{"id":27296,"date":"2023-02-03T16:43:57","date_gmt":"2023-02-03T21:43:57","guid":{"rendered":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/?p=27296"},"modified":"2023-02-03T16:44:16","modified_gmt":"2023-02-03T21:44:16","slug":"discours-du-saint-pere-aux-autorites-et-le-corps-diplomatique-du-soudan-de-sud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/divers\/discours-du-saint-pere-aux-autorites-et-le-corps-diplomatique-du-soudan-de-sud","title":{"rendered":"Discours du Saint-P\u00e8re aux autorit\u00e9s et le corps diplomatique du Soudan de Sud"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone wp-image-27216 size-full\" src=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/02-03-meeting-authorities-address-960x540-1.jpg\" alt=\"\" width=\"960\" height=\"540\" \/><\/p>\n<h2>Le pape Fran\u00e7ois a entam\u00e9 sa <a href=\"https:\/\/slmedia.org\/fr\/visite-apostolique-rdc-soudan-du-sud\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">visite apostolique au Soudan du Sud<\/a> le 3 f\u00e9vrier, accompagn\u00e9 de l&#8217;archev\u00eaque de Canterbury et du mod\u00e9rateur de l&#8217;\u00c9glise d&#8217;\u00c9cosse, par une rencontre avec le pr\u00e9sident, les vice-pr\u00e9sidents, les autorit\u00e9s, la soci\u00e9t\u00e9 civile et le corps diplomatique du jeune pays. Il a d\u00e9clar\u00e9 que ce \u00ab p\u00e8lerinage \u0153cum\u00e9nique de paix repr\u00e9sente un changement de direction, une opportunit\u00e9 pour le Soudan du Sud de recommencer \u00e0 naviguer en eaux calmes \u00bb un \u00ab\u00a0 temps pour construire \u00bb, pour \u00ab laisser derri\u00e8re soi le temps de la guerre et laisser poindre un temps de paix. \u00bb<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><b><span class=\"color-text\"><em>RENCONTRE AVEC LES AUTORIT\u00c9S ET LE CORPS DIPLOMATIQUE<\/em><br \/>\n<\/span><\/b><b><i><span class=\"title-1-color\">DISCOURS\u00a0DU SAINT-P\u00c8RE<\/span><\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span class=\"color-text\"><i>Palais Pr\u00e9sidentiel (Djouba)<br \/>\nVendredi 3 f\u00e9vrier 2023<br \/>\n<\/i><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em><span style=\"font-weight: 400;\">Monsieur le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique,<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"font-weight: 400;\">Messieurs les Vice-Pr\u00e9sidents,<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"font-weight: 400;\">Membres illustres du Gouvernement et du Corps diplomatique,<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"font-weight: 400;\">Autorit\u00e9s religieuses distingu\u00e9es,<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"font-weight: 400;\">Repr\u00e9sentants insignes de la soci\u00e9t\u00e9 civile et du monde de la culture,<br \/>\n<\/span><\/em><em><span style=\"font-weight: 400;\">Mesdames et Messieurs !<\/span><\/em><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je suis heureux d\u2019\u00eatre sur cette terre que je porte dans mon c\u0153ur. Je vous remercie, Monsieur le Pr\u00e9sident, pour les mots d\u2019accueil que vous m\u2019avez adress\u00e9s. Je salue cordialement chacun de vous et, \u00e0 travers vous, toutes les femmes et les hommes qui peuplent ce jeune et cher pays. Je viens comme p\u00e8lerin de r\u00e9conciliation, avec le r\u00eave de vous accompagner sur votre chemin de paix, un chemin tortueux mais qui ne peut plus \u00eatre report\u00e9. Je ne suis pas venu seul, parce que dans la paix, comme dans la vie, on marche ensemble. Je suis donc chez vous avec deux fr\u00e8res, l\u2019Archev\u00eaque de Canterbury et le Mod\u00e9rateur de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00c9glise d\u2019\u00c9cosse, que je remercie pour ce qu\u2019ils viennent de nous dire. Ensemble, nous nous pr\u00e9sentons \u00e0 vous et \u00e0 ce peuple au nom de J\u00e9sus-Christ, Prince de la paix.