{"id":539,"date":"2008-10-26T20:32:05","date_gmt":"2008-10-27T01:32:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.seletlumieretv.org\/blogue\/?p=539"},"modified":"2008-10-27T15:27:06","modified_gmt":"2008-10-27T20:27:06","slug":"conclusion-de-la-12e-ag-du-synode-des-eveques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/divers\/conclusion-de-la-12e-ag-du-synode-des-eveques","title":{"rendered":"Conclusion de la 12e AG du Synode des \u00e9v\u00eaques"},"content":{"rendered":"<p>par S\u00e9bastien Lacroix<\/p>\n<p>Trois semaines apr\u00e8s son ouverture en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, Beno\u00eet XVI a conclu la 12e assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Synode des \u00e9v\u00eaques lors d&#8217;une grande messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ce matin en la basilique Saint-Pierre. Trois semaines de travaux laborieux qui rappellent aux catholiques que J\u00e9sus le Christ est cette Parole, que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer d&#8217;abord dans la liturgie et \u00e0 partager avec le monde.<\/p>\n<p>55 propositions ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es au Saint-P\u00e8re qui confirmera le travail des p\u00e8res synodaux dans une exhortation apostolique. Regardez Zoom ce lundi 27 octobre pour un retour complet sur les travaux du Synode et sa conclusion. La messe de dimanche matin suivra d\u00e8s 20h.<\/p>\n<p>Vendredi dernier, le secr\u00e9tariat du Synode a publi\u00e9 un message adress\u00e9 au &#8216;Peuple de Dieu&#8217;. Le voici pour les plus avides:<\/p>\n<p><strong><em>&#8220;<\/em>Message au peuple de Dieu&#8221; adress\u00e9 par la 12\u00e8me assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ordinaire du Synode des \u00e9v\u00eaques<\/strong><\/p>\n<p>Aux fr\u00e8res et s\u0153urs, \u00abpaix, ainsi que charit\u00e9 et foi, de la part de Dieu le P\u00e8re et de J\u00e9sus-Christ le Seigneur. Que la gr\u00e2ce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur J\u00e9sus-Christ d\u2019un amour incorruptible\u00bb. C\u2019est par cette salutation intense et passionn\u00e9e que saint Paul concluait sa lettre aux chr\u00e9tiens d\u2019\u00c9ph\u00e8se (6, 23-24). C\u2019est par ces m\u00eames mots que nous, P\u00e8res synodaux r\u00e9unis \u00e0 Rome pour la XIIe Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ordinaire du Synode des \u00c9v\u00eaques sous la conduite du Saint-P\u00e8re Beno\u00eet XVI, ouvrons notre message adress\u00e9 \u00e0 l\u2019immense horizon de tous ceux qui, dans les diverses r\u00e9gions du monde, suivent le Christ en disciples et continuent de l\u2019aimer d\u2019un amour incorruptible.<\/p>\n<p>Nous leur proposerons, de nouveau, la voix et la lumi\u00e8re de la Parole de Dieu, r\u00e9p\u00e9tant l\u2019antique appel: \u00abElle est tout pr\u00e8s de toi, la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton c\u0153ur afin que tu la mettes en pratique\u00bb (Dt 30, 14). Et Dieu lui-m\u00eame nous dira \u00e0 chacun: \u00abFils d\u2019homme, toutes les paroles que je te dis, re\u00e7ois-les dans ton c\u0153ur, \u00e9coute de toutes tes oreilles\u00bb (Ez 3,10). A tous, nous proposons \u00e0 pr\u00e9sent un voyage spirituel qui se d\u00e9roulera en quatre \u00e9tapes et qui, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et de l\u2019infinit\u00e9 de Dieu, nous conduira jusqu\u2019en nos maisons et le long des rues de nos cit\u00e9s.<\/p>\n<p>I. LA VOIX DE LA PAROLE: LA R\u00c9V\u00c9LATION<!--more--><\/p>\n<p>1 -\u00abLe Seigneur vous parla alors du milieu du feu; vous entendiez le son des paroles, mais vous n\u2019aperceviez aucune forme, rien qu\u2019une voix!\u00bb (Dt 4, 12). C\u2019est Mo\u00efse qui parle, \u00e9voquant l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par Isra\u00ebl, dans l\u2019\u00e2pre solitude du d\u00e9sert du Sina\u00ef. L\u00e0, le Seigneur s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 non comme une image ou une effigie, ou une statue semblable au veau d\u2019or, mais comme un \u00abson de paroles\u00bb. C\u2019est une voix qui \u00e9tait entr\u00e9e en sc\u00e8ne aux d\u00e9buts m\u00eames de la cr\u00e9ation, lorsqu\u2019elle avait d\u00e9chir\u00e9 le silence du n\u00e9ant: \u00abAu commencement\u2026 Dieu dit: Que la lumi\u00e8re soit! Et la lumi\u00e8re fut\u2026 Au commencement \u00e9tait le Verbe\u2026 et le Verbe \u00e9tait Dieu\u2026 Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut\u00bb (Gn 1, 1.3; Jn 1, 1.3).<\/p>\n<p>Le cr\u00e9\u00e9 ne na\u00eet pas d\u2019une lutte entre dieux, comme l\u2019enseignait l\u2019antique mythologie m\u00e9sopotamienne, mais d\u2019une parole qui vainc le n\u00e9ant et cr\u00e9e l\u2019\u00eatre. Le Psalmiste chante: \u00abPar la parole du Seigneur, les cieux ont \u00e9t\u00e9 faits, par le souffle de sa bouche, toute leur arm\u00e9e;\u2026 Il parle et cela est, il commande et cela existe\u00bb (Ps 33, 6.9). Et saint Paul r\u00e9p\u00e9tera: \u00abDieu donne la vie aux morts et appelle le n\u00e9ant \u00e0 l\u2019existence\u00bb (Rm 4, 17). Nous avons ainsi une premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation\u00abcosmique\u00bb qui rend tout le cr\u00e9\u00e9 semblable \u00e0 une immense page ouverte devant l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re qui, en elle, peut lire le message du Cr\u00e9ateur: \u00abLes cieux racontent la gloire de Dieu, et l\u2019\u0153uvre de ses mains, le firmament l\u2019annonce; le jour au jour en publie le r\u00e9cit et la nuit \u00e0 la nuit en donne connaissance. Non point r\u00e9cit, non point langage, nulle voix qu\u2019on puisse entendre, mais pour toute la terre se diffuse leur annonce, et s\u2019en va leur message aux limites du monde\u00bb (Ps19, 2-5).<\/p>\n<p>2. La parole divine est \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine de l\u2019histoire humaine. L\u2019homme et la femme, qui sont \u00ab\u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu\u00bb (Gn 1, 27) et qui, de fait, portent en eux l\u2019empreinte divine, peuvent entrer en dialogue avec leur Cr\u00e9ateur ou peuvent s\u2019\u00e9loigner de lui, le repoussant par le p\u00e9ch\u00e9. La parole de Dieu, alors, sauve et juge, et p\u00e9n\u00e8tre la trame de l\u2019histoire tiss\u00e9e de faits et d\u2019\u00e9v\u00e9nements: \u00abJ\u2019ai vu, j\u2019ai vu la mis\u00e8re de mon peuple qui est en \u00c9gypte. J\u2019ai entendu son cri\u2026 oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le d\u00e9livrer de la main des \u00c9gyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse et vaste\u00bb (Ex 3, 7-8). Il y a donc une pr\u00e9sence divine dans les \u00e9v\u00e9nements humains qui, \u00e0 travers l\u2019action du Seigneur de l\u2019histoire, sont inscrits dans un dessein plus \u00e9lev\u00e9 de salut, pour que \u00abtous les hommes soient sauv\u00e9s et parviennent \u00e0 la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9\u00bb (1 Tm 2,4).