{"id":17379,"date":"2016-06-02T10:07:47","date_gmt":"2016-06-02T14:07:47","guid":{"rendered":"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/?p=17379"},"modified":"2016-06-02T11:02:44","modified_gmt":"2016-06-02T15:02:44","slug":"troisieme-meditation-du-pape-francois-lors-du-jubile-des-pretres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/pape-francois\/troisieme-meditation-du-pape-francois-lors-du-jubile-des-pretres","title":{"rendered":"Troisi\u00e8me m\u00e9ditation du Pape Fran\u00e7ois lors du Jubil\u00e9 des pr\u00eatres"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-17385\" src=\"http:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/Pope-3rd-med-cropped.png\" alt=\"Pope 3rd med cropped\" width=\"640\" height=\"361\" srcset=\"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/Pope-3rd-med-cropped.png 640w, https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-content\/Pope-3rd-med-cropped-300x169.png 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/p>\n<p><strong><strong>Troisi\u00e8me<\/strong> m\u00e9ditation du Jubil\u00e9 extraordinaire de la Mis\u00e9ricorde<\/strong><br \/>\n<strong>Retraite spirituelle pr\u00e9sid\u00e9e par le pape Fran\u00e7ois<\/strong><br \/>\n<strong>Lors du Jubil\u00e9 des pr\u00eatres, 2 juin 2016<br \/>\n(Basilique Saint-Paul-hors-des-murs)\u00a0<\/strong><\/p>\n<blockquote><p><strong>Troisi\u00e8me m\u00e9ditation : La bonne odeur du Christ et la lumi\u00e8re de sa Mis\u00e9ricorde<\/strong><\/p>\n<p>Dans notre troisi\u00e8me rencontre, je vous propose de m\u00e9diter sur les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, soit en prenant l\u2019une d\u2019entre elles, celle que nous pensons \u00eatre la plus li\u00e9e \u00e0 notre charisme, soit en les contemplant toutes ensemble, les regardant avec les yeux mis\u00e9ricordieux de Notre Dame qui nous fait d\u00e9couvrir le vin qui manque et qui nous encourage \u00e0 faire tout ce que J\u00e9sus nous dit (cf. Jn 2, 1-12) pour que sa mis\u00e9ricorde op\u00e8re les miracles dont notre peuple a besoin.<\/p>\n<p>Les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde sont tr\u00e8s li\u00e9es aux \u2018\u2018sens spirituels\u2019\u2019. En priant nous demandons la gr\u00e2ce de \u2018\u2018sentir et de go\u00fbter\u2019\u2019 l\u2019\u00c9vangile, de telle sorte qu\u2019il nous rende sensible \u00e0 la vie. Mus par l\u2019Esprit, guid\u00e9s par J\u00e9sus, nous pouvons voir d\u00e9j\u00e0 de loin, avec un regard de mis\u00e9ricorde, celui qui est tomb\u00e9 au bord du chemin, nous pouvons entendre les cris de Bartim\u00e9e, nous pouvons sentir comme le Seigneur sent, sur le bord de son manteau, le contact timide mais d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019h\u00e9morro\u00efsse, nous pouvons demander la gr\u00e2ce de go\u00fbter avec lui sur la croix la saveur am\u00e8re du fiel de tous les crucifi\u00e9s, pour sentir ainsi la forte odeur de la mis\u00e8re \u2013 dans les h\u00f4pitaux de campagne, dans les trains et les barques remplies de gens \u2013 ; cette odeur que l\u2019huile de la mis\u00e9ricorde ne couvre pas, mais qui, en \u00e9tant ointe, fait que s\u2019\u00e9veille une esp\u00e9rance. Le Cat\u00e9chisme de l\u2019\u00c9glise catholique, en parlant des \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, nous raconte que Sainte Rose de Lima, le jour o\u00f9 sa m\u00e8re l\u2019a r\u00e9primand\u00e9e d\u2019accueillir \u00e0 la maison pauvres et infirmes, lui dit : \u00ab Quand nous servons les pauvres et les malades, nous servons J\u00e9sus \u00bb (n. 2449). Cette bonne odeur du Christ \u2013 le soin des pauvres \u2013 est distinctive de l\u2019\u00c9glise, il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. Paul y a centr\u00e9 sa rencontre avec les \u2018\u2018colonnes\u2019\u2019, comme il les qualifie, avec Pierre, Jacques, et Jean. Ils [nous] ont demand\u00e9 \u00ab seulement de nous souvenir des pauvres \u00bb (Ga 2, 10). Le Cat\u00e9chisme dit aussi, de mani\u00e8re suggestive, que \u00ab ceux que [la mis\u00e8re] accable sont l\u2019objet d\u2019un amour de pr\u00e9f\u00e9rence de la part de l\u2019\u00c9glise qui, depuis les origines, en d\u00e9pit des d\u00e9faillances de beaucoup de ses membres, n\u2019a cess\u00e9 de travailler \u00e0 les soulager, les d\u00e9fendre et les lib\u00e9rer \u00bb (n. 2448).