Évangile. Prophétie. Espérance.

C’est le thème de l’année de la vie consacrée que l’Église vient de célébrée. Lancée en novembre 2014, elle s’est achevée le 2 février 2016 par un Jubilé des consacrés au Vatican et présidé par le pape François. Au-dessus de 6000 hommes et femmes étaient à Rome pour cet événement majeur qui marquait en même temps la fête de la Présentation de Jésus au Temple, connu aussi en Orient comme la fête de la rencontre. C’est d’ailleurs à partir de cette thématique que le Pape a construit son homélie. « [Jésus] se présente à nous comme la surprise éternelle de Dieu; en cet enfant né pour tous se rencontrent le passé, fait de mémoire et de promesse, et l’avenir, plein d’espérance ».

C’est cela la vie consacrée. Elle commence par une rencontre avec Jésus qui change tout. L’appel est une grâce de Dieu. Elle permet à ceux et celles qui la reçoivent d’aller à la rencontre des autres. « Hommes et femmes consacrés sont appelés à être un signe concret et prophétique de cette proximité de Dieu » affirmait le Pape dans cette même homélie. En effet, les hommes et femmes consacrés sont au front de la « fragilité et du péché » de l’humanité. Leur vie pointe vers Dieu et indique le chemin de la sainteté. Ils sont une voix prophétique dans un monde qui aujourd’hui perd son sens de Dieu et ils défient les normes culturelles de notre temps et nous présentent une alternative, qu’il est possible de vivre une vie ordonnée au Christ.

C’est pourquoi le Pape a déclaré une année pour la vie consacrée. Pour mettre les projecteurs sur la place indispensable des personnes consacrées dans la vie et la mission de l’Église. Lui-même religieux, un jésuite, le Pape a senti l’urgence de raviver la vocation des consacrés, une vocation qui est menacée dans plusieurs parties du monde. La crise vocationnelle est particulièrement évidente en Amérique du Nord, en Europe et en Amérique latine. Mais sur ce point, le Saint Père invite les personnes à ne pas désespérer. « Il ne faut pas se décourager quand les résultats ne correspondent pas aux attentes » (Discours du pape François aux formateurs de personnes consacrées, 11 avril 2015, Vatican). Il ne faut pas se décourager, mais leur demander de prier beaucoup et d’avoir toujours un discernement aiguisé. À l’opposé, l’Asie et l’Afrique font aujourd’hui l’expérience d’une hausse dans le nombre des vocations. Puis à l’heure actuelle, on compte environ 900 000 hommes et femmes consacrés dans le monde. Soit presque le double du nombre de prêtres. De ces quelques milliers de personnes consacrées, 75 à 80% sont des femmes.

Grâce à l’amitié de quelques religieuses dans ma propre vie, j’ai gouté un peu plus à l’amour de Dieu et à son immense bienveillance. Elles m’ont permis d’avoir un endroit où m’arrêter, me reposer et prier. Ce sont souvent elles qui me ramenaient à la terre et au devoir du moment quand je voulais m’enfuir de mes responsabilités. Elles m’ont appris à ne jamais oublier cette première rencontre avec le Christ, de ne jamais se fatiguer de s’étonner devant Lui.

Le pape Jean Paul II a publié une exhortation apostolique, Vita Consecrata, en 1996, deux ans après le synode sur la vie consacrée. Il soutenait que celle-ci est « une partie intégrante de la vie de l’Église ». Prions pour toutes ces personnes et disons merci pour ce qu’elles sont. Nous venons de les fêter pendant une année entière. Pourtant, leur consécration est pour la vie et l’Église aura toujours besoin de ces hommes et femmes amoureux de Dieu et de ses enfants.

Échos du Vatican

Nous revenons dans cette émission sur la conclusion de l’année de la vie consacrée, et sur le message du Pape pour la conclusion du 51ème Congrès eucharistique à Cebu aux Philippines

Avance en eau profonde et lance tes filets

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. 5e dimanche du temps ordinaire -Année C (7 février 2016) 

La mer de Galilée est un lac d’eau douce d’environ 12 kilomètres de long et 6 de large. Elle s’étend 200 m au-dessous du niveau de la mer et a 60 m de profondeur. La pêche en est l’industrie principale. La mer est entourée par de hautes collines de tous cotés. La grande différence entre l’air du haut et celui près de l’eau cause des violentes tempêtes. On y fait référence dans le livre des Nombres 34,11 comme la mer de Kinnéreth (de l’hébreu « kinnor », petite harpe). Le Nouveau Testament fait mentionne des lacs de Génésareth et de Tibériade ainsi que la mer de Galilée. Les prédications de Jésus sont situées le long de ces rives.

Selon Matthieu, Marc et Luc, Jésus appela ses premiers disciples, les invitant à laisser leurs barques de pêcheurs sur la mer de Galilée. Ce cours d’eau était une frontière naturelle entre le coté juif à l’Ouest et celui des Gentils à l’Est. Jésus traverse un bon nombre de fois la mer de Galilée dans l’évangile de Marc. Ces traversées font de cette mer un pont entre les Juifs et les Gentils grâce aux prédications et aux guérisons de Jésus.