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Nous avons en effet entrepris ce <em>p\u00e8lerinage \u0153cum\u00e9nique de paix<\/em> apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 le cri de tout un peuple qui, avec grande dignit\u00e9, pleure \u00e0 cause de la violence qu\u2019il subit, du perp\u00e9tuel manque de s\u00e9curit\u00e9, de la pauvret\u00e9 qui le frappe et des catastrophes naturelles qui s\u00e9vissent. Les ann\u00e9es de guerres et de conflits ne semblent pas conna\u00eetre de fin et m\u00eame, r\u00e9cemment, de durs affrontements ont eu lieu alors que les processus de r\u00e9conciliation semblent paralys\u00e9s et que les promesses de paix restent inaccomplies. Que cette souffrance \u00e9puisante ne soit pas vaine. Que la patience et les sacrifices du peuple sud-soudanais, de cette population jeune, humble et courageuse, nous interpellent tous. Qu\u2019ils voient \u00e9clore des germes de paix qui portent du fruit, tels des semences qui en terre donnent vie \u00e0 la plante.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les fruits et la v\u00e9g\u00e9tation abondent ici, gr\u00e2ce au grand fleuve qui traverse le pays. Ce que l\u2019historien de l\u2019antiquit\u00e9 H\u00e9rodote disait de l\u2019\u00c9gypte, qu\u2019elle un \u201cdon du Nil\u201d, vaut aussi pour le Soudan du Sud., Comme on le dit ici, cette terre est vraiment une \u201cterre de grande abondance\u201d. Je voudrais donc me laisser porter par l\u2019image du grand fleuve qui traverse ce pays r\u00e9cent mais \u00e0 l\u2019histoire ancienne. Au cours des si\u00e8cles, les explorateurs se sont introduits sur le territoire o\u00f9 nous sommes pour remonter le Nil Blanc \u00e0 la recherche des sources du fleuve le plus long du monde. C\u2019est par la recherche des sources du vivre ensemble que je voudrais commencer mon parcours avec vous. Parce que cette terre, qui regorge de tant de biens dans le sous-sol, mais surtout dans les c\u0153urs et les esprits de ses habitants, a besoin d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau d\u00e9salt\u00e9r\u00e9e par des sources fra\u00eeches et vitales.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Autorit\u00e9s distingu\u00e9es, c\u2019est vous qui \u00eates ces sources, les sources qui irriguent la cohabitation, les p\u00e8res et les m\u00e8res de ce jeune pays. Vous \u00eates appel\u00e9es \u00e0 r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la vie sociale, comme des sources limpides de prosp\u00e9rit\u00e9 et de paix, car c\u2019est de cela dont ont besoin les enfants du Soudan du Sud : de p\u00e8res, non de ma\u00eetres ; d\u2019\u00e9tapes stables de d\u00e9veloppement, non de chutes continuelles. Les ann\u00e9es qui ont suivi la naissance du pays, marqu\u00e9es par une enfance bless\u00e9e, doivent laisser place \u00e0 une croissance pacifique. Illustres Autorit\u00e9s, vos \u201cenfants\u201d et l\u2019histoire elle-m\u00eame se rappelleront de vous dans la mesure o\u00f9 vous aurez fait du bien \u00e0 cette population qui vous a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e pour la servir. Les g\u00e9n\u00e9rations futures honoreront ou effaceront la m\u00e9moire de vos noms en fonction de ce que vous faites maintenant parce que, comme le fleuve quitte ses sources pour commencer son cours, le cours de l\u2019histoire laissera derri\u00e8re les ennemis de la paix et donnera de l\u2019\u00e9clat \u00e0 ceux qui \u0153uvrent pour la paix. En effet, comme l\u2019enseigne l\u2019\u00c9criture, \u00ab un avenir est promis aux pacifiques \u00bb (cf. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Ps<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 37, 37).