<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00c9glise nous avons eu et nous avons beaucoup de choses pas tr\u00e8s bonnes, et beaucoup de p\u00e9ch\u00e9s, mais quant au service des pauvres \u00e0 travers les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, en tant qu\u2019\u00c9glise nous avons toujours suivi l\u2019Esprit, et nos saints l\u2019ont fait de mani\u00e8re tr\u00e8s cr\u00e9ative et efficace. L\u2019amour des pauvres a \u00e9t\u00e9 le signe, la lumi\u00e8re qui fait que les personnes glorifient le P\u00e8re. Nos gens appr\u00e9cient ceci : le pr\u00eatre qui prend soin des plus pauvres, des malades, qui pardonne aux p\u00e9cheurs, qui enseigne et corrige avec patience\u2026 Nos gens pardonnent beaucoup de d\u00e9fauts aux pr\u00eatres, sauf celui de l\u2019attachement \u00e0 l\u2019argent. Et ce n\u2019est pas tant \u00e0 cause de la richesse en soi, mais parce que l\u2019argent nous fait perdre la richesse de la mis\u00e9ricorde. Notre peuple sent par intuition quels p\u00e9ch\u00e9s sont graves pour le pasteur, ceux qui tuent son minist\u00e8re parce qu\u2019ils le transforment en fonctionnaire, ou pire, en mercenaire, et en revanche les p\u00e9ch\u00e9s qui sont, je ne dirais pas secondaires, mais oui, des p\u00e9ch\u00e9s que l\u2019on peut supporter, charger comme une croix, jusqu\u2019\u00e0 ce que le Seigneur les purifie \u00e0 la fin, comme il le fera de la zizanie. En revanche, ce qui porte atteinte \u00e0 la mis\u00e9ricorde est une contradiction principale. Cela porte atteinte au dynamisme du salut, au Christ qui \u00ab s\u2019est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvret\u00e9 \u00bb (2Co 8, 9). Et il en est ainsi parce que la mis\u00e9ricorde prend soin \u00ab en perdant quelque chose d\u2019elle-m\u00eame \u00bb : une partie du c\u0153ur reste avec la personne bless\u00e9e, un temps de notre vie est perdu pour ce que nous avions envie de faire, quand nous l\u2019offrons aux autres.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il ne s\u2019agit pas que Dieu me fasse mis\u00e9ricorde pour certaines fautes, comme si pour le reste j\u2019\u00e9tais autosuffisant ; ou bien que, de temps en temps, j\u2019accomplisse une \u0153uvre particuli\u00e8re de mis\u00e9ricorde envers une personne dans le besoin. La gr\u00e2ce que nous demandons dans cette pri\u00e8re est celle de laisser Dieu nous faire mis\u00e9ricorde dans tous les domaines de notre vie, et d\u2019\u00eatre mis\u00e9ricordieux envers les autres dans tout notre agir. Pour nous, pr\u00eatres et \u00e9v\u00eaques, qui administrons les sacrements, baptisant, confessant, c\u00e9l\u00e9brant l\u2019Eucharistie\u2026 la mis\u00e9ricorde est la mani\u00e8re de changer toute la vie du peuple de Dieu en sacrement. Etre mis\u00e9ricordieux ce n\u2019est pas seulement une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre mais la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre. Il n\u2019y a pas une autre mani\u00e8re possible d\u2019\u00eatre pr\u00eatre. Le P\u00e8re Brochero, qui, si Dieu le veut, sera canonis\u00e9 cette ann\u00e9e, disait : \u00ab Le pr\u00eatre qui n\u2019a pas beaucoup de piti\u00e9 envers les p\u00e9cheurs est un demi pr\u00eatre. Ce ne sont pas ces haillons b\u00e9nis que je porte qui font de moi un pr\u00eatre ; si je n\u2019ai pas dans mon c\u0153ur la charit\u00e9, je ne suis m\u00eame pas chr\u00e9tien \u00bb.<\/p>\n<p>Le propre du regard d\u2019un p\u00e8re est de voir ce qui manque pour y porter rem\u00e8de imm\u00e9diatement, et mieux encore, de le pr\u00e9voir. Ce regard sacerdotal \u2013 de celui qui joue le r\u00f4le de p\u00e8re au sein de l\u2019Eglise M\u00e8re \u2013 qui nous fait voir les personnes du point de vue de la mis\u00e9ricorde, on doit enseigner \u00e0 le cultiver d\u00e8s le s\u00e9minaire et il doit alimenter tous les plans pastoraux. Nous voulons et nous demandons au Seigneur un regard qui sache discerner les signes des temps en termes d\u2019\u00ab \u0153uvres de mis\u00e9ricorde dont notre peuple a aujourd\u2019hui besoin \u00bb, pour pouvoir sentir et faire l\u2019exp\u00e9rience du Dieu de l\u2019histoire qui marche avec lui. En effet, comme le dit le document d\u2019Aparecida, en citant saint Alberto Hurtado : \u00ab Par nos \u0153uvres, notre peuple sait que nous comprenons sa souffrance \u00bb (n. 386). Par nos \u0153uvres.<\/p>\n<p>La preuve de cette compr\u00e9hension de notre peuple est que nous sommes toujours b\u00e9nis par Dieu dans nos \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, et que nous obtenons l\u2019aide et la collaboration de nos gens. Il n\u2019en est pas ainsi pour d\u2019autres types de projets, qui parfois marchent bien, d\u2019autres fois non, sans que certains ne comprennent pourquoi \u00e7a ne marche pas et se cassent la t\u00eate \u00e0 chercher un nouvel \u00e9ni\u00e8me plan pastoral, alors qu\u2019on pourrait dire simplement : \u00e7a ne marche pas parce qu\u2019il y manque la mis\u00e9ricorde, sans devoir entrer dans les d\u00e9tails. Si ce n\u2019est pas b\u00e9ni, c\u2019est parce qu\u2019il y manque la mis\u00e9ricorde. Il manque cette mis\u00e9ricorde qui a plus de lien avec un h\u00f4pital de campagne qu\u2019avec une clinique de luxe, cette mis\u00e9ricorde qui, valorisant ce qui est bon, pr\u00e9pare le terrain \u00e0 une rencontre de la personne avec Dieu dans l\u2019avenir, au lieu de l\u2019\u00e9loigner par une critique sur un point particulier.