La racine humaine de la crise écologique

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Pour nous qui sommes habitués à vivre à des températures froides une bonne partie de l’année, l’été est une occasion de reprendre contact avec la nature. Nous fuyons le plus possible les endroits clos et recherchons le « grand air ». Cette attitude est d’autant plus intense lorsque l’hiver s’est allongé et a semblé ne plus vouloir finir. Ce retour annuel aux sources devrait nous encourager à accueillir l’invitation du pape François à reconsidérer notre relation à la nature, à vérifier si notre mode de vie au quotidien, notre « métro-boulot-dodo » ne s’est pas éloigné quelque peu de notre propre nature. C’est ce qu’il propose dans le troisième chapitre de son encyclique Laudato Si.

Intitulé « Racine humaine de la crise écologique », ce chapitre propose une réflexion en profondeur sur notre relation avec la technologie. Puisque « l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains » (no110), il est important de comprendre que la réflexion écologique d’inclure l’homme dans nos réflexions. En effet, dans les débats actuels sur la protection de l’environnement, une constante émerge : la technique. Tandis que chez certains elle est parfois présentée comme la source de tous les maux, chez d’autres, elle est l’unique solution d’avenir. Devant ce paradoxe, François nous invite à nous éloigner des simplifications et à nous pencher sur les bons et mauvais côtés de la technique.

La technologie est une merveille et nous en sommes tous les bénéficiaires, moi le premier ! Comme le dit le pape : « La technologie a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient. Nous ne pouvons pas ne pas valoriser ni apprécier le progrès technique, surtout dans la médecine, l’ingénierie et les communications. » (no102). Par exemple, le pape fait mention de l’intérêt autour des OGM. Pour lui: « Il est difficile d’émettre un jugement général sur les développements de transgéniques (OMG) […] les risques ne sont pas toujours dus à la technique en soi, mais à son application inadaptée ou excessive » (no 133). Il ne convient donc pas d’accuser directement la technique mais bien notre rapport à elle.

En ce sens, le Pape souligne que le principal défi pour sauvegarder l’environnement est de convertir le cœur humain. En effet, c’est l’esprit de domination (no 108) qui a mené à la présente crise c’est-à-dire cette idée que l’homme n’a aucune limite. En d’autres termes « l’idée d’une croissance infinie ou illimitée » (no 106) doit être soumise à la critique. N’avons-nous pas nous-mêmes cette volonté de « dépasser toutes les limites » ou tous les « tabous » ?

Pour y faire face, le pape scientifique avance une série de propositions dont la principale est de favoriser une éducation intégrale (no 120) permettant à l’être humain de se situer dans le plan de Dieu sur sa création et ainsi « ralentir la marche pour regarder la réalité d’une autre manière, recueillir les avancées positives et durables, et en même temps récupérer les valeurs et les grandes finalités qui ont été détruites par une frénésie mégalomane. » (no 114).

La semaine prochaine, nous poursuivrons notre analyse de l’encyclique Laudato Si du pape François en examinant le quatrième chapitre intitulé « Une écologie intégrale », le cœur de l’encyclique.

Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours !

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Réflexion biblique pour le 18e dimanche du temps ordinaire B, 2 août 2015

Nous pouvons certainement comprendre la frustration de Dieu envers son peuple dans la première lecture tirée de l’Exode (16, 2-4; 12-15). Le Dieu d’Israël vient de délivrer son peuple de l’esclavage et les conduisait vers la terre promise. Pourtant, après avoir traversé la mer Rouge et célébré sa victoire, la première action que l’on rapporte du peuple au Sinaï en est une de mécontentement, d’abord au sujet de l’eau amère de Mara (Ex 15, 22-27) et encore d’autres plaintes et une envie nostalgique pour les marmites de viande et le pain à satiété au pays d’Égypte, où ils pouvaient manger à leur faim ! Dans ce cadre d’ingratitudes et de lamentations, Dieu fit pleuvoir du pain du haut du ciel (manne) et des cailles pour nourriture. Le passage que nous lisons ce dimanche présente le contraste entre le non-croyant (se plaignant que la manne et les cailles ne sont pas une nourriture suffisante) et le croyant (qui voit le pain et les cailles comme un généreux don pour les affamés).

Une autre sorte de nourriture

Dans l’évangile de ce dimanche (Jean 6, 24-35), qui suit la multiplication des pains, Jésus dit à la foule venue le trouver: « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte.» (Jn 6, 26-27)

Ceux qui l’écoutaient poursuivirent la conversation en lui demandant: « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu? » Jésus leur répondit: « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.» (Jn 6, 28-29) Il s’agit d’une invitation à avoir foi en Jésus, le Fils de l’Homme, celui qui donne la nourriture qui est impérissable. Sans la foi en Celui que le Père a envoyé, il n’est pas possible de reconnaître et d’accueillir ce don qui ne passera jamais.

