Face aux ténèbres : les tristes révélations à propos de Jean Vanier

Trosly (France), mars 2011 – Jean Vanier Fondateur de l’Arche. Crédit photo: Elodie Perriot / L’Arche.

Les révélations récentes à propos de Jean Vanier sont profondément tristes. Elles révèlent des choses qu’on n’aurait jamais cru possibles de la part de celui que nous avons tant estimé. Cela nous met devant la question : comment est-ce possible ? Comment est-ce que celui qu’on admirait tant a pu faire ces choses affreuses ? Comment est-ce que son œuvre a pu avoir un rayonnement si beau et si important alors qu’il commettait des actes si graves ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer Jean Vanier à deux reprises. D’abord à Paris où il donnait une conférence témoignant de l’importance de devenir plus humain par notre vie commune tous ensemble. La deuxième fois à Trosly-Breuil, le petit village où il a fondé « L’Arche », lors d’une retraite de cinq jours que Jean animait pendant la Semaine Sainte. Cette retraite avait été une expérience extraordinaire. Jean intervenait chaque matin pendant une heure. Il nous a inspiré par ses réflexions profondes et émouvantes, sans aucun texte écrit comme support. Il semblait parler directement du cœur, jusqu’au fond de nos cœurs, à partir de son propre vécu. J’étais assis près de lui lors de la veillée pascale et le lendemain il m’avait invité à déjeuner à sa table le dimanche de Pâques en tant que compatriote canadien. J’ai vu un homme qui parlait de tendresse, de vulnérabilité, d’amour comme Jésus nous aime, de découverte du Christ dans notre faiblesse et celle de notre prochain, d’accueil des dons de chaque personne et de célébration pour les uns les autres. Il n’a pas simplement parlé de ces choses par des paroles : toute sa manière d’être les exprimait.

Comment réconcilier ce message à une conduite si inacceptable ? Il n’y a pas de réponses faciles. Nos premières pensées doivent aller aux victimes qui ont eu le courage de révéler ces actes qui les ont fait tant souffrir. Ensuite nous pensons à tous ceux qui étaient des amis de Jean, à tous ceux qui travaillent pour L’Arche et à tous ceux qui habitent dans les foyers de L’Arche à travers le monde entier.

La vie de chaque personne est un mélange de clarté et de noirceur. Dans certains cas, les ténèbres nous écrasent ; elles nous scandalisent et elles nous dépriment. Il y a certaines actions qui ne sont pas bonnes, et il y en a d’autres qui sont simplement inadmissibles. Nous voyons dans chaque vie humaine des éléments du bien et du mal. Comment pouvons-nous arriver à nous éloigner du mal pour courir vers le bien ? C’est ça qui nous permet d’éviter l’hypocrisie que nous voyons désormais de manière si dure dans la vie de Jean Vanier.

Certes, il y a eu de bons aspects dans la vie de Jean. En effet, avant ces révélations récentes, on aurait pu croire qu’il y avait que des bons aspects. Maintenant nous savons qu’il y avait également du mal. Ses bonnes œuvres ne justifient point et ne pourront jamais diminuer la gravité du mal qu’il a commis. De la même façon, le mal qu’il a commis ne supprime pas les bons effets de son travail. Comment nier la bonté du message qu’il présentait ? Comment ignorer les bons fruits de son œuvre en faveur de millions de personnes autour du monde ? Nous ne pouvons plus admirer l’homme Jean Vanier, mais nous devons continuer d’œuvrer pour les valeurs qu’il a promues. Non pas parce qu’il les a promues, mais parce qu’elles sont bonnes en soi.

Il y a deux effets positifs qui proviennent de ces révélations tragiques. Tout d’abord, que notre choc et notre tristesse se transforment en détermination et en motivation pour que nous puissions nous détourner du mal en nous et autour de nous, afin de poursuivre le bien avec encore plus d’ardeur. Soyons des témoins authentiques de la tendresse et non pas de la violence, de la miséricorde et non pas de l’amertume, de l’amour et non pas de l’indifférence. Continuons de devenir plus authentiquement humains tous ensemble, en vivant dans la joie et la paix les uns avec les autres, unis dans notre diversité.

En même temps, ne mettons pas notre foi dans les êtres humains, qui sont toujours fragiles comme nous aussi nous sommes fragiles. Mettons notre foi et notre confiance surtout en Dieu, pour qu’Il apporte la clarté de sa lumière au cœur de notre obscurité. Que Dieu nous inspire de vivre chaque jour dans la vérité et l’authenticité, et de refuser toute hypocrisie dans nos paroles et dans nos actes. Le temps du Carême qui commence aujourd’hui nous donne l’occasion de faire exactement ce travail intérieur qui permet à la lumière de rayonner davantage en nous. Au milieu de notre tristesse, que Dieu nous apprenne à prier pour les victimes de Jean, pour toute la famille de L’Arche et pour Jean lui-même. Nous mettons notre confiance non pas en Jean, mais en Jésus. C’est lui notre espérance et il ne nous décevra jamais.

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