{"id":5962,"date":"2011-09-22T12:26:48","date_gmt":"2011-09-22T17:26:48","guid":{"rendered":"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/?p=5962"},"modified":"2011-09-22T12:31:14","modified_gmt":"2011-09-22T17:31:14","slug":"benoit-xvi-rappelle-limportance-de-la-justice-dans-la-vie-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/benoit-xvi\/benoit-xvi-rappelle-limportance-de-la-justice-dans-la-vie-politique","title":{"rendered":"Beno\u00eet XVI rappelle l&#8217;importance de la justice dans la vie politique"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/Discours-devant-le-parlement-dAllemagne.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignright size-full wp-image-5963\" title=\"Discours devant le parlement d'Allemagne\" src=\"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/Discours-devant-le-parlement-dAllemagne.jpg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"300\" \/><\/a>Aujourd\u2019hui, Beno\u00eet XVI a prononc\u00e9 un discours devant le Bundestag, la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019Allemagne qu\u2019un pape s\u2019est adress\u00e9 devant le parlement. Le Saint-P\u00e8re a rappel\u00e9 aux hommes et aux femmes politiques que la justice constitue le fondement de toute gouvernance politique. Voulant partager une r\u00e9flexion sur les fondements du droit et de la politique, Beno\u00eet XVI a invit\u00e9 tous les hommes et femmes politiques \u00e0 travailler pour le bien-\u00eatre de l\u2019humanit\u00e9. Voici le discours du Saint-P\u00e8re:<\/p>\n<blockquote><p>Monsieur le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique,<br \/>\nMonsieur le Pr\u00e9sident du Bundestag,<br \/>\nMadame la Chanceli\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale,<br \/>\nMonsieur le Pr\u00e9sident du Bundesrat,<br \/>\nMesdames et messieurs les D\u00e9put\u00e9s,<\/p>\n<p>C\u2019est pour moi un honneur et une joie de parler devant cette Chambre haute \u2013 devant le Parlement de ma patrie allemande, qui se r\u00e9unit ici comme repr\u00e9sentation du peuple, \u00e9lue d\u00e9mocratiquement, pour travailler pour le bien de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Allemagne. Je voudrais remercier Monsieur le Pr\u00e9sident du Bundestag pour son invitation \u00e0 tenir ce discours, ainsi que pour les aimables paroles de bienvenue et d\u2019appr\u00e9ciation avec lesquelles il m\u2019a accueilli. En cette heure, je m\u2019adresse \u00e0 vous, Mesdames et Messieurs \u2013 certainement aussi comme compatriote qui se sait li\u00e9 pour toute la vie \u00e0 ses origines et suit avec int\u00e9r\u00eat le devenir de la Patrie allemande. Mais l\u2019invitation \u00e0 tenir ce discours m\u2019est adress\u00e9e en tant que Pape, en tant qu\u2019\u00c9v\u00eaque de Rome, qui porte la responsabilit\u00e9 supr\u00eame pour la chr\u00e9tient\u00e9 catholique. En cela, vous reconnaissez le r\u00f4le qui incombe au Saint Si\u00e8ge en tant que partenaire au sein de la communaut\u00e9 des Peuples et des \u00c9tats. Sur la base de ma responsabilit\u00e9 internationale, je voudrais vous proposer quelques consid\u00e9rations sur les fondements de l\u2019\u00c9tat de droit lib\u00e9ral.<!--more--><\/p>\n<p>Vous me permettrez de commencer mes r\u00e9flexions sur les fondements du droit par un petit r\u00e9cit tir\u00e9 de la Sainte \u00c9criture. Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu\u2019au jeune roi Salomon, \u00e0 l\u2019occasion de son intronisation, Dieu accorda d\u2019avancer une requ\u00eate. Que demandera le jeune souverain en ce moment important ? Succ\u00e8s, richesse, une longue vie, l\u2019\u00e9limination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda : \u00ab Donne \u00e0 ton serviteur un c\u0153ur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal \u00bb (1 R 3, 9). Par ce r\u00e9cit, la Bible veut nous indiquer ce qui en d\u00e9finitive doit \u00eatre important pour un politicien. Son crit\u00e8re ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas \u00eatre le succ\u00e8s et encore moins le profit mat\u00e9riel. La politique doit \u00eatre un engagement pour la justice et cr\u00e9er ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succ\u00e8s qui en soi lui ouvre la possibilit\u00e9 de l\u2019action politique effective ! Mais le succ\u00e8s est subordonn\u00e9 au crit\u00e8re de la justice, \u00e0 la volont\u00e9 de mettre en \u0153uvre le droit et \u00e0 l\u2019intelligence du droit. Le succ\u00e8s peut aussi \u00eatre une s\u00e9duction, et ainsi il peut ouvrir la route \u00e0 la contrefa\u00e7on du droit, \u00e0 la destruction de la justice. \u00ab Enl\u00e8ve le droit \u2013 et alors qu\u2019est ce qui distingue l\u2019\u00c9tat d\u2019une grosse bande de brigands ? \u00bb a dit un jour saint Augustin . Nous Allemands, nous savons par notre exp\u00e9rience que ces paroles ne sont pas un phantasme vide. Nous avons fait l\u2019exp\u00e9rience de s\u00e9parer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l\u2019\u00c9tat \u00e9tait devenu une bande de brigands tr\u00e8s bien organis\u00e9e, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du pr\u00e9cipice. Servir le droit et combattre la domination de l\u2019injustice est et demeure la t\u00e2che fondamentale du politicien. Dans un moment historique o\u00f9 l\u2019homme a acquis un pouvoir jusqu\u2019ici inimaginable, cette t\u00e2che devient particuli\u00e8rement urgente. L\u2019homme est en mesure de d\u00e9truire le monde. Il peut se manipuler lui-m\u00eame. Il peut, pour ainsi dire, cr\u00e9er des \u00eatres humains et exclure d\u2019autres \u00eatres humains du fait d\u2019\u00eatre des hommes. Comment reconnaissons-nous ce qui est juste ? Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent ? La demande de Salomon reste la question d\u00e9cisive devant laquelle l\u2019homme politique et la politique se trouvent aussi aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Pour une grande partie des mati\u00e8res \u00e0 r\u00e9guler juridiquement, le crit\u00e8re de la majorit\u00e9 peut \u00eatre suffisant. Mais il est \u00e9vident que dans les questions fondamentales du droit, o\u00f9 est en jeu la dignit\u00e9 de l\u2019homme et de l\u2019humanit\u00e9, le principe majoritaire ne suffit pas : dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilit\u00e9 doit chercher elle-m\u00eame les crit\u00e8res de sa propre orientation. Au troisi\u00e8me si\u00e8cle, le grand th\u00e9ologien Orig\u00e8ne a justifi\u00e9 ainsi la r\u00e9sistance des chr\u00e9tiens \u00e0 certains r\u00e8glements juridiques en vigueur : \u00ab Si quelqu\u2019un se trouvait chez les Scythes qui ont des lois irr\u00e9ligieuses, et qu\u2019il fut contraint de vivre parmi eux\u2026 celui-ci certainement agirait de fa\u00e7on tr\u00e8s raisonnable si, au nom de la loi de la v\u00e9rit\u00e9 qui chez les Scythes est justement ill\u00e9galit\u00e9, il formerait aussi avec les autres qui ont la m\u00eame opinion, des associations contre le r\u00e8glement en vigueur\u2026 \u00bb .