Découvrir la possibilité de l’impossible

Quatrième dimanche de l’Avent, Année C – 23 décembre 2018

Michée 5,1-4a
Hébreux 10,5-10
Luc 1,39-45

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament.

Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1,5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1,26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1,39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1,11-12,26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1,13.30). Après l’annonce (Luc 1,14-17.31-33), le parent fait une objection (Luc 1,18.34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1,20.36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1,32-33) et Fils de Dieu (Luc 1,32.35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1,39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1,68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme « juste et pieux » dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2,22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: « Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1,36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (1 Samuel 6,9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18,12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire (Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes » (Luc 1,25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée « en hâte » pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter.
Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia qui pourrait signifier: « la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse » ou
« les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés ? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous.

Les femmes de l’évangile d’aujourd’hui nous montrent qu’il est possible d’aller au-delà de nos propres petits intérêts personnels et de s’engager dans un ministère et un service authentiques dans l’Eglise. Un ministère et un service ne font pas simplement que des choses pour les autres. Les ministres et les serviteurs chrétiens authentiques se permettent de servir et d’être servis, enseignés, soignés, consolés et aimés. De tels moments nous libèrent et nous permettent de chanter le Magnificat sur notre chemin, et célébrer les merveilles que Dieu fait pour nous et pour son peuple.

Considérez ces paroles de la Sainte Mère Teresa de Calcutta (1910-1997):

Dans le mystère de l’Annonciation et de la Visitation, Marie est le modèle même de la vie que nous devrions mener. Tout d’abord, elle a accueilli Jésus dans son existence, puis, elle a partagé ce qu’elle avait reçu. Chaque fois que nous recevons la sainte communion, Jésus le Verbe se fait chair dans notre vie – don de Dieu qui est à la fois beau, doux, unique. Ainsi fut la première eucharistie: Marie offrant son Fils en elle, en qui il avait fait le premier autel. Marie, la seule qui pouvait affirmer avec une confiance absolue, « ceci est mon corps », à partir de ce moment, a d’abord offert son propre corps, sa force, tout son être, pour former le Corps du Christ.

Permettez-moi de conclure avec ces pensées que m’a confiées une religieuse italienne âgée il y a plusieurs années alors que je prêchais dans une petite ville d’Ombrie, en Italie, juste avant Noël. Le poème est intitulé « Bellezza » qui signifie « beauté » et parle du choix de Dieu de Marie pour une mission spéciale.

Ne souriez pas, frères et sœurs,
Et ne haussez pas les épaules:
Notre Dieu est fascinant et ce qu’Il fait dépasse toujours l’impossible
Dieu s’est penché sur une femme et l’aima,
Et celui qui aime, même avant de regarder le visage
cherche la beauté qui se trouve dans le cœur.
Dieu regarda une femme qui était de la race
des plus petits, des sans nom,
Ceux qui vivent loin des palais –
Ceux qui travaillent dans les cuisines,
Ceux qui viennent du nombre des humbles et des oubliés,
Ceux qui n’ouvrent jamais la bouche et qui sont habitués à la pauvreté.
Dieu la regarda et la trouva belle
et cette femme a été donnée à lui comme si elle était sa bien-aimée
pour la vie et la mort.
À partir de maintenant toutes les générations la diront bienheureuse.
Dieu regarda une femme. Son nom était Marie.
En tant que femme qui se donne, elle crut,
et pendant la nuit, dans une grotte, elle cria de douleur,
et de son ventre Dieu lui-même est né,
apportant avec lui le salut et la paix, comme des trésors pour l’éternité.
Comme une femme qui se livre et ne regrette jamais,
elle a cru malgré toute l’obscurité qui l’enveloppait,
malgré tous les doutes qui l’envahissaient.
Désormais son nom sera chanté, parce que Dieu la prit
et elle s’est donnée à lui, elle, Marie, l’une des nôtres.
Et Dieu la couronna d’étoiles et la vêtit du soleil,
et sous ses pieds, Dieu a placé la lune.

Son nom est Marie, et si vous regardez son Seigneur, c’est parce que sur notre terre remplie de femmes et d’hommes, vous avez trouvé une telle beauté.

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(Image : la Fuite en Egypte par Eugène-Alexis Girardet)