Emmanuel, notre prière et notre promesse

Nativité du Seigneur – mardi 25 décembre 2018

Isaïe 62,1-5
Actes 13,16-17,22-25
Matthieu 1,1-25
ou 1,18-25

L’évangile pour la messe de la nuit de Noël, tiré du récit de l’enfance chez Matthieu (1,1-5), présente un riche panorama de l’incarnation. Plus que Marc et Luc, Matthieu résume l’origine juive de Jésus : la généalogie le présente comme « Fils de David, fils d’Abraham » (1,1) et ne remonte pas plus loin. Matthieu insiste sur les quatorze générations, probablement parce qu’en hébreu quatorze est la valeur numérique des lettres formant le nom de David.

Des deux généalogies de Jésus dans les récits néotestamentaires de Matthieu et Luc, celle de Matthieu est présentée dans un ordre décroissant, listant les ancêtres de Jésus, fils de Marie, en commençant par Abraham. L’autre généalogie, tirée de Luc (3,23-28) est en ordre croissant, commençant par Jésus et remontant jusqu’à Adam. Alors que la généalogie de Luc relie Jésus avec toute l’humanité, la généalogie de Matthieu met en évidence sa descendance d’Abraham. C’est en tant que fils d’Israël, peuple choisi de Dieu dans l’ancienne alliance auquel il appartient directement, que Jésus de Nazareth est pleinement membre de la famille humaine.

Alors que la généalogie montre la continuité du plan providentiel de Dieu à partir d’Abraham, on y trouve aussi une certaine discontinuité. Les femmes Tamar (1,3), Rahab et Ruth (1,5) et la femme de Urie, Bethsabée, eurent des fils à travers des unions aussi étranges qu’inattendus. Ces « irrégularités » culminent dans la grande « irrégularité » de la naissance du Messie d’une jeune vierge. Matthieu a pris soin d’attirer notre attention sur les particularités de ces femmes bibliques de l’Ancien Testament, peut-être pour nous prévenir que quelque chose d’encore plus étrange allait arriver ou peut-être pour nous permettre de faire le lien, lorsque la nouvelle sera annoncée, entre cette annonce et la manière étrange de faire de Dieu dans le passé. Notre Dieu écrit certainement droit sur des lignes courbes et cette généalogie en est une preuve vivante !

Jésus accomplit les prophéties de l’Ancien Testament

L’évangile de Matthieu porte sur l’accomplissement des écritures en Jésus. L’ange, le songe, le commandement de ne pas avoir peur, le couple juste faisant ce qui est dit – tout cela est très familier pour quelqu’un qui lit et entend l’histoire avec des lunettes bibliques. Matthieu nous dit que la naissance de Jésus accomplit dans l’histoire humaine au moins trois thèmes bibliques. Il apporte Israël dans la Terre Promise ; « Jésus » est le Grec pour « Josué ». Comme Emmanuel, il donne corps à la présence de Dieu parmi son peuple (Isaïe 7,14 cité en 1,23). Comme nouveau David, il est le Messie né à Bethléem (2,5 accomplissant Michée 5,1-3)

Dans la généalogie, Jésus est le point culminant vers lequel tend l’histoire de la longue alliance d’Israël, particulièrement dans sa dernière phase tragique. Matthieu est en accord avec ses contemporains juifs qui voient l’exil comme le dernier événement marquant avant Jésus; lorsque l’ange dit que Jésus « sauvera son peuple de ses péchés » (1,21), la fin de l’exil est en vue. Jésus, le véritable descendant de David, accomplira l’alliance d’Abraham en annulant l’exil et toutes ses conséquences.

Puisant à la fois dans la tradition biblique et les récits juifs, Matthieu dresse un portrait de Jésus revivant l’expérience d’Israël pendant l’exode et les persécutions de Moise. Son rejet par son propre peuple et sa passion sont annoncées, assombries par la troublante question de « tout Jérusalem » à la question des mages qui cherchaient le « nouveau roi des Juifs » (2,2-3) et par la tentative d’Hérode de le tuer. Les mages qui lui rendent hommage préfigurent les Gentils qui accueilleront la prédication de l’Evangile. Les récits d’enfance proclament que Jésus est le sauveur de son peuple pour leurs péchés. (1,21), Emmanuel – « Dieu avec nous » (1,23), et le Fils de Dieu (2,15).

Matthieu limite la mission de Jésus « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (15,24) durant sa vie publique ainsi que celle des douze (10,5-6). Plus que tous les autres évangélistes, il prend grand soin de mentionner les événements dans la vie de Jésus « comme cela avait annoncé par les prophètes pour accomplir les écritures » (2,23). Jésus lui-même le dit clairement qu’il est venu non pas abolir la loi mais l’accomplir (5,17). Cette histoire extraordinaire, guidée dès le début par la main puissante du Dieu de l’alliance, trouve son accomplissement en Jésus, « qui est appelé Christ » (1,16). Le terme « Christ » est l’équivalent en grec du mot hébreu « Messie », qui signifie « oint ». Israël, le peuple choisi de Dieu, a vécu pendant des générations dans l’attente de l’accomplissement de la promesse du Messie, dont la venue fut préparée par l’histoire de l’alliance.

Du point de vue de Joseph

Le récit de Matthieu est raconté du point de vue de Joseph, alors que celui de Luc, plus familier, est vu de Marie. Homme droit, Joseph est présenté comme un observant dévoué de la loi de Moïse (1,19). Son engagement envers Marie fut la première étape du mariage instituant un homme et une femme comme mari et épouse. Par conséquent, une infidélité était considérée comme un adultère. L’engagement était suivi quelques mois plus tard par l’installation de la femme chez son mari, moment où la vie maritale commençait.

