Communiqué de Mgr Lebrun après l’assassinat d’un prêtre qui célébrait la messe dans une église de Rouen

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Vous trouverez ci-dessous le communiqué de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, suite à la tuerie survenue mardi 26 juillet 2016, en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray.

De Cracovie, j’apprends la tuerie advenue ce matin à l’église de Saint-Etienne du Rouvray. Elle fait trois victimes : le prêtre, le Père Jacques Hamel, 84 ans, et les auteurs de l’assassinat. Trois autres personnes sont blessées dont une très grièvement.  Je crie vers Dieu, avec tous les hommes de bonne volonté. J’ose inviter les non-croyants à s’unir à ce cri ! Avec les jeunes des JMJ, nous prions comme nous avons prié autour de la tombe du Père Popiulusko à Varsovie, assassiné sous le régime communiste.

Le vicaire général, le Père Philippe Maheut, est sur place depuis les premiers moments. Je serai dès ce soir dans mon diocèse auprès des familles et de la communauté paroissiale très choquée. L’Eglise catholique ne peut prendre d’autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes. Je laisse ici des centaines de jeunes qui sont l’avenir de l’humanité, la vraie. Je leur demande de ne pas baisser les bras devant les violences et de devenir des apôtres de la civilisation de l’amour.

Dominique Lebrun
Archevêque de Rouen
26 juillet 2016

Le logo des JMJ de Cracovie

Émilie Callan nous présente la signification du logo des JMJ de Cracovie.

Amasser des trésors au paradis

Harvest cropped

Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – 31 juillet 2016

Ecclésiastiques 1,2 ; 2,21-23
Colossiens 3,1-5.9-11
Luc 12,13-21

En plus de la préparation de la scène pour l’Évangile de Luc sur les possessions et la collecte d’objets, la lecture d’aujourd’hui est extraite de l’Ecclésiaste [1,2 ; 2,21-23] qui permet de prendre conscience avec un franc réalisme, de la nature de la vie et de l’inexorable écoulement du temps : « Vanité des vanités […] tout est vanité » [Ecc 1,2]. Le vocable « vanité » se réfere usuellement à l’amour excessif de l’apparence de soi, et pourtant dans Qohélet il prend un tout autre sens. Le terme en anglais signifie « vide » ou « néant », alors une « vanité des vanités » se définirait en quelque sorte par « une perte de temps absolue. » L’auteur du livre de l’Ecclésiaste se donne le nom « Qohélet, » qui se traduit par « une personne qui assemble » ou « une personne qui enseigne ». Il est cynique vis à vis de la vie, ayant vécu longtemps et témoigné de la futilité d’une bonne part de son travail. Son livre se termine par une simple vérité : la seule chose qui vaut la peine concernant la vie est la connaissance de Dieu.

Une parabole sur l’accumulation et la possession

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Luc [12,13-21] a combiné des concepts qui contrastent avec ceux qui se concentrent et se confient dans la vie sur les possessions matérielles, symbolisés par le riche incrédule de la parabole [vv 16-21], avec ceux qui sont conscients de leur dépendance complète de Dieu [v 21], ceux dont le détachement radical du monde des possessions matérielles symbolise leur trésor eschatologique [vv 33-34].

Le sujet de la convoitise survient à cause d’une sollicitation de Jésus par une personne dans la foule d’intervenir dans une affaire d’héritage. Jésus refuse et transforme la conversation en une leçon contre le matérialisme. Il illustre ceci par l’histoire d’un fermier prospère qui décide de stocker l’excès de ses récoltes. L’homme riche décide alors d’ériger une grange ou un silo à grains. Jésus semble suggérer que le fermier devrait partager son surplus de récolte avec les pauvres.

L’appétit qui incite à stocker remplace Dieu par les biens matériels et constitue une action d’insensibilité vis à vis des besoins d’autrui. La parabole ne s’intéresse pas uniquement au mauvais traitement des ouvriers par le fermier, ni même de n’importe quel acte criminel de la part de ce dernier. En fin de compte le fermier est prudent et économiquement conservateur. Donc s’il n’est pas injuste, qu’est-ce qu’il est ? La parabole dit qu’il est imbécile. Il vit complètement pour lui-même. Il ne parle qu’à lui-même, ne planifie que pour lui-même, et ne félicite que lui même. Sa mort soudaine prouve son idiotie. « Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd où se ruine lui-même ? » [9,25]

Les possessions et l’égoïsme deviennent plus importants que les êtres humains. En d’autres termes, « la fixation sur la possession » a un effet préjudiciable aux rapports humains. L’homme qui interrompit l’enseignement de Jésus n’est pas conscient de son intrusion inappropriée. Il ne peut se connecter de manière appropriée avec son monde extérieur à cause de l’urgence de son monde intérieur et de ses besoins personnels.