<\/p>\n<p>Je vous propose une pri\u00e8re avec la p\u00e9cheresse pardonn\u00e9e (Jn 8, 3-11), pour demander la gr\u00e2ce d\u2019\u00eatre mis\u00e9ricordieux dans la confession, et une autre sur la dimension sociale des \u0153uvres de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Le passage concernant le Seigneur avec la femme adult\u00e8re m\u2019\u00e9meut toujours, lorsque, ne la condamnant pas, il \u2018\u2018enfreint\u2019\u2019 la loi ; sur ce cas pr\u00e9cis sur lequel on lui demandait de se prononcer \u2013 \u2018\u2018faut-il la lapider ou non\u2019\u2019 \u2013, il ne s\u2019est pas exprim\u00e9, il n\u2019a pas appliqu\u00e9 la loi. Il a feint de ne pas comprendre et, \u00e0 ce moment-l\u00e0, il leur a sorti quelque chose d\u2019autre. Il a ainsi initi\u00e9 un processus dans le c\u0153ur de la femme qui avait besoin de ces paroles : \u2018\u2018Moi non plus, je ne te condamne pas\u2019\u2019. En la prenant par la main, il l\u2019a relev\u00e9e et cela lui a permis de croiser un regard plein de douceur qui a chang\u00e9 son c\u0153ur. Parfois j\u2019\u00e9prouve un m\u00e9lange de peine et d\u2019indignation quand on s\u2019empresse de mettre en lumi\u00e8re la derni\u00e8re recommandation, le \u2018\u2018ne p\u00e8che plus\u2019\u2019. Et on utilise cette phrase pour \u2018\u2018d\u00e9fendre\u2019\u2019 J\u00e9sus, afin que ce ne soit pas comme s\u2019il avait viol\u00e9 la loi. Je pense que les paroles que le Seigneur utilise forment un tout avec ses actes. Le fait de se pencher pour \u00e9crire par deux fois sur le sol, marquant une pause avant de parler \u00e0 ceux qui veulent lapider la femme, et ensuite une autre avant ce qu\u2019il lui dit, nous parle du temps que le Seigneur prend pour juger et pardonner. Un temps qui renvoie chacun \u00e0 sa propre int\u00e9riorit\u00e9 et fait que ceux qui jugent se retirent.<\/p>\n<p>Dans son dialogue avec la femme, le Seigneur ouvre d\u2019autres espaces : le premier est l\u2019espace de la non condamnation. L\u2019Evangile insiste sur cet espace rest\u00e9 libre. Il nous place sous le regard de J\u00e9sus et nous dit qu\u2019 \u2018\u2018il ne voit personne autour, sinon la femme\u2019\u2019. Et ensuite J\u00e9sus luim\u00eame am\u00e8ne la femme \u00e0 regarder autour d\u2019elle par cette question : \u2018\u2018O\u00f9 sont-ils, ceux qui te cataloguaient ?\u2019\u2019 (le mot est important, puisqu\u2019il exprime ce que nous condamnons tant comme le fait qu\u2019on nous catalogue ou qu\u2019on nous caricature\u2026). Une fois qu\u2019il lui a fait voir cet espace libre du jugement d\u2019autrui, il lui dit que lui non plus ne l\u2019agresse pas avec ses pierres : \u2018\u2018Moi non plus je ne te condamne pas\u2019\u2019. Et, sur le champ, il lui ouvre un autre espace libre : \u2018\u2018D\u00e9sormais, ne p\u00e8che plus\u2019\u2019. Le commandement est donn\u00e9 pour l\u2019avenir, pour aider \u00e0 avancer, pour \u00ab marcher dans l\u2019amour \u00bb. Voil\u00e0 la d\u00e9licatesse de la mis\u00e9ricorde qui regarde avec piti\u00e9 le pass\u00e9 et encourage pour l\u2019avenir. Ce \u2018\u2018ne p\u00e8che plus\u2019\u2019, n\u2019est pas une chose \u00e9vidente. Le Seigneur le dit \u2018\u2018avec elle\u2019\u2019, il l\u2019aide \u00e0 exprimer par des paroles ce qu\u2019elle-m\u00eame ressent, ce \u2018\u2018non\u2019\u2019 libre au p\u00e9ch\u00e9 qui est comme le \u2018\u2018oui\u2019\u2019 de Marie \u00e0 la gr\u00e2ce. Le \u2018\u2018non\u2019\u2019 est dit en relation avec la racine du p\u00e9ch\u00e9 de chacun. Chez la femme, il s\u2019agissait d\u2019un p\u00e9ch\u00e9 social, d\u2019une personne dont les gens s\u2019approchaient, ou pour coucher avec elle, ou pour la lapider. C\u2019est pourquoi le Seigneur, non seulement lui d\u00e9gage la voie, mais aussi la met en mouvement, pour qu\u2019elle cesse d\u2019\u00eatre \u2018\u2018objet\u2019\u2019 du regard d\u2019autrui, pour qu\u2019elle soit protagoniste. Le fait de ne pas p\u00e9cher ne se r\u00e9f\u00e8re pas seulement \u00e0 l\u2019aspect moral, je crois, mais \u00e0 un type de p\u00e9ch\u00e9 qui ne la laisse pas faire sa vie. Au paralytique \u00e0 la piscine de Bethesda il dit \u00e9galement \u00ab ne p\u00e8che plus \u00bb (Jn 5, 14). Mais \u00e0 celui-ci \u2013 qui se justifiait avec les choses tristes qui \u2018\u2018lui arrivaient\u2019\u2019, qui avait une psychologie de victime \u2013 il lui lance une pique en ces termes : \u2018\u2018Qu\u2019il ne t\u2019arrive pas quelque chose de pire\u2019\u2019. Le Seigneur profite de sa mani\u00e8re de penser, de ce qu\u2019il craint, pour le sortir de sa paralysie. Disons qu\u2019il se sert de la peur pour le faire bouger. Ainsi, nous devons chacun entendre ce \u2018\u2018ne p\u00e8che plus\u2019\u2019 de mani\u00e8re profonde, personnelle.