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La violence, au contraire, fait reculer le cours de l\u2019histoire. Le m\u00eame H\u00e9rodote en relevait les bouleversements g\u00e9n\u00e9rationnels, notant qu\u2019en guerre ce ne sont plus les enfants qui enterrent les p\u00e8res, mais les p\u00e8res qui enterrent les enfants (cf. <em>Histoires<\/em>, I, 87). Je vous prie, de tout c\u0153ur d\u2019accueillir une parole simple pour que cette terre ne se r\u00e9duise pas \u00e0 un cimeti\u00e8re, mais redevienne un jardin florissant. Non pas la mienne, mais celle du Christ. Il l\u2019a prononc\u00e9 dans un jardin, \u00e0 Geths\u00e9mani, lorsque, voyant l\u2019un de ses disciples qui avait d\u00e9gain\u00e9 l\u2019\u00e9p\u00e9e, il dit : \u00ab Assez ! \u00bb (<em>Lc<\/em> 22, 51). Monsieur le Pr\u00e9sident, Messieurs les Vice-Pr\u00e9sidents, au nom de Dieu, du Dieu qu\u2019ensemble nous avons pri\u00e9 \u00e0 Rome, du Dieu doux et humble de c\u0153ur (cf. <em>Mt<\/em> 11, 29) en qui tant de personnes de ce cher pays croient, il est temps de dire assez, sans \u201csi\u201d et sans \u201cmais\u201d : assez de sang vers\u00e9, assez de conflits, assez de violences et d\u2019accusations r\u00e9ciproques sur ceux qui les commettent, assez d\u2019abandonner le peuple assoiff\u00e9 de paix. Assez de destructions, c\u2019est l\u2019heure de la construction ! Que le temps de la guerre soit rejet\u00e9 et que se l\u00e8ve un temps de paix!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Revenons aux sources du fleuve, \u00e0 l\u2019eau qui symbolise la vie. Aux sources de ce pays il y a un autre mot qui d\u00e9signe le parcours entrepris par le peuple sud-soudanais le 9 juillet 2011 : <em>R\u00e9publique<\/em>. Mais que signifie \u00eatre une <em>res publica<\/em> ? Cela signifie se reconna\u00eetre comme une <em>r\u00e9alit\u00e9 publique<\/em>, affirmer que l\u2019\u00c9tat est pour tous ; et donc que ceux qui, en son sein, assument des responsabilit\u00e9s majeures, le pr\u00e9sidant et le gouvernant, ne peuvent que se mettre au service du bien commun. Voil\u00e0 le but du pouvoir : servir la communaut\u00e9. La tentation qui guette toujours est de s\u2019en servir pour ses propres int\u00e9r\u00eats. Il ne suffit donc pas de s\u2019appeler R\u00e9publique, il faut l\u2019\u00eatre, \u00e0 partir des biens primaires : que les ressources abondantes avec lesquelles Dieu a b\u00e9ni cette terre ne soient pas r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 quelques-uns, mais l\u2019apanage de tous, et que des projets de r\u00e9partition \u00e9quitable des richesses correspondent aux plans de relance \u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le d\u00e9veloppement d\u00e9mocratique est fondamental pour la vie d\u2019une R\u00e9publique. Il prot\u00e8ge la distinction b\u00e9n\u00e9fique des pouvoirs, de sorte que, par exemple, celui qui administre la justice puisse l\u2019exercer sans conditionnement de la part de celui qui l\u00e9gif\u00e8re ou gouverne. La d\u00e9mocratie suppose \u00e9galement le respect des droits humains, prot\u00e9g\u00e9s par la loi et son application, et en particulier la libert\u00e9 d\u2019exprimer ses id\u00e9es. Il faut en effet rappeler que <em>sans justice il n\u2019y a pas de paix<\/em> (cf. saint Jean-Paul II, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Message pour la c\u00e9l\u00e9bration de la 35\u00e8me Journ\u00e9e Mondiale de la Paix,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> 1er janvier 2002), mais aussi que <em>sans libert\u00e9 il n\u2019y a pas de justice.