{"id":25908,"date":"2021-04-09T13:12:21","date_gmt":"2021-04-09T17:12:21","guid":{"rendered":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/?p=25908"},"modified":"2021-04-09T13:14:38","modified_gmt":"2021-04-09T17:14:38","slug":"la-famille-et-la-poursuite-du-bien-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/pape-francois\/la-famille-et-la-poursuite-du-bien-commun","title":{"rendered":"La famille et la poursuite du bien commun"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/blog_1617982848.jpeg\"><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-25910\" src=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/blog_1617982848.jpeg\" alt=\"\" width=\"960\" height=\"541\" srcset=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/blog_1617982848.jpeg 960w, https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/blog_1617982848-300x169.jpeg 300w, https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/blog_1617982848-768x433.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">(Image: courtoisie de Wikimedia)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L&#8217;\u00c9glise a beaucoup parl\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es des questions relatives \u00e0 la vie, au mariage et \u00e0 la famille, et plus sp\u00e9cifiquement de la contribution des familles chr\u00e9tiennes \u00e0 sa vivacit\u00e9. Alors que notre \u00e9poque est marqu\u00e9e par son effacement, ces enseignements, conjugu\u00e9s \u00e0 certains principes de la doctrine sociale de l&#8217;\u00c9glise, peuvent contribuer \u00e0 une r\u00e9flexion sur la perspective du bien commun dans nos soci\u00e9t\u00e9s politiques.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Un paradoxe de la politique moderne<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La communaut\u00e9 politique est rarement comprise, dans l&#8217;espace public, comme une r\u00e9alit\u00e9 naturelle \u00e0 l&#8217;homme, c&#8217;est-\u00e0-dire comme une expression de sa nature d&#8217;animal politique, selon le mot d&#8217;Aristote. En effet, nos intuitions se sont transform\u00e9es, et plus souvent qu&#8217;autrement nos concitoyens ont des attentes \u00e0 la fois excessives et insuffisantes quant \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience politique. C&#8217;est un paradoxe de notre modernit\u00e9 politique, qui s&#8217;explique notamment par un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la subsidiarit\u00e9, un principe de la doctrine sociale de l&#8217;\u00c9glise suivant lequel la responsabilit\u00e9 d&#8217;agir sur une question donn\u00e9e revient \u00e0 la communaut\u00e9 qui en exp\u00e9rimente le plus directement les effets.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Or, nous vivons ici et maintenant dans le monde de l&#8217;\u00c9tat-providence, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;\u00e9tat d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&#8217;essentiel des n\u00e9cessit\u00e9s humaines les plus \u00e9l\u00e9mentaires trouvent satisfaction de quelque mani\u00e8re par une r\u00e9ponse \u00e9tatique. Devant les r\u00e9alit\u00e9s du quotidien, les imperfections du march\u00e9, les d\u00e9sirs mat\u00e9riels, c&#8217;est l&#8217;\u00c9tat ou principalement l&#8217;\u00c9tat, qui r\u00e9pond pr\u00e9sent.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Cette situation est en un sens tout \u00e0 fait nouvelle et unique au regard de l&#8217;histoire universelle. Jamais auparavant l&#8217;\u00c9tat, la r\u00e9publique, le royaume, n&#8217;avait pris sur lui de r\u00e9pondre aussi directement et aussi promptement aux n\u00e9cessit\u00e9s particuli\u00e8res, aux besoins locaux, voire familiaux et individuels. Nous vivons d\u00e9sormais dans l&#8217;attente de ces services et entretenons \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;\u00c9tat des attentes extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es. C&#8217;est pourquoi on entend souvent que les &#8221;contribuables&#8221; (les citoyens) veulent en avoir pour leur &#8221;argent&#8221; (leurs taxes). Nous sommes sortis de l&#8217;amiti\u00e9 civique pour entrer dans une relation d&#8217;affaire, parfois m\u00eame pr\u00e9datoire.