<\/p>\n<p>3. La parole divine, efficace, cr\u00e9atrice et salvatrice est donc \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00eatre et de l\u2019histoire, de la cr\u00e9ation et de la r\u00e9demption. Le Seigneur vient \u00e0 la rencontre de l\u2019humanit\u00e9, proclamant: \u00abJ\u2019ai parl\u00e9 et je fais!\u00bb (Ez 37,14). Mais il est encore une \u00e9tape que la voix divine franchit: c\u2019est celle de la parole \u00e9crite, la Graph\u00e9 ou les Grapha\u00ed, les \u00c9critures sacr\u00e9es, comme il nous est dit dans le Nouveau Testament. D\u00e9j\u00e0, Mo\u00efse \u00e9tait descendu du sommet du Sina\u00ef tenant \u00aben main les deux tables du T\u00e9moignage, tables \u00e9crites des deux c\u00f4t\u00e9s, \u00e9crites sur l\u2019une et l\u2019autre face. Les tables \u00e9taient l\u2019\u0153uvre de Dieu et l\u2019\u00e9criture \u00e9tait celle de Dieu\u00bb (Ex 32,15-16). Et Mo\u00efse imposa \u00e0 Isra\u00ebl de conserver et de recopier ces \u00abtables du T\u00e9moignage\u00bb: \u00abTu \u00e9criras sur ces pierres toutes les paroles de cette Loi: grave-les bien\u00bb (Dt 27,8).<\/p>\n<p>Les Saintes \u00c9critures sont le \u00abt\u00e9moignage\u00bb, sous forme \u00e9crite, de la parole divine, elles sont le m\u00e9morial canonique, historique et litt\u00e9raire qui atteste l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la R\u00e9v\u00e9lation cr\u00e9atrice et salvatrice. La Parole de Dieu pr\u00e9c\u00e8de donc et d\u00e9passe la Bible, qui n\u2019en reste pas moins \u00abinspir\u00e9e par Dieu\u00bb et qui contient la Parole divine efficace (cf. 2 Tm 3,16). C\u2019est pour cette raison que notre foi n\u2019a pas en son centre uniquement un livre, mais une histoire de salut et, comme nous le verrons, une Personne, J\u00e9sus-Christ, Parole de Dieu faite chair, homme et histoire. C\u2019est justement parce que l\u2019horizon de la Parole divine embrasse et s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 de l\u2019\u00c9criture qu\u2019est n\u00e9cessaire la constante pr\u00e9sence de l\u2019Esprit Saint qui \u00abconduit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 toute enti\u00e8re\u00bb (Jn 16, 13) celui qui lit la Bible. Telle est la grande Tradition, pr\u00e9sence efficace de l\u2019\u00abEsprit de v\u00e9rit\u00e9\u00bb dans l\u2019\u00c9glise, gardienne des Saintes \u00c9critures, authentiquement interpr\u00e9t\u00e9es par le Magist\u00e8re eccl\u00e9sial. Avec la Tradition, on parvient \u00e0 la compr\u00e9hension, \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation, \u00e0 la communication et au t\u00e9moignage de la Parole de Dieu. Saint Paul lui-m\u00eame, proclamant le premier Credo chr\u00e9tien, affirmera \u00abtransmettre\u00bb ce qu\u2019il \u00aba re\u00e7u\u00bb de la Tradition (1 Co 15, 3-5).<\/p>\n<p>II. LE VISAGE DE LA PAROLE: J\u00c9SUS-CHRIST<\/p>\n<p>4. Dans l\u2019original grec, il n\u2019y a que trois mots fondamentaux: L\u00f3gos sarx egh\u00e9neto, \u00able Verbe\/Parole se fit chair\u00bb. C\u2019est ici le sommet, non seulement de ce joyau po\u00e9tique et th\u00e9ologique qu\u2019est le Prologue de l\u2019\u00c9vangile de Jean (1, 14), mais aussi le c\u0153ur m\u00eame de la foi chr\u00e9tienne. La Parole \u00e9ternelle et divine entre dans l\u2019espace et dans le temps, prend un visage et assume une identit\u00e9 humaine, tant et si bien qu\u2019il est possible de s\u2019en approcher directement en demandant, comme le fit ce groupe de Grecs pr\u00e9sents \u00e0 J\u00e9rusalem: \u00abNous voulons voir J\u00e9sus\u00bb (Jn 12, 20-21). Les paroles sans un visage ne sont pas parfaites, parce qu\u2019elles n\u2019accomplissent pas en pl\u00e9nitude la rencontre, comme le rappelait Job, arriv\u00e9 au terme du drame de son itin\u00e9raire de recherche: \u00abJe ne te connaissais que par ou\u00ef-dire, mais maintenant mes yeux t\u2019ont vu\u00bb (42, 5).<br \/>\nLe Christ est \u00able Verbe qui est avec Dieu et qui est Dieu\u00bb, il est \u00abl\u2019Image du Dieu invisible, Premier-N\u00e9 de toute cr\u00e9ature\u00bb (Col 1, 15); mais il est aussi J\u00e9sus de Nazareth qui parcourt les rues d\u2019une province en marge de l\u2019empire romain, qui parle une langue locale, qui r\u00e9v\u00e8le les traits d\u2019un peuple, le peuple juif, et de sa culture. Le J\u00e9sus-Christ r\u00e9el est, donc, chair fragile et mortelle, il est histoire et humanit\u00e9, mais il est aussi gloire, divinit\u00e9, myst\u00e8re: Celui qui nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Dieu que personne, jamais, n\u2019a vu (cf. Jn 1, 18). Et Fils de Dieu, il continue de l\u2019\u00eatre jusques dans ce cadavre d\u00e9pos\u00e9 au s\u00e9pulcre, et la r\u00e9surrection en est l\u2019attestation vivante et efficace.<\/p>\n<p>5. Or la tradition chr\u00e9tienne a souvent mis en parall\u00e8le la Parole divine qui se fait chair avec cette m\u00eame Parole qui se fait livre. C\u2019est ce qui transpara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans le Credo lorsque nous professons que le Fils de Dieu \u00aba \u00e9t\u00e9 con\u00e7u du Saint-Esprit, est n\u00e9 de la Vierge Marie\u00bb, et que l\u2019on confesse \u00e9galement la foi en ce m\u00eame \u00abEsprit Saint qui a parl\u00e9 par les proph\u00e8tes\u00bb. Le Concile Vatican II recueille cette antique tradition selon laquelle \u00able corps du Fils est l\u2019\u00c9criture qui nous est transmise\u00bb \u2013 comme l\u2019affirme saint Ambroise (In Lucam VI, 33) \u2013 et d\u00e9clare clairement: \u00abLes paroles de Dieu, en effet, exprim\u00e9es en des langues humaines, se sont faites semblables au langage des hommes, tout comme autrefois le Verbe du P\u00e8re \u00e9ternel, ayant assum\u00e9 les faiblesses de la nature humaine, se fit semblable aux hommes\u00bb (DV 13).<\/p>\n<p>La Bible est, de fait, elle aussi \u00abchair\u00bb, \u00ablettre\u00bb; elle s\u2019exprime dans des langues particuli\u00e8res, dans des formes litt\u00e9raires et historiques, dans des conceptions li\u00e9es \u00e0 une culture antique; elle conserve la m\u00e9moire d\u2019\u00e9v\u00e9nements souvent tragiques, ses pages sont souvent travers\u00e9es de sang et de violence; en son int\u00e9rieur r\u00e9sonne le rire de l\u2019humanit\u00e9, et coulent les larmes, tout comme s\u2019y \u00e9l\u00e8vent la pri\u00e8re des malheureux et la joie des amoureux. Cette dimension \u00abcharnelle\u00bb fait qu\u2019elle n\u00e9cessite une analyse historique et litt\u00e9raire, qui s\u2019actualise \u00e0 travers les diverses m\u00e9thodes et approches offertes par l\u2019ex\u00e9g\u00e8se biblique. Tout lecteur des Saintes \u00c9critures, m\u00eame le plus simple, doit avoir une certaine connaissance du texte sacr\u00e9, se rappelant que la Parole est rev\u00eatue de paroles concr\u00e8tes auxquelles elle se plie et s\u2019adapte pour \u00eatre audible et compr\u00e9hensible par l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est une t\u00e2che n\u00e9cessaire: si on l\u2019exclut, on peut tomber dans le fondamentalisme qui, concr\u00e8tement, nie l\u2019incarnation de la Parole divine dans l\u2019histoire, et ne reconna\u00eet pas que cette Parole s\u2019exprime dans la Bible selon un langage humain, qui doit \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9, \u00e9tudi\u00e9 et compris, et ignore que l\u2019inspiration divine n\u2019a pas effac\u00e9 l\u2019identit\u00e9 historique et la personnalit\u00e9 propre des auteurs humains. Mais la Bible est aussi Verbe \u00e9ternel et divin, et c\u2019est pourquoi elle exige une compr\u00e9hension autre, donn\u00e9e par l\u2019Esprit Saint qui d\u00e9voile la dimension transcendante de la parole divine, pr\u00e9sente dans les paroles humaines.