Béatification de Mgr Melki : une consolation pour les chrétiens d’Orient

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Ce samedi 29 août, Mgr Flavien Michel Melki sera proclamé bienheureux à Harissa, près de Beyrouth au Liban. Cet évêque syro-catholique a été pendu et décapité par l’Empire ottoman pour avoir refusé de se convertir à l’Islam, le 29 août 1915. 100 ans après jour pour jour, à l’occasion de sa béatification, le directeur général de l’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch, fait le lien entre sa mise à  mort et l’actuelle persécution des chrétiens d’Orient. « Cette béatification est proclamée l’année du centenaire du génocide qui a visé les chrétiens en 1915, les arméniens, les assyro-chaldéens, les syriaques, alors que les chrétiens vivent aujourd’hui un drame en Syrie et en Irak. Cette histoire est liée, car beaucoup de chrétiens de Syrie et d’Irak sont des survivants réfugiés dans ces pays ». « Nous assistons bien à une répétition de l’Histoire » regrette-t-il.

Le préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, le cardinal Angelo Amato, participera samedi au rite de béatification. Il rapporte, dans une interview accordée à Radio Vatican, que le pape François veut que celle-ci soit « un message d’espérance et d’encouragement à tous les chrétiens qui aujourd’hui sont humiliés et oppressés ». Le prélat quant à lui observe que « beaucoup de chrétiens aujourd’hui au Moyen-Orient, mais aussi ailleurs, souffrent du déclin d’une civilisation humaine de coexistence pacifique ». « Mais ces frères, nos frères, ne veulent pas se rendre à la terreur, et répondent aux violences avec courage et grande foi » poursuit Mgr Amato.

Même son de cloche du patriarche syro-catholique d’Antioche qui présidera la Divine liturgie. Ignace Youssef III Younan souhaite que le sang des martyrs encourage les chrétiens du Moyen-Orient à rester unis au Seigneur malgré « les peines, les souffrances, la persécution et le déracinement », et que cette béatification soit pour eux « une lueur d’espérance, et une consolation pour affronter ces épouvantables épreuves ».

Mgr Flavien Michel Melki était âgé de 57 ans lorsqu’il fut mis à mort par les autorités ottomanes. Avant de mourir, alors que ses amis lui adressaient des supplications pour l’éloigner du danger, l’évêque répétait « Jamais ! Mon sang, je le verserai pour mes brebis ! ».

« Lorsque prescriptions rime avec distractions »

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Réflexion biblique pour le 22e dimanche du temps ordinaire B (30 août 2015)

Combien de fois avons-nous entendu, ou peut-être même dit nous-mêmes : « Cette personne est un Pharisien » ou « Quel pharisaïsme! » L’évangile d’aujourd’hui (Marc 7, 1-8.14-15.21-23) est l’occasion de comprendre le rôle des Pharisiens dans le judaïsme, ainsi que la raison pour laquelle Jésus et d’autres se situaient si fortement contre leur comportement. Qui étaient les Pharisiens du temps de Jésus et qui sont les Pharisiens d’aujourd’hui?

Essayons de simplifier ce sujet complexe pour éclairer l’évangile du jour. Les Pharisiens cherchaient à faire en sorte que la Loi s’incarne en chaque juif, qu’elle devienne en chacun une parole vivante, grâce à l’interprétation des commandements et leur adaptation aux diverses réalités de la vie. La doctrine des Pharisiens ne s’oppose pas à la doctrine chrétienne. À l’époque où vivait Jésus, les Pharisiens formaient le « parti conservateur » au sein du judaïsme. Leur adhésion à la Torah et au Talmud étaient des plus strictes et en faisaient des gens d’une apparence morale irréprochable. Ils étaient les leaders de la majorité des juifs et ceux qui les suivaient admiraient leur zèle et leur dévouement religieux. Les Sadducéens formaient le parti d’opposition, soit le « parti libéral » au sein du judaïsme. Ces derniers étaient populaires parmi la minorité formant la classe riche de l’époque.

Les Pharisiens sont mentionnés dans un récit de Matthieu (3, 7-10), alors que Jean le Baptiste les condamne, tout comme les Sadducéens : « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?’ »

Jésus aussi réserva ses mots les plus acerbes pour les Pharisiens. En Matthieu 16, 6, Jésus met en garde ses disciples : « Attention ! Méfiez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » De quoi devaient se méfier les disciples? Était-ce de l’immoralité des Pharisiens et des Sadducéens?

L’adhésion à la Loi

Au temps de Jésus, les Pharisiens encourageaient l’intériorité d’une authentique adhésion à la Loi, et recommandaient la pratique d’une spiritualité quotidienne ordinaire. Il y avait un petit nombre de Pharisiens qui ne se préoccupaient que des prescriptions de la Loi susceptibles d’être visibles par d’autres – ils ne s’attardaient donc qu’à respecter les manifestations extérieures de la Loi juive. Or, ces Pharisiens auraient été critiqués par les premiers, tout comme le prophète Isaïe avait critiqué l’hypocrisie, dans le passé. Ainsi, Jésus réprimandait occasionnellement les comportements aberrants de ces Pharisiens minoritaires, qui le confrontaient, par ailleurs, sur ses réinterprétations de la Loi. Mais, soulignons-le, Jésus ne condamnait pas le pharisaïsme en tant que tel, ni l’ensemble des Pharisiens.

Les Pharisiens étaient des hommes « convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres » (Luc 18, 9). Ils croyaient que leurs œuvres – c’est-à-dire leur accomplissement des commandements de Dieu et leur obéissance à ses interdictions – faisaient en sorte de leur obtenir et de leur maintenir la faveur de Dieu. Les Pharisiens, dans leur autosatisfaction, méprisaient tous ceux qui ne rencontraient pas le même niveau de respect de la Loi qu’eux démontraient. Ils refusaient de manger avec les collecteurs d’impôts et les autres pécheurs, car ils se distanciaient d’eux, de par l’auto-proclamation de leur supériorité. Ils passaient leur temps à marmonner à propos des personnes qui mangeaient et buvaient avec Jésus. Jésus leur dit donc : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. » (Luc 5, 31-31) [Read more…]

Dieu en premier pour que l’homme soit mieux servi

Denver Broncos running back Knowshon Moreno helps a boy try on a jacket during a charitable event with the Knights of Columbus called "Coats for Kids" in Jersey City, N.J., Jan. 28. The Broncos were in New Jersey to face the Seattle Seahawks in Super Bowl XLVIII Feb. 2 at MetLife Stadium in East Rutherford, N.J. (CNS photo/Eduardo Munoz, Reuters) (Jan. 29, 2014)

 (CNS photo/Eduardo Munoz, Reuters)

Ils ont recueilli des dons de plus de 172 millions de dollars, accumulé au-dessus de 72 millions d’heures de bénévolat, réparti sur 1.9 millions de membres dans le monde entier. Ce qui a commencé sous l’impulsion d’un prêtre du Connecticut est devenu l’une des organisations la plus importante du monde.

Ces chiffres ont été révélés lors du dernier congrès annuel des Chevaliers de Colomb à Philadelphie dans le rapport annuel du premier dirigeant M. Carl Anderson. Les données sont impressionnantes. Mais elles nous apprennent quelque chose de plus grand du caractère des Chevaliers de Colomb fondés il y a 125 ans.

La dignité de l’être humain est d’abord et avant tout leur premier souci. « Quand nous regardons dans le visage de chaque personne, nous voyons donc la source de la vie, de la liberté et de la dignité humaine, et ainsi nous voyons un frère » affirme M. Anderson dans son rapport annuel.

C’était d’ailleurs le rêve du père Michael McGivney, prêtre et fondateur des Chevaliers de Colomb. À l’époque où le père McGivney devient pasteur d’une paroisse au Connecticut, plusieurs familles s’effondraient sous le poids de dettes et les effets de l’alcoolisme. Les communautés secrètes étaient aussi populaires chez les hommes. Celles-ci avaient la réputation de dissuader ces hommes de la pratique religieuse. Le père McGivney voulait plutôt attirer les hommes à nouveau vers l’église par une fraternité catholique. Elle deviendrait en même temps une source d’aide pour les familles pauvres et brisées. Ainsi les Chevaliers de Colomb sont nés du désir de protéger les plus vulnérables de la société.

