Comment recevoir la vie éternelle…

Vingt-huitième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 14 octobre 2018

Le récit de la rencontre entre Jésus et l’homme qui cherche la vie éternelle est essentiellement le récit d’un appel (Mc 10, 17-30). Il s’agit du seul récit de Marc où l’individu interpellé ne répond pas positivement à l’invitation de Jésus plutôt, il s’en va. On trouve ce récit dans les trois évangiles synoptiques. Matthieu (19, 16-22) nous dit que l’homme était jeune. Seul Luc (18, 18-23) nous informe qu’il était un notable. Les trois évangélistes s’entendent pour dire que l’homme était riche, la seule description que nous donne Marc. L’homme riche veut « recevoir la vie éternelle en partage. »

Considérons quelques aspects de ce que nous présente Marc dans cet épisode de l’évangile. D’abord, Jésus répudie le terme « bon » pour lui-même et le dirige plutôt vers Dieu, la source de toute bonté qui seul peut accorder le don de la vie éternelle.

Est-ce que cette directive à cet homme avec de grands biens est une exigence pour tous ceux et celles qui veulent recevoir la vie éternelle? Est-il vrai que Jésus n’a pas demandé à d’autres disciples de vendre leurs biens (1 Tm 6, 17-19)? Pierre n’a-t-il pas pu conserver sa maison et son bateau pour une courte période de temps (Mc 1, 29; Jn 21, 3)? Les femmes de Galilée n’ont-elles pas continué à accéder à leurs ressources matérielles personnelles (Mc 15, 41), tout comme Joseph d’Arimathie (15, 43)?

Il semble que Jésus fait une invitation très personnelle pour cet homme qui avait de grands biens, et ce pour des raisons très spécifiques. Pourquoi cet homme trouve-t-il l’enseignement de Jésus si difficile à accepter? Dans l’Ancien Testament, la richesse et les biens matériels sont considérés des signes de la faveur de Dieu (Job 1, 10; Psaume 128, 1-2; Isaïe 3, 10). Les Juifs fervents croyaient que la richesse était un signe de bénédiction divine. Les riches étaient perçus comme ceux que Dieu avait bénis alors que les pauvres étaient maudits de Dieu.

Un enseignement sur le pouvoir des biens matériels

Les paroles de Jésus dans Marc 10, 23-25 provoquent la stupéfaction des disciples parce qu’elles semblent contredire le concept de l’Ancien Testament (Mc 10, 24. 26). Puisque la richesse, le pouvoir et le mérite génèrent un faux sentiment de sécurité, Jésus les rejette catégoriquement comme des éléments pou réclamer une place dans le Royaume. Le résultat négatif de la décision de l’homme de s’en aller dénote un certain réalisme. Il rappelle aussi le pouvoir particulier des biens matériels qui empêchera plusieurs chrétiens d’être de véritables disciples. Jésus se sert du départ de l’homme riche pour enseigner à ses disciples que les biens terrestres, le succès et la prospérité peuvent être de dangereux pièges. Un détachement complet de ses biens est exigé de chaque disciple authentique. Jésus voyait les dangers des biens matériels. Ils peuvent détourner notre cœur vers le monde et nous faire voir tout en terme de prix et non en terme de valeur.

Jésus essayait de renverser complètement ce que les apôtres et tous les bons juifs avaient appris. Son enseignement sur la richesse était toutefois incompréhensible pour son auditoire. Lorsque Jésus dit, « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu, » l’évangile nous dit, «De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : ‘Mais alors, qui peut être sauvé ? » (v. 26).

N’importe qui d’entre nous poserait naturellement la même question! Jésus leur a rappelé que le salut est pur don de Dieu. La Grâce est un don de Dieu et seul ceux dont les bras et les mains sont vidés d’eux-mêmes peuvent s’ouvrir pour recevoir le don de la grâce. L’accomplissement du salut est au-delà du la capacité humaine et dépend uniquement de la bonté de Dieu qui l’offre comme un don (Mc 10, 27).

Un défi pour chaque chrétien

Dans plusieurs sociétés, la richesse est encore un signe de l’approbation de Dieu alors que la pauvreté et les épreuves sont le contraire. Chaque chrétien est mis au défi par l’enseignement de Jésus et par les valeurs de la société selon laquelle seuls les biens matériels ont une véritable valeur, par exemple par le nombre de voitures que nous possédons, la grandeur de notre maison, le montant de nos investissements en bourse.

Lorsque des systèmes capitalistes sont menés que par les lois du marché, sans cœur et matérialiste, ils contredisent les enseignements de Jésus dans l’évangile. L’évangile de Jésus met au défi la mentalité de ‘l’évangile de la prospérité’. Jésus ne parlent pas contre la richesse matérielle, mais condamnent que l’on soit esclave de ou enchaîné à la richesse. Elle devient une bénédiction lorsqu’elle est partagée avec d’autres et elle devient un obstacle et une prison pour ceux qui n’ont pas la sagesse de la partager avec d’autres.

En regardant le jeune homme riche, Jésus regardait chacun de nous avec amour. Il nous rappelle qu’il faut faire ce « petit effort de plus. » Nous sommes invités à laisser cet amour pénétrer nos cœurs et, contrairement au jeune homme, nous devons être ouvert à l’idée de transformer nos vies et réarranger nos priorités.

Lorsque, considérant son langage trop exigent, plusieurs disciples quittèrent Jésus, ce dernier demanda à ceux qui restaient : « « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-68). Et ils choisirent de demeurer avec lui. Ils sont restés parce que le Maître avait ‘les paroles de la vie éternelle’, des paroles qui étaient promesse d’éternité et qui donnaient un sens à la vie sur terre.

Appliquer l’évangile de ce dimanche à la vie de tous les jours

Après lecture de l’évangile de ce dimanche, je vous encourage à considérer trois enseignements importants de notre Tradition catholique, du catéchisme de l’Église catholique et de l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate.

1- Le catéchisme de l’Église catholique enseigne (2404-2405) que nos biens matériels nous sont confiés par Dieu non pas à notre avantage mais pour le privilège de les utiliser pour le bien des autres. L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes: en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres  » (GS 69, § 1). La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches. Les biens de production – matériels ou immatériels – comme des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les détenteurs des biens d’usage et de consommation doivent en user avec tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre.

2- La seconde vérité est que le développement authentique de l’homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. Sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l’intérieur de l’histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l’avoir. L’humanité perd ainsi le courage d’être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qu’exige la charité universelle. L’homme ne se développe pas seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être simplement offert. Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement. (Caritas in Veritate, 11)

3- Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain. Dieu révèle l’homme à l’homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu’il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l’homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l’appel de la vérité morale. (Caritas in Veritate, 75)

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

Vingt-septième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 7 octobre 2018

Plutôt que de commenter dans le détail chacune des lectures pour le vingt-septième dimanche du temps ordinaire (Année B), j’aimerais offrir une réflexion générale découlant des lectures de ce dimanche sur le mariage et la famille. Dans l’évangile de ce dimanche (Marc 10, 2-16), les pharisiens confrontent Jésus une fois de plus avec la question du divorce et de sa légitimité : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme? »

« Que vous a prescrit Moïse? », demande Jésus. Ils répondent que Moïse permet à un homme d’établir un acte de répudiation et d’ainsi renvoyer sa femme. Jésus déclare que si la loi de Moïse permet le divorce (Deutéronome 24, 1), c’est uniquement à cause de l’endurcissement des cœurs (Marc 10, 4-5). En citant Genèse 1, 27 et 2, 24, Jésus proclame que, au sujet du mariage humain, l’intention divine, c’est la permanence, et ce, depuis le commencement de la création (Marc 10, 6-8). Il réaffirme ceci en déclarant que ce que Dieu a uni, aucun être humain ne devrait le séparer (verset 9).

Avec prudence et sagesse, Jésus répond à cette question piège en faisant appel au plan de Dieu pour une unité et une égalité complète entre l’homme et la femme lorsqu’il les unit dans le mariage. Il affirme que le mari et la femme sont unis si intimement qu’en fait, ils ne font plus qu’un. Ils deviennent indivisibles. En répondant à une question directe conçue délibérément pour le prendre au piège, Jésus parle de la nature du mariage et uniquement de cela. Il met l’accent sur la sainteté du mariage et sur l’alliance de fidélité, pas sur la légitimité du divorce. Le but du mariage n’est pas le divorce ni l’annulation !

Divorce, annulation et remariage

Jésus ne condamnait pas les gens qui ont fait de leur mieux et se sont quand même retrouvés avec un divorce. Il ne jugeait pas ces gens-là, ne les jetait pas hors de la communauté de l’Église ni ne leur assignait des places en enfer. Il se contentait d’affirmer la perspective que les couples eux-mêmes ont lorsqu’ils se présentent devant un ministre de l’Église et prononcent leurs vœux de mariage.