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c9videmment, nos devanciers avaient, eux aussi, des besoins et des d\u00e9sirs pour eux-m\u00eames et leurs proches, leurs familles, leurs communaut\u00e9s. Mais pour l&#8217;essentiel de l&#8217;histoire humaine, ils trouvaient satisfaction (ou privation), dans des contextes plus locaux, plus communautaires, et en un sens plus naturels, par la participation \u00e0 des corps interm\u00e9diaires entre l&#8217;individu et l&#8217;\u00c9tat, aujourd&#8217;hui fortement affaiblis. Le processus qui nous a conduit jusqu&#8217;ici a donc g\u00e9n\u00e9r\u00e9 chez nous des attentes excessives \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;\u00c9tat politique. Nous demandons de lui des choses qu&#8217;il ne lui appartient pas de nous donner, du moins, si on en croit la doctrine sociale de l&#8217;\u00c9glise et la centralit\u00e9 du principe de subsidiarit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Une n\u00e9gation de notre nature politique<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pourtant, nous avons aussi et surtout des attentes insuffisantes \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la politique, qui se trouvent, en un sens, \u00e0 un niveau plus humain et plus profond. Ces attentes\u00a0 sont si faibles qu&#8217;elles attaquent notre nature politique. Lib\u00e9r\u00e9s de la famille, lib\u00e9r\u00e9s de l&#8217;amiti\u00e9, lib\u00e9r\u00e9s de l&#8217;\u00c9glise et de quelque autre forme d&#8217;engagement librement consenti, plusieurs de nos concitoyens se placent dans une situation de d\u00e9pendance, seuls face \u00e0 l&#8217;\u00c9tat.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Peu d&#8217;entre nous voient l&#8217;activit\u00e9 politique comme une recherche d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du bien commun qui engage, dans une d\u00e9mocratie comme la n\u00f4tre, l&#8217;ensemble des citoyens. D&#8217;ailleurs, le titre de citoyen, qui faisait \u00e0 Ath\u00e8nes ou \u00e0 Rome l&#8217;honneur de ceux qui le portaient, est pour nous vid\u00e9 de son sens. Occup\u00e9s \u00e0 requ\u00e9rir de l&#8217;\u00c9tat des n\u00e9cessit\u00e9s mat\u00e9rielles et m\u00eame parfois jusqu&#8217;au sens de notre vie, notre activit\u00e9 politique se r\u00e9sume trop souvent \u00e0 voter pour celui qui nous promet le meilleur rendement sur notre investissement. Nous ne cherchons pas \u00e0 poursuivre le bien commun de la soci\u00e9t\u00e9 politique dans laquelle nous nous inscrivons, mais bien plut\u00f4t \u00e0 accro\u00eetre notre bien particulier, parfois m\u00eame au d\u00e9pens de la communaut\u00e9 dans son ensemble.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">C&#8217;est pourquoi on peut \u00e9galement soutenir que nous avons \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la politique des attentes insuffisantes. La politique est cette activit\u00e9, \u00e9minemment humaine, qui nous fait sortir de nos particularisme et nous fait nous engager en vue de biens plus universels. Il en va de m\u00eame pour les chr\u00e9tiens, dont la nature n&#8217;est pas chang\u00e9e mais plut\u00f4t \u00e9lev\u00e9e par la Gr\u00e2ce. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, la politique en son sens le plus noble nous pr\u00e9pare m\u00eame \u00e0 la recherche de biens encore plus \u00e9lev\u00e9s. Il est ainsi n\u00e9cessaire d&#8217;avoir une saine politique, comme il est essentiel d&#8217;avoir une saine vie familiale.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La famille, un mod\u00e8le pour les communaut\u00e9s plus larges<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La famille est en un sens la forme la plus restreinte, la plus condens\u00e9e, de communaut\u00e9 \u00e0 laquelle il nous est donn\u00e9 d&#8217;appartenir. Elle n&#8217;a pas le caract\u00e8re politique de la cit\u00e9 ou de la nation, dont elle ne partage pas la nature d\u00e9lib\u00e9rative et plurielle. Or dans la famille, comme dans la vie politique, s&#8217;exerce une autorit\u00e9 dont la fin d\u00e9passe les besoins imm\u00e9diats et particuliers des individus qui la composent. En famille, on comprend intuitivement que le bien du tout l&#8217;emporte sur celui des parties. Les parents, qui justement ont la charge d&#8217;autorit\u00e9, acceptent plus ais\u00e9ment le sacrifice et le d\u00e9nuement, lorsqu&#8217;il est rendu n\u00e9cessaire par les circonstances.