Le pouvoir destructif des possessions

Jésus utilise la « fixation sur les possessions » de cet homme pour évoquer une chose qui peut nuire à l’esprit. Les relations familiales de l’homme en question son clairement tumultueuses à cause des possessions matérielles. Quiconque dépend uniquement des biens terrestres finira par perdre, même s’il semble y avoir du succès en apparence. La mort trouvera cette personne aux possessions abondantes mais qui a vécu une vie de gaspillage [vv 13, 21].

Convoiter c’est désirer inadéquatement la possession d’autrui ou envier ce que Dieu a donné à autrui. Jésus répète le commandement « ne convoitez pas, » mais il affirme de même que la vie d’une personne ne consiste pas en l’abondance de ses possessions. Jésus sonde le cœur – Ou se trouve ton trésor ? Le trésor a une connexion spéciale avec le cœur, le lieu du désir et de l’envie, le lieu de la volonté et du focus. La chose sur laquelle notre cœur mise est notre plus précieux trésor.

La richesse et l’avidité

Dans plusieurs sociétés, la richesse est un signe de l’approbation de Dieu, la pauvreté et les épreuves sont des signes du désagrément de Dieu. Jésus ne dit pas qu’être riche c’est être mauvais. En effet, Mathieu, Marc et Luc rapportent tous les paroles de Jésus, « Il est plus facile pour un chameau de passer dans l’œil de l’aiguille qu’il n’est pour un riche homme d’entrer dans le Royaume de Dieu […] » Nonobstant, Jésus ne dit pas qu’il est erroné d’être riche. C’est l’avidité qui est répréhensible. L’avidité peut transformer les grâces des richesses en un fardeau de désir pour posséder davantage. L’avertissement de Jésus peut être proprement exprimé ainsi : « Soyez prudents […] très prudents […] que vos possessions ne vous possèdent pas. La vie ne s’agit pas de bien matériels ! » La parabole de Jésus est un avertissement distinct qui indique que l’avidité peut aboutir à un point ou le sens de la vie réduit aux choses matérielles. La force conductrice de la vie devient alors une recherche pour posséder « plus » – une recherche de « choses ». L’avidité, en fait, enfreint le commandement, « Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu. » et ainsi la déclaration dans Colossiens 3,5, la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles. »

Défier la mentalité de prospérité évangélique

L’Évangile de Jésus défie la « mentalité de prospérité évangélique. » Jésus n’est pas contre la richesse matérielle, mais il condamne le faite d’être esclave de et enchaine a la richesse. Cette dernière devient une grâce lorsqu’elle est partagée avec autrui, et devient un obstacle, voire une prison pour les personnes qui n’ont pas la sagesse de la partager avec autrui.

Nous ne sommes pas des propriétaires, mais plutôt des administrateurs des biens que nous possédons ; ceux-ci ne sont des lors plus considérés comme étant nos biens exclusifs, mais plutôt des moyens a travers lesquels le Seigneur appelle chacun de nous a agir comme administrateurs de Sa providence envers notre prochain. Comme nous le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique, les biens matériels possèdent une valeur sociale, selon le principe de leur destination universelle [#2404].

L’amassement de « trésors dans le paradis » ne signifie pas essayer de s’assurer une place dans le paradis. Ca veut plutôt dire se confier à Dieu comme source de notre sécurité. Ca veut dire avoir une relation sincère avec Dieu qui nous connaît, qui nous accepte, et qui donne un sens à nos vies. Ca veut dire avoir Dieu comme seul « objet » qui occupe notre « cœur. » Nous sommes totalement dévoués a rechercher le Royaume de Dieu, en étant confiants que Dieu nous pourvoira ce dont nous avons besoin vraiment [Mathieu 6,33]. Si nous avons Dieu comme notre « trésor », alors il n’y a rien d’autre que nous désirons. Nous pouvons précéder toute autre chose.