La multiplication miraculeuse des pains n’avait pas évoqué la réponse de foi attendue de la part de ceux qui avaient été les témoins visuels de cet événement. Ils voulaient un nouveau signe: « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire? Quelle œuvre vas-tu faire? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » (Jn 6, 30-31) Les disciples réunis autour de Jésus s’attendaient à un signe, comme la manne qu’avaient mangées leurs pères au désert. Mais Jésus les exhorte à espérer quelque chose de mieux qu’une simple répétition du miracle de la manne, d’espérer un autre type de nourriture. Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » (Jn 6, 32-33)

En plus de la faim physique, il y a en chacun de nous une autre faim, une faim encore plus fondamentale, qui ne se contente pas de nourriture ordinaire. Il s’agit de la faim pour la vie, pour l’éternité, nostalgie pour Dieu. Le signe de la manne était l’annonce de la venue du Christ qui viendrait combler notre faim pour l’éternité en devenant Lui-même le « pain vivant » qui « donne la vie au monde ».

Ce qui est fort surprenant à propos des remarques de Jésus dans ce discours est qu’il ne prétend pas être un autre Moïse, ou un autre messager dans la longue lignée de prophètes. En nous donnant le pain de vie, Jésus n’offre pas une nourriture temporaire, pour nous contenter un moment, il nous donne le pain éternel de sa Parole. Ce pain ne passera pas. Il nourrira et donnera la vie pour toujours. Jésus est ce pain, et en offrant de partager ce pain avec nous, il nous appelle à croire en lui. Jésus nous invite à « venir à lui, » « croire en lui, » « regarder vers lui, » « être attirés par lui, » « l’écouter » et « être enseignés par lui. » Tous ces verbes invite la réponse active de notre foi (cf. Jn 6, 36, 37, 40, 44, 45). Sa parole est nourriture pour notre foi.

Ceux qui ont entendu Jésus lui demande d’accomplir ce qu’il venait de proclamer par le signe de la manne, peut-être sans être conscients de la portée de leur demande: «Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours.» (Jn 6, 34) Quelle demande éloquente ! Quelle réponse incroyable et généreuse ! «Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (Jn 6, 35)

Nos propres complaintes et idéologies

Il dut être difficile pour ceux qui écoutaient Jésus de passer du signe tangible au mystère indiqué par ce signe, du pain quotidien au pain qui « donne la vie éternelle»! Il n’est pas facile non plus pour nous, gens du 21e siècle, de faire ce passage de signe à mystère dans nos propres vies.

Nos plaintes et murmures au sujet de l’eucharistie et de l’Église deviennent parfois des discours enfiévrés, qui diffèrent peu des plaintes et murmures d’Israël au désert. Les tensions excessives qui montent sur la politique au sein de l’église, les enjeux face au genre et au sexe, les pratiques liturgiques, le langage utilisé : ces questions influencent toutes l’eucharistie aujourd’hui, et peuvent nous mener à sentir que Dieu est absent.

Nos célébrations eucharistiques n’ont pas lieu à Massa ou à Meriba, lieux de murmures ou de querelles dans le désert. Nous sommes souvent pris dans des débats interminables entre dévotion et liturgie ou dans une dispute entre la charité et la justice : lorsque la dévotion est considérée comme ennemi de la liturgie et la charité comme traîtresse de la justice, ou lorsque la liturgie est réduite à la dévotion personnelle et la justice comme ne faisant pas partie constitutive de l’Évangile. [Read more…]

« Laudato Si » ou la refondation de l’écologie

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Poursuivons notre réflexion estivale sur l’environnement en explorant le deuxième chapitre de l’encyclique du pape François sur l’écologie Laudato Si. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, l’intention du Pape est d’offrir à toute l’humanité la contribution de la riche tradition chrétienne à la lutte pour la protection de l’environnement.

Dans ce deuxième chapitre, le pape François cherche à faire reconnaître l’importance du dialogue pour la résolution de la présente crise. En effet, il écrit : « Si nous cherchons vraiment à construire une écologie qui nous permette de restaurer tout ce que nous avons détruit, alors aucune branche des sciences et aucune forme de sagesse ne peut être laissée de côté, la sagesse religieuse non plus, avec son langage propre. » (no63). Ainsi le pape François invite gouvernants et citoyens du monde à reconnaître que la foi chrétienne est une alliée de poids sur la route du respect de l’environnement. Cette invitation prend encore plus d’importance lorsque l’on considère l’atmosphère souvent fermée à la spiritualité des grandes conférences et débats actuels sur l’environnement. Au contraire, cette méfiance devrait se transformer en confiance, en ouverture vis-à-vis de ceux qui ont « la merveilleuse certitude de savoir que la vie de toute personne ne se perd pas dans un chaos désespérant, dans un monde gouverné par le pur hasard ou par des cycles qui se répètent de manière absurde! » (no65).