<\/p>\n<p>Cette image du Seigneur qui met les gens en mouvement lui est vraiment propre : il est le Dieu qui se met en route avec son peuple, qui fait aller de l\u2019avant et accompagne notre histoire. C\u2019est pourquoi l\u2019objet vers lequel se dirige la mis\u00e9ricorde est tr\u00e8s pr\u00e9cis : c\u2019est vers ce qui fait qu\u2019un homme ou une femme ne marche pas \u00e0 sa place, avec les siens, \u00e0 son rythme, vers l\u00e0 o\u00f9 Dieu l\u2019invite \u00e0 aller. La peine, ce qui bouleverse, c\u2019est que l\u2019un ou l\u2019autre se perde, ou reste derri\u00e8re, ou s\u2019\u00e9gare par pr\u00e9somption. Disons, qu\u2019il soit d\u00e9sorient\u00e9. Qu\u2019il ne soit pas \u00e0 la disposition du Seigneur, disponible pour la t\u00e2che qu\u2019il veut lui confier. Qu\u2019on ne marche pas humblement en pr\u00e9sence du Seigneur (cf. Mi 6, 8), qu\u2019on ne marche pas dans la charit\u00e9 (cf. Ep 5, 2).<\/p><\/blockquote>\n<p><!--more--><\/p>\n<blockquote><p><strong>L\u2019espace du confessionnal o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 nous rend libres<\/strong><\/p>\n<p>Et, parlant d\u2019espace, allons \u00e0 celui du confessionnal. Le Cat\u00e9chisme de l\u2019\u00c9glise Catholique nous montre le confessionnal comme un lieu o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 nous rend libre pour une rencontre. \u00ab En c\u00e9l\u00e9brant le sacrement de la P\u00e9nitence, le pr\u00eatre accomplit le minist\u00e8re du Bon Pasteur qui cherche la brebis perdue, celui du Bon Samaritain qui panse les blessures, du P\u00e8re qui attend le Fils prodigue et l\u2019accueille \u00e0 son tour, du juste juge qui ne fait pas acception de personne et dont le jugement est \u00e0 la fois juste et mis\u00e9ricordieux. Bref, le pr\u00eatre est le signe et l\u2019instrument de l\u2019amour mis\u00e9ricordieux de Dieu envers le p\u00e9cheur \u00bb (n. 1465). Et il nous rappelle que \u00ab le confesseur n\u2019est pas le ma\u00eetre mais le serviteur du pardon de Dieu. Le ministre de ce sacrement doit s\u2019unir \u00e0 l\u2019intention et \u00e0 la charit\u00e9 du Christ \u00bb (n. 1466).<\/p>\n<p>Signe et instrument d\u2019une rencontre. Voil\u00e0 ce que nous sommes. Attrait efficace pour une rencontre. Signe veut dire que nous devons attirer, comme lorsque quelqu\u2019un fait des signes pour attirer l\u2019attention. Un signe doit \u00eatre coh\u00e9rent et clair, mais surtout compr\u00e9hensible. Car il y a des signes qui ne sont clairs que pour les sp\u00e9cialistes. Signe et instrument. La raison d\u2019\u00eatre de l\u2019instrument r\u00e9side dans son efficacit\u00e9, dans le fait d\u2019\u00eatre \u00e0 port\u00e9e de main et d\u2019influer sur la r\u00e9alit\u00e9 de mani\u00e8re pr\u00e9cise, appropri\u00e9e. Nous sommes des instruments si les gens rencontrent vraiment le Dieu mis\u00e9ricordieux. Il nous revient \u2018\u2018de faire en sorte qu\u2019ils se rencontrent\u2019\u2019, qu\u2019ils se retrouvent face \u00e0 face. Ce qu\u2019ils feront ensuite est leur affaire. Il y a un enfant prodigue dans la porcherie et un p\u00e8re qui tous les soirs monte sur la terrasse pour voir s\u2019il arrive ; il y a une brebis perdue et un pasteur qui est sorti pour la chercher ; il y a un bless\u00e9 \u00e9tendu au bord du chemin et un samaritain qui a bon c\u0153ur. En quoi consiste donc notre minist\u00e8re ? Etre des signes et des instruments pour qu\u2019ils se rencontrent. Qu\u2019il soit clair pour nous que nous ne sommes ni le p\u00e8re, ni le pasteur, ni le samaritain. Nous sommes plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des trois autres, en tant que p\u00e9cheurs. Notre minist\u00e8re doit \u00eatre signe et instrument de cette rencontre. C\u2019est pourquoi nous nous situons dans le domaine du myst\u00e8re du Saint Esprit, qui est celui qui cr\u00e9e l\u2019\u00c9glise, celui qui fait l\u2019unit\u00e9, celui qui ravive encore et encore la rencontre.