Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

Premier dimanche de l’Avent, Année C – 2 décembre 2018

Jérémie 33,14-16
1 Thessaloniciens 3,12-4,2
Luc 21,25-28.34-36

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était, je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21,25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21,20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21,12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3,12-4,2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis Thessaloniciens envers leur nouvelle foi. Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien.

Les œuvres de l’Avent

L’Avent nous secoue et nous tire de notre torpeur. Quels sont les œuvres que chacun de nous devons accomplir cette année ? Nous sommes invités à préparer nos cœurs et nos vies à l’avènement dans sa grandeur sublime dans la chair. Qu’attendons-nous de la vie ? Pour quelles vertus ou quels dons prions-nous cette année ? Quels biens matériels tentons-nous d’obtenir ? Les personnes, les qualités, les choses espérées nous offrent un bon aperçu de notre personne. L’Avent, à l’opposé d’un temps de pénitence ou d’un temps de désespoir, est plutôt un temps pour se réjouir dans l’espérance, dans une attente patiente. Dieu sait que nous sommes un peuple et des individus impatients. Néanmoins, la patience est une sainte vertu pour laquelle nous devons prier durant l’Avent.

Il y a très longtemps St-Cyrille de Jérusalem soutenait que tout au sujet de Jésus était présenté sous deux dimensions.

Il y a en lui deux naissances, l’une par laquelle il naît de Dieu avant tous les siècles, et l’autre par laquelle il naît d’une vierge au centre des siècles. Il y a deux avènements, l’un obscur, par lesquels il descend comme la rosée sur une toison, l’autre éclatant, celui de la fin des temps. Dans le premier il apparaît revêtu de langes, dans une crèche, dans l’autre il apparaît vêtu de splendeur. Dans le premier, il s’est laissé juger, et quand on le condamnait, qu’on le condamnait à mourir sur la croix, il se taisait : et dans le second il viendra pour juger. Ainsi, ne nous arrêtons pas à son premier avènement, mais réjouissons-nous du second. Nous l’avons acclamé à son premier avènement en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Et nous devrons l’acclamer de façon similaire à son second avènement pour que nous puissions nous prosterner devant lui en nous exclamant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »

En tant que chrétiens, nous proclamons l’avènement du Christ, non seulement le premier avènement, mais également le second qui sera encore plus glorieux. Le premier a eu lieu sous la symbolique d’une patiente souffrance contrairement au second où le Christ sera couronné du royaume de Dieu. L’Avent nous enseigne qu’il y a deux façons d’aborder l’histoire: la première est sociologique et la deuxième est religieuse. La première, chronos, est à la fois damnée et cyclique. La deuxième, kairos, est racheté de Dieu en Jésus-Christ et devient ainsi l’anticipation de la providence et du sacrement.

Permettez-moi de conclure avec quelques réflexions sur l’espérance alors que nous entamons ce temps de l’Avent avec ce patient désir et cette joyeuse attente de Jésus notre Seigneur. Premièrement, ce remarquable extrait tiré des sermons paroissiaux du bienheureux Cardinal John Henry Newman :

Il veille dans l’attente du Christ, celui qui a un cœur sensible, ouvert et accueillant, qui est éveillé, prompt, intuitif, qui se tient aux aguets, ardent à le chercher et à l’honorer. Il veille dans l’attente du Christ celui qui l’attend dans tout ce qui arrive, et qui ne serait ni surpris, ni décontenancé, ni bouleversé s’il était mis tout à coup devant le fait soudain de sa venue […] Et il veille avec le Christ celui qui, en regardant vers l’avenir, ne néglige pas le passé et ne se borne pas à contempler ce que son Sauveur lui a acquis, au point d’oublier ce qu’il a souffert pour lui. Il veille dans le désir de son second avènement et dans les souvenirs affectueux et reconnaissants de sa première venue.

Enfin, je vous fais part de cette émouvante réflexion sur l’espérance du regretté père américain James Keller, fondateur des « Christophers » :

L’espérance recherche la part de bien qui est en chaque individu plutôt que de s’acharner sur le mauvais.
L’espérance dévoile ce qui peut être fait plutôt que de s’attarder à ce qui ne peut l’être.
L’espérance puise sa force d’une profonde confiance en Dieu et la bonté humaine.
L’espérance « allume une bougie » au lieu de « maudire l’obscurité ».
L’espérance considère les problèmes, qu’ils soient grands ou petits, comme de grandes occasions.
L’espérance ne cultive aucune illusion, et ne se soumet pas au cynisme.
L’espérance fixe d’importants objectifs, mais ne se mécontente point face aux multiples difficultés ou déboires.
L’espérance fonce dans les moments où l’abandon semble être la seule issue.
L’espérance supporte les victoires modestes puisque « toute longue épreuve débute par la première étape ».
L’espérance subit les malentendus au service du bien de tous.
L’espérance est bonne perdante, car elle a la certitude divine d’une victoire finale.