{"id":21199,"date":"2018-03-22T13:11:48","date_gmt":"2018-03-22T17:11:48","guid":{"rendered":"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/?p=21199"},"modified":"2018-03-22T13:26:16","modified_gmt":"2018-03-22T17:26:16","slug":"le-monde-de-romero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/oscar-romero\/le-monde-de-romero","title":{"rendered":"Le monde de Romero"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_21200\" style=\"width: 970px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-21200\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-21200\" src=\"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/oscar_romero_blog.jpg\" alt=\"\" width=\"960\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/oscar_romero_blog.jpg 960w, https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/oscar_romero_blog-300x169.jpg 300w, https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/oscar_romero_blog-768x432.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><p id=\"caption-attachment-21200\" class=\"wp-caption-text\">Mgr Romero marche avec une foule comme il arrive pour c\u00e9l\u00e9brer la messe \u00e0 San Antonio de Los Ranchos de Chalatenango, au Salvador en 1979. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu par des soldats, pendant 20 minutes, avant d&#8217;\u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 poursuivre sa tourn\u00e9e pastorale. Photo de CNS \/ Octavio Duran<\/p><\/div>\n<p><strong><em>Le monde de Romero par Kevin Clarke<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Quel genre de soci\u00e9t\u00e9 le bienheureux Oscar Romero avait-il sous les yeux quand il accepta le lourd fardeau de diriger l\u2019\u00e9glise du Salvador en 1977 ? Son archidioc\u00e8se de San Salvador formait l\u2019\u00e9picentre politique d\u2019un pays gravement \u00e9branl\u00e9.<\/p>\n<p>En 1977, le Salvador allait atteindre un sommet historique de pauvret\u00e9 et de d\u00e9sespoir, aliment\u00e9 par plusieurs d\u00e9cennies d\u2019in\u00e9galit\u00e9 et de r\u00e9pression visant \u00e0 \u00e9touffer le ressentiment de la majorit\u00e9 de la population qui se trouvait appauvrie, affam\u00e9e et sans espoir de changement pacifique. On ne saurait exag\u00e9rer la mis\u00e8re des pauvres du Salvador \u00e0 cette \u00e9poque. La malnutrition frappait 75 % des enfants du Salvador et la mortalit\u00e9 infantile d\u00e9passait les 60 %.<br \/>\n\u00ab Il est affligeant de lire qu\u2019au Salvador les deux premi\u00e8res causes de mortalit\u00e9 sont, premi\u00e8rement, la diarrh\u00e9e et, deuxi\u00e8mement, les meurtres \u00bb, disait le bienheureux Oscar Romero en \u00e9voquant le double spectre de la pauvret\u00e9 et de la violence qui hantait son pays. Nombre de ces meurtres, d\u00e9plorait-il, \u00e9taient de nature politique, fruits d\u2019une histoire complexe de r\u00e9pression \u00e9conomique et politique.<\/p>\n<p>La souffrance au sein de la soci\u00e9t\u00e9 salvadorienne remontait aux efforts faits au 19e si\u00e8cle pour \u00ab moderniser \u00bb l\u2019\u00e9conomie du pays. La propri\u00e9t\u00e9 collective des terres, qui avait caract\u00e9ris\u00e9 l\u2019agriculture de subsistance des collectivit\u00e9s indig\u00e8nes et m\u00e9tisses du Salvador, fut proscrite, ce qui d\u00e9clencha un processus de d\u00e9localisation des pauvres, qui se prolongea pendant des d\u00e9cennies. Les petits producteurs vivriers furent chass\u00e9s de la terre et condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019existence pr\u00e9caire de travailleurs journaliers et saisonniers tandis qu\u2019on restructurait l\u2019\u00e9conomie autour du commerce du caf\u00e9, ce qui concentrait la richesse et le pouvoir entre les mains d\u2019une petite \u00e9lite. On en vint \u00e0 appeler ce puissant cartel \u00ab les quatorze familles \u00bb (elles \u00e9taient plus nombreuses, en r\u00e9alit\u00e9). La situation provoqua un petit soul\u00e8vement en 1932, qui allait peser lourdement sur l\u2019\u00e2me et la conscience du pays.<\/p>\n<p>Un groupe de paysans embo\u00eeta le pas au leader communiste Agustin Farabundo Marti et d\u00e9clencha une r\u00e9bellion aussi courte que mal con\u00e7ue, qui fut \u00e9cras\u00e9e en quelques jours. Mais le soul\u00e8vement servit de pr\u00e9texte \u00e0 des repr\u00e9sailles san-glantes qui se prolong\u00e8rent pendant des semaines : un v\u00e9ritable carnage qui aurait co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 pr\u00e8s de 40 000 personnes. Quiconque pouvait avoir l\u2019air indien (par ses traits, ses v\u00eatements, sa fa\u00e7on de parler) \u00e9tait cibl\u00e9 par la Guardia rural et les cadavres s\u2019accumulaient dans les foss\u00e9s. C\u2019est ce qu\u2019on a appel\u00e9 la Matanza, le massacre.<br \/>\nMais dans la m\u00e9moire de la nation, les victimes et les bourreaux de la Matanza en vinrent \u00e0 changer de r\u00f4le, si bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le bienheureux Oscar Romero devint archev\u00eaque, bien des membres de l\u2019\u00e9lite voyaient dans les grands propri\u00e9taires et la Guardia de 1932 les victimes apeur\u00e9es de la violence, denier rempart du \u00ab progr\u00e8s \u00bb contre la fureur meurtri\u00e8re et anarchique des paysans. Cette m\u00e9moire biais\u00e9e allait servir de matrice, du temps de Romero, \u00e0 la r\u00e9pression brutale des forces sociales qui avaient commenc\u00e9 par plaider pacifiquement pour le changement au Salvador.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Matanza, les cycles de l\u2019exploitation et de la r\u00e9pression s\u2019\u00e9taient poursuivis et de plus en plus de terres, de richesses et de pouvoirs politiques avaient \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s aux autochtones du pays, qui se mirent \u00e0 abandonner une culture et une langue qui les destinaient \u00e0 subir la violence.<\/p>\n<p>Nombre de gens dans la soci\u00e9t\u00e9 salvadorienne et dans l\u2019\u00c9glise avaient commenc\u00e9 de s\u2019interroger sur la persistance de cette in\u00e9galit\u00e9 et de ce d\u00e9sastre humain, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, d\u00e9cennie apr\u00e8s d\u00e9cennie, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration. Le bienheureux Oscar Romero avait pu observer de son vivant la r\u00e9p\u00e9tition de ces cycles de pauvret\u00e9 et il avait compris qu\u2019il y avait quelque chose de bris\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 salvadorienne, qu\u2019il fallait un changement. Son exp\u00e9rience comme \u00e9v\u00eaque \u00e0 Santiago de Mar\u00eda, en 1974, et la profonde douleur que lui causa l\u2019assassinat de son ami le j\u00e9suite Rutilio Grande, en 1977, le r\u00e9solurent \u00e0 rechercher ce changement.<\/p>\n<p>On peut dire que les quelques ann\u00e9es o\u00f9 Oscar Romero a \u00e9t\u00e9 le pasteur du Salvador marquent un tournant dans l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise latino-am\u00e9ricaine. \u00c0 l\u2019\u00e9poque de Romero, sauf pour quelques pasteurs marginaux, on peut affirmer que les \u00e9glises nationales en Am\u00e9rique latine cherchaient \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9glise en pr\u00e9servant une alliance informelle avec les pouvoirs politiques en place, m\u00eame si ces pouvoirs s\u2019exer\u00e7aient parfois de mani\u00e8re f\u00e9rocement autoritaire. Un congr\u00e8s des \u00e9v\u00eaques latino-am\u00e9ricains \u00e0 Medellin (Colombie) en septembre 1968 amor\u00e7a toutefois un r\u00e9alignement des int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00c9glise dans le sens d\u2019une \u00ab option pr\u00e9f\u00e9rentielle pour les pauvres \u00bb.<\/p>\n<p>En inversant les priorit\u00e9s de l\u2019\u00c9glise et en r\u00e9futant les attentes des puissants, le bienheureux Oscar Romero fut l\u2019un des premiers pr\u00e9lats latino-am\u00e9ricains \u00e0 tenter de traduire ces beaux discours en une campagne sociale concr\u00e8te de changement et de conversion pacifique ; cela lui co\u00fbta la vie.<\/p>\n<p>_____<br \/>\nKevin Clarke est r\u00e9dacteur principal et correspondant en chef d\u2019America Media; il a \u00e9crit Oscar Romero: Love Must Win Out (Liturgical Press).<\/p>\n<p><strong><em>Cet extrait provient du magazine Sel et Lumi\u00e8re \u00e9dition hiver 2015<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel genre de soci\u00e9t\u00e9 le bienheureux Oscar Romero avait-il sous les yeux quand il accepta le lourd fardeau de diriger l\u2019\u00e9glise du Salvador en 1977 ? 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