Le sacrement de la non-violence fait des martyrs pour la Vérité

Fr Jerzy cropped

Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – dimanche 29 mai 2016

Genèse 14,18-20

1 Corinthiens 11,23-26

Luc 9,11b-17

Les quatre évangiles nous racontent la merveilleuse histoire de la multiplication des pains et des poissons, située à Tabgha, lieu des sept fontaines sur le rivage Nord-Ouest de la mer de Galilée. L’évangile d’aujourd’hui jette un regard en arrière sur la riche théologie et spiritualité d’Israël et aussi en avant pour contempler la notion de vie dans le royaume de Dieu en tant que banquet que le Messie, lui-même, présidera.

Les lecteurs de Marc ont vu cet incident comme une anticipation du dernier repas (14,22) et du banquet messianique, les deux furent célébrés dans les eucharisties de la communauté. L’ajout de Matthieu du nombre de personnes présentes et rassassiées est très important, parce que le nombre total pourrait bien avoir atteint 20 ou 30 000 personnes. Comme la population juive totale de la Palestine au temps de Jésus est estimée à un demi-million, Jésus est présenté nourrissant un dixième de la population. Ceci donne aux histoires de multiplications des pains un caractère social, qui les rend différentes des histoires de guérison ou des récits des autres évangiles.

Luc, de tous les évangélistes, relie immédiatement ce récit de repas avec la prédication de Jésus sur sa Passion et ses instructions au sujet du port de la croix quotidienne (9,18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22,19) signifie partager non seulement sa mission (9,1-6) mais aussi son dévouement et son destin, symbolisés par la croix (9,18-27). L’eucharistie est là pour nous nourrir et nous renforcer pour continuer fidèlement notre chemin – pain pour la route.

Nourrir le nouvel Israël

Situons le passage d’aujourd’hui (Luc 9,11-17) à l’intérieur de l’évangile de Luc. Le chapitre 9 commence avec la mission des douze: ils sont envoyés proclamer le royaume, dominer sur les démons, apporter la bonne nouvelle au monde, et guérir leurs maladies. Jésus donne à ses disciples qui reviennent tout juste de prêcher et guérir le peuple de Dieu une nouvelle charge : ils peuvent nourrir de l’eucharistie l’Israël reconstitué.

Luc nous enseigne deux leçons importantes dans l’évangile d’aujourd’hui. D’abord Jésus accueille cette grande foule de gens ordinaires, même si « les douze » voulaient les renvoyer. L’utilisation chez Luc « des douze » pour indiquer un groupe spécial de disciples renvoie à ce nombre dans les traditions du peuple d’Israël. En particulier, il rappelle les douze tribus d’Israël. En utilisant le terme « Douze », Luc indique qu’être choisi pour servir d’une manière particulière n’est pas une excuse pour se distancer de la foule, du peuple ordinaire. Au contraire, les Douze, comme Jésus, doivent être accueillant.

Deuxièmement, Jésus enseigne que les disciples doivent partager ce qu’ils ont. Dans le partage, il y aura plus qu’assez. La raison logique et humaine dit : « Nous n’avons pas plus que cinq pains et deux poissons. » Mais Jésus demande que ces maigres provisions, ainsi que la générosité des disciples, dépassent leurs limites. De tous les évangélistes, Luc met l’accent sur le fait que le salut est atteint dans les réalités pratiques de la vie humaine.

Le sacrement de la non-violence

L’eucharistie assume tout l’enseignement, la passion et la mort de Jésus et sa manière non violente doit être au cœur de l’eucharistie. Le récit de la passion de Luc est centré sur l’Agneau, qui va à sa mort, rejetant la violence, aimant les ennemis, retournant le mal en bien, priant pour ses persécuteurs. L’eucharistie est donc vraiment le sacrement de la non-violence. La manière de Jésus de vaincre le diable et la violence doit être la manière chrétienne : la manière de la non-violence, de l’amour et du pardon. La manière non-violente de Jésus est historiquement au cœur de son enseignement et en même temps au cœur de sa passion et de sa mort.

Homme de l’Eucharistie et martyr de la vérité

Cette réalité de l’Eucharistie est présente dans la vie d’un jeune prêtre polonais. Le père Jerzy Popieluszko (1947-1984) était béatifié en tant que martyr en la fête du Corps du Christ, le 6 juin 2010 sur la place Pidlsudski de Varsovie. Je souhaite vous parler un peu de ce remarquable prêtre qui a été un héros et un modèle pour moi au cours de plusieurs années. Jerzy Popieluszko est né le 14 septembre 1947 dans le village d’Okopy dans l’Est de la Pologne. Il venait d’une solide famille catholique romaine. Après le secondaire, Jerzy est entré au séminaire à Varsovie, plutôt que le séminaire local de Bialystok. Sa formation a été interrompue par deux années de service militaire, pendant lequel il s’est battu plusieurs fois pour vivre sa foi chrétienne.

Après son ordination, le jeune prêtre, qui n’a jamais joui d’une bonne santé, a eu plusieurs ministères avant son dernier à la paroisse de St Stanislas Kostka à Varsovie. Il a travaillé à mi-temps à la paroisse ce qui lui permettait de travailler en même temps avec le personnel médical. Du fait de son travail avec le personnel de la santé, il lui a été demandé d’organiser les équipes médicales pendant les visites du pape Jean-Paul II en Pologne, en 1979 et à Varsovie en 1983.

Août 1980 voit les débuts du syndicat Solidarność en Pologne. Les ouvriers de l’usine d’acier qui étaient en grève pour appuyer les constructeurs de navires des chantiers navals de la Mer Baltique ont demandé un prêtre pour leur dire la messe. Le sort est tombé sur le père Jerzy. Il est resté avec les ouvriers nuit et jour. Solidarność représentait pour lui une vision qu’il avait apprise de Maximilian Kolbe : celle d’une liberté spirituelle au milieu d’un esclavage physique. Cette vision de la vérité sur la vocation de chaque homme et femme, Jerzy l’a promue au milieu des ouvriers par sa présence.