Après avoir souligné l’apport de la pensée chrétienne aux débats sur l’écologie, le pape amorce une profonde réflexion sur la Création selon une perspective unique et surprenante. En effet, il présente la place de l’homme dans l’univers selon une perspective relationnelle. De fait, selon le Pape, « les récits de la création […] suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre » (no66). Ainsi, de la relation fondamentale avec Dieu découle l’harmonie entre les hommes et avec, par le fait même, avec la création. Cette véritable « déclinaison » relationnelle se porterait à merveille si un incident historique n’était pas venu « détruire par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu » (no 66). De ce péché originel, découle cette prétention qu’ont les hommes à vouloir se dominer les uns et les autres et, par conséquent, dominer la terre. En ce sens, l’accusation souvent lancée contre les chrétiens selon laquelle le commandement originel de « dominer et de soumettre la terre » (Gn1, 28) serait une des sources de l’exploitation irresponsable des ressources naturelles ne tient pas compte du jugement de l’Église stipulant qu’il « ne s’agit pas d’une interprétation correcte de la Bible » (no67). Prendre en compte la révélation chrétienne dans cette lutte en faveur de l’environnement consistera donc à prendre au sérieux cette invitation à une triple réconciliation : avec Dieu, l’homme et la création.

Pour ce faire, nous devons prendre conscience d’un élément fondamental soit que : « Tout est lié » (no 92). En effet, «  la négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi-même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre » (no 70). Ainsi, rétablir notre relation avec la création passera par le rétablissement simultané de ces trois relations fondamentales. C’est en ce sens que l’on a qualifié l’encyclique « d’écologie intégrale ». En échangeant notre microscope pour un télescope, nous pourrons avoir une vision d’ensemble et, ainsi, cesser de prétendre sauver la planète sans considérer ce qui est défaillant en l’homme même.

Voilà le genre de réflexion auquel nous convie le pape François dans son encyclique « Laudato Si ». La semaine prochaine nous poursuivrons notre réflexion par une analyse du chapitre trois de l’encyclique.

« Maison neuve »

Il y a environ une dizaine d’année, la famille Taylor s’est installée à Erie en Pennsylvanie. C’est avant tout le travail qui les amené dans ce coin de pays américain mais c’est l’amour d’un petit garçon qui a fait de leur nouvelle maison, un havre où il fait bon vivre.

Ce petit garçon est Timothy Xavier ou tout simplement Timmy pour tous ceux qui le connaissent. Timmy n’avait que 6 mois lorsque Mary Jean, mère et physiothérapeute, l’a rencontré pour la première fois. Elle rendait visite à une famille d’accueil dans la région. À leur première rencontre, elle est tout de suite tombée amoureuse de Timmy.

Après quelques visites, la mère du foyer d’accueil lui propose d’adopter Timmy. Elle et Keith, père et président de l’université catholique Gannon à Erie, avaient déjà trois filles adolescentes et n’avaient jamais songé à l’adoption auparavant. Pourtant, en voyageant entre le foyer d’accueil et leur maison – un trajet d’environ 50 km – elle sentait un appel plus fort qu’elle.

Pour Keith et Mary Jean la décision de prendre Timmy chez eux était une réponse à la volonté de Dieu. « Tout le monde a le droit d’appartenir à une famille » nous a expliqué Mary Jean pendant l’entrevue. Même s’ils étaient convaincus de leur décision d’adopter Timmy, les obstacles étaient nombreux. Le processus d’adoption est long et fatiguant. Ils se souciaient de ce que les gens penseraient, de ce qu’ils diraient d’eux. Puis, comment savoir que tout allait vraiment « fonctionner »?  Keith nous a raconté que c’est leur foi qui les a soutenus. Aucun défi n’était trop grand. Saint Ignace de Loyola nous dit d’« agir comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu ». –

Ce n’est pas l’histoire d’une famille traditionnelle. Mais celle d’une famille ordinaire qui a choisi d’accueillir la surprise de Dieu. Timmy avait besoin d’une nouvelle maison et c’est chez les Taylor qu’il l’a trouvé. En retour, la famille Taylor n’a connu de joie plus grande que de pouvoir l’appeler aujourd’hui fils et frère.