La conception virginale de Jésus est l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Matthieu considère la conception virginale comme l’accomplissement d’Isaïe 7,14. La décision de Joseph de divorcer Marie est renversée par le commandement divin de la prendre chez lui et d’accepter l’enfant comme le sien. La généalogie naturelle est rompue mais les promesses de David sont accomplies; par l’adoption de Joseph, l’enfant appartient à la famille de David.

Etant donné les circonstances, Joseph souhaitait rompre son union avec quelqu’un qu’il suspectait d’avoir violé la loi. Il est dit que la loi l’obligeait à faire cela, mais les textes cités pour appuyer cette affirmation, par exemple en Dt 22,20-21, ne se rapportent pas clairement à la situation de Joseph. Il ne voulait pas l’exposer à la honte: la peine pour un adultère était la lapidation. (Cf. Deut 22,21-23.)

Dans une autre référence à l’Ancien Testament, le Joseph du Nouveau Testament reçoit un message de Dieu durant un songe, de la part de « l’ange du Seigneur ». Ces songes peuvent rappeler ceux de Joseph, fils de Jacob le patriarche (Gen 37,5-1.19). Un parallèle très proche est le rêve d’Amram, père de Moïse, raconté par Flavius Josèphe dans ses Antiquités Juives.

Joseph a protégé et pris soin de Jésus ainsi que Marie. Il a nommé Jésus, lui a appris à prier, travailler, à être un homme. Alors que nulle parole ou texte ne lui sont attribués, nous pouvons être surs que Joseph prononça deux paroles les plus importantes qui pouvaient être dites quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ».

Emmanuel: Dieu vraiment avec nous

Le soir de Noël, nous écoutons attentivement les paroles des prophètes, le songe de Joseph et la promesse de Dieu qui prend chair dans le sein de la Vierge. Il devient clair pour nous que l’histoire de la naissance d’un bébé à Bethleem ne fut pas un conte folklorique idyllique. Ce fut l’accomplissement véritable des espoirs et des attentes, des rêves et des désirs du peuple de l’ancien Israël. Dieu n’abandonne pas l’humanité mais il vient dans tout ce qui rend généralement la vie difficile sur terre. Chez Matthieu, la promesse de Dieu de la délivrance de Juda au temps des prophètes est accomplie dans la naissance de Jésus, par lequel Dieu vient au milieu de son peuple.

La réponse aux attentes les plus profondes de l’humanité à travers les temps réside dans le nom « Emmanuel ». Nous trouvons dans ce nom à la fois une prière et une excuse (de notre part) et une promesse et déclaration de la part de Dieu. Quand nous prononçons ce mot, nous prions réellement et supplions « Dieu, sois avec nous ! » Et quand Dieu parle, le puissant, l’éternel, l’omniprésent créateur du monde nous dit : « Je suis avec vous » dans cet enfant.

En l’enfant Jésus, Dieu est avec nous, pas simplement pour nous bénir dans une sorte de brève apparition à un moment difficile de l’histoire. Ni pour utiliser Jésus comme aide, protection et guide. Non le petit Seigneur Jésus endormi dans la crèche de Bethleem est « Dieu avec nous » parce qu’il est Dieu. Le vrai message de Noël nous laisse sans voix et continue de stupéfier notre imagination : la deuxième personne de la Trinité, le seul fils du Père, la parole éternelle, notre créateur veut le vêtir de notre nature et devenir homme, notre frère, l’un de nous. Dieu lui-même repose dans la mangeoire, pleinement humain, pleinement divin. Dans le récit de Noël dans Luc, les bergers retournent à leurs champs en se réjouissant ; dans Matthieu, les sages se prosternent en adoration avec émerveillement parce qu’ils réalisent qui est devant leurs yeux : ils étaient en présence de leur Créateur fait homme, de la Parole faite chair, de Dieu devenu l’un de nous.

Le nom Emmanuel fait aussi allusion à la fin de l’évangile de Matthieu où Jésus ressuscité assure à ses disciples la continuité de sa présence, « … Je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin des temps » (28,20). Dieu a, en vérité, gardé sa promesse en Jésus. Jésus accomplit véritablement le plan de Dieu en parole et actes, dans le désir et la présence, en chair et en sang.

Une exigence démesurée

Rendons grâces à Dieu le Père de Jésus qui écrit droit sur les lignes courbées de nos propres vies et de l’histoire humaine. Puissent nos cœurs accueillir l’Emmanuel qui prend chair dans nos vies à Noël cette année. Et dans les mots de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix dans « Le Mystère de Noël » :

Pour imprégner une vie humaine tout entière de la vie divine, il ne suffit pas de s’agenouiller une fois par an devant la crèche et de succomber au charme de la nuit sainte. Pour accomplir cela, nous devons être quotidiennement en contact avec Dieu. […] Exactement de même que notre corps terrestre a besoin chaque jour de pain, de même nous devons nourrir notre vie divine.

« C’est le pain vivant descendu du ciel. »

Si c’est vraiment notre pain quotidien, alors le mystère de Noël, l’incarnation du Verbe, seront quotidiennement rejoués en nous. Et cela, semble-t-il, est le chemin le plus sûr pour rester en constante union avec Dieu […] Je suis bien consciente que beaucoup pensent que c’est une exigence démesurée. Dans la pratique cela signifie que la plupart de ceux qui prennent cette habitude devront réorganiser complètement leur vie intérieure et extérieure. Mais c’est ce que cela signifie. Est-ce réellement trop exigeant de faire une place dans notre vie pour le Sauveur Eucharistique, pour qu’Il puisse transformer notre vie en la Sienne ?

Commander votre copie des réflexions pour la nouvelle année liturgique!
Disponible maintenant !
(Image : L’adoration des bergers par Jacopo Bassano)