Le 13 décembre 1981, les autorités communistes imposèrent la loi martiale, arrêtant beaucoup de militants de Solidarność et lançant un programme d’harcèlement et de représailles contre les autres. Beaucoup d’entre eux qui avaient fait la grève perdirent leur travail, et ainsi leur capacité à soutenir leur famille ; d’autres furent battus dans les rues et laissés pour morts. Le père Popieluszko devint un important pivot d’un programme assistance financière pour soutenir les familles affectées par la loi martiale.

Il assistait régulièrement aux procès des militants de Solidarność, siégeant ostensiblement en cour avec leur famille pour que les prisonniers puissent voir qu’ils ne les avaient pas oubliés. Ce fut dans la salle du tribunal qu’il a eu l’idée de célébrer une messe mensuelle pour le pays, pour tous les prisonniers et leurs familles. Ce n’était pas une manifestation politique, le père Popieluszko demandait à son assemblée de ne pas porter de bannières ni de scander des slogans. Ses messes pour la mère patrie devinrent bien connues non seulement à Varsovie, mais à travers la Pologne, attirant souvent 15 000 à 20 000 personnes. Le père Popieluszko insista pour que le changement doit se faire d’une manière pacifique ; le signe de paix fut l’un des plus poignants moments de chaque messe pour le pays.

Le père Popieluszko ne fut ni un militant social ni un militant politique. Il fut un prêtre catholique fidèle à l’Évangile. Il n’était pas un orateur énergique mais quelqu’un d’une profonde conviction et intégrité. Sa sainteté réside dans une rectitude fondamentale qui a donné de l’espoir au peuple dans les situations d’horreur. Il savait que tous les systèmes totalitaires reposent sur la terreur et l’intimidation. Les communistes le voyaient comme un ennemi parce qu’il libérait le peuple de la peur du système. Il a démontré l’hypocrisie du régime communiste et il a enseigné aux croyants comment confronter le totalitarisme. Bien souvent Jerzy a fait siennes les paroles de saint Paul : « Combat le diable avec le bien. »

Le 19 octobre 1984, le jeune prêtre fut kidnappé par des agents de sécurité alors qu’il rentrait à Varsovie après une visite à une paroisse de la ville voisine de Bydgoszcz. Il fut sauvagement battu jusqu’à perdre conscience et son corps fut attaché, de telle manière qu’il s’étranglerait au moindre mouvement. Son corps lesté fut ensuite jeté dans un réservoir profond. Ses tueurs accomplirent leur tâche avec une brutalité sans précédents ce qui montre leur haine de la foi que le prêtre incarnait. Le chauffeur de Jerzy, qui est parvenu à s’échapper, a pu tout raconter à la presse. Le 30 octobre, le corps attaché et bâillonné de Popieluszko était trouvé dans les eaux glacées d’un réservoir près de Wloclawek. On a largement cru que le meurtre brutal du père Jerzy a accéléré l’écroulement du régime communiste en Pologne.

Les funérailles du jeune prêtre furent une démonstration publique massive avec plus de 400 000 personnes présentes. Des délégations officielles de Solidarność apparurent devant le pays entier, pour la première fois depuis l’imposition de la loi martiale. Le père Jerzy fut enterré dans le jardin de sa paroisse de St Stanislaw Kostka. Dix-sept millions de personnes sont venus sur sa tombe jusqu’à ce jour.

J’ai eu le privilège de prier plusieurs fois sur sa tombe dans la banlieue ouvrière de Varsovie et de témoigner de l’effet extraordinaire que ce jeune prêtre a eu sur tant de jeunes. Il a promu le respect pour les droits humains, pour les droits des ouvriers et la dignité des personnes, toujours à la lumière de l’Évangile. Il a pratiqué, pour la Pologne et le monde entier, les vertus de courage, de fidélité à Dieu, à la croix du Christ et à l’Évangile, d’amour de Dieu et de la patrie. Il a représenté le patriotisme au sens chrétien du terme, en tant que vertu culturelle et sociale. Il avait une profonde dévotion à l’eucharistie. Plus de 80 rues et places en Pologne portent le nom du père Jerzy. Des centaines de statues et plaques mémoriales ont été dévoilées en hommage ; plus de 18 000 écoles, organismes de charité, groupes de jeunes et clubs de discussions portent son nom.

Parce que le prêtre assassiné a été proclamé un martyr pour la haine de la foi, le procès en béatification de Popieluszko ne nécessitait pas de miracle. La vérification formelle d’un miracle n’est pas nécessaire même si beaucoup ont été rapportés. Son témoignage est un exemple pour les prêtres, à la lumière de sa fidélité totale au Christ. Le père Jerzy est un modèle pour nous, nous rappelant de nous efforcer que ce que nous disons et faisons extérieurement soit toujours en accord avec notre conscience intérieure.

Béni sois-tu, Jerzy Popieluszko, homme de l’eucharistie, martyr pour la vérité, ta vie fut rompue et partagée pour les multitudes. Le sang de ton martyr est devenu semence de foi pour ta patrie et pour l’Église. Tu es un prêtre à jamais selon l’ordre du roi de Melkisédek (Psaume 110). Prie pour nous.

Église en sortie 20 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec Sr. Marie-Paule Sansfaçon et Sr. Nicole Joly qui nous présente la revue « Le Précurseur » ainsi que leur communauté : Les sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception. Dans la deuxième partie, nous assistons à la conférence de presse du diocèse de Québec suite à la publication de l’exhortation apostolique post-synodale « Amoris Laetitia ». Enfin, ans la dernière partie nous rencontrons l’abbé Jean-Philippe Auger, prêtre de l’archidiocèse de Québec et auteur du livre « Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires ».

Elle entre dans une église et renonce à se suicider

Laurence Cottet (1)

C’est une descente aux enfers qui s’arrête à l’église. L’histoire d’une femme, non croyante, sauvée de la mort par l’homélie d’un prêtre lors d’une messe, dans une église parisienne.