<\/p>\n<p>6. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la \u00abTradition vivante de l\u2019\u00c9glise tout enti\u00e8re\u00bb (DV 12) et de la foi pour comprendre de mani\u00e8re unifi\u00e9e et pleine les Saintes \u00c9critures. Si l\u2019on s\u2019arr\u00eate \u00e0 la \u00ablettre\u00bb seule, la Bible demeure uniquement un solennel document du pass\u00e9, un noble t\u00e9moignage \u00e9thique et culturel. Si, par ailleurs, on exclut l\u2019incarnation, on peut tomber dans l\u2019\u00e9quivoque fondamentaliste ou dans un vague spiritualisme ou psychologisme. La connaissance ex\u00e9g\u00e9tique doit, en cons\u00e9quence, s\u2019ins\u00e9rer de mani\u00e8re indissoluble dans la tradition spirituelle et th\u00e9ologique pour que ne soit pas bris\u00e9e l\u2019unit\u00e9 divine et humaine de J\u00e9sus-Christ et des \u00c9critures.<\/p>\n<p>Dans cette harmonie retrouv\u00e9e, le visage du Christ resplendira dans toute sa pl\u00e9nitude et nous aidera \u00e0 d\u00e9couvrir une autre unit\u00e9, celle plus profonde et intime des Saintes \u00c9critures, leur \u00eatre, compos\u00e9es bien s\u00fbr de 73 livres, mais ins\u00e9r\u00e9s en un seul \u00abCanon\u00bb, en un seul dialogue entre Dieu et l\u2019humanit\u00e9, en un dessein unique de salut. \u00abApr\u00e8s avoir, \u00e0 maintes reprises et sous maintes formes, parl\u00e9 jadis aux P\u00e8res par les proph\u00e8tes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parl\u00e9 par le Fils\u00bb (He 1, 1-2). Le Christ projette, de la sorte, sa lumi\u00e8re r\u00e9trospectivement sur toute la trame de l\u2019histoire du salutet en r\u00e9v\u00e8le la coh\u00e9rence, la signification, le sens.<\/p>\n<p>Il est le sceau, \u00abl\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga\u00bb (Ap 1,8) d\u2019un dialogue entre Dieu et ses cr\u00e9atures prolong\u00e9 dans le temps et attest\u00e9 dans la Bible. C\u2019est \u00e0 la lumi\u00e8re de ce sceau final qu\u2019acqui\u00e8rent leur \u00absens pl\u00e9nier\u00bb les paroles de Mo\u00efse et des proph\u00e8tes, selon ce qu\u2019avait dit J\u00e9sus lui-m\u00eame, par cet apr\u00e8s-midi d\u2019un jour de printemps, alors qu\u2019il cheminait de J\u00e9rusalem vers le village d\u2019Emma\u00fcs, dialoguant avec Cl\u00e9ophas et son ami, et qu\u2019il interpr\u00e9ta pour eux, \u00abdans toutes les \u00c9critures ce qui le concernait\u00bb (Lc 24, 27).<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019au c\u0153ur de la R\u00e9v\u00e9lation, il y a la Parole divine devenue visage, que la vis\u00e9e ultime de la connaissance de la Bible ce n\u2019est pas dans \u00abune d\u00e9cision \u00e9thique ou une grande id\u00e9e, mais la rencontre avec un \u00e9v\u00e9nement, avec une Personne, qui donne \u00e0 la vie un nouvel horizon et par l\u00e0 son orientation d\u00e9cisive\u00bb (Deus caritas est, 1).<\/p>\n<p>III. LA MAISON DE LA PAROLE: L\u2019\u00c9GLISE<\/p>\n<p>Comme la sagesse divine dans l\u2019Ancien Testament a b\u00e2ti sa maison dans la cit\u00e9 des hommes et des femmes la faisant reposer sur sept colonnes (cf. Pr 9, 1), ainsi la Parole de Dieu a sa maison dans le Nouveau Testament: c\u2019est l\u2019\u00c9glise qui a son mod\u00e8le dans la communaut\u00e9-m\u00e8re de J\u00e9rusalem, l\u2019Eglise fond\u00e9e sur Pierre et sur les Ap\u00f4tres et qui aujourd\u2019hui, par les \u00e9v\u00eaques en communion avec le Successeur de Pierre, continue d\u2019\u00eatre gardienne, annonciatrice et interpr\u00e8te de la Parole (cf. LG 13). Luc, dans les Actes des Ap\u00f4tres (2, 42), en trace l\u2019architecture fond\u00e9e sur quatre colonnes id\u00e9ales: \u00abIls se montraient assidus \u00e0 l\u2019enseignement des ap\u00f4tres, fid\u00e8les \u00e0 la communion fraternelle, \u00e0 la fraction du pain et dans les pri\u00e8res\u00bb.<\/p>\n<p>7. C\u2019est, tout d\u2019abord, la didach\u00e9 apostolique, \u00e0 savoir la pr\u00e9dication de la Parole de Dieu. L\u2019ap\u00f4tre Paul, \u00e0 cet effet, nous avertit que \u00abla foi na\u00eet de l\u2019\u00e9coute, et l\u2019\u00e9coute se rapporte \u00e0 la parole du Christ\u00bb (Rm 10,17). De l\u2019\u00c9glise provient la voix du h\u00e9raut qui propose \u00e0 tous le k\u00e9rygme, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019annonce premi\u00e8re et fondamentale que J\u00e9sus avait lui-m\u00eame proclam\u00e9e aux d\u00e9buts de son minist\u00e8re public: \u00abLe temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche: repentez-vous et croyez \u00e0 l\u2019\u00c9vangile\u00bb (Mc 1,15). Les ap\u00f4tres annoncent l\u2019inauguration du royaume de Dieu, et donc l\u2019intervention d\u00e9cisive de Dieu dans l\u2019histoire humaine, proclamant la mort et la r\u00e9surrection du Christ: \u00abCar il n\u2019y a pas sous le ciel d\u2019autre nom donn\u00e9 aux hommes, par lequel nous devions \u00eatre sauv\u00e9s\u00bb (Ac 4, 12). Le chr\u00e9tien rend t\u00e9moignage de cette esp\u00e9rance avec \u00ab douceur et respect, en possession d\u2019une bonne conscience\u00bb, prompt aussi \u00e0 s\u2019impliquer, voire \u00e0 \u00eatre emport\u00e9 par la temp\u00eate du refus et de la pers\u00e9cution, conscient que \u00abmieux vaudrait souffrir en faisant le bien, qu\u2019en faisant le mal\u00bb (1 P 3,16-17).<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00c9glise r\u00e9sonne ensuite la cat\u00e9ch\u00e8se, destin\u00e9e \u00e0 approfondir chez le chr\u00e9tien \u00abl\u2019intelligence du myst\u00e8re du Christ \u00e0 la lumi\u00e8re de la Parole, afin que l\u2019homme tout entier soit impr\u00e9gn\u00e9 par elle\u00bb (Jean-Paul II, Catechesi tradendae, 20). Mais le point culminant de la pr\u00e9dication r\u00e9side dans l\u2019hom\u00e9lie qui, aujourd\u2019hui encore, est pour de nombreux chr\u00e9tiens le moment capital de la rencontre avec la Parole de Dieu. Dans cet acte, le ministre devrait se transformer \u00e9galement en proph\u00e8te. En effet, par un langage net, incisif et substantiel, il doit avec autorit\u00e9 \u00abannoncer les \u0153uvres admirables de Dieu dans l\u2019histoire du salut\u00bb (SC 35) qui sont offertes, avant tout, au travers d\u2019une lecture claire et vivante du texte biblique propos\u00e9 par la liturgie. Et il doit \u00e9galement actualiser ces \u0153uvres selon les temps et moments v\u00e9cus par ceux qui \u00e9coutent, et susciter dans le c\u0153ur des auditeurs la demande de conversion et d\u2019engagement vital: \u00abQue devons-nous faire?