<\/em> Il faut donc donner \u00e0 toute citoyenne et tout citoyen la possibilit\u00e9 de disposer du don unique et irrempla\u00e7able de l\u2019existence avec les moyens appropri\u00e9s pour le r\u00e9aliser : comme l\u2019\u00e9crivait le Pape Jean, \u00ab tout \u00eatre humain a droit \u00e0 la vie, \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 physique et aux moyens n\u00e9cessaires et suffisants pour une existence d\u00e9cente \u00bb (saint Jean XXIII, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Lett. enc. Pacem in terris,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> n. 11).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Nil, apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 ses sources, travers\u00e9 des zones accident\u00e9es cr\u00e9ant des cascades et des rapides, et une fois entr\u00e9 dans la plaine sud-soudanaise, \u00e0 proximit\u00e9 de Djouba, il devient navigable, pour ensuite p\u00e9n\u00e9trer dans des zones plus mar\u00e9cageuses. Par analogie, j\u2019esp\u00e8re que le chemin de paix de la R\u00e9publique ne progressera pas avec des hauts et des bas, mais, qu\u2019\u00e0 partir de cette capitale, il deviendra praticable, sans rester enlis\u00e9 dans l\u2019inertie. Chers amis, il est temps de passer des paroles aux faits. Il est temps de tourner la page, le temps est venu de <em>l\u2019engagement<\/em> pour une transformation urgente et n\u00e9cessaire. Le processus de paix et de r\u00e9conciliation demande un nouveau sursaut. Que l\u2019on s\u2019entende et que l\u2019on face avancer l\u2019Accord de paix, ainsi que la Feuille de route ! Dans un monde marqu\u00e9 par les divisions et les conflits, ce pays accueille un p\u00e8lerinage \u0153cum\u00e9nique de paix, qui constitue une raret\u00e9 ; que celui-ci pose un <em>changement de rythme<\/em>, qu\u2019il soit l\u2019occasion, pour le Soudan du Sud, de recommencer \u00e0 naviguer sur des eaux tranquilles, en reprenant le dialogue, sans duplicit\u00e9s ni opportunismes. Qu\u2019il soit pour tous une occasion de <em>relancer l\u2019esp\u00e9rance<\/em> : que chaque citoyen comprenne que ce n\u2019est plus le moment de se laisser emporter par les eaux insalubres de la haine, du tribalisme, du r\u00e9gionalisme et des diff\u00e9rences ethniques ; le temps est venu de naviguer ensemble vers l\u2019avenir !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le parcours du grand fleuve nous aide encore, en nous sugg\u00e9rant la mani\u00e8re. Dans son cours, pr\u00e8s du lac No il rejoint un autre fleuve, donnant vie \u00e0 ce qu\u2019on appelle le Nil Blanc. La clart\u00e9 limpide des eaux jaillit donc de la <em>rencontre<\/em>. Telle est la voie : se respecter, se conna\u00eetre, dialoguer. Car, si derri\u00e8re toute violence il y a de la col\u00e8re et de la ranc\u0153ur &#8211; et derri\u00e8re toute col\u00e8re et ranc\u0153ur il y a le souvenir non gu\u00e9rie de blessures, d\u2019humiliations et d\u2019offenses &#8211; la seule direction pour en sortir est celle de la rencontre : accueillir les autres comme des fr\u00e8res et leur donner de l\u2019espace, y compris en sachant faire des concessions. Cette attitude, essentielle pour les processus de paix, est \u00e9galement indispensable pour le d\u00e9veloppement homog\u00e8ne de la soci\u00e9t\u00e9. Et pour passer de l\u2019incivilit\u00e9 de l\u2019affrontement \u00e0 la civilit\u00e9 de la rencontre, le r\u00f4le que <em>les jeunes<\/em> peuvent et veulent jouer est d\u00e9cisif. Que des espaces libres de rencontre pour se retrouver et d\u00e9battre leurs soient donc assur\u00e9s ; et qu\u2019ils puissent prendre en main, sans crainte, l\u2019avenir qui leur appartient ! Que les femmes, les m\u00e8res qui savent comment l\u2019on donne et conserve la vie, soient \u00e9galement davantage impliqu\u00e9es dans les processus politiques et d\u00e9cisionnels. Qu\u2019il y ait du respect \u00e0 leur \u00e9gard, car celui qui commet une violence contre une femme la commet contre Dieu, qui d\u2019une femme a pris chair.