Invitée à témoigner dans l’émission française Salut Les Terriens sur Canal + le 14 mai dernier, Laurence Cottet, 55 ans, raconte son douloureux parcours qui la pousse, quelques années plus tôt, à vouloir mettre fin à sa vie. Elle n’élude rien et parle avec sincérité de son alcoolisme et de la mort de son mari. Face à cette disparition, dévastée par le chagrin, Laurence se réfugie dans le travail et l’alcool, de plus en plus, jusqu’à la dépression, les comas éthyliques, et les tentatives de suicide.

Sur le plateau, l’animateur Thierry Ardisson égraine les malheurs et déboires qui ont émaillés l’itinéraire de cette femme, brillante au travail. Le 23 janvier 2009, alors qu’elle occupe un poste important chez Vinci, elle participe à la traditionnelle cérémonie des vœux où l’alcool coule à flot en « open bar ». Là, au milieu de la salle de réception, devant 650 cadres supérieurs, elle s’écroule, ivre morte. Elle est trainée dans son bureau, et se réveille plus tard, allongée sur la moquette, en découvrant qu’elle s’était vomie dessus.

À ce moment-là « j’ai perdu ma dignité de femme […] réagit-elle, et ma décision est prise: je prends mes baskets, et je m’en vais à Denfert-Rochereau (station de métro parisienne, NDLR), pour me jeter sous la rame du métro ».

« Et là, miracle ! » interrompt l’animateur sous le regard amusé et souriant de madame Cottet qui connaît la suite. Elle entend sonner les cloches de l’église voisine. Elle rentre dans l’édifice et entend l’homélie du prêtre : « Fuyez la débauche, le Seigneur vous a donné un corps, il ne vous appartient pas. Il vous l’a donné pour le servir ». Une phrase, dit-elle, « qui m’a frappé le visage ».

Après l’homélie Laurence reste dans l’église pour suivre la messe, et elle communie pour la première fois depuis l’enterrement de son mari. « Cette communion est nouvelle. Je ressens une force inouïe, surnaturelle mais intérieure. Comme une grâce en moi. Je découvre Dieu, le mien. Un Dieu qui protège et parle à mon cœur », écrit-elle dans une œuvre biographique, intitulé « Non ! J’ai arrêté ».

Ce jour-là, explique-t-elle encore dans son ouvrage, « je fais une rencontre qui me sauve, […] j’étais seule, extrêmement affaiblie et totalement démunie. J’avais tout perdu : ma dignité de femme, mon amour-propre, ma beauté intérieure, mon travail, mes amis, ma famille, mes forces…sauf la vie ».

Et depuis cette messe fortuite sur la route de son suicide, le 24 janvier 2009, non seulement Laurence continue de vivre, mais elle ne boit plus une seule goutte d’alcool. « Une force m’habite discrètement, poursuit-elle dans son livre. J’ose dire oui à la vie ! Grâce à la véritable lumière trouvée là où je ne l’attendais pas ».

Échos du Vatican

Mise au point dans cette émission sur la question du diaconat des femmes, et retour sur la célébration de la Pentecôte au Vatican.

« Nous te rendons grâce pour ton immense gloire »

Trinity Orta

Solennité de la Trinité – dimanche 22 mai 2016

Proverbes 8,22-31
Romains 5,1-5
Jean 16,12-15

Ce Dimanche qui suit la Pentecôte, nous célébrons la solennité de la Trinité. Grâce à l’Esprit Saint qui nous aide à comprendre les mots de Jésus et qui nous guide vers la vérité absolue, nous, croyants pouvant avoir une expérience personnelle de l’intimité de Dieu lui-même, en découvrant qu’il n’est pas solitude infinie mais communion de lumière et d’amour, vie donnée et reçue dans un dialogue éternel entre le Père et le Fils, dans le Saint Esprit.

La Dame Sagesse, le communicateur

Notre première lecture d’aujourd’hui extraite du livre des Proverbes [8,22-31] parle de la Dame Sagesse, la personne que Dieu avait créée avant les créations du monde, afin de communiquer l’amour de Dieu et nous guider dans une existence paisible. La Sagesse est parallèle, de plusieurs manières, au Saint Esprit du Nouveau Testament. Même si nous sommes incapables d’expliquer la Trinité de manière rationnelle, nous sommes supposés manifester le Dieu trinitaire par nos actions.

Le Livre des Proverbes est le plus « terre-à-terre » parmi tous les livres de la Bible. Dans ce recueil de dictons abrégés et pragmatiques qui constituent la majorité de ce livre, il existe une réflexion mystique magnifique dans le chapitre 8. La « Dame Sagesse » est personnifiée, dans une tentative de décrire les manières par lesquelles Dieu a choisi de révéler sa nature divine.

La Sagesse est présentée comme un phénomène impliqué avec Dieu, et dans des récits ultérieurs la sagesse est perçue comme qualité dont les êtres humains ont besoin afin de discerner l’œuvre de Dieu dans le monde. La supériorité de la sagesse sur toute chose est due à son origine qui précède ces derniers. Quoique l’on voit la sagesse émaner de la demeure mystérieuse de Dieu, elle demeure visible à nous, « établie dans le ciel, » à travers « la mer [et] ses confins, » sur la « surface de la terre de Dieu. » La Sagesse a été répandue, engendrée par Dieu au commencement et, en tant que « co-travailleuse » de Dieu, la sagesse a dirigé la création et a retrouvé l’enchantement dans la race humaine.

Expérience et discernement

Le lyricisme de Proverbes est supposé nous donner un sens de la beauté et de la permanence – en effet, qualité éternelle – de la sagesse. Dans tous ces attributs, la sagesse possède des qualités Divines. Elle est aussi le don de Dieu aux êtres humains, don qui les permet de voir au-delà du sens littéral et de pénétrer la signification la plus profonde des évènements de al vie. La Sagesse est parallèle à l’Esprit Saint de maintes manières. La Sagesse n’est assimilée d’aucune manière à la prouesse intellectuelle, à l’accumulation d’informations ou de simples données. La Sagesse est plutôt plus intimement associée à l’expérience et au discernement. Par-dessus tout, elle est une entité spirituelle, qui ne dépend point de la pensée et de la logique mais qui y est de loin supérieure. 