\u00bb (Ac 2, 37).<\/p>\n<p>Annonce, cat\u00e9ch\u00e8se et hom\u00e9lie supposent donc lecture et compr\u00e9hension, explication et interpr\u00e9tation: une implication de l\u2019esprit et du c\u0153ur. Ainsi, dans la pr\u00e9dication, s\u2019accomplit un double mouvement. Le premier remonte aux racines des textes sacr\u00e9s, des \u00e9v\u00e9nements, des r\u00e9cits qui ont engendr\u00e9 l\u2019histoire du salut, pour les comprendre dans leur signification et leur message. Le second mouvement redescend au pr\u00e9sent, au v\u00e9cu de celui qui \u00e9coute et qui lit, toujours \u00e0 la lumi\u00e8re du Christ, fil lumineux qui unit les \u00c9critures. Ce double mouvement, J\u00e9sus lui-m\u00eame l\u2019avait fait \u2013 comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 \u2013 sur le chemin conduisant de J\u00e9rusalem \u00e0 Emma\u00fcs, en compagnie de deux de ses disciples. C\u2019est aussi ce que fera le diacre Philippe sur la route qui m\u00e8ne de J\u00e9rusalem \u00e0 Gaza, lorsqu\u2019il entamera ce dialogue embl\u00e9matique avec le fonctionnaire \u00e9thiopien: \u00abComprends-tu donc ce que tu lis?&#8230; Et comment le pourrais-je, si personne ne me guide?\u00bb (Ac 8, 30-31). L\u2019aboutissement en sera la rencontre pl\u00e9ni\u00e8re avec le Christ dans le sacrement. Ainsi se pr\u00e9sente la deuxi\u00e8me colonne qui soutient l\u2019\u00c9glise, maison de la Parole divine.<\/p>\n<p>8. Venons-en \u00e0 la fraction du pain. La sc\u00e8ne d\u2019Emma\u00fcs (cf. Lc 24, 13-35), une fois encore exemplaire, se reproduit quand, tous les jours au sein de nos \u00e9glises, \u00e0 la table, la fraction du pain eucharistique succ\u00e8de \u00e0 l\u2019hom\u00e9lie de J\u00e9sus sur Mo\u00efse et les proph\u00e8tes. C\u2019est l\u00e0 le moment du dialogue intime de Dieu avec son peuple; c\u2019est l\u2019acte de la nouvelle Alliance scell\u00e9e dans le sang du Christ (cf. Lc 22, 20); c\u2019est l\u2019\u0153uvre supr\u00eame du Verbe qui s\u2019offre en nourriture par son corps immol\u00e9; c\u2019est la source et le sommet de la vie et de la mission de l\u2019Eglise. La narration \u00e9vang\u00e9lique de la derni\u00e8re C\u00e8ne, m\u00e9morial du sacrifice du Christ, devient \u00e9v\u00e9nement et sacrement lorsqu\u2019elle est proclam\u00e9e dans la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique, dans l\u2019invocation de l\u2019Esprit Saint. C\u2019est pour cette raison que le Concile Vatican II, dans un passage particuli\u00e8rement dense, d\u00e9clarait: \u00abL\u2019\u00c9glise a toujours t\u00e9moign\u00e9 son respect \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00c9critures, tout comme \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Corps du Seigneur lui-m\u00eame, puisque, surtout dans la Sainte Liturgie, elle ne cesse de prendre le pain de vie et de le pr\u00e9senter aux fid\u00e8les, \u00e0 la table de la Parole de Dieu comme \u00e0 celle du Corps du Christ\u00bb (DV 21). Il conviendra donc de replacer au centre de la vie chr\u00e9tienne \u00abla liturgie de la parole et la liturgie eucharistique, unies si fortement entre elles jusqu\u2019\u00e0 ne former qu\u2019un seul acte de culte\u00bb (SC 56).<\/p>\n<p>9. Le troisi\u00e8me pilier de l\u2019\u00e9difice spirituel de l\u2019\u00c9glise, maison de la Parole, est constitu\u00e9 des pri\u00e8res, compos\u00e9es \u2013 comme le rappelait saint Paul \u2013 de \u00abpsaumes, hymnes, cantiques inspir\u00e9s\u00bb (Col 3, 16). Une place privil\u00e9gi\u00e9e est naturellement occup\u00e9e par la Liturgie des Heures, la pri\u00e8re de l\u2019\u00c9glise par excellence, destin\u00e9e \u00e0 rythmer les jours et les temps de l\u2019ann\u00e9e chr\u00e9tienne, en offrant, surtout avec le Psautier, la nourriture quotidienne spirituelle au fid\u00e8le. Outre la liturgie des Heures et les c\u00e9l\u00e9brations communautaires de la Parole, la tradition a introduit la pratique de la Lectio divina, lecture priante dans l\u2019Esprit Saint, capable d\u2019ouvrir au fid\u00e8le le tr\u00e9sor de la Parole de Dieu, et par l\u00e0 de cr\u00e9er la rencontre avec le Christ, Parole divine vivante.Cette Lectio divina s\u2019ouvre par la lecture (lectio) du texte qui provoque une question portant sur la connaissance authentique de son contenu r\u00e9el: que dit le texte biblique en soi? S\u2019en suit la m\u00e9ditation (meditatio) qui pose la question suivante: que nous dit le texte biblique? L\u2019on arrive ainsi \u00e0 la pri\u00e8re (oratio) qui suppose cette autre demande: que disons-nous au Seigneur en r\u00e9ponse \u00e0 sa parole? Et on termine par la contemplation (contemplatio), au cours de laquelle nous assumons comme un don de Dieu son propre regard de jugement qu\u2019il porte sur la r\u00e9alit\u00e9, et nous nous demandons: quelle conversion de l\u2019esprit, du c\u0153ur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il?<\/p>\n<p>Face au \u00ablecteur-orant\u00bb de la Parole de Dieu, se profile l\u2019id\u00e9al de la figure de Marie, la m\u00e8re du Seigneur, qui \u00abconservait avec soin toutes ces choses, les m\u00e9ditant en son c\u0153ur\u00bb (Lc 2, 19; cf. 2, 51), c\u2019est-\u00e0-dire \u2013 comme le dit le texte original grec \u2013 en trouvant le n\u0153ud profond qui unit les \u00e9v\u00e9nements, les actes et les choses, apparemment disjoints, dans le grand dessein de Dieu. On peut aussi pr\u00e9senter aux yeux du fid\u00e8le qui lit la Bible, l\u2019attitude de Marie, s\u0153ur de Marthe, qui s\u2019assit aux pieds du Seigneur, \u00e0 l\u2019\u00e9coute de sa parole, emp\u00eachant que les agitations ext\u00e9rieures n\u2019absorbent totalement son \u00e2me, jusqu\u2019\u00e0 occuper l\u2019espace libre pour \u00abla meilleure part\u00bb qui ne doit pas nous \u00eatre enlev\u00e9e (cf. Lc 10, 38-42).