Allouer un espace à Dieu

Dans son troisieme encyclique « Caritas in Veritate », sur le développement charitable dans la charité et la vérité, le pape Benoît XVI évoque l’essence de la parabole de l’évangile d’aujourd’hui (no. 11) :

Sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l’intérieur de l’histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l’avoir. L’humanité perd ainsi le courage d’être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qu’exige la charité universelle. L’homme ne se développe pas seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être simplement offert. Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement.

Malheureusement, on a placé une confiance excessive dans de telles institutions, comme si elles pouvaient atteindre automatiquement le but recherché. En réalité, les institutions ne suffisent pas à elles seules, car le développement intégral de l’homme est d’abord une vocation et suppose donc que tous prennent leurs responsabilités de manière libre et solidaire. Un tel développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne; il a besoin de Dieu: sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre », mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».

Se traiter les uns les autres avec la bonté du Seigneur

En somme, adoptons les paroles de saint Grégoire de Nazianze cette semaine :

Frères et amis, ne soyons en aucun cas de méchants administrateurs de la grâce que Dieu nous a donnée. Si nous le sommes, nous devons écouter saint Pierre qui dit : Ayez honte, vous qui retenez ce qui appartient à autrui, prenez comme paradigme la justice de Dieu, et personne ne sera pauvre.

Alors que d’autres souffrent de pauvreté, n’œuvrons pas pour amasser des bien et empiler de l’argent, car si nous le faisons, Amos nous menacera brutalement avec ces paroles : Écoutez ceci, vous qui dites ; Où se terminera la nouvelle lune, que nous puissions vendre ; et le Sabbat, que nous puissions déballer nos trésors ?

Imitons la première et plus importante loi de Dieu qui envoie sa pluie sur les justes et les pécheurs et rayonne son soleil sur tous les êtres humains à part égale. Dieu offre la terre, les sources, les ruisseaux et les bois à tous les habitants de la terre. Il donne l’air aux oiseaux, l’eau aux poissons, et les besoins vitaux de la vie abondante a tous, sans restrictions ou limitations ou préférences. Les biens vitaux sont communs à tous, pourvus généreusement par Dieu et avec rien qui manque. Il a donné cela pour que les créatures de même nature puissent recevoir des grâces à part égale et afin de nous montrer combien sa bonté est riche.

(Image : A Golden Harvest par Gregory Frank Harris)

La Pologne

La Pologne, située au beau milieu de l’Europe, s’étend sur 313 000 km2  et compte plus de 38 millions d’habitants, dont la grande majorité est catholique. Le pays bénéficie par ailleurs d’un relief très diversifié et d’une culture très riche, avec 14 sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Crédit images : ujecialotnicze.pl – produkcja filmowa. (Jacek Drofiak, Artur Gajdziński)

Jean-Paul II, saint patron des JMJ

C’est sous le patronage de saint Jean-Paul II, initiateur des Journées Mondiales de la Jeunesse, que s’ouvre la 31ème édition des JMJ, sur sa terre natale, en Pologne.

Vidéo message du pape François pour les jeunes en Pologne

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Photo: Catholic News Service

Plusieurs jours avant son Voyage apostolique en Pologne à l’occasion de la XXXIe Journée Mondiale de la Jeunesse, le pape François a envoyé un vidéo en italien aux jeunes de Pologne et qui fut télédiffusé à 8:00 pm à travers toute la nation polonaise. Ci-dessous, vous trouverez la traduction française du texte du Message du Saint-Père tel qu’il fut envoyé du Vatican en Pologne.

Chers frères et sœurs,
elle est désormais proche la trente-et-unième Journée mondiale de la Jeunesse, qui m’appelle à rencontrer les jeunes du monde, convoqués à Cracovie, et m’offre aussi l’heureuse occasion de rencontrer la chère nation polonaise. Tout sera sous le signe de la Miséricorde, en cette Année jubilaire, et dans la mémoire reconnaissante et fidèle de saint Jean-Paul II, qui a été l’artisan des Journées mondiales de la Jeunesse et a été le guide du peuple polonais sur son récent chemin historique vers la liberté.

Chers jeunes polonais, je sais que depuis longtemps vous avez préparé, surtout par la prière, la grande rencontre de Cracovie. Je vous remercie de grand cœur pour tout ce que vous faites, et pour l’amour avec lequel vous le faites ; d’avance, je vous embrasse et je vous bénis.