Les effets de la justification

Dans sa lettre aux Romains [Romains 5,1-5], Paul commence à évoquer la foi chrétienne en Jésus, présente l’expérience chrétienne dans son essence et explique comment le salut est accordé aux vertueux. Dans le passage d’aujourd’hui, le mystère de l’Esprit Saint surpasse la formulation théologique et devient un ingrédient actif, un levain, dans la vie quotidienne. Le premier effet de la justification des expériences chrétiennes est la paix ; la réconciliation remplace la séparation. Le second effet de la justification est l’espérance.

Une fois justifié, le chrétien est réconcilié à Dieu et vit dès lors une paix qui ne peut être dérangée par les troubles bouleversants, ni par les souffrances, une espérance qui ne connait pas de déception, et une confiance de salut en Jésus. L’extrait sur la foi est un paradoxe Paulinien typique : le chrétien qui exprime sa fierté place cette dernière dans une chose qui dépasse totalement les pouvoirs humains – dans la foi. Le verset 5 exprime l’assurance puissante qu’une (telle) espérance ne nous déçoit pas. Le chrétien ne sera jamais embarrassé par une foi déçue ; comparaison implicite avec la simple foi humaine, qui peut décevoir. L’Esprit de Dieu doit guider nos vies, les modeler et les façonner suivant la vie et le paradigme de Jésus.

Une attitude de foi profonde et d’optimisme chrétien est cruciale dans notre vie. Le verset 5 comprend aussi l’expression suivante : l’amour de Dieu – ne devant être interprétée par notre amour de Dieu, mais plutôt par l’amour de Dieu pour nous. Cet amour est exprimé à travers Jésus et perpétué par l’Esprit Saint qui demeure dans notre cœur pour nous ramener à l’amour de Dieu. Paul nous assure que même la souffrance peut nous rendre capables d’endurer, de développer du caractère, et d’espérer pour la victoire avec Jésus, notre modèle. Le don de l’Esprit n’est pas seulement la preuve, mais aussi le moyen de la surabondance de l’amour de Dieu pour nous.

Vers une compréhension plus profonde du message de Jésus

Dans la lecture de l’évangile de Jean [Jean 16,12-15], les disciples n’ont pas pu supporter tout ce que Jésus avait à leur dire. Ils avaient d’abord besoin d’assurance qui ne pouvait être donnée qu’à travers son triomphe sur la mort. Il est dit que l’Esprit de vérité engage l’Église. L’Esprit nous « déclarera » ce qui adviendra [Jean 16,13]. L’Esprit nous « déclarera » ce que l’Esprit a extrait du Christ [Jean 16,14]. L’Esprit prendra ce qui est du Christ et nous le « déclarera » [Jean 16,15]. Le même verbe est utilisé à trois reprises pour décrire la même activité, anagallis : qui annonce ou proclame quelque chose de nouveau. Cela signifie que l’Esprit continuera ce qui a été réalisé en Christ. Mais l’Esprit Saint nous l’interprètera, y explorera un sens plus profond, et le rendra compréhensible dans plusieurs cultures et contextes. Cette connotation de la « révélation de ce qui arrivera » ne voulait pas dire que le Paraclet pouvait faire n’importe quelles révélations prophétiques sur le futur, mais que le Paraclet guidait la communauté dans son assimilation de Jésus en tant qu’accomplissement de tout ce qui a été promis dans les Écritures.

Notre mission et notre vocation

L’Esprit guide l’Église vers la Vérité à travers son activité continue, à travers son interprétation déclarative de ce qui provient du Christ, pour que l’expérience de la foi puisse tendre vers une compréhension plus approfondie de ce qui est en Christ. C’est un concept riche et profond qui décrit la vocation et la mission du vrai berger et de la personne du prêtre : nous sommes appelés a interpréter l’expérience de la foi qui permet une compréhension et un savoir plus approfondis de Dieu dans la vie de chaque personne et dans la vie du monde. Notre mission est en vérité « de prendre ce qui est du Christ et de le déclarer, » de l’interpréter, de le professer, et de le proclamer toujours et encore au monde. « Prendre ce qui est du Christ » indique un contact personnel profond avec le Christ à travers la prière, la contemplation et l’étude. Dans l’Esprit, nous devons amener ce qui est du Christ vers un nouvel ordre de compréhension, vers une réalisation dans l’ordre temporel. Nous sommes appelés à construire une civilisation de justice, d’amour et de paix basée sur notre connaissance de la relation à Jésus Christ.

Expérimenter la Gloire

La gloire de Dieu qui grandit constitue la révélation progressive de la Trinité. Qu’est ce que l’expérience de la gloire pour nous ? Elle n’est pas euphorie, bonheur ou extase, bien que ces éléments puissent en effet être présents chez ceux qui ont des expériences profondes de la Présence de Dieu dans leurs vies. Lorsque la présence et l’idée de Dieu arrivent à dominer notre conscience et notre amour, lorsqu’elle devient présente, de façon presque palpable, avec l’intensité d’un sens et d’un amour plus mystérieux, c’est ça la gloire. Lorsque l’expérience de Dieu nous soutient au milieu d’une douleur atroce et d’une souffrance, d’une obscurité spirituelle et d’un vide, d’une crise et d’une confusion, nous avons un avant-gout de la gloire de Dieu. Quoiqu’il nous arrive, nous savons que Dieu est avec nous, que Dieu nous entoure, nous protège et nous porte dans la paume de sa main. Saint Paul explique que c’est en effet dans cette espérance pour la gloire que les êtres humains sont appelés à exalter. Ainsi, c’est une immense grâce de Dieu que l’Église prie chaque dimanche en disant : « Nous te rendons grâce pour ton immense gloire. » 

La Trinité est Communication

La Trinité est communication entre le Père, le Fils, et le Saint Esprit. C’est le mystère profond que rappelle la liturgie de ce dimanche pour la fête de la Sainte Trinité : la réalité inexprimable de Dieu et la manière de laquelle son mystère nous a été donné. Nous pouvons lutter avec la Sainte Trinité, certes, mais nous l’accueillons dans nos mains chaque fois que nous faisons le signe de la croix.