Nous avons passé une journée entière avec la famille Taylor. Le soleil était à son comble et nous en avons profité pour les suivre dans leurs activités préférées : jouer au tennis, faire de la bicyclette, aller à la plage, monter et descendre une glissade d’eau gonflable… Même papa y est  monté ! Chacun a son activité mais tous y prennent plaisir. La famille Taylor nous appel à être un lieu d’accueil pour les autres; de recevoir quelqu’un chez soi et lui donner une place où il peut être lui-même et se sentir aimé. Cet accueil ne devrait connaitre aucune limite.

À son baptême les trois sœurs lui ont donné son deuxième nom, Xavier, qui veut dire « maison neuve ». Aujourd’hui Timmy a 9 ans et selon son père, Keith, il a le caractère tout craché d’un Taylor.

Leur histoire fera partie d’une série vidéo sur la famille dans le cadre de la Rencontre mondiale des familles qui se tiendra à Philadelphie en septembre prochain.  Pour entendre d’autres témoignages touchants vous pouvez consulter notre page Youtube.

 

Ce n’est jamais assez tant qu’on ne l’a pas donné

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Réflexion pour le 17e dimanche du temps ordinaire B, 26 juillet 2015

La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche, tirée de 2 Rois 4, 42-44, est un prélude approprié à la multiplication des pains et des poissons d’après Jean (6, 1-21). L’auteur du Livre des Rois nous parle de l’un des serviteurs d’Élisée qui doutait que vingt pains d’orge étaient suffisants pour nourrir cent personnes. Élisée avait confiance en la promesse du Seigneur et demanda à son serviteur d’obéir. Le miracle qui suivit donna raison à la confiance d’Élisée. Le nombre de gens nourris est toutefois modeste par rapport aux 5000 nourris dans l’évangile de Jean !

Le pain est un symbole de la personne et de l’œuvre de Jésus dans le grand enseignement eucharistique de Jean au chapitre 6. Ce thème reviendra dans les lectures des quatre prochaines semaines. L’évangile de ce dimanche est le merveilleux récit de la multiplication des pains et des poissons d’après Jean. Les diverses versions de la multiplication des pains et des poissons, deux dans Marc et Matthieu et un dans Luc et Jean, nous indiquent l’intérêt de l’église primitive pour les rassemblements eucharistiques (voir par ex. Marc 6, 41 ; 8, 6 ; 14, 22). Elles ramènent également au signe du pain dans Exode 16, Deutéronome 8, 3-16 ; les psaumes 78, 24-25 et 105, 40 et le Livre de la Sagesse (16, 20-21). L’événement miraculeux que rapportent les quatre évangélistes laisse entrevoir la vie du Royaume de Dieu comme un banquet présidé par le Messie.

Les points de vue des évangélistes sur ce miracle

Les lecteurs de Marc voient cet incident comme une anticipation de la Dernière Cène (14, 22) et le banquet messianique, deux événement célébrés lors des eucharisties de cette communauté.

L’ajout du nombre de personnes présentes et nourries dans l’évangile de Matthieu est très significatif. Le nombre total a pu osciller entre vingt et trente milles personnes. Le miracle se répète également en 15, 38. Le nombre de gens nourris donne à ce récit un caractère social unique.

Luc établit un lien entre le récit de Jésus qui nourrit la foule et la prédication de ce dernier sur sa passion et ses instructions sur la manière de porter son fardeau quotidien (9, 18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22, 19), c’est partager non seulement sa mission (9, 1-6), mais aussi son dévouement et sa destinée, symbolisés par la croix. Dans l’évangile de Luc, l’eucharistie nous nourrit et nous renforce pour poursuivre notre route.

Des touches johanniques uniques

Le récit de la multiplication dans Jean est un élément central de l’enseignement de Jésus sur le Pain de Vie (6, 1-15). Le récit de Jésus marchant sur les eaux suit immédiatement cette histoire. Le lac de Tibériade, lieu précisé au début du récit, est aussi le lieu d’apparition du Seigneur ressuscité (21, 1-3).

Comme les autres récits de miracles d’après Jean, l’initiative de ce miracle repose clairement sur Jésus. Philippe ne perçoit pas que la question de Jésus est en fait un appel à sa foi. Il fait simplement référence à la somme qu’il faudrait pour nourrir la foule. Jésus  taquine Philippe en l’invitant à avoir de grands rêves et un meilleur espoir plutôt que de les réduire à la réalité. Aux versets 14-15, la foule réagit correctement et reconnaît Jésus comme le grand Prophète messianique. Ces hommes et femmes ne comprennent toutefois pas ce qu’ils sont vraiment en train de dire. La vraie nature de la royauté de Jésus, qui n’est pas celle de libérateur de la nation, sera révélée seulement lors de son procès (18, 33-37 ; 19, 12-15).

Le rôle du jeune garçon est aussi une touche unique au récit de Jean. Ce que la raison humaine n’osait pas espérer est devenu réalité avec Jésus grâce à la générosité d’un jeune garçon.

Jésus, pain vivant venu du ciel

La multiplication des pains est une image durable de l’eucharistie. Jésus voulut prendre cet humble don de quelques pains et poissons pour nourrir une multitude, et davantage (il en resta douze paniers !), La logique humaine nous fait dire souvent : « Nous n’avons rien que cinq pains et deux poissons. » Jésus nous demande de prendre ses maigres provisions et, avec la confiance et la générosité des disciples de tous les âges, de les étirer le plus possible. « Ce ne sera jamais assez jusqu’à ce que l’on commence à le donner. »

Pour le croyant, Jésus est bien plus qu’un faiseur de miracle : il est lui-même nourriture céleste. Le croyant n’aura plus jamais faim ni soif. Comme le pain nourrit la vie, Jésus nourrira tous ceux et celles qui viendront à lui avec foi. Reconnaître Jésus comme le pain de vie est l’ultime expression de l’amour de Dieu dans la mort et la glorification du Christ.

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L’écologie intégrale du pape François: une analyse de l’encyclique « Laudato Si » (1ère partie)

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Le 18 juin dernier, le pape François publiait la très attendue encyclique « Laudato Si » sur des questions primordiales liées à l’environnement et à la pauvreté. Ce texte, long de 192 pages, est un document accessible, tant par son langage que du publique auquel il est adressé, l’environnement nous concernant tous. Dans les prochaines semaines, je vous propose de parcourir ce document phare qui permet, à la fois, de mieux comprendre l’actuel phénomène climatique mais également d’y apporter des solutions appropriées.

Qu’est-ce qui se passe?

Pour le pape François, il ne fait aucun doute que notre environnement actuel subit des mutations d’une gravité sans précédent. Il l’exprime ainsi : « Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique » (no 23). À partir de cet état de fait, nous sommes invités à prendre conscience de notre responsabilité individuelle et collective et à accepter de modifier certaines de nos habitudes concrètes de tous les jours. De plus, le pape nous invite également à jeter un regard sur notre vision du monde. Plus particulièrement, selon François et ses prédécesseurs, le problème provient d’une certaine vision de l’être humain.

En effet, le texte a ceci de significatif, qu’il invite à une réflexion en profondeur des fondements philosophiques et culturels (no 17-18) qui nous ont amenés à la présente crise. Selon le Pape :

« L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent [puisque] la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine » (no 23).

C’est en ce sens que le premier chapitre de ce document magistral se penche d’abord sur les conséquences concrètes que ces changements peuvent avoir sur les êtres humains. Le Pape souligne la question de l’eau. En effet, « l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et, par conséquent, il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. » (no 30). Parallèlement à cette question de l’eau se trouve celle de la préservation de la biodiversité. Celle-ci tendant de plus en plus à disparaître au profit de l’uniformité de l’agriculture et de la détérioration des espaces verts comme l’Amazonie, le Pape presse les autorités de procéder à un changement de vision en passant de la considération des différentes espèces comme de simples « “ressources” exploitables » à celle de la prise en compte  « qu’elles ont une valeur en elles-mêmes » (no 33). Ce dernier point manifeste bien que les changements d’attitudes et de comportements envers l’environnement ne passera que par une conception renouvelée de l’être humain et de son rôle dans la création.

Une vision de l’homme en jeu

De mon point de vue, la plus grande nouveauté de l’encyclique Laudato Si est qu’elle réintègre l’homme dans les débats en cours sur l’écologie. En effet, depuis quelques années, les questions environnementales sont souvent considérées comme indépendantes des questions liées à la pauvreté dans le monde et aux différents systèmes politiques et économiques qui entretiennent cet état de fait. Or pour le Pape, la pauvreté et la crise environnementale sont liées au point que l’on pourrait considérer qu’il ne s’agit que d’un seul et même problème. En effet, « l’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble, et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale » (no 48). [Read more…]

Jésus, le berger compatissant de Dieu

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Réflexion biblique pour le 16e dimanche du temps ordinaire B

Le thème du berger est au cœur des lectures de ce 16e dimanche du temps ordinaire (B). Le récit évangélique présente Jésus qui a de la compassion pour la foule, car ils étaient ‘comme des brebis sans berger.’ Il nous aide à comprendre son ministère d’enseignement, de réconciliation et de berger.