<\/p>\n<p>10. Nous voici, enfin, devant la derni\u00e8re colonne qui soutient l\u2019\u00c9glise, maison de la Parole: la koinon\u00eda, la communion fraternelle, autre nom de l\u2019ag\u00e1pe, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019amour chr\u00e9tien. Comme J\u00e9sus le rappelait, pour devenir ses fr\u00e8res et ses s\u0153urs, il faut \u00eatre de \u00abceux qui \u00e9coutent la parole de Dieu et la mettent en pratique\u00bb (Lc 8,21). \u00c9couter authentiquement, c\u2019est: ob\u00e9ir et \u0153uvrer; faire na\u00eetre dans la vie la justice et l\u2019amour; offrir dans l\u2019existence et dans la soci\u00e9t\u00e9, un t\u00e9moignage conforme \u00e0 l\u2019appel des proph\u00e8tes \u2013 qui unissait sans cesse parole de Dieu et vie, foi et rectitude, culte et engagement social. C\u2019est ce qu\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 maintes reprises J\u00e9sus, apr\u00e8s ce fameux avertissement du Sermon sur la montagne: \u00abCe n\u2019est pas en me disant: \u201bSeigneur, Seigneur\u2019, qu\u2019on entrera dans le Royaume des Cieux\u00bb (Mt 7, 21). Cette phrase semble faire \u00e9cho \u00e0 la parole divine propos\u00e9e par Isa\u00efe: \u00abCe peuple est pr\u00e8s de moi en paroles et m\u2019honore des l\u00e8vres, mais son c\u0153ur est loin de moi\u00bb (29, 13). Ces avertissements concernent aussi les Eglises lorsqu\u2019elles ne sont pas fid\u00e8les \u00e0 l\u2019\u00e9coute ob\u00e9issante de la Parole de Dieu. Elle doit donc \u00eatre d\u00e9j\u00e0 visible et lisible sur le visage et dans les mains m\u00eames du croyant, comme le sugg\u00e9rait saint Gr\u00e9goire le Grand qui voyait en saint Beno\u00eet, et dans les autres grands hommes de Dieu, t\u00e9moins de communion avec Dieu et leurs fr\u00e8res, la Parole de Dieu devenue vie. L\u2019homme juste et fid\u00e8le explique non seulement les \u00c9critures, mais encore il les d\u00e9ploie devant tous comme une r\u00e9alit\u00e9 vivante et v\u00e9cue. C\u2019est pour cela que viva lectio, vita bonorum: la vie des hommes bons est une lecture\/le\u00e7on vivante de la parole divine. Saint Jean Chrysostome avait d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 que les Ap\u00f4tres descendirent du mont de Galil\u00e9e, o\u00f9 ils avaient rencontr\u00e9 le Ressuscit\u00e9, sans nulle table de pierre \u00e9crite, comme il en avait \u00e9t\u00e9 pour Mo\u00efse: comme si, \u00e0 partir de ce moment-l\u00e0, leur propre vie \u00e9tait devenue l\u2019\u00c9vangile vivant. Dans la maison de la Parole, nous rencontrons aussi les fr\u00e8res et s\u0153urs des autres \u00c9glises et communaut\u00e9s eccl\u00e9siales qui, malgr\u00e9 les s\u00e9parations encore existantes, partagent avec nous la v\u00e9n\u00e9ration et l\u2019amour de la Parole de Dieu, principe et source d\u2019une premi\u00e8re et r\u00e9elle unit\u00e9, bien que non encore pl\u00e9ni\u00e8re. Ce lien doit toujours \u00eatre renforc\u00e9 par les traductions bibliques communes, la diffusion du texte sacr\u00e9, la pri\u00e8re biblique \u0153cum\u00e9nique, le dialogue ex\u00e9g\u00e9tique, l\u2019\u00e9tude et la confrontation des diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations des Saintes \u00c9critures, l\u2019\u00e9change des valeurs inh\u00e9rentes aux diff\u00e9rentes traditions spirituelles, l\u2019annonce et le t\u00e9moignage communs de la Parole de Dieu dans un monde s\u00e9cularis\u00e9.<\/p>\n<p>IV. LES CHEMINS DE LA PAROLE: LA MISSION<\/p>\n<p>\u00abDe Sion vient la Loi et de J\u00e9rusalem la parole du Seigneur\u00bb (Is 2,3). La parole de Dieu personnifi\u00e9e \u00absort\u00bb de sa maison, le temple, et chemine le long des routes du monde afin de rencontrer le grand p\u00e8lerinage que les peuples de la terre ont entrepris \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, de la justice et de la paix. Et de fait, dans la ville moderne s\u00e9cularis\u00e9e, sur ses places et dans ses rues \u2013 o\u00f9 semblent dominer l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 et l\u2019indiff\u00e9rence, o\u00f9 le mal semble pr\u00e9valoir sur le bien, laissant croire en la victoire de Babylone sur J\u00e9rusalem \u2013 il y a comme un souffle cach\u00e9, une esp\u00e9rance en germe, un fr\u00e9missement d\u2019attente. Comme nous lisons dans le livre du proph\u00e8te Amos: \u00abVoici venir des jours o\u00f9 j\u2019enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d\u2019eau, mais d\u2019entendre la parole du Seigneur\u00bb (8, 11). C\u2019est \u00e0 cette faim que veut r\u00e9pondre la mission \u00e9vang\u00e9lisatrice de l\u2019\u00c9glise.Le Christ ressuscit\u00e9, aux Ap\u00f4tres encore h\u00e9sitants, lance l\u2019appel \u00e0 sortir des confins prot\u00e9g\u00e9s de leur horizon: \u00abAllez de toutes les nations faites donc des disciples\u2026 leur apprenant \u00e0 observer tout ce que je vous ai prescrit\u00bb (Mt 28, 19-20). Toute la Bible est travers\u00e9e d\u2019appels \u00e0 \u00abne pas se taire\u00bb, \u00e0 \u00abcrier avec force\u00bb, \u00e0 \u00abannoncer la parole \u00e0 temps et \u00e0 contretemps\u00bb, \u00e0 \u00eatre des sentinelles d\u00e9chirant le silence de l\u2019indiff\u00e9rence. Les routes qui s\u2019ouvrent \u00e0 nous aujourd\u2019hui ne sont plus seulement celles sur lesquelles marchaient saint Paul ou les premiers \u00e9vang\u00e9lisateurs et, apr\u00e8s eux, tous les missionnaires qui s\u2019avancent vers les peuples en des terres lointaines.<\/p>\n<p>11. La communication, de nos jours, s\u2019\u00e9tend en un r\u00e9seau qui enveloppe le globe en son entier. Et l\u2019appel du Christ acquiert une nouvelle r\u00e9sonnance: \u00abCe que je vous dis dans les t\u00e9n\u00e8bres, dites-le au grand jour, et ce que je vous dis au creux de l\u2019oreille, proclamez-le sur les toits\u00bb (Mt 10, 27). Si la parole sacr\u00e9e doit, certes, conserver sa premi\u00e8re visibilit\u00e9 et diffusion, au moyen du texte imprim\u00e9 \u2013 par des traductions faites dans la grande vari\u00e9t\u00e9 des langues de notre plan\u00e8te \u2013, la voix de la parole divine doit \u00e9galement r\u00e9sonner \u00e0 travers la radio, les canaux Internet de diffusion virtuelle en ligne, les CD, les DVD, les podcasts et ainsi de suite; elle doit appara\u00eetre sur les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision et de cin\u00e9ma, dans la presse, au sein des \u00e9v\u00e9nements culturels et sociaux. Cette nouvelle forme de communication, par rapport \u00e0 la mani\u00e8re traditionnelle, a adopt\u00e9 sa propre grammaire d\u2019expression sp\u00e9cifique et il nous faut donc \u00eatre \u00e9quip\u00e9s, non seulement techniquement, mais aussi culturellement pour cette entreprise. En un temps domin\u00e9 par l\u2019image, v\u00e9hicul\u00e9e par ce moyen pr\u00e9dominant de communication qu\u2019est la t\u00e9l\u00e9vision, le mod\u00e8le privil\u00e9gi\u00e9 par le Christ est encore aujourd\u2019hui significatif et suggestif: il avait recours au symbole, \u00e0 la narration, \u00e0 l\u2019exemple, \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience quotidienne, \u00e0 la parabole. \u00abIl leur parla de beaucoup de choses en paraboles\u2026 et il ne disait rien aux foules sans parabole\u00bb (Mt 13, 3. 