De nos jours, l’annulation catholique paraît pour plusieurs comme un simple divorce catholique. Le divorce proclame que la réalité du mariage a existé au commencement de l’union et que cette réalité est désormais brisée. L’annulation est une déclaration que la réalité du mariage n’a jamais existé. L’Église déclare plusieurs mariages invalides sur la base de la présence d’obstacles ou d’empêchements au moment du mariage.

Au fil des mes années de ministère pastoral, j’ai rencontré plusieurs personnes divorcées qui se sentaient très aliénées de l’Église. Pour nombre d’entre elles, le divorce était la dernière chose à laquelle elles avaient jamais rêvé ou désiré. Dans plusieurs cas, cela leur est tombé dessus de façon inattendue et tragique. Aucune des personnes que j’ai rencontrées ne m’a dit qu’elle attendait avec impatience le divorce, qu’elle en ait jamais eu envie. Elles ne voyaient tout simplement pas d’autre alternative.

Il est arrivé que des hommes et des femmes divorcés se soient fait dire à tort par des personnes bien intentionnées qu’ils étaient excommuniés de l’Église catholique, ce qui est absolument faux. Leur souffrance est souvent considérable, tout comme leur besoin d’être compris et accepté. Ils ont besoin d’enseignements catholiques sans ambiguïté pour les éclairer et les conduire vers le Christ. Ils ont besoin d’amis, de gens qui prient pour eux et avec eux. Ils ont besoin de Dieu dans leurs vies au milieu de toute cette rupture et de ces brisures. Ils méritent notre compréhension et notre attention priante.

Un enseignement positif sur la question des annulations de mariage devrait être offert dans toutes les communautés paroissiales. Bien qu’une annulation puisse être une démarche fastidieuse et douloureuse pour certaines personnes, elle peut être un instrument de grâce, de guérison, de clôture et de paix d’esprit et de cœur.

L’avenir de l’humanité passe par le mariage et la famille

Dans les encycliques papales Humanae Vitae (1968) et Evangelium Vitae (1995) et en particulier dans l’exhortation apostolique Familiaris Consortio (1981) et dans la magnifique Lettre aux familles (1994), les papes Paul VI et Jean-Paul II ont consacré une grande attention au mariage et à la famille dans la culture d’aujourd’hui. Depuis la première année de son pontificat, Jean-Paul II a constamment mis l’accent sur le fait que « la famille est la voie de l’Église ». La famille est une école de communion, basée sur les valeurs de l’Évangile. En 2008, à l’occasion du 40e anniversaire de l’encyclique Humanae Vitae, les évêques du Canada ont publié un document très important dans lequel ils écrivent (No 19) :

« En somme, l’encyclique Humanae Vitae de Paul VI, et à sa suite la « théologie du corps » élaborée par le pape Jean-Paul II, lancent un défi immense à un monde trop souvent occupé à se protéger de l’extraordinaire potentiel de vie de la sexualité. À la suite de ces deux papes au regard prophétique, l’Église « experte en humanité » lance un message inattendu : la sexualité est une amie. Un don de Dieu. Elle nous est révélée par le Dieu trinitaire qui nous demande d’en révéler à notre tour la grandeur et la dignité à nos contemporains en ce début de troisième millénaire. Certains comparent la théologie du corps à une véritable révolution qui pourrait produire ses fruits au cours du XXIe siècle du christianisme. Nous invitons les baptisés à être les premiers à en expérimenter le potentiel libérateur. »

Des signes d’espoir pour le mariage, la vie de famille et les vocations

Pour accepter l’enseignement de Jésus en matière de mariage, il faut avoir la même ouverture qu’ont les enfants et le sens de la dépendance envers la force de Dieu, semblable au sens de dépendance de l’enfant envers ses parents. Lorsque l’amour est authentique, fort, sincère et ferme, il s’accompagne d’une vision, de joie, de créativité, d’une nouvelle vie et d’un désir de sainteté. Lorsque des couples mariés permettent au Christ d’être au centre de leur projet, ils ressentent fortement la paix déversée par Dieu – une paix qui jaillit jusque sur leurs enfants et leurs petits-enfants.

La crise des vocations en Occident nécessite que nous repensions non seulement notre façon de promouvoir les vocations, mais le terrain où les semences de vocations sont semées. Cette terre fertile pour les vocations, c’est la famille, l’Église domestique. Cette réalité est occasionnée par la présence du Christ dans la maison, par les grâces des sacrements, spécialement l’eucharistie, et par la fidélité à l’Évangile et aux enseignements de l’Église.

Il y a des voix dans notre société et dans notre Église qui ont peu d’espoir pour le sacrement du mariage et pour la vie de famille. Je vous supplie de différer d’avec de telles voix de malheur et de désespérance. Chacun de nous est responsable de favoriser une véritable culture du mariage et de la vie de famille, autant qu’une culture de vocations au sacerdoce et à la vie religieuse ou consacrée.

Au cours de la dernière année en particulier, j’ai été témoin de signes emplis d’espoir pour le mariage et la vie de famille chez de jeunes adultes provenant de diverses parties du monde. J’ai eu le privilège de prêcher deux retraites à des étudiants universitaires – l’une à l’aumônerie catholique Jean-Paul II de l’Université Sheffield à Hallam en Angleterre et l’autre pour l’Association des étudiants catholiques de l’Université de Victoria en Colombie-Britannique au Canada.

Le leadership ecclésial avisé des aumôniers universitaires – Sœur Anne Lea, n.d.s., à Hallam et père Dean Henderson à Victoria – a rassemblé de remarquables jeunes adultes provenant de plusieurs pays du monde. Il y avait des jeunes hommes et femmes des générations des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, libérés de la mainmise idéologique et de la stérilité spirituelle des « terres abandonnées » de ma génération. Leurs yeux sont tournés vers le Christ et ils aiment l’Église avec toute son ombre et toute sa lumière.

Je n’ai jamais eu plus de conversations ouvertes à propos du mariage et de la vie de famille que lorsque j’étais avec ces étudiants à Hallam et à Victoria ces derniers mois. Plusieurs parlaient ouvertement de leurs parents qui ont divorcé et étaient éloignés ou tout simplement absents de l’Église. Ces étudiants disaient qu’ils avaient appris des erreurs et des deuils de leurs parents et qu’ils voulaient suivre la voie d’un mariage sacré et d’une vie de famille. Ils désirent, avec le Christ, que la vie sacramentelle et les enseignements de l’Église soient au centre de leurs vies.

J’ai aussi été ému et édifié par les jeunes hommes et femmes qui forment l’équipe du réseau de télévision Sel + Lumière au Canada. Leur foi simple et claire, leur joie profonde, leur engagement sans équivoque, leur amour visible pour le Christ et pour l’Église et leur désir ardent d’évangélisation est inspirant. Au cours des six dernières années, j’ai été le témoin privilégié de professions religieuses et d’ordinations de plusieurs collègues à Sel + Lumière et j’ai célébré sept mariages parmi les gens de mon personnel – parmi lesquels plusieurs ont travaillé avec moi à préparer les Journées mondiales de la jeunesse en 2002. Nous en sommes maintenant à la saison des baptêmes! C’est de cette génération d’enfants que sortiront des vocations pour l’Église. Comment n’y aurait-il pas de vocations lorsque le terrain est si fertile et que les parents sont si ouverts à l’Évangile et à l’Église?

Pour réfléchir, discuter et prier

Nous ne devons jamais oublier qu’il existe dans la société d’autres liens d’amour et d’interdépendance, d’engagement et de responsabilité mutuelle. Ils peuvent être bons, ils peuvent même être reconnus par la loi. Ils ne sont clairement pas l’équivalent du mariage; ils sont quelque chose d’autre. Aucun prolongement de la terminologie pour fin légale ne changera la réalité observable que seule l’union engagée d’un homme et d’une femme porte non seulement le lien d’interdépendance entre deux adultes, mais aussi la capacité de donner vie à des enfants.

Cette semaine, réengageons-nous à construire la famille humaine, à renforcer le mariage, à bénir et à élever les enfants et à faire de nos maisons, de nos familles et de nos communautés paroissiales des lieux sacrés et accueillants pour les femmes et les hommes de toutes races, langues, orientation et mode de vie.

Dans notre prédication, nos stratégies et nos programmes pastoraux, comment accueillons-nous le rôle sanctifiant de Jésus-Christ dans le mariage d’un homme et d’une femme? Sommes-nous prêts à offrir l’enseignement de Jésus sur le mariage avec l’ouverture à la vie? Quelles sont les fragilités et les situations souffrantes qui affligent les mariages de nos jours? Ces mariages peuvent-ils être sauvés et la cassure dans la relation entre mari et femme peut-elle être guérie? Quel est le rôle de la foi dans tout ceci?

