Jean le Baptiste, le paradoxe de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année C – 9 décembre 2018

Baruch 5,1-9
Philippiens 1,3-6.8-11
Luc 3,1-6

Dans le texte de l’Evangile d’aujourd’hui (Luc 3,1-6), l’évangéliste, celui que Dante Alighieri appelle le scriba manuetidinis Christi (« scribe de la douceur du Christ »), lance l’appel de Jean le Baptiste sous la forme d’un appel prophétique de l’Ancien Testament (Luc 3:2) et prolonge la citation d’Isaïe trouvée dans Marc 1,3 (Isaïe 40,3) par l’ajout d’Isaïe 40,4-5 dans Luc 3,5-6. En faisant cela, Luc présente son thème de l’universalité du salut, qu’il annonçait plus tôt à travers les paroles de Siméon (Luc 2,30-32). Je vous propose que nous examinions ensemble plusieurs détails historiques offerts par Luc dans ce récit de l’appel prophétique.

Tibère César succéda à Auguste comme empereur en l’an 14 et régna jusqu’en 37 ap. J.-C. La quinzième année de son règne serait entre 27 et 29 ap. J.-C. Ponce Pilate fut préfet de la Judée de l’an 26 jusqu’en 36. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme un préfet cupide et sans scrupule, qui avait peu d’égard pour la population juive locale et ses pratiques religieuses (Luc 13,1). L’Hérode en question est Hérode Antipas, le fils d’Hérode le Grand qui régnait sur la Galilée et Pérée de 4 ap. J.-C. à 39 ap. J.-C.

Luc ne situe pas seulement l’appel de Jean le Baptiste en termes de dirigeants civils de cette période, mais il mentionne également le haut sacerdoce d’Annas et de Caïphe, les dirigeants religieux de la Palestine. Anne avait été prêtre entre 6 et 15 ap. J.-C. Après avoir été déposé par les Romains en l’an 15, il fut remplacé par divers membres de sa famille et, éventuellement, par son gendre, Caïphe, qui fut prêtre de 18 à 36.

Dans le contexte de cette histoire, la parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert de Judée. Luc est le seul parmi les écrivains du Nouveau Testament qui associe la prédication de Jean avec un appel de Dieu. L’évangéliste place ainsi Jean avec les prophètes dont les ministères ont commencé avec des appels similaires. Plus tard, Luc sépare le ministère de Jean le Baptiste de celui de Jésus en signalant l’emprisonnement de Jean avant le baptême de Jésus (Luc 3,21-22). Luc utilise ce procédé littéraire pour faire état de sa compréhension de l’histoire du salut. Avec Jean le Baptiste, le temps de la promesse, la période d’Israël, se termine. Avec le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, l’accomplissement de la promesse, la période de Jésus, commence.

Dans son second volume, les Actes des Apôtres, Luc va présenter la troisième époque de l’histoire du salut, la période de l’église. Dans Luc 7,26 Jean sera décrit comme « plus qu’un prophète », il est aussi le précurseur de Jésus (Luc 7,27), une figure de transition inaugurant la période de l’accomplissement de la prophétie et une promesse.

En décrivant l’attente du peuple (Luc 3,15), Luc caractérise le moment de la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance (Luc 2,25-26; 37-38). Au chapitre 3,7-18, Luc présente la prédication de Jean le Baptiste exhortant les foules à la conversion en vue de la colère à venir (Luc 3,7.9), leur donnant certaines normes pour réformer leur conduite sociale (Luc 3,10-14), et leur annonçant la venue de quelqu’un de plus grand que lui (Luc 3,15-18).

Jean : le paradoxe de l’Avent

Les vrais prophètes d’Israël nous aident dans notre lutte contre toutes les formes de duplicité. Jean le Baptiste est le saint patron par excellence de l’authenticité. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos actions sont-elles incohérentes ! En Jean le Baptiste se trouve le paradoxe de l’Avent: le triomphe de Dieu qui se manifeste précisément dans l’obscurité du monde actuel. Jean le Baptiste a entendu, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert et a donc été en mesure de le prêcher aux autres de façon efficace parce que sa vie et son message ne faisaient qu’un. Il est certain qu’il ne mâchait pas ses mots. Jean le Baptiste brise le silence du désert avec son cri: « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. » Pas seulement « repentez-vous », changer la façon dont nous vivons, mais se repentir et se préparer à la venue du royaume des cieux qui va bouleverser notre confort et notre petite sécurité en renversant tout ce que nous essayons de garder en place. La joie et le défi de l’Avent c’est qu’en Jésus-Christ, Dieu vient parmi nous, nos douleurs et notre désir de Dieu seront alors apaisés. Mais ce Dieu qui vient est préoccupant.