<\/p>\n<p>Sur la base de cette conviction, les combattants de la r\u00e9sistance ont agi contre le r\u00e9gime nazi et contre d\u2019autres r\u00e9gimes totalitaires, rendant ainsi un service au droit et \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. Pour ces personnes il \u00e9tait \u00e9vident de fa\u00e7on incontestable que le droit en vigueur \u00e9tait, en r\u00e9alit\u00e9, une injustice. Mais dans les d\u00e9cisions d\u2019un politicien d\u00e9mocrate, la question de savoir ce qui correspond maintenant \u00e0 la loi de la v\u00e9rit\u00e9, ce qui est vraiment juste et peut devenir loi, n\u2019est pas aussi \u00e9vidente. Ce qui, en r\u00e9f\u00e9rence aux questions anthropologiques fondamentales, est la chose juste et peut devenir droit en vigueur, n\u2019est pas du tout \u00e9vident en soi aujourd\u2019hui. \u00c0 la question de savoir comment on peut reconna\u00eetre ce qui est vraiment juste et servir ainsi la justice dans la l\u00e9gislation, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 facile de trouver la r\u00e9ponse et aujourd\u2019hui, dans l\u2019abondance de nos connaissances et de nos capacit\u00e9s, cette question est devenue encore plus difficile.<\/p>\n<p>Comment reconna\u00eet-on ce qui est juste ? Dans l\u2019histoire, les r\u00e8glements juridiques ont presque toujours \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9s de fa\u00e7on religieuse : sur la base d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la divinit\u00e9 on d\u00e9cide ce qui parmi les hommes est juste. Contrairement aux autres grandes religions, le christianisme n\u2019a jamais impos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 un droit r\u00e9v\u00e9l\u00e9, un r\u00e8glement juridique d\u00e9coulant d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation. Il a au contraire renvoy\u00e9 \u00e0 la nature et \u00e0 la raison comme vraies sources du droit \u2013 il a renvoy\u00e9 \u00e0 l\u2019harmonie entre raison objective et subjective, une harmonie qui toutefois suppose le fait d\u2019\u00eatre toutes deux les sph\u00e8res fond\u00e9es dans la Raison cr\u00e9atrice de Dieu. Avec cela les th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens se sont associ\u00e9s \u00e0 un mouvement philosophique et juridique qui s\u2019\u00e9tait form\u00e9 depuis le II\u00e8me si\u00e8cle av. JC. Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du deuxi\u00e8me si\u00e8cle pr\u00e9chr\u00e9tien, il y eut une rencontre entre le droit naturel social d\u00e9velopp\u00e9 par les philosophes sto\u00efciens et des ma\u00eetres influents du droit romain . Dans ce contact est n\u00e9e la culture juridique occidentale, qui a \u00e9t\u00e9 et est encore d\u2019une importance d\u00e9terminante pour la culture juridique de l\u2019humanit\u00e9. De ce lien pr\u00e9chr\u00e9tien entre droit et philosophie part le chemin qui conduit, \u00e0 travers le Moyen-\u00e2ge chr\u00e9tien, au d\u00e9veloppement juridique des Lumi\u00e8res jusqu\u2019\u00e0 la D\u00e9claration des Droits de l\u2019homme et jusqu\u2019\u00e0 notre Loi Fondamentale allemande, par laquelle notre peuple, en 1949, a reconnu \u00ab les droits inviolables et inali\u00e9nables de l\u2019homme comme fondement de toute communaut\u00e9 humaine, de la paix et de la justice dans le monde \u00bb.<\/p>\n<p>Pour le d\u00e9veloppement du droit et pour le d\u00e9veloppement de l\u2019humanit\u00e9 il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif que les th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens aient pris position contre le droit religieux demand\u00e9 par la foi dans les divinit\u00e9s, et se soient mis du c\u00f4t\u00e9 de la philosophie, reconnaissant la raison et la nature dans leur corr\u00e9lation comme source juridique valable pour tous. Saint Paul avait d\u00e9j\u00e0 fait ce choix quand, dans sa Lettre aux Romains, il affirmait : \u00abQuand des pa\u00efens priv\u00e9s de la Loi [la Torah d\u2019Isra\u00ebl] accomplissent naturellement les prescriptions de la Loi, \u2026 ils se tiennent \u00e0 eux-m\u00eames lieu de Loi ; ils montrent la r\u00e9alit\u00e9 de cette loi inscrite en leur c\u0153ur, \u00e0 preuve le