Prions aujourd’hui pour les personnes mariées, pour qu’elles puissent croître dans la conscience de la sacramentalité du mariage et sa capacité à refléter l’amour de Dieu pour notre monde. Continuons de nous entraider à porter les blessures, les fardeaux et les croix que le Seigneur nous a donnés. N’oublions jamais ceux qui ont aimé et perdu, ceux qui ont souffert la douleur de la séparation, du divorce et de l’aliénation. Puissent-il trouver la guérison au sein de la communauté de l’Église et accueillir ceux dont le mariage a porté beaucoup de fruits.

*Cette réflexion biblique fut publiée pour la première fois en 2009.

[Les lectures pour ce dimanche sont : Genèse 2, 7.8.18-24 ; Psaume 128 ; Hébreux 2, 9-11 ; Marc 10, 2-16.]

(Image : CNS Photo)

40e anniversaire de la mort de Jean-Paul Ier, Albino Luciani

Elu le 26 Août 1978, après seulement 33 jours de son pontificat, le pape a été trouvé sans vie dans son lit le matin de Septembre 28. Son pontificat est parmi les plus courts de l’histoire. Né à Canale d’Agordo, dans la province de Belluno, le 17 octobre 1912, au moment de son élection, le Cardinal Albino Luciani était patriarche de Venise et prit le nom de Jean-Paul Ier en hommage à ses deux illustres prédécesseurs, Jean XXIII et Paul VI, mort seulement 20 jours plus tôt. Dans son seul discours ‘ et Orbi’, Jean-Paul Ier a rappelé à l’Église que son premier devoir est resté celui de l’évangélisation et l’exhorte à poursuivre l’effort œcuménique. Dans son discours du 10 Septembre, adressé aux représentants de la presse internationale, il leur a demandé de « mieux apporter leur propre genre, de percevoir davantage le désir de justice, pour la paix, la fraternité, établir avec ces liens plus profonds de la participation, de la compréhension et solidarité face à un monde plus juste et plus humain « . Dans quatre audiences publiques, qui ont réussi à présentéle « humble Pape, » il a abordé le thème de l’humilité, la foi, l’espérance et la charité, en parlant avec un style si personnel qui révèle immédiatement sa vocation à la mission pastorale et catéchétique. Un autre des noms par lesquels on se souvient de lui est « Papa catéchiste » et « pasteur Papa du monde », pour souligner l’amour pour la catéchèse, comprise comme la passion communicative au service de la vérité chrétienne et non pas comme une forme réduite d’évangélisation.

28 septembre 2018

Sur l’importance de l’autocritique et de l’humilité

Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 30 septembre 2018

Les prophètes bibliques sont ceux qui ont reçu un appel divin à devenir messager et interprète de la Parole de Dieu. La parole qui rejoint le prophète l’oblige à parler. Alors, Amos demanda : « Quand le Seigneur Dieu a parlé, qui ne prophétiserait? » (Amos 3,8) Jérémie est abattu face au message de souffrance qu’il n’arrivait pas à transmettre aux personnes qu’il aimait. Ce qui étouffe la parole : « Je me disais : “Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. ”, Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. » (Jérémie 20,9) Peu importe le format du message la vraie vison de Dieu, typiquement israélite, du prophète l’a imprégné au plus profond de sa pensée de sorte qu’il voit les choses selon le point de vue de Dieu et qu’il est convaincu qu’il les perçoit ainsi. L’obéissance à la Parole de Dieu est essentielle à la mission du prophète.

Pour faire de tout le peuple du SEIGNEUR, un peuple de prophètes!

Dans la première lecture d’aujourd’hui tirée du Livre des Nombres (11,25-29), Dieu a donné le don de prophétisme à certains, ce qui surprit Moïse. Plus tôt, il s’était plaint à Dieu soutenant qu’il lui était impossible de subvenir aux besoins d’Israël à lui seul dans le désert. Comme solution, Dieu promit de conférer cet esprit prophétique de Moïse à soixante-douze anciens. Bien qu’Eldad et Medad ne soient pas venus à la tente de la rencontre lorsque l’esprit de Dieu reposa  sur Moïse, ils reçurent tout de même ce don et se mirent à prophétiser.

Lorsque Josué, l’assistant de Moïse, voulut taire cette prétendue rébellion contre l’autorité, Moïse répliqua: « Serais-tu jaloux pour moi ? Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! » (Nb 11,29) Moïse est content que l’esprit du prophétisme soit partagé avec ceux qui n’étaient pas présents au premier envoi des anciens. On reproche à Josué sa jalousie. L’autorité spirituelle peut engendrer de graves abus. Il doit être géré prudemment, humblement et avec dignité. Les leçons apprises nous communiquent que la capacité de Dieu à partager l’esprit n’est pas restreinte: Dieu seul en est la mesure.

L’inutilité toujours actuelle de la richesse

Dans la deuxième lecture de la Lettre de St-Jacques (5,1-6), un reproche sur un ton sévère nous rappelle ceux des prophètes de l’Ancien Testament (ex. : Amos 8,4-8). Ce passage n’est pas prévu pour les riches à qui il s’adresse pourtant par des figures de style, mais il sert plutôt d’avis salutaire aux croyants de la foi horrible de ceux qui abusent des richesses et peut-être même de consolation à ceux qui sont opprimés par les riches (Jc 2,5-7) Le mode d’introduction identique dans 5, 1-6 et 4, 13-17 et la façon dont l’auteur s’adresse directement au peuple indique le parallèle entre les deux parties. Toutefois, le passage actuel porte un ton beaucoup plus dur que le premier d’autant plus qu’il ne semble pas offrir la chance de se repentir. Dans 5, 2-3, l’usage du passé composé (ex. : richesses sont pourries et vêtements sont mangés) nous indique probablement l’inutilité toujours actuelle de la richesse. Bien que l’argent et l’or, en fait, ne rouillent pas (v.3), l’expression qui les désigne nous indique clairement leur inutilité.

Cette lecture de St-Jacques ne semble pas analogue aux deux autres, particulièrement en ce qui concerne les dons spirituels qui se manifestent à l’extérieur du groupe des disciples de Jésus. Néanmoins, il s’agit de propos sévères contre les riches qui profitent de leurs employés ou retiennent leur paye de même qu’un aperçu des abus de pouvoir. St-Jacques nous parle explicitement de l’univers séculier de l’emploi, des salaires et tous simplement du droit à une récompense pour le travail accompli. L’auteur de la Lettre de St-Jacques maintient que les riches ont maltraité leurs employés. Les riches ont refusé aux pauvres le salaire qui leur revenait, et par conséquent, leur argent et leur or rouilleront et leurs vêtements seront ravagés par les mites. Les riches n’ont pas réalisé que Dieu est le Dieu des pauvres et intercède en leur nom.

La communauté ecclésiale de Marc est en difficulté

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mc 9, 38-43, 45, 47-48) a été assemblé rapidement et reflète ainsi les difficultés de la communauté ecclésiale de Marc. Premièrement, il y a un entretien entre Jean et Jésus au sujet du mauvais esprit (9,38) qui est suivi du rejet par Jésus de l’élitisme des disciples (39-40). En deuxième partie (41), quiconque donne un verre d’eau aux disciples appartiendra au Christ; en troisième partie (42), Jésus souligne que les petits seraient entièrement dépendants de Dieu et que personne ne devrait les détourner du droit chemin.

L’explication de Jésus, quant aux actes des disciples qui ont tenté d’arrêter ce mauvais esprit, marque une certaine ironie. Dans 9, 14-29, les disciples n’arrivent pas par eux-mêmes à expulser un esprit mauvais d’un jeune garçon et c’est pourquoi ils sont réprimandés par Jésus. À ce moment-là, ils voulaient retenir un exorciste qui avait réussi simplement parce qu’il ne faisait pas partie de leur propre groupe. Ainsi, la question ne se pose pas si l’esprit agit au nom et au pouvoir de Jésus, mais bien s’il fait partie de leur propre regroupement d’élus. Ainsi, on expose aux yeux de tous les attitudes élitistes des disciples. Le succès de l’exorciste étranger menace leur statut de disciples «officiels»! Jésus leur répond avec un simple mot inclusif qui pourtant reconnaît réellement la problématique du ministère non autorisé (9,39). Les disciples doivent laisser grandir ces dons de générosité et de miséricorde.