Chers jeunes de toutes les parties de l’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie ! Je bénis aussi vos pays, vos désirs et vos pas vers Cracovie, afin qu’ils soient un pèlerinage de foi et de fraternité. Que le Seigneur Jésus vous accorde la grâce de faire en vous-mêmes l’expérience de sa parole : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

J’ai un grand désir de vous rencontrer, pour offrir au monde un nouveau signe d’harmonie, une mosaïque de visages divers, de tant de races, langues, peuples et cultures, mais tous unis dans le nom de Jésus, qui est le Visage de la Miséricorde.

Et maintenant je m’adresse à vous, chers fils et filles de la nation polonaise ! Je sens que c’est un grand don du Seigneur que celui de venir parmi vous, parce que vous êtes un peuple qui dans son histoire, a traversé tant d’épreuves, certaines très dures, et qui est allé de l’avant avec la force de la foi, soutenu par la main maternelle de la Vierge Marie. Je suis certain que le pèlerinage au sanctuaire de Częstochowa sera pour moi une immersion dans cette foi éprouvée, qui me fera beaucoup de bien. Je vous remercie de vos prières avec lesquelles vous préparez ma visite. Je remercie les Évêques et les prêtres, les religieux et les religieuses, les fidèles laïcs, spécialement les familles, auxquelles j’apporte en pensée l’Exhortation apostolique post synodale Amoris laetitia. La “santé” morale et spirituelle d’une nation se voit dans ses familles : pour cela, saint Jean-Paul II avait tant à cœur les fiancés, les jeunes époux et les familles. Continuez sur cette route !

Chers frères et sœurs, je vous envoie ce message comme gage de mon affection. Restons unis dans la prière. Et à bientôt en Pologne !

[01194-FR.01] [Texte original: Italien]

Vidéo message du pape François pour les jeunes de Pologne:

La croix et l’icône, symboles des JMJ

En confiant la croix du Christ aux jeunes du monde Jean-Paul II leur disait : « portez-la dans le monde entier comme signe de l’amour de notre Seigneur Jésus pour l’humanité ». Cette croix aujourd’hui, avec l’icône de Notre-Dame, fait partie des symboles des JMJ.

Apprendre à prier avec Abraham et Jésus

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Dix-septième dimanche du temps ordinaire, Année C – 24 juillet 2016

Genèse 18,20-32
Colossiens 2,12-14
Luc 11,1-3

Les sites bibliques de Sodome et Gomorrhe, patrie de Lot, neveu d’Abraham, étaient infestés de péchés. La tradition israélite attribuait unanimement la destruction de Sodome et Gomorrhe à la méchanceté de ces deux villes, mais la tradition variait quant à la nature de cette méchanceté. Dans plusieurs autres interprétations, le péché de Sodome était l’homosexualité [Genèse 19,4-5], aussi appelée sodomie ; pourtant, selon Isaïe [19,3-10], c’était le manque de justice. Ézéchiel [16,46-51] l’a décrite comme indifférence envers les démunis, tandis que Jérémie [23,14] y voyait l’immortalité générale. Des études ultérieures ont révélé que le péché de Sodome était le grave péché de l’inhospitalité au sein du monde biblique – un assaut contre les visiteurs faibles et sans défense qui, selon la justice et la tradition, auraient dû être protégés du danger (Ézéchiel 16,49].

Session de négociation biblique

La première lecture d’aujourd’hui extraite de la Genèse [18,20-32], présente la fameuse session de négociation biblique entre Dieu et Abraham concernant la destruction des deux villes. Lorsqu’Abraham entendît que Dieu allait juger les villes où résidait son neveu, il commençât par une question générale : Allez-vous anéantir les innocents avec les coupables [v 23] ? Abraham fait appel à la nature vertueuse de Dieu, comme l’on fait lorsqu’on essaye de persuader une personne puissante de faire ce qu’il faut !

Dieu commence par 50 ; s’il y a 50 hommes vertueux, Sodome ne sera pas détruite, et Abraham mène Dieu à diminuer le nombre jusqu’à 10. Une subtile différence émerge dans la manière dont Dieu évoque l’affaire : Dieu dit que s’il existe un certain nombre de personnes vertueuses en ville, Dieu ne les détruira pas [vv 28-32]. Mais dans sa première allocution, après qu’Abraham eut conclu son plaidoyer fondé sur les 50 vertueux, Dieu ne dit pas « je ne la détruirait pas, » mais plutôt « j’épargnerais l’intégralité de l’endroit par égard pour eux. » [v 26].