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En famille, on sait qu&#8217;en d\u00e9pit de leurs imperfections, nos fr\u00e8res, nos s\u0153urs, nos parents sont dignes de notre respect et m\u00eame de notre affection, en tant qu&#8217;ils partagent avec nous le lien de parent\u00e9. Ainsi la saine famille peut nous apprendre certaines choses sur la saine r\u00e9publique, la saine communaut\u00e9 politique. Les citoyens ont, en tant que citoyens, le devoir de veiller chacun sur le bien de l&#8217;ensemble. Ils \u00e9prouvent souvent une affection parfois na\u00efve mais sinc\u00e8re pour leurs concitoyens, avec lesquels ils partagent un titre de haute distinction.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>De petits et de grands ensembles<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Enfin, dans la saine r\u00e9publique on ne confond pas l&#8217;\u00c9tat avec la famille, ni entre eux les autres corps interm\u00e9diaires qui cimentent, de la plus petite \u00e0 la plus grande, les communaut\u00e9s de parent\u00e9, de l&#8217;amiti\u00e9, de la langue. On ne la confond pas davantage avec l&#8217;incommensurablement plus universelle <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">res publica christiania<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, qui r\u00e9unit les croyants par del\u00e0 toutes les fronti\u00e8res mat\u00e9rielles et id\u00e9elles.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 leur place et bien comprises, toutes ces communaut\u00e9s sont belles, bonnes et authentiques; elles r\u00e9pondent \u00e0 la nature humaine en l&#8217;\u00e9pousant de fa\u00e7on harmonieuse. Dans la d\u00e9mesure, elles perdent de leur \u00e9clat et deviennent des parodies d&#8217;elles-m\u00eames. Cette tension entre universalit\u00e9 et particularit\u00e9 est bien exprim\u00e9e par le Pape Fran\u00e7ois qui, dans l&#8217;encyclique<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> Fratelli tutti<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, affirme :<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">l<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">a fraternit\u00e9 universelle et l\u2019amiti\u00e9 sociale constituent partout deux p\u00f4les ins\u00e9parables et coessentiels. Les s\u00e9parer entra\u00eene une d\u00e9formation et une polarisation pr\u00e9judiciables \u00bb (par. 142).<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La soci\u00e9t\u00e9 politique a besoin pour r\u00e9aliser sa fin de saines familles, de corps interm\u00e9diaires solides et de citoyens capables d&#8217;une amiti\u00e9 authentique. L&#8217;\u00c9glise, la <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">res publica christiana,<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> a elle aussi plus que jamais besoin de fid\u00e8les v\u00e9ritablement libres et capables d&#8217;habiter, chacun selon sa vocation, de petites soci\u00e9t\u00e9s qui participent \u00e0 sa souveraine beaut\u00e9. Pour les chr\u00e9tiens qui sont li\u00e9s par le sacrement du mariage s&#8217;impose ainsi plus que jamais la responsabilit\u00e9 d&#8217;\u00e9difier une \u00e9glise domestique pleine de vigueur et de saintet\u00e9.\u00a0 <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que notre \u00e9poque est marqu\u00e9e par l&#8217;effacement de la notion de bien commun, les enseignements de l&#8217;\u00c9glise sur la famille, conjugu\u00e9s \u00e0 certains principes de la doctrine sociale de l&#8217;\u00c9glise, peuvent contribuer \u00e0 en raviver la pertinence et la consid\u00e9ration dans nos soci\u00e9t\u00e9s politiques.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":59,"featured_media":25910,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[2838,2869,1933,2546,1185],"tags":[1389,1393,2929,41,1391,2930],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25908"}],"collection":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/59"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25908"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":25915,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25908\/revisions\/25915"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25910"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}