Los Angeles Archbishop Jose H. Gomez, second from left, and Supreme Knight Carl Anderson of the Knights of Columbus, far right, pose July 14 at the Los Angeles Memorial Coliseum with leaders and athletes of the 2015 Special Olympics World Games, scheduled next summer in Los Angeles. The Knights of Columbus has pledged $1.4 million to help cover costs for the games. (CNS photo/Victor Aleman, Vida-Nueva.com) (July 16, 2014) See SPECIAL OLYMPICS (CORRECTED) July 16, 2016.

(CNS photo/Victor Aleman, Vida-Nueva.com)

Son charisme ne s’est pas perdu. Depuis sa fondation les Chevaliers de Colomb ont créé un programme d’assurance pour les familles catholiques; ils sont en partenariat avec Habitat pour l’humanité, Global Wheelchair Mission, les Olympiques Spéciaux et les Apôtres de Jésus en Ouganda; ils réalisent aussi des initiatives telles que Coats for Kids et le programme Ultrasons. Ce ne sont que des exemples. Leur implication dans l’Église et dans la société ne s’arrête pas là.

Leur initiative la plus récente est un programme d’aide aux réfugiés chrétiens. Depuis le mois d’août 2014, ils ont amassé 3 millions de dollars qui « procurent un logement et des soins médicaux. Mais nous pouvons et nous devons faire plus » explique M. Anderson. « Le temps est venu d’exposer la vérité à propos du sort des chrétiens ». Leur programme d’aide offre à tous la possibilité d’y contribuer en faisant un don par l’entremise de leur site web, www.christiansatrisk.org.

Un juif rachète les esclaves sexuels de l’État Islamique

Steve MamanCrédit photo : RDI – Radio-Canada

Steve Maman, un homme d’affaires canadien, juif pratiquant,  rachète et libère des esclaves sexuels détenus par le groupe armé État Islamique. En huit mois, il dit avoir déjà rendu la liberté à 128 jeunes filles, chrétiennes et yazidis, retenues en Irak par les milices de Daesh. Il espère en sauver 10 autres dans les prochains jours.

Lors d’un voyage d’affaires en Irak, l’entrepreneur de 42 ans, d’origine marocaine, a décidé de nouer des contacts sur place qui lui permettraient de sauver les détenus du groupe terroriste. Interrogé lundi 17 août sur le plateau TV de Radio-Canada, Steve Maman explique avoir « des courtiers qui se trouvent à l’intérieur du Califat ». « Ce sont des gens qui sont évidemment de la religion de l’Islam, mais qui ne sont pas nécessairement d’accord avec les pratiques envers les chrétiens et les yazidis qui sont retenus ». Il ne s’agit pas de « rachat » d’esclaves insiste-t-il, « on parle de négocier la relâche », par l’intermédiaire de ces courtiers qui perçoivent des frais.

Pour financer ce système de libération d’otages, Steve Maman, vendeur de voitures installé à Montréal, a créé début juillet l’ONG « Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq », et lancé une campagne de financement  pour tenter de récolter 9 millions de dollars. Il a amassé jusqu’à aujourd’hui plus de 400 000 dollars.

Un document, découvert début août par une envoyée spéciale de l’ONU en Irak nous apprend comment l’État Islamique fixe le prix de ses esclaves sexuels. Les tarifs varient selon l’âge des femmes. Les enfants âgés de 1 à 9 ans sont vendus jusqu’à 215 dollars, et le prix diminue à 105 dollars pour une femme de plus de 20 ans. À partir de 40 ans les femmes sont vendues pour 50 dollars. Steve Maman quant à lui doit payer entre 2000 et 3000 $ pour libérer un enfant et le ramener dans sa famille.

Dans ce projet, l’homme d’affaires canadien dit être inspiré par Oskar Schindler, l’industriel allemand qui a sauvé 1200 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Si bien que la presse canadienne l’a baptisé « le Schindler juif ».