La littérature de l’Antiquité qualifiait souvent de berger la personne en charge de diriger la communauté.  L’Ancien Testament décrit souvent le Seigneur lui-même comme berger de son peuple. On l’invoque comme ‘mon berger’ (Ps 22, 1), et la communauté le prie en tant  que ‘Berger d’Israël’ (Ps 79, 1).

Dans le Nouveau Testament, l’image du berger manifeste à la fois une grande autorité et une grande responsabilité. Nourrir le troupeau signifie que le berger doit les protéger de l’hérésie, toujours prêt à protéger ses brebis des maraudeurs. Jean nous dit que Jésus lui-même proclamait accomplir l’espoir d’Israël en la venue du Bon Berger: «Je suis le Bon Berger. Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11).

Lorsque Jésus se retire dans un endroit désert avec ses disciples pour se reposer, il attire un grand nombre de gens à sa suite. Jésus est rempli de pitié envers ce nouveau peuple de l’exode; il satisfait leur faim spirituelle en leur enseignant plusieurs choses, se montrant ainsi le berger fidèle de la nouvelle Israël.

Lorsque les Écritures présentent Jésus saisi de pitié devant la foule parce qu’ils étaient « comme des brebis sans berger » dans Marc 6, 30-34, il faut savoir qu’une telle image n’est pas originale à Jésus dans les évangiles. L’image vient en fait du chapitre 34 d’Ezekiel, où Dieu fait déferler sa colère sur les bergers d’Israël qui se sont engraissés sur le dos des faibles et des vulnérables, au lieu de s’occuper d’eux (Ezekiel 34, 10-12).

Comme des brebis sans berger

La compassion de Jésus se résume à bien plus qu’une visite brève ou un sentiment de regret passager. Il s’agit plutôt d’une angoisse profonde, une anxiété et une peine face à la condition humaine. Jésus décrivait la vie spirituelle de ceux et celles qui vivaient à l’extérieur du salut offert gratuitement par Dieu. Jésus était angoissé pour les âmes de ces gens qui faisaient face à un désert spirituel sans personne pour les nourrir, les former et les mener vers une véritable nourriture spirituelle. Sans berger pour les protéger des faux enseignements, elles étaient en danger. Comme des brebis sans le bon berger, elles étaient seules et vulnérables aux attaques du mauvais qui rôde autour comme un lion affamé, cherchant à dévorer quelqu’un.

« Comme des brebis sans berger, » est une juste description de la vie spirituelle de plusieurs chrétiens du 21e siècle. L’expression décrit plusieurs de nos contemporains qui n’ont aucune direction, sont sans défense et donc très vulnérable aux séductions et aux attaques du mal. Les brebis sans berger ne sont pas qu’un peu perdues. Elles sont plus que vulnérables. Elles font face au danger et à la destruction.

 Se souvenir de la compassion de Jésus

Jésus vit les malades et sa compassion les guérit. Il vit ceux qui étaient possédés et les libéra. Il raconta l’histoire d’un roi à qui son serviteur devait une large somme. Lorsque le serviteur fut incapable de payer, le roi ordonna de le faire esclave avec sa famille. Lorsque le serviteur demanda pardon, le roi « eut de la compassion » pour lui et annula sa dette.

Jésus a parlé d’un homme qui se rendait de Jérusalem vers Jéricho. Le pauvre homme se fit piéger par des voleurs qui l’ont battu, volé et laissé pour mort. Deux fonctionnaires religieux de haut rang passèrent sans le voir, mais un Samaritain arrêta et « eut de la compassion » pour lui. Il couvrit les blessures de l’homme et le porta dans une auberge où il prit soin de lui toute la nuit. Le lendemain, il paya la note et fit une avance de crédit à l’aubergiste en lui disant : « Si mon ami a besoin de plus, je me chargerai de payer. »

Qui peut oublier ce récit provoquant du jeune fils qui prit sa part d’héritage pour la gaspiller dans l’éphémère? Un jour, il vint à ses sens et retourna à la maison de son père, sans vouloir reprendre sa place comme fils, mais souhaitant plutôt être engagé comme serviteur. Son père le vit arriver et « eut de la compassion » pour lui. Avant que le fils puisse prononcer son repentir, le père lui fit mettre l’anneau familial, une robe et des sandales avant de convoquer une grande fête pour célébrer son retour.