La nécessité de l’autocritique

Dans la deuxième moitié du passage, nous constatons qu’un agencement de dictons nous appelle à prendre une position autocritique. Les disciples sont poussés à réfléchir sur leur propre style de vie et leur ministère. Est-ce que leurs paroles ou leurs actes serviront, en partie, comme pierre d’achoppement pour les fils et les filles de l’église? Marc fait usage des paroles de Jésus au sujet du scandale et du mauvais usage des mains, des yeux et des pieds. Jésus n’ordonne pas la mutilation. Il utilise simplement les expressions sémitiques typiques de son époque, c’est-à-dire de façon vive, intense et souvent exagérée. Rien ne surpasse le Christ. Lorsque Jésus ordonne «coupe-le», il ne s’agit pas de mutilation, mais plutôt une incitation à la libération de manière à nous libérer pour aimer sans réserve, contrairement aux emprises de l’amour de soi-même où tout, peut-être tout le monde, même Dieu, doit être axé sur nous. Un des paradoxes fascinants de ce récit est le suivant : Plus on se fixe sur le Dieu présent en nous, sur les personnes dans le besoin que Dieu chéri et sur la terre que Dieu a perçue comme étant « très bon » (Gn 1,31), alors plus enrichissante sera l’amour de soi. La vie humaine est une question de relations avec Dieu, avec les gens et avec la terre.

Malgré son discours décousu, le passage de l’Évangile d’aujourd’hui sert de parfaits antidotes aux tentations omniprésentes qu’ont les humains de surestimer leur position d’élus de Dieu. La nature humaine a tendance à porter des jugements catégoriques qui causent parfois l’élitisme, c’est-à-dire conclure que les autres ne méritent pas notre lien. Nous ignorons ainsi la consécration de Dieu de nos mains pour travailler, de nos yeux pour la perception et de nos pieds pour marcher à la manière spéciale de Dieu. Nous rejetons les autres comme des exclus, étrangers à nos rangs et à notre statut. Au lieu de remettre en question le bien-fondé des autres groupes efficaces et même appréciés, on nous rappelle d’une manière vive l’importance de l’autocritique et de l’humilité.

Sur l’humilité

Jésus a affirmé « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29) La plupart des saints ont prié pour l’humilité qui s’est également manifestée dans leurs vies. Plusieurs d’entre nous vivent dans une société et une culture où la seule façon d’avancer et de faire une différence est de mettre en valeur la promotion de ses mérites, sa capacité de s’affirmer, sa compétitivité et ses moyens de mettre en évidence ses exploits.

La vertu d’humilité est une qualité des personnes qui, face à leurs défauts, se perçoivent d’une manière modeste et se soumettent volontiers à Dieu et aux autres pour l’amour de Dieu. Comment atteindre un équilibre entre l’humilité et la docilité tout en s’affirmant assez pour réussir dans le monde d’aujourd’hui? Devons-nous en sacrifier l’un pour l’autre ? En menant sa vie avec justesse et droiture, nous pouvons devenir des leaders humbles. Ce qui diffère des habilités de réussite et d’être promu à des postes qui comportent plus de responsabilités.

L’humilité de Mère Cabrini

J’ai grandi dans un foyer italo-américain où mes parents et mes grands-parents me racontaient souvent des contes au sujet des saints et des béatifiés. Évidemment, deux Italiens figuraient en tête de liste: Mère Cabrini et Padre Pio ! Sainte Françoise-Xavière Cabrini (1850-1917) était la première Américaine ‘canonisée’ par l’Église. Quand j’étais jeune, on nous donnait la prière d’humilité de Mère Cabrini que je conserve dans ma bible depuis mon enfance. La vie de Mère Cabrini et les paroles de sa prière incarnent plusieurs idées qui se retrouvent dans les lectures bibliques d’aujourd’hui.

Seigneur Jésus-Christ, je prie afin que tu puisses me fortifier avec la grâce de l’Esprit Saint et que tu donnes ta paix à mon esprit, pour me libérer de toutes craintes et inquiétudes qui ne valent pas la peine. Aide-moi à vouloir ce qui te plait et qui t’est acceptable, pour que ta volonté puisse être ma volonté.

Libère-nous des désirs impurs et que pour ton amour, je puisse demeurer inconnu dans ce monde et n’être connu que par toi.

Ne me permets pas de m’attribuer le bien que tu accomplis en moi et par ma personne, mais plutôt de te conférer tout honneur. Ne puis-je qu’admettre mes infirmités de façon à renoncer sincèrement toute gloire vaine qui provient du monde terrestre pour que je puisse aspirer à la vérité et à la gloire infinie qui provient de toi seul. Amen.

Le sens de la Sagesse chrétienne

Vingt-cinquième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 23 septembre 2018

Dans la première lecture d’aujourd’hui, l’image du juste du Livre de la Sagesse est fondée sur  le quatrième chant du Serviteur (Isaïe 52,13-52,12) ainsi qu’Isaïe 42,1 et le psaume 22,8. Bien que les rabbins de Palestine n’aient pas intégré le Livre de la Sagesse dans le canon, ces Écrits auraient néanmoins influencé  les auteurs du Nouveau Testament qui dressent une  image précise  de Jésus, c’est-à-dire celle du juste qui fut injustement condamné.

La première lecture d’aujourd’hui (Sg 2 ,12 et 17-20) peint un portrait des méchants qui veulent tendre un piège au juste. Une image qui risque de choquer les auditeurs.  D’autant plus que les actes et les pensées des méchants sont froides et délibérées: « Voyons si ses paroles sont vraies, regardons où il aboutira. Si ce juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et le délivrera de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un veillera sur lui.» (2, 17-20)

On attaque le juste puisque  son mode de vie réprouve celui des méchants : «il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu» (2,12).  On reconnaît  la fidélité du juste. Ainsi, la communauté qu’il partage avec Dieu n’est pas la cause de sa mort. Le juste, caractérisé par sa douceur et patience, est mis à l’épreuve, persécuté et même tué par les méchants, pleins d’assurance. Ils veulent à tout prix persécuter le juste, car sa vie et ses paroles mettent leurs faiblesses en évidence (2,12-16) et ils sont déterminés à éprouver les affirmations du juste (vv. 17-20). Par ses méfaits, les méchants suscitent la mort.

Qui est sage parmi nous?

Au début de la Lettre de St-Jacques (ch.3), la question suivante suscite la discussion: « Y a-t-il parmi vous un homme de sagesse et d’expérience? » Autrement dit, comment perçoit-on la sagesse? Le passage de Jacques 3,13-4,3 présente  les signes de sagesse, celle de Dieu et également, les autres types de la sagesse qui sont « terrestre, purement humaine, diabolique » (3,17). Dans 4,14, St-Jacques énonce une dichotomie prononcée entre le sage et son contraire, il décrit le sage comme étant ennemi du monde terrestre et l’autre comme étant «ennemi de Dieu» (4,4). « Au contraire, la sagesse qui vient de Dieu est d’abord droiture, et par la suite elle est paix, tolérance, compréhension ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits, sans partialité et sans hypocrisie. » (3,17)

L’association des divers  vices et vertus  aux différentes sagesses s’accentue dans 4,1-3 lorsque l’auteur aborde la problématique des conflits internes. Quand les motifs et les comportements  s’opposent, il est évident que la sagesse est absente. L’auteur de la Lettre de St-Jacques définit la Sagesse comme étant docile, clémente et pacifique. Ce sont toutes des qualités attribuables aux enfants, pourtant Jacques et les écrits du Livre de la Sagesse les reconnaissent comme étant également des qualités d’un adulte mature. À l’opposé, une personne dépourvue de telles qualités risque de se transformer en un monstre coupable de conflits, de disputes, de guerres, de meurtres, de  jalousie, de querelles et de bagarres. De telles personnes gaspillent, pour leurs propres plaisirs, tout ce qu’ils ont reçu. La vraie sagesse chrétienne se dévoue aux autres alors que la jalousie et les conflits sont égocentriques. Ce passage nous indique clairement que nous devrions copier ce modèle de sagesse chrétienne plutôt que celui de la gloire et de la fortune.

Les éléments de la sagesse chrétienne

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui  (Marc 9,30-37) est le deuxième des prédictions de la passion de Jésus dans l’Évangile de Marc. Jésus annonce sa passion et sa mort, ce qui laisse ses disciples bouche bée. Entre-temps, ils s’obstinèrent entre eux à savoir qui était le plus important. On retrouve le même modèle que dans l’Évangile de la semaine dernière, c’est-à-dire la prédiction, les malentendus et les directives sur le caractère de l’apostolat.

Pour Marc, ces scénarios comportent tous les éléments de la sagesse chrétienne. Comme les autres prédictions, le passage d’aujourd’hui est suivi d’une série de dictons au sujet de l’apostolat (9,30-37). Dans cette brève discussion avec Jésus, trois éléments de l’apostolat nous sont révélés.

Premièrement, les disciples sont choisis parmi d’autres pour des directives particulières  même à la suite d’échecs. L’incident, directement avant, nous fait le récit de disciples incapables d’aider un père et son  fils qui était possédé par un esprit impur (9,14-29). Jésus les réprimande sévèrement, car leur échec a causé  une autre confrontation avec les scribes : « Combien de temps devrai-je vous supporter ? » (9,19) pourtant, les faiblesses des disciples n’ont pas atténué sa ferveur quant à leur préparation pour la vie dans le royaume de Dieu.