Reste que cette initiative ne fait pas l’unanimité. Certains se demandent si ces transactions ne vont pas encourager le système d’esclavage, et financer les activités de l’organisation islamiste.

Comment faire entendre sa voix à Ottawa ?

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Le 19 octobre prochain, tous les Canadiens seront invités à s’exprimer par leur vote aux élections fédérales. Cette élection aura cependant la particularité d’être exceptionnellement longue. Bien qu’une campagne de 71 jours pose de nombreux défis logistiques et économiques aux partis politiques, un avantage nous saute désormais aux yeux : nous aurons tout le temps nécessaire pour faire un choix éclairé et faire preuve de discernement. En ce sens, la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié cette semaine un document fort intéressant intitulé  Faire entendre sa voix pour guider les catholiques canadiens à faire un choix cohérent avec leur foi en Jésus-Christ. En d’autres termes, être en relation avec le Christ signifie, entre autres, être au service du Bien commun défini comme suit :

« L’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’épanouir plus complètement et plus facilement ».

Ce document important des évêques canadiens nous donne donc les outils nécessaires pour bien s’informer, réfléchir et dialoguer en cette campagne fédérale.

Bien s’informer

Dans un premier temps, la Conférence des évêques catholiques du Canada nous invite à bien nous informer et, ce, à plusieurs niveaux. En effet, il est important que les catholiques s’informent sur les implications de leur foi en matière sociale. Ainsi, le petit document énonce les principes essentiels qui doivent être respectés. Ces principes sont au nombre de 5 :

1) Respecter la vie et la dignité de la personne de la conception à la mort naturelle;

2) Bâtir une société plus juste;

3) Respecter la personne et la famille;

4) Faire du Canada un chef de file pour la justice et la paix dans le monde;

5) Proposer un pays sain dans un environnement sain.

En ce sens, les évêques du Canada nous invitent non seulement à bien nous informer sur les conséquences politiques de notre propre foi mais nous donnent également des principes clairs pour guider notre discernement et notre esprit critique lorsque nous lisons les journaux ou regardons les nouvelles télévisées. [Read more…]

« Voulez-vous partir, vous aussi ?

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Réflexion biblique pour le 21e dimanche du temps ordinaire B (dimanche 23 août)

L’évangile de ce dimanche (Jean 6, 60-69) relate les réactions mitigées des disciples de Jésus suite à son discours sur le Pain de Vie, que nous avons pu entendre ces dernières semaines. Jésus a offert du pain, mais son pain est différent de la manne pourvue par Dieu au désert. Le pain offert par Jésus est lui tout entier : c’est sa propre vie et celui qui en mange « vivra éternellement. » Comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, des mots simples et ordinaires tels le pain et la vie sont riches de signification théologique. Aujourd’hui, forts de siècles de théologie et de réflexion sur l’Eucharistie, nous avons les moyens de comprendre ces paroles. Cependant, les personnes qui les ont entendues la première fois ont pu les trouver curieuses, voire offensantes. Devinant avec justesse l’humeur de son public, Jésus dit : « Cela vous heurte? »

Cette mise au défi de Jésus amène un tournant dans l’évangile. Non seulement sommes-nous informés du fait qu’un des disciples de Jésus va le trahir, mais nous apprenons de plus que certains de ceux qui le suivaient « s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Le groupe diminue à mesure que croissent les enjeux. Peu importe l’explication de Jésus, certains choisissent de le quitter et cessent de lui être loyaux. Jean emploie le mot « disciples » pour désigner ceux qui rebroussent chemin. Ils ne sont pas de simples membres du public qui écoutait Jésus ce jour-là, au hasard des circonstances : ils étaient effectivement des disciples qui le connaissaient et qui étaient fort probablement connus de lui.

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Puis, Jésus rassemble les Douze et leur pose la question directement : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre se fait leur porte-parole, comme d’ailleurs dans d’autres évangiles : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Bien que les mots soient différents, cet échange s’apparente à la confession de Pierre à Césarée-de-Philippe (Marc 8, 27-30). À cet endroit, Jésus demande : « Pour les gens, qui suis-je? » – ce à quoi Pierre répond : « Tu es le Messie. » Dans les deux situations, le miracle de la multiplication des pains constitue l’arrière-plan de la question cruciale de l’identité de Jésus : qui est-il vraiment?