La compassion de Jésus guérit et nourrie, remet d’énormes dettes, prend soin des corps blessés et accueille les pécheurs à la maison, leur donnant une place d’honneur. Jésus ne laissera pas sa compassion demeurer en Dieu ou au Ciel. Il nous le demande : « Soyez compatissant comme votre Père est compatissant. »

Jésus fit beaucoup plus que ressentir de la compassion pour ceux qu’il croise dans ce récit de Marc 6. Sa vive émotion le poussa à agir bien au-delà de ce que n’importe quel berger devrait faire pour ses brebis. L’authentique berger, dont la vie s’inspire de celle de Jésus, doit aimer les personnes qui lui sont confiées et imiter Jésus.

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Discours de pape François lors de la rencontre aves les jeunes au « Litoral Costanera » d’Asunción, Paraguay

Ce texte dont la lecture était prévue ne fut finalement pas utilisé par le pape François. Nous publierons le texte intégral tel que prononcé par le pape François aussi tôt que possible. Merci de votre compréhension.

Chers jeunes,

C’est pour moi une grande joie de pouvoir vous rencontrer, dans ce climat de fête. Pouvoir écouter vos témoignages et partager votre enthousiasme ainsi que l’amour de Jésus.

Merci à Mgr Ricardo Valenzuela, responsable de la pastorale juvénile, pour ses paroles. Merci à Manuel et à Liz pour le courage de partager vos vies, vos témoignages au cours de cette rencontre. Il n’est pas facile de parler de choses personnelles et encore moins devant tant de gens. Vous avez partagé le plus grand trésor que vous ayez, vos histoires, vos vies et comment Jésus s’est emparé de vous.

Pour répondre à vos questions j’aimerais mettre en relief certaines choses que vous avez partagées.

Manuel, tu nous disais quelque chose comme ceci : ‘‘aujourd’hui je suis rempli du désir de servir les autres, je veux me surpasser’’. Tu as connu des moments très difficiles, des situations très douloureuses, mais aujourd’hui tu as une grande envie de servir, de sortir, de partager ta vie avec les autres.

Capture d’écran 2015-07-12 à 19.39.19Liz, il n’est pas du tout facile d’être mère de ses propres parents et encore moins quand on est jeune, mais quelle sagesse et quelle maturité expriment tes paroles quand tu nous disais : ‘‘aujourd’hui je joue avec elle, je change les langes, ce sont toutes des choses qu’aujourd’hui je confie à Dieu et je suis en train de compenser à peine tout ce que ma mère a fait pour moi’’.

Vous, jeunes paraguayens, il est clair que vous êtes courageux. Vous avez partagé aussi comment vous avez fait pour vous en sortir, indiquant où vous avez trouvé des forces. Vous deux, vous avez dit : dans la paroisse ; chez les amis de la paroisse et dans les retraites spirituelles qui y étaient organisées. Deux clés très importantes : les amis et les retraites
spirituelles.

Les amis – L’amitié compte parmi les plus grands cadeaux qu’une personne, qu’un jeune puisse recevoir et offrir. C’est vrai. Qu’il est difficile de vivre sans amis. Voyez, ceci figure parmi les plus belles choses que Jésus aura dites : « Je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). L’un des secrets les plus grands du chrétien réside dans le fait d’être ami, d’être des amis de Jésus. Quand on aime quelqu’un, on est à ses côtés, on le soigne, on l’aide, on lui dit ce qu’on pense, oui, mais on ne l’abandonne jamais. Ainsi est Jésus avec nous, il ne nous abandonne jamais. Les amis se supportent, s’accompagnent, se protègent. Ainsi est le Seigneur avec nous. Il nous supporte.

Les retraites spirituelles – Saint Ignace a fait une méditation fameuse appelée des deux drapeaux. Il décrit d’un côté, le drapeau du démon et de l’autre, le drapeau du Christ. Ce serait comme les maillots de deux équipes et il nous demande dans quelle équipe nous aimerions jouer.

A travers cette méditation, il nous fait imaginer, comment ce serait d’appartenir à l’une ou l’autre équipe. Ce serait comme de se demander: avec qui veux-tu jouer dans la vie ?

Et saint Ignace dit que le démon pour recruter des joueurs, promet à ceux qui joueront avec lui richesse, honneurs, gloire,  pouvoir. Ils seront célèbres. Ils seront tous exaltés comme des dieux.

De l’autre côté, il nous présente le procédé de Jésus. Rien de fantastique. Jésus ne nous promet pas les étoiles, il ne nous promet pas d’être célèbres, au contraire, il nous dit que jouer avec lui, c’est une invitation à l’humilité, à l’amour, au service des autres. Jésus ne nous ment pas. Il nous prend au sérieux.

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Angelus du pape François du dimanche 12 juillet au Paraguay

Angelus

Asunción, 12 juillet 2015

Je remercie l’Archevêque d’Asunción, Mgr Edmundo Ponziano Valenzuela Mellid, pour ses aimables paroles.

Au terme de cette célébration, nous tournons notre regard confiant vers la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Elle est le don de Jésus à son peuple. Il nous l’a donnée comme mère à l’heure de la croix et de la souffrance. Elle est fruit de l’oblation du Christ pour nous. Et depuis lors, elle a toujours été et elle sera toujours avec ses enfants, spécialement les plus petits et ceux qui sont le plus dans le besoin.

Elle est entrée dans la trame de l’histoire de nos peuples et de leurs gens. Comme en beaucoup d’autres pays de l’Amérique Latine, la foi des paraguayens est imprégnée d’amour pour la Vierge Marie. Vous allez avec confiance chez votre mère, vous lui ouvrez votre cœur, et vous lui confiez vos joies et vos peines, vos espoirs et vos souffrances. La Vierge vous console et, avec la tendresse de son amour, elle allume en vous l’espérance. Ne cessez pas d’invoquer Marie et de lui faire confiance ; elle est mère de miséricorde pour tous ses enfants sans distinction.

A la Vierge, qui persévéra avec les Apôtres dans l’attente de l’Esprit Saint (cf. Ac 1, 13-14), je demande aussi de veiller sur l’Église et de fortifier les liens fraternels entre tous ses membres. Avec l’aide de Marie, que l’Église soit la maison de tous, une maison qui sache accueillir, une mère pour tous les peuples.

Chers frères, je vous demande, s’il vous plaît, de prier aussi pour moi. Je sais bien combien on aime le Pape au Paraguay. Moi aussi je vous porte dans mon cœur et je prie pour vous ainsi que pour votre pays.

Prions ensemble l’Angelus.

Homélie du pape François lors de la Messe au parc « Ñu Guazú » d’Asunción, Paraguay

« Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit », ainsi dit le Psaume (84, 13). Nous sommes invités à célébrer cela, cette mystérieuse communion entre Dieu et son Peuple, entre Dieu et nous. La pluie est le signe de sa présence dans la terre travaillée de nos mains. Une communion qui donne toujours du fruit, qui donne toujours la vie. Cette confiance jaillit de la foi, savoir que nous pouvons compter sur sa grâce, qui toujours transformera et irriguera notre terre.

Une confiance qui s’apprend, qui s’éduque. Une confiance qui se forme progressivement au sein d’une communauté, dans la vie d’une famille. Une confiance qui devient témoignage sur les visages de tous ceux qui nous stimulent à suivre Jésus, à être disciples de Celui qui ne déçoit jamais. Le disciple se sent invité à faire confiance, se sent invité par Jésus à être son ami, à partager son destin, à partager sa vie. « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15). Les disciples sont ceux qui apprennent à vivre dans la confiance de l’amitié.Capture d’écran 2015-07-12 à 10.21.02

L’Évangile nous parle de ce fait d’être disciple. Il nous présente la carte d’identité du chrétien. Sa lettre de présentation, ses lettres de Créances.

Jésus appelle ses disciples et il les envoie en leur donnant des règles claires et précises. Il les place face à des défis avec une série d’attitudes, de comportements qu’ils doivent avoir. Elles ne sont pas rares les fois où elles peuvent nous paraître exagérées ou absurde ; des attitudes qu’il serait plus facile de lire symboliquement ou “spirituellement”. Mais Jésus est très précis, il est très clair. Il ne leur dit pas : « Faites en sorte que » ou « faites ce que vous pouvez ».

Rappelons-les ensemble : « Ne prenez rien pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie… Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y » (cf. Mc 6, 8-11). Cela semblerait quelque chose d’impossible.

Nous pourrions nous concentrer sur les paroles ‘‘pain’’, ‘‘argent’’, ‘‘sac’’, ‘‘bâtons’’, ‘‘sandales’’, ‘‘tunique’’. Et ce serait légitime. Mais il me semble qu’il y a une parole-clé, qui pourrait passer inaperçue. Une parole centrale dans la spiritualité chrétienne, dans l’expérience du fait d’être disciple : l’hospitalité. Jésus, en bon maître, pédagogue, les envoie pour vivre l’hospitalité. Il leur dit : « Restez là où l’on vous accueillera ». Il les envoie pour apprendre une des caractéristiques fondamentales de la communauté croyante. Nous pourrions dire que le chrétien est celui qui a appris à recevoir, à accueillir.

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