Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte…

Trente-troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 18 novembre 2018

L’évangile de ce dimanche est tiré du plus difficile chapitre de l’évangile de Marc (13, 24-32) et est souvent interprété comme une annonce de la fin du monde. Marc 13 est appelé parfois la « petite apocalypse ». Comme Daniel 7-12 et le livre de l’Apocalypse, il est centré sur les persécutions. Nous pouvons voir que, en étudiant ce chapitre dans son ensemble, nous sommes plutôt dans le registre du sens que de la chronologie.

La prédiction de Jésus de la destruction du temple (Mc 13, 2) souleva tant de questions que les quatre disciples l’interrogèrent en privé au sujet de l’heure et des signes qui annonceraient la fin du monde (Mc 13, 3-4). Jésus répond à leurs questions par un discours eschatologique à la veille de sa mort. Il contient des instructions et des encouragements, exhortant les disciples et l’église à la foi, l’obéissance à travers les épreuves auxquelles ils seraient confrontés. (Mc 13, 5-13). Le signe est la présence d’une abomination (Mc 13, 14 et Daniel 9, 27), c’est-à-dire du pouvoir romain qui profane le temple. On presse les gens de fuir de Jérusalem plutôt que de  défendre la ville par l’intermédiaire d’un espoir messianique mal guidé. (Mc 13, 14-23). Une intervention aura lieu seulement après la destruction (Mc 13, 24-27), qui arrivera avant la fin de la première génération de chrétiens (Mc 13, 28-31).

Personne sauf le Père ne connait l’heure précise ou celle de la parousie (Mc 13, 32). Dès lors, il est nécessaire de veiller constamment (Mc 13, 33-37). Luc parle de la parousie pour une date ultérieure, après « Le temps des païens » (Luc 21, 24). Voir aussi les notes sur Matthieu 24,1 – 25,46.

Le Fils de l’Homme

Les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui portent sur deux réalités : Jésus lui-même va accomplir les textes des Écritures de l’Ancien Testament à la fin des temps et les disciples ne doivent pas se soucier de l’heure précise du retour de Jésus.  Quand nous lisons le verset 26, nous savons que Jésus est cet être céleste qui viendra dans la puissance et la gloire. Comme le Fils de l’Homme de Daniel, le Jésus de Marc reviendra et rassemblera ses élus « des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel » (Mc 13,  27). Quand Jésus parlait, il ne brossait pas le tableau d’un futur étincelant pour ses disciples. Il parlait de l’ère dans laquelle les premiers lecteurs de Marc vivaient et en vérité, dans laquelle nous vivons nous-mêmes. Jésus prévoyait les guerres, les tremblements de terre, les famines, et les identifie comme « le début de grands bouleversements » : les événements prophétisés annoncent l’avènement douloureux d’un temps nouveau, qui survient même si les forces des temps anciens luttent pour l’en empêcher.

Jésus décrit au peuple de ce temps toutes les choses qui éveilleraient la peur des gens d’aujourd’hui: guerres, persécution, catastrophes, scandales et peuples dans la misère. Jésus utilise ces prédictions de détresse comme fondement de l’espoir. Nous sommes invités à fixer notre regard sur lui ! Ces paroles de Jésus dans cet évangile (v 29-31) me réconforte particulièrement: « Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

L’épreuve eschatologique

L’épreuve eschatologique se présentera sous diverses formes. La première, il y aura les trahisons. Comme Jésus qui a été trahi et livré aux mains des pécheurs pour être éprouvés, de même les lecteurs de Marc seront trahis ou livrés aux conseils, frappés dans les synagogues et appelés à donner leurs témoignages devant les gouverneurs et les rois. Ils seront trahis et livrés à mort non seulement par leurs ennemis mais aussi par leurs parents et enfants, leur propre chair !

La deuxième forme de l’épreuve, des faux christs et des faux prophètes feront leur apparition, pour détourner les gens du droit chemin. Ces trompeurs promettront la délivrance et feront des signes et des merveilles pour faire abandonner au peuple leur foi en Jésus.

Troisièmement viendront des épreuves ou des tentations même pour ceux qui jouissent d’une paix relative et stable. Jésus parle au sujet de la dernière sorte d’épreuve en concluant la parabole au chapitre 13, au sujet d’un homme qui part en voyage, ayant chargé ses serviteurs et son intendant « de veiller et de rester éveillés ». La parabole suggère que les lecteurs de Marc sont en danger lorsqu’ils manquent à leur devoir de veilleurs. Ils sont menacés par « les soucis du monde, et l’appât  des richesses », Ailleurs, Jésus les avertit que la semence peut être étouffée  avant qu’elle n’arrive à maturité.