t\u00e9moignage de leur conscience\u2026 \u00bb (2, 14s.). Ici apparaissent les deux concepts fondamentaux de nature et de conscience, o\u00f9 \u00ab conscience \u00bb n\u2019est autre que le \u00ab c\u0153ur docile \u00bb de Salomon, la raison ouverte au langage de l\u2019\u00eatre. Si avec cela jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res, de la D\u00e9claration des Droits de l\u2019Homme apr\u00e8s la seconde guerre mondiale et jusqu\u2019\u00e0 la formation de notre Loi Fondamentale, la question des fondements de la l\u00e9gislation semblait claire, un dramatique changement de la situation est arriv\u00e9 au cours du dernier demi si\u00e8cle. L\u2019id\u00e9e du droit naturel est consid\u00e9r\u00e9e aujourd\u2019hui comme une doctrine catholique plut\u00f4t singuli\u00e8re, sur laquelle il ne vaudrait pas la peine de discuter en dehors du milieu catholique, de sorte qu\u2019on a presque honte d\u2019en mentionner m\u00eame seulement le terme. Je voudrais bri\u00e8vement indiquer comment il se fait que cette situation se soit cr\u00e9\u00e9e. Avant tout, la th\u00e8se selon laquelle entre l\u2019\u00eatre et le devoir \u00eatre il y aurait un ab\u00eeme insurmontable, est fondamentale. Du fait d\u2019\u00eatre ne pourrait pas d\u00e9couler un devoir, parce qu\u2019il s\u2019agirait de deux domaines absolument diff\u00e9rents. La base de cette opinion est la conception positiviste, aujourd\u2019hui presque g\u00e9n\u00e9ralement adopt\u00e9e, de nature et de raison. Si on consid\u00e8re la nature \u2013 avec les paroles de Hans Kelsen \u2013 comme \u00ab un agr\u00e9gat de donn\u00e9es objectives, jointes les unes aux autres comme causes et effets \u00bb, alors aucune indication qui soit en quelque mani\u00e8re de caract\u00e8re \u00e9thique ne peut r\u00e9ellement en d\u00e9couler . Une conception positiviste de la nature, qui entend la nature de fa\u00e7on purement fonctionnelle, comme les sciences naturelles l\u2019expliquent, ne peut cr\u00e9er aucun pont vers l\u2019ethos et le droit, mais susciter de nouveau seulement des r\u00e9ponses fonctionnelles. La m\u00eame chose, cependant, vaut aussi pour la raison dans une vision positiviste, qui chez beaucoup est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019unique vision scientifique. Dans cette vision, ce qui n\u2019est pas v\u00e9rifiable ou falsifiable ne rentre pas dans le domaine de la raison au sens strict. C\u2019est pourquoi l\u2019ethos et la religion doivent \u00eatre assign\u00e9s au domaine du subjectif et tombent hors du domaine de la raison au sens strict du mot. L\u00e0 o\u00f9 la domination exclusive de la raison positiviste est en vigueur \u2013 et cela est en grande partie le cas dans notre conscience publique \u2013 les sources classiques de connaissance de l\u2019ethos et du droit sont mises hors jeu. C\u2019est une situation dramatique qui nous int\u00e9resse tous et sur laquelle une discussion publique est n\u00e9cessaire ; une intention essentielle de ce discours est d\u2019y inviter d\u2019urgence.<\/p>\n<p>Le concept positiviste de nature et de raison, la vision positiviste du monde est dans son ensemble une partie importante de la connaissance humaine et de la capacit\u00e9 humaine, \u00e0 laquelle nous ne devons absolument pas renoncer. Mais elle-m\u00eame dans son ensemble n\u2019est pas une culture qui corresponde et soit suffisante au fait d\u2019\u00eatre homme dans toute son ampleur. L\u00e0 ou la raison positiviste s\u2019estime comme la seule culture suffisante, rel\u00e9guant toutes les autres r\u00e9alit\u00e9s culturelles \u00e0 l\u2019\u00e9tat de sous-culture, elle r\u00e9duit l\u2019homme, ou m\u00eame, menace son humanit\u00e9. Je le dis justement en vue de l\u2019Europe, dans laquelle de vastes milieux cherchent \u00e0 reconna\u00eetre seulement le positivisme comme culture commune et comme fondement commun pour la formation du droit, alors que toutes les autres convictions et les autres valeurs de notre culture sont r\u00e9duites \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019une sous-culture. Avec cela l\u2019Europe se place, face aux autres cultures du monde, dans une condition de manque de culture et en m\u00eame temps des courants extr\u00e9mistes et radicaux sont suscit\u00e9s. La raison positiviste, qui se pr\u00e9sente de fa\u00e7on exclusiviste et n\u2019est pas en mesure de percevoir quelque chose au-del\u00e0 de ce qui est fonctionnel, ressemble \u00e0 des \u00e9difices de b\u00e9ton arm\u00e9 sans fen\u00eatres, o\u00f9 nous nous donnons le climat et la lumi\u00e8re tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu. Toutefois nous ne pouvons pas nous imaginer que dans ce monde auto-construit nous puisons en secret \u00e9galement aux \u00ab ressources \u00bb de Dieu, que nous transformons en ce que nous produisons. Il faut ouvrir \u00e0 nouveau tout grand les fen\u00eatres, nous devons voir de nouveau l\u2019\u00e9tendue du monde, le ciel et la terre et apprendre \u00e0 utiliser tout cela de fa\u00e7on juste.<\/p>\n<p>Mais comment cela se r\u00e9alise-t-il ? Comment trouvons-nous l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9tendue, dans l\u2019ensemble ? Comment la raison peut-elle retrouver sa grandeur sans glisser dans l\u2019irrationnel ? Comment la nature peut-elle appara\u00eetre de nouveau dans sa vraie profondeur, dans ses exigences et avec ses indications ? Je rappelle un processus de la r\u00e9cente histoire politique, esp\u00e9rant ne pas \u00eatre trop mal compris ni susciter trop de pol\u00e9miques unilat\u00e9rales. Je dirais que l\u2019apparition du mouvement \u00e9cologique dans la politique allemande \u00e0 partir des ann\u00e9es soixante-dix, bien que n\u2019ayant peut-\u00eatre pas ouvert tout grand les fen\u00eatres, a toutefois \u00e9t\u00e9 et demeure un cri qui aspire \u00e0 l\u2019air frais, un cri qui ne peut pas \u00eatre ignor\u00e9 ni \u00eatre mis de c\u00f4t\u00e9, parce qu\u2019on y entrevoit trop d\u2019irrationalit\u00e9. Des personnes jeunes s\u2019\u00e9taient rendu compte qu\u2019il y a que chose ne va pas dans nos relations \u00e0 la nature ; que la mati\u00e8re n\u2019est pas seulement un mat\u00e9riel pour notre faire, mais que la terre elle-m\u00eame porte en elle sa propre dignit\u00e9 et que nous devons suivre ses indications. Il est clair que je ne fais pas ici de la propagande pour un parti politique d\u00e9termin\u00e9 \u2013 rien ne m\u2019est plus \u00e9tranger que cela. Quand, dans notre relation avec la r\u00e9alit\u00e9, il y a quelque chose qui ne va pas, alors nous devons tous r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement sur l\u2019ensemble et nous sommes tous renvoy\u00e9s \u00e0 la question des fondements de notre culture elle-m\u00eame. Qu\u2019il me soit permis de m\u2019arr\u00eater encore un moment sur ce point. L\u2019importance de l\u2019\u00e9cologie est d\u00e9sormais indiscut\u00e9e. Nous devons \u00e9couter le langage de la nature et y r\u00e9pondre avec coh\u00e9rence. Je voudrais cependant aborder encore avec force un point qui aujourd\u2019hui comme hier est largement n\u00e9glig\u00e9 : il existe aussi une \u00e9cologie de l\u2019homme. L\u2019homme aussi poss\u00e8de une nature qu\u2019il doit respecter et qu\u2019il ne peut manipuler \u00e0 volont\u00e9. L\u2019homme n\u2019est pas seulement une libert\u00e9 qui se cr\u00e9e de soi. L\u2019homme ne se cr\u00e9e pas lui-m\u00eame. Il est esprit et volont\u00e9, mais il est