Deuxièmement, le message de Jésus est déroutant pour les disciples. Pour une deuxième fois, Jésus prévoit ce qui va se passer à Jérusalem, mais les disciples n’arrivent pas à le comprendre et ils sont tellement intimidés qu’ils  ont peur de l’interroger (9,32). Lorsque Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin, embarrassés, ils se turent. Bien que n’ayant  peut-être pas compris grand-chose, ils savaient certainement  que leur dispute avait été totalement hors sujet. Ils étaient humiliés et avaient un air penaud. Pourtant, Jésus n’allait pas les laisser tomber.

Troisièmement, les disciples reçoivent  une leçon en profondeur sur ce que signifie être serviteur. Lorsque Marc utilise le mot « serviteur » dans l’Évangile d’aujourd’hui, il l’écrit en grec, ce qui signifie également diacre. Ce mot parait tout d’abord dans le récit des serviteurs qui servent de l’eau changée en vin au festin des noces  à Cana (Jn 2, 5-9). Matthieu en fait usage pour les serviteurs de l’empereur  dans la parabole du festin nuptial (Mt 22,13). St-Paul se décrit comme étant ministre de l’Évangile (Col 1,23; Eph 3,7), ministre de l’Église (Col 1,25) et ministre d’une Alliance nouvelle dans l’Esprit du Dieu vivant (2 Cor 6,4). Ce qui désigne, dans Jean,  généralement  tous ceux qui  adhérent à Jésus, c’est-à-dire qu’ils sont ses «diacres», ses serviteurs (Jn 12,26).

Jésus nous dit qu’il n’est pas venu sur terre pour être servi, mais pour servir (Mt 20,28; Mc 10,45). Lorsque Jésus parle du dernier de tous et du serviteur de tous (9,35), il rajoute un sens particulier aux paroles précédentes sur le fait de porter sa croix et perdre sa vie (8,34-38).

Redéfinir la notion de grandeur

La notion de grandeur est complètement redéfinie pour les disciples. De nouvelles catégories vont établir le succès et l’échec, le gagnant et le perdant, la réussite et l’inachèvement. À ce moment précis, Jésus place l’enfant au milieu d’eux. L’accent n’est pas mis sur la naïveté,  l’innocence, la confiance ou l’enjouement  de l’enfant, mais plutôt sur son statut modeste puisqu’il serait toujours sous une autorité quelconque et ses droits seraient empiétés. Jésus façonne de nouveaux modèles de relations: Accueillez un enfant en mon nom et c’est moi que vous accueillez. Accueillez-moi et c’est Dieu même que vous accueillerez. Une communion d’hospitalité est établie entre l’enfant, Jésus et Dieu.

L’enfant est un bon symbole d’impuissance et d’une dépendance totale aux autres. Marc nous enseigne d’accueillir les impuissants et ceux qui sont privés de leurs droits. Par ce geste, Jésus nous illustre les qualités d’enfants en chacun de nous. Jésus possède en lui les qualités de cet enfant et il ne s’attend ni plus ni moins qu’à ces qualités de la part de ses disciples.

Les disciples deviennent l’image même de notre propre reflet. Leurs échecs et leurs incompréhensions caractérisent les modèles des générations futures de disciples qui, comme nous, seront un peu lents à comprendre le message  radical de Jésus.

Nos propres habiletés de vertu et de sagesse

Une des  leçons  universelles les plus profondes sur l’acquisition de la vraie sagesse fut enseignée par l’un des serviteurs de Dieu, Jean Paul II, lors de son discours historique à l’assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies à New York le 5 octobre 1995. Aujourd’hui, ces paroles sonnent toujours vraies dans mon cœur et mon esprit. Le Saint-Père prononça ces paroles en s’adressant aux chefs des pays du monde :

Nous devons vaincre notre peur de l’avenir. Mais nous ne pourrons la vaincre entièrement qu’ensemble. La « réponse » à cette peur, ce n’est pas la coercition ni la répression, ni un « modèle » social unique imposé au monde entier. La réponse à la peur qui obscurcit l’existence humaine au terme du vingtième siècle, c’est l’effort commun pour édifier la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs universelles de la paix, de la solidarité, de la justice et de la liberté. Et l’ « âme » de la civilisation de l’amour, c’est la culture de la liberté: la liberté des individus et des nations, vécue dans un esprit oblatif de solidarité et de responsabilité.

Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. Toute personne a été créée à « l’image et à la ressemblance » de Celui qui est à l’origine de tout ce qui existe. Nous sommes capables de sagesse et de vertu. Avec ces dons et avec l’aide de la grâce de Dieu, nous pouvons construire dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain.

Prions pour que le Seigneur fasse germer en nous les graines de la droiture d’esprit, de la sagesse et de la vertu, semées dans nos cœurs humains.  La civilisation d’amour et la culture de liberté, dont on rêve tous, seront impossibles sans ces dons.

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(Image : Jésus et le petit enfant par James Tissot)

Affirmation, identité et objectif de la mission de Jésus

Vingt-quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 16 septembre 2018

Le récit de l’évangile de ce dimanche (Marc 8, 27-35) porte sur l’affirmation, l’identité et l’objectif de la mission de Jésus. Marc fait de cet épisode le cœur de son évangile. On le trouve immédiatement après le récit de la guérison de l’aveugle de Bethsaïde.

Cette restauration de la vue prépare la scène à la profession de foi de Pierre et au moment glorieux de la Transfiguration. La nature véritable de Jésus est graduellement révélée aux disciples. Leur cécité est guérie mais ils ne saisissent toujours pas pleinement le sens de ce qu’ils voient. À partir de ce moment, tous les éléments de l’évangile de Marc portent vers la crucifixion.

S’il y avait un «point tournant» dans la description du ministère public de Jésus que fait Marc, c’est bien l’évangile de ce dimanche. Au cours de mes études postuniversitaires en Israël dans les années 90, j’ai eu le privilège de travailler avec l’équipe archéologique qui effectuait les excavations à Césarée-de-Philippe, aujourd’hui appelé «Banias», qui réfère à «Paneas» ou au dieu grec Pan. Luxure et violence étaient monnaie courante dans ce lieu où était adoré ce dieu.

Au temps de Jésus, ce temple était reconnu comme le lieu d’un culte pour la fertilité très populaire. Nous sommes au nord d’Israël, à la frontière de la Syrie, au pied du majestueux mont Hébron. Jésus et ses disciples arrivent dans la région de Césarée-de-Philippe au cours d’un long périple qui les menait loin de chez eux.

Césarée-de-Philippe avait été construite par Philippe, une autre génération de la famille hérodienne. Il s’agissait d’une ville garnison pour l’armée romaine. Au cœur de ce lieu de culte païen au dieu grec, Jésus questionne ses disciples au sujet de son identité. Jésus demande ce que les autres disent de lui. Comment percevaient-ils son œuvre? Qui est-il selon eux? Probablement surpris par cette question, les disciples ratissent leurs souvenirs pour une conversation passée, une opinion ou une rumeur qui circulaient dans l’une des villes aux alentours du lac. Jésus lui-même est bien au courant de ce qu’on dit de lui et connaît trop bien les attitudes blessantes de ses propres concitoyens de Nazareth.

En réponse à la question de Jésus, les disciples dressent une série de qualificatifs que les gens lui accolent. Ces noms révèlent les diverses attentes des gens à son endroit. Certains le voyaient comme Élie qui œuvrait pour une véritable confrontation avec les pouvoirs en place. D’autres le reconnaissaient plutôt à l’image de Jérémie, non moins véhément mais insistant surtout sur le cheminement intérieur, la dimension privée de la vie.

Jésus pousse la question plus loin: « Et vous, que dites-vous? » Pierre lui répond, « tu es le Messie » du Dieu unique. Jésus reconnaît cette identification mais interdit que l’on fasse connaître son rôle messianique afin d’éviter les confusions avec des idées contemporaines ambigües rattachées à ce titre. Jésus affirme ensuite, d’une manière énigmatique, que le Fils de l’Homme doit souffrir, être rejeté, mourir et ressusciter trois jours après.

Le concept de messie dans le judaïsme

À l’époque, le judaïsme avait plusieurs conceptions du messianisme. L’idée du Messie qui a reçu l’onction comme roi idéal descendant de David en est le portrait le plus récent, mais au cours de la période Maccabéenne (163-63 avant J.-C.) des testaments grecs des Douze Patriarches démontrent la croyance en un Messie de la tribu de Lévi, à laquelle appartenait la famille maccabéenne. Les Manuscrits de la Mer morte renferment diverses idées : un Messie prêtre et un Messie (laïc) d’Israël; un prophète comme Moïse (Dt 18, 18-19) qui est également l’étoile de Jacob (Nb 23, 15-17) ; mais aussi le Messie davidique. Melchizedek est aussi un libérateur, sans toutefois être qualifié de Messie.