34). Dans l\u2019annonce du royaume de Dieu, les mots de J\u00e9sus ne passaient jamais au-dessus des t\u00eates de ses interlocuteurs par l\u2019utilisation d\u2019un langage vague, abstrait et \u00e9th\u00e9r\u00e9; au contraire, il conquerrait son auditoire en partant pr\u00e9cis\u00e9ment du sol sur lequel leurs pieds \u00e9taient plant\u00e9s pour les conduire de leur quotidien \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation du royaume des cieux. Significative, en l\u2019occurrence, cette sc\u00e8ne qu\u2019\u00e9voque saint Jean: \u00abCertains d\u2019entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta sur lui les mains. Les gardes revinrent donc trouver les pr\u00eatres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent: \u00abPourquoi ne l\u2019avez-vous pas amen\u00e9?\u00bb Les gardes r\u00e9pondirent: \u00abJamais homme n\u2019a parl\u00e9 comme cela!\u00bb (7, 44-46).<\/p>\n<p>12. Le Christ s\u2019avance le long des voies de nos cit\u00e9s et fait halte sur le seuil de nos maisons: \u00abVoici, je me tiens \u00e0 la porte et je frappe ; si quelqu\u2019un entend ma voix et ouvre la porte, j\u2019entrerai chez lui pour souper, moi pr\u00e8s de lui et lui pr\u00e8s de moi\u00bb (Ap 3, 20). La famille, dont les murs domestiques renferment les joies et les drames, est un espace fondamental dans lequel doit entrer la Parole de Dieu. Toute la Bible est jalonn\u00e9e de petites et de grandes histoires familiales et le Psalmiste d\u00e9peint avec vivacit\u00e9 le cadre serein d\u2019un p\u00e8re assis \u00e0 table, entour\u00e9 de son \u00e9pouse, semblable \u00e0 une vigne f\u00e9conde, et de ses enfants \u00abplants d\u2019olivier\u00bb (Ps 128). Les chr\u00e9tiens des premiers temps c\u00e9l\u00e9braient eux aussi la liturgie au sein d\u2019une demeure familiale, tout comme Isra\u00ebl confiait \u00e0 la famille la c\u00e9l\u00e9bration de la P\u00e2que (cf. Ex 12, 21-27). La transmission de la Parole de Dieu se fait justement \u00e0 travers la lign\u00e9e des g\u00e9n\u00e9rations, ce qui fait que les parents deviennent \u00ables premiers \u00e0 faire conna\u00eetre la foi\u00bb (LG 11). Le Psalmiste rappelait encore que: \u00abNous l\u2019avons entendu et connu, nos p\u00e8res nous l\u2019ont racont\u00e9; nous ne le tairons pas \u00e0 leurs enfants, nous le raconterons \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration qui vient les titres du Seigneur et sa puissance, ses merveilles telles qu\u2019il les fit; \u2026que la g\u00e9n\u00e9ration qui vient le connaisse, les enfants qui viendront \u00e0 na\u00eetre\u00bb (Ps 78, 3-4, 6).Chaque foyer devra donc avoir sa Bible, la garder avec soin, la lire et prier avec elle; la famille devra proposer des formes et des mod\u00e8les d\u2019\u00e9ducation orante, cat\u00e9ch\u00e9tique et didactique sur l\u2019usage des \u00c9critures, afin que les \u00abjeunes hommes, et jeunes filles, les vieillards avec les enfants!\u00bb (Ps 148, 12) \u00e9coutent, comprennent, louent et vivent la Parole de Dieu. En particulier, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, les enfants et les jeunes, devront \u00eatre destinataires d\u2019une p\u00e9dagogie appropri\u00e9e et sp\u00e9cifique qui les conduise \u00e0 \u00e9prouver la fascination de la figure du Christ, ouvrant la porte de leur intelligence et de leur c\u0153ur, y compris par la rencontre et le t\u00e9moignage authentique des adultes, de l\u2019influence positive des amis et de la grande compagnie de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale.<\/p>\n<p>13. J\u00e9sus, dans la parabole du semeur, nous rappelle qu\u2019il y a des terrains arides, rocheux, \u00e9touff\u00e9s par les \u00e9pines (cf. Mt 13, 3-7). Celui qui s\u2019aventure sur les routes du monde d\u00e9couvre \u00e9galement les bas-fonds, foyers de souffrances et de pauvret\u00e9s, d\u2019humiliations et d\u2019oppressions, d\u2019exclusions et de mis\u00e8res, de maladies physiques, psychiques et de solitudes. Souvent les pierres des chemins sont ensanglant\u00e9es par les guerres et les violences, et dans les palais du pouvoir, la corruption le dispute \u00e0 l\u2019injustice. S\u2019\u00e9l\u00e8ve le cri des pers\u00e9cut\u00e9s \u00e0 cause de leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leur conscience et \u00e0 leur foi. Il y a celui qui est saisi d\u2019une crise existentielle, ou dont l\u2019\u00e2me est priv\u00e9e d\u2019un sens qui donne signification et valeur \u00e0 sa vie m\u00eame. Semblables \u00e0 \u00abdes ombres qui passent , \u00e0 un souffle qui perd haleine\u00bb (Ps 39, 7), beaucoup ressentent m\u00eame le silence de Dieu peser sur eux, son apparente absence et son indiff\u00e9rence. \u00abJusques \u00e0 quand, Seigneur, m\u2019oublieras-tu? Jusqu\u2019\u00e0 la fin? Jusques \u00e0 quand me vas-tu cacher ta face?\u00bb (Ps 13, 2). Et, finalement, se dresse devant chacun le myst\u00e8re de la mort. Cet immense hal\u00e8tement de douleur qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve de la terre vers le ciel est sans cesse repr\u00e9sent\u00e9 dans la Bible, qui propose pr\u00e9cis\u00e9ment une foi historique et incarn\u00e9e. Il suffit seulement de penser aux pages marqu\u00e9es par la violence et l\u2019oppression, au cri \u00e2pre et incessant de Job, aux suppliques v\u00e9h\u00e9mentes des psaumes, \u00e0 la crise int\u00e9rieure subtile qui parcourt l\u2019\u00e2me du Qoh\u00e9let, aux vigoureuses d\u00e9nonciations proph\u00e9tiques contre les injustices sociales. Par ailleurs, c\u2019est sans circonstances att\u00e9nuantes qu\u2019est condamn\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 radical, qui appara\u00eet dans toute sa puissance d\u00e9vastatrice d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019humanit\u00e9 dans un texte fondamental de la Gen\u00e8se (chapitre 3). En effet, le \u00abmyst\u00e8re d\u2019iniquit\u00e9\u00bb est pr\u00e9sent et agit dans l\u2019histoire, mais il est d\u00e9voil\u00e9 par la Parole de Dieu qui assure, dans le Christ, la victoire du bien sur le mal. Mais dans les \u00c9critures, ce qui domine surtout est la figure du Christ qui d\u00e9bute son minist\u00e8re public par une annonce d\u2019esp\u00e9rance pour les derniers de la terre: \u00abL\u2019Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu\u2019il m\u2019a consacr\u00e9 par l\u2019onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m\u2019a envoy\u00e9 annoncer aux captifs la d\u00e9livrance, aux aveugles la vue, aux opprim\u00e9s la libert\u00e9, et proclamer une ann\u00e9e de gr\u00e2ce du Seigneur\u00bb (Lc 4, 18-19). Ses mains se posent \u00e0 maintes reprises sur les chairs malades ou infect\u00e9es, ses paroles proclament la justice, donnent courage aux malheureux, et accordent le pardon aux p\u00e9cheurs. \u00c0 la fin, lui-m\u00eame s\u2019approche du niveau le plus bas \u00abse d\u00e9pouillant lui-m\u00eame\u00bb de sa gloire, \u00abprenant la condition d\u2019esclave, et devenant semblable aux hommes. S\u2019\u00e9tant comport\u00e9 comme un homme, il s\u2019humilia plus encore, ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort, et \u00e0 la mort sur une croix!