Je conclue avec cet extrait de la Trinité comme Mystère du dialogue « Sur la Providence Divine » par Sainte Catherine de Siena (Cap 167, Gratiarum actio ad Trinitatem). Cet extrait est utilisé dans l’Office des Lectures Romanes pour la liturgie mémoriale de cette grande Sainte de l’Église, dont la fête est célébrée le 29 avril de chaque année. C’est une prière magnifique de la Trinité que nous pouvons prier chaque jour :

Dieu éternel, Trinité éternelle, vous avez rendu le sang du Christ si précieux a travers son partage dans votre nature divine. Vous êtes un mystère aussi profond que la mer ; plus je cherche, plus je découvre, et plus je découvre plus je te cherche. Mais je ne peux jamais être satisfaite ; ce que je reçois me laisse avec un désir illimité. Lorsque vous remplissez mon âme je sens un faim encore plus aigüe, et je m’affame davantage pour votre lumière. Je désire par dessus tout vous voir, vraie lumière, comme vous êtes en réalité.

J’ai gouté et perçu la profondeur de votre mystère et la beauté de votre création avec la lumière de ma compréhension. Je me suis vêtue par votre image et ai vu ce que je serais. Père éternel, vous m’avez donnée un part de votre pouvoir et la sagesse que le Christ déclare comme étant propre à lui, et votre Esprit Saint m’a donné le désir de vous aimer. Vous êtes mon Créateur, Trinité et je suis votre créature. Vous avez fait de moi une nouvelle création, car vous m’avez illuminée.

Que la Sainte Trinité de Dieu – dans sa bonté et son mystère indescriptibles – nous apprennent et nous guide dans notre vie, et que nous puissions grandir dans « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » [Romains 5,5].

(Image: La Sainte Trinité par Luca Rossetti da Orta)

Il ne peut y avoir de véritable paix sans promotion et défense de la vie : Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

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Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

P. Thomas Rosica

Le 6 février 2015, la Cour Suprême du Canada s’est prononcée en faveur d’un droit légal pour les Canadiens à demander et recevoir l’aide d’un médecin pour se tuer. Initialement, la Cour avait donné un an au parlement pour adopter une nouvelle loi, pour remplacer les sections du Code criminel qui interdisaient jusqu’à maintenant le suicide assisté. L’élection fédérale de l’automne dernier ainsi que le lent processus de révision ont rendu impossible le respect du délai initial. Les législateurs ont donc eu un sursis de six mois. Le projet de loi C-14 « Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois (aide médicale à mourir) » a passé la deuxième lecture le 22 avril dernier. Peu importe les modifications ou les amendements que l’on pourrait y apporter, le projet de loi C-14 est un affront à la solidarité, à la dignité humaine et met en danger toutes les personnes vulnérables. C’est une loi fondamentalement injuste. Pourquoi doit-on être en désaccord d’une manière absolue et catégorique avec toute tentative visant à justifier ou supporter ce soit disant « droit » au suicide assisté ou euthanasie ? Devant cette décision triste et profondément troublante de la Cour Suprême du Canada de renverser la loi canadienne sur l’euthanasie, je vous offre ces réflexions.

Il n’y a rien de nouveau à propos de la réalité des personnes en phase terminale. En effet, leurs souffrances, la volonté de mourir ainsi que notre capacité de les tuer ne sont pas une nouveauté. Cependant les mouvements qui proposent un « droit à mourir » ont gagné du terrain dans l’opinion publique alors même qu’il y a un vieillissement de la population ainsi qu’une anxiété grandissante concernant leur sort. De fait, les personnes qui ont plus de 65 ans ont connu la plus forte croissance démographique aux États-Unis, au Canada, et dans une grande partie de l’Europe.

Regardons au-delà de nos frontières où on assiste déjà à de grandes ambiguïtés ainsi qu’au grand pouvoir destructeur d’une promotion du « droit de mourir ». En Belgique, un pays que certains appellent, à juste titre, le « camp de la mort », l’euthanasie est actuellement érigée comme étendard d’une pensée éclairée, de la libération et du progrès. Cette pratique serait un signe que le pays s’est libéré de ses racines et de son patrimoine profondément catholiques. La Belgique était le deuxième pays du monde, après les Pays-Bas, à décriminaliser l’euthanasie ; suivie par le Luxembourg, en 2009, et par le Canada et la Colombie cette année. De son côté, la Suisse permet le suicide assisté depuis 1942. La Cour Suprême des États-Unis a reconnu que les inquiétudes des citoyens américains concernant la prolongation de l’agonie dans des contextes institutionnels sont légitimes. Pourtant, en 1997, la Cour a statué que la mort n’est pas un droit protégé par la constitution, laissant ainsi la responsabilité du suicide assisté à chaque État. Quelques mois après cette décision, l’Oregon a passé une loi qui permet à des médecins de prescrire des médicaments létaux aux patients qui ont moins de six mois à vivre. En 2008, l’état de Washington a adopté une loi semblable ; le Montana a décriminalisé le suicide assisté l’année suivante ; et le Vermont l’a légalisé en 2013.

Dans l’Oregon et en Suisse, des études ont démontré que les personnes qui demandent la mort sont moins motivées par la souffrance physique que par le désir de demeurer autonomes. En Belgique et aux Pays-Bas, où des patients peuvent être euthanasiés sans même souffrir d’une maladie terminale, les lois semblent avoir pénétré les établissements de santé plus profondément qu’ailleurs. Peut-être est-ce dû au rôle central donné aux médecins puisque, dans la majorité des cas, c’est le médecin et pas le patient qui effectue l’acte final. Depuis les cinq dernières années, l’euthanasie et les décès par suicide assisté ont doublé aux Pays-Bas. En Belgique, ils ont augmenté de plus de 150 %. Bien que la plupart des patients belges souffraient de cancer, d’autres furent euthanasiés pour des raisons telles que l’autisme, l’anorexie, les troubles de la personnalité, le syndrome de fatigue chronique, la paralysie partielle, la cécité associée à la surdité ainsi que la maniaco-dépression.