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Christ, le Verbe incarn\u00e9, nous a enseign\u00e9 que plus on se fait petit, en donnant de l\u2019espace aux autres et en accueillant le prochain comme un fr\u00e8re, plus on devient grand aux yeux du Seigneur. La jeune histoire de ce pays d\u00e9chir\u00e9 par des affrontements ethniques, a besoin de retrouver <em>la mystique de la rencontre<\/em>, la gr\u00e2ce du fait d\u2019\u00eatre ensemble. Il faut regarder au-del\u00e0 des groupes et des diff\u00e9rences pour marcher comme un seul peuple, dans lequel, comme pour le Nil, les diff\u00e9rents affluents apportent des richesses. Ce fut pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 par le fleuve que les premiers missionnaires, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle, arriv\u00e8rent sur ces rivages ; \u00e0 leur pr\u00e9sence s\u2019est ajouta au fil du temps celle de nombre de travailleurs humanitaires. Je voudrais tous les remercier pour le travail pr\u00e9cieux qu\u2019ils font. Mais je pense aussi aux missionnaires qui, malheureusement, trouvent la mort en semant la vie. Ne les oublions pas et n\u2019oublions pas de leur garantir, ainsi qu\u2019aux travailleurs humanitaires, la s\u00e9curit\u00e9, ainsi que les soutiens n\u00e9cessaires \u00e0 leurs \u0153uvres pour que le fleuve du bien continue \u00e0 couler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un grand fleuve, cependant, peut parfois d\u00e9border et provoquer des catastrophes. Sur cette terre, les nombreuses victimes d\u2019inondations l\u2019ont malheureusement exp\u00e9riment\u00e9, auxquelles j\u2019exprime ma proximit\u00e9, en demandant qu\u2019elles ne soient pas priv\u00e9es d\u2019aides appropri\u00e9es. Les catastrophes naturelles r\u00e9v\u00e8lent une cr\u00e9ation bless\u00e9e et chamboul\u00e9e, qui, source de vie peut se transformer en menace de mort. Il faut en prendre soin avec un regard clairvoyant, tourn\u00e9 vers les g\u00e9n\u00e9rations futures. Je pense en particulier \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de lutter contre la d\u00e9forestation caus\u00e9e par l\u2019avidit\u00e9 du gain.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour \u00e9viter les inondations d\u2019un fleuve, il est n\u00e9cessaire de garder son lit propre. Par m\u00e9taphore, le nettoyage dont le cours de la vie sociale a besoin est <em>la<\/em> <em>lutte contre la corruption<\/em>. Circuits financiers injustes, intrigues cach\u00e9es pour s\u2019enrichir, affaires client\u00e9listes, manque de transparence : voil\u00e0 le fond pollu\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, qui fait manquer les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 ceux qui en ont le plus besoin. Il faut d\u2019abord combattre la pauvret\u00e9, qui constitue le terrain fertile dans lequel s\u2019enracinent les haines, les divisions et la violence. L\u2019urgence d\u2019un pays civilis\u00e9 est de prendre soin de ses citoyens, en particulier des plus fragiles et des plus d\u00e9favoris\u00e9s. Je pense surtout aux millions de personnes d\u00e9plac\u00e9es qui habitent ici : combien ont d\u00fb quitter leur maison et se trouvent rel\u00e9gu\u00e9es en marge de la vie \u00e0 la suite d\u2019affrontements et de d\u00e9placements forc\u00e9s !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour que les eaux de vie ne se transforment pas en dangers de mort, il est essentiel de doter un fleuve de digues ad\u00e9quates. Il en va de m\u00eame pour la coexistence humaine. Il faut en premier lieu endiguer l\u2019arriv\u00e9e d\u2019armes qui, malgr\u00e9 les interdictions, continuent d\u2019arriver dans de nombreux pays de la zone, y compris au Soudan du Sud. Beaucoup de choses sont n\u00e9cessaires ici, mais certainement pas d\u2019instruments de mort suppl\u00e9mentaires. D\u2019autres digues sont indispensables pour garantir le cours de la vie sociale : je fais r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9veloppement de politiques de sant\u00e9 ad\u00e9quates, au besoin d\u2019infrastructures vitales et, en particulier, au r\u00f4le primordial de l\u2019alphab\u00e9tisation et de l\u2019\u00e9ducation, seule voie pour que les enfants de cette terre prennent leur avenir en main. Comme tous les enfants de ce continent et du monde, ils ont le droit de grandir avec en main des cahiers et des jouets, pas des instruments de travail ni des armes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Nil Blanc, enfin, quitte le Soudan du Sud, traverse d\u2019autres \u00c9tats, il rencontre le Nil Bleu et arrive \u00e0 la mer : le fleuve ne conna\u00eet pas de fronti\u00e8res, mais il relie des territoires. De m\u00eame, pour atteindre un d\u00e9veloppement convenable, il est essentiel, aujourd\u2019hui plus que jamais, de cultiver des relations positives avec d\u2019autres pays, \u00e0 commencer par ceux qui sont autour. Je pense \u00e9galement \u00e0 la pr\u00e9cieuse contribution de la Communaut\u00e9 internationale \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce pays : j\u2019exprime ma reconnaissance pour l\u2019engagement visant \u00e0 en favoriser la r\u00e9conciliation et le d\u00e9veloppement. Je suis convaincu que, pour apporter des contributions fructueuses, la compr\u00e9hension r\u00e9elle des dynamiques et des probl\u00e8mes sociaux est indispensable. Il ne suffit pas de les observer et de les d\u00e9noncer de l\u2019ext\u00e9rieur. Il faut s\u2019impliquer, avec patience et d\u00e9termination et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, r\u00e9sister \u00e0 la tentation d\u2019imposer des mod\u00e8les pr\u00e9\u00e9tablis et \u00e9trangers \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 locale. Comme le disait saint Jean-Paul II, il y a trente ans, au Soudan : \u00ab des solutions africaines doivent \u00eatre trouv\u00e9es aux probl\u00e8mes africains \u00bb (<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Appel \u00e0 la C\u00e9r\u00e9monie de bienvenue<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, 10 f\u00e9vrier 1993).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Monsieur le Pr\u00e9sident, distingu\u00e9es Autorit\u00e9s, en suivant le cours du Nil, j\u2019ai voulu m\u2019introduire dans le cheminement de ce pays qui m\u2019est cher autant qu\u2019il est jeune. Je sais que certaines de mes expressions peuvent avoir \u00e9t\u00e9 franches et directes, mais je vous prie de croire que cela na\u00eet seulement de l\u2019affection et de la pr\u00e9occupation avec lesquelles je suis vos vicissitudes, avec les fr\u00e8res avec lesquels je suis venu ici, p\u00e8lerin de paix. Nous d\u00e9sirons offrir de tout c\u0153ur notre pri\u00e8re et notre soutien afin que le Soudan du Sud se r\u00e9concilie et change de cap, pour que son cours vital ne soit plus emp\u00each\u00e9 par l\u2019inondation de la violence, entrav\u00e9 par les marais de la corruption et an\u00e9anti par le d\u00e9bordement de la pauvret\u00e9. Que le Seigneur du ciel, qui aime cette terre, lui donne un temps nouveau de paix et de prosp\u00e9rit\u00e9 : que Dieu b\u00e9nisse la R\u00e9publique du Soudan du Sud !<\/span><\/p>\n<p><em>Texte reproduit avec l&#8217;aimable autorisation du Bureau de presse du Saint-Si\u00e8ge.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pape Fran\u00e7ois a entam\u00e9 sa visite apostolique au Soudan du Sud le 3 f\u00e9vrier, accompagn\u00e9 de l&#8217;archev\u00eaque de Canterbury et du mod\u00e9rateur de l&#8217;\u00c9glise d&#8217;\u00c9cosse, par une rencontre avec le pr\u00e9sident, les vice-pr\u00e9sidents, les autorit\u00e9s, la soci\u00e9t\u00e9 civile et le corps diplomatique du jeune pays. 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