Cette histoire intrigante d’Abraham qui intercède pour Sodome ne s’agit pas, en effet, d’un jeu de nombres, mais elle porte sur la signification du salut accordé au vertueux dans une communauté corrompue. La ferveur de l’intercession d’Abraham entrevoit le thème central de la foi biblique: l’Amour tenace de Dieu qui refuse d’être frustré même dans le contexte des sociétés et des cultures immorales et des pécheurs. La théologie chrétienne nous apprend que l’humanité est sauvée par la vie d’une personne vertueuse !

Les éléments d’une bonne négociation

Quels sont les éléments d’une bonne négociation ? Tout d’abord, la demande ou la sollicitation doit être clairement articulée et comprise. Deuxièmement, la logique derrière la demande ou la sollicitation doit être présentée et convenue. Troisièmement, la personne qui demande ou sollicite doit persister dans la négociation. Ce qui est ultimement requis c’est la clarté, la logique et la persistance. Nous ne pouvons céder !

Abraham a utilisé les trois éléments dans sa prière à Dieu. Il a indiqué la foi et le caractère de Lot, pas le fait que Lot lui était lié par la parenté de sang. Alors qu’il n’avait jamais déclaré sa demande, Abraham a clairement présenté son propos à Dieu : Sauvez ceux qui vous adorent et agissent vertueusement ! Soyez fidèles à ceux qui vous sont fidèles ! Soyez miséricordieux envers ceux qui traitent autrui avec compassion. Abraham a persisté jusqu’à ce que Dieu et lui se sont convenus du nombre 10 [18,26-32].

Le nombre 10 ne nous a pas indiqué la taille de sa famille ; il révélait plutôt le nombre minimal de croyants nécessaires pour former une communauté de fidèles. Il donnait la raison d’être au « miniyan » dans la tradition juive. Le Judaïsme se réfère au « quorum » de 10 mâles adultes requis pour certaines obligations. 10 était le nombre minimal requis pour la prière publique, et le nombre requis pour tenir des services dans une synagogue.

Lorsque nous prions Dieu, nous devons prendre à cœur l’exemple d’Abraham. Nous devons prier avec une demande claire, rechercher la volonté de Dieu, et persister dans la prière, même lorsque nous prions pour une intention simple. Comment sommes-nous clairs dans notre prière, logiques dans ses implications, et persistants dans sa demande ? Comment notre prière reflète-t-elle ces qualités abrahamiques ?

La centralité de la prière dans la vie chrétienne

À travers l’Évangile de Luc, Jésus en prière est pour nous un modèle. À chaque moment de prière, Jésus concrétise l’histoire du dialogue de Dieu avec la famille humaine en demeurant totalement ouvert à la puissance de Dieu. Nous devons prier insensiblement, car la prière est un signe de notre foi en Dieu. La prière est quelque chose que l’on utilise pour exercer une pression sur Dieu afin d’obtenir ce que nous désirons. La prière authentique nous ouvre à l’action de l’Esprit Saint, en nous alignant avec les désirs de Dieu, et en nous transformant en disciples sincères, obéissants à Jésus et au Père qui l’a envoyé. La prière devient une des voies par lesquelles nous suivons Jésus dans la vie chrétienne.

Trois épisodes qui portent sur la prière

Le « Notre Père » est enseigné aux douze dans leur rôle comme disciples, non seulement en tant qu’individus à convertir, mais aussi en tant que personnes déjà coresponsables de la communauté. Cette prière est une prière apostolique, car elle est récitée au pluriel et prend pour acquis le fait d’avoir une perception consciente d’un peuple, de la coresponsabilité, et de la solidarité qui nous lient les uns aux autres.

Lorsque nous prions « que ton règne vienne, » nous révélons notre désir le plus profond de voir le jour où l’omnipotence souveraine de notre Dieu aimable ne sera plus une simple espérance à laquelle on s’accroche par la foi, mais une réalité manifeste dans toutes les affaires humaines. Nos âmes ne peuvent jamais être entièrement contentes, jusqu’à ce que l’honneur de Dieu soit complètement justifiée dans toute la création. Ces paroles lancent un appel sincère : Quand est-ce que les règnes du mal et de la mort cesseront-ils ?

Lorsque nous mendions pour du pain, nous sommes, en réalité, en train de solliciter plus que de la nourriture. Nous implorons l’Auteur de la vie pour toutes les nécessités de la vie. « Dieu, donnez-nous ce dont nous avons besoin afin de jouir du don de la vie… du pain pour aujourd’hui et du pain pour demain, pour subsister en tant que communauté. »

Nous demandons à Dieu de nous pardonner nos offenses comme nous effaçons aux autres leurs dettes envers nous. Ceci pourrait possiblement refléter la préoccupation de Luc que les possessions n’entravent la solidarité communautaire. La pétition finale est plus probablement eschatologique : « ne nous soumets pas à la tentation » ; c’est-à-dire, le test définitif et ultime d’agonie et l’agonie du mal avant la fin.

Le « Notre Père » devient une prière des pauvres, de ceux qui traînent – épuisés, affamés et qui luttent pour la foi, le sens et la force. C’est, semble-t-il, que la toute première prière que nous apprenons, et la toute dernière prière que nous récitons avant de clore nos yeux sur cette vie.

L’assurance des dons de Dieu

La parabole de l’ami à minuit ne se trouve nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Son message porte aussi sur la prière et son propos explique que si nos amis répondent par des sollicitations importunes et éhontées, qu’en est-il alors de Dieu qui désire nous donner le Royaume [12,32] ? La conclusion [vv 9-13] élabore ce thème en se fondant sur la section précédente. L’analogie se transfert alors des amis aux parents : si les parents offrent des cadeaux, combien donc Dieu offrirait-il ? La prière doit être une demande, une recherche et des frappées à la porte continuelles ; cependant, cette persistance se trouve au sein d’une relation entre parent et enfant, qui assure ces bons dons. La prière authentique nous rend ouverts à l’action de l’Esprit de Dieu, en nous alignant avec les désirs de Dieu, et en nous transformant en vrais disciples, obéissants a Jésus et au Père qui l’a envoyé.

Je conclue cette réflexion en vous offrant deux idées au sujet de la grande leçon de Luc sur la prière dans l’évangile de ce dimanche. La première, extraite du Catéchisme de l’Eglise catholique, #239 :

En désignant Dieu du nom de « Père », le langage de la foi indique principalement deux aspects : que Dieu est origine première de tout et autorité transcendante et qu’il est en même temps bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants. Cette tendresse parentale de Dieu peut aussi être exprimée par l’image de la maternité (cf. Is 66,13 ; Ps 131,2) qui indique davantage l’immanence de Dieu, l’intimité entre Dieu et Sa créature. Le langage de la foi puise ainsi dans l’expérience humaine des parents qui sont d’une certaine façon les premiers représentants de Dieu pour l’homme. Mais cette expérience dit aussi que les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27,10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3,14 ; Is 49,15) : Personne n’est père comme l’est Dieu.

J’attire aussi votre attention aux homélies du Cardinal John Henry Newman sur l’évangile d’aujourd’hui. Le cardinal écrivait en paroles qui résonnent toujours fort et clair aujourd’hui :

Il [Jésus] a donné la prière et l’a utilisée. Ses Apôtres l’utilisèrent ; tous les Saints l’ont dès lors utilisée. Lorsque nous l’utilisons nous semblons les rejoindre. Qui ne pense se rapprocher à n’importe quel homme célèbre dans l’histoire, en voyant sa demeure, ses meubles, son écriture, ou les livres qui lui appartenaient ? C’est ainsi que la Prière du Seigneur nous rapproche de Christ, et dès Ses disciples à chaque âge. Il n’est pas donc surprenant, que dans les temps dévolus les bons hommes pensaient que cette Forme de prière était tellement sacrée, qu’elle leur paraissait impossible à réciter souvent, comme si une forme de grâce spéciale disparaissait avec son usage. Ni peut-on l’utiliser très fréquemment ; elle contient en elle une sorte de sollicitation pour amener le Christ à être à notre écoute ; nous ne le pouvons, afin de garder nos pensées fixées sur ses pétitions, et utiliser nos esprits ainsi que nos lèvres lorsque on la répète. Et, ce qui est vrai pour la Prière du Seigneur, est vrai, dans une certaine mesure, pour la plus part de ces prières que notre Église nous apprend à utiliser. Ceci est également vrai pour les Psaumes ainsi que les Crédos ; qui sont tous devenus sacrés, de la mémoire des saints défunts qui les avaient utilisées, et que l’on espère rencontrer un jour au paradis.

(Image : Des promesses de Dieu à Abraham par James Tissot)

Les JMJ: l’expérience de Francis Denis

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Lorsque je pense à mon expérience personnelle des Journées mondiales de la Jeunesse, je me souviens de l’été 2011 à Madrid. Je venais de terminer mon baccalauréat en théologie à Rome et j’étais sur le point de revenir à Québec. J’étais donc dans une période de transition intense. De l’Église universelle que j’avais côtoyée durant 3 ans à Rome, j’étais sur le point de revenir à l’atmosphère de mon église particulière. Rome étant la capitale mondiale du catholicisme, j’allais évidemment devoir m’adapter à un nouveau climat de vie ecclésiale. En ce sens, ma participation aux JMJ de Madrid, du 16 au 21 août 2011 fut une expérience qui m’a permis de faire le pont entre ces deux modes de vie en Église.

Universalité dans la localité

D’une certaine façon, les JMJ renversent la structure même de l’Église pendant quelques jours. Ce n’est plus Rome qui devient le cœur de l’Église mais un diocèse particulier, celui qui accueille les JMJ. Ces jours passés à Madrid m’ont appris que la vie de l’Église ne repose pas seulement sur les décisions romaines mais aussi dans la manière dont ces décisions sont incarnées par des personnes sur le terrain. En ce sens, les JMJ de Madrid étaient pour moi l’occasion de découvrir une église riche d’une tradition séculaire où l’Église universelle avait pu prendre racine d’une manière des plus fructueuses au cours des siècles. La seule visite de la ville et des églises présentes sur son territoire avaient réussi à me convaincre que la foi qui avait habité l’histoire et toutes ces personnes durant des siècles pouvait encore aujourd’hui porter de nombreux fruits.

Une ville transformée

Les JMJ peuvent être un évènement traumatisant pour la ville hôte. Dans le cas de Madrid, alors que sévissait encore la crise économique de 2008 et que le mouvement des « indignés » y avait vu le jour plusieurs mois auparavant, on aurait pu craindre le pire. Toutefois, les centaines de milliers de jeunes, qui ont littéralement pris d’assaut la capitale espagnole, n’ont pas tardé à se faire aimer des madrilènes. Non seulement les bénéfices économiques réels faisaient le bonheur des nombreux commerçants mais aussi la joie que ces jeunes apportaient avec eux a pu redonner un peu de bonheur aux habitants de la capitale; et ainsi les aider à passer mieux à travers cette période difficile.

Un aéroport en état de grâce

Arrivés la veille à l’aéroport de Quatro vientos dans une zone quelque peu à l’extérieur de Madrid, plus d’un million et demi de personnes se sont rassemblées pour une veillée de prière le soir même et une messe gigantesque le matin suivant. Une atmosphère ahurissante se dégageait de ce rassemblement titanesque. Alors que dans l’après-midi torride, des camions réservoirs avaient aspergé les pèlerins avec leurs boyaux d’arrosage, durant la Veillée de prière avec le pape Benoît XVI, un orage important faisait son entrée avec coups de tonnerres, éclairs et des vents dont la fraîcheur faisait presque regretter la canicule de l’après-midi. Je me souviens encore m’être réfugié sous une toile de plastique apportée par de sympathiques inconnus avec qui nous avons pu, l’équipe de tournage et moi, fraterniser jusqu’à ce que la tempête se calme. Ce soir-là, l’aéroport des « Quatre vents » portait bien son nom!

De retour à Québec, cette expérience des JMJ m’avait profondément marqué comme étant un moment de ressourcement pour tous les chrétiens, spécialement désireux de recharger leurs batteries d’évangélisateurs. Car c’est bien là le but premier des Journées Mondiales de la Jeunesse, faire en sorte que les jeunes découvrent leur vocation missionnaire en prenant conscience de l’intensité et de la beauté du message qu’ils seront appelés à partager avec leurs concitoyens de retour chez eux.

Vous trouverez ci-dessous une vidéo que nous avions réalisée à la toute fin des JMJ de Madrid. On y voit justement ma première apparition sur les ondes de S+L ! Une belle expérience qui se poursuit !!!

Histoire des Journées Mondiales de la Jeunesse

Les Journées Mondiales de la Jeunesse ont été lancées par Jean-Paul II en 1986. Depuis cette date, les jeunes du monde entier se retrouvent tous les 2 ou trois ans dans un pays différent, autour du Pape, sur un thème tiré du Nouveau Testament.