Il n’y avait rien de politiquement correct dans le message du Baptiste. Il est allé droit au but et a dit ce qui devait être dit. Il a dit aux premières personnes qui venaient à lui de partager. Il a dit aux percepteurs de taxe d’être justes. Il a dit aux soldats de faire la paix.

Le Baptiste a enseigné aux gens de son temps et à ceux de notre temps que le Messie vient nous sauver des puissances de la duplicité, du désespoir, des ténèbres et de la mort, pour nous remettre sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous puissions trouver notre chemin du retour vers Dieu. La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un Sauveur pour nous sauver, afin que nous puissions devenir tout ce que nous sommes appelés à être et faire tout ce que nous avons à faire pour vivre dans la Lumière. Trop souvent nous ne parvenons pas à reconnaître celui parmi nous qui est notre Chemin, notre Vérité et notre Vie. C’est là le cœur de l’Avent: trouver le chemin du retour vers Dieu.

La transformation de nos déserts

L’Avent est un mystère qui ne fait pas que nous informer, il nous transforme. L’Avent reste avec son paradoxe d’attente et d’empressement, de souffrance et de joie, du jugement et de délivrance, du malheur apocalyptique et d’espérance eschatologique. Malheureusement pour notre culture de gratification instantanée, l’espérance exige l’incomplétude. Espérer, dans le véritable sens de l’Avent, c’est vivre avec la certitude du désir inassouvi.

Le Dieu qui était un ingénieur des ponts et chaussées, traçant de nouvelles routes à travers le désert, un jardinier qui transforme des déserts en parterres de fleurs, est désormais l’artiste qui peint un nouveau point de vue de la promesse messianique de l’espérance. Espérer en Dieu ne peut se faire de manière immobile, parce que, comme Isaïe nous le rappelle, nous espérons en un Dieu qui est constamment en train de réaliser du nouveau. Est-ce que notre espérance en Dieu est ferme, même dans la situation de chaos et de confusion de notre vie ? Comment pouvons-nous vivre avec la Parole de Dieu ? Comment pouvons-nous vivre avec le silence de Dieu ?

L’Avent nous enseigne que nos cœurs sont en silence depuis trop longtemps, nous allons découvrir le Dieu qui sculpte encore des autoroutes et transforme les lieux déserts de nos vies en oasis d’émerveillement, de vie, de beauté, même si rien ne sera semblable à ce que nous nous attendions. La nature à l’état sauvage ne peut être transformée qu’avec de l’eau. Tout au long de l’Ancien Testament, Dieu est présenté comme celui qui accorde ou refuse l’eau – une image facilement comprise par les gens pour qui l’eau est une denrée précieuse et contrôlée. Peu d’entre nous en Occident avons une idée de ce qu’est la sécheresse. L’eau courante de nos maisons nous prive d’une image de Dieu: celui sur lequel notre existence même dépend, comme l’électricité nous trompe en pensant que nous contrôlons l’obscurité. Ensemble, ils nous volent des expériences quotidiennes qui pourraient donner vitalité à l’invitation de l’Avent à revisiter notre dépendance à Dieu, notre désir de Dieu et découvrir à travers la nuit d’attente que Dieu vient vraiment.

Le message de l’Avent n’est pas que tout tombe en morceaux ni que Dieu est dans les cieux et donc tout est bien comme dans le meilleur des mondes. Le message de l’Avent est que lorsque toutes les vérités morales sont désarçonnées, quand tout va mal sur terre, nous entendons à nouveau le message réconfortant de Jean-Baptiste: « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies; et tout homme verra le salut de Dieu. »

Pourtant, même avec la naissance de Jésus, nous apprenons que Jérusalem et Israël attendent toujours leur rachat. Le monde attend toujours sa liberté de la faim, de la guerre, de l’oppression, de la violence, de la persécution et de la souffrance. Nous attendons tous notre rédemption. L’Avent nous invite à examiner nos manières d’attendre, nos manières de désirer Dieu, et nos manières de l’espérer. Quelle est la source de notre espérance de l’Avent ?

La vie de Jean le Baptiste peut se résumer à l’image d’un doigt pointé vers celui qui venait: Jésus-Christ. Si nous voulons assumer le rôle de Jean de préparer le chemin dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendront aussi les doigts des témoins vivants qui démontrent que Jésus peut être trouvé et qu’il est proche. Jésus est l’accomplissement de nos désirs, notre espérance et notre attente. Jésus seul peut transformer les déserts de nos vies en jardins remplis de beauté et de nourriture pour le monde. Viens Seigneur Jésus ! Nous avons besoin de Toi maintenant plus que jamais !

 

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