Proclamer que Jésus est le Messie était donc une affirmation lourde de sens et dangereuse. C’était tout ce que les ennemis de Jésus cherchaient à utiliser contre lui, et il y en avait déjà plusieurs qui étaient prêts à s’enregistrer sous la bannière de prétendant royal. Le destin de Jésus ne correspondait pas à ce rôle… Il n’allait pas, ni n’aurait pu, être ce genre de Messie politique ou militariste.

Identifier le rôle de Jésus aujourd’hui

Les discussions pour identifier Jésus et son rôle messianique se poursuivent de nos jours. Certains affirment que chaque chrétien de même que l’Église entière devraient être à l’image d’Élie qui confrontait publiquement les institutions, le systèmes et les règles établis. C’est ainsi qu’il voyait son rôle. Lisez le premier livre des Rois (chapitres 17 à 21) pour constater ce que Élie a enduré. Ceux qui sont remplis de violence n’apportent pas souvent la paix et la justice dans des situations qui sont à la fois injustes et mal. D’autres disent, comme Jérémie, que le règne du Christ, par son Église, est le côté privé de la vie. Et il y a ainsi bien des gens dans notre onde aujourd’hui qui souhaiteraient réduire la religion et la foi à la sphère privée.

Jésus sonde au-delà de ces deux approches et demande : «Vous, qui dites-vous que je suis?» Dans la réponse de Pierre, « Tu es le Messie, » lancée avec son impétuosité habituelle, nous découvrons un concept qui implique les deux idées et qui va même plus loin. Le Messie est venue dans le monde, et dans les vies individuelles, d’une manière absolue, réconciliant ainsi la distinction entre la sphère privée et la sphère publique. La qualité de notre réponse à cette question est la meilleure mesure de la qualité de notre manière d’être disciples. Chacun de nous doit passer par Césarée de Philippe et répondre à la question : «Pour vous, qui suis-je?»

Quelques faits au sujet de Jésus

Alors que nous continuons de répondre à la question «Qui est Jésus pour nous?», rappelons certains faits sur l’identité et la mission de Jésus qui ont préparé la mission de l’Église dans le monde aujourd’hui.

1- Jésus est né d’une tribu de Judée – ce n’est pas la tribu sacerdotale de Lévi ou la famille sacerdotale de Zaddock. Jésus n’était pas un politicien.

2- Jésus avait tout de même une acuité politique certaine. Une mission à l’échelle du monde ne peut être entreprise indépendement, sans interaction avec le politique.

3- Jésus s’est installé à Capharanaüm et non à Qumran dans le désert ou dans quelque village ou havre loin de l’action. À Capharnaüm, sur la rive nord-ouest de la rivière de Galilée était un carrefour important. Jésus se sentait bien à Capharnaüm, bien plus qu’à Jérusalem.

4- Jésus s’est attaché aux impurs, aux malades, aux mourants, aux pécheurs et à tous ceux qui vivent en marge de la société. Toute sa vie durant, Jésus met la justice biblique en pratique en proclamant les Béatitudes. La vraie justice est l’affiliation avec le malade, le pauvre, l’affamé, le handicapé. Mais Jésus n’a pas négligé les autres pour autant. Il mangeait avec les riches et les puissants de même qu’avec les pauvres et les abandonnés. Il s’est fait l’ami des pécheurs et des misérables sans jamais condamner leurs comportements, mais les invitant plutôt à adopter un autre style de vie. Jésus nous enseigne qu’en étant avec tout ce monde, il enseigne et guérit aussi. Sa solidarité avec les impurs, les injustes et les pécheurs sauve aussi.

5- Jésus n’a pas prêché le royaume politique de David mais plutôt le Royaume de Dieu. Il avait le don de ratisser large et d’intégrer toutes les dimensions dans sa vision du royaume. Tout au long de sa vie terrestre, il a voulu combler les espoirs d’Israël. La Bonne Nouvelle qu’il prêchait portait d’abord sur l’amour. Contrairement à certaines opinions toujours répandues de nos jours, Jésus n’était pas un révolutionnaire, encore moins un socialiste. Il ne dénonçait pas les injustices, mais les confrontait avec amour. Il est frappait de voir combien de ses paraboles portent sur des situations injustes, non pas pour condamner l’injustice, plutôt pour montrer le zèle, l’ingéniosité et la persévérance de l’injuste comme modèle pour ceux qui vivraient par amour. Encore là, les injustes ne s’y méprennent pas et  reconnaissent en Jésus et ses disciples une remise en question fondamentale de leur style de vie.

Suivre Jésus aujourd’hui

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (vv 34-35) Ses paroles de Jésus à la fin de l’évangile de ce dimanche mettent au défi tous les croyants afin qu’ils soient des disciples authentiques, engagés pour lui et en lui, dans le renoncement et l’acceptation de la croix, jusqu’au sacrifice de sa vie. La voie de la croix n’était pas seulement pour Jésus mais pour tous ceux qui affirment le suivre. La victoire et la gloire pointent peut-être à l’horizon, mais seulement pour ceux qui auront embrassé la croix. Quiconque comme Pierre rejette cette demande est avec Satan. La vie centrée sur la vie terrestre, niant le Christ, finit dans la destruction, mais lorsqu’elle est vécue en fidélité au Christ, malgré la mort terrestre, conduit à la plénitude.

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Fête de sainte Teresa de Calcutta: Une vie de dévouement désintéressé

Mother Teresa babyPère Thomas Rosica, c.s.b.

Il y a déjà 21 ans que Mère Teresa est morte d’une crise cardiaque à l’âge de 87 ans, le 5 septembre 1997 à Calcutta. Le lendemain de sa mort, elle était supposée présider un service de prière à Calcutta pour son amie, Diana, Princesse de Galles, qui avait été tragiquement tuée dans un accident de voiture une semaine auparavant. Je me souviens très bien de ces journées… Mon propre père est mort le 27 août de la même année. La nuit de mon retour à Toronto après ses obsèques, la Princesse fut tuée par l’horrible accident de voiture à Paris. Une semaine après, Mère Teresa fut appelée à rejoindre Dieu dans Sa demeure.

J’ai présenté un commentaire à l’occasion de ses funérailles pour plusieurs chaînes de télévision nationales au Canada, ma première fois de faire quelque chose devant les cameras de la television! La pompe, la précision et la sombre majesté de l’adieu londonien à la Princesse Diana, présenté une semaine avant, était presque inaperçu dans les scènes chaotiques du passage du cercueil de bois de Mère Teresa transporté sur un attelage à canon à travers les rues affairées et encombrées par les foules lors de ses funérailles d’État.

La vie de Mère Teresa n’était pas ordinaire, mais plutôt une métaphore d’altruisme et de sainteté. Ses fameuses oeuvres débutèrent en 1950 avec l’inauguration à Calcutta de la première maison pour les personnes mourantes et les démunis Nirmal Hriday (Cœur tendre). Les mots de Mères Teresa demeurent inscrits sur les murs de cette maison : « De nos jours l’épidémie la plus horrible n’est pas la lèpre, ni la tuberculose. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. »

Il existe des critiques au sein de l’Église, et bon nombre de religieux et de religieuses, qui disent que Mère Teresa personnifiait une vue « Concile-pré-Vatican » de la foi et n’adressait pas les maux systémiques. Ils la critiquent et critiquent ses disciples pour leur condamnation acharnée de l’avortement. [Read more…]

Pour une communication de qualité

Vingt-troisième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 9 septembre 2018

Dans ce magnifique poème biblique du livre d’Isaïe 35,4-7 (la première lecture d’aujourd’hui), le prophète annonce que la captivité babylonienne tire à sa fin. L’exode du peuple de Dieu, esclave en Égypte, est devenu un modèle qui invite à réfléchir sur le salut et un symbole de cet important pèlerinage de la famille humaine vers Dieu. Le prophète Isaïe a fait la rencontre d’une communauté d’exilés à la mine abattue. Il réagit en leur rappelant des souvenirs joyeux de l’Exode hors d’Égypte.

Pourtant, un deuxième Exode se profile, symbolisé par la guérison accordée aux aveugles, aux boiteux et aux muets ainsi qu’une vie nouvelle pour les morts. Après avoir été libéré par Dieu, le peuple entier devra retourner,  par le désert, sur sa propre terre, lors d’un nouvel Exode. Selon la prophétie d’Isaïe qu’il n’y aura alors qu’une seule voie pure comme chemin vers la sainteté sur lequel le racheté devra marcher.