Les lois permettant l’euthanasie ou le suicide assisté par un médecin paraissent moins motivées par les désirs des personnes âgées que par les inquiétudes de la génération plus jeune, poussée par une volonté de contrôler la fin de leur vie. Les lois belges ont créé une nouvelle compréhension du suicide en tant que traitement médical comme s’il n’y avait aucunes dimensions tragiques et morales à de tels actes.

Pourquoi est-ce si difficile de soutenir que l’euthanasie n’est pas une bonne chose ? Lorsque les valeurs personnelles et sociétales étaient cohérentes, largement partagées et basées sur une religion commune, comprendre le mal que représentait l’euthanasie était simple. Dieu a commandé : « Tu ne tueras point. » Dans les sociétés sécularisées, basées sur un individualisme exacerbé, on fait le raisonnement suivant : les individus ont le droit de choisir, donc on doit pouvoir choisir le lieu et l’heure de notre mort. Au contraire, il est beaucoup plus complexe de s’opposer à l’euthanasie. En effet, dans la culture qui est la nôtre, obsédée par les préférences personnelles et individuelles, il est difficile de demander à une personne de s’abstenir de quelque chose sous prétexte qu’elle blessera la communauté toute entière.

La mort est maintenant submergée par la technologie, dépersonnalisée, et déshumanisée. Face à ces réalités, l’euthanasie paraît être un choix attirant et plus facile à introduire et à accepter. Auparavant, les conversations sur la mort avaient lieu dans un contexte et un langage religieux, dans les églises, les synagogues, les mosquées, et les temples pendant les services du culte. De telles conversations étaient sérieuses et incluaient toujours une dimension morale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On discute de la mort dans des émissions de télévision et de radio de façon irréfléchie. Ce sujet sérieux est souvent traité dans des contextes et des échanges de mauvaise qualité et, la plupart du temps, la dimension morale en est absente.

Nos parlements et nos cours de justice ont remplacé nos centres religieux. Le résultat en est la réduction des débats sociétaux, éthiques, et moraux à leur unique dimension légale, y compris lorsqu’il s’agit de la mort. Ce n’est pas surprenant alors que le débat sur l’euthanasie ait été concentré sur sa légalisation. Le fait d’être aujourd’hui très exposés à la mort dans les médias que ce soit dans des programmes d’actualité ou de divertissement peut nous accabler et nous rendre insensibles à la gravité de la mort et finalement nous porter à considérer la possibilité de nous l’infliger.

Par leur traitement du sujet de l’euthanasie, les médias de masse ont causé une grande confusion dans la population et ont parfois été trompeurs dans leur portrait de la souffrance et de la compassion humaines. La plupart des gens, qui pensent que l’euthanasie et le suicide assisté devraient être légalisés, n’ont pas considéré le problème dans sa complexité. Ils considèrent d’abord l’autonomie et le choix personnel. Ils pensent à la possibilité de devenir impotents et considèrent qu’une telle vie est indigne et sans valeur. Peut-être considèrent-ils les personnes sévèrement handicapées comme n’ayant aucune qualité de vie ? Notre dignité et notre qualité de vie ne viennent pas de nos capacités ou de nos incapacités. La dignité et la qualité de vie ne sont ni une question d’efficacité, ni une question de productivité. Elles viennent d’un lieu plus profond, celui de notre identité de personne et de notre capacité relationnelle.

Il y a des arguments non religieux solides contre l’euthanasie. En effet, légaliser l’euthanasie nuirait à la reconnaissance de la valeur intégrale et du respect pour la vie. Cela changerait la norme fondamentale que nous ne devrions pas nous tuer les uns les autres. La légalisation de l’euthanasie nuirait également aux deux institutions principales de notre société que sont le droit et la médecine. Notons que ces piliers de la société sont encore plus importants pour maintenir la valeur de respect pour la vie dans une société sécularisée que dans une société religieuse. Enfin, l’euthanasie nuirait à la confiance que la population voue à la pratique de la médecine rendant ainsi les soins de santé moins accessibles puisque plusieurs pourraient craindre d’aller chercher un traitement et se faire soigner dans un hôpital.

Notre société a perdu de vue le caractère sacré de la vie humaine. En tant que chrétiens catholiques, nous sommes profondément engagés dans la protection de la vie de ses premiers moments jusqu’à sa fin naturelle. Aujourd’hui, quand les gens parlent d’une « bonne mort », ils ont en tête la tentative de contrôler la fin de la vie, même si cela demande le suicide assisté par un médecin ou l’euthanasie. Pourtant, la notion chrétienne d’une bonne mort n’est pas la mort en tant qu’une bonne fin, mais une bonne transition, qui demande la foi, l’acceptation adéquate. Les dimensions du mystère pascal de la souffrance, de la mort, et de la résurrection sont souvent absentes de nos conversations et discussions sur la fin de vie.

Lorsque la vie n’est pas respectée, devrions-nous être surpris que les autres droits soient tôt ou tard menacés ? Les populations vieillissantes, surtout en occident, ayant comme conséquence une réduction importante de la population active, créent actuellement un motif économique à l’euthanasie. Comme le disait saint Jean-Paul II : « le droit de mourir conduira inévitablement à l’obligation de mourir. »

Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection et la recherche embryonnaires ne sont pas les motivations de ceux et celles qui les défendent ; bien que souvent ces motivations sont, en surface, compatissantes comme c’est le cas, par exemple, lorsqu’on prétend protéger un enfant non désiré, mettre fin à la peine et à la souffrance ou encore aider un enfant atteint d’une maladie mortelle. La terrible vérité, dans tous ces cas, c’est que les forts décident du destin des faibles. Des êtres humains deviennent des instruments dans les mains d’autres êtres humains.