aussi nature, et sa volont\u00e9 est juste quand il \u00e9coute la nature, la respecte et quand il s\u2019accepte lui-m\u00eame pour ce qu\u2019il est, et qu\u2019il accepte qu\u2019il ne s\u2019est pas cr\u00e9\u00e9 de soi. C\u2019est justement ainsi et seulement ainsi que se r\u00e9alise la v\u00e9ritable libert\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Revenons aux concepts fondamentaux de nature et de raison d\u2019o\u00f9 nous \u00e9tions partis. Le grand th\u00e9oricien du positivisme juridique, Kelsen, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 84 ans \u2013 en 1965 \u2013\u00a0 abandonna le dualisme d\u2019\u00eatre et de devoir \u00eatre. Il avait dit que les normes peuvent d\u00e9couler seulement de la volont\u00e9. En cons\u00e9quence, la nature pourrait renfermer en elle des normes seulement si une volont\u00e9 avait mis en elle ces normes. D\u2019autre part, cela pr\u00e9supposerait un Dieu cr\u00e9ateur, dont la volont\u00e9 s\u2019est introduite dans la nature. \u00ab Discuter sur la v\u00e9rit\u00e9 de cette foi est une chose absolument vaine \u00bb, note-t-il \u00e0 ce sujet . L\u2019est-ce vraiment ? \u2013 voudrais-je demander. Est-ce vraiment priv\u00e9 de sens de r\u00e9fl\u00e9chir pour savoir si la raison objective qui se manifeste dans la nature ne suppose pas une Raison cr\u00e9atrice, un Creator Spiritus ?<\/p>\n<p>\u00c0 ce point le patrimoine culturel de l\u2019Europe devrait nous venir en aide. Sur la base de la conviction de l\u2019existence d\u2019un Dieu cr\u00e9ateur se sont d\u00e9velopp\u00e9es l\u2019id\u00e9e des droits de l\u2019homme, l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous les hommes devant la loi, la connaissance de l\u2019inviolabilit\u00e9 de la dignit\u00e9 humaine en chaque personne et la conscience de la responsabilit\u00e9 des hommes pour leur agir. Ces connaissances de la raison constituent notre m\u00e9moire culturelle. L\u2019ignorer ou la consid\u00e9rer comme simple pass\u00e9 serait une amputation de notre culture dans son ensemble et la priverait de son int\u00e9gralit\u00e9. La culture de l\u2019Europe est n\u00e9e de la rencontre entre J\u00e9rusalem, Ath\u00e8nes et Rome \u2013 de la rencontre entre la foi au Dieu d\u2019Isra\u00ebl, la raison philosophique des Grecs et la pens\u00e9e juridique de Rome. Cette triple rencontre forme l\u2019identit\u00e9 profonde de l\u2019Europe. Dans la conscience de la responsabilit\u00e9 de l\u2019homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignit\u00e9 inviolable de l\u2019homme, de tout homme, cette rencontre a fix\u00e9 des crit\u00e8res du droit, et les d\u00e9fendre est notre t\u00e2che en ce moment historique.<\/p>\n<p>Au jeune roi Salomon, au moment de son accession au pouvoir, une requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e. Qu\u2019en serait-il si \u00e0 nous, l\u00e9gislateurs d\u2019aujourd\u2019hui, \u00e9tait conc\u00e9d\u00e9 d\u2019avancer une requ\u00eate ? Que demanderions-nous ? Je pense qu\u2019aujourd\u2019hui aussi, en derni\u00e8re analyse, nous ne pourrions pas d\u00e9sirer autre chose qu\u2019un c\u0153ur docile \u2013 la capacit\u00e9 de distinguer le bien du mal et d\u2019\u00e9tablir ainsi le vrai droit, de servir la justice et la paix. Merci pour votre attention.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, Beno\u00eet XVI a prononc\u00e9 un discours devant le Bundestag, la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019Allemagne qu\u2019un pape s\u2019est adress\u00e9 devant le parlement. Le Saint-P\u00e8re a rappel\u00e9 aux hommes et aux femmes politiques que la justice constitue le fondement de toute gouvernance politique. 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