Dans le désert, l’eau jaillira. Le pouvoir rédempteur de Dieu rejoint les personnes affaiblies afin de guérir tous les maux qui frappent l’humanité. Ainsi, Isaïe souligne les afflictions guéries par Dieu : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors, le boiteux bondira, et la bouche du muet criera de joie.»

Isaïe prédit cette vie nouvelle en abondance que Matthieu propose dans sa conception de la guérison «d’un sourd-muet» (Marc 7, 31-37). Dans l’Évangile de Marc, ce récit de la guérison du sourd-muet nous incite à prendre en considération certains points importants qui, dans le Nouveau Testament, portent sur la maladie et la souffrance. Les malades dans la Bible sont ceux qui se sont éloignés du droit chemin ou qui se sont simplement écartés de l’état d’intégrité et de plénitude humaine. Jésus les guérit en les rétablissant, ainsi les lépreux sont purifiés, les aveugles peuvent voir, les muets parlent, etc.

Nous possédons peu d’information sur la façon dont Jésus accomplissait ses guérisons. Jésus n’a certainement pas fait de miracles d’un coup de baguette magique ou par pichenette. L’homme guérit par Jésus était sourd et muet, de ce fait il lui était impossible de communiquer avec les autres, d’entendre sa propre voix ou encore, d’exprimer ses sentiments et de faire valoir ses besoins. Au moment de la guérison du sourd, Jésus pousse un soupir en lui touchant les oreilles. Ce qui nous indique qu’il s’unissait à la souffrance des gens et qu’il s’associait profondément à leurs malheurs afin qu’ils deviennent son propre fardeau.

« Ephata ! Ouvre-toi ! »

L’Église des premier temps admirait tellement la guérison miraculeuse du sourd qu’elle lui accorda une place importante en incorporant ces gestes du Seigneur au rite du baptême des nouveaux chrétiens. Même aujourd’hui, lors du baptême, le pasteur met ses doigts sur nos oreilles, touche le bout de notre langue et répète les paroles prononcées par Jésus : « Ephata !», c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Il permit aux sourds d’entendre et aux muets de parler.

On apprend par l’écoute

La vue se rapporte aux choses alors que l’écoute a trait aux êtres humains. La vue est liée aux sciences, aux observations et à l’objectivité. L’écoute se rapporte aux relations personnelles et à la subjectivité. Lorsque je fais usage de mes yeux pour voir des personnes ou des choses, je suis en contrôle de l’information qui se porte vers moi puisque je peux fermer les yeux si je le désire. Lorsque je lis moi-même les paroles des Écritures saintes, je peux simplement me fermer les yeux et m’arrêter de lire. Toutefois, l’oreille est différente de l’œil. Il m’est impossible de me fermer les oreilles. Alors, la seule façon de ne plus entendre est bel et bien de sortir de la pièce.

Nous découvrons les autres par l’écoute des choses qu’ils ont à dire. La langue nous révèle ce qu’il a de plus profond chez la personne, ce que la vue n’arrive pas à faire. Si nous voulons apprendre à connaître Dieu, nous devons écouter la Parole de Dieu avec l’attention portée par tout notre cœur, toute notre âme et tout notre esprit. Même, le fixer des yeux, si c’était possible, ne nous inculquerait rien de plus. Après tout, Satan s’est déguisé en ange de lumière alors que Dieu nous est apparu sous le corps brisé et mutilé d’un jeune homme qui est mort sur la croix. Qui l’aurait cru sans le regard et l’écoute que nous procure la foi ?

Lorsque nous lisons la Bible, est-ce que nous n’entendons que nos propres conclusions ? La Bible ne nous appelle pas à lire la Parole de Dieu, mais tout simplement à l’entendre et à l’écouter. Ce que transmet cette importante prière juive : « Shema Israël ! Écoute Israël !» Quelqu’un d’autre doit sûrement avoir lu la Parole pour que je puisse l’entendre et réellement la comprendre. La foi biblique ne peut aucunement être individualiste, mais doit être communautaire. Ainsi, parler et écouter exigent une soumission mutuelle. La soumission et le respect mutuel sont les fondements d’une communauté et la seule façon d’échapper l’écoute est de sortir de la pièce, de sortir de la communauté et de partir seul. Malheureusement, c’est le cas de plusieurs qui laissent la communauté de l’Église et prétendent ainsi avoir trouvé la liberté, l’autonomie et la vérité dans la solitude, loin de la communauté de foi. Ce qu’ils ont découvert n’est pas la solitude, mais plutôt l’isolement et l’individualisme acharné et égoïste. Écouter réellement suppose la soumission à l’autorité et l’adhésion à la communauté.

La surdité physique et spirituelle

Ces récits de guérison sont le reflet du lien fort et intime de Jésus à Dieu de même que sa grande compassion. Il guérit par des moyens physiques, par la parole et par le toucher. La surdité physique et la surdité spirituelle sont similaires, Jésus a fait face à la première avec l’homme qui avait une surdité congénitale et à la deuxième avec les pharisiens et les autres non réceptifs à son message. Jésus se préoccupait non seulement des infirmités physiques, mais également des handicaps spirituels et de la surdité morale.

Notre société contemporaine a développé une surdité à la parole de Jésus pourtant ce n’est pas une surdité physique, mais une surdité causée par le péché. Nous sommes devenus si accoutumés au péché que cela nous parait normal et ainsi, nous sommes devenus sourds et aveugles à Jésus et ses appels quotidiens.

Étant donné que la surdité consiste essentiellement en une incapacité de tout simplement communiquer avec son voisin ou d’avoir une bonne relation, nous devons admettre que chacun de nous est sourd ou muet dans une certaine mesure. Ce qui détermine la qualité de notre communication, de notre écoute et de notre faculté à parler n’est pas de parler ou encore de ne pas parler et de ne pas entendre, mais c’est le faire ou pas, par amour.

Nous sommes sourds et aveugles lorsque nous faisons preuve de favoritisme ou de discrimination en raison du statut ou de la richesse des autres (voir Jacques 2,1-5). Nous oublions que la faveur divine repose sur le choix et les promesses de Dieu (Jacques 2,5).

Nous sommes sourds lorsque nous n’entendons pas les appels à l’aide auxquels nous devons faire face et nous préférons semer l’indifférence entre nous et nos voisins. Se faisant, nous faisons affront aux pauvres et nous blasphémons le nom du Christ (Jacques 2, 6-7).

Les parents sont sourds lorsqu’ils n’arrivent pas à comprendre les comportements dysfonctionnels de leurs enfants qui sont signes de cris d’attentions et d’amour.

Nous sommes sourds lorsque nous nous recoquillons sur nous-mêmes de façon à nous fermer au monde extérieur par égoïsme, fierté, rancune, colère, jalousie et par notre incapacité de pardonner les autres.

Nous sommes sourds lorsque nous refusons de reconnaître les personnes souffrantes dans le monde qui nous entoure et nous ignorons les situations évidentes d’inégalités, d’injustice, de pauvreté et de ravages de la guerre.

Nous sommes sourds lorsque nous refusons d’entendre les cris des enfants à naître, de ceux qui sont vulnérables en raison de la vieillesse, de l’handicap et de ceux qui sont gravement malades alors que d’autres souhaitent mettre fin à leur vie en prétextant la miséricorde.

La surdité de Beethoven

Ludwig Van Beethoven (1770-1827), compositeur allemand et pianiste-virtuose, était l’un des compositeurs les plus appréciés de tous les temps. Mais ce que j’ignorais jusqu’à récemment c’est qu’à 28 ans, Beethoven a commencé à perdre l’ouïe. La surdité de Beethoven lui a ouvert la porte à tout ce qui existe au-delà de ce qui peut être vu ou entendu. À partir d’un très jeune âge, Beethoven fut conscient de l’unité entre la musique et Dieu. Il en était également conscient en composant sa musique. «Mon cœur et mon esprit étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. J’ai toujours été disposé, même à accomplir de grandes actions.» Dans plusieurs de ses lettres, Beethoven exprime son désir de servir Dieu et l’humanité en partageant sa musique. « Dieu tout-puissant, vous qui pouvez voir dans mon cœur… et vous savez qu’il est rempli d’amour envers l’humanité et du désir de faire ce qui est bien. »

La vie de Beethoven est un paradoxe. D’un côté, sa vie a été assombrie par sa surdité et d’un autre côté, son intuition spirituelle transparait dans sa musique.

Aujourd’hui, que la parole prononcée par Jésus au sourd puisse encore une fois s’adresser à nous tous : Ephata ! Ouvre-toi ! Que nos oreilles, nos yeux et nos cœurs soient ouverts à l’Évangile !