Le mariage selon Paul

Si nous souhaitons que la Bible éclaire la nature d’une relation entre un homme et une femme unis par les liens du mariage, il nous faut examiner la relation entre le Christ et l’Église. Dans la deuxième lecture de ce dimanche, tirée de sa lettre à la communauté qui est à Éphèse, Paul exhorte les chrétiens mariés à s’aimer d’un amour fort et mutuel. À l’origine et au centre de chaque mariage chrétien, il doit y avoir l’amour : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle. » L’enseignement de Paul sur le mariage chrétien était exigeant et continue de l’être aujourd’hui.

Affirmant, avec Genèse 2,24, que le mariage est une institution divine (Éph 5, 31), Paul envisage que le mariage chrétien revêt un sens nouveau, symbolisant la relation d’amour intime entre le Christ et l’Église. L’épouse devrait servir son mari dans le même esprit de service que l’Église, servante du Christ (Éph 5, 22.24), tandis que l’époux doit prendre soin de sa femme selon l’exemple du Christ dévoué à l’Église (Éph 5, 25-30). Paul investit ce passage de la Genèse de sa signification suprême : à la lumière de l’union du Christ et de l’Église, le mariage chrétien se doit de refléter une loyauté et un dévouement modelés sur ceux du Christ (Éph 5, 31-33).

Certains passages de cette lecture dominicale aux Éphésiens peuvent poser problème, particulièrement, lorsque considéré hors-contexte, le verset « soyez soumis les uns aux autres; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ». Certains ont justifié l’abus de leur épouse en prenant ces versets (Éph 5, 21-22) complètement hors de leur contexte. Ils ont justifié leur mauvais comportement, mais le passage (v. 21-33) réfère à la soumission mutuelle des époux par amour pour le Christ. « C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. »

Les Écritures ne peuvent être utilisées pour justifier l’abus d’un autre être humain ou la violence envers lui. L’Évangile nous appelle tous à démontrer un souci et un respect mutuels, les uns pour les autres. Ceci doit être présent dans tout mariage sain ou dans toute relation marquée par un engagement. Cet amour et ce respect mutuels doit aussi s’étendre aux relations entre les nations et d’autres groupes de personnes. Cela doit se refléter dans les structures et les règles de notre société. Mutualité et don de soi au service de l’autre : voilà les clés d’un mariage authentique et aimant; les clés de justes relations. [Read more…]

Rencontre avec un témoin de Vatican II

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Comme nous le savons, cette année sera l’occasion de fêter le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Pour l’occasion et afin d’en apprendre un peu plus sur cet événement exceptionnel, je me suis rendu à Ottawa afin d’y rencontrer un de ses rares témoins. Mgr Jacques Landriault, aujourd’hui âgé de 93 ans, n’a rien perdu de sa ferveur et de la joie à proclamer haut et fort l’Évangile du Christ. Mgr Landriault était à peine ordonné évêque auxiliaire du diocèse d’Alexandria-Cornwall lorsqu’il fut appelé à représenter les évêques canadiens au Concile Vatican II. Énorme tâche qu’il avoue n’avoir pu accepter que grâce à la même Force de l’Esprit qui lui avait permis de dire « oui » à son ordination comme « successeur d’apôtre » comme il le dit.

Mgr Landriault a donc pu participer activement aux 2e, 3e et 4e sessions du Concile. Durant ces trois années romaines, il s’est dédié totalement à connaître et à s’imprégner le plus possible de l’atmosphère de renouveau qui soufflait sur l’Église. En ce sens, ce père conciliaire n’hésite pas à utiliser l’image d’un « printemps » de l’Église, d’une période où, d’un commun accord, on désirait ardemment s’abreuver à cette source intarissable qu’est l’Évangile. Ce souci d’authenticité, c’est ce qui a animé Mgr Landriault durant toute sa vie de pasteur. Pour lui, le Concile fut véritablement :