Le Pape François a critiqué ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie pour les personnes qui souffrent de maladies douloureuses ou terminales. Il déclare que ces personnes répandent un « mensonge » en soutenant que les vies affectées par de telles maladies ne sont pas dignes d’être vécues. Dans son message annuel de la Journée Mondiale du Malade 2015, célébrée par l’Église Catholique le 11 février, le Pape François a critiqué l’expression « qualité de vie », souvent utilisée par ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie définissant ainsi la peine dont souffrent plusieurs malades qui pourraient choisir de terminer leur vie médicalement si la loi le permettait. Le Pape François fait cette critique dans une partie de son message dans lequel il souligne l’importance de passer du temps avec les malades. Le Pape demande d’abord à l’Esprit Saint de « nous donner la grâce de comprendre la valeur de l’accompagnement, si souvent silencieux, qui nous conduit à consacrer du temps à ces sœurs et à ces frères qui, grâce à notre proximité et à notre affection, se sentent davantage aimés et réconfortés ». Dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia, le Pape François écrit (no. 48) :

« L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades. »

Nous ne devrions jamais perdre de vue les atrocités faites contre les enfants à naître, les indicibles et rarement soulevées, peine et angoisse vécues par ceux et celles qui ont participé à un avortement. Pareillement, nous ne pouvons pas ignorer l’autre grand défi rencontré par l’humanité d’aujourd’hui – la question sérieuse du meurtre par compassion ou euthanasie, comme on le nomme parfois, et qui n’est plus seulement une question théorique ou abstraite. Elle est arrivée et a envahi nos vies. Ce problème frappe le centre même de notre identité et de notre croyance. Même quand ce n’est pas motivé par le refus d’être chargé de la vie de quelqu’un qui souffre, l’euthanasie doit être reconnue comme une fausse compassion ainsi qu’une miséricorde mal avisée. La vraie compassion nous amène à partager la peine de l’un et de l’autre, pas à tuer la personne dont nous ne pouvons pas supporter la souffrance. La meilleure façon de savoir si nous sommes encore une société chrétienne c’est d’examiner la façon dont nous traitons nos personnes les plus vulnérables, celles qui ont très peu ou aucune attention publique, celles qui n’ont ni beauté, ni force, ni intelligence.

L’Église Catholique Romaine détient une éthique cohérente de la vie. Elle offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité, et la dignité de la personne humaine. Cependant, l’opposition à l’avortement et à l’euthanasie n’excuse pas l’indifférence envers ceux et celles qui souffrent de la pauvreté, de la violence, et de l’injustice. Toute pratique opposée à la vie elle-même, y compris toutes les sortes de meurtres, les génocides, l’avortement, l’euthanasie ou le suicide assisté, mais également toute violation de la dignité de la personne humaine, y compris la mutilation, les blessures infligées au corps ou à l’esprit, les tentatives de contraindre la volonté elle-même, quiconque insulte la dignité humaine y compris les conditions de vie moins qu’humaines, l’emprisonnement arbitraire, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic des femmes et des enfants, des conditions de travail honteuses où les gens sont traités comme des instruments de revenus plutôt que comme des personnes libres et responsables – toutes ces pratiques et beaucoup d’autres encore empoisonnent la société humaine. Dans les pays développés économiquement, les lois qui menacent la vie sont très répandues, et elles ont déjà façonnées les attitudes morales et les pratiques, contribuant ainsi à la propagation d’une mentalité antinataliste. De plus, de nombreuses tentatives sont faites afin d’exporter cette mentalité dans d’autres états en la présentant comme une sorte de progrès culturel.

Le suicide par euthanasie contredit la responsabilité fondamentale qui incombe à tous les êtres humains de se protéger les uns les autre, et d’améliorer la qualité de santé et de soin social que chaque vie humaine mérite, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. D’abord, la législation proposée par le gouvernement du Canada sur la mort assistée par un médecin menace les médecins, les infirmières et les infirmiers qui refuseraient de se conformer à perdre leurs emplois et pourrait provoquer la fermeture d’hôpitaux catholiques. Ensuite, les critères d’admissibilité du projet de loi fédéral n’apportent aucunes limites sur les façons dont le suicide assisté pourrait être proposé ou offert aux personnes vulnérables.

De plus, l’absence de protection du droit à la liberté de conscience au niveau fédéral pour les institutions et les professionnels de la santé qui refuseraient de participer au suicide assisté ou de référer vers un autre médecin signifierait que les régulateurs provinciaux pourraient établir des règlementations contradictoires qui résulteraient en une diminution du nombre de médecins et d’hôpitaux disponibles pour les Canadiens. Alors que notre système de santé requiert de plus en plus de ressources, le gouvernement fédéral ne devrait pas permettre des règlements qui pourraient faire diminuer le nombre de professionnels de santé conscients de leurs responsabilités professionnelles. Les lois qui feraient de la médecine un agent de mort sur demande constituent une violation claire de la sacrosainte obligation des fournisseurs de soins de santé de guérir ainsi que de la responsabilité des législateurs et des citoyens d’assurer et de fournir une protection pour tous, surtout pour ceux qui sont plus à risque.

Nous avons la responsabilité de combattre l’intrusion de l’euthanasie dans notre société – spécialement si nous comprenons notre obligation morale en tant que soignants des personnes ayant des incapacités, et notre obligation civique de protéger ceux et celles qui sont incapables d’exprimer leur volonté mais qui sont comme nous tous humains, vivants, et dignes de la protection de la loi. Il ne peut y avoir de vraie paix si la vie n’est pas défendue et promue de la conception à la mort naturelle, du berceau à la tombe.

(CNS photo/Paul Haring)

Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte

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Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte à basilique Saint-Pierre de Rome:

« Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18).

La mission de Jésus, culminant dans le don de l’Esprit Saint, avait ce but essentiel : rétablir notre relation avec le Père, abîmée par le péché ; nous arracher à la condition d’orphelins et nous rendre celle de fils.

L’apôtre Paul, écrivant aux chrétiens de Rome, dit : « Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions “Abba ! ”, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 14-15). Voilà la relation renouée : la paternité de Dieu se rétablit en nous grâce à l’œuvre rédemptrice du Christ et au don de l’Esprit Saint.

L’Esprit est donné par le Père et nous conduit au Père. Toute l’œuvre du salut est une œuvre de ré-génération, dans laquelle la paternité de Dieu, au moyen du don du Fils et de l’Esprit, nous libère de l’état d’orphelins dans lequel nous sommes tombés. À notre époque aussi nous rencontrons différents signes de notre condition d’orphelins : cette solitude intérieure que nous éprouvons même au milieu de la foule et qui parfois peut devenir tristesse existentielle ; cette prétendue autonomie par rapport à Dieu qui s’accompagne d’une certaine nostalgie de sa proximité ; cet analphabétisme spirituel diffus à cause duquel nous nous retrouvons dans l’incapacité de prier ; cette difficulté à percevoir comme vraie et réelle la vie éternelle, comme plénitude de communion qui germe ici-bas et s’épanouit au-delà de la mort ; cette difficulté pour reconnaître l’autre comme frère, en tant que fils du même Père ; et d’autres signes semblables.

À tout cela s’oppose la condition de fils, qui est notre vocation originaire, elle est ce pour quoi nous sommes faits, notre plus profond ADN, mais qui a été abimé et qui, pour être restauré, a demandé le sacrifice du Fils Unique. Du don immense d’amour qu’est la mort de Jésus sur la croix, a jailli pour toute l’humanité, comme une immense cascade de grâce, l’effusion de l’Esprit saint. Celui qui s’immerge avec foi dans ce mystère de régénération renaît à la plénitude de la vie filiale.

« Je ne vous laisserai pas orphelins ». Aujourd’hui, fête de Pentecôte, ces paroles de Jésus nous font penser aussi à la présence maternelle de Marie au Cénacle. La Mère de Jésus est au milieu de la communauté des disciples rassemblés en prière : elle est mémoire vivante du Fils et invocation vivante de l’Esprit Saint. Elle est la Mère de l’Église. À son intercession nous confions de manière particulière tous les chrétiens et les communautés qui en ce moment ont le plus besoin de la force de l’Esprit Paraclet, Défenseur et Consolateur, Esprit de vérité, de liberté et de paix.

L’Esprit, comme affirme encore saint Paul, fait que nous appartenons au Christ. « Celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas » (Rm 8, 9). Et en consolidant notre relation d’appartenance au Seigneur Jésus, l’Esprit nous fait entrer dans une nouvelle dynamique de fraternité. Par le Frère universel qui est Jésus, nous pouvons nous mettre en relation avec les autres d’une manière nouvelle, non plus comme des orphelins, mais comme des fils du même Père, bon et miséricordieux. Et cela change tout ! Nous pouvons nous regarder comme des frères, et nos différences ne font que multiplier la joie et l’émerveillement d’appartenir à cette unique paternité et fraternité.

[00806-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en sortie 13 mai 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons l’entrevue réalisée avec Jacques Gauthier, théologien et auteur du livre « Jésus raconté pas ses proches » aux éditions Novalis. Dans la deuxième partie d’émission l’abbé Claude Paradis nous présente sa troisième chronique des « actualités de la rue » et dans laquelle il nous parle de Mgr Camara au Brésil et de l’histoire de son dévouement auprès des plus pauvres. Enfin, le chorale « Sous les étoiles » composé de sans abris de Montréal nous interprète la chanson « quand les hommes vivront d’amour ».

Vers le diaconat des femmes ?

diaconat femmes

L’emballement médiatique ne s’est pas fait attendre après la déclaration d’intention du Pape de se pencher sur la question du diaconat des femmes.

Jeudi 12 mai, lors d’une audience avec des centaines de supérieures majeures venues du monde entier, le Pape répond à une question posée par l’une d’entre elles sur  le diaconat féminin et la création d’une commission pour étudier la question.

Dans sa réponse le Souverain Pontife rappelle d’abord l’existence de « diaconesses » dans les premiers temps de l’Église. Mais « quel était le rôle des femmes diacres en ces temps ? Avaient-elles l’ordination ou non ? » Interroge-t-il. Le Concile de Chalcédoine (451) en parlait « mais c’est un peu obscur » admet le pontife argentin qui rappelle en outre qu’il existe quelques publications sur le diaconat dans l’Église, mais que là encore « ce n’est pas clair sur comment c’était » à l’époque.

« Je crois que je demanderai à la Congrégation pour la doctrine de la foi qu’elle me fasse un compte-rendu des études sur ce thème », a expliqué le Saint-Père avant d’ajouter qu’il aimerait « constituer une commission officielle qui puisse étudier la question […] surtout en ce qui concerne les premiers temps de l’Église ».

La déclaration a fait couler beaucoup d’encre et suscité diverses interprétations, certains voyant là une porte entrouverte vers le diaconat féminin, ou même l’ordination de femmes prêtres. Si bien que le Saint-Siège a dû mettre les choses au clair.

Sur Tweeter, le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Becciù, explique avoir reçu un appel du Pape, surpris par cet emballement. En effet le Saint-Père envisage la création d’une commission pour étudier la question, mais « ne tirons pas de conclusions » écrit-il dans un tweet.

Dans des propos rapportés par Radio Vatican, le porte-parole du Saint-Siège a été on ne peut plus clair en soulignant que le Souverain Pontife « n’a jamais dit qu’il avait l’intention d’approuver l’ordination diaconale des femmes et certainement pas l’ordination de femmes prêtres. Au contraire, en ce qui concerne ce dernier point, il a clairement laissé entendre qu’il n’y pensait pas du tout ».

Le diaconat des femmes est une question lancinante dans l’Église. En 1987, lors du Synode consacré à la place des laïcs dans l’Église et dans le monde, des évêques ont demandé la possibilité pour les femmes de devenir diacre.

Plus récemment, lors du Synode sur la famille en octobre 2015, Mgr Paul-André Durocher, archevêque de Gatineau, estimait qu’il fallait « considérer sérieusement l’ordination de diaconesses parce que le diaconat, dans la tradition de l’Église, ne mène pas à la prêtrise mais plutôt au ministère ».

Les prédécesseurs du pape François ont longuement examiné cette proposition avant d’y répondre par la négative. Aujourd’hui le pape argentin poursuit cet examen. Pas de quoi s’emballer.

Échos du Vatican

Le pape François est recompensé pour son oeuvre en faveur de l’Europe, et les nouvelles recrues de la Garde suisse pontificale prêtent serment.