<\/p>\n<p>L\u2019autre chose propre \u00e0 un signe et \u00e0 un instrument est sa non r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9, pour le dire de mani\u00e8re compliqu\u00e9e. Personne n\u2019en reste au signe, une fois qu\u2019il a compris la r\u00e9alit\u00e9. Personne ne reste \u00e0 regarder le tournevis ou le marteau, mais on regarde le cadre qui a \u00e9t\u00e9 bien fix\u00e9. Nous sommes des serviteurs inutiles. C\u2019est-\u00e0-dire des instruments et des signes qui ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s utiles aux deux int\u00e9ress\u00e9s qui se sont fondus dans une accolade, comme le p\u00e8re avec son fils. La troisi\u00e8me caract\u00e9ristique propre au signe et \u00e0 l\u2019instrument est leur disponibilit\u00e9. Que l\u2019instrument soit \u00e0 disposition, que le signe soit visible. L\u2019essence du signe et de l\u2019instrument est d\u2019\u00eatre m\u00e9diateurs. Voil\u00e0 peut-\u00eatre la cl\u00e9 de notre mission dans cette rencontre de la mis\u00e9ricorde de Dieu avec l\u2019homme. Utiliser un terme n\u00e9gatif est sans doute plus clair. Saint Ignace disait de \u2018\u2018ne pas \u00eatre un emp\u00eachement\u2019\u2019. Un bon m\u00e9diateur est celui qui facilite les choses et ne cr\u00e9e pas d\u2019emp\u00eachements. Dans mon pays, il y avait un grand confesseur, le P\u00e8re Cullen, qui s\u2019asseyait dans le confessionnal et faisait deux choses : l\u2019une consistait \u00e0 r\u00e9parer des ballons de cuir pour les enfants qui jouaient au football, l\u2019autre \u00e9tait de lire un gros dictionnaire chinois. Et il disait que, lorsque les gens le voyaient dans des activit\u00e9s si superflues, comme r\u00e9parer de vieux ballons, et d\u2019utilit\u00e9 si lointaine, comme lire un dictionnaire chinois, ils pensaient : \u2018\u2018Je vais m\u2019approcher pour parler un peu avec ce pr\u00eatre, puisque je vois qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 faire\u2019\u2019. Il \u00e9tait disponible pour l\u2019essentiel. Il se d\u00e9faisait de l\u2019emp\u00eachement d\u2019avoir toujours l\u2019air tr\u00e8s occup\u00e9.<\/p>\n<p>Chacun a connu de bons confesseurs. Nous devons apprendre de nos bons confesseurs, ceux dont les gens s\u2019approchent, ceux qui ne font pas peur et savent parler jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019autre raconte ce qui lui est arriv\u00e9, comme J\u00e9sus avec Nicod\u00e8me. Si quelqu\u2019un s\u2019approche du confessionnal, c\u2019est parce qu\u2019il s\u2019est repenti, il y a d\u00e9j\u00e0 un repentir. Et s\u2019il s\u2019approche, c\u2019est parce qu\u2019il a le d\u00e9sir de changer. Ou au moins le d\u00e9sir du d\u00e9sir, si la situation lui semble impossible (ad impossibilia nemo tenetur, comme le dit la maxime, \u00e0 l\u2019impossible nul n\u2019est tenu).<\/p>\n<p>Il faut apprendre des bons confesseurs, ceux qui ont de la d\u00e9licatesse envers les p\u00e9cheurs, et \u00e0 qui suffit un demi-mot pour tout comprendre, comme J\u00e9sus avec l\u2019h\u00e9morro\u00efsse, et pr\u00e9cis\u00e9ment ainsi leur vient la force du pardon. L\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de la confession n\u2019est pas une question math\u00e9matique. Parfois la honte provient davantage du nombre que du nom du p\u00e9ch\u00e9 lui-m\u00eame. Mais pour cela il faut se laisser \u00e9mouvoir par la situation des gens, qui est parfois un m\u00e9lange de choses, de maladie, de p\u00e9ch\u00e9 et de conditionnements impossibles \u00e0 surmonter, comme J\u00e9sus qui s\u2019\u00e9mouvait en voyant les personnes, le sentait dans ses entrailles, dans ses tripes, et donc soignait et soignait m\u00eame si l\u2019autre \u2018\u2018ne le demandait pas bien\u2019\u2019, comme ce l\u00e9preux, ou tournait autour du pot comme la Samaritaine qui \u00e9tait comme le h\u00e9ron : elle piaillait \u00e0 un endroit et avait son nid ailleurs.<\/p>\n<p>Il faut apprendre des confesseurs qui savent faire en sorte que le p\u00e9nitent sente la correction en faisant un pas en avant, comme J\u00e9sus, qui donnait une p\u00e9nitence suffisante, mais qui savait valoriser celui qui revenait pour rendre gr\u00e2ces, qui pouvait mieux faire encore. J\u00e9sus faisait prendre le brancard au paralytique, ou se faisait un peu prier par les aveugles ou par la femme syroph\u00e9nicienne. Peu lui importait si ensuite ils ne lui pr\u00eataient plus attention, comme le paralytique de Bethesda, ou s\u2019ils disaient des choses qu\u2019il leur avait demand\u00e9 de taire et ensuite il semblait que c\u2019\u00e9tait lui le l\u00e9preux parce qu\u2019il ne pouvait pas entrer dans les villages, ou bien ses ennemis trouvaient des motifs pour le condamner. Il soignait, pardonnait, offrait un soulagement, du repos, il laissait les gens respirer un souffle de l&#8217;Esprit consolateur.<\/p>\n<p>J\u2019ai connu \u00e0 Buenos Aires un fr\u00e8re capucin \u2013 un peu plus jeune que moi \u2013 qui est un grand confesseur. Il a toujours une file au confessionnal, beaucoup de gens, oui, de plus en plus de gens, il confesse toute la journ\u00e9e. Il pardonne beaucoup. Il pardonne, mais parfois lui vient le scrupule d\u2019avoir trop pardonn\u00e9. Et donc une fois, en parlant, il m\u2019a dit : \u2018\u2018J\u2019ai parfois ces scrupules\u2019\u2019. Et je lui ai demand\u00e9 : \u2018\u2018Et que fais-tu quand tu as ces scrupules ?\u2019\u2019 \u2018\u2018Je vais devant le tabernacle, je regarde le Seigneur et le lui dis : \u00ab Seigneur, pardonne-moi, aujourd\u2019hui j\u2019ai beaucoup pardonn\u00e9. Mais que ce soit clair \u2013 hein ? \u2013 que c\u2019est de ta faute, car tu m\u2019as donn\u00e9 le mauvais exemple \u00bb\u2019\u2019. Il renfor\u00e7ait la mis\u00e9ricorde avec davantage de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Enfin, concernant la confession, deux conseils : le premier, n\u2019ayez jamais le regard du fonctionnaire, de celui qui voit seulement des \u2018\u2018cas\u2019\u2019, et s\u2019en d\u00e9barrasse. La mis\u00e9ricorde nous lib\u00e8re d\u2019\u00eatre des pr\u00eatres juge-fonctionnaires, disons, qui, \u00e0 force de tellement juger des \u2018\u2018cas\u2019\u2019, perdent la sensibilit\u00e9 envers les personnes, envers les visages. La r\u00e8gle de J\u00e9sus, c\u2019est de \u2018\u2018juger comme nous voulons \u00eatre jug\u00e9s\u2019\u2019. Dans cette mesure intime qu\u2019a une personne pour juger si on l\u2019a trait\u00e9e avec dignit\u00e9, si on l\u2019a ignor\u00e9e ou maltrait\u00e9e, si on l\u2019a aid\u00e9e \u00e0 se mettre debout\u2026 r\u00e9side la cl\u00e9 \u2013 remarquons que le Seigneur se fonde sur cette mesure qui est tr\u00e8s personnelle et subjective \u2013 pour juger les autres. Non pas tant parce que cette mesure est \u2018\u2018la meilleure\u2019\u2019, mais parce qu\u2019elle est sinc\u00e8re et, \u00e0 partir d\u2019elle, on peut construire une bonne relation. L\u2019autre conseil : ne soyez pas curieux au confessionnal. Sainte Th\u00e9r\u00e8se raconte que, lorsqu\u2019elle recevait les confidences de ses novices, elle se gardait bien de demander comment la chose avait \u00e9volu\u00e9. Elle ne fouinait pas dans l\u2019\u00e2me des personnes (cf. Histoire d\u2019une \u00e2me, Manuscrit C. A la M\u00e8re de Gonzague, c. XI 32 r). Le propre de la mis\u00e9ricorde est de \u2018\u2018couvrir de son manteau\u2019\u2019 le p\u00e9ch\u00e9 pour ne pas blesser la dignit\u00e9. Comme les deux fils de No\u00e9, qui couvrirent d\u2019un manteau la nudit\u00e9 de leur p\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait enivr\u00e9 (cf. Gn 9, 23).<\/p>\n<p><strong>La dimension sociale des \u0153uvres de mis\u00e9ricorde<\/strong><\/p>\n<p>A la fin des Exercices, saint Ignace met \u00ab la contemplation pour obtenir l\u2019amour \u00bb, qui relie ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu dans l\u2019oraison avec la vie quotidienne. Et cela nous fait r\u00e9fl\u00e9chir sur la mani\u00e8re dont l\u2019amour doit \u00eatre mis davantage dans les \u0153uvres que dans les paroles. Ces \u0153uvres sont les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, celles que le P\u00e8re \u00ab a pr\u00e9par\u00e9es d\u2019avance pour que nous les pratiquions \u00bb (Ep 2, 10), celles que l\u2019Esprit inspire \u00e0 chacun pour le bien commun (cf. 1Co 12, 7). En m\u00eame temps que nous remercions le Seigneur pour tant de bienfaits re\u00e7us de sa bont\u00e9, nous demandons la gr\u00e2ce de porter \u00e0 tous les hommes cette mis\u00e9ricorde qui nous a sauv\u00e9s nous.<\/p>\n<p>Je vous propose de m\u00e9diter sur quelques-uns des paragraphes conclusifs des Evangiles. L\u00e0, le Seigneur lui-m\u00eame \u00e9tablit ce lien entre ce qui a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u et ce que nous devons donner. Nous pouvons lire ces conclusions avec la grille d\u2019\u2018\u2018\u0153uvres de mis\u00e9ricorde\u2019\u2019, qui concr\u00e9tise le temps de l\u2019\u00c9glise dans lequel J\u00e9sus ressuscit\u00e9 vit, accompagne, envoie, et attire notre libert\u00e9, qui trouve en lui sa r\u00e9alisation concr\u00e8te et renouvel\u00e9e chaque jour.<\/p>\n<p>Matthieu nous dit que le Seigneur envoie les Ap\u00f4tres et leur dit : \u00ab Apprenez-leur \u00e0 observer tout ce que je vous ai command\u00e9 \u00bb (28, 20). Cet \u00ab apprendre \u00e0 celui qui ne sait pas \u00bb est, en soi, une \u0153uvre de mis\u00e9ricorde. Et elle se multiplie, comme la lumi\u00e8re, dans les autres \u0153uvres : dans celles de Mt 25, qui se r\u00e9f\u00e8rent davantage aux \u0153uvres appel\u00e9es corporelles, et dans tous les commandements et conseils \u00e9vang\u00e9liques : \u2018\u2018pardonner\u2019\u2019, \u2018\u2018corriger fraternellement\u2019\u2019, consoler ceux qui sont tristes, supporter les pers\u00e9cutions\u2026<\/p>\n<p>Marc termine par l\u2019image du Seigneur qui \u2018\u2018collabore\u2019\u2019 avec les Ap\u00f4tres et qui \u2018\u2018confirme la Parole avec les signes qui l\u2019accompagnent\u2019\u2019 (cf. 16, 20). Ces \u2018\u2018signes\u2019\u2019 ont la caract\u00e9ristique des \u0153uvres de mis\u00e9ricorde. Marc parle, entre autres, de soigner les malades, d\u2019expulser les esprits mauvais (cf. 16, 17-18).<\/p>\n<p>Luc continue son Evangile avec le Livre des \u00ab Actes \u00bb \u2013 praxeis \u2013 des Ap\u00f4tres, en racontant leur mani\u00e8re de faire et les \u0153uvres qu\u2019ils accomplissent, guid\u00e9s par l\u2019Esprit. Jean termine en parlant de \u00ab beaucoup d\u2019autres choses \u00bb (21, 25) ou de \u00ab signes \u00bb (20, 30) que J\u00e9sus a accomplis. Les actes du Seigneur, ses \u0153uvres, ne sont pas de simples actes, mais ils sont des signes dans lesquels, de mani\u00e8re personnelle et unique en chacun, il montre son amour et sa mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Nous pouvons contempler le Seigneur qui nous envoie pour cette t\u00e2che, avec l\u2019image de J\u00e9sus mis\u00e9ricordieux, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 s\u0153ur Faustine. Dans cette image nous pouvons voir la mis\u00e9ricorde comme une lumi\u00e8re unique qui vient de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 de Dieu et qui, en passant par le c\u0153ur du Christ, ressort diversifi\u00e9e, avec une couleur propre \u00e0 chaque \u0153uvre de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde sont infinies, chacune a son cachet particulier, avec l\u2019histoire de chaque visage. Ce ne sont pas seulement les sept \u0153uvres corporelles et les sept spirituelles en g\u00e9n\u00e9ral. Ou plut\u00f4t, elles sont, ainsi \u00e9num\u00e9r\u00e9es, comme les mati\u00e8res premi\u00e8res \u2013 celles de la vie elle-m\u00eame \u2013 qui, lorsque les mains de la mis\u00e9ricorde les touchent et les mod\u00e8lent, deviennent, chacune, une \u0153uvre artisanale. Une \u0153uvre qui se multiplie comme le pain dans les corbeilles, qui grandit d\u00e9mesur\u00e9ment comme la graine de moutarde. En effet, la mis\u00e9ricorde est f\u00e9conde et inclusive. Il est vrai que nous pensons d\u2019habitude aux \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, s\u00e9par\u00e9ment, et en tant que li\u00e9es \u00e0 une \u0153uvre : h\u00f4pitaux pour les malades, cantines pour ceux qui ont faim, maisons d\u2019accueil pour ceux qui sont dans la rue, \u00e9coles pour ceux qui ont besoin d\u2019instruction, le confessionnal et la direction spirituelle pour celui qui a besoin de conseil et de pardon\u2026 Mais si nous les regardons ensemble, le message est que l\u2019objet de la mis\u00e9ricorde est la vie humaine elle-m\u00eame et dans sa totalit\u00e9. Notre vie m\u00eame en tant que \u2018\u2018chair\u2019\u2019 est affam\u00e9e et assoiff\u00e9e, elle a besoin de v\u00eatements, de maison, de visites, tout comme d\u2019un enterrement digne, une chose que nul ne peut se donner \u00e0 soi-m\u00eame. M\u00eame le plus riche, au moment de mourir, est r\u00e9duit \u00e0 une mis\u00e8re, et personne n\u2019a derri\u00e8re son cort\u00e8ge fun\u00e8bre le camion de d\u00e9m\u00e9nagement. Notre vie elle-m\u00eame, en tant qu\u2019\u2018\u2018esprit\u2019\u2019, a besoin d\u2019\u00eatre \u00e9duqu\u00e9e, corrig\u00e9e et encourag\u00e9e (consol\u00e9e). Nous avons besoin que d\u2019autres nous conseillent, nous pardonnent, nous supportent et prient pour nous. C\u2019est la famille qui pratique ces \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, de mani\u00e8re si appropri\u00e9e et si d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e qu\u2019on ne le remarque pas, mais il suffit que, dans une famille avec des enfants en bas \u00e2ge manque la maman pour que tout soit r\u00e9duit \u00e0 la mis\u00e8re. La mis\u00e8re la plus absolue et la plus cruelle est celle d\u2019un enfant dans la rue, sans parents, \u00e0 la merci des vautours.<\/p>\n<p>Nous avons demand\u00e9 la gr\u00e2ce d\u2019\u00eatre des signes et des instruments, maintenant il s\u2019agit d\u2019 \u2018\u2018agir\u2019\u2019, et de ne pas accomplir seulement des gestes mais de faire des \u0153uvres, d\u2019institutionnaliser, de cr\u00e9er une culture de la mis\u00e9ricorde. En nous mettant \u00e0 l\u2019\u0153uvre, nous sentons imm\u00e9diatement que c\u2019est l\u2019Eprit qui suscite et fait avancer ces \u0153uvres. Et il le fait en utilisant les signes et les instruments qu\u2019il veut, bien qu\u2019ils ne \u2018\u2018soient\u2019\u2019 pas toujours, par eux-m\u00eames, les plus aptes. Bien plus, on dirait que pour exercer les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde l\u2019Esprit choisit plut\u00f4t les instruments les plus pauvres, les plus humbles et insignifiants, ceux qui ont le plus besoin eux-m\u00eames de ce premier rayon de la mis\u00e9ricorde divine. Ce sont ceux-l\u00e0 qui se laissent le mieux former et pr\u00e9parer pour r\u00e9aliser un service d\u2019une efficacit\u00e9 incontestable et de qualit\u00e9. La joie de nous sentir des \u2018\u2018serviteurs inutiles\u2019\u2019, que le Seigneur b\u00e9nit par la f\u00e9condit\u00e9 de sa gr\u00e2ce, et que lui-m\u00eame en personne fait asseoir \u00e0 sa table et \u00e0 qui il sert l\u2019Eucharistie, est une confirmation que nous travaillons \u00e0 ses \u0153uvres de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p>Notre peuple fid\u00e8le aime \u00e0 se r\u00e9unir autour des \u0153uvres de mis\u00e9ricorde. Tant dans les c\u00e9l\u00e9brations \u2013 p\u00e9nitentielles ou festives \u2013 que dans l\u2019action solidaire et de formation, notre peuple se laisse rassembler et pa\u00eetre d\u2019une mani\u00e8re que tous ne remarquent pas ni ne valorise, bien que beaucoup d\u2019autres plans pastoraux centr\u00e9s sur des dynamiques plus abstraites \u00e9chouent. La pr\u00e9sence massive de notre peuple fid\u00e8le dans nos sanctuaires et p\u00e8lerinages doit faire l\u2019objet d\u2019attention, de valorisation et de promotion de notre part, pr\u00e9sence anonyme, mais anonyme par exc\u00e8s de visages et par le d\u00e9sir de se faire voir uniquement de Celui ou de Celle qui les regarde avec mis\u00e9ricorde, comme \u00e9galement anonyme quant \u00e0 la collaboration vari\u00e9e qui soutient par le travail beaucoup d\u2019\u0153uvres de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>En tant que pr\u00eatres, demandons deux gr\u00e2ces au Bon Pasteur, celle de savoir nous laisser guider par le <em>sensus fidei<\/em> de notre peuple fid\u00e8le, et aussi par son \u00ab sens du pauvre \u00bb. Ces deux \u00ab sens \u00bb sont en lien avec son \u00ab sensus Christi \u00bb, avec l\u2019amour et la foi que notre peuple a pour J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Concluons en priant l\u2019\u00c2me du Christ, qui est une belle pri\u00e8re pour demander mis\u00e9ricorde au Seigneur venu dans la chair ; qu\u2019il nous fasse mis\u00e9ricorde avec son Corps et son \u00c2me m\u00eames. Demandons-lui de nous faire mis\u00e9ricorde ainsi qu\u2019\u00e0 son peuple ; \u00e0 son \u00c2me nous demandons : \u2018\u2018sanctifie-nous\u2019\u2019 ; nous supplions son Corps : \u2018\u2018sauve-nous\u2019\u2019 ; nous demandons \u00e0 son sang : \u2018\u2018enivre-nous\u2019\u2019 ; d\u00e9livre-nous de toute autre soif qui ne soit pas de toi. Demandons \u00e0 l\u2019eau de son c\u00f4t\u00e9 : \u2018\u2018lave-nous\u2019\u2019, nous implorons sa passion : \u2018\u2018r\u00e9conforte-nous\u2019\u2019 ; console ton peuple, Seigneur crucifi\u00e9, dans tes plaies, nous t\u2019en supplions : \u2018\u2018cache-nous\u2019\u2019\u2026 Ne permets pas, Seigneur, que ton peuple soit s\u00e9par\u00e9 de toi. Que rien ni personne ne nous s\u00e9pare de ta mis\u00e9ricorde, qui nous prot\u00e8ge contre les pi\u00e8ges de l\u2019ennemi malin. Ainsi, nous pourrons chanter les mis\u00e9ricordes du Seigneur avec tous tes saints quand tu nous rappelleras \u00e0 toi.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>(Image : CNS Photo\/Paul Haring)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Troisi\u00e8me m\u00e9ditation du Jubil\u00e9 extraordinaire de la Mis\u00e9ricorde Retraite spirituelle pr\u00e9sid\u00e9e par le pape Fran\u00e7ois Lors du Jubil\u00e9 des pr\u00eatres, 2 juin 2016 (Basilique Saint-Paul-hors-des-murs)\u00a0 Troisi\u00e8me m\u00e9ditation : La bonne odeur du Christ et la lumi\u00e8re de sa Mis\u00e9ricorde Dans notre troisi\u00e8me rencontre, je vous propose de m\u00e9diter sur les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde, soit en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":17385,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[1577,1185],"tags":[1550,1407,1547,1286,1162,26],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17379"}],"collection":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17379"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17379\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17386,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17379\/revisions\/17386"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/seletlumieretv.org\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}