\u00bb (Ph 2, 7-8). Ainsi, il \u00e9prouve la peur de mourir (\u00abP\u00e8re, s\u2019il est possible, que cette coupe passe loin de moi!\u00bb), il fait l\u2019exp\u00e9rience de la solitude par l\u2019abandon et la trahison de ses amis, il p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019obscurit\u00e9 de la plus cruelle douleur physique avec la crucifixion et parvient m\u00eame jusqu\u2019aux t\u00e9n\u00e8bres du silence du P\u00e8re (\u00abMon Dieu, mon Dieu, pourquoi m\u2019as-tu abandonn\u00e9?\u00bb), atteignant le gouffre ultime de tout homme, celui de la mort (\u00abpoussant un grand cri, il rendit l\u2019esprit\u00bb). C\u2019est vraiment \u00e0 lui que peut s\u2019appliquer la d\u00e9finition qu\u2019Isa\u00efe r\u00e9serve au Serviteur du Seigneur: \u00abhomme de douleur, familier de la souffrance\u00bb (Is 53,3). Et pourtant, m\u00eame en ce moment extr\u00eame, il ne cesse d\u2019\u00eatre le Fils de Dieu: dans sa solidarit\u00e9 d\u2019amour et par le sacrifice de lui-m\u00eame, il d\u00e9pose, dans la limite et dans le mal de l\u2019humanit\u00e9 une semence de divinit\u00e9, \u00e0 savoir un principe de lib\u00e9ration et de salut; par le don de soi qu\u2019il nous fait, il \u00e9claire par la r\u00e9demption la douleur et la mort qu\u2019il a assum\u00e9es et v\u00e9cues, et nous ouvre, \u00e0 nous aussi, l\u2019aube de la r\u00e9surrection. Le chr\u00e9tien a, alors, la mission d\u2019annoncer cette Parole divine d\u2019esp\u00e9rance par son partage avec les pauvres et les souffrants, par le t\u00e9moignage de sa foi dans le Royaume de v\u00e9rit\u00e9 et de vie, de saintet\u00e9 et de gr\u00e2ce, de justice, d\u2019amour et de paix, par sa proximit\u00e9 amoureuse qui ne juge ni ne condamne mais qui soutient, illumine, conforte et pardonne, dans le sillage des paroles du Christ: \u00abVenez \u00e0 moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai\u00bb (Mt 11, 28).<\/p>\n<p>14. Sur les chemins du monde, la Parole divine engendre pour nous chr\u00e9tiens une rencontre intense avec le peuple juif auquel nous sommes intimement li\u00e9s par la reconnaissance et l\u2019amour communs des \u00c9critures de l\u2019Ancien Testament et parce que d\u2019Isra\u00ebl \u00able Christ est issu selon la chair\u00bb (Rm 9, 5). Toutes les pages sacr\u00e9es h\u00e9bra\u00efques \u00e9clairent le myst\u00e8re de Dieu et de l\u2019homme, r\u00e9v\u00e8lent des tr\u00e9sors de r\u00e9flexion et de morale, tracent le long itin\u00e9raire de l\u2019histoire du salut jusqu\u2019\u00e0 son plein accomplissement, illustrent avec vigueur l\u2019incarnation de la parole divine dans les \u00e9v\u00e9nements humains. Elles nous permettent de comprendre en pl\u00e9nitude la figure du Christ qui avait d\u00e9clar\u00e9: \u00abN\u2019allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Proph\u00e8tes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir\u00bb (Mt 5, 17), elles constituent des voies de dialogue avec le peuple de l\u2019\u00e9lection qui a re\u00e7u de Dieu \u00abl\u2019adoption filiale, la gloire, les alliances, la l\u00e9gislation, le culte, les promesses\u00bb (Rm 9, 14), et nous permettent d\u2019enrichir notre interpr\u00e9tation des Saintes \u00c9critures avec les ressources f\u00e9condes de la tradition ex\u00e9g\u00e9tique juive.\u00abB\u00e9ni mon peuple l\u2019\u00c9gypte, et Assur l\u2019\u0153uvre de mes mains, et Isra\u00ebl mon h\u00e9ritage\u00bb (Is 19, 25). Le Seigneur d\u00e9ploie donc le manteau protecteur de sa b\u00e9n\u00e9diction sur tous les peuples de la terre, d\u00e9sireux que \u00abtous les hommes soient sauv\u00e9s et parviennent \u00e0 la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9\u00bb (1Tm 2, 4). Nous aussi chr\u00e9tiens, au long des chemins du monde, nous sommes invit\u00e9s \u2013 sans tomber dans le syncr\u00e9tisme qui confond et humilie l\u2019identit\u00e9 spirituelle propre \u2013 \u00e0 dialoguer respectueusement avec les hommes et les femmes des autres religions qui \u00e9coutent et pratiquent fid\u00e8lement les indications de leurs livres sacr\u00e9s, \u00e0 commencer par l\u2019Islam qui, dans sa tradition, accueille d\u2019innombrables figures, symboles et th\u00e8mes bibliques et qui nous offre le t\u00e9moignage d\u2019une foi sinc\u00e8re au Dieu unique, \u00abcompatissant et mis\u00e9ricordieux\u00bb, Cr\u00e9ateur de tout l\u2019\u00eatre et Juge de l\u2019humanit\u00e9. Le chr\u00e9tien trouve, en outre, des affinit\u00e9s avec les grandes traditions religieuses de l\u2019Orient qui nous enseignent, par leurs textes sacr\u00e9s, le respect de la vie, la contemplation, le silence, la simplicit\u00e9, le renoncement, par exemple dans le bouddhisme. Ou qui, comme l\u2019hindouisme, exaltent le sens du sacr\u00e9, le sacrifice, le p\u00e8lerinage, le je\u00fbne, les symboles sacr\u00e9s. Ou qui, comme le confucianisme, enseignent la sagesse et les valeurs familiales et sociales. Nous voulons \u00e9galement pr\u00eater notre attention cordiale aux religions traditionnelles avec leurs valeurs spirituelles exprim\u00e9es dans des rites et dans les cultures orales et tisser avec elles un dialogue respectueux. Nous devons \u00e9galement travailler avec ceux qui ne croient pas en Dieu mais qui s\u2019efforcent \u00abd\u2019accomplir la justice, d\u2019aimer la bont\u00e9 et de marcher humblement\u00bb (Mi 6,8) en vue d\u2019un monde plus juste et pacifi\u00e9 et offrir en dialogue notre t\u00e9moignage authentique de la Parole de Dieu qui peut leur r\u00e9v\u00e9ler des horizons nouveaux et \u00e9lev\u00e9s de v\u00e9rit\u00e9 et d\u2019amour.<\/p>\n<p>15. Dans sa Lettre aux Artistes (1999), Jean Paul II rappelait que \u00abla Sainte \u00c9criture est devenue ainsi une sorte d\u2019\u201bimmense dictionnaire\u2019 (P. Claudel) et d\u2019\u201batlas iconographique\u2019 (M. Chagall), o\u00f9 la culture et l\u2019art chr\u00e9tien ont puis\u00e9\u00bb (n. 5). Goethe \u00e9tait persuad\u00e9 que l\u2019\u00c9vangile \u00e9tait la \u00ablangue maternelle de l\u2019Europe\u00bb. Comme on dit couramment aujourd\u2019hui, la Bible est le \u00abgrand code\u00bb de la culture universelle: les artistes ont id\u00e9alement tremp\u00e9 leur pinceau dans cet alphabet color\u00e9 d\u2019histoires, de symboles, de figures que sont les pages de la Bible; c\u2019est autour des textes sacr\u00e9s, et en particulier des psaumes, que les musiciens ont construit leurs harmonies; les \u00e9crivains ont, pendant des si\u00e8cles, repris les antiques narrations qui devenaient des paraboles existentielles; les po\u00e8tes se sont interrog\u00e9s sur le myst\u00e8re de l\u2019esprit, sur l\u2019infini, sur le mal, sur l\u2019amour, sur la mort et sur la vie recueillant souvent les fr\u00e9missements po\u00e9tiques qui animaient les pages bibliques; les penseurs, les hommes de sciences et la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame avaient fr\u00e9quemment comme r\u00e9f\u00e9rence, m\u00eame par opposition, les conceptions spirituelles et \u00e9thiques (que l\u2019on pense par exemple au D\u00e9calogue) de la Parole de Dieu. M\u00eame lorsque la figure ou l\u2019id\u00e9e pr\u00e9sente dans les \u00c9critures \u00e9tait d\u00e9form\u00e9e, elle \u00e9tait reconnue comme indispensable et constitutive de notre civilisation.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi la Bible \u2013 qui nous enseigne \u00e9galement la via pulchritudinis, c\u2019est-\u00e0-dire le parcours de la beaut\u00e9, pour comprendre et parvenir \u00e0 Dieu (\u00abChantez pour Dieu avec art!\u00bb nous invite le Ps 47,8) \u2013 est n\u00e9cessaire, non seulement au croyant mais \u00e0 tous, afin de red\u00e9couvrir les significations authentiques des diff\u00e9rentes expressions culturelles et surtout pour retrouver notre propre identit\u00e9 historique, civile, humaine et spirituelle. En elle, notre grandeur plonge ses racines, et gr\u00e2ce \u00e0 elle, nous pouvons nous pr\u00e9senter avec un noble patrimoine aux autres civilisations et cultures, sans aucun complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9. La Bible devrait donc \u00eatre connue de tous et \u00e9tudi\u00e9e sous cet extraordinaire profil de beaut\u00e9 et de f\u00e9condit\u00e9 humaine et culturelle.Toutefois, la Parole de Dieu \u2013 pour utiliser une image significative de saint Paul \u2013 \u00abn\u2019est pas encha\u00een\u00e9e\u00bb (2 Tm 2, 9) \u00e0 une culture; au contraire, elle aspire \u00e0 passer les fronti\u00e8res et justement, l\u2019Ap\u00f4tre a \u00e9t\u00e9 un artisan exceptionnel d\u2019inculturation du message biblique dans de nouveaux contextes culturels. C\u2019est ce que l\u2019\u00c9glise est appel\u00e9e \u00e0 faire aujourd\u2019hui aussi, \u00e0 travers un processus d\u00e9licat mais n\u00e9cessaire qui a re\u00e7u une forte impulsion du magist\u00e8re du Pape Beno\u00eet XVI. Elle doit faire p\u00e9n\u00e9trer la Parole de Dieu dans la pluralit\u00e9 des cultures et l\u2019exprimer selon leurs langages, leurs conceptions, leurs symboles et leurs traditions religieuses. Elle doit cependant \u00eatre toujours capable de conserver la v\u00e9ritable substance de ses contenus, surveillant et contr\u00f4lant les risques de d\u00e9g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019\u00c9glise doit donc faire briller les valeurs que la Parole de Dieu offre aux autres cultures afin qu\u2019elles en soient purifi\u00e9es et f\u00e9cond\u00e9es. Comme l\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 Jean-Paul II \u00e0 l\u2019\u00e9piscopat du Kenya, lors de son voyage en Afrique en 1980, \u00abl\u2019inculturation sera r\u00e9ellement un reflet de l\u2019incarnation du Verbe quand une culture transform\u00e9e et r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019\u00c9vangile, produit dans sa propre tradition des expressions originales de vie, de c\u00e9l\u00e9bration et de r\u00e9flexion chr\u00e9tiennes\u00bb.<\/p>\n<p>CONCLUSION<\/p>\n<p>\u00abPuis la voix du ciel, que j\u2019avais entendue, me parla de nouveau: \u201bVa prendre le petit livre ouvert dans la main de l\u2019Ange debout sur la mer et sur la terre\u2019. Je m\u2019en fus alors prier l\u2019Ange de me donner le petit livre; et lui me dit: \u201bTiens, mange-le; il te remplira les entrailles d\u2019amertume, mais en ta bouche il aura la douceur du miel\u2019. Je pris le petit livre de la main de l\u2019Ange et l\u2019avalai; dans ma bouche, il avait la douceur du miel, mais quand je l\u2019eus mang\u00e9, il remplit mes entrailles d\u2019amertume\u00bb (Ap 10, 8-11).Fr\u00e8res et s\u0153urs du monde entier, accueillons, nous aussi, cette invitation; approchons-nous de la table de la Parole de Dieu, de mani\u00e8re \u00e0 nous en nourrir et \u00e0 vivre \u00abnon seulement de pain, mais [\u2026] de toute parole qui sort de la bouche de Dieu\u00bb (Dt 8, 3; Mt 4, 4). L\u2019\u00c9criture Sainte \u2013 comme l\u2019affirmait une grande figure de la culture chr\u00e9tienne \u2013 \u00aba pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions\u00bb (B. Pascal, Pens\u00e9es, n\u00b0532 \u00e9dition de Brunschvicg).La Parole de Dieu, en effet, est \u00abdouce plus que le miel, que le suc des rayons\u00bb (Ps 19, 11), elle est \u00abune lampe sur mes pas, ta parole, une lumi\u00e8re sur ma route\u00bb (Ps 119, 105) mais elle est aussi \u00abcomme un feu\u2013 oracle du Seigneur \u2013 N\u2019est-elle pas comme un marteau qui fracasse le roc?\u00bb (Jr 23, 29). Elle est comme la pluie qui irrigue la terre, la rend f\u00e9conde et la fait germer, faisant ainsi fleurir l\u2019aridit\u00e9 de nos d\u00e9serts spirituels (cf. Is 55, 10-11). Mais \u00abvivante, en effet, est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu\u2019aucun glaive \u00e0 deux tranchants, elle p\u00e9n\u00e8tre jusqu\u2019au point de division de l\u2019\u00e2me et de l\u2019esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pens\u00e9es du c\u0153ur\u00bb (He 4, 12).<\/p>\n<p>Notre regard se tourne avec affection vers tous ceux qui \u00e9tudient, les cat\u00e9chistes et les autres serviteurs de la Parole de Dieu afin de leur exprimer notre plus intense et cordiale gratitude pour leur service si pr\u00e9cieux et si important. Nous nous tournons aussi vers nos fr\u00e8res et nos s\u0153urs pers\u00e9cut\u00e9s ou mis \u00e0 mort \u00e0 cause de la Parole de Dieu et du t\u00e9moignage qu\u2019ils rendent au Seigneur J\u00e9sus (cf. Ap 6, 9): t\u00e9moins et martyrs qui nous racontent la \u00abforce de Dieu\u00bb (Rm 1, 16), origine de leur foi, de leur esp\u00e9rance et de leur amour pour Dieu et pour les hommes.<\/p>\n<p>Faisons \u00e0 pr\u00e9sent silence afin d\u2019\u00e9couter avec efficacit\u00e9 la Parole du Seigneur et conservons le silence apr\u00e8s l\u2019\u00e9coute afin que cette Parole puisse continuer \u00e0 demeurer, \u00e0 vivre et \u00e0 nous parler. Faisons-la r\u00e9sonner au d\u00e9but de notre journ\u00e9e afin que Dieu ait le premier mot et laissons-la retentir en nous le soir afin que le dernier mot soit de Dieu.<br \/>\nChers fr\u00e8res et s\u0153urs, \u00abvous saluent tous ceux qui sont avec nous. Saluez tous ceux qui nous aiment dans la foi. La gr\u00e2ce soit avec vous tous\u00bb (Tt 3, 15).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par S\u00e9bastien Lacroix Trois semaines apr\u00e8s son ouverture en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, Beno\u00eet XVI a conclu la 12e assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du Synode des \u00e9v\u00eaques lors d&#8217;une grande messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ce matin en la basilique Saint-Pierre. 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