Dans le Nouveau Testament, la mer représente le moment de conversion. En mer, rien n’arrive normalement mais toujours de manière abrupte, merveilleuse ou très difficile. Les miracles les plus spectaculaires de Jésus se sont produits en mer de Galilée. Marc 4,35 raconte le récit où Jésus apaise la tempête et les flots qui menaçaient la vie des disciples. En Marc 6,45, Jésus marche sur les eaux de ce lac et se révèle lui-même comme «Celui qui est». En Jean 21, nous pouvons lire l’émouvante scène du déjeuner après la résurrection avec la confession de foi de Pierre et la confidence de Jésus à Pierre, le pécheur repentant.

L’acceptation de Jésus par Simon et ses partenaires

Le récit de l’évangile de ce dimanche (Luc 5, 1-11) a lieu en mer et a été transposé de chez Marc 1,16-20, qui le met immédiatement après l’apparition de Jésus en Galilée. Par cette transposition, Luc utilise cet exemple de l’acceptation de Jésus par Simon pour contrer le rejet connu plus tôt par les habitants de sa ville natale. Puisque plusieurs incidents au sujet du pouvoir et de l’autorité de Jésus ont déjà été rapportés dans le récit, Luc crée un contexte plausible pour que Simon et ses partenaires accepte Jésus,. On observe une similitude entre l’étonnante prise de poissons relatée dans Luc 4 et 5 et l’apparition après sa résurrection de Jésus dans Jean 21, 1-11.

Le récit de Luc comporte des traces à l’effet que le contexte post-résurrection est original: dans Luc 4,8 Simon s’adresse à Jésus comme Seigneur (un titre accordé à Jésus après sa résurrection – voir Luc 24,34 ; Actes 2,36,qui a été relu dans le ministère historique de Jésus et il se reconnait lui-même comme pécheur. Utilisé par Luc, l’incident préfigure le leadership de Pierre dans Luc – Actes (Luc 6,14; 9,20 ; 22,31-32 ; 24,34 ; Actes 1,15 ; 2,14-40; 10,11-18; 15,7-12) et symbolise la réussite future de Pierre en tant que pêcheur (Actes 2,41).

Avance en eau profonde

Dans la scène de l’évangile de ce dimanche, Jésus enseigne sur la rive et les foules se pressent contre lui. Jésus aperçois la barque de Simon et monte dedans et lui demande de s’éloigner un peu du rivage afin de pouvoir prêcher. Lorsqu’il a terminé sa prédication, il dit à Simon d’avancer en eau profonde et de jeter ses filets. Simon est circonspect : « Maître, nous avons peiné toute la nuit et nous n’avons rien pris ! »… des paroles lasses d’un vétéran qui sait combien la mer peut être décevante. Mais il y avait quelque chose au sujet de ce Galiléen qui fait que l’on veut s’y soumettre, alors Simon jeta ses filets.

En dépit de la déception de ce long labeur de nuit, la volonté de Simon de suivre la suggestion de Jésus de lancer les filets en eau profonde prépare le miracle qui est sur le point de survenir. Simon est porté par le pouvoir puissant de Jésus et cette expérience devient la base d’une promesse qui lui est faite. Même si Simon, conscient de son péché et indigne de s’associer avec une personne telle que Jésus, se laisse tomber à genoux en réaction, il est rassuré par Jésus qui lui promet qu’il jouera un rôle pour rassembler les êtres humains dans le royaume que Jésus est venu prêcher. Il le fera comme un pêcheur rassemble les poissons dans son filet. [Read more…]

Le pape François, un jésuite profondément ignatien

PopeJesuit

Par le père Schineller, s.j.                                                                               Photo : CNS/Paul Haring

Un premier Pape jésuite ! Maintenant que nous nous sommes remis de la surprise et de l’onde de choc que cette nouvelle a suscitées, qu’est-ce que cela signifie ? De quelle façon pouvons-nous dire que le pape François est, à la fois, profondément ignatien et jésuite ? Je vois un lien entre François et Saint Ignace, un lien que François lui-même a reconnu publiquement. On trouve son affirmation originale dans la phrase latine, difficilement traduisible, et que le Pape a utilisée à plusieurs reprises : « Non coerceri maximo, contineri tamen a minimo, divinum est » ce qui signifie « Être contenu par le plus petit, c’est cela qui est divin ».

Cette maxime fut composée en 1640 dans le but de décrire le mieux possible le génie de Saint Ignace, sa capacité à garder ensemble le petit et le grand, le global et le local dans une tension qui, à première vue, les opposent. Saint Ignace, dans sa vision globale et son désir de mettre le feu au monde, a pu passer les seize dernières années de sa vie à travailler dans sa chambre de Rome à écrire la constitution des Jésuites. En ce sens, le spécialiste de la pensée ignatienne Hugo Rahner a écrit à propos de cette maxime « qu’aucune description d’Ignace n’a jamais égalé ces mots ».

Le fait que le pape François cite cette maxime manifeste, je crois, la manière dont il perçoit lui-même sa relation avec l’esprit et le cœur de Saint Ignace. Le pape essaie de garder à l’esprit, à la fois, une vision d’ensemble et des rêves grandioses avec une attention particulière pour les pauvres et ceux qui sont dans les périphéries en étant au service des plus vulnérables et ceux qui sont dans le besoin. Ainsi, dans un essai de 1981 intitulé « Leadership, les petits détails d’une vision globale », Bergoglio écrit que, dans cette même maxime « « Non coerceri maximo, contineri tamen a minimo, divinum est », on trouve un heureux équilibre dans l’attitude à avoir devant les petites et les grandes choses ». Il explique que Saint Ignace était en mesure de combiner la sévérité et la douceur, la rigueur et la gentillesse. Il a toujours été prêt à faire des exceptions. La clef de ce discernement était, dans un premier temps, de savoir juger ce qui est grand et ce qui est petit pour ensuite corriger le grand et le brillant pour qu’il n’oublie pas le petit. C’est de cette façon qu’il est possible de garder à l’esprit le tout, la vision globale.