Lorsque prescriptions rime avec distractions

Vingt-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 2 septembre 2018

Combien de fois avons-nous entendu, ou peut-être même dit nous-mêmes : « Cette personne est un Pharisien » ou « Quel pharisaïsme! » L’évangile d’aujourd’hui (Marc 7, 1-8.14-15.21-23) est l’occasion de comprendre le rôle des Pharisiens dans le judaïsme, ainsi que la raison pour laquelle Jésus et d’autres se situaient si fortement contre leur comportement. Qui étaient les Pharisiens du temps de Jésus et qui sont les Pharisiens d’aujourd’hui ?

Essayons de simplifier ce sujet complexe pour éclairer l’évangile du jour. Les Pharisiens cherchaient à faire en sorte que la Loi s’incarne en chaque juif, qu’elle devienne en chacun une parole vivante, grâce à l’interprétation des commandements et leur adaptation aux diverses réalités de la vie. La doctrine des Pharisiens ne s’oppose pas à la doctrine chrétienne. À l’époque où vivait Jésus, les Pharisiens formaient le « parti conservateur » au sein du judaïsme. Leur adhésion à la Torah et au Talmud étaient des plus strictes et en faisaient des gens d’une apparence morale irréprochable. Ils étaient les leaders de la majorité des juifs et ceux qui les suivaient admiraient leur zèle et leur dévouement religieux. Les Sadducéens formaient le parti d’opposition, soit le « parti libéral » au sein du judaïsme. Ces derniers étaient populaires parmi la minorité formant la classe riche de l’époque.

Les Pharisiens sont mentionnés dans un récit de Matthieu (3, 7-10), alors que Jean le Baptiste les condamne, tout comme les Sadducéens : « Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : ‘Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?’ »

Jésus aussi réserva ses mots les plus acerbes pour les Pharisiens. En Matthieu 16, 6, Jésus met en garde ses disciples : « Attention ! Méfiez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » De quoi devaient se méfier les disciples ? Était-ce de l’immoralité des Pharisiens et des Sadducéens ?

L’adhésion à la Loi

Au temps de Jésus, les Pharisiens encourageaient l’intériorité d’une authentique adhésion à la Loi, et recommandaient la pratique d’une spiritualité quotidienne ordinaire. Il y avait un petit nombre de Pharisiens qui ne se préoccupaient que des prescriptions de la Loi susceptibles d’être visibles par d’autres – ils ne s’attardaient donc qu’à respecter les manifestations extérieures de la Loi juive. Or, ces Pharisiens auraient été critiqués par les premiers, tout comme le prophète Isaïe avait critiqué l’hypocrisie, dans le passé. Ainsi, Jésus réprimandait occasionnellement les comportements aberrants de ces Pharisiens minoritaires, qui le confrontaient, par ailleurs, sur ses réinterprétations de la Loi. Mais, soulignons-le, Jésus ne condamnait pas le pharisaïsme en tant que tel, ni l’ensemble des Pharisiens.

Les Pharisiens étaient des hommes « convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres » (Luc 18, 9). Ils croyaient que leurs œuvres – c’est-à-dire leur accomplissement des commandements de Dieu et leur obéissance à ses interdictions – faisaient en sorte de leur obtenir et de leur maintenir la faveur de Dieu. Les Pharisiens, dans leur autosatisfaction, méprisaient tous ceux qui ne rencontraient pas le même niveau de respect de la Loi qu’eux démontraient. Ils refusaient de manger avec les collecteurs d’impôts et les autres pécheurs, car ils se distanciaient d’eux, de par l’auto-proclamation de leur supériorité. Ils passaient leur temps à marmonner à propos des personnes qui mangeaient et buvaient avec Jésus. Jésus leur dit donc : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent. » (Luc 5, 31-31)

Pas une leçon de bienséance !

Dans le passage de l’évangile lu aujourd’hui (Mc 7, 1-8.14-15.21-23), les Pharisiens et les scribes se déplacent de Jérusalem pour mener leur enquête sur Jésus. Jésus abolit la pratique de pureté rituelle de même que la distinction entre la nourriture pure et impure. Les chiens de garde de la tradition religieuse citent Jésus pour son laxisme à l’égard de la Loi! Certains de ses disciples mangeaient en effet sans s’être lavé les mains (Mc 7, 2). Les Pharisiens et les scribes s’emparent de cette infraction à la loi et mettent Jésus au défi : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas sans s’être lavé les mains. » (v. 5)

Jésus ne répond pas sous forme d’une leçon de bienséance ou d’une consigne d’hygiène personnelle. Il qualifie plutôt les Pharisiens et les scribes ainsi : « Vous, hypocrites » (v. 6). Citant Isaïe, Jésus révèle la disposition de cœur de ces légalistes. Ils s’attachent aux préceptes humains et placent leur confiance dans les traditions de leurs ancêtres, aux dépens du commandement de Dieu (v. 8).

Aux pratiques de piété visibles, étroites et légalistes en matière de purification (Marc 7, 2-5), de culte (7, 6-7) et d’observation des commandements, Jésus oppose ceci : la véritable intention morale de la loi divine (7, 8-13). Cependant, Jésus fait plus que contraster la Loi et son interprétation pharisaïque. En effet, Marc 7, 14-15 met de côté la Loi elle-même, en ce qui concerne la pureté ou l’impureté de la nourriture. Le point de vue de Jésus est bien reçu – et la plupart des Pharisiens auraient été en accord -, soit que l’attitude intérieure est plus importante que l’extériorité de la Loi.

La notion pharisaïque du péché

Jésus rejette la notion de péché telle que conçue par les Pharisiens et les scribes. Selon Jésus, le péché est l’égarement de l’esprit humain et non pas une incapacité de distinguer entre certains types d’aliments. L’attitude de Jésus face au péché est cohérente avec sa vision du sabbat. Sans compassion, la lettre de la Loi est déshumanisante.

Nous pouvons constater que Jésus veut que son message soit connu des Pharisiens et des scribes (v. 1-8), de la foule (« Écoutez-moi tous, et comprenez bien », v. 14-15) et de ses disciples (v. 21-23). C’est une bonne nouvelle pour tous que Dieu ne désire pas le légalisme. Au lieu de cela, grâce à ce que Dieu a fait en Jésus Christ, le Père offre une nouvelle vie. Une vie dans laquelle l’on n’a pas à se soucier d’obéir aux règles et de se garder propre. Nous avons été purifiés; nous sommes libres désormais d’utiliser nos mains pour servir les autres, quitte à les salir, ce faisant. Dieu nous libère de la Loi. Il offre sa grâce. Voilà la même bonne nouvelle que nous pouvons partager en servant les légalistes, les foules et même les disciples de Jésus que nous côtoyons.

Pharisiens contemporains

Qui sont les Pharisiens modernes et leurs disciples? Les Pharisiens modernes sont aveuglés, tout comme le sont leurs disciples. Ce sont des personnes très religieuses, très morales, très zélées. Elles s’efforcent de garder la loi de Dieu et sont zélées dans leurs devoirs religieux. Elles fréquentent assidûment l’église tous les dimanches. Elles travaillent fort et sont des citoyens en apparence exemplaires. Elles se gardent de tout mal moral et prêchent en ce sens.

En plus de leur zèle moral et religieux, les Pharisiens modernes et leurs disciples ne croient pas que le salut repose sur le travail unique du Christ. Ils croient plutôt que le salut est ultimement le fruit des efforts humains qui s’ajoutent au travail déjà accompli par le Christ.

En contraste avec les Pharisiens modernes et leurs disciples, les vrais chrétiens sont ceux qui ne tirent leur fierté que du Christ crucifié et personne d’autre. Cela signifie qu’ils croient que le travail du Christ a assuré le salut de tous ceux qu’il représentait. Seul cette œuvre du Christ fait la différence entre le salut et la condamnation. Les vrais chrétiens savent que leurs propres efforts ne leurs vaudront aucune part de mérite devant Dieu. Ils mettent leur espoir en Christ seulement, sachant que son travail, par la grâce de Dieu, assure le salut.

Jésus a démontré ceux pour qui il était venu appeler à la conversion : seuls les pécheurs ayant besoin d’être guéris, ceux qui ne se croient pas justifiés de par eux-mêmes, ceux qui ne se présument pas investis d’un privilège divin, ceux qui ne méritent pas de faire alliance avec Dieu.

Le remède de la miséricorde

Lorsque j’entends Jésus parler du légalisme, dans l’évangile d’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de me souvenir, avec reconnaissance et émotion, du pape Jean XXIII. Dans son discours d’ouverture historique, le 11 octobre 1962, au commencement du concile Vatican II – épisode crucial de l’Église s’il en est un -, Jean XXIII a exprimé très clairement qu’il n’avait pas convoqué Vatican II afin de redresser des erreurs ou de clarifier des éléments de doctrine. L’Église, aujourd’hui, a-t-il insisté, doit « recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. »

Le « bon pape Jean », tel qu’il était surnommé, rejