonner, d’être aimés sans aimer. Si la Colombie veut une paix stable et durable, elle doit d’urgence faire un pas dans cette direction, qui est celle du bien commun, de l’équité, de la justice, du respect de la nature humaine et de ses exigences. C’est seulement si nous aidons à défaire les noeuds de la violence que nous démêlerons le complexe écheveau des désaccords : il nous est demandé de faire le pas de la rencontre avec les frères, d’oser une correction qui n’entend pas exclure mais intégrer ; il nous est demandé d’être fermes, avec charité, dans ce qui n’est pas négociable ; en définitive, l’exigence est de construire la paix, « en parlant non pas avec la langue mais avec les mains et les oeuvres » (saint Pierre Claver), et de lever ensemble les yeux vers le ciel : lui est capable de faire ce qui semble pour nous impossible, lui a promis de nous accompagner jusqu’à la fin des temps, lui ne laissera pas stériles tant d’efforts.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/homelie-du-pape-lors-de-la-messe-a-carthagene-colombie/feed 0
Angélus du Pape à Carthagène (Colombie) http://seletlumieretv.org/blogue/divers/angelus-du-pape-a-carthagene-colombie http://seletlumieretv.org/blogue/divers/angelus-du-pape-a-carthagene-colombie#respond Sun, 10 Sep 2017 16:58:29 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20295  

À Carthagène, après avoir béni la première pierre de la maison pour sans-abri de l’Œuvre Talitha Qum, le pape François a récité la prière de l’Angélus devant l’église Saint-Pierre-Claver où repose le missionnaire jésuite, évangélisateur des esclaves noirs. Voice le texte de sa méditation

Chers frères et soeurs,

Peu avant de rentrer dans cette église où sont conservées les reliques de saint Pierre Claver, j’ai béni les premières pierres de deux institutions destinées à offrir de l’assistance à des personnes dans de graves besoins et j’ai visité la maison de Madame Lorenza, où elle accueille chaque jour beaucoup de nos frères et soeurs pour leur donner de la nourriture et de l’affection. Ces rencontres m’ont fait beaucoup de bien, parce que là, on peut voir comment l’amour de Dieu se rend concret, se rend quotidien.

Tous ensemble, nous prierons l’Angelus, en nous souvenant de l’Incarnation du Verbe. Et nous pensons à Marie, qui a conçu Jésus et lui a donné naissance. Nous la contemplons ce matin sous l’invocation de Notre Dame de Chiquinquirá. Comme vous le savez, pendant longtemps, cette image a été abandonnée ; elle a perdu ses couleurs, elle était restée abîmée et trouée. Elle était traitée comme un morceau de vieux sac, utilisée sans aucun respect jusqu’à ce qu’on finisse par la jeter.

C’est alors qu’une femme simple, la première dévote de la Vierge de Chiquinquirá qui, selon la tradition s’appelait María Ramos, a vu en cette toile quelque chose de différent. Elle a eu le courage et la foi de placer cette image floue et détériorée en un lieu en vue, lui redonnant sa dignité perdue. Elle a su trouver et honorer Marie, qui tenait son Enfant dans les bras, précisément dans ce qui pour les autres était méprisable et inutile.

Ainsi, elle s’est faite le modèle de tous ceux qui, de diverses manières, cherchent à récupérer la dignité du frère abattu par la souffrance des blessures de la vie, de ceux qui ne se résignent pas et travaillent pour leur construire un logement digne, pour satisfaire leurs besoins urgents et, surtout, qui prient avec persévérance pour qu’ils puissent retrouver la splendeur d’enfants de Dieu qui leur a été arrachée.

Le Seigneur nous enseigne à travers l’exemple des humbles et de ceux qui ne comptent pas. Oui il a concédé à María Ramos, une femme modeste, la grâce d’accueillir l’image de la Vierge dans la pauvreté de cette toile abîmée, oui il a accordé à Isabel, une femme indigène, et à son fils Miguel, le privilège d’être les premiers à voir ce tableau de la Vierge transformé et restauré. Ils ont été les premiers à regarder avec des yeux simples ce morceau de toile totalement nouveau et à y voir

la splendeur de la lumière divine qui transforme et renouvelle toute chose. Ce sont les pauvres, les humbles, qui contemplent la présence de Dieu ; c’est à eux que se révèle le mystère de l’amour de Dieu avec le plus de clarté. Eux, les pauvres et les personnes simples, ont été les premiers à voir la Vierge de Chiquinquirá et sont devenus ses missionnaires, des annonciateurs de la beauté et de la sainteté de la Vierge.

Et dans cette église, nous prierons Marie, qui s’est désignée elle-même comme ‘‘l’esclave du Seigneur’’, et saint Pierre Claver l’‘‘esclave des noirs pour toujours’’, comme il s’est fait appeler dès le jour de sa profession solennelle. Il attendait les navires qui arrivaient de l’Afrique au principal marché d’esclaves du Nouveau Monde. Bien des fois, il les attendait uniquement avec des gestes évangélisateurs, en raison de l’impossibilité de communiquer avec eux, à cause de la différence de langues. Cependant, Pierre Claver savait que le langage de la charité et de la miséricorde était compris par tous. De fait, la charité aide à comprendre la vérité et la vérité réclame des gestes de charité. Quand il éprouvait de la répugnance envers eux, il baisait leurs plaies. Austère et rempli de charité jusqu’à l’héroïsme, après avoir soulagé la solitude de centaines de milliers de personnes, il a passé les quatre dernières années de sa vie, malade et dans sa cellule, ans un état épouvantable d’abandon.

Effectivement, saint Pierre Claver a témoigné admirablement de la responsabilité et de l’intérêt que chacun d’entre nous doit avoir pour ses frères. Pour les autres, ce saint a été accusé injustement d’être indiscret par son zèle et a dû affronter de dures critiques ainsi qu’une opposition persistante de la part de ceux qui craignaient que son ministère n’entrave le commerce lucratif d’esclaves.

Cependant aujourd’hui, en Colombie et dans le monde, des millions de personnes sont vendues comme esclaves, ou bien mendient un peu d’humanité, un moment de tendresse, prennent la mer ou la route, parce qu’elles ont tout perdu, à commencer par leur dignité et leurs propres droits.

Notre Dame de Chiquinquirá et Pierre Claver nous invitent à travailler pour la dignité de tous nos frères, spécialement pour les pauvres et pour les personnes marginalisées par la société, pour ceux qui subissent la violence et la traite. Tous, ils ont leur dignité et sont une image vivante de Dieu. Nous avons tous été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et la Vierge nous tient tous dans ses bras comme des enfants chéris.

Adressons, à présent, notre prière à la Vierge Mère, pour qu’elle nous fasse découvrir, dans chacun des hommes et des femmes de notre temps, le visage de Dieu.

Angelus Domini…

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/angelus-du-pape-a-carthagene-colombie/feed 0
Pape François en Colombie: Discours aux prêtres et personnes consacrées à Medellin http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-discours-aux-pretres-et-personnes-consacrees-a-medellin http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-discours-aux-pretres-et-personnes-consacrees-a-medellin#respond Sat, 09 Sep 2017 23:40:53 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20280

En fin de journée samedi 9 septembre 2017, le pape François a rencontré des prêtres, des religieux et religieuses, personnes consacrées et séminaristes avec leur famille au stade La Macarena à Medellin. Voici le discours préparé du Pape ci-dessous:

Bien-aimés frères évêques,
Chers prêtres, religieux et religieuses, séminaristes,
Chères familles, chers ‘‘paisas’’,

L’allégorie de la vraie vigne de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre se situe dans le contexte de la dernière Cène de Jésus. Dans ce cadre d’intimité, d’une certaine tension mais chargé d’amour, le Seigneur a lavé les pieds des siens, a voulu perpétuer sa mémoire dans le pain et dans le vin, et il a aussi parlé à ceux qu’il aimait du plus profond de son cœur.

En cette première nuit ‘‘eucharistique’’, à ce premier coucher du soleil après le geste de service, Jésus ouvre son cœur ; il leur livre son testament. Et comme au cénacle les Apôtres, quelques femmes et Marie, la Mère de Jésus, avaient continué par la suite à se réunir (cf. Ac 1, 13- 14), de même aujourd’hui ici, en ce lieu, nous nous sommes rassemblés pour l’écouter, pour nous écouter. Sœur Leidy de San José, María Isabel et le Père Juan Felipe nous ont livré leur témoignage… ; chacun d’entre nous ici présents, nous pourrions également raconter l’histoire de notre propre vocation. Tout le monde se reconnaîtrait dans l’expérience de Jésus qui vient à notre rencontre, qui nous devance et qui ainsi nous a ravi le cœur. Comme l’a dit le document d’Aparecida : ‘‘Connaître Jésus est le meilleur don que puisse recevoir toute personne ; que nous l’ayons rencontré, nous, est la meilleure chose qui nous soit arrivée dans la vie, et le faire connaître par notre parole et par nos œuvres est notre joie » (Document d’Aparecida, n. 29).

Beaucoup d’entre vous, [chers] jeunes, auront découvert ce Jésus vivant dans vos communautés ; communautés d’une ferveur apostolique contagieuse, qui enthousiasment et suscitent l’attraction. Là où il y a de la vie, de la ferveur, l’envie de conduire les autres au Christ, surgissent des vocations authentiques ; la vie fraternelle et fervente de la communauté est ce qui réveille le désir de se consacrer entièrement à Dieu et à l’évangélisation (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 107). Les jeunes sont naturellement inquiets et, même si nous assistons à une crise de l’engagement et des liens communautaires, nombreux sont les jeunes qui se solidarisent face aux maux du monde et s’enrôlent dans diverses formes de militantisme et de volontariat. Quand ils le font, saisis par Jésus, en se sentant membres de la communauté, ils deviennent des ‘‘troubadours de la foi’’, heureux de porter Jésus à chaque coin, à chaque place, à chaque recoin de la terre (cf. Ibid., n. 107).

C’est la vigne à laquelle se réfère Jésus dans le texte que nous avons proclamé. La vigne qu’est le ‘‘peuple de l’alliance’’. Des prophètes tels que Jérémie, Isaïe ou Ezéchiel se réfèrent à ce peuple comme à une vigne ; même un psaume, le psaume 79, chante en disant : « La vigne que tu as prise à l’Égypte…, tu déblaies le sol devant elle, tu l’enracines pour qu’elle emplisse le pays » (vv. 9-10). Parfois, ils expriment la joie de Dieu face à sa vigne, d’autres fois sa colère, son désarroi et son dépit ; jamais il ne s’en désintéresse, jamais il ne se lasse de souffrir de ses errements, d’aller à la rencontre de ce peuple qui, lorsqu’il s’éloigne de lui, brûle et se détruit.

Comment sont la terre, le terreau, le support où grandit cette vigne en Colombie ? Dans quel contexte sont produits les fruits des vocations à une consécration spéciale ? Sûrement dans des environnements chargés de contradictions, de clair-obscur, de situations relationnelles complexes. Nous aimerions avoir un monde avec des familles et des liens plus simples ; mais nous sommes impliqués dans cette crise culturelle, et au milieu d’elle, en comptant avec elle, Dieu continue d’appeler. Ce serait presque ne pas voir la réalité que de penser que vous avez [tous] entendu l’appel de Dieu dans des familles soutenues par un amour fort et débordant de valeurs telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience (cf. Exhort. Amoris laetitia, n. 5) ; certaines familles, plût à Dieu qu’elles soient nombreuses, sont certainement ainsi. Mais avoir les pieds sur terre, c’est reconnaître que nos cheminements vocationnels, l’éveil à l’appel de Dieu, nous trouvent plus près de ce que relate déjà la Parole de Dieu et de ce que la Colombie connaît fort bien : « C’est un chemin de souffrance et de sang qui traverse de nombreuses pages de la Bible, à partir de la violence fratricide de Caïn sur Abel et de divers conflits entre les enfants et entre les épouses des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, arrivant ensuite aux tragédies qui souillent de sang la famille de David, jusqu’aux multiples difficultés familiales qui jalonnent le récit de Tobie ou l’amère confession de Job abandonné » (Ibid., n. 20). Dès le commencement, il en a été ainsi : Dieu manifeste sa proximité et son élection ; il change le cours des événements en appelant des hommes et des femmes dans la fragilité de l’histoire personnelle et communautaire. N’ayons pas peur, dans ce pays complexe, Dieu a toujours fait le miracle de générer de bonnes grappes, comme les arepas au petit déjeuner. Que les vocations ne manquent dans aucune communauté, dans aucune famille de Medellín !

Et cette vigne – qui est celle de Jésus – a la caractéristique d’être la vraie. Il a déjà utilisé ce terme à d’autres occasions dans l’Évangile de Jean : la vraie lumière, le vrai pain du ciel ou le vrai témoignage. Or, la vérité n’est pas quelque chose que nous recevons – comme le pain ou la lumière – mais elle jaillit plutôt de l’intérieur. Nous sommes un peuple élu pour la vérité, et notre appel doit être dans la vérité. Il ne peut y avoir de place, si nous sommes des sarments de cette vigne, si notre vocation est greffée sur Jésus, pour la duperie, pour la duplicité, pour les choix mesquins. Nous devons tous veiller à ce que chaque sarment serve à ce pour quoi il a été pensé : porter des fruits. Dès les débuts, ceux à qui il revient d’accompagner les cheminements de vocation devront susciter la rectitude d’intention, un désir authentique de se configurer à Jésus, le pasteur, l’ami, l’époux. Lorsque les cheminements ne sont pas alimentés par cette vraie sève qu’est l’Esprit de Jésus, alors nous faisons l’expérience de la sécheresse et Dieu découvre avec tristesse ces tiges déjà mortes. Les vocations à une consécration spéciale meurent quand elles veulent se nourrir des honneurs, quand elles sont animées par la recherche d’une tranquillité personnelle et de promotion sociale, quand la motivation, c’est de ‘‘monter de catégorie’’, d’assouvir des intérêts matériels, ce qui conduit même à la sottise de la soif de profit. Comme je l’ai déjà dit en d’autres occasions, le diable entre par la poche. Cela n’est pas l’apanage des débuts, nous devons tous faire attention, car la corruption chez les hommes et les femmes qui sont dans l’Église commence ainsi, peu à peu, ensuite – Jésus lui- même nous le dit – elle s’enracine dans le cœur et finit par déloger Dieu de notre vie. Nul ne peut servir Dieu et l’argent (cf. Mt 6, 21.24), nous ne pouvons pas profiter de notre condition de religieux et de la bonté de notre peuple pour être servis et obtenir des bénéfices matériels.

Il y a des situations, des styles et des choix qui révèlent les signes de sécheresse et de mort : vous ne pouvez pas continuer à entraver l’écoulement de la sève qui alimente et donne vie ! Le venin du mensonge, la dissimulation, la manipulation et l’abus envers le peuple de Dieu, envers les personnes fragiles, et spécialement envers les personnes âgées et les enfants, ne peuvent pas avoir droit de cité dans notre communauté ; ce sont des sarments qui ont résolu de se dessécher et que Dieu nous demande de tailler.

Mais Dieu ne fait pas que tailler ; l’allégorie continue en disant que Dieu purifie la vigne de ses imperfections. La promesse, c’est que nous porterons du fruit, et en abondance, comme le grain de blé, si nous sommes capables de nous livrer, de donner librement notre vie. Nous avons en Colombie des exemples montrant que cela est possible. Pensons à sainte Laura Montoya, une religieuse admirable dont nous avons les reliques avec nous et qui, à partir de cette ville, s’est dépensée à travers une grande œuvre missionnaire en faveur des indigènes dans tout le pays. Comme elle nous enseigne la femme consacrée, au dévouement silencieux, désintéressée, qui n’a d’autre intérêt que de manifester le visage maternel de Dieu ! De même, nous pouvons nous rappeler le bienheureux Mariano de Jésus Euse Hoyos, l’un des premiers élèves du Séminaire de Medellín, ainsi que d’autres prêtres et religieuses de la Colombie, dont les procès de canonisation ont été introduits ; comme également tant d’autres, des milliers de Colombiens anonymes qui, dans la simplicité de la vie quotidienne, ont su se donner pour l’Évangile, que vous portez certainement dans votre mémoire et qui sans doute constituent des encouragements dans votre engagement. Tous nous montrent qu’il est possible de répondre fidèlement à l’appel du Seigneur, qu’il est possible de porter beaucoup de fruit.

La bonne nouvelle, c’est que Dieu est prêt à nous purifier, que nous ne sommes pas une œuvre achevée, qu’en tant que bons disciples, nous sommes en chemin. Comment Jésus taille-t-il progressivement les facteurs de mort nichés dans notre vie et qui déforment l’appel ? En nous invitant à demeurer en lui ; demeurer ne signifie pas seulement rester, mais veut dire maintenir une relation vitale, existentielle, de nécessité absolue ; c’est vivre et grandir en union intime et féconde, avec Jésus, « source de vie éternelle ». Demeurer en Jésus ne peut être une attitude purement passive ou un simple abandon sans conséquences dans la vie quotidienne et concrète. Permettez- moi de vous proposer trois manières de rendre effectif ce fait de demeurer :

  1. Nous demeurons en touchant l’humanité du Christ :

Par le regard et les sentiments de Jésus, qui contemple la réalité, non pas comme un juge, mais comme le bon samaritain ; qui reconnaît les valeurs du peuple avec lequel il marche, ainsi que ses blessures et ses péchés ; qui découvre la souffrance silencieuse et s’émeut face aux besoins des personnes, surtout quand elles se voient asservies par l’injustice, la pauvreté indigne, l’indifférence, par l’action perverse de la corruption et de la violence.

Par les gestes et les paroles de Jésus, qui expriment l’amour envers ceux qui sont proches et la recherche de ceux qui sont loin ; la tendresse et la fermeté dans la dénonciation du péché et dans l’annonce de l’Évangile ; la joie et la générosité dans l’engagement et le service surtout en faveur des personnes les plus fragiles, en repoussant avec force la tentation de tenir tout pour perdu, de nous accommoder ou de ne nous considérer que comme des administrateurs de malheurs.

  1. Nous demeurons en contemplant sa divinité :

En éveillant et en soutenant le goût des études qui font grandir la connaissance du Christ car, comme le rappelle saint Augustin, on ne peut aimer celui qu’on ne connaît pas (cf. La Trinité, Livre X, chap. I, 3).

En privilégiant par cette connaissance la rencontre avec les Saintes Écritures, spécialement l’Évangile, où le Christ nous parle, nous révèle son amour inconditionnel pour le Père, nous communique la joie qui jaillit de l’obéissance à sa volonté et du service des frères. Qui ne connaît pas les Écritures ne connaît pas Jésus. Qui n’aime pas les Écritures n’aime pas Jésus (cf. Saint Jérôme, Prologue au commentaire du prophète Isaïe : PL 24, 17). Consacrons du temps à la lecture priante de la Parole ! En auscultant en elle ce que Dieu veut pour nous et pour notre peuple.

Que toutes nos études nous aident à être capables d’interpréter la réalité avec les yeux de Dieu ; qu’elles ne soient pas des études pour s’évader des événements de notre peuple, qu’elles ne suivent pas non plus les va-et-vient des modes ou des idéologies. Qu’elles ne s’alimentent pas de nostalgies ni ne cherchent à enserrer dans un carcan le mystère ; qu’elles ne cherchent pas à répondre à des questions que personne ne se pose, laissant dans le vide existentiel les personnes qui nous interrogent à partir des données de leurs mondes et de leurs cultures.

Demeurer [en lui] et contempler sa divinité en faisant de la prière un élément fondamental de notre vie et de notre service apostolique. La prière nous libère du fardeau de la mondanité, nous enseigne à vivre dans la joie, à faire des choix en nous éloignant de ce qui est superficiel, dans un exercice de liberté authentique. Elle nous évite de nous centrer sur nous-mêmes, cachés dans une expérience religieuse vide et elle nous conduit à nous mettre docilement dans les mains de Dieu pour réaliser sa volonté et rendre efficace son projet de salut. Et dans la prière, adorer. Apprendre à adorer en silence.

Soyons des hommes et des femmes réconciliés pour réconcilier. Avoir été appelés ne nous donne pas le certificat de bonne conduite et d’impeccabilité ; nous ne sommes pas revêtus d’une auréole de sainteté. Nous sommes tous des pécheurs et nous avons besoin du pardon et de la miséricorde de Dieu pour nous lever chaque jour ; il arrache ce qui n’est pas bien et que nous avons fait de mal, le jette hors de la vigne et le brûle. Il nous laisse purs pour que nous puissions porter du fruit. Voilà la fidélité miséricordieuse de Dieu envers son peuple, dont nous faisons partie ! Il ne nous abandonnera jamais au bord du chemin. Dieu fait tout pour éviter que le péché l’emporte sur nous et ferme les portes de notre vie à un avenir d’espérance et de joie.

  1. Enfin, il faut demeurer dans le Christ pour vivre dans la joie:

Si nous demeurons en lui, sa joie sera en nous. Nous ne serons pas des disciples tristes et des apôtres amers. Au contraire, nous reflèterons et porterons la vraie joie, la joie pleine que personne ne pourra nous enlever, nous répandrons l’espérance de la vie nouvelle que le Christ nous a apportée. L’appel de Dieu n’est pas un fardeau lourd qui nous vole la joie. Dieu ne nous veut pas soumis dans la tristesse et dans la fatigue qui dérivent des activités mal vécues, sans une spiritualité qui rende heureuse notre vie, voire nos fatigues. Notre joie contagieuse doit être le premier témoignage de la proximité et de l’amour de Dieu. Nous sommes de vrais dispensateurs de la grâce de Dieu lorsque nous reflétons la joie de la rencontre avec lui.

Dans la Genèse, après le déluge, Noé plante une vigne comme signe d’un nouveau commencement ; au terme de l’Exode, ceux que Moïse a envoyés inspecter la terre promise sont revenus avec une grappe de raisins, signe de cette terre où coulent le lait et le miel. Dieu a posé son regard sur nous, sur nos communautés et sur nos familles. Le Seigneur a posé son regard sur la Colombie : vous êtes le signe de cet amour de prédilection. Il nous revient d’offrir tout notre amour et notre service en union avec Jésus, notre vigne. Et d’être la promesse d’un nouveau commencement pour la Colombie, qui laisse derrière les déluges de désaccord et de violence, qui veut porter beaucoup de fruits de justice et de paix, de rencontre et de solidarité. Que Dieu vous bénisse ! Que Dieu bénisse la vie consacrée en Colombie ! Et n’oubliez pas de prier pour moi !

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-discours-aux-pretres-et-personnes-consacrees-a-medellin/feed 0
Pape François en Colombie: Rencontre à l’Hogar San José http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-rencontre-a-lhogar-san-jose http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-rencontre-a-lhogar-san-jose#respond Sat, 09 Sep 2017 20:30:34 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20290 Dans l’après du samedi 9 septembre, le pape François s’est rendu à l’orphelinat Hogar San José, fondé par un prêtre missionnaire en 1910. Aujourd’hui, plus de 1 100 jeunes y résident. Ci-dessous, veuillez trouver le texte complet de son allocution:

 

Chers frères et sœurs, Chers enfants,

Je suis heureux d’être avec vous dans ce ‘‘Foyer Saint Joseph’’. Merci pour l’accueil que vous m’avez réservé. Je remercie pour les paroles du Directeur, Monseigneur Armando Santamaría. Je te remercie, Claudia Yesenia, pour ton témoignage courageux. En écoutant toutes les difficultés que tu as traversées, me venait à la mémoire du cœur la souffrance injuste de si nombreux enfants dans le monde entier, qui ont été et continuent d’être des victimes innocentes de la méchanceté de certains.

L’Enfant Jésus a été lui aussi victime de la haine et de la persécution ; lui aussi a dû fuir avec sa famille, quitter son pays et sa maison, pour échapper à la mort. Voir les enfants souffrir fait mal à l’âme, car les enfants sont les privilégiés de Jésus. Nous ne pouvons pas accepter qu’on les maltraite, qu’on les prive du droit de vivre leur enfance dans la sérénité et la joie, qu’on leur nie un avenir d’espérance.

Mais Jésus n’abandonne personne dans la souffrance, encore moins vous, enfants, qui êtes ses préférés. Claudia Yesenia, à côté de tant d’horreur que tu as connue, Dieu t’a offert une tante qui a pris soin de toi, un hôpital qui t’a assistée et finalement une communauté qui t’a accueillie. Ce ‘‘Foyer’’ est une preuve de l’amour que Jésus a pour vous et de son désir d’être très proche de vous. Il le fait à travers l’amour prévenant de toutes les personnes bonnes qui vous accompagnent, qui vous aiment et qui vous éduquent. Je pense aux responsables de cette maison, aux sœurs, au personnel et à tant d’autres personnes qui font déjà partie de votre famille. Car c’est cela qui fait que ce lieu est un ‘‘Foyer’’ : la chaleur d’une famille où nous nous sentons aimés, protégés, acceptés, entourés de soin et accompagnés.

Et j’apprécie beaucoup le fait que ce foyer porte le nom de ‘‘saint Joseph’’, et les autres, de ‘‘Jésus travailleur’’ ou ‘‘Belém’’. Cela veut dire que vous êtes en de bonnes mains. Rappelez-vous ce qu’a écrit saint Matthieu dans son Évangile, lorsqu’il nous raconte qu’Hérode, dans sa folie, avait décidé d’assassiner Jésus né récemment ? Comment Dieu a parlé en songe à saint Joseph, par l’intermédiaire d’un ange, et a confié à ses soins et à sa protection ses trésors les plus précieux : Jésus et Marie ? Matthieu nous dit que, à peine l’ange lui a-t-il parlé que Joseph a obéi immédiatement et a fait ce que Dieu lui avait ordonné : « Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mt 2, 14). Je suis sûr que, tout comme Joseph a protégé et défendu des dangers la Sainte Famille, de même il vous défend, vous entoure de soin et vous accompagne. Et avec lui, Jésus et Marie aussi, car saint Joseph ne peut pas rester sans Jésus et sans Marie.

À vous, frères et sœurs, religieux et laïcs qui, dans ce foyer et dans les autres, accueillez et entourez de soin avec amour ces enfants qui dès le bas-âge ont fait l’expérience de la souffrance et de la douleur, je voudrais vous rappeler deux réalités qui ne doivent pas manquer, car elles font partie de l’identité chrétienne : l’amour qui sait voir Jésus présent dans les plus petits et les plus fragiles, et le devoir sacré de conduire les enfants à Jésus. Dans cette tâche, avec vos joies et vos peines, je vous confie aussi à la protection de saint Joseph. Apprenez de lui, que son exemple vous inspire et vous aide dans la garde amoureuse de ces petits, qui sont l’avenir de la société colombienne, du monde et de l’Église, afin que, comme Jésus lui-même, ils puissent grandir et se fortifier en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les autres (cf. Lc 2, 52). Que Jésus et Marie, avec saint Joseph, vous accompagnent et vous protègent, vous remplissent de leur tendresse, de leur joie et de leur force.

Je m’engage à prier pour vous, pour que dans cet environnement d’amour familial, vous grandissiez en amour, en paix et bonheur, et qu’ainsi vous puissiez être guéris progressivement des blessures du corps et du cœur. Dieu ne vous abandonne pas, il vous protège et vous assiste. Et le Pape vous porte dans son cœur ; ne vous lassez pas de prier pour moi.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-francois-en-colombie-rencontre-a-lhogar-san-jose/feed 0
Pape François en Colombie: Homélie lors de la Messe à Medellin http://seletlumieretv.org/blogue/homelie/pape-francois-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-medellin http://seletlumieretv.org/blogue/homelie/pape-francois-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-medellin#respond Sat, 09 Sep 2017 17:00:25 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20287

Pour débuter sa quatrième journée en Colombie, le samedi 9 septembre, le pape François a célébré la Messe du jour à l’aéroport Enrique Olaya Herrera à Medellin. Voici le texte complet de son homélie:

Chers frères et sœurs,

A la messe de jeudi, à Bogota, nous avons entendu l’appel de Jésus à ses premiers disciples ; cette partie de l’Evangile de Luc qui commence par ce récit culmine avec l’appel des douze. Que rappellent les évangélistes dans ces deux événements ? Que ce chemin à la suite de Jésus a supposé chez ses premiers disciples beaucoup d’efforts de purification. Certains préceptes, certaines interdictions et certains ordres leur donnaient de l’assurance ; s’acquitter de pratiques déterminées et de rites les dispensait du souci de se demander : qu’est-ce qui plaît à notre Dieu ? Jésus, le Seigneur leur indique qu’accomplir c’est marcher derrière lui, et que cette marche les mettait face aux lépreux, aux paralytiques, aux pécheurs. Ces réalités demandaient beaucoup plus qu’une recette, une norme établie. Ils ont appris que suivre Jésus suppose d’autres priorités, d’autres considérations pour servir Dieu. Pour le Seigneur, aussi pour la première communauté, il est de la plus grande importance que nous qui nous disons disciples, nous ne nous accrochions pas à un certain style, à certaines pratiques qui nous rapprochent plus de la manière d’être de certains pharisiens d’alors que de celle de Jésus. La liberté de Jésus s’oppose au manque de liberté des docteurs de la loi de cette époque qui étaient paralysés par une interprétation et une pratique rigoristes de la loi. Jésus n’en reste pas à un accomplissement apparemment « correct », il porte la loi à sa plénitude et veut donc nous mettre dans cette direction, dans ce style de vie à sa suite qui suppose d’aller à l’essentiel, de se renouveler, et de s’impliquer. Ce sont trois attitudes que nous devons traduire dans notre vie de disciples.

La première, aller à l’essentiel. Cela ne veut pas dire « rompre avec tout » ce qui ne nous convient pas, car Jésus n’est pas venu non plus « abolir la loi, mais l’accomplir » (Mt 5, 17). C’est plutôt aller en profondeur, à ce qui compte et qui a de la valeur pour la vie. Jésus enseigne que la relation avec Dieu ne peut pas être un attachement froid à des normes et à des lois, non plus un accomplissement de certains actes extérieurs qui ne nous conduisent pas à un changement réel de vie. Notre vocation de disciple ne peut pas être non plus motivée simplement par une habitude, parce que nous avons un certificat de baptême, mais il doit partir d’une expérience vivante de Dieu et de son amour. La vocation de disciple n’est pas une chose statique, mais un mouvement continuel vers le Christ ; il ne s’agit pas simplement de l’attachement à l’explication d’une doctrine, mais de l’expérience de la présence amicale, vivante et opérante du Seigneur, un apprentissage permanent par l’écoute de sa Parole. Et cette Parole, nous l’avons entendu, s’impose à nous dans les besoins concrets de nos frères : ce sera la faim des plus proches dans le texte proclamé, ou la maladie dans ce que rapporte Luc à la suite.

Le second terme, se renouveler. De même que Jésus « secouait » les docteurs de la loi pour qu’ils sortent de leur rigidité, l’Eglise, aujourd’hui, est aussi « secouée » par l’Esprit afin qu’elle quitte ses facilités et ses attachements. Le renouvellement ne doit pas nous faire peur. L’Eglise est toujours en renouvellement – Ecclesia semper reformanda -. On ne se renouvelle pas selon son caprice, mais on le fait en restant solidement fondé dans la foi, sans se détourner de l’espérance reçue en écoutant l’Evangile (cf. Col 1, 23). Le renouvellement suppose le sacrifice et le courage, non pas pour se considérer comme les meilleurs ou les plus propres, mais pour mieux répondre à l’appel du Seigneur. Le Seigneur du sabbat, le fondement de tous nos commandements et prescriptions, nous invite à pondérer ce qui est normatif quand est en jeu la marche à la suite de Jésus ; quand ses plaies ouvertes, son cri de faim et de soif de justice nous interpellent et nous imposent des réponses nouvelles. Et en Colombie il y a beaucoup de situations qui demandent des disciples le style de vie de Jésus, en particulier l’amour converti en faits de non-violence, de réconciliation et de paix.

Le troisième terme, s’engager. S’engager, bien que pour certains cela semble dire se salir, se souiller. Comme David et les siens qui entrèrent dans le Temple parce qu’ils avaient faim, et comme les disciples de Jésus qui entrèrent dans le champ et mangèrent les épis, il nous est aussi demandé aujourd’hui de grandir en audace, en courage évangélique qui jaillit de la prise de conscience qu’ils sont nombreux ceux qui ont faim, faim de Dieu, faim de dignité parce qu’ils ont été dépouillés. Et, comme chrétiens, les aider à se rassasier de Dieu ; ne pas les empêcher ou leur interdire cette rencontre. Nous ne pouvons pas être des chrétiens qui lèvent continuellement la bannière « passage interdit », ni considérer que ce terrain est le mien, m’appropriant une chose qui n’est absolument pas à moi. L’Eglise n’est pas à nous, elle est à Dieu ; c’est lui le maître du temple et de la moisson ; tous ont une place, tous sont invités à trouver, ici et parmi nous, leur nourriture. Nous sommes de simples « serviteurs » (cf. Col 1, 23) et nous ne pouvons pas être de ceux qui empêchent cette rencontre. Au contraire, Jésus nous demande, comme il l’a fait avec ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14, 16). C’est cela notre service. Pierre Claver que nous célébrons aujourd’hui dans la liturgie et que je vénérerai demain à Carthagène, a bien compris cela. « Esclave des noirs pour toujours » fut sa devise, parce qu’il comprit que, comme disciple de Jésus, il ne pouvait pas rester indifférent devant la souffrance des plus démunis et outragés de son époque et qu’il devait faire quelque chose pour les soulager.

Frères et sœurs, l’Eglise en Colombie est appelée à s’engager avec plus d’audace dans la formation de disciples missionnaires, comme les évêques réunis à Aparecida en 2007 l’ont indiqué. Des disciples qui sachent voir, juger et agir, comme le proposait ce document latino-américain qui est né sur cette terre (cf. Medellin, 1968). Des disciples missionnaires qui sachent voir, sans myopies héréditaires ; qui examinent la réalité avec les yeux et le cœur de Jésus, et à partir de là, jugent. Et qui prennent des risques, agissent, s’engagent.

Je suis venu jusqu’ici justement pour vous confirmer dans la foi et dans l’espérance de l’Evangile : demeurez fermes et libres dans le Christ, de manière à le refléter dans tout ce que vous faites ; assumez de toutes vos forces la sequela de Jésus, en le connaissant, en vous laissant convoquer et instruire par lui, en l’annonçant avec la plus grande joie.

Demandons, à notre Mère, Notre Dame de la Chandeleur, de nous accompagner sur notre route de disciples, pour que, mettant notre vie dans le Christ, nous soyons simplement des missionnaires qui portons la lumière et la joie de l’Evangile à tous les peuples.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/homelie/pape-francois-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-medellin/feed 0
Pape François en Colombie: Allocution lors de la Grande rencontre pour la réconciliation nationale http://seletlumieretv.org/blogue/eglises-du-monde/pape-francois-en-colombie-allocution-lors-de-la-grande-rencontre-pour-la-reconciliation-nationale http://seletlumieretv.org/blogue/eglises-du-monde/pape-francois-en-colombie-allocution-lors-de-la-grande-rencontre-pour-la-reconciliation-nationale#respond Fri, 08 Sep 2017 21:30:27 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20274

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la Grande rencontre pour la réconciliation nationale à Villavicencio:

Chers frères et sœurs,
Depuis le premier jour j’ai désiré qu’arrive ce moment de notre rencontre. Vous portez dans vos cœurs et dans votre chair les empreintes de l’histoire vivante et récente de votre peuple, histoire marquée par des événements tragiques mais aussi pleine de gestes héroïques de grande humanité et de haute valeur spirituelle, de foi et d’espérance. Je viens ici avec respect et avec la claire conscience, comme Moïse, de fouler une terre sacrée (cf. Ex 3, 5). Une terre arrosée par le sang de milliers de victimes innocentes et par la douleur déchirante de leurs familles et de leurs proches. Des blessures qu’il coûte de faire cicatriser et qui nous font mal à tous, parce que chaque violence commise contre un être humain est une blessure dans la chair de l’humanité ; chaque mort violente nous diminue en tant que personnes.

Je suis ici non pas tant pour parler moi, mais pour être près de vous et vous regarder dans les yeux, pour vous écouter et ouvrir mon cœur à votre témoignage de vie et de foi. Et, si vous me le permettez, je désirerais aussi vous embrasser et pleurer avec vous, je voudrais que nous prions ensemble et que nous nous pardonnions – moi aussi je dois demander pardon – et qu’ainsi, tous ensemble, nous puissions regarder et aller de l’avant avec foi et espérance.

Nous sommes rassemblés aux pieds du Crucifié de Bojaya, qui, le 2 mai 2002, vit et souffrit le massacre de dizaines de personnes réfugiées dans son église. Cette statue a une forte valeur symbolique et spirituelle. En la regardant nous contemplons non seulement ce qui s’est passé ce jour-là, mais aussi tant de souffrance, tant de mort, tant de vies brisées et tant de sang versé en Colombie ces dernières décennies. Voir le Christ ainsi, mutilé et blessé, nous interpelle. Il n’a plus de bras et il n’a plus de corps, mais il a encore son visage qui nous regarde et qui nous aime. Le Christ brisé et amputé est pour nous encore « davantage le Christ », parce qu’il nous montre, une fois de plus, qu’il est venu pour souffrir pour son peuple et avec son peuple ; et pour nous apprendre aussi que la haine n’a pas le dernier mot, que l’amour est plus fort que la mort et la violence. Il nous apprend à transformer la souffrance en source de vie et de résurrection, pour que, unis à lui et avec lui, nous apprenions la force du pardon, la grandeur de l’amour.

Je remercie nos frères qui ont voulu partager leurs témoignages, au nom de beaucoup d’autres. Combien cela nous fait du bien d’écouter vos histoires ! Je suis bouleversé. Ce sont des histoires de souffrances et d’amertume, mais aussi et surtout, ce sont des histoires d’amour et de pardon qui nous parlent de vie et d’espérance ; de ne pas laisser la haine, la vengeance et la souffrance s’emparer de notre cœur.

L’oracle final du Psaume 85: «Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (v. 11) est postérieur à l’action de grâce et à la supplication où l’on demande à Dieu : Fais-nous revenir ! Merci Seigneur pour le témoignage de ceux qui ont infligé de la souffrance et qui demandent pardon ; de ceux qui ont injustement souffert et qui pardonnent. Cela est possible seulement avec ton aide et ta présence… cela est déjà un très grand signe que tu veux restaurer la paix et la concorde sur cette terre colombienne.

Pastora Mira, tu l’as très bien dit : tu veux déposer toute ta souffrance, et celle de milliers de victimes, aux pieds de Jésus crucifié pour qu’elle soit associée à la sienne et soit ainsi transformée en bénédiction et en capacité de pardon pour briser le cycle de violence qui a prévalu en Colombie. Tu as raison : la violence engendre plus de violence, la haine plus de haine et la mort plus de mort. Nous devons briser cette chaîne qui parait inéluctable, et cela est possible seulement par le pardon et la réconciliation. Et toi, chère Pastora, et beaucoup d’autres comme toi, vous nous avez montré que c’est possible. Oui, avec l’aide du Christ vivant au milieu de la communauté, il est possible de vaincre la haine, il est possible de vaincre la mort, il est possible de recommencer et d’apporter la lumière à une Colombie nouvelle. Merci Pastora ; quel grand bien tu nous fais à tous, aujourd’hui, par le témoignage de ta vie. C’est le crucifié de Bajaya qui t’a donné cette force de pardonner et d’aimer, et pour t’aider à voir, en la chemise que ta fille Sandra Paola avait offerte à ton fils Jorge Anibal, non seulement le souvenir de leur mort, mais aussi l’espérance que la paix triomphe définitivement en Colombie.

Ce qu’a dit Luz Dary dans son témoignage nous bouleverse aussi : les blessures du cœur sont plus profondes et difficiles à guérir que celles du corps. C’est ainsi. Et, ce qui est le plus important, tu t’es rendu compte qu’on ne peut pas vivre de rancœur, que seul l’amour libère et construit. Et de cette manière tu as commencé à guérir aussi les blessures d’autres victimes, à reconstruire leur dignité. Cette sortie de toi-même t’a enrichie, t’a aidé à regarder devant, à trouver la paix et la sérénité, et une raison pour aller de l’avant. Je te remercie pour la béquille que tu m’offres. Bien que tu gardes encore des séquelles physiques de tes blessures, ta marche spirituelle est rapide et sûre parce que tu penses aux autres et tu veux les aider. Cette béquille est un symbole de cette autre béquille plus importante, dont nous avons tous besoin, celle de l’amour et du pardon. Par ton amour et ton pardon tu aides beaucoup de personnes à marcher dans la vie. Merci.

Je veux remercier aussi pour le témoignage éloquent de Deisy et de Juan Carlos. Ils nous ont fait comprendre que tous, en fin de compte, d’une manière ou d’une autre, nous sommes aussi des victimes, innocentes ou coupables, mais tous victimes. Tous unis dans cette perte d’humanité que provoquent la violence et la mort. Deisy l’a dit clairement : tu as compris que toi-même avais été une victime et que tu avais besoin qu’on te donne une chance. Et tu as commencé à réfléchir, et maintenant tu travailles pour aider les victimes et pour que les jeunes ne tombent pas dans les réseaux de la violence et de la drogue. Il y a aussi une espérance pour celui qui a fait le mal ; tout n’est pas perdu. Il est certain que dans cette régénération morale et spirituelle de l’agresseur, la justice doit s’accomplir. Comme l’a dit Deisy, il faut contribuer positivement à guérir cette société qui a été déchirée par la violence.

Il semble difficile d’accepter le changement de ceux qui ont fait appel à la violence cruelle pour promouvoir leurs intérêts, pour protéger leurs commerces illicites et s’enrichir, ou pour, hypocritement, prétendre défendre la vie de leurs frères. C’est certainement un défi pour chacun de nous de croire qu’il puisse y avoir un pas en avant de la part de ceux qui ont infligé des souffrances à des communautés et à un pays tout entier. Il est certain qu’en cet immense champ qu’est la Colombie, il y a de la place encore pour l’ivraie… Soyez attentifs aux fruits… prenez soin du blé, et ne perdez pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie au milieu du blé n’a pas de réactions alarmistes. Il trouve la manière dont la Parabole s’incarnera dans une situation concrète et donnera des fruits de vie nouvelle, bien qu’ils soient en apparence imparfaits ou inachevés (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 24). Même quand perdurent les conflits, la violence ou les sentiments de vengeance, n’empêchons pas la justice et la miséricorde de se rencontrer dans une étreinte que l’histoire de souffrance de la Colombie assumera. Guérissons cette souffrance et accueillons tout être humain qui a commis des délits, les reconnaît, se repent et s’engage à réparer en contribuant à la construction de l’ordre nouveau où brillent la justice et la paix.

Comme l’a laissé entrevoir dans son témoignage Juan Carlos, dans tout ce processus, long, difficile, mais qui donne l’espérance de la réconciliation, il est indispensable aussi d’assumer la vérité. C’est un défi grand mais nécessaire. La vérité est une compagne indissociable de la justice et de la miséricorde. Ensemble, elles sont essentielles pour construire la paix et, d’autre part, chacune d’elle empêche que les autres soient altérées et se transforment en instruments de vengeance sur celui qui est le plus faible. La vérité ne doit pas, de fait, conduire à la vengeance, mais, bien plutôt, à la réconciliation et au pardon. La vérité, c’est de dire aux familles déchirées par la douleur ce qui est arrivé à leurs parents disparus. La vérité, c’est d’avouer ce qui s’est passé avec les plus jeunes enrôlés par les acteurs violents. La vérité, c’est de reconnaître la souffrance des femmes victimes de violence et d’abus.

Je voudrais, enfin, comme frère et comme père, dire : Colombie, ouvre ton cœur de peuple de Dieu et laisse-toi réconcilier. Ne crains pas la vérité ni la justice. Chers Colombiens : n’ayez pas peur de demander ni d’offrir le pardon. Ne résistez pas à la réconciliation pour vous rapprocher, vous rencontrer comme des frères et dépasser les inimitiés. C’est le moment de guérir les blessures, de construire des ponts, d’aplanir les différences. C’est le moment de désactiver les haines, de renoncer aux vengeances, et de s’ouvrir à la cohabitation fondée sur la justice, sur la vérité et sur la création d’une véritable culture de la rencontre fraternelle. Puissions-nous vivre en harmonie et dans la fraternité, comme désire le Seigneur. Demandons à être constructeurs de paix, que là où il y a la haine et le ressentiment, nous mettions l’amour et la miséricorde (cf. Prière attribuée à saint François d’Assise).

Je souhaite déposer toutes ces intentions devant la statue du crucifié, le Christ noir de Bojaya:

Oh, Christ noir de Bojaya,
qui nous rappelles ta passion et ta mort ; avec tes bras et tes pieds
ils t’ont arraché à tes enfants
qui cherchaient refuge en toi.

Oh, Christ noir de Bojaya,
qui nous regardes avec tendresse,
la sérénité règne sur ton visage ;
ton cœur bat aussi
pour nous accueillir dans ton amour.

Oh, Christ noir de Bojaya,
fais que nous nous engagions
à restaurer ton corps. Que nous soyons tes pieds pour sortir à la rencontre
du frère dans le besoin ;
tes bras pour étreindre
celui qui a perdu sa dignité ;
tes mains pour bénir et consoler
celui qui pleure dans la solitude.

Fais que nous soyons témoins
de ton amour et de ton infinie miséricorde.

[01232-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/eglises-du-monde/pape-francois-en-colombie-allocution-lors-de-la-grande-rencontre-pour-la-reconciliation-nationale/feed 0
Pape en Colombie: homélie lors de la Messe à Villavicencio http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-villavicencio http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-villavicencio#respond Fri, 08 Sep 2017 16:06:23 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20266

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe de Béatifications à Villavicencio sur l’esplanade de Catama:

Ta naissance, Vierge Mère de Dieu, est la nouvelle aube qui a annoncé la joie au monde entier, car de toi est né le soleil de justice, le Christ, notre Dieu (cf. Antienne du Benedictus) ! La fête de la naissance de Marie projette sa lumière sur nous, comme rayonne la douce lumière de l’aube sur la vaste plaine colombienne, très beau paysage dont Villavicencio est la porte, tout comme dans la riche diversité de ses peuples indigènes.

Marie est la première splendeur qui annonce la fin de la nuit et surtout la proximité du jour. Sa naissance nous fait pressentir l’initiative amoureuse, tendre et compatissante de l’amour avec lequel Dieu s’incline vers nous et nous appelle à une merveilleuse alliance avec lui que rien ni personne ne pourra rompre.

Marie a su être la transparence de la lumière de Dieu et a reflété les rayonnements de cette lumière dans sa maison, qu’elle a partagée avec Joseph et Jésus, et également dans son peuple, sa nation et dans cette maison commune à toute l’humanité qu’est la création.

Dans l’Évangile, nous avons entendu la généalogie de Jésus (Mt 1, 1-17), qui n’est pas une ‘‘simple liste de noms’’, mais une ‘‘histoire vivante’’, l’histoire d’un peuple avec lequel Dieu a marché. Et, en se faisant l’un de nous, ce Dieu a voulu nous annoncer que dans son sang se déroule l’histoire des justes et des pécheurs, que notre salut n’est pas un salut aseptique, de laboratoire, mais un salut concret, de vie qui marche. Cette longue liste nous dit que nous sommes une petite partie d’une histoire vaste et nous aide à ne pas revendiquer des rôles excessifs, elle nous aide à éviter la tentation de spiritualismes évasifs, à ne pas nous détacher des circonstances historiques concrètes qu’il nous revient de vivre. Elle intègre aussi, dans l’histoire de notre salut, ces pages plus obscures ou tristes, les moments de désolation ou d’abandon comparables à l’exil.

La mention des femmes – aucune de celles citées dans la généalogie n’a le rang des grandes femmes de l’Ancien Testament – nous permet un rapprochement spécial : ce sont elles, dans la généalogie, qui annoncent que dans les veines de Jésus coule du sang païen, qui rappellent des histoires de rejet et de soumission. Dans des communautés où nous décelons encore des styles patriarcaux et machistes, il est bon d’annoncer que l’Évangile commence en mettant en relief des femmes qui ont marqué leur époque et fait l’histoire.

Et dans tout cela, Jésus, Marie et Joseph. Marie avec son généreux ‘oui’ a permis que Dieu assume cette histoire. Joseph, homme juste, n’a pas laissé son orgueil, ses passions et les jalousies le priver de cette lumière. Par la forme du récit, nous savons avant Joseph ce qui était arrivé à Marie, et il prend des décisions, révélant sa qualité humaine, avant d’être aidé par l’ange et de parvenir à comprendre tout ce qui se passait autour de lui. La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi ; et aujourd’hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement.

Ce peuple de Colombie est peuple de Dieu ; ici aussi nous pouvons faire des généalogies remplies d’histoires, pour beaucoup, d’amour et de lumière ; pour d’autres, de désaccords, de griefs, et aussi de mort… Combien d’entre vous ne peuvent-ils pas raconter des exils et des désolations ! Que de femmes, dans le silence, ont persévéré seules et que d’hommes de bien ont tenté de laisser de côté la colère et les rancœurs, en cherchant à associer justice et bonté ! Comment ferons-nous pour laisser entrer de la lumière ? Quels sont les chemins de réconciliation ? Comme Marie, dire oui à l’histoire dans sa totalité, non à une partie ; comme Joseph, laisser de côté les passions et les orgueils ; comme Jésus Christ, prendre sur nous, assumer, embrasser cette histoire, car nous tous les Colombiens, vous êtes impliqués dans cette histoire ; ce que nous sommes s’y trouve… ainsi que ce que Dieu peut faire avec nous si nous disons oui à la vérité, à la bonté, à la réconciliation. Et cela n’est possible que si nous remplissons nos histoires de péché, de violence et de désaccord, de la lumière de l’Évangile.

La réconciliation n’est pas un mot abstrait ; s’il en était ainsi, cela n’apporterait que stérilité, plus d’éloignement. Se réconcilier, c’est ouvrir une porte à toutes les personnes et à chaque personne, qui ont vécu la réalité dramatique du conflit. Quand les victimes surmontent la tentation compréhensible de vengeance, elles deviennent des protagonistes plus crédibles des processus de construction de la paix. Il faut que quelques-uns se décident à faire le premier pas dans cette direction, sans attendre que les autres le fassent. Il suffit d’une personne de bonne volonté pour qu’il y ait de l’espérance ! Et chacun de nous peut être cette personne ! Cela ne signifie pas ignorer ou dissimuler les différences et les conflits. Ce n’est pas légitimer les injustices personnelles ou structurelles. Le recours à la réconciliation ne peut servir à s’accommoder de situations d’injustice. Plutôt, comme l’a enseigné saint Jean-Paul II : c’est « une rencontre entre des frères disposés à surmonter la tentation de l’égoïsme et à renoncer aux tentatives de pseudo justice ; c’est un fruit de sentiments forts, nobles et généreux, qui conduisent à instaurer une cohabitation fondée sur le respect de chaque individu et des valeurs propres à chaque société civile » (Lettre aux Évêques du Salvador, 6 août 1982). La réconciliation, par conséquent, se concrétise et se consolide par l’apport de tous, elle permet de construire l’avenir et fait grandir l’espérance. Tout effort de paix sans un engagement sincère de réconciliation sera voué à l’échec.

Le texte évangélique que nous avons entendu atteint son sommet en appelant Jésus l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous. C’est ainsi que Matthieu commence, c’est ainsi qu’il termine son Évangile : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Cette promesse se réalise également en Colombie : Mgr Jesús Emilio Jaramillo Monsalve, Évêque d’Arauca, et le Père Pedro Maria Ramirez Ramos, en sont des signes, une expression d’un peuple qui veut sortir du bourbier de la violence et de la rancœur.

Dans ce décor merveilleux, il nous revient de dire oui à la réconciliation. Que le oui inclue également notre nature ! Ce n’est pas un hasard si, y compris contre elle, nous avons déchaîné nos passions possessives, notre volonté de domination. Un de vos compatriotes le chante admirablement : « Les arbres pleurent, ils sont témoins de tant d’années de violence. La mer est brune, mélange de sang et de terre » (Juanes, Minas piedras). La violence qu’il y a dans le cœur humain, blessé par le péché, se manifeste aussi à travers les symptômes de maladies que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants (cf. Lettre encyclique Laudato si’, n. 2). Il nous revient de dire oui comme Marie et de chanter avec elle les « merveilles du Seigneur », car comme il l’a promis à nos pères, il aide tous les peuples et chaque peuple, il aide la Colombie qui veut se réconcilier aujourd’hui et sa descendance pour toujours.

[01231-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-a-villavicencio/feed 0
Pape en Colombie: Homélie lors de la Messe au parc Simon Bolivar de Bogota http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-au-parc-simon-bolivar-de-bogota http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-au-parc-simon-bolivar-de-bogota#respond Thu, 07 Sep 2017 22:16:12 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20253

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe au parc Simon Bolivar de Bogota:

L’Evangéliste rappelle que l’appel des premiers disciples eut lieu sur les rives du lac de Génésareth, là où les gens se rassemblaient pour écouter une voix capable de les orienter et de les éclairer ; c’est aussi le lieu où les pêcheurs finissent leurs fatigantes journées durant lesquelles ils cherchent la subsistance pour mener une vie sans pénuries, digne et heureuse. C’est la seule fois, dans tout l’Evangile de Luc, que Jésus prêche près de la mer dite de Galilée. Sur la mer ouverte, s’entremêlent l’espérance d’un travail fécond et la frustration due à l’inutilité des efforts vains. Selon une ancienne interprétation chrétienne, la mer représente aussi l’immensité où cohabitent tous les peuples. Enfin, par son agitation et son obscurité, elle évoque tout ce qui menace l’existence humaine et qui a le pouvoir de la détruire.

Pour définir les multitudes, nous utilisons des expressions comme celles-ci : une marée humaine, une mer de gens. Ce jour-là, Jésus a derrière lui la mer, et, devant lui, une multitude qui l’a suivi parce qu’elle connaît son émotion devant la souffrance humaine… et ses paroles justes, profondes, appropriées. Ils viennent tous l’écouter ; la Parole de Jésus a quelque chose de spécial qui ne laisse personne indifférent. Sa Parole a le pouvoir de convertir les cœurs, de changer les plans et les projets. Elle est une Parole confirmée par les actes, elle n’est pas une conclusion de bureau, d’accords froids et éloignés de la souffrance des gens ; c’est pourquoi elle est une parole qui sert autant à la sécurité du rivage qu’à la fragilité de la mer.

Cette chère ville, Bogota, et ce merveilleux pays, la Colombie, ressemblent beaucoup à ces décors humains présentés dans l’Evangile. Il y a ici des multitudes qui attendent une parole de vie qui illumine de sa clarté tous les efforts et qui montre le sens et la beauté de l’existence humaine. Ces multitudes d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, habitent une terre d’une inimaginable fécondité qui pourrait donner du fruit pour tous. Mais ici aussi, comme en d’autres lieux, il y a d’épaisses ténèbres qui menacent et détruisent la vie : les ténèbres de l’injustice et de l’inégalité sociale ; les ténèbres corruptrices des intérêts d’individus ou de groupes qui consomment de manière égoïste et démesurée ce qui est destiné au bien-être de tous ; les ténèbres de l’irrespect envers la vie humaine qui fauche quotidiennement l’existence de tant d’innocents dont le sang crie vers le ciel ; les ténèbres de la soif de vengeance et de la haine qui tache de sang humain les mains de ceux qui se rendent justice eux-mêmes ; les ténèbres de ceux qui deviennent insensibles face à la souffrance de tant de victimes. Jésus dissipe et détruit toutes ces ténèbres par son ordre dans la barque de Pierre: « Avance au large » (Lc 5, 4).

Nous pouvons nous perdre dans des discussions interminables, accumuler des tentatives manquées, et faire une liste d’efforts qui n’ont rien donné ; de même que Pierre, nous savons ce que signifie l’expérience de travailler sans aucun résultat. Cette nation en sait quelque chose, quand, sur une période de 6 ans, en ces temps-là, à ses débuts, elle a eu 16 présidents et a payé cher ses divisions (« la patrie stupide »). L’Eglise en Colombie aussi a l’expérience de travaux pastoraux vains et infructueux…, mais, comme Pierre, nous sommes aussi capables de nous en remettre au Maître dont la Parole suscite la fécondité même là où l’inhospitalité des ténèbres humaines rend infructueux beaucoup d’efforts et de fatigues. Pierre est l’homme qui accueille résolument l’invitation de Jésus, qui laisse tout et le suit, pour devenir un
nouveau pêcheur dont la mission consiste à porter à ses frères le Royaume de Dieu où la vie est pleine et heureuse.

Mais la demande de jeter les filets n’est pas adressée seulement à Simon Pierre ; il lui a été demandé d’aller au large, comme ceux qui, dans votre patrie, ont vu en premier ce qui presse le plus ; ceux qui ont pris des initiatives de paix, de vie. Jeter les filets entraîne une responsabilité. A Bogota et en Colombie pérégrine une immense communauté qui est appelée à devenir un solide filet qui rassemble tout le monde dans l’unité, en travaillant à la défense et à la sauvegarde de la vie humaine, en particulier quand elle est plus fragile et vulnérable : dans le sein maternel, dans l’enfance, dans la vieillesse, dans les conditions de handicap et dans des situations de marginalisation sociale. Les multitudes qui vivent à Bogota et en Colombie peuvent aussi devenir de vraies communautés vivantes, justes et fraternelles si elles écoutent et accueillent la parole de Dieu. Dans ces multitudes évangélisées surgiront beaucoup d’hommes et de femmes devenus
disciples qui, d’un cœur vraiment libre, suivront Jésus ; des hommes et des femmes capables d’aimer la vie en toutes ses étapes, de la respecter et de la promouvoir.

Nous devons nous appeler les uns les autres, nous faire signe, comme les pêcheurs, recommencer à nous considérer comme des frères, des compagnons de route, des membres de cette entreprise commune qu’est la patrie. Bogota et la Colombie sont, en même temps, rivage, lac, mer ouverte, ville où Jésus est passé et passe pour offrir sa présence et sa Parole féconde, pour nous tirer des ténèbres et nous porter à la lumière et à la vie. Appeler les autres, tous les autres, pour que personne ne dépende de l’arbitraire des tempêtes ; faire monter sur la barque toutes les familles, sanctuaires de la vie ; faire place au bien commun qui est au-dessus des intérêts mesquins ou particuliers, porter les plus fragiles en promouvant leurs droits.

Pierre fait l’expérience de sa petitesse, de l’immensité de la Parole et de l’action de Jésus ; Pierre connaît ses fragilités, ses hésitations…, comme nous connaissons les nôtres, comme les connaît l’histoire de violence et de division de votre peuple qui ne nous a pas toujours trouvés partageant la barque, la tempête, les malheurs. Mais comme Simon, Jésus nous invite à aller au large, il nous pousse au risque partagé, à laisser nos égoïsmes et à le suivre ; à nous défaire des peurs qui ne viennent pas de Dieu, qui nous immobilisent et qui retardent l’urgence d’être des constructeurs de la paix, des promoteurs de la vie.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-homelie-lors-de-la-messe-au-parc-simon-bolivar-de-bogota/feed 0
Pape François en Colombie: Discours devant le Comité de direction du CELAM http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/pape-francois-en-colombie-discours-devant-le-comite-de-direction-du-celam http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/pape-francois-en-colombie-discours-devant-le-comite-de-direction-du-celam#respond Thu, 07 Sep 2017 20:22:40 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20242

Vous trouverez ci-dessous le discours du pape François lors de la rencontre avec les membres du comité de direction du CELAM (Conseil épiscopal pour l’Amérique latine):

Chers frères, merci pour cette rencontre et pour les chaleureuses paroles de bienvenue du Président de la Conférence de l’Épiscopat Latino-américain. N’eussent été les exigences de l’agenda, j’aurais voulu vous rencontrer au siège du CELAM. Je vous remercie pour la délicatesse d’être ici en ce moment.

Je suis reconnaissant pour les efforts que vous faites afin de transformer cette Conférence Épiscopale continentale en une maison au service de la communion et de la mission de l’Église en Amérique Latine ; en un centre propulseur de la conscience d’être disciple et missionnaire ; en une référence vitale pour la compréhension et l’approfondissement de la catholicité latino-américaine, esquissée progressivement par cet organisme de communion durant des décennies de service. Et je profite de l’occasion pour encourager les efforts récents en vue d’exprimer cette sollicitude collégiale à travers le Fond de Solidarité de l’Église Latino-américaine.

Il y a quatre ans, à Rio de Janeiro, j’ai eu l’occasion de vous parler au sujet de l’héritage pastoral d’Aparecida, dernier événement synodal de l’Église Latino-américaine et des Caraïbes. Je soulignais alors la nécessité permanente d’apprendre de sa méthode, substantiellement constituée par la participation des Églises locales et par la syntonie avec les pèlerins marchant à la recherche du visage humble de Dieu qui a voulu se manifester dans la Vierge pêchée dans les eaux, et qui se prolonge dans la mission continentale. Celle-ci veut être, non pas la somme des initiatives pragmatiques qui remplissent les agendas et perdent les énergies précieuses, mais l’effort pour mettre la mission de Jésus dans le cœur de l’Église elle-même, en la transformant en critère pour mesurer l’efficacité des structures, des résultats de son travail, la fécondité de ses ministres et la joie qu’ils sont capables de susciter. En effet, sans la joie, on n’attire personne.

Je m’étais ensuite arrêté sur les tentations, encore présentes, de l’idéologisation du message évangélique, du fonctionnalisme ecclésial et du cléricalisme, car le salut que nous apporte le Christ se trouve toujours en jeu. Ce salut doit arriver avec force au cœur de l’homme pour interpeller sa liberté, en l’invitant à un exode permanent de sa propre auto-référentialité vers la communion avec Dieu et avec les autres frères.

Dieu, en parlant à l’homme en Jésus, ne le fait pas par une vague plainte comme à un étranger, ni par une convocation impersonnelle comme le ferait un notaire, ni par une déclaration de préceptes à observer comme le fait n’importe quel fonctionnaire du sacré. Dieu parle par la voix à nulle autre pareille du Père au fils, et respecte son mystère parce qu’il l’a formé de ses propres mains et l’a destiné à la plénitude. Notre plus grand défi en tant qu’Église, c’est de parler à l’homme comme porte-voix de cette intimité avec Dieu qui le considère fils, même lorsqu’il renie cette paternité, car pour lui nous sommes toujours des enfants retrouvés.

On ne peut pas, par conséquent, réduire l’Évangile à un programme au service d’un gnosticisme à la mode, à un projet d’ascension sociale ou à une conception de l’Église comme une bureaucratie qui s’accorde elle-même des bénéfices, comme celle-ci ne peut pas non plus être réduite à une organisation dirigée, selon des critères modernes d’entreprise, par une caste cléricale.

L’Église est la communauté des disciples de Jésus ; l’Église est mystère (cf. Lumen gentium, n. 5) et peuple (cf. ibid., n. 9), ou mieux encore : en elle se réalise le mystère à travers le peuple de Dieu. C’est pourquoi, j’ai souligné le fait d’être disciple missionnaire comme un appel divin pour cet aujourd’hui non dénué de tensions et de complexités, une sortie permanente avec Jésus pour savoir comment et où vit le Maître. Et tandis que nous sortons en sa compagnie nous prenons connaissance de la volonté du Père, qui nous attend toujours. Seule une Église épouse, Mère, Servante, qui a renoncé à la prétention de contrôler ce qui n’est pas son œuvre mais une œuvre de Dieu peut demeurer avec Jésus même quand son nid et son abri sont la croix.

Proximité et rencontre sont les instruments de Dieu qui, dans le Christ, s’est approché et nous a toujours rencontrés. Le mystère de l’Église, c’est qu’elle se réalise comme sacrement de cette divine proximité et comme lieu permanent de cette rencontre. D’où la nécessité de la proximité de l’évêque avec Dieu, car en lui se trouve la source de la liberté et de la force du cœur du pasteur, ainsi que de la proximité avec le peuple saint qui lui a été confié. Dans cette proximité, l’âme de l’apôtre apprend à rendre tangible la passion de Dieu pour ses enfants.

Aparecida est un trésor dont la découverte est encore incomplète. Je suis sûr que chacun de vous découvre combien sa richesse s’est enracinée dans les Églises que vous portez dans le cœur. Comme les premiers disciples envoyés par Jésus pour la mission, nous aussi nous pouvons raconter avec enthousiasme tout ce que nous avons accompli (cf. Mc 6, 30).

Toutefois, il faut être attentif. Les réalités indispensables de la vie humaine et de l’Église ne sont jamais un monument mais un patrimoine vivant. Il est beaucoup plus confortable de les transformer en des souvenirs dont on célèbre les anniversaires : 50 ans de Medellin, 20 d’Ecclesia in America, 10 d’Aparecida ! En revanche, il s’agit de quelque chose d’autre : préserver et faire couler la richesse de ce patrimoine (pater – munus) constituent le munus de notre paternité épiscopale envers l’Église de notre continent.

Vous le savez bien, la conscience renouvelée du fait qu’à la source de tout il y a toujours la rencontre avec le Christ vivant demande que les disciples cultivent la familiarité avec lui ; autrement, le visage du Seigneur devient opaque, la mission perd sa force, la conversion pastorale régresse. Prier et cultiver l’union avec lui sont, par conséquent, l’activité la plus pressante de notre mission pastorale.

À ses disciples, enthousiastes de la mission accomplie, Jésus a dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert » (Mc 6, 31). Nous avons plus encore besoin de cet être-seuls-avec-le-Seigneur pour trouver le cœur de la mission de l’Église en Amérique Latine dans les circonstances actuelles. Il y a beaucoup de dispersion intérieure et également extérieure! Les nombreux événements, la fragmentation de la réalité, l’instantanéité et la rapidité du présent pourraient nous faire tomber dans la dispersion et dans le vide. Il est impératif de retrouver l’unité.

Où se trouve l’unité? Toujours en Jésus. Ce qui rend permanente la mission, ce n’est pas l’enthousiasme qui enflamme le cœur généreux du missionnaire, bien que ce soit toujours nécessaire ; c’est plutôt la compagnie de Jésus à travers son Esprit. Si nous ne sortons pas avec lui dans la mission, bientôt nous perdrions le chemin, en prenant le risque de confondre nos besoins futiles avec sa cause. Si la raison de notre sortie, ce n’est pas lui, il sera facile de se décourager dans la fatigue du chemin, ou face à la résistance des destinataires de la mission, ou face aux situations changeantes des circonstances qui marquent l’histoire, ou par l’épuisement des pieds en raison de l’usure insidieuse causée par l’ennemi.

Céder au découragement ne fait pas partie de la mission, lorsque peut-être, passé l’enthousiasme des débuts, arrive le moment où toucher la chair du Christ devient très dur. Dans une telle situation, Jésus n’encourage pas nos peurs. Et comme nous le savons bien, nous ne pouvons aller à personne d’autre, parce que lui seul a les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6, 68) ; il est nécessaire, par conséquent, d’approfondir notre appel.

Que signifie concrètement sortir avec Jésus en mission aujourd’hui en Amérique Latine ? L’adverbe ‘‘concrètement’’ n’est pas une figure de style littéraire ; il appartient plutôt au noyau de la question. L’Évangile est toujours concret, il n’est jamais un exercice de spéculations stériles. Nous connaissons bien la tentation récurrente de se perdre dans le byzantinisme des docteurs de la loi, de se demander jusqu’à quel point on peut arriver sans perdre le contrôle de son propre territoire marqué ou du présumé pouvoir que les limites promettent.

On a beaucoup parlé de l’Église en état permanent de mission. Sortir avec Jésus est la condition de cette réalité. L’Évangile parle de Jésus qui, sorti du Père, parcourt avec les siens les campagnes et les villages de la Galilée. Il ne s’agit pas d’un déplacement inutile du Seigneur. Tandis qu’il marche, il rencontre ; quand il rencontre, il s’approche ; quand il s’approche, il parle ; quand il parle, il touche par son pouvoir ; quand il touche, il guérit et sauve. Conduire au Père ceux qu’il rencontre est l’objectif de sa sortie permanente, sur laquelle nous devons réfléchir continuellement. L’Église doit se réapproprier les verbes que le Verbe de Dieu conjugue dans sa mission divine. Sortir pour rencontrer, sans passer au large ; se pencher sans négligence ; toucher sans peur. Il s’agit pour vous de vous consacrer quotidiennement au travail de campagne, là où vit le peuple de Dieu qui vous a été confié. Il ne nous est pas permis de nous laisser paralyser par la climatisation des bureaux, par les statistiques et les stratégies abstraites. Il faut s’adresser à l’homme dans sa situation concrète ; ne détournons pas le regard de lui. La mission se réalise dans un corps à corps.

Un Église capable d’être sacrement d’unité.

On observe tant de dispersion autour de nous ! Et je ne me réfère pas uniquement à celle de la riche diversité qui a toujours caractérisé le continent, mais aux dynamiques de désagrégation. Il faut être attentif pour ne pas se laisser prendre à ces pièges. L’Église n’est pas en Amérique Latine comme si elle avait les valises à la main, prête à partir après l’avoir pillée, comme l’ont fait beaucoup tout au long de l’histoire. Ceux qui agissent ainsi regardent avec un sentiment de supériorité et de mépris son visage métisse ; ils prétendent coloniser son âme avec les mêmes formules infructueuses et recyclées sur la vision de l’homme et de la vie, répètent des recettes identiques en tuant le patient tandis qu’ils enrichissent les médecins qui les envoient ; ils ignorent les raisons profondes qui habitent le cœur de votre peuple et qui le rendent fort précisément dans ses rêves, dans ses mythes, malgré les désenchantements et les échecs nombreux ; ils manipulent politiquement et trahissent ses espérances, en laissant derrière eux une terre brûlée et un terrain prêt pour l’éternel retour de la même chose, même quand on revient le présenter sous un habit nouveau.

Des hommes et des utopies forts ont promis des solutions magiques, des réponses instantanées, des effets immédiats. L’Église, sans prétentions humaines, respectueuse du visage multiforme du continent, qu’elle considère non pas comme un désavantage mais comme une richesse permanente, doit continuer à prêter l’humble service au bien authentique de l’homme latino-américain. Elle doit travailler, sans se lasser, à construire des ponts, à abattre des murs, à intégrer la diversité, promouvoir la culture de la rencontre et du dialogue, à éduquer au pardon et à la réconciliation, au sens de la justice, au rejet de la violence et au courage de la paix. Aucune construction durable en Amérique Latine ne peut se passer de ce fondement invisible mais essentiel.

L’Église connaît comme peu cette unité sapientielle qui précède n’importe quelle réalité en Amérique Latine. Elle cohabite quotidiennement avec cette réserve morale sur laquelle s’appuie l’édifice existentiel du continent. Tandis que j’en parle avec vous, je suis sûr que vous pourriez donner un nom à cette réalité. Avec elle, nous devons dialoguer continuellement. Nous ne pouvons pas perdre le contact avec ce substrat moral, avec cet humus vital qui réside dans le cœur de notre peuple, dans lequel on perçoit le mélange presqu’indistinct, mais en même temps éloquent, de son visage métisse : ni uniquement indigène, ni uniquement hispanique, ni uniquement lusitanien, ni uniquement afro-américain, mais métisse, latino-américain !

Guadalupe et Aparecida sont des manifestations programmatiques de cette créativité divine. Nous le savons bien, elles se trouvent dans le fondement sur lequel s’appuie la religiosité populaire de notre peuple ; elles font partie de sa singularité anthropologique ; il s’agit d’un don par lequel Dieu a voulu se faire connaître à notre peuple. Les pages les plus lumineuses de l’histoire de notre Église ont été écrites précisément quand elle a su se nourrir de cette richesse, parler à ce cœur profond qui palpite, préservant, comme une petite lumière vive sous les cendres apparentes, le sens de Dieu et de sa transcendance, la sacralité de la vie, le respect de la création, les liens de solidarité, la joie de vivre, la capacité d’être heureux sans conditions.

Pour parler à cette âme qui est profonde, pour parler à l’Amérique Latine profonde, l’Église doit apprendre continuellement de Jésus. L’Évangile dit qu’il parlait uniquement en paraboles (cf. Mc 4, 34). Des images qui impliquent et font participer, qui transforment les auditeurs de sa Parole en personnages de ses récits divins. Le saint peuple fidèle de Dieu en Amérique Latine ne comprend pas un autre langage le concernant. Nous sommes invités à aller en mission non pas avec des concepts froids qui se contentent du possible, mais avec des images qui multiplient et déploient continuellement ses forces dans le cœur de l’homme, en le transformant en grain semé dans une terre bonne, en levain qui accroît sa capacité de faire du pain à partir de la pâte, en semence qui cache la puissance de l’arbre fécond.

Une Église capable d’être sacrement de l’espérance

Beaucoup se plaignent d’un certain manque d’espérance dans l’Amérique Latine actuelle. À nous autres, la ‘‘lamentitude’’ n’est pas permise, car l’espérance que nous avons vient d’en haut. En outre, nous savons bien que le cœur latino-américain a été éduqué à l’espérance. Comme le disait un chanteur brésilien ‘‘l’espérance est équilibriste ; elle danse sur la corde raide de l’ombre’’ (Joao Bosco, O Bêbado e a Equilibrista). Quand on pense qu’elle est épuisée, la voici de nouveau là où on l’attendait le moins. Notre peuple a appris qu’aucune désillusion n’est suffisante pour le faire plier. Il suit le Christ flagellé et doux, il sait desseller jusqu’à ce que survienne la clarté et il demeure dans l’espérance de sa victoire, car – au fond – il est conscient de ne pas appartenir totalement à ce monde.

Il est indéniable que l’Église en ces terres est particulièrement un sacrement d’espérance, mais il faut veiller sur la concrétisation de cette espérance. Plus elle est transcendante, plus elle doit transformer le visage immanent de ceux qui la possèdent. Je vous prie de veiller à la concrétisation de l’espérance et permettez-moi de vous rappeler quelques-uns de ses visages déjà visibles dans cette Église de l’Amérique Latine.

L’espérance en Amérique Latine a un visage jeune

On parle fréquemment des jeunes – on déclame les statistiques sur le continent de l’avenir –, certains offrent des informations sur leur présumée décadence et sur combien ils sont endormis, d’autres profitent de leur potentiel de consommation, beaucoup leur proposent le rôle de pions du trafic et de la violence. Ne vous laissez pas prendre par de telles caricatures sur vos jeunes. Regardez-les dans les yeux et cherchez en eux le courage de l’espérance. Ce n’est pas vrai qu’ils sont prêts à répéter le passé. Ouvrez-leur des espaces concrets dans les Églises particulières qui vous ont été confiées, investissez du temps et des ressources dans leur formation. Proposez des programmes éducatifs incisifs et objectifs en leur demandant, comme les parents le font avec leurs enfants, des résultats de leurs potentialités et en éduquant leur cœur à la joie de la profondeur, non pas de la superficialité. Ne vous contentez pas de rhétoriques ou de choix consignés par écrit dans les plans pastoraux jamais mis en pratique.

J’ai choisi précisément le Panama, l’isthme de ce continent, pour les Journées Mondiales de la Jeunesse 2019 qui seront célébrées en suivant l’exemple de la Vierge qui proclame : « Voici la servante du Seigneur » et « que tout m’advienne selon sa parole » (Lc 1, 38). Je suis sûr que chez tous les jeunes se cache un isthme, dans le cœur de tous nos jeunes il y a un bout de terre petit et oblong qu’on peut parcourir pour les conduire vers un avenir que Dieu seul connaît et qui n’appartient qu’à lui. Il nous revient de leur présenter de grandes propositions pour réveiller en eux le courage de prendre des risques avec Dieu et de les rendre disponibles comme la Vierge.

L’espérance en Amérique Latine a un visage féminin

Il n’est pas nécessaire de m’attarder à parler du rôle de la femme dans notre continent et dans notre Église. De ses lèvres nous avons appris la foi ; presqu’avec le lait de ses seins nous avons acquis les traits de notre âme métisse et l’immunité face à tout désespoir. Je pense aux mères indigènes ou noires, je pense aux femmes des villes avec leur triple tour de travail, je pense aux grand-mères catéchistes, je pense aux consacrées et aux très nombreuses femmes artisans du bien. Sans les femmes, l’Église du continent perdrait la force de renaître continuellement. Ce sont les femmes qui, avec une patience méticuleuse, allument et rallument la flamme de la foi. C’est un devoir sérieux de comprendre, de respecter, de valoriser, de promouvoir la force ecclésiale et sociale de ce qu’elles font. Elles ont accompagné Jésus missionnaire ; elles ne se sont pas retirées du pied de la croix ; dans la solitude, elles ont attendu que la nuit de la mort restitue le Seigneur de la vie ; elles ont inondé le monde de sa présence ressuscitée. Si nous voulons une étape nouvelle et vivace de la foi dans ce continent, nous ne l’obtiendrons pas sans les femmes. S’il vous plaît, elles ne peuvent pas être réduites à des servantes de notre cléricalisme récalcitrant ; elles sont, en revanche, protagonistes dans l’Église de l’Amérique Latine ; dans sa sortie avec Jésus ; dans sa sauvegarde, même dans la souffrance de son peuple ; dans son attachement à l’espérance qui l’emporte sur la mort ; dans sa façon joyeuse d’annoncer au monde que le Christ est vivant et est ressuscité.

L’espérance en Amérique Latine passe à travers le cœur, l’esprit et les bras des laïcs

Je voudrais réitérer ce que j’ai récemment dit à la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine. Il faut impérativement surmonter le cléricalisme qui infantilise les Christifideles laici et appauvrit l’identité des ministres ordonnés.

Bien que beaucoup d’efforts aient été réalisés et quelques pas faits, les grands défis du continent demeurent sur la table et continuent d’attendre l’avènement serein, responsable, compétent, visionnaire, articulé, conscient, d’un laïcat chrétien qui, comme croyant, soit disposé à contribuer : aux processus d’un authentique développement humain, à la consolidation de la démocratie politique et sociale, à l’éradication structurelle de la pauvreté endémique, à la construction d’une prospérité inclusive fondée sur des réformes durables et à même de préserver le bien social, à l’éradication de l’inégalité et à la sauvegarde de la stabilité, à l’élaboration de modèles de développement économique soutenable respectant la nature et le vrai avenir de l’homme qui ne se réduit pas à la consommation démesurée, ainsi qu’au rejet de la violence et à la défense de la paix.

Et une chose en plus : en ce sens, l’espérance doit toujours regarder le monde avec les yeux des pauvres et à partir de la situation des pauvres. L’espérance est pauvre comme le grain de blé qui meurt (cf. Jn 12, 24), mais elle a la force de répandre les plans de Dieu.

La richesse autosuffisante prive souvent l’esprit humain de la capacité de voir aussi bien la réalité du désert que les oasis qui y sont cachées. Elle propose des réponses de manuel et répète des certitudes de ‘‘talkshows’’ ; elle balbutie la projection d’elle-même, vide, sans s’approcher le moindre du monde de la réalité. Je suis sûr qu’en ces temps difficiles et confus mais provisoires que nous vivons, les solutions aux problèmes complexes représentant pour nous des défis naissent de la simplicité chrétienne qui se cache aux puissants et se révèle aux humbles : la pureté de la foi dans le Ressuscité, la chaleur de la communion avec lui, la fraternité, la générosité et la solidarité concrète qui jaillit aussi de l’amitié avec lui.

Et tout cela, je voudrais le résumer dans une phrase que je vous laisse comme synthèse et souvenir de cette rencontre : Si nous voulons servir, à partir du CELAM, notre Amérique Latine, nous devons le faire avec passion. Aujourd’hui, manque la passion. Mettre notre cœur dans tout ce que nous faisons, de la passion de jeune amoureux et d’ancien sage, de la passion qui transforme les idées en utopies viables, de la passion dans le travail de nos mains, de la passion qui fait de nous des pèlerins permanents dans nos Églises comme – permettez-moi de le rappeler – saint Toribio de Mogrovejo, qui ne s’installait pas à son siège : sur les 24 ans d’épiscopat, il en a passé 18 parmi les populations de son diocèse. Chers frères, s’il vous plaît, je vous demande de la passion, de la passion évangélisatrice.

Vous, évêques du CELAM, les Églises locales que vous représentez et le peuple tout entier de l’Amérique et des Caraïbes, je vous confie à la protection de la Vierge, invoquée sous les noms de Guadalupe et d’Aparecida, avec la sereine certitude que Dieu, qui a parlé à ce continent par le visage métisse et noir de sa Mère, ne cessera pas de faire resplendir sa lumière bienfaisante dans la vie de tous.
[01229-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/pape-francois-en-colombie-discours-devant-le-comite-de-direction-du-celam/feed 0
Pape en Colombie: Discours lors de la rencontre avec les évêques http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-lors-de-la-rencontre-avec-les-eveques http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-lors-de-la-rencontre-avec-les-eveques#respond Thu, 07 Sep 2017 17:16:05 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20224

CTV


Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’allocution du pape François aux évêques de Colombie:

La paix soit avec vous !

C’est ainsi que le Ressuscité a salué son petit troupeau après avoir vaincu la mort ; permettez-moi de vous saluer de la même manière au début de mon voyage.

Je remercie pour vos paroles de bienvenue. Je suis heureux parce que mes premiers pas en ce pays me conduisent à vous rencontrer vous, les évêques de la Colombie, pour embrasser en vous toute l’Église colombienne et pour serrer votre peuple contre mon cœur de Successeur de Pierre. Je vous suis très reconnaissant pour votre ministère épiscopal, que je vous prie de continuer à exercer avec une générosité renouvelée. J’adresse une salutation spéciale aux évêques émérites, en les encourageant à continuer de soutenir, par la prière et par la présence discrète, l’Épouse du Christ pour laquelle il se sont généreusement donnés.

Je viens annoncer le Christ et parcourir en son nom un itinéraire de paix et de réconciliation. Le Christ est notre paix ! Il nous a réconciliés avec Dieu et entre nous !

Je suis convaincu que la Colombie a quelque chose d’original qui attire fortement l’attention : elle n’a jamais été un objectif complètement réalisé, ni une destination totalement atteinte, ni un trésor totalement possédé. Sa richesse humaine, ses ressources naturelles luxuriantes, sa culture, sa synthèse chrétienne lumineuse, le patrimoine de sa foi et la mémoire de ses évangélisateurs, la joie gratuite et inconditionnelle de son peuple, le sourire sans prix de sa jeunesse, sa fidélité originale à l’Évangile du Christ et à son Église et, surtout, son courage indomptable à résister à la mort, non seulement annoncée mais bien des fois semée, tout cela se dérobe, disons se cache, à ceux qui se présentent comme des étrangers avides de s’en accaparer, et en revanche, s’offre généreusement à celui qui touche son cœur par la douceur du pèlerin. C’est ainsi qu’est la Colombie !

C’est pourquoi, comme pèlerin, je m’adresse à son Église. Je suis votre frère, désireux de partager le Christ ressuscité pour qui aucun mur n’est éternel, aucune peur n’est indestructible, aucune blessure n’est incurable.

Je ne suis pas le premier Pape à vous parler chez vous. Deux de mes plus grands prédécesseurs ont été des hôtes ici : le bienheureux Paul VI, qui est venu juste après avoir conclu le Concile Vatican II, pour encourager la réalisation collégiale du mystère de l’Église en Amérique Latine ; et saint Jean-Paul II lors de sa mémorable visite apostolique de 1986. Les paroles de ces deux Papes sont une ressource permanente ; les indications qu’ils ont esquissées et la merveilleuse synthèse qu’ils ont offerte sur notre ministère épiscopal constituent un patrimoine à sauvegarder. Je voudrais que ce que je vais vous dire soit reçu dans la continuité de ce qu’ils ont enseigné.

Gardiens et sacrement du premier pas

«Faire le premier pas» est le thème de ma visite et pour vous aussi, c’est mon premier message. Vous savez bien que Dieu est le Seigneur du premier pas. Il nous devance toujours. Toute l’Écriture Sainte parle de Dieu comme exilé hors de soi par amour. Il en a été ainsi lorsqu’il n’y avait que ténèbres, chaos et, en sortant de lui-même, il a fait en sorte que tout vienne à l’être (cf. Gn 1.2, 4) ; il en a été ainsi lorsqu’il se promenait dans le jardin des origines, se rendant compte de la nudité de sa créature (cf. Gn 3, 8-9) ; il en a été ainsi lorsque, pèlerin, il a logé sous la tente d’Abraham, en lui faisant la promesse d’une fécondité inespérée (cf. Gn 18, 1-10) ; il a en été ainsi lorsqu’il s’est présenté à Moïse en le séduisant, alors qu’il n’avait plus d’autre horizon que de paître les brebis de son beau-père (cf. Ex 3, 1-2) ; il en a été ainsi lorsqu’il n’a pas détourné le regard de sa Jérusalem bien-aimée, même quand elle se prostituait sur le trottoir de l’infidélité (cf. Ez 16, 15) ; il en a été ainsi lorsqu’il a émigré avec sa gloire vers son peuple exilé, en esclavage (cf. Ez 10, 18-19).

Et, à la plénitude des temps, il a voulu révéler le vrai nom du premier pas, de son premier pas. Il s’appelle Jésus et il est un pas irréversible. Il provient de la liberté d’un amour qui précède tout. Car le Fils, lui-même, est l’expression vivante de cet amour. Ceux qui le reconnaissent et l’accueillent reçoivent en héritage le don d’être introduits dans la liberté de pouvoir toujours accomplir en lui le premier pas ; ils n’ont pas peur de se perdre s’ils sortent d’eux-mêmes, car ils ont la garantie de son amour provenant du premier pas de Dieu, une boussole qui leur évite de se perdre.

Préservez donc, avec une crainte et une émotion saintes, ce premier pas de Dieu vers vous et, par votre ministère, vers les personnes qui vous ont été confiées, conscients d’être sacrement vivant de cette liberté divine qui n’a pas peur de sortir d’elle-même par amour, qui n’a pas peur de s’appauvrir tandis qu’elle se donne, qui n’a besoin d’autre force que l’amour.

Dieu nous précède, nous sommes des sarments et non la vigne. Par conséquent, ne taisez pas la voix de celui qui vous a appelés et ne pensez pas que ce soit la somme de vos pauvres vertus ou les compliments des puissants du moment qui assurent le résultat de la mission que Dieu vous a confiée. Au contraire, mendiez dans la prière quand vous ne pouvez pas donner ou vous donner, pour que vous ayez quelque chose à offrir à ceux qui s’approchent constamment de vos cœurs de pasteurs. La prière dans la vie de l’évêque est la sève vitale qui coule dans la vigne, sans laquelle le sarment se flétrit en devenant stérile. Par conséquent, luttez avec Dieu, et plus encore dans la nuit de son absence, jusqu’à ce qu’il vous bénisse (cf. Gn 32, 25-27). Les blessures de cette bataille quotidienne et prioritaire dans la prière seront source de guérison pour vous ; vous serez blessés par Dieu afin d’être capables de guérir.

Rendre visible votre identité de sacrement du premier pas.

De fait, rendre tangible l’identité de sacrement du premier pas de Dieu exigera un exode intérieur continu. « Il n’y a pas de plus grande invitation à l’amour que de devancer ce même amour » (Saint Augustin, De catechizandis rudibus, liber I, 4.7, 26 : PL 40), donc, aucun domaine de la mission épiscopale ne peut faire abstraction de cette liberté de faire le premier pas. La condition pour pouvoir exercer le ministère apostolique est la disponibilité à s’approcher de Jésus en laissant derrière « ce que nous avons été pour être ce que nous n’étions pas » (Saint Augustin, in Psal., 121, 12 : PL 36).

Je vous recommande de veiller non seulement individuellement mais aussi collégialement, dociles à l’Esprit Saint, sur ce point de départ permanent. Sans ce noyau, les traits du Maître languissent sur le visage des disciples, la mission s’embourbe et la conversion pastorale diminue, qui n’est autre que de préserver cette urgence d’annoncer l’Évangile de la joie aujourd’hui, demain et après-demain (cf. Lc 13, 33), diligence qui a dévoré le cœur de Jésus en le laissant sans nid ni abri, uniquement penché sur l’accomplissement jusqu’à la fin de la volonté du Père (cf. Lc 9, 58.62). Quel autre avenir pouvons-nous poursuivre ? A quelle autre dignité pouvons-nous aspirer ?

Ne vous mesurez pas avec le mètre de ceux qui voudraient que vous ne soyez qu’une caste de fonctionnaires repliés sur la dictature du présent. Ayez, au contraire, le regard toujours fixé sur l’éternité de celui qui vous a élus, prêts à accueillir le jugement décisif de ses lèvres.

Dans la complexité du visage de cette Église colombienne, il est très important de préserver la singularité de ses forces diverses et légitimes, les sensibilités pastorales, les particularités régionales, les mémoires historiques, les richesses des expériences ecclésiales spécifiques. Pentecôte consciente que tous entendent dans leur propre langue. C’est pourquoi, recherchez avec persévérance la communion entre vous. Ne vous lassez pas de la construire à travers le dialogue franc et fraternel, en condamnant comme la peste les agendas cachés. Empressez-vous de faire le premier pas, l’un vers l’autre. Devancez-vous dans la disponibilité à comprendre les raisons de l’autre. Laissez-vous enrichir par ce que l’autre peut vous offrir et construisez une Église qui offre à ce pays un témoignage éloquent de combien on peut progresser quand on est disposé à ne pas dépendre de quelques-uns. Le rôle des Provinces ecclésiastiques par rapport au message de l’Évangile lui-même est fondamental, car diverses et harmonieuses sont les voix qui le proclament. Pour cela, ne vous contentez pas d’un médiocre engagement minimal qui laisse les résignés dans la tranquille quiétude de leur propre impuissance, en même temps qu’il dompte ces espérances qui exigeraient le courage de se concentrer davantage sur la force de Dieu que sur sa propre fragilité.

Ayez une sensibilité spéciale envers les racines afro-colombiennes de votre peuple, qui ont contribué si généreusement à modeler le visage de ce pays.

Toucher la chair du corps du Christ

Je vous invite à ne pas avoir peur de toucher la chair blessée de votre propre histoire et de l’histoire de votre peuple. Faites-le avec humilité, sans la vaine prétention de protagonisme, et d’un cœur sans partage, libre de toute compromission et de toute servilité. Seul Dieu est Seigneur et nous ne devons soumettre notre âme de pasteur à aucune autre cause.

La Colombie a besoin de votre regard, propre à des évêques, pour la soutenir dans le courage du premier pas vers la paix définitive, la réconciliation, vers le renoncement à la violence comme méthode, vers la suppression des inégalités qui sont la racine de nombreuses souffrances, la renonciation au chemin facile mais sans issue de la corruption, la patiente et persévérante consolidation de la ‘‘res publica’’ qui demande l’éradication de la misère et de l’inégalité.

Il s’agit d’une tâche ardue mais à laquelle on ne peut renoncer, les chemins sont raides et les solutions ne sont pas évidentes. De la hauteur de Dieu, qui est la croix de son fils, vous obtiendrez la force ; avec la petite lumière humble des yeux du Ressuscité, vous parcourrez le chemin ; en écoutant la voix de l’Époux qui susurre dans le cœur, vous recevrez les critères pour discerner à nouveau, dans chaque incertitude, la direction juste.

L’un de vos illustres hommes de lettre a écrit, en parlant de l’un de vos personnages mythiques : « Il n’imaginait pas qu’il était plus facile de commencer une guerre que de la terminer » (Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, chapitres 9). Nous savons tous que la paix exige des hommes un courage moral différent. La guerre suit ce qu’il y a de plus bas dans notre cœur, la paix nous incite à être plus grands que nous-mêmes. Poursuivant, l’écrivain ajoutait : « Il ne comprenait pas qu’il ait fallu beaucoup de mots pour expliquer ce qu’on sentait durant la guerre, si un seul suffisait : la peur » (Ibid. ch. 15). Il n’est pas nécessaire que je vous parle de cette peur, racine empoisonnée, fruit amer et héritage néfaste de chaque conflit. Je voudrais vous encourager à continuer à croire qu’on peut procéder d’une autre manière, en rappelant que vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; l’Esprit lui-même témoigne que vous êtes des fils destinés à la liberté de la gloire qui vous est réservée (cf. Rm 8, 15-16).

Vous voyez de vos propres yeux et vous connaissez comme peu de personnes la déformation du visage de ce pays ; vous êtes les gardiens des pièces fondamentales qui l’unifient, malgré ses lacérations. C’est précisément pour cela que la Colombie a besoin de vous pour se reconnaître dans son vrai visage, chargé d’espérance en dépit de ses imperfections, pour se pardonner réciproquement malgré les blessures pas tout à fait cicatrisées, pour croire qu’on peut faire un autre chemin même lorsque l’inertie pousse à répéter les mêmes erreurs, pour avoir le courage de surmonter ce qui peut la rendre misérable malgré ses trésors.

Je vous encourage, en effet, à ne pas vous lasser de faire de vos Églises un ventre de lumière, capable de produire, même en souffrant de faim, les nouvelles ressources dont cette terre a besoin. Abritez-vous dans l’humilité de votre peuple pour vous rendre compte de ses ressources humaines secrètes et de sa foi ; écoutez combien son humanité dépouillée aspire à la dignité que seul le Ressuscité peut donner. N’ayez pas peur de sortir de vos certitudes apparentes à la recherche de la vraie gloire de Dieu, qu’est l’homme vivant.

La parole de réconciliation

Beaucoup peuvent contribuer au défi de cette Nation, mais votre mission est singulière. Vous n’êtes ni techniciens ni politiciens, vous êtes des pasteurs. Le Christ est la parole de réconciliation écrite dans vos cœurs et vous avez la force de pouvoir la prononcer, non seulement en chaire, à travers les documents ecclésiaux ou à travers les articles de journaux, mais bien plus dans le cœur des personnes, dans le secret sacré de leurs consciences, dans la chaleur remplie d’espérance qui les attire à l’écoute de la voix du ciel qui proclame « paix aux hommes que Dieu aime » (Lc 2, 14). Vous devez la prononcer avec la fragile, humble, mais invincible ressource de la miséricorde de Dieu, la seule capable de vaincre l’arrogance cynique des cœurs autoréférentiels.

L’Église n’est intéressée par rien d’autre que la liberté de prononcer cette Parole. Les alliances avec une partie ou une autre ne servent pas, mais la liberté de s’adresser aux cœurs de tous. Précisément vous avez là l’autonomie pour inquiéter, vous avez là la possibilité de soutenir un changement de direction.

Le cœur humain, bien des fois dupé, conçoit le projet insensé de faire de la vie une conquête continue d’espaces pour déposer ce qu’il accumule. Précisément ici, il faut que résonne la question : à quoi sert-il de gagner le monde si un vide demeure dans l’âme ? (cf. Mt 16, 26).

À travers vos lèvres de pasteurs légitimes du Christ, tels que vous êtes, la Colombie a le droit d’être interpellée par la vérité de Dieu, qui répète sans cesse : « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9). C’est une interrogation, qui ne peut être tue, même quand celui qui l’écoute ne peut que baisser le regard, confus, et balbutier sa propre honte de l’avoir vendu, peut-être au prix d’une dose de stupéfiant ou d’une idée équivoque de raison d’État, peut-être à cause de la fausse conscience que la fin justifie les moyens.

Je vous prie d’avoir le regard toujours fixé sur l’homme concret. Ne servez pas un concept de l’homme, mais la personne humaine aimée par Dieu, faite de chair, d’os, d’histoire, de foi, d’espérance, de sentiments, de déceptions, de frustrations, de souffrances, de blessures ; et vous verrez que ce caractère concret de l’homme démasque les statistiques froides, les calculs manipulés, les stratégies aveugles, les informations falsifiées, en vous rappelant qu’« en réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et spes, n. 22).

Une Église en mission

J’ai conscience du généreux travail pastoral que vous réalisez déjà; permettez-moi cependant de vous faire part de certaines inquiétudes que je porte dans mon cœur de pasteur, désireux de vous exhorter à être toujours davantage une Église en mission. Mes prédécesseurs ont déjà insisté sur plusieurs de ces défis : la famille et la vie, les jeunes, les prêtres, les vocations, les laïcs, la formation. Ces dernières décennies, malgré l’énorme travail, les réponses pour rendre efficace la maternité de l’Église dans l’enfantement, dans la sustentation et l’accompagnement de ses fils, sont peut-être devenues encore plus difficiles.

Je pense aux familles colombiennes, à la défense de la vie depuis le sein maternel jusqu’à sa fin naturelle, au fléau de la violence et de l’alcoolisme touchant souvent les foyers, à la fragilité du lien matrimonial et à l’absence des parents avec ses conséquences tragiques d’insécurité et qui font des orphelins. Je pense aux nombreux jeunes menacés par le vide de l’âme et entraînés dans la fuite de la drogue, dans le style d’une vie facile, dans la tentation de la subversion. Je pense aux nombreux et généreux prêtres et au défi de les soutenir dans leur option fidèle et quotidienne pour le Christ et pour l’Église, tandis que certains autres continuent de répandre la neutralité confortable de ceux qui ne choisissent rien pour rester dans la solitude avec eux-mêmes. Je pense aux fidèles laïcs répandus dans toutes les Églises particulières, résistant dans l’effort pour se laisser rassembler par Dieu qui est communion, même quand beaucoup proclament le nouveau dogme de l’égoïsme et de la mort de toute solidarité. Je pense à l’immense effort de tous afin d’approfondir la foi et d’en faire une lumière vive pour les cœurs et une lampe pour le premier pas.

Je ne vous apporte pas de recettes ni n’entends vous laisser une liste de tâches. Cependant, je voudrais vous prier de garder la sérénité en réalisant dans la communion votre lourde mission de pasteurs de la Colombie. Vous savez bien que, dans la nuit, le malin continue de semer l’ivraie, mais ayez la patience du Maître du champ, en faisant confiance à la bonne qualité de ses grains. Apprenez de sa longanimité et de sa magnanimité. Ses temps sont longs parce que son regard d’amour est incommensurable. Quand l’amour est ténu, le cœur devient impatient, troublé par l’anxiété de faire des choses, dévoré par la peur d’avoir échoué. Croyez surtout en l’humilité de la semence de Dieu. Faites confiance à la puissance cachée de son levain. Dirigez vos cœurs vers la belle fascination qui attire et fait vendre tout afin de posséder ce trésor divin.

De fait, quoi d’autre pouvez-vous offrir de plus fort à la famille colombienne que la force humble de l’Évangile de l’amour généreux qui unit l’homme et la femme, faisant d’eux une image de l’union du Christ avec son Église, des canaux et des gardiens de la vie ? Les familles ont besoin de savoir que dans le Christ elles peuvent devenir un arbre luxuriant capable d’offrir de l’ombre, de porter du fruit en toute saison de l’année, d’abriter la vie dans ses branches. Ils sont si nombreux aujourd’hui ceux qui rendent hommage aux arbres sans ombre, stériles, aux branches privées de nids. Pour vous, que le point de départ soit le témoignage joyeux que la fidélité se trouve ailleurs.

Que pouvez-vous offrir à vos jeunes ? Ils aiment se sentir aimés, ils se méfient de ceux qui les sous-estiment, ils demandent une cohérence limpide et espèrent être impliqués. Recevez-les, par conséquent, avec le cœur du Christ et ouvrez-leur des espaces dans la vie de vos Églises. Ne prenez part à aucune négociation qui brade leurs espérances. N’ayez pas peur de hausser sereinement la voix pour rappeler à tous qu’une société qui se laisse séduire par le mirage du narcotrafic s’introduit elle-même dans cette métastase morale qui mercantilise l’enfer et sème partout la corruption et, en même temps, engraisse les paradis fiscaux.

Que pouvez-vous offrir à vos prêtres ? Le premier don est celui de votre paternité qui assure que la main qui les a générés et oints ne s’est pas retirée de leurs vies. Nous vivons à l’ère de l’informatique et il ne nous est pas difficile d’atteindre nos prêtres en temps réel par quelque messagerie. Mais le cœur d’un père, d’un évêque, ne peut se contenter de la communication précaire, impersonnelle et externe avec son clergé. L’inquiétude concernant le lieu où vivent ses prêtres ne peut s’éloigner du cœur de l’évêque. Vivent-ils vraiment selon Jésus ? Ou bien se sont-ils inventé d’autres sécurités telles que la stabilité économique, l’ambiguïté morale, la double vie ou l’illusion myope de la carrière ? Les prêtres ont besoin, avec une nécessité et une urgence vitales, de la proximité physique et affective de leur évêque. Ils demandent à sentir qu’ils ont un père.

La fatigue du travail quotidien pèse fréquemment sur les épaules des prêtres. Ils sont en première ligne, continuellement encerclés par des personnes qui, abattues, cherchent en eux le visage du Pasteur. Les gens s’approchent et frappent à la porte de leurs cœurs. Ils doivent donner à manger à la multitude et la nourriture de Dieu n’est jamais une propriété dont on peut simplement disposer. Au contraire, elle ne provient que de l’indigence mise en contact avec la bonté divine.

Congédier la multitude et manger le peu que l’on peut indûment s’approprier est une tentation permanente (cf. Lc 9, 13).

Veillez par conséquent sur les racines spirituelles de vos prêtres. Conduisez-les sans cesse à cette Césarée de Philippe où, à la source du Jourdain de chacun, ils peuvent entendre de nouveau la question de Jésus : Qui suis-je pour toi ? La cause de la détérioration progressive qui, souvent, conduit à la mort du disciple se trouve toujours dans un cœur qui ne peut plus répondre : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu » (Cf. Mt 16, 13-16). De là, s’affaiblit le courage de l’irréversibilité du don de soi, et dérive également une désorientation intérieure, la fatigue d’un cœur qui ne sait plus accompagner le Seigneur sur son chemin vers Jérusalem.

Prenez particulièrement soin de l’itinéraire de formation de vos prêtres, depuis la naissance de l’appel de Dieu dans leurs cœurs. La nouvelle Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, récemment publiée, est une précieuse ressource, encore à mettre en pratique, pour que l’Église colombienne soit à la hauteur du don de Dieu qui n’a jamais cessé d’appeler beaucoup de ses fils au sacerdoce.

Ne négligez pas, s’il vous plaît, la vie des hommes consacrés et des femmes consacrées. Ils constituent la gifle kérygmatique à toute la mondanité et sont appelés à brûler toute vague de valeurs mondaines dans le feu des béatitudes vécues sans glose et dans l’abaissement total de soi dans le service. Ne les considérez pas comme des ‘‘ressources utiles’’ pour les œuvres apostoliques ; sachez plutôt voir en eux le cri de l’amour consacré de l’Épouse : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20).

Réservez la même préoccupation concernant la formation de vos laïcs, dont dépend non seulement la solidité des communautés de foi, mais aussi une grande partie de la présence de l’Église dans le domaine de la culture, de la politique, de l’économie. Former dans l’Église signifie se mettre en contact avec la foi vivante de la Communauté vivante, s’insérer dans un patrimoine d’expériences et de réponses que suscite l’Esprit Saint, car c’est lui qui enseigne toutes choses (cf. Jn 14, 26).

Je voudrais exprimer une pensée sur les défis de l’Église en Amazonie, région dont, avec raison, vous êtes fiers, car elle est une partie essentielle de la merveilleuse biodiversité de ce pays. L’Amazonie est pour nous tous une preuve décisive pour vérifier si notre société, presque toujours réduite au matérialisme et au pragmatisme, est en mesure de sauvegarder ce qu’elle a reçu gratuitement, non pas pour le dévaliser, mais pour le rendre fécond. Je pense, surtout, à la sagesse cachée des peuples indigènes de l’Amazonie et je me demande si nous sommes encore capables d’apprendre d’eux la sacralité de la vie, le respect de la nature, la conscience du fait qu’à elle seule la raison instrumentale n’est pas suffisante pour combler le vide de l’homme et répondre à ses inquiétudes les plus chargées d’interrogations.

C’est pourquoi je vous invite à ne pas abandonner à elle-même l’Église en Amazonie. La consolidation d’un visage amazonien par l’Église qui pérégrine ici est pour vous tous un défi, qui dépend de l’appui missionnaire grandissant et conscient de tous les diocèses colombiens et de leur clergé tout entier. J’ai entendu que dans certaines langues locales amazoniennes, pour se référer au mot ‘‘ami’’, on utilise l’expression ‘‘mon autre bras’’. Soyez par conséquent l’autre bras de l’Amazonie. La Colombie ne peut l’amputer sans être mutilée dans son visage et dans son âme.

Chers frères,
Je vous invite à présent à vous adresser spirituellement à Notre Dame du Rosaire de

Chiquinquira, dont vous avez eu la délicatesse d’apporter l’image, depuis son Sanctuaire, dans la magnifique Cathédrale de cette ville pour que moi aussi je puisse la contempler.

Comme vous le savez bien, la Colombie ne peut se donner à elle-même le vrai Renouveau auquel elle aspire, mais il est accordé d’en haut. Supplions donc le Seigneur par la Vierge.

Tout comme à Chiquinquira Dieu a restauré la splendeur du visage de sa Mère, qu’il continue d’illuminer par sa lumière céleste le visage de tout ce pays et bénisse l’Église de la Colombie par sa compagnie bienveillante.

[01228-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-lors-de-la-rencontre-avec-les-eveques/feed 0
Pape en Colombie: Discours aux jeunes lors de la visite au palais épiscopale de Bogotà http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-aux-jeunes-lors-de-la-visite-au-palais-episcopale-de-bogota http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-aux-jeunes-lors-de-la-visite-au-palais-episcopale-de-bogota#respond Thu, 07 Sep 2017 16:24:11 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20206

CTV

Vous trouverez ci-dessous le texte du discours du pape François lors de la visite à la cathédrale et au palais épiscopal de Bogotà tel que prononcé avant la bénédiction apostolique aux fidèles présents devant le palais cardinalice:

Chers frères et sœurs,
Je vous salue avec grande joie et je vous remercie pour votre bienvenue chaleureuse. « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord: “Paix à cette maison”. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra sur vous» (Lc 10, 5-6).

J’entre aujourd’hui dans cette maison qu’est la Colombie en vous disant: la paix soit avec vous! C’était l’expression qu’utilisait tout juif, et aussi Jésus, pour saluer. J’ai voulu venir jusqu’ici comme pèlerin de paix et d’espérance, et je désire vivre ces moments de rencontre avec joie, rendant grâce à Dieu pour tout le bien qu’il a fait dans cette nation, en chacune de vos vies.

Je viens aussi pour apprendre; oui, pour apprendre de vous, de votre foi, de votre force devant l’adversité. Vous avez vécu des moments difficiles et sombres, mais le Seigneur est près de vous, il est dans le cœur de chaque fils et fille de ce pays. Lui, il n’est pas sélectif, il n’exclut personne mais embrasse chacun ; et nous sommes tous importants et nécessaires pour lui. Durant ces jours, je voudrais partager avec vous la vérité la plus importante : Dieu vous aime avec un amour de Père et il vous encourage à continuer à chercher et à désirer la paix, cette paix qui est authentique et durable.

Je vois ici beaucoup de jeunes qui sont venus des quatre coins du pays : de l’intérieur, de la côte, des régions forestières, des vallées, des plaines. C’est toujours pour moi un motif de joie de me retrouver avec les jeunes. Aujourd’hui je vous dis : gardez vive votre joie, elle est le signe d’un cœur jeune, d’un cœur qui a rencontré le Seigneur. Personne ne pourra vous l’enlever (cf. Jn 16, 22). Ne vous la laissez pas voler ; gardez cette joie qui unifie tout, conscients d’être aimés par le Seigneur. Le feu de l’amour de Jésus-Christ fait déborder cette joie, et il est suffisant pour enflammer le monde entier. Comment n’allez-vous pas pouvoir changer cette société et ce qu’on vous propose ! N’ayez pas peur de l’avenir ! Osez rêver grand ! C’est à ces grands rêves que je
voudrais vous inviter aujourd’hui.

Vous, les jeunes, vous avez une sensibilité spéciale pour reconnaître la souffrance des autres ; les volontaires du monde entier proviennent de milliers d’entre vous qui sont capables de renoncer à leur temps, à leur confort, à leurs projets centrés sur eux-mêmes pour se laisser émouvoir par les besoins des plus fragiles et se dévouer pour eux. Mais il peut arriver aussi que vous soyez nés dans des environnements où la mort, la souffrance, la division vous ont imprégnés si profondément qu’elles vous ont laissés à moitié étourdis, comme anesthésiés. Laissez la souffrance de vos frères colombiens vous gifler et vous faire bouger ! Et nous, les plus âgés, aidez-nous à ne pas nous habituer à la souffrance et à l’abandon.

Vous également, jeunes gens et jeunes filles, qui vivez dans des milieux complexes, avec des réalités différentes, et des situations familiales les plus diverses, vous vous êtes habitués à voir que tout n’est pas tout blanc ou tout noir ; que la vie quotidienne consiste en une large gamme de tonalités grises, et cela peut vous exposer au risque de tomber dans une atmosphère de relativisme, laissant de côté cette capacité qu’ont les jeunes d’entendre la douleur de ceux qui ont souffert. Vous avez la capacité non seulement de juger, de souligner des erreurs, mais également cette autre capacité magnifique et constructive : celle de comprendre. Comprendre que même derrière une erreur – parce qu’une erreur est une erreur et il ne faut pas le maquiller – il y a une infinité de raisons, de circonstances atténuantes. Combien la Colombie a besoin de vous pour se mettre dans la peau de tous ceux pour lesquels de nombreuses générations n’ont pas pu ou n’ont pas su le faire, ou n’ont pas trouvé les modalités d’une compréhension adéquate !

A vous, les jeunes, il vous est très facile de vous rencontrer. Il vous suffit d’un bon café, d’un bon verre ou quoi que ce soit comme prétexte pour susciter la rencontre. Les jeunes se retrouvent sur la musique, l’art…oui, même une finale entre l’Atlético Nacional et l’América de Cali est une occasion pour se réunir ! Vous pouvez nous enseigner que la culture de la rencontre ne consiste pas à penser, à vivre ni à réagir tous de la même manière ; elle consiste à savoir qu’au-delà de nos différences nous faisons tous partie de quelque chose de grand qui nous unit et nous transcende, nous faisons partie de ce merveilleux pays.

Votre jeunesse vous rend capables aussi de quelque chose de très difficile dans la vie : pardonner. Pardonner à ceux qui nous ont blessés ; il est remarquable de voir comment vous ne vous laissez pas embobiner par de vieilles histoires, comment vous nous regardez avec étonnement, nous les adultes, répéter des histoires de divisions seulement pour rester prisonniers des rancœurs. Vous nous aidez dans cette tentative de laisser derrière ce qui nous a blessés et vous nous aidez à regarder en avant sans le fardeau de la haine, parce que vous nous faites voir le monde entier qu’il y a devant, toute la Colombie qui veut grandir et continuer à se développer ; cette Colombie qui a besoin de chacun de nous et que, nous les plus âgés, nous vous devons.

Et c’est précisément pour cela que vous affrontez l’énorme défi de nous aider à guérir notre cœur ; de nous transmettre l’espérance jeune qui est toujours prête à donner aux autres une seconde chance. Les environnements d’inquiétude et d’incrédulité enferment l’âme, environnements qui ne trouvent pas d’issue aux problèmes et qui boycottent ceux qui essayent, abiment l’espérance dont toute communauté a besoin pour avancer. Que vos illusions et vos projets donnent de l’oxygène à la Colombie et la remplissent de saines utopies.

C’est seulement ainsi que vous vous résoudrez à découvrir le pays qui se cache derrière les montagnes ; celui qui ne fait pas les titres des journaux et n’apparaît pas parmi les préoccupations quotidiennes parce qu’il est très loin. Ce pays que l’on ne voit pas et qui fait partie de ce corps social qui a besoin de nous : découvrir la Colombie profonde. Les cœurs jeunes sont stimulés devant les grands défis : combien de beautés naturelles y-a-t-il à contempler sans avoir besoin de les exploiter ! Que de jeunes comme vous ont besoin de votre main tendue, de votre épaule pour entrevoir un avenir meilleur.

Aujourd’hui j’ai voulu passer ces moments avec vous, je suis sûr que vous avez la capacité nécessaire pour construire la nation que nous avons toujours rêvée. Les jeunes sont l’espérance de la Colombie et de l’Eglise ; sur leur chemin et sur leurs pas nous devinons ceux du Messager de paix, de celui qui nous porte de bonnes nouvelles.

Chers frères et sœurs de ce pays bien-aimé, je m’adresse maintenant à tous, enfants, jeunes, adultes et personnes âgées, comme celui qui veut être porteur d’espérance ; que les difficultés ne vous oppriment pas, que la violence ne vous abatte pas, que le mal ne vous vainque pas. Nous croyons que Jésus, par son amour et sa miséricorde qui demeurent pour toujours, a vaincu le mal, le péché et la mort. Il suffit d’aller à sa rencontre. Je vous invite à l’engagement – non à l’achèvement – pour la rénovation de la société afin qu’elle soit juste, stable, féconde. De ce lieu, je vous encourage à vous appuyer sur le Seigneur, il est le seul qui nous soutient et nous encourage à contribuer à la réconciliation et à la paix.

Je vous embrasse tous et chacun, les malades, les pauvres, les marginalisés, ceux qui sont dans le besoin, les personnes âgées, ceux qui sont dans leurs maisons… chacun de vous ; vous êtes tous dans mon cœur. Et je demande à Dieu de vous bénir. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

[01227-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]> http://seletlumieretv.org/blogue/divers/pape-en-colombie-discours-aux-jeunes-lors-de-la-visite-au-palais-episcopale-de-bogota/feed 0 Discours du pape François aux autorités de Colombie lors de la visite au palais présidentiel http://seletlumieretv.org/blogue/divers/discours-du-pape-francois-aux-autorites-de-colombie-lors-de-la-visite-au-palais-presidentiel http://seletlumieretv.org/blogue/divers/discours-du-pape-francois-aux-autorites-de-colombie-lors-de-la-visite-au-palais-presidentiel#respond Thu, 07 Sep 2017 14:51:41 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20202

Vous trouverez ci-dessous le discours du pape François aux Membres du gouvernement et autorités de la République de Colombie lors de la visite au palais présidentiel de Bogotà: 

Monsieur le Président,
Membres du Gouvernement de la République et du Corps Diplomatique Distinguées Autorités,
Représentants de la société civile,
Mesdames et Messieurs,

Je salue cordialement Monsieur le Président de la Colombie, le Docteur Juan Manuel Santos, et je le remercie pour son aimable invitation à visiter cette Nation en un moment particulièrement important de son histoire; je salue les membres du Gouvernement de la République et du Corps Diplomatique. Et, à travers vous, représentants de la société civile, je voudrais saluer affectueusement tout le peuple colombien, en ces premiers instants de mon voyage apostolique.

Je viens en Colombie, en suivant les traces de mes prédécesseurs, le bienheureux Paul VI et saint Jean-Paul II et, comme eux, je suis animé du désir de partager avec mes frères colombiens le don de la foi, qui s’est si fortement enracinée en ces terres, et l’espérance qui palpite dans le cœur de tous. Ce n’est qu’ainsi, avec foi et espérance, qu’on peut surmonter les nombreuses difficultés du chemin et construire un pays qui soit une patrie et une maison pour tous les Colombiens.

La Colombie est une Nation bénie de nombreuses manières ; la nature généreuse non seulement permet l’admiration pour sa beauté, mais aussi invite à un respect minutieux de sa biodiversité. La Colombie est le deuxième pays au monde en biodiversité, et en le parcourant, on peut goûter et voir combien le Seigneur a été bon (cf. Ps 33, 9), en la dotant d’une si grande diversité de flore et de faune à travers ses forêts arrosées par la pluie, à travers ses déserts, à travers le Chocó, les falaises de Cali ou les chaînes de montagnes comme celles de la Macarena et tant d’autres lieux. De même, sa culture est exubérante ; et le plus important : la Colombie est riche par la qualité humaine de ses habitants, hommes et femmes à l’esprit accueillant et bon ; des personnes dotées de ténacité et de courage pour surmonter les obstacles.

Cette rencontre m’offre l’occasion d’exprimer mon appréciation pour les efforts faits tout au long des dernières décennies, pour mettre fin à la violence armée et trouver des chemins de réconciliation. Au cours de l’année écoulée, on a avancé certainement de manière significative. Les pas faits font grandir l’espérance, dans la conviction que la recherche de la paix est un travail toujours inachevé, une tâche sans répit et qui exige l’engagement de tous. Travail qui nous demande de ne pas relâcher l’effort de construire l’unité de la nation et, malgré les obstacles, les différences et les diverses approches sur la manière de parvenir à la cohabitation pacifique, de persévérer dans la lutte afin de favoriser la ‘‘culture de la rencontre’’ qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et économique, la personne humaine, sa très haute dignité, et le respect du bien commun. Que cet effort nous fasse fuir toute tentation de vengeance et de recherche d’intérêts uniquement particuliers et à court terme ! Plus difficile est le chemin qui conduit à la paix et à l’entente, plus nous devons nous engager à reconnaître l’autre, à guérir les blessures et à construire des ponts, à serrer les liens et à nous entraider (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 67).

La devise de ce pays dit : « Liberté et ordre ». Dans ces deux mots se trouve tout un enseignement. Les citoyens doivent être respectés dans leur liberté et protégés par un ordre stable. Ce n’est pas la loi du plus fort, mais la force de la loi, approuvée par tous, qui régit la cohabitation pacifique. Il faut des lois justes pouvant garantir cette harmonie et aider à surmonter les conflits qui ont déchiré cette Nation durant des décennies ; des lois qui ne naissent pas de l’exigence pragmatique de mettre de l’ordre dans la société mais du désir de s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté qui génèrent exclusion et violence. Ce n’est qu’ainsi qu’on soigne la maladie qui fragilise et rend indigne la société et la laisse toujours au seuil de nouvelles crises. N’oublions pas que l’iniquité est la racine des maux sociaux (cf. ibid., n.202).

Dans cette perspective, je vous encourage à poser le regard sur tous ceux qui, aujourd’hui, sont exclus et marginalisés par la société, ceux qui ne comptent pas pour la majorité et qui sont repoussés et mis à l’écart. Nous sommes tous nécessaires pour créer et former la société. Celle-ci n’est pas constituée uniquement par quelques-uns de ‘‘pur-sang’’, mais par tous. Et c’est ici que s’enracinent la grandeur et la beauté d’un pays, dans lequel tous ont une place et tous sont importants. Il y a de la richesse dans la diversité. Je pense à ce premier voyage de saint Pierre Claver depuis Cartagena jusqu’à Bogota en naviguant sur le Magdalena : sa stupéfaction est la nôtre. Hier et aujourd’hui, nous posons le regard sur les différentes ethnies et sur les habitants des zones les plus reculées, les paysans. Nous arrêtons le regard sur les plus faibles, sur ceux qui sont exploités et maltraités, sur ceux qui n’ont pas de voix, parce qu’on les en a privé ou qu’on ne la leur a pas donnée, ou qu’on ne la leur reconnaît pas. Nous arrêtons le regard également sur la femme, sur son apport, sur son talent, sur sa façon d’être ‘‘mère’’ dans les multiples tâches. La Colombie a besoin de la participation de tous pour s’ouvrir à l’avenir avec espérance.

L’Église, fidèle à sa mission, s’engage pour la paix, la justice et le bien de tous. Elle est consciente que les principes évangéliques constituent une dimension significative du tissu social colombien, et pour cela, peuvent apporter beaucoup à la croissance du pays. En particulier, le respect sacré de la vie humaine, surtout la plus faible et sans défense, est une pierre angulaire dans la construction d’une société sans violence. En outre, nous ne pouvons nous empêcher de souligner l’importance sociale de la famille, voulue par Dieu comme le fruit de l’amour des époux, « lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres » (Ibid. n. 66). Et s’il vous plaît, je vous demande d’écouter les pauvres, ceux qui souffrent. Regardez-les dans les yeux et laissez-vous interroger à tout moment par leurs visages sillonnés de souffrance et par leurs mains suppliantes. En eux, on apprend d’authentiques leçons de vie, d’humanité, de dignité. Car, ceux-là, qui gémissent dans les chaînes, comprennent, bien-sûr, les paroles de celui qui est mort sur la croix – comme le dit le texte de votre hymne national –.

Mesdames et Messieurs, vous avez devant vous une belle et noble mission, qui est en même temps une tâche difficile. L’encouragement de votre grand compatriote Gabriel García Márquez résonne dans le cœur de chaque Colombien : « Sans doute, face à l’oppression, le pillage et l’abandon, notre réponse est la vie. Ni les déluges ni les pestes, ni les famines ni les cataclysmes, ni même les guerres éternelles tout au long des siècles ne sont parvenus à réduire l’avantage tenace de la vie sur la mort. Un avantage qui augmente et s’accélère ». Est donc possible, poursuit l’écrivain, « une nouvelle et irrésistible utopie de la vie, où personne ne peut décider pour les autres, ni même la façon de mourir, où vraiment l’amour est certain et le bonheur possible, et où les lignées condamnées à cent ans de solitude ont, enfin et pour toujours, une seconde opportunité sur la terre » (Discours de réception du Prix Nobel, 1982).

Beaucoup de temps a été passé dans la haine et dans la vengeance… La solitude de la confrontation permanente se compte déjà par décades et semble avoir duré cent ans ; nous ne voulons pas que quelque genre de violence que ce soit limite ou sacrifie ne serait-ce qu’une seule vie de plus. Et j’ai voulu venir ici pour vous dire que vous n’êtes pas seuls, que nous sommes nombreux, nous qui voulons vous accompagner sur ce chemin; ce voyage se veut un encouragement pour vous, un apport qui en quelque sorte aplanit le chemin vers la réconciliation et la paix.

Vous êtes présents dans mes prières. Je prie pour vous, pour le présent et pour l’avenir de la Colombie.

[01226-FR.01] [Texte original: Espagnol]

]]> http://seletlumieretv.org/blogue/divers/discours-du-pape-francois-aux-autorites-de-colombie-lors-de-la-visite-au-palais-presidentiel/feed 0 La dimension communautaire du pardon et de la réconciliation http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/la-dimension-communautaire-du-pardon-et-de-la-reconciliation-3 http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/la-dimension-communautaire-du-pardon-et-de-la-reconciliation-3#respond Tue, 05 Sep 2017 01:00:06 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20029

Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire, Année A – 10 septembre 2017

Ézéchiel 33,7-9
Romains 13,8-10
Matthieu 18,15-20

L’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 18, 15-20) nous oblige à considérer les éléments qui sont essentiels à la démarche du pardon entre membres de la communauté ecclésiale. Le texte de Matthieu souligne la correction fraternelle des membres qui commettent le péché, l’importance de la prière des disciples (v. 19-20) et le besoin constant de pardon, qui doit s’étendre aux membres repentants de la communauté chrétienne (v. 21-35).

À Césarée de Philippe, nous avons appris que Pierre est le rocher, la fondation sur laquelle le Seigneur bâtit l’édifice de l’Église. Pierre se voit confier les clés du Royaume des cieux, qu’il pourra ouvrir ou fermer aux gens selon qu’il le jugera bon. Pierre pourra lier ou délier, c’est-à-dire qu’il pourra instituer ou interdire ce qu’il jugera nécessaire à la vie de l’Église. Pierre reçoit les clés. Au verset 18 de l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons une répétition presque exacte de l’expression du verset 16,19 et plus d’un estime que cette formule accorde ici à tous les disciples ce qui avait d’abord été remis à Pierre seul.

La dureté des propos au sujet des païens et des publicains (collecteurs d’impôt) dans l’Évangile d’aujourd’hui reflète probablement une certaine période de l’histoire de la communauté de Matthieu, alors qu’elle était sans doute composée de chrétiens juifs. De même que les juifs observants fuyaient la compagnie des païens et des collecteurs d’impôt, la congrégation des disciples du Christ doit se séparer de ceux de ses membres qui seraient des pécheurs arrogants et refuseraient de se repentir même une fois convaincus de péché par toute l’église. De tels individus doivent être rejetés de la fraternité de la communauté.

L’enseignement de l’Église sur la pénitence et la réconciliation

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que le péché est avant tout une offense à Dieu, une rupture de la communion avec lui. Par ailleurs, il porte atteinte à la communion avec l’Église. C’est pourquoi la conversion comprend à la fois le pardon de Dieu et la réconciliation avec l’Église, qui trouvent leur expression et leur accomplissement liturgique dans le sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation. « Dieu seul pardonne les péchés (cf. Mc 2, 7). Parce que Jésus est le Fils de Dieu, il dit de lui-même : ‘Le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre’ (Mc 2, 10) et il exerce ce pouvoir divin. » (n° 1441).

Lier et délier

Le Catéchisme de l’Église catholique continue en expliquant ce que signifie l’expression « lier et délier » dans l’Évangile d’aujourd’hui (n° 1444-1446).

Cette dimension ecclésiale de leur tâche s’exprime notamment dans la parole solennelle du Christ à Simon Pierre : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux.’ Cette même charge de lier et de délier qui a été donnée à Pierre a été aussi donnée au collège des apôtres unis à leur chef. »

Les mots lier et délier signifient : celui que vous exclurez de votre communion, celui-là sera exclu de la communion avec Dieu ; celui que vous recevez de nouveau dans votre communion, Dieu l’accueillera aussi dans la sienne. La réconciliation avec l’Église est inséparable de la réconciliation avec Dieu.

Le Christ a institué le sacrement de Pénitence pour tous les membres pécheurs de son Église, avant tout pour ceux qui, après le baptême, sont tombés dans le péché grave et qui ont ainsi perdu la grâce baptismale et blessé la communion ecclésiale.

Plus que pardonner et oublier

Le pardon ne signifie jamais fermer les yeux sur ce que quelqu’un nous a fait. Les émotions que nous ressentons quand on nous a fait du tort sont authentiques, réelles, troublantes; il faut en prendre acte honnêtement et douloureusement, et composer avec elles. Elles peuvent ouvrir la voie à une cicatrisation de la blessure et nous faire évoluer vers la guérison et le pardon. En cultivant des sentiments de ressentiment, de rancune, de colère, de haine et de rage, on risque d’empêcher l’amorce du processus de guérison. Pardonner, ce n’est pas laisser entendre que ce que les autres nous ont fait était acceptable. Pardonner vraiment, c’est refuser de laisser la blessure nous empêcher de grandir et d’aller de l’avant. Si je refuse d’avancer, en me complaisant dans ma blessure et ma colère, je me laisse paralyser par le mal qui s’est produit.

L’esprit rancunier qui se nourrit de ressentiment endurcit le cœur et le ferme à l’amour. Je suis terriblement diminué quand je n’arrive pas à pardonner aux autres. Pour être sincère en matière de pardon, je dois permettre à Dieu d’éliminer ma dureté de cœur et ma mesquinerie. Le pardon n’est pas l’oubli. C’est bien plutôt une décision consciente, une résolution que je prends dans ma tête, au niveau cérébral, en priant pour qu’elle descende dans mon cœur. Considérons pour aujourd’hui des exemples douloureux de pardon à l’œuvre ? Pardonner à la personne qui a assassiné mon enfant innocent ne veut pas dire que je doive demander sa sortie de prison. Pardonner au mari qui a eu régulièrement un comportement violent ne m’oblige pas à choisir de le rependre après qu’il y a eu violence et infidélité. Le fait de parler raisonnablement à l’épouse qui a quitté son mari et ses enfants pour suivre un autre partenaire n’efface pas la souffrance terrible imposée à toute la famille. Pardonner au prêtre qui a agressé des enfants ne revient pas à demander sa réintégration dans le ministère actif à proximité de mineurs. Parler honnêtement au jeune homme qui a abandonné son amie quand elle a découvert qu’elle était enceinte et qu’elle a refusé l’avortement comme solution de facilité, c’est le début du pardon et de la guérison pour toutes les personnes en cause. Nous avons besoin de lucidité quand il s’agit de juger avec sagesse et avec compassion les situations grandement ambiguës dans lesquelles nous nous retrouvons souvent.

L’expression « pardonner et oublier » qu’on entend souvent n’a rien de biblique ni de particulièrement chrétien. Jésus nous propose une autre façon de pardonner sans oublier la blessure passée. Quand je pardonne au nom de Jésus Christ, avec sa force et sa présence, je peux en aider d’autres qui ont été profondément blessés et amorcer le processus de guérison. De même qu’il n’y a rien qu’un être humain ne puisse faire à un autre, il n’y a rien qu’un être humain ne peut pardonner à un autre, avec l’aide et la grâce de Jésus.

Le pardon des Amish

À la lumière de l’Évangile d’aujourd’hui sur la nécessité du pardon, je voudrais rappeler un incident tragique, survenu il y a quelques années aux États-Unis, et qui a amené le monde entier à réfléchir sur le sens du pardon. Je sais en tout cas à quel point cette histoire m’a secoué dans ma propre conception du pardon.

La fusillade à l’école de West Nickel Mines, petite école primaire d’une seule salle de classe au cœur de la collectivité amish de Nickel Mines, dans le canton de Bart du comté de Lancaster, en Pennsylvanie, eut lieu le 2 octobre 2006. Un tireur solitaire, Charles Roberts IV, prit d’assaut l’école et relâcha 15 jeunes garçons et quatre adultes avant de ligoter 10 petites filles et d’ouvrir le feu sur elles. Après quoi Roberts s’est enlevé la vie.

Le jour de la tuerie, le grand-père d’une des cinq fillettes assassinées recommanda aux membres plus jeunes de sa famille de ne pas haïr le tueur : « Il ne faut pas en vouloir à cet homme ». Un autre père amish fit observer : « Il avait une mère et une épouse et une âme, et il se tient maintenant en présence d’un Dieu juste. »

Une voisine amish s’en fut consoler la famille Roberts quelques heures après la fusillade et leur apporter le pardon. Des membres de la communauté amish sont allés visiter et réconforter la veuve, les parents et les beaux-parents de l’assassin. Une trentaine de membres de la communauté amish ont assisté aux funérailles de Roberts, et Marie Roberts, la veuve du tireur, fut l’une des rares personnes de l’extérieur invitées aux funérailles de l’une des victimes.

Marie Roberts écrivit une lettre ouverte à ses voisins amish; elle les remerciait de leur pardon, de leur magnanimité et de leur miséricorde. « L’amour que vous avez témoigné à notre famille, dit-elle, a contribué à favoriser la guérison dont nous avons si grand besoin. Les dons que vous nous avez faits ont touché notre cœur d’une façon que les mots ne sauraient décrire. Votre compassion a dépassé notre famille, elle dépasse notre collectivité et elle est en train de changer notre monde; nous vous en remercions sincèrement. »

Vers une réconciliation et une espérance authentique

Bien des gens ont critiqué le pardon immédiat et absolu qui a caractérisé la réaction des Amish; on a dit que le pardon n’a pas lieu d’être si l’autre partie n’a pas exprimé de remords et qu’une telle attitude risque de nier l’existence du mal. Ceux qui ont étudié la vie des Amish font valoir que le fait de « laisser tomber la rancune » est une valeur profondément enracinée dans la culture amish. Ils expliquent que la volonté des Amish de renoncer à se venger ne fait pas disparaître la tragédie et n’efface pas le mal mais représente un premier pas vers une vraie réconciliation et vers un avenir porteur d’un espoir réaliste.

L’accent placé sur le pardon et sur la réconciliation dans la réaction de la communauté amish a été largement débattu dans la presse internationale. Le pardon est profondément inscrit dans la trame de la foi amish. Le courage d’un tel geste de pardon a ébranlé le monde au moins autant que la brutalité du meurtre. J’ai souvent pensé que la puissance transformatrice du pardon est peut-être le seul aspect positif, le seul facteur de rédemption, à avoir émergé de l’horrible massacre de Nickel Mines en 2006.

Le pardon des Amish soulève pour nous plusieurs questions épineuses. C’est peut-être une chose de pardonner à un tueur dément; mais qu’en est-il de ceux qui ne sont pas fous, qui assassinent froidement ou qui menacent de le faire à des fins politiques ou par vengeance personnelle ? Quel est le rapport entre le pardon et la justice ? Si tout le monde était aussi prompt à pardonner, les relations humaines s’en trouveraient-elles transformées ou est-ce que nous risquerions de sombrer dans l’anarchie ?

Sentinelles du matin

La première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre du prophète Ézéchiel (33, 7-9) utilise l’expression « guetteur pour la maison d’Israël » (v. 2). Le mot « guetteur » ou « sentinelle » désigne quelqu’un qui va annoncer le salut (chapitres 33-48), et le même mot (3, 17-21) renvoyait déjà au ministère d’Ézéchiel, chargé d’annoncer le jugement (chapitres 3-24). L’emploi du mot « guetteur » ou sentinelle évoque certainement pour moi le pape Jean-Paul II, qui l’avait utilisé lors de la Journée mondiale de la Jeunesse 2000 à Rome, et de nouveau en préparation de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002 au Canada.

Dans le message où il annonçait la tenue de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, Saint Jean-Paul II écrivait :

Vous êtes la lumière du monde… Pour beaucoup de ceux qui, dès le début, écoutèrent Jésus, comme pour nous aussi, le symbole de la lumière évoque le désir de la vérité et la soif de parvenir à la plénitude de la connaissance, inscrits au plus profond de tout être humain. Quand la lumière diminue ou disparaît totalement, on ne parvient plus à distinguer la réalité autour de soi. Au plus fort de la nuit, on peut se sentir apeuré et insécurisé, et l’on attend alors avec impatience l’arrivée de la lumière de l’aurore. Chers jeunes, il vous appartient d’être les sentinelles du matin (cf. Is 21, 11-12) qui annoncent l’arrivée du soleil qui est le Christ ressuscité.

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la lettre de saint Paul au Romains (13, 8-10), l’Apôtre Paul considère les obligations de la charité. Quand l’amour inspire la prise de décision de ceux et celles qui portent le nom de chrétiens et de chrétiennes, l’intérêt de la loi est préservé (v. 9). L’amour va au devant de l’objectif de la législation publique, qui est de protéger l’intérêt bien compris de tous les citoyens.

À l’occasion des Journées mondiales de la Jeunesse, les jeunes reçoivent le mandat de devenir sentinelles du matin, de porter la lumière du Christ et d’annoncer l’espérance et le salut à un monde trop souvent plongé dans les ténèbres et dans le désespoir. Il n’y a pas de meilleure école de réconciliation, de pardon et de paix que les Journées mondiales de la Jeunesse, qui présentent concrètement aux jeunes les éléments fondamentaux de la vie chrétienne et le sens qu’il y a à devenir de vrais citoyens du Royaume de Dieu.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/reflexion-biblique/la-dimension-communautaire-du-pardon-et-de-la-reconciliation-3/feed 0
Intention de prière du pape François pour le mois de septembre: les paroisses au service de la mission http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/intention-de-priere-du-pape-francois-septembre-2017-les-paroisses-au-service-de-la-mission http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/intention-de-priere-du-pape-francois-septembre-2017-les-paroisses-au-service-de-la-mission#respond Fri, 01 Sep 2017 11:44:32 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20198

Vous trouverez ci-dessus la vidéo des intentions de prière du pape François pour le mois de septembre 2017. Les paroisses doivent être au contact des familles, de la vie des gens, de la vie du peuple. Elles doivent être des maisons dont la porte est toujours ouverte pour aller à la rencontre des autres.

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/pape-francois/intention-de-priere-du-pape-francois-septembre-2017-les-paroisses-au-service-de-la-mission/feed 0
Un message aux abonnés de TV Sel + Lumière au Canada http://seletlumieretv.org/blogue/divers/un-message-du-pdg-aug-2017 http://seletlumieretv.org/blogue/divers/un-message-du-pdg-aug-2017#respond Wed, 30 Aug 2017 21:56:02 +0000 http://seletlumieretv.org/blogue/?p=20190

Chers abonnés et amis de la télévision de Sel et Lumière,

Au cours de la matinée du mardi 29 août, un accident sur un chantier de construction à Toronto a entraîné la rupture de la fibre qui porte le signal de la TV Sel + Lumière pour des millions de foyers au Canada et, qui était en train d’éliminer sévèrement notre chaîne de télévision. Cet accident de construction a provoqué l’interruption de la diffusion de TV Sel + Lumière, d’autres canaux et réseaux sur plusieurs grands câblo-opérateurs. Pour cette raison, votre êtes restés avec un écran noir pour ce qui est de la chaîne de TV Sel + Lumière et ce, dans diverses régions au pays. Des millions de ménages ont été touchés par cet accident. De plus, beaucoup d’entre vous, nous ont appelés ou écrits au cours des 36 dernières heures.

Nous prenons notre engagement trop au sérieux, celui de vous proposer une programmation catholique et régulière. Nous avons été découragés d’apprendre que, pour la première fois depuis presque 15 ans, notre signal a été interrompu de cette manière et, pire encore, qu’il était complètement hors de notre contrôle.

J’aimerais rassurer nos téléspectateurs, bienfaiteurs et les personnes qui nous appuient que nous avons travaillé en étroite collaboration avec des entreprises technologiques à Toronto afin de restaurer le flux de fibres primaires de nombreuses compagnies de télévision par câble et IPTV au Canada. C’était notre plus haute priorité. Je suis maintenant heureux de vous annoncer que notre service a été restauré.

Merci de votre patience et votre compréhension.

Cordialement,

P. Thomas Rosica, csb
PDG, Fondation catholique Sel et lumière média

]]>
http://seletlumieretv.org/blogue/divers/un-message-du-pdg-aug-2017/feed 0
Le Pape François loue la figure de sainte Françoise-Xavière Cabrini
FacebookTwitter
  « Les grandes migrations d’aujourd’hui ont besoin d’un accompagnement plein d’amour et d’intelligence comme ce qui caractérise le charisme cabrinien, en vue d’une rencontre des peuples qui enrichisse tout le monde et génère union et dialogue et non séparation et hostilité.» Le Pape François rend hommage à la mémoire de sainte Françoise-Xavière Cabrini, patronne des ...lire la suite
« Vas-tu regarder d’un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »
FacebookTwitter
Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire, Année A – 24 septembre 2017 Isaïe 55,6-9 Philippiens 1,20c-24.27a Matthieu 20,1-16a Quand Jésus enseigne en paraboles, il exprime de profondes vérités au moyen de récits et d’images toutes simples qui parlent à l’intelligence et au cœur. Dans l’Ancien Testament, l’emploi des paraboles correspond à une pédagogie très ancienne, ancrée ...lire la suite
Église en sortie est une émission sur la réalité de l’Église au Québec et au Canada francophone. Animé par Francis Denis et d’une durée de 30 minutes, Église en sortie est diffusée les vendredis soirs à 19h30 et en rediffusion les lundis à 20h30. Gardant une perspective missionnaire, cette production originale de S+L vise à informer les catholiques ...lire la suite
Revivez dans cette émission le voyage apostolique du pape François en Colombie, pour encourager le pays dans son processus de paix après 50 ans de guerre civile. ...lire la suite
Le pardon a des conséquences en cette vie et dans l’autre
FacebookTwitter
Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire, Année A – 17 septembre 2017 Ben Sirac 27,30-28,7 Romains 14,7-9 Matthieu 18,21-35 L’Évangile d’aujourd’hui (Matthieu 18, 21-35) traite de la nécessité du repentir et du pardon répété pour ceux et celles qui se disent disciples du Christ. Ce texte de l’Évangile peut se diviser en deux grandes parties : la ...lire la suite
Homélie du Pape lors de la messe à Carthagène (Colombie)
FacebookTwitter
Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape François à Carthagène lors de la dernière messe de son voyage apostolique en Colombie, ce dimanche 10 septembre 2017. Dans cette ville, qui a été appelée « l’héroïque » en raison de sa ténacité, il y a 200 ans, dans la défense des libertés acquises, je ...lire la suite
Angélus du Pape à Carthagène (Colombie)
FacebookTwitter
  À Carthagène, après avoir béni la première pierre de la maison pour sans-abri de l’Œuvre Talitha Qum, le pape François a récité la prière de l’Angélus devant l’église Saint-Pierre-Claver où repose le missionnaire jésuite, évangélisateur des esclaves noirs. Voice le texte de sa méditation Chers frères et soeurs, Peu avant de rentrer dans cette église ...lire la suite
Pape François en Colombie: Discours aux prêtres et personnes consacrées à Medellin
FacebookTwitter
En fin de journée samedi 9 septembre 2017, le pape François a rencontré des prêtres, des religieux et religieuses, personnes consacrées et séminaristes avec leur famille au stade La Macarena à Medellin. Voici le discours préparé du Pape ci-dessous: Bien-aimés frères évêques, Chers prêtres, religieux et religieuses, séminaristes, Chères familles, chers ‘‘paisas’’, L’allégorie de la ...lire la suite
Pape François en Colombie: Rencontre à l’Hogar San José
FacebookTwitter
Dans l’après du samedi 9 septembre, le pape François s’est rendu à l’orphelinat Hogar San José, fondé par un prêtre missionnaire en 1910. Aujourd’hui, plus de 1 100 jeunes y résident. Ci-dessous, veuillez trouver le texte complet de son allocution:   Chers frères et sœurs, Chers enfants, Je suis heureux d’être avec vous dans ce ...lire la suite
Pape François en Colombie: Homélie lors de la Messe à Medellin
FacebookTwitter
Pour débuter sa quatrième journée en Colombie, le samedi 9 septembre, le pape François a célébré la Messe du jour à l’aéroport Enrique Olaya Herrera à Medellin. Voici le texte complet de son homélie: Chers frères et sœurs, A la messe de jeudi, à Bogota, nous avons entendu l’appel de Jésus à ses premiers disciples ...lire la suite
loading...
Perspectives Daily - Watch now

- S+L BLOGUE -

Le Pape François loue la figure de sainte Françoise-Xavière Cabrini
FacebookTwitter
  « Les grandes migrations d’aujourd’hui ont besoin d’un accompagnement plein d’amour et d’intelligence comme ce qui caractérise le charisme cabrinien, en vue d’une rencontre des peuples qui enrichisse tout le monde et génère union et dialogue et non séparation et hostilité.» Le Pape François rend hommage à la mémoire de sainte Françoise-Xavière Cabrini, patronne des ...lire la suite
« Vas-tu regarder d’un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? »
FacebookTwitter
Vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire, Année A – 24 septembre 2017 Isaïe 55,6-9 Philippiens 1,20c-24.27a Matthieu 20,1-16a Quand Jésus enseigne en paraboles, il exprime de profondes vérités au moyen de récits et d’images toutes simples qui parlent à l’intelligence et au cœur. Dans l’Ancien Testament, l’emploi des paraboles correspond à une pédagogie très ancienne, ancrée ...lire la suite
Église en sortie est une émission sur la réalité de l’Église au Québec et au Canada francophone. Animé par Francis Denis et d’une durée de 30 minutes, Église en sortie est diffusée les vendredis soirs à 19h30 et en rediffusion les lundis à 20h30. Gardant une perspective missionnaire, cette production originale de S+L vise à informer les catholiques ...lire la suite

- S+L Features -

Église en Sortie
NOUVEAU
Église en Sortie avec Francis Denis
– Gardant une perspective missionnaire, cette production vise à informer les catholiques et tous les francophones du Québec et du Canada sur les différentes initiatives apostoliques ...
Tous les vendredis à 7h30 HE / 4h30pm HP
Charité sans frontières
Charité sans frontières
– L'Église aujourd'hui comme hier est largement engagée auprès des plus fragiles sur tous les continents. Pour montrer comment elle agit quotidiennement et concrètement sur le terrain, ...
Messe Quotienne
EN DIRECT
Messe quotienne à L'Oratoire Saint-Joseph
– Le 19 octobre 1904, une première messe était célébrée dans le petit oratoire dédié à saint Joseph, fondé par le frère André. Un siècle plus tard, le 19 octobre 2010, Télévision Sel + Lumière lance la diffusion de la messe quotidienne en direct de la crypte de l’Oratoire Saint-Joseph ...
Du lundi au samedi à 8h30
Père Michel Côté
Témoin : Père Michel Côté
P. Michel Côté est né le 8 août 1941 à Brive-la-Gaillarde, en France, de parents canadiens de l’Alberta. Il a grandi à Notre-Dame de Grâce... lire la suite
Échos du Vatican
Échos du Vatican
– Charles Le Bourgeois est diplômé d'une école de journalisme de France avec une spécificité européenne. Il a effectué des stages dans différents médias : presse écrite... lire la suite
Focus catholique - La paix au coeur de la guerre
Focus catholique - La paix au coeur de la guerre - La Maison de la paix (House of Peace) est un organisme, et partenaire de Développement et Paix, qui travaille sur le terrain au Liban et en Syrie pour inviter les réfugiés au dialogue entre eux et à la réconciliation.... lire la suite
Synode sur la famille
Synode sur la famille
Du 4 au 25 octobre, le monde sera fixé sur Rome alors que la XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques à la basilique vaticane ... lire la suite
Messe Quotienne
Pour toi, Seigneur
Visages de la vie consacrée au Canada
– Cette série porte sur différents aspects de la vie consacrée. « Pour Toi Seigneur » se décompose en sept épisodes de 26 minutes, et résulte d’un tournage de deux mois au sein de plus de 20 communautés.
François, apôtre de l'Amérique
François, apôtre de l'Amérique
– Découvrez dans ce documentaire François de Laval, premier évêque de Québec et fondateur de l'Église en Amérique du Nord. Un saint du XVIIème siècle canonisé en avril dernier par le pape François...
Sur Ses Traces: L'histoire de Kateri Tekakwitha
Sur Ses Traces: L'histoire de Kateri Tekakwitha
Béatifiée par le bienheureux Jean-Paul II en 1980, Kateri Tekakwitha a été proclamée première sainte autochtone nord-américaine par le pape Benoît XVI le 21 octobre 2012. ... lire la suite
Réflexions du Père Rosica
Réflexions du Père Rosica
– Le père Rosica a signé de nombreux articles et chroniques dans plusieurs langues pour diverses publications, et un cycle de trois ans de réflexions bibliques hebdomadaires pour l'Agence de presse Zenit ...
Portier de Dieu - Saint André de Montrèal
Portier de Dieu - Saint André de Montrèal - Le 6 janvier 1937, la mort d\'un humble portier attire plus d\'un million de personnes. Pendant 40 ans, le frère André Bessette, religieux de la Congrégation de Sainte-Croix, accueille tous ceux et celles qui frappent à la porte du Collège Notre-Dame à Montréal.... lire la suite
Bénénovles
Bénévoles Recherchés
Nous recherchons des bénévoles en tant qu'agents de communication auprès des paroisses du diocèse de Montréal. Ces derniers veilleront à établir et à maintenir une bonne relation avec les paroisses. Ils feront la promotion de l'apostolat offert par Sel et lumière... lire la suite
Revue
NOUVEAU Revue S+L 2017
Au sein de son apostolat, la Fondation catholique Sel et Lumière media produit une revue annuelle. La revue comprend des informations sur les programmes, l’équipe et les nombreux... lire la suite