« Une intervention visible (et même sentie !) de l’Esprit Saint pour donner à l’Église un élan nouveau […], l’air frais dont l’Église avait tellement besoin, le souffle de l’Esprit, pour nous donner une vie nouvelle. »

Ce qui reste gravé dans sa mémoire est sans aucun doute la rencontre des évêques en assemblée générale. Au tout début, les 2 800 évêques ne se connaissaient pas entre eux. À la fin du Concile, de nombreuses amitiés étaient nées non pas seulement au sein de l’épiscopat d’un même pays mais aussi entre évêques de différentes nationalités. Selon lui, le Concile a ainsi réussi à faire tomber les murs qui existaient entre les évêques de nations différentes et ainsi ouvrir des perspectives nouvelles. En ce sens, on peut dire que leunnamed Concile a précédé de quelques décennies la globalisation actuelle!

À la question sur le moment qui l’a le plus marqué durant ces années, Mgr Landriault détourne mes yeux de Rome pour me ramener au Canada. Pour lui, le Concile s’est vécu d’abord et avant tout dans ses propres diocèses : à Hearst d’abord et à Timmins ensuite où il fut évêque pendant 19 ans. Pour lui, le Concile devait être vécu par l’ensemble des baptisés. C’est ainsi qu’il a envoyé aux études 15 prêtres pour qu’ils approfondissent les 16 documents conciliaires. Il souhaitait que les membres du peuple de Dieu qui lui avait été confiés soient nourris directement de Vatican II et non, comme il le dit ouvertement, de certaines idées qu’on véhiculait aisément dans les médias de l’époque. Il s’est donc dévoué à donner des outils de formation très poussés, en mesure de donner la nourriture intellectuelle et spirituelle nécessaire pour répondre correctement à l’appel universel à la sainteté. [Read more…]

Montréal sonne ses cloches le 15 août pour les Chrétiens d’Orient

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Chers fidèles de l’archidiocèse de Montréal,

Nous sommes tous dans la peine et préoccupés pour les chrétiens du Moyen-Orient qui sont si souvent persécutés, et qui au-delà de la discrimination sont exécutés ou chassés, surtout en Irak et en Syrie.

Les familles, plongées dans la détresse par l’extrémisme violent et implacable, ont besoin de savoir qu’on ne les oublie pas, que l’on porte dans notre cœur, notre mémoire et nos prières les hommes, les femmes, les enfants et les jeunes qui souffrent tant.

J’invite toutes les paroisses, missions et communautés à faire sonner les cloches des églises le 15 août à midi, comme signe d’appel à s’informer, à prier et à être solidaire. J’invite toutes les personnes, où qu’elles soient, le même samedi 15 août à midi, à prendre un temps de silence pour prier Dieu en faveur de la fin de la violence et à recourir à l’intercession de Marie pour que s’ouvrent des chemins de paix qui nous apparaissent pour le moment si lointains.

Prière à Notre-Dame qui fait tomber les murs
 
Très sainte Mère de Dieu, nous t’invoquons comme Mère de l’Église, Mère de tous les chrétiens souffrants. Nous te supplions, par ton ardente intercession, de faire tomber ce mur, les murs de nos cœurs, et tous les murs qui génèrent haine, violence, peur et indifférence, entre les personnes  et entre les peuples.
 
Toi qui par ton Fiat as écrasé l’antique Serpent, rassemble-nous et unis-nous sous ton manteau virginal, protège-nous de tout mal, et ouvre à jamais dans nos vies la porte de l’Espérance.
 
Fais naître en nous et en ce monde, la civilisation de l’Amour jaillie de la Croix et de la Résurrection de ton divin Fils, Jésus-Christ, notre Sauveur, qui vit et règne dans les siècles des siècles.Amen.


Je vous invite à poser un humble geste de solidarité en joignant à votre prière une contribution financière, par le biais d’une quête spéciale (suggestion : le dimanche 23 août), ou par un don que vous faites parvenir directement à l’Archevêché de Montréal¹ au nom de CACRM² avec référence « Chrétiens du Moyen-Orient ». Nous ferons parvenir un reçu pour fins d’impôts aux personnes qui le demandent, et nous ferons parvenir le fruit de votre générosité à « Aide à l’Église en Détresse » qui a des contacts et des personnes sur place pour assurer les besoins spirituels et humains des personnes et familles en détresse.

Que Jésus Christ, qui a donné sa vie pour nous et dont nous faisons mémoire chaque eucharistie, guérisse notre mémoire, afin de ne pas oublier les chrétiens persécutés. Lui qui n’a jamais cessé d’aimer, qu’Il nous donne de croire que l’Amour divin peut vaincre en nous et à travers nous, le mal, la souffrance et la mort.

+ Christian Lépine
Archevêque de Montréal

Nous sommes ce que nous mangeons

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Réflexion biblique pour le 20e dimanche du temps ordinaire B, 16 août 2015

Au chapitre 6 de l’évangile selon saint Jean (vv 41-51), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui. Il promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Puis dans Jean 6, 51 Jésus dit: «Le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés: «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23).

Néanmoins, Jésus répond à la question en expliquant sa déclaration initiale de manière explicite: «Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.» Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair. On peut alors se demander: «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

Chair et sang

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus utilise un langage fort pour montrer l’union indissoluble et la participation inextricable d’une vie dans l’autre. Jésus utilise un langage sacrificiel. La Torah exige un rituel de sacrifice d’animaux et spécifie comment ils doivent être préparés et comment leur chair doit être utilisée. Certaines chairs doivent être brûlées sur l’autel alors que d’autres doivent être consommées. Jésus fait son sacrifice au nom du monde – et non seulement pour Israël (voir aussi Jean 3,16-17). L’expression hébraïque “chair et sang” réfère à la personne dans sa totalité. Recevoir Jésus qui se donne en totalité signifie recevoir sa chair et son sang. Rencontrer Jésus signifie, en partie, de le rencontrer en chair et en sang.

Pour ceux et celles qui reçoivent Jésus, tout Jésus, sa vie leur colle à la peau et coule dans leurs veines. Il ne peut être retiré de la vie d’un croyant, tout comme le repas de samedi dernier ne peut être extrait de votre corps.  [Read more…]

Le Pape lance une journée mondiale de prière pour l’environnement

An area deforested by illegal gold mining is seen in a zone known as Mega 14, in the southern Amazon region of Madre de Dios, Peru. The entire mining industry must make "radical change" to protect the environment and local communities, Pope Francis says. (CNS photo/Janine Costa, Reuters) See POPE-MINING July 17, 2015.

Deux mois après la publication de son encyclique sur l’écologie, Laudato Si’, le pape François institue une journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création. Elle sera célébrée chaque année le 1er septembre, comme cela se fait déjà au sein de l’Église orthodoxe.

« En tant que chrétiens, nous souhaitons offrir notre contribution à la résolution de la crise écologique à laquelle l’humanité est actuellement confrontée » écrit le Pape dans une lettre rendue publique ce lundi 10 août, et adressée au cardinal Turkson, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, et au cardinal Koch, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Inquiet pour l’avenir de la Création, le souverain pontife appelle ainsi  les chrétiens à une « conversion écologique », qui « implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure », insiste-t-il dans son message, en faisant référence à son encyclique.

Cette journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création « offrira à chacun des croyants et aux communautés la précieuse opportunité de renouveler leur adhésion personnelle à leur vocation de gardiens de la création, en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’Il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la création, et sa miséricorde pour les péchés commis contre le monde dans lequel nous vivons » poursuit encore le Pape.

La célébration de cette journée à la même date que l’Église orthodoxe sera par ailleurs « une occasion profitable pour témoigner de notre communion croissante avec nos frères orthodoxes » souligne le Saint-Père qui invite « d’autres Églises et communautés ecclésiales à s’impliquer d’une manière ou d’une autre » dans la protection de l’environnement.

Tout comme pour son encyclique, le pape François espère que cette journée annuelle de prière pour la protection de la création nous aide à reconnaitre l’urgence, la grandeur et la beauté de ce défi, à quelques mois de la conférence mondiale sur le climat, qui se tiendra en décembre prochain à Paris.