L’évangile de Marc nous enseigne que tous ceux qui suivent Jésus seront éprouvés. Ils le seront par des grands fléaux ou par des séducteurs puissants qui feront des prodiges pour les attirer. Ils le seront dans leur quotidien routinier et dans leur chair. Quelle que soit la forme de l’épreuve à laquelle nous devons faire face, Marc nous dit que nous devons rester vigilants et prier, car si nos esprits et nos cœurs sont divisés, nous échouerons et nous ne serons pas prêts à accueillir le maître quand il reviendra.

Nous serons mis à l’épreuve mais nous n’avons pas à avoir peur car Jésus a changé à jamais le contexte de ces épreuves. Parce qu’en endurant l’épreuve Jésus s’est offert lui-même comme parfait sacrifice à Dieu, c’est pourquoi rendre le culte à Jérusalem devient un acte dépassé. A partir de maintenant et pour toujours les offrandes appropriées seront nos prières faites par la communauté rassemblée de croyants, plutôt que les sacrifices faits au temple. L’offrande de Jésus lui-même acceptée par Dieu suffit pour enlever le péché du monde. Jésus a payé la rançon des péchés de ceux qui le suivent. Ils peuvent être confiants d’être sauvés.

La communauté de ceux qui prient

Marc souligne qu’à la suite de la destruction du temple, la communauté des priants sera la “maison de prière pour toutes les nations”, le nouveau temple sera élevé  par Jésus. La prière déterminée  est la marque de cette nouvelle communauté, le temple construit de pierres vivantes. Mais comment Marc et ses lecteurs ont-ils compris cette notion de « prière déterminée, résolue »? Comment chacun s’arrange-t-il pour prier de cette manière et quelles furent les conséquences de cette prière dans la vie quotidienne? Jésus a promis que la prière fidèle sera exaucée, mais sa promesse est qualifiée : ceux qui prient ne doivent pas douter dans leur cœur.

Dans la nuit et l’angoisse de Gethsémani, Jésus demande sérieusement que Dieu le sauve de l’agonie qui est proche, et il est pleinement convaincu que Dieu peut le faire. Mais au même moment, il se soumet à la volonté de Dieu son Père. L’endurance de Jésus, sa détermination, l’abandon délibéré de sa vision en faveur de la vision de Dieu pour lui, le fait triompher dans le jardin au pied du Mont des Oliviers. Pour Marc, cette prière de Gethsémani est le modèle du comment les « disciples éprouvés » doivent prier.

Lorsque nous sommes mis à l’épreuve

Quels sont les événements catastrophiques qui secouent le monde d’aujourd’hui? Comment sommes nous mis à l’épreuve quotidiennement? Les expériences de rejet, de souffrance, de mort ou de perte, de privation et de vide nous conduisent-elles à abandonner le Monde de la vie que nous avons reçu avec joie?  Nos soucis d’argent, de réussite au travail ou à l’école, de santé, d’arrêt d’une dépendance, de sécurité d’emploi, de statut, de reconnaissance, de famille et de relations sont-ils en train d’étouffer la Parole de Dieu qui est plantée dans nos cœurs? Sommes-nous accrochés à nos passions, comme la colère, la souffrance ou le désir  qui nous empêchent de suivre Jésus? Y a-t-il encore de la joie dans notre vie?

La Bonne Nouvelle de l’évangile de Marc c’est que nous n’avons pas à répéter la fidélité de Jésus au temps des épreuves par la force de notre propre volonté. Nous ne devons pas affronter les épreuves sataniques, dépourvus de pouvoir divin. Jésus de Nazareth a changé notre situation à jamais. Marc annonce la Bonne Nouvelle en termes de la puissance des croyants qui prient. La communauté chrétienne a le pouvoir de s’engager dans la prière déterminée qui ne peut pas être empreinte de peur, peine, persécution ou pouvoirs décevants au travail dans le monde. Jésus a expié le péché du monde et terrassé les puissances qui cherchaient à séparer les hommes de Dieu. Par conséquent, tout est possible lorsque nous allons à Dieu par la prière.

Voir à long terme

Lorsque nous affrontons les revers, les pertes et les tragédies de la vie quotidienne, ne perdons jamais de vue la vision à long  terme de l’histoire du salut. En tant que chrétiens, nous sommes invités chaque jour à répondre aux alternances d’espoir et de ténèbres qui souvent étreignent notre époque. L’anxiété collective peut devenir facilement une hystérie massive au milieu de n’importe quelle crise. C’est pourquoi il est si important d’être ancrés fermement dans la Parole de Dieu, de tirer la vie de cette Parole et d’en vivre. C’est ainsi que se réaliseront les paroles du prophète Daniel (12, 1-3) dans notre quotidien : « Les sages brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles ».