Venez à moi, vous tous qui avez faim et soif!

Kurelek-croppedDix-huitième dimanche du temps ordinaire

Isaïe 55,1-3
Romains 8,35.37-39
Matthieu 14,13-21

Le souvenir de saint Paul à Rome

Chaque fois que je visite la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, je m’arrête dans la cour monumentale devant la statue saisissante de l’Apôtre saint Paul, qui semble accueillir solennellement visiteurs et pèlerins dans le sanctuaire consacré à sa mémoire.  Il y a quelque chose de particulièrement stimulant dans cette représentation plutôt insolite du grand Apôtre des Gentils. Il domine l’esplanade, l’air sombre, la tête inclinée et coiffée de ce qui ressemble à une écharpe de prière juive, qui lui recouvre le front. L’apôtre tient fermement en main l’épée de la puissance de la Parole de Dieu.  Paul semble fatigué – il porte le poids du ministère – mais son audace et son dynamisme pastoral surmontent la fatigue physique.

Je comprends mieux la deuxième lecture d’aujourd’hui, Romains 8,35-39, quand je repense à l’imposante statue de saint Paul à Rome. La puissance victorieuse de l’amour de Dieu a surmonté tous les obstacles à notre salut et toutes les menaces qui voudraient nous séparer de Dieu. Quand Paul parle du « présent » et de « l’avenir » (v. 38), il fait peut-être allusion à des données astrologiques. Il semble dire que l’évangile libère les croyants de la dépendance à l’égard des astrologues.  Étant donné que les esprits hostiles étaient associés aux planètes et aux étoiles, Paul inclut les puissances (v. 38) dans sa liste de forces négatives ou mauvaises. Son allusion aux « cieux » et aux « abîmes » (v. 39) désigne peut-être les positions du zodiac, la position des corps célestes par rapport à l’horizon. Dans les textes astrologiques, le terme pour la hauteur désigne « l’exaltation », c’est-à-dire la position dans laquelle une planète exerce la plus forte influence.

« Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ? »

Romains 8, 35-39 est l’un des passages que je préfère dans le Nouveau Testament.  C’est du Paul typique. Paul qui s’accroche à la foi, aux bonnes heures comme aux mauvaises, dans la maladie et le scandale comme dans la santé. La foi, c’est son point d’appui : son amour pour le Christ crucifié est la garantie de l’amour invincible de Dieu, de la constance de l’amour rédempteur de Dieu pour le monde. « Ya-t-il quelque chose qui puisse nous séparer de l’amour du Christ? » s’écrie Paul (v. 35). C’est la question brûlante au fond du cœur d’un ardent serviteur de l’Évangile… de quelqu’un qui est mobilisé et consumé par la mission. C’est la question qui naît dans l’esprit et le cœur d’un adulte qui a l’expérience de la vie, qui a vécu dans l’Église et qui la connaît de l’intérieur, et qui refuse néanmoins de se laisser décourager par ses scandales et ses frustrations; la question d’un leader qui a de grands idéaux communautaires mais qui a parfaitement conscience de la triste réalité des divisions et des conflits. C’est le soupir de qui a connu la réalité de la souffrance mais qui n’a jamais cessé de nourrir de grands espoirs, une profonde espérance chrétienne ….  Pas de petits espoirs à rabais, de grands espoirs. [Read more...]

« Toujours prier sans se décourager »

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Image: Courtoisie de CNS

« Toujours prier sans se décourager » (Luc 18, 1)

Depuis quelque temps, le monde vit des instabilités grandissantes dans plusieurs parties du monde. Que les conflits soient en Ukraine, en Syrie, au Liban, au Nigéria, en Irak et, plus récemment, dans la bande de Gaza, les moyens de communication font en sorte que nous nous sentons de plus en plus directement concernés par ces conflits. De plus, avec la globalisation, cette instabilité tend à s’accroître à l’extérieur des frontières des pays impliqués. Comment réagir chrétiennement à cette situation difficile?

Selon moi, la solution se trouve dans l’imitation de l’attitude du pape François. En effet, lors de son voyage en Terre sainte il y a quelques mois, le Saint-Père a appelé des représentants palestiniens et israéliens à venir prier avec lui au Vatican le 8 juin dernier. Cette rencontre fut riche d’émotion et de fraternité. Devant les événements des derniers jours, plusieurs se demandent ce qui s’est passé. N’étions-nous pas sur la bonne voie? La prière est-elle vraiment utile? La paix est-elle possible? C’est la tentation du découragement qui nous guette tous.

Pour ne pas perdre espoir, il est important de s’arrêter quelques instants sur la réalité de la prière. Dans un premier temps, et pour satisfaire notre envie moderne d’efficacité, nous pourrions nous consoler en nous disant que peut-être sans cette rencontre le conflit aurait été pire encore! Cette réponse ne nous satisfait cependant qu’à moitié. La prière est subtile et profonde. C’est pourquoi elle échappe au calcul géostratégique et politique. L’Église enseigne que la prière est tout d’abord un lieu de rencontre où tous les hommes de bonne volonté peuvent se réunir. En effet, « l’homme reste à l’image de son créateur. Il garde le désir de Celui qui l’appelle à l’existence. Toutes les religions témoignent de cette quête essentielle des hommes »[1] . Ainsi, la prière peut réunir tous les hommes, même les plus grands ennemis, puisqu’elle est une réponse à l’appel universel à l’Amour de Dieu.

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La prière du roi, l’espoir du royaume

Kingdom-cropped-533x300Dix-septième dimanche du temps ordinaire

1 Rois 3,5.7-12
Romains 8,28-30
Matthieu 13,44-52

Salomon recherche la sagesse

It est important de connaître le contexte historique de la première lecture d’aujourd’hui, tirée du Premier Livre des Rois (3,5.7-12).  Salomon vient d’être intronisé troisième roi d’Israël. C’est à lui, le fils préféré de Bethsabée, que le pouvoir est échu. On nous le présente non pas sous les traits légendaires du grand roi bon et juste mais plutôt comme un homme déjà compromis dans sa vie publique comme dans ses relations personnelles. Loin d’être l’enfant innocent qui s’agenouille devant Dieu, il serait plutôt le fils dévoyé qui se prosterne devant le Seigneur, conscient de ce qui peut le détourner de la voie de la sagesse et du discernement. La prière de Salomon pour demander la sagesse révèle un jeune homme qui manque encore d’assurance au moment de monter sur le trône.

Le commencement de la sagesse, c’est de reconnaître qu’on a besoin de sagesse. Qu’est-ce que Salomon demande à Dieu? Il lui demande d’abord « un cœur attentif » (v. 9), la faculté « d’écouter intelligemment », souvent associée à l’attention et à l’obéissance. Le mot peut signifier discerner, prêter l’oreille, écouter, obéir, percevoir ou comprendre.  Il demande aussi de savoir « discerner », « distinguer mentalement, comprendre ou agir avec sagesse ». Le Seigneur reprend le mot dans sa réponse au verset 12, et il en ajoute encore un autre : « je te donne (littéralement) un cœur intelligent, habile ou astucieux ». Salomon espère recevoir la sagesse en écoutant attentivement le Seigneur et en lui obéissant.

La sagesse demandée par Salomon concernait la fonction qu’il était appelé à remplir. Sa prière a plu au Seigneur, qui lui a accordé non seulement ce qu’il demandait mais aussi ce qu’il n’avait pas demandé : la richesse, l’honneur et la gloire. Et l’histoire montrera qu’Israël fut « frappé d’étonnement et d’admiration devant la sagesse de Salomon parce qu’on percevait chez lui la sagesse de Dieu ». Dans le Nouveau Testament, quand Jésus enseigne, il évoque la sagesse de Salomon mais pour ajouter « et il y a ici bien plus que Salomon » (Matthieu 12,42). Jésus parle de ce qu’il est lui-même, le Christ, le Fils de Dieu. [Read more...]

La mort n’est pas une fin mais une transition

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La mort n’est pas une fin mais une transition

Confronter la réalité de l’Euthanasie

Les médias ont causé beaucoup de confusion au sujet de l’euthanasie et ont été extrêmement fallacieux dans leur représentation de la souffrance humaine et de la compassion. Les personnes, qui pensent que l’euthanasie et le suicide assisté devraient être légalisés, ne voient pas le problème dans son ensemble. Ils pensent en terme d’autonomie personnelle et de choix. Ils pensent à ce qu’ils ressentiraient s’ils devenaient soudainement impotents et considèrent une telle vie comme indigne et, donc, comme ne valant pas la peine d’être vécue. Peut-être considèrent-ils les personnes handicapées comme des personnes n’ayant aucune qualité de vie. Notre dignité et notre qualité de vie ne viennent pas de ce que nous pouvons ou ne pouvons pas faire. La dignité et la qualité de vie ne sont pas une question d’efficacité, de compétence ou de productivité. Elles découlent d’une réalité plus profonde, de ce que nous sommes et de nos relations avec les autres.

La possibilité que l’euthanasie et/ou suicide assisté puisse être une réalité pour nous au Canada devrait être un appel à tous les Canadiens. Pas seulement parce que la vie est une réalité sacrée qui doit être respectée depuis la conception jusqu’à la mort naturelle mais, plus simplement, parce qu’une telle loi affecterait les plus vulnérables : les malades chroniques qui ont besoin du système de santé, les personnes âgées qui ont été abandonnées et qui n’ont personne pour parler en leur nom et qui sentent qu’elles sont un poids pour les autres, les handicapés qui doivent se battre tous les jours pour maintenir leur intégrité et leur dignité. [Read more...]

« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson… »

Wheat-field-croppedSeizième dimanche du temps ordinaire

Sagesse 12,13.16-19
Romains 8,26-27
Matthieu 13,24-43

Encore une fois, dans l’Évangile de cette semaine, des images d’arbres, d’arbustes et de plantes potagères en croissance nous offrent de profondes intuitions sur la lenteur et la discrétion de l’action du Royaume de Dieu parmi nous et en nous. L’Évangile d’aujourd’hui est propre à Matthieu (13, 24-33).  Au cœur de la parabole du bon grain et de l’ivraie, il y a tout le prix qu’on attache au blé. Le propriétaire du champ refuse d’en perdre même un tout petit peu pour se débarrasser des mauvaises herbes.

L’ivraie qui apparaît au verset 25 est un herbacé toxique qui, à ses premières étapes de croissance, ressemble au blé.  Une tige d’ivraie peut pousser juste à côté d’une tige de blé et rêver du même sort alors qu’en fait elle est vouée à la destruction. L’ivraie est dangereuse pour le blé parce que ses racines tentent d’affamer la céréale en la coupant de ses nutriments. Le refus du propriétaire d’autoriser ses esclaves à séparer le bon grain de l’ivraie alors que les deux plantes sont encore en croissance est en fait un avertissement destiné aux disciples : ils ne doivent pas essayer de prévenir le jugement final de Dieu en excluant définitivement les pécheurs du Royaume. Celui-ci, dans son état actuel, comprend des bons et des méchants, les fils du Royaume et les fils du Mauvais. Seul le jugement de Dieu éliminera les pécheurs. Jusque-là, il s’agit d’être patient et de prêcher le repentir. Nous avons beaucoup à apprendre de la patience de Dieu que nous voyons laisser les bons et les méchants grandir ensemble.

Comme il est important de nous rappeler cela quand nous manquons de patience face au rôle de Dieu dans l’histoire humaine. Souvent nous nous demandons : « Mais quand Dieu nous donnera-t-il raison comme il nous l’a promis? » Combien de temps encore, Seigneur, avant que tu nous montres ta force et ta puissance et que tu disperses nos ennemis?  Combien de temps encore avant que tu nous montres ton visage?  Mais plus nous nous enlisons dans ces ornières, plus nous devenons obsédés par la persistance du mal et plus nous oublions le bien qui émerge et grandit lentement. Dieu aime davantage le bien qu’il ne déteste le mal.  [Read more...]

Le ferment dans la pâte ou l’humanisation du Mondial

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Photo: Courtoisie de Catholic News Service

La coupe du monde de soccer, qui est sur le point de se terminer, nous invite à réfléchir sur la nature du sport et sur son rapport avec le développement de la personne humaine. La popularité du sport en général, dont le soccer est un représentant emblématique, manifeste l’universalité du phénomène. Peu importe l’âge, la nationalité, la race ou l’idéologie politique, le sport réussit à enflammer les cœurs et procure un sentiment de satisfaction et d’appartenance. Pourquoi ces deux sentiments réussissent-ils par leur intensité à procurer autant de joie ? La réponse à cette question trouve une réponse dans le Mystère de la Sainte Trinité. En effet, le Dieu Trine est une communion de personnes unies substantiellement par une communion d’amour divinement infinie. Qu’est-ce que cela à voir avec le soccer me direz-vous ? Le lien provient de la création de l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu. En effet, l’homme étant fait à l’image d’un Dieu « communautaire », c’est-à-dire d’une communion de Personnes si parfaites qu’elle est de toute éternité Une Substance, il aura nécessairement ce désir de communion inscrit au plus profond de son être. Les sentiments d’appartenance et de communion sont ce que le sport permet de réaliser, lui donnant ainsi un avant goût de l’accomplissement de sa nature profonde. [Read more...]

Voyage dans les camps de réfugiés syriens : Témoignage du père Rosica

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Le père Thomas Rosica, président de l’Université Assomption et directeur de la chaîne Sel et lumière revient d’un voyage au Moyen Orient. Pendant une dizaine de jours, il a visité des camps de réfugiés syriens au Liban et en Jordanie. Il a été un témoin privilégié du quotidien de ces personnes déplacées par ce long conflit et du travail compliqué des organisations humanitaires sur place.

Entrevue radio animée par Charles Lévesque de Ici Radio-Canada Windsor

La Parole de Dieu n’est jamais dite en vain

Wheat-cropped-533x300Quinzième dimanche du temps ordinaire

Isaïe 55,10-11
Romains 8,18-23
Matthieu 13,1-23

Au verset 10 de la première lecture d’aujourd’hui, tirée du chapitre 55 du prophète Isaïe, nous lisons : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange. » En effet, la pluie peut sembler perdue quand elle tombe dans le désert mais elle répond à un dessein de Dieu. Ainsi la parole de l’Évangile tombée dans un cœur endurci; elle suscite parfois un changement de vie. Et si ce n’est pas le cas, elle laisse l’auditeur sans excuse.

Non seulement Isaïe compare-t-il la Parole de Dieu à la pluie mais il la compare aussi à la neige – un autre météore qu’on n’apprécie pas assez pour ce qu’il fait vraiment. La neige n’a pas seulement pour but de recouvrir les pentes de ski, d’offrir des pistes aux motoneiges ou de permettre aux enfants de confectionner des bonshommes de neige. Son but premier, comme pour la pluie, consiste à fournir la terre en eau et en humidité pour que les plantes et les arbres puissent vivre et grandir.

Chaque fois que tombent la neige ou la pluie, elles fournissent un élément essentiel : l’humidité qui fait germer et se développer les semences plantées dans le sol. La neige et la pluie s’acquittent toujours de leur mission. Au verset 11, nous voyons que la Parole de Dieu, comme la pluie et la neige venues du ciel, remplit toujours la mission que Dieu lui a confiée : « ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. » Quelle foi, quelle patience et quelle persévérance il faut pour accepter cette vérité! [Read more...]

Homélie du Pape François du 7 juillet 2014

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Lundi matin, le Pape a célébré la messe en la chapelle Sainte-Marthe avec six victimes de prêtres pédophiles venues d’Allemagne, d’Irlande et du Royaume-Uni, et avec les membres de la commission pontificale pour la protection des mineurs. Voici la traduction française de son homélie réalisée par Sel et Lumière :

L’image de Pierre qui, voyant sortir Jésus de l’interrogatoire, croisa son regard et se mit à pleurer me touche particulièrement aujourd’hui. En effet, votre regard m’arrive au cœur avec ceux de tant d’hommes et de femmes, de garçons et de filles. Je sens le regard de Jésus et je demande la grâce que l’Église puisse pleurer et faire réparation pour ces enfants qui ont trahi leur mission, qui ont abusé de personnes innocentes. Aujourd’hui je vous suis reconnaissant d’être venus jusqu’ici.

Depuis longtemps, je sens dans mon cœur une douleur profonde, une souffrance, longtemps cachée, dissimulée avec une complicité qui n’a pas d’explication, jusqu’à ce que quelqu’un sente le regard de Jésus, et un autre la même chose, et un autre la même chose… et ils ont eu le courage de soutenir ce regard. Ces petits qui ont commencé à pleurer, comme par contagion, ont réveillé notre conscience devant ce crime et ce péché grave.

Voilà mon tourment et ma douleur devant le fait que certains prêtres et évêques ont violé l’innocence de mineurs et ainsi leur propre vocation sacerdotale en les abusant sexuellement. Il s’agit de beaucoup plus que des actes répréhensibles. C’est comme un culte sacrilège car ces enfants ont été confiés au charisme sacerdotal pour être amenés vers Dieu, et eux les ont sacrifiés à l’idole de leur concupiscence. Ils ont profané l’image même de Dieu par laquelle nous avons été créés. L’enfance, nous le savons tous, est un trésor. Le cœur des jeunes, ouvert et plein de confiance, contemple les mystères de l’Amour de Dieu et se montre disponible à la foi d’une manière unique. Aujourd’hui, le cœur de l’Église regarde les yeux de Jésus dans ces jeunes enfants garçons et filles et veut pleurer. Elle demande la grâce de pleurer devant de tels actes exécrables d’abus perpétrés contre des mineurs. Des actes qui ont laissé des cicatrices pour toute la vie. [Read more...]

Tragédie à Lac-Mégantic un an plus tard

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Il y a maintenant un an, un terrible accident ferroviaire venait toucher la communauté de Lac-Mégantic emportant avec lui 47 personnes. Devant un tel drame, il est parfois difficile de trouver les mots justes pour tenter de découvrir le sens que peuvent revêtir la souffrance et la détresse. Une telle entreprise n’est toutefois pas dénuée de pertinence. En effet, depuis toujours, la souffrance représente pour l’homme un véritable scandale. Cela est dû au fait qu’il y a dans le cœur humain un désir d’absolu si grand qu’il se sent rapidement trahi lorsqu’il est confronté à sa propre finitude. Les chrétiens ne sont pas à l’abri de ce sentiment puisque Dieu leur a révélé qu’Il se faisait proche d’eux et attentif à tous leurs besoins comme un Père pour ses enfants. Comment donc un Dieu Tout-Puissant et, à fortiori, Tout-Aimant peut-Il laisser une catastrophe pareille arriver et une peine pareille être infligée? La réponse se trouve dans la reformulation de cette même question.

L’Église et l’expérience chrétienne enseignent que « la foi en Dieu le Père Tout-Puissant peut être mise à l’épreuve par l’expérience du mal et de la souffrance. Parfois Dieu peut sembler absent et incapable d’empêcher le mal » (CEC no 272).[1] L’expérience du mal et sa conséquence, la souffrance, génèrent presque nécessairement un sentiment de révolte et d’incompréhension. Cependant, en se faisant proche de ceux qui souffrent, l’Église rend témoignage de la présence du Christ au milieu d’eux. D’un côté, elle reconnaît en eux la présence du Christ souffrant mais à son tour elle apporte la lumière du Christ présent dans les sacrements, spécialement l’Eucharistie. Cela apparaît effectivement mystérieux puisque en ce sens c’est le Christ qui se rencontre lui-même en nous! Effectivement, le mystère de l’Église, Corps mystique du Christ, se révèle à travers toutes les dimensions de la vie humaine (naissance, mariage, etc.) mais également dans les moments de souffrance. C’est dans ces circonstances que le Christ manifeste le plus pleinement son Amour pour l’humanité. Nous pouvons voir quelque chose de semblable dans les relations humaines. De fait, c’est lorsque nous sommes dépouillés de nos sécurités (perte d’emploi, de réputation, deuil, etc.) que l’on voit, d’un côté, qui sont nos vrais amis et, de l’autre, à quel point nous avons besoin d’eux. Cela se manifeste avec Dieu de manière analogue. Lorsque tout va mal, on se rend compte, d’une part, de la grandeur de la fidélité de Dieu et, d’autre part, de notre absolu dépendance à l’égard de son Amour. C’est pourquoi l’Église enseigne que « Dieu le Père a révélé Sa Toute Puissance de la façon la plus mystérieuse dans l’abaissement volontaire et dans la Résurrection de son Fils, par lesquels Il a vaincu le mal » (CEC no 272). Ainsi, bien qu’il soit légitime de rechercher la présence de Dieu à travers les événements tragiques, nous ne devons pas tenter de rechercher sa Toute Puissance à la manière d’un « Superman ». C’est plutôt dans son abaissement que nous la retrouverons. En effet, « seule la foi peut adhérer aux voies mystérieuses de la Toute Puissance de Dieu » (CEC no 272) puisque c’est seulement par ce nouveau regard que nous pourrons percevoir la Toute-Puissance de Dieu dans la souffrance et la mort puisqu’elle s’est révélée dans l’Incarnation du Fils Unique de Dieu qui a pris « la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Phi 2, 7-8). Ainsi, ce passage difficile de l’acceptation de la mort est rendu possible grâce à la croix du Christ et c’est ainsi que nous serons amené jusqu’à la Résurrection. [Read more...]