Dans son livre « Esprit ouvert, cœurs fidèles », écrit alors qu’il était encore Archevêque, Bergoglio parle ainsi contre l’aphasie : «  Occasionnellement, cette attitude se révèle en ceux qui élaborent de magnifiques plans sans se soucier des moyens concrets pour les réaliser. De la même manière, on voit cela chez ceux qui deviennent tellement accaparés par les petits détails de chaque moment qu’ils ne peuvent plus voir au-delà de ces derniers et contempler le grand plan de Dieu. Nous faisons bien de rappeler l’épigraphe attribuée à Saint Ignace : « ne pas être accaparé par ce qui est le plus grand alors que nous devons être attentif à ce qui est le plus petit, voilà ce qui est divin ». [Read more…]

« Christ en vous, l’espérance de la gloire »

Le 51e Congrès Eucharistique International a lieu cette semaine à Cebu, aux Philippines, première ville de l’archipel. Il a débuté le 24 janvier et se termine le 31 janvier une semaine après une fête majeure pour les philippins. La Santo Nino est souligné chaque 3e dimanche du mois de janvier depuis près de 500 ans. Elle rappelle la conversion des Philippines au christianisme et le don d’une statuette de l’Enfant-Jésus à la famille royale de l’archipel par l’Espagne au 16e siècle. Le congrès arrive comme un prélude à la célébration du 5e centenaire dans quelques années.

Le choix de Cebu, et des Philippines, comme lieu pour ce congrès, revêt une importance singulière. Dans ce pays à majorité catholique, soit 85% de la population, l’archipel se dresse comme  un « phare du catholicisme » dans le continent d’Asie. C’est l’expression utilisée par l’envoyé spécial du Pape au congrès, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, à la messe d’ouverture du congrès.

Ce pays est certainement riche spirituellement. Mais c’est aussi un pays qui souffre profondément des effets de la mondialisation. La pauvreté et les inégalités sociales sont flagrantes. Il y a un an le pape François était aux Philippines. Il a prononcé des paroles fortes contre les injustices qui persistent dans le pays. « Il est maintenant plus que jamais nécessaire que les dirigeants politiques se distinguent par leur honnêteté, leur intégrité » avait-il interpellé. De manière concrète, il a posé des gestes de miséricorde au cœur des périphéries. Il a surpris des enfants de la rue, une mode trop courante dans l’archipel, des victimes du typhon Haiyan, des jeunes qui lui ont partagé leurs blessures, surtout familiales. Malgré les défis du peuple, pour le Saint Père, l’Asie est une promesse, et les philippins sont appelés à être missionnaire sur tout le continent.

L’Église a le regard tourné vers l’Asie depuis bien avant la visite du pape François. Le pape émérite Benoit XVI, quand il a annoncé le lieu du prochain congrès eucharistique à Cebu, il souhaitait qu’il devienne une occasion de renouvellement spirituel pour les philippins et pour le monde entier. Puis, lorsque le pape Jean Paul II a célébré les Journée mondiale de la jeunesse avec les Philippins à Manille en 1995. Il avait déclaré que l’Asie est un continent d’avenir pour l’évangélisation des peuples.

Le Congrès Eucharistique International vient raffermir ce que l’Église souhaite pour toute l’Asie. Comme le Pape l’avait affirmé au comité organisateur du Congrès en 2014, « Il existe une carence d’espérance dans le monde, c’est pourquoi l’humanité a besoin d’écouter le message de notre espérance en Jésus Christ ». Pendant une semaine, les participants auront l’opportunité de prier, de célébrer la Messe et d’adorer Jésus dans le Saint Sacrement, pour se nourrir toujours plus de sa vie, accueillir sa mission, et « transformer le monde ».

Échos du vatican

Retour dans cette émission sur la conclusion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, et éclairage sur le Congrès eucharistique international qui se tient en ce moment à Cebu, aux Philippines.

Message du pape François pour le Carême 2016

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«C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices»(Mt 9,13) Les œuvres de miséricorde dans le parcours jubilaire

1. Marie, icône d’une Eglise qui évangélise parce qu’elle a été évangélisée

Dans la Bulle d’indiction du Jubilé, j’ai invité à faire en sorte que « le Carême de cette Année Jubilaire [soit] vécu plus intensément comme un temps fort pour célébrer et expérimenter la miséricorde de Dieu » ( Misericordiae vultus, n. 17). Par le rappel de l’écoute de la Parole de Dieu et l’initiative « 24 heures pour le Seigneur », j’ai voulu souligner la primauté de l’écoute priante de la Parole, plus particulièrement de la Parole prophétique. La miséricorde de Dieu est certes une annonce faite au monde: cependant chaque chrétien est appelé à en faire l’expérience personnellement. C’est pourquoi, en ce temps de Carême, j’enverrai les Missionnaires de la

Miséricorde afin qu’ils soient pour tous un signe concret de la proximité et du pardon de Dieu. Parce qu’elle a accueilli la Bonne Nouvelle annoncée par l’archange Gabriel, Marie chante prophétiquement dans son Magnificat la miséricorde par laquelle Dieu l’a choisie. La Vierge de Nazareth, promise comme épouse à Joseph, devient ainsi l’icône parfaite de l’Eglise qui évangélise car elle a été et demeure constamment évangélisée par l’œuvre de l’Esprit Saint qui a fécondé son sein virginal. Dans la tradition prophétique – et déjà au niveau étymologique – la miséricorde est étroitement liée aux entrailles maternelles (rahamim) et à une bonté généreuse, fidèle et compatissante (hesed) qui s’exerce dans les relations conjugales et parentales.

2. L’alliance de Dieu avec les hommes : une histoire de miséricorde

Le mystère de la miséricorde divine se dévoile au cours de l’histoire de l’alliance entre Dieu et son peuple Israël. Dieu, en effet, se montre toujours riche en miséricorde, prêt à reverser sur lui en toutes circonstances une tendresse et une compassion viscérales, particulièrement dans les moments les plus dramatiques, lorsque l’infidélité brise le lien du pacte et que l’alliance requiert d’être ratifiée de façon plus stable dans la justice et dans la vérité. Nous nous trouvons ici face à un véritable drame d’amour où Dieu joue le rôle du père et du mari trompé, et Israël celui du fils ou de la fille, et de l’épouse infidèles. Ce sont les images familières, comme nous le voyons avec Osée (cf. Os 1-2), qui expriment jusqu’à quel point Dieu veut se lier à son peuple.

Ce drame d’amour atteint son point culminant dans le Fils qui s’est fait homme. Dieu répand en lui sa miséricorde sans limites, au point d’en faire la « Miséricorde incarnée » (Misericordiae Vultus, n. 8). En tant qu’homme, Jésus de Nazareth est fils d’Israël dans le plein sens du terme. Il l’est au point d’incarner cette écoute parfaite de Dieu demandée à tout Juif par le Shemà qui constitue, aujourd’hui encore, le cœur de l’alliance de Dieu avec Israël : « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces » (Dt 6, 4-5). Le Fils de Dieu est l’Epoux qui met tout en œuvre pour conquérir l’amour de son Epouse. Il lui est lié par son amour inconditionnel qui se manifeste dans les noces éternelles avec elle.

Ceci constitue le cœur vibrant du kérygme apostolique où la miséricorde divine tient une place centrale et fondamentale. Il est « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus-Christ, mort et ressuscité » (Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 36), cette première annonce « que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons, et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse » (Ibid., n. 164). La miséricorde alors « illustre le comportement de Dieu envers le pécheur, lui offrant une nouvelle possibilité de se repentir, de se convertir et de croire » (Misericordiae vultus, n. 21), restaurant vraiment ainsi la relation avec Lui. En Jésus Crucifié, Dieu veut rejoindre l’homme pécheur jusque dans son éloignement le plus extrême, précisément là où il s’est égaré et éloigné de Lui. Et ceci, il le fait dans l’espoir de réussir finalement à toucher le cœur endurci de son Épouse.

3. Les œuvres de miséricorde

La miséricorde de Dieu transforme le cœur de l’homme et lui fait expérimenter un amour fidèle qui le rend capable d’être, à son tour, miséricordieux. C’est à chaque fois un miracle que la miséricorde divine puisse se répandre dans la vie de chacun de nous, en nous incitant à l’amour du prochain et en suscitant ce que la tradition de l’Eglise nomme les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Elles nous rappellent que notre foi se traduit par des actes concrets et quotidiens, destinés à aider notre prochain corporellement et spirituellement, et sur lesquels nous serons jugés : le nourrir, le visiter, le réconforter, l’éduquer. C’est pourquoi j’ai souhaité que « le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Evangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine » (Ibid., n. 15). Dans la personne du pauvre, en effet, la chair du Christ « devient de nouveau visible en tant que corps torturé, blessé, flagellé, affamé, égaré… pour être reconnu par nous, touché et assisté avec soin » (Ibid.). Inouï et scandaleux mystère qui prolonge dans l’Histoire la souffrance de l’Agneau innocent, buisson ardent brûlant d’un amour gratuit, et devant lequel nous ne pouvons, à la suite de Moïse, qu’ôter nos sandales (cf. Ex 3,5) ; et ceci plus encore quand ce pauvre est notre frère ou notre sœur en Christ qui souffre à cause de sa foi.

Face à cet amour, fort comme la mort (cf. Ct 8,6), le pauvre le plus misérable est celui qui n’accepte pas de se reconnaître comme tel. Il croit être riche mais, en réalité, il est le plus pauvre des pauvres. Et s’il est tel, c’est parce qu’il est esclave du péché qui le pousse à user de la richesse et du pouvoir non pas pour servir Dieu et les autres, mais pour étouffer en lui l’intime conviction de n’être, lui aussi, rien d’autre qu’un pauvre mendiant. D’autant plus grands sont le pouvoir et les richesses dont il dispose, d’autant plus grand est le risque que cet aveuglement devienne mensonger. Il en vient à ne même plus vouloir voir le pauvre Lazare qui mendie à la porte de sa maison (cf. Lc 16, 20-21), figure du Christ qui, dans les pauvres, mendie notre conversion. Lazare est cette opportunité de nous convertir que Dieu nous offre et que peut-être nous ne voyons pas. Cet aveuglement est accompagné d’un délire orgueilleux de toute-puissance, dans lequel résonne, de manière sinistre, ce démoniaque « vous serez comme des dieux » (Gn 3,5), qui est à la racine de tout péché. Un tel délire peut également devenir un phénomène social et politique, comme l’ont montré les totalitarismes du XXème siècle, et comme le montrent actuellement les idéologies de la pensée unique et celles de la technoscience qui prétendent réduire Dieu à l’insignifiance et les hommes à des masses qu’on peut manipuler. Ceci, de nos jours, peut être également illustré par les structures de péché liées à un modèle erroné de développement fondé sur l’idolâtrie de l’argent qui rend indifférentes au destin des pauvres les personnes et les sociétés les plus riches, qui leur ferment les portes, refusant même de les voir.

Pour tous, le Carême de cette Année jubilaire est donc un temps favorable qui permet finalement de sortir de notre aliénation existentielle grâce à l’écoute de la Parole et aux œuvres de miséricorde. Si à travers les œuvres corporelles nous touchons la chair du Christ dans nos frères et nos sœurs qui ont besoin d’être nourris, vêtus, hébergés, visités, les œuvres spirituelles, quant à elles, – conseiller, enseigner, pardonner, avertir, prier – touchent plus directement notre condition de pécheurs. C’est pourquoi les œuvres corporelles et les œuvres spirituelles ne doivent jamais être séparées. En effet, c’est justement en touchant la chair de Jésus Crucifié dans le plus nécessiteux que le pécheur peut recevoir en don la conscience de ne se savoir lui-même rien d’autre qu’un pauvre mendiant. Grâce à cette voie, « les hommes au cœur superbe », « les puissants » et « les riches », dont parle le Magnificat ont la possibilité de reconnaître qu’ils sont, eux aussi, aimés de façon imméritée par le Christ Crucifié, mort et ressuscité également pour eux. Cet amour constitue la seule réponse à cette soif de bonheur et d’amour infinis que l’homme croit à tort pouvoir combler au moyen des idoles du savoir, du pouvoir et de l’avoir. Mais il existe toujours le danger qu’à cause d’une fermeture toujours plus hermétique à l’égard du Christ, qui dans la personne du pauvre continue à frapper à la porte de leur cœur, les hommes au cœur superbe, les riches et les puissants finissent par se condamner eux-mêmes à sombrer dans cet abîme éternel de solitude qu’est l’enfer. C’est alors que résonnent à nouveau, pour eux comme pour nous tous, les paroles ardentes d’Abraham : « Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent ! » (Lc 16,29). Cette écoute agissante nous préparera le mieux à fêter la victoire définitive sur le péché et sur la mort de l’Epoux qui est désormais ressuscité, et qui désire purifier sa future Épouse dans l’attente de son retour.

Ne laissons pas passer en vain ce temps de Carême favorable à la conversion ! Nous le demandons par l’intercession maternelle de la Vierge Marie, qui, la première, face à la grandeur de la miséricorde divine dont elle a bénéficié gratuitement, a reconnu sa propre petitesse (cf. Lc 1,48) en se reconnaissant comme l’humble Servante du Seigneur (cf. Lc 1,38).

FRANCISCUS

Du Vatican, 4 octobre 2015

Fête de Saint-François d’Assise

Le prix d’une prophétie authentique

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Reflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 4e dimanche du temps ordinaire C (31 janvier 2016)

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche tirée de Jérémie (1, 4-5, 17-19) et le passage de l’évangile de Luc (4, 21-30) nous offrent une occasion de réfléchir sur les bienfaits, les contraintes et les risques des vrais prophètes de notre tradition judéo-chrétienne. Parmi les prophètes de la Bible, nous connaissons probablement Jérémie mieux que tous les autres. Fils du prêtre Hilkija, il est né en Anatoth, une dizaine de kilomètres au nord de Jérusalem et fut appelé très tôt à réaliser sa mission prophétique, peut-être en 626, sous le règne de Josias (Jr 22,16). Jérémie était si jeune qu’il pria le Seigneur de lui permettre de mener une vie normale et de lui épargner la tâche de ‘fouetter’  le peuple d’Israël et la mission de prophétiser l’invasion des étrangers « du nord », qui déporteraient les Juifs et détruiraient le Temple de Salomon.

Jérémie a vu le malheur de son peuple comme une conséquence inévitable de la culpabilité de tout un peuple qui ne se souvenait plus de son histoire. Les Hébreux, qui comptaient aveuglément sur l’Alliance garantie par le Seigneur et sur l’arche conservée dans le Temple, se croyaient ainsi protégés et se permirent tous les péchés, parce que de toutes manières, « le Seigneur était avec eux !» Après être sorti du joug du Seigneur, Jérémie dit au peuple élu qu’il tomberait sous le joug des étrangers. Mais la tâche qui lui est assignée par Dieu n’est pas seulement destructrice: « Sache que je te donne aujourd’hui autorité sur les peuples et les royaumes, pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter » (1,10). Il s’agissait déjà de bâtir et de planter, mais il fallait d’abord déraciner cette plante afin que la croissance réelle puisse se produire.

Jérémie préfigure le Christ

Jérémie a souvent été considéré comme une figure préfigurant le Christ. Non seulement parle-t-il au nom de Dieu et prédit-il l’avenir,  sa vie et son ministère même ont des connotations prophétiques. Comme Jésus allait faire après lui, Jérémie prédit la destruction du Temple, a pleuré sur les futures ruines de Jérusalem, a condamné le comportement des prêtres, a été mal compris par ses compatriotes, humilié et condamné à mort. Pourtant, la condamnation du péché et les prophéties de malheur du prophète sont toujours liées à un message d’espoir et la perspective d’une renaissance, d’un retour de l’exil babylonien.

Le Christ, lui aussi, afin d’affirmer sa victoire sur la mort, devrait d’abord endurer la croix sur le Calvaire. La vie même du prophète Jérémie se prépare à l’acceptation de l’amertume de la Croix et la gloire de la résurrection. Nous ne devrions pas être surpris ensuite, lorsque Jésus demanda à ses disciples ce que les gens disaient de lui, ils répondirent: « Certains disent que tu es Jean le Baptiste, d’autres le prophète Élie, d’autres Jérémie… »

Jésus et la foule à Nazareth

Ce dimanche, le récit de l’évangile (Luc 4, 21-30) est la suite continuation des grands débuts de Jésus à Nazareth que nous avons lus dimanche dernier. Dans la synagogue de Nazareth, Jésus expose sa mission universelle en répétant les paroles du prophète Isaïe (61,1-2). Dans cette scène en terrain connu, à Nazareth, le message de Jésus porte à confusion. Un murmure d’excitation traverse l’assemblée. «N’est-ce pas le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas ce fils de Nazareth?» Mais Jésus sait que ses concitoyens veulent le posséder pour eux-mêmes: «Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays ! » Mais il refuse de le faire. « Aucun prophète n’est bien reçu dans son pays. » Jésus résiste à l’attitude possessive manifestée par son peuple. Il refuse de placer ses dons extraordinaires au service de son propre peuple, plaçant les étrangers en premier.

Les références à Élie et Élisée (v 25-26) servent plusieurs fins dans cet épisode: ils soulignent le portrait que fait Luc de Jésus comme un prophète à l’image d’Élie et Élisée: ils permettent d’expliquer pourquoi l’admiration initiale de la population se transforme en rejet, et ils fournissent la justification biblique pour la future mission chrétienne  auprès des Gentils.

L’ambiance dans la synagogue tourne au vinaigre. La foule devient terriblement jalouse de l’un des siens et tente de se débarrasser de lui (v 22-30). Jésus n’a pas réussi à se faire entendre ni comprendre et dut s’enfuir au plus vite … pour sa vie (v 30). Le rejet de Jésus dans sa ville natale laisse entrevoir son rejet encore plus important, cette fois par Israël (Actes 13:46).

La raison de leur mécontentement

Les gens de Nazareth en voulaient à Jésus et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient sa prédication, parce qu’il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc et l’ont méprisé à cause de sa famille. Jésus ne pouvait pas faire de miracles parmi eux parce qu’ils étaient fermés et refusaient de croire en lui. Si les gens se sont rassemblés pour le détester et refuser de le comprendre, ils ne verront aucun autre point de vue que le leur et ils refuseront d’aimer et accepter quelqu’un de différent. Est-ce que cette histoire nous est familière? Combien de fois nous sommes-nous trouvés dans des situations similaires?

Les critiques les plus sévères viennent souvent de gens proches de nous, membres de notre famille, parents, membres de nos communautés, des voisins que l’on côtoie sur une base régulière. Les gens de Nazareth ont refusé de renoncer à leur attitude possessive envers Jésus. Quand l’amour possessif est obstrué, il s’ensuit une réaction violente. Ce genre de réaction provoque de nombreux drames de jalousie et de passion. «Tous dans la synagogue étaient furieux (Lc 4, 28-29) et ils cherchèrent à le tuer.» Le refus d’ouvrir notre cœur peut mener à de tels extrêmes.

La vision universelle et le grand cœur de Jésus

Jésus a été âprement critiqué, car il a démontré une grande ouverture de cœur, particulièrement envers les personnes en marge de la société. Son ouverture a soulevé une telle opposition qu’il fut conduit à la croix. Dans les Actes des Apôtres, on peut lire plus d’une fois que le succès de la prédication de saint Paul aux gentils a suscité des jalousies parmi certains Juifs, qui se sont opposés à l’Apôtre et ont lancé la persécution contre lui (Actes 13,45; 17,5; 22,21-22). Également au sein de la communauté chrétienne, il suffit de rappeler la situation de Corinthe, où des attitudes possessives similaires ont causé de graves préjudices alors que plusieurs fidèles s’attachaient jalousement à un apôtre ou un autre, ce qui fut source de conflit et de division dans la communauté. Paul dut intervenir énergiquement (I Cor 1,10-3:23).

L’Evangile d’aujourd’hui montre combien il est difficile pour nous de parvenir à une vision universelle. Lorsque nous sommes face à quelqu’un comme Jésus, une personne avec un cœur généreux et une vision large, nos réactions sont très souvent remplies de jalousie, d’égoïsme, et de méchanceté. Ses propres voisins ne pouvaient pas reconnaître sa sainteté, parce qu’ils n’avaient jamais vraiment accepté la leur. Ils souffraient d’une forme particulière de cécité. Ils ne pouvaient pas honorer la relation de Jésus avec Dieu, parce qu’ils n’avaient jamais totalement exploré leur propre sentiment d’appartenance à Dieu. Ils ne pouvaient pas voir le Messie, debout juste à côté d’eux, parce qu’il ressemblait trop à l’un d’eux. Jusqu’à ce que nous nous considérions comme le peuple bien-aimé de Dieu, les miracles seront rares et les prophètes et messagers qui s’élèveront parmi nous auront du mal à être entendus et acceptés vraiment.

Appelés à être prophètes comme Jésus et Jérémie

Jésus a été appelé à briser nos barrières et porter le message du salut de Dieu à des personnes et à des lieux inattendus. De toute évidence, il faut endurer la douleur et l’hostilité avant que le nouvel âge de Jésus vienne. Par notre baptême commun, chacun de nous est appelé à être prophète pour le Royaume de Dieu. Nous allons rencontrer de nombreuses réactions de ceux à qui nous sommes envoyés, pas toutes positives. Comme Jérémie et Jésus, le dévouement indéfectible, le courage audacieux et une espérance biblique profonde doivent être notre marque.

L’Évangile d’aujourd’hui nous met en garde contre certaines attitudes qui sont incompatibles avec l’exemple de Jésus: la tendance humaine à être possessif et égoïste, à fermer notre cœur et notre esprit. Nous ne pouvons pas oublier que Jésus est le Sauveur du monde (Jn 4,42), et non pas seulement d’un petit village, d’une ville ou une nation!

Prions afin que Jésus ne soit pas surpris par notre propre incrédulité, mais qu’il se réjouisse tous les jours de nos petits gestes de fidélité et de service envers nos sœurs et frères. Puisse le Seigneur nous accorder un cœur magnanime, afin que nous puissions chercher bien loin au-delà de nous-mêmes et reconnaissions la bonté, la grandeur et la beauté des autres personnes, au lieu d’être jaloux de leurs dons. La puissance de Dieu seul peut nous sauver de la vacuité et de la pauvreté d’esprit, de la confusion et de l’erreur, de la peur de la mort et du désespoir. L’évangile du salut est toujours «Bonne Nouvelle» pour nous aujourd’hui. Comment pouvons-nous parler de la Parole de Dieu avec autorité aujourd’hui? Comment pouvons-nous partager les «Bonnes Nouvelles» avec les autres? Comment utilisons-nous notre autorité pour promouvoir le Royaume de Dieu? Comment nos paroles, gestes, écrits, et toute notre vie sont-ils aujourd’hui prophétiques dans l’Église et dans le monde?

Les faits sur le lavement des pieds à la Dernière Cène

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Réflexion biblique et pastorale du père Thomas Rosica c.s.b. sur le lavement des pieds du Jeudi Saint.

Les traditions chrétiennes et juives voient dans le fait de manger et de festoyer beaucoup plus qu’une simple occasion de refaire le plein d’énergie, de déguster de bons mets ou de célébrer un événement spécial. Manger et fêter, dans les deux traditions, symbolisent la rencontre avec les réalités transcendantes et même la communion avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le ministère même de Jésus se manifeste à plusieurs reprises à table et durant un repas.

Dans les quatre Évangiles, Jésus participe à de nombreux repas : avec Lévi et ses collègues d’affaires, avec Simon le pharisien, avec Lazare et ses sœurs de Béthanie, avec Zaché et la foule de Jéricho, avec les parias et les centurions, avec la multitude sur la côte de Galilée sans oublier les repas en compagnie des disciples dans leur maison. C’est, cependant, dans son dernier repas que Jésus nous a laissé son don le plus précieux : l’Eucharistie. Les lectures du Jeudi Saint tirées de l’Écriture sainte trouvent leurs racines dans notre héritage juif : la célébration judaïque de la pâques, la célébration du banquet eucharistique par lequel saint Paul a transmis ce qui lui avait été donné de partager et, finalement, le récit de Jésus qui se met humblement à genoux devant les apôtres pour leur laver les pieds. Au lieu de nous présenter une des histoires sur l’institution de l’Eucharistie telle qu’elle apparaît dans les évangiles synoptiques, l’Église offre le déroutant récit de la posture du Maître se mettant à genoux devant ses amis pour leur laver les pieds dans un geste d’humilité et de service.

Alors que Jésus se met une serviette autour de la taille et prend un pichet d’eau avant de se baisser et de commencer à laver les pieds de ses disciples, il enseigne à ses amis que la libération et la vie nouvelle ne se gagnent ni en régnant sur la multitude depuis un trône royal ni en offrant quantités de sacrifices sanglants sur l’autel du temple mais bien en marchant avec les petits et les pauvres, en les servant comme un laveur de pieds sur un chemin. C’est comme si, en cette soirée, toute l’histoire du salut se terminait de la même manière qu’elle avait commencée : avec des pieds nus et la voix de Dieu s’adressant à l’humanité avec sa propre chair et son propre sang : « Comme je l’ai fait pour vous, faites de même ». Le lavement des pieds est une partie intégrante de la dernière Cène. C’est la manière pour Jean de dire à tous les disciples du Christ de toutes les époques : « Vous devez vous rappeler ce sacrifice durant la Messe, mais vous devez aussi vous rappeler la monition de sortir et de servir le monde ».

Durant la Dernière Cène, Jésus nous enseigne que la véritable autorité dans l’Église vient du fait d’être un serviteur, de sacrifier sa vie pour ses amis. La vie de Jésus est une fête pour les pauvres et les pécheurs. Cela doit être de même pour ceux qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur. De l’Eucharistie doit jaillir un certain style de vie communautaire, un authentique souci du prochain et des étrangers.

Il y a trois ans lors du Jeudi saint, le pape François a lavé les pieds de douze jeunes personnes dans un centre de détention juvénile de Rome dont plusieurs jeunes femmes et deux musulmans. Ce geste est pratiquement devenu une tradition pour le pape François qui a réitéré l’initiative chaque Jeudi Saint dans un centre de détention juvénile, dans un centre pour personnes malades et âgées et dans un pénitencier à sécurité maximale. Ces gestes spontanés d’amour, d’affection, de pardon et de miséricorde sorte de signature de l’évêque de Rome depuis son élection en mars 2013, devraient interpeller nos esprits et nos cœurs. Comme Jésus a donné l’exemple à ses disciples d’un geste d’humilité comme le lavement des pieds, le Vicaire du Christ nous offre aussi un exemple à partir duquel nous devrions apprendre et trouver des applications concrètes dans notre vie.

Le geste simple du lavement des pieds du pape François parle de soi. Il a enseigné au monde un message profond durant les trois dernières années de son ministère pétrinien. Il a amené plusieurs personnes à Jésus-Christ à travers la simplicité de son message et de ses gestes. Il nous montre comment mettre l’Eucharistie que nous recevons en pratique dans notre vie quotidienne.

Par le Père Thomas Rosica c.s.b.
PDG, Fondation catholique Sel et Lumière Média
Attaché de langue anglaise, Salle de Presse du Vatican

Conclusion de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens

Texte en provenance du site français de Radio Vatican:

(RV) Le Pape François a présidé ce lundi soir, 25 janvier 2016, en la basilique de Saint-Paul-Hors-les-Murs, une célébration œcuménique pour conclure la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens.

Le Pape a traversé la Porte Sainte (ouverte officiellement le 13 décembre dernier) avec le métropolite Gennadios, représentant du Patriarcat œcuménique d Constantinople, et avec Sir David Moxon, évêque anglican néo-zélandais, représentant personnel à Rome de l’archevêque de Canterbury, «pour rappeler que l’unique porte qui nous conduit au salut est Jésus-Christ notre Seigneur, le visage miséricordieux du Père.»

Dans son homélie, en ce 25 janvier qui marque la commémoration liturgique de la Conversion de Saint Paul, François s’est appuyé sur l’expérience de Paul sur le chemin de Damas pour rappeler que ce bouleversement «n’était pas d’abord un changement moral, mais une expérience transformante de la grâce de Dieu, et en même temps l’appel à une nouvelle mission, celle d’annoncer à tous ce Jésus qu’avant il persécutait en persécutant ses disciples». Une mission qui ne se fondait donc pas sur ses mérites, mais sur «la bonté de Dieu».

«Pour les premiers chrétiens, comme aujourd’hui pour nous tous, baptisés, c’est un motif de réconfort et de constante stupeur de savoir avoir été choisis pour faire partie du dessein de salut de Dieu, acté en Jésus-Christ et dans l’Église», a rappelé le Pape. Tout repose donc sur l’appel de Dieu : «Nous pouvons progresser sur la voie de la pleine communion visible entre les chrétiens, pas seulement quand nous nous rapprochons les uns des autres, mais surtout dans la mesure à laquelle nous nous convertissons au Seigneur, qui par sa grâce nous choisit et nous appelle à être ses disciples.»

«L’unité se fait en chemin», a lancé le Pape en sortant de son texte, en appelant que les chrétiens des différentes Églises travaillent ensemble à la diffusion de l’Évangile.

Un appel au pardon et à la miséricorde

Le Pape François a voulu situer ce temps de prière dans la démarche du Jubilé de la Miséricorde et dans une demande de pardon, utilisant des termes proches de ceux utilisés par Saint Jean-Paul II lors du Jubilé de l’an 2000 : «comme évêque de Rome et pasteur de l’Église catholique, je veux invoquer miséricorde et pardon pour les comportements non évangéliques tenus de la part de catholiques dans les confrontations avec des chrétiens d’autres Églises, a déclaré le Pape François. Dans le même temps, j’invite tous les frères et sœurs catholiques à pardonner si, aujourd’hui ou dans le passé, ils ont subi des offenses d’autres chrétiens. Nous ne pouvons pas annuler ce qui s’est passé, mais nous ne voulons pas permettre que le poids des fautes passées continue à falsifier nos rapports. La miséricorde de Dieu renouvellera nos relations.»

Le Pape a aussi évoqué les martyrs communs aux différentes communautés chrétiennes : «Ici devant la tombe de Saint Pierre, apôtre et martyr, (…) nous sentons que notre humble requête est soutenus par l’intercession de la multitude des martyrs chrétiens d’hier et d’aujourd’hui. Ils ont répondu avec générosité à l’appel du Seigneur, ils ont donné un témoignage fidèle, avec leur vie, des œuvres merveilleuses que Dieu a accompli pour nous, et expérimentent déjà la pleine communion à la présence de Dieu le Père». Un exemple qui manifeste «l’œcuménisme du sang», a rappelé le Pape, sortantde son texte pour reprendre une expression qu’il utilise régulièrement.

Dans un geste improvisé, à la fin de la cérémonie, le Pape a demandé aux deux représentants des Églises sœurs de venir à ses côtés pour qu’ils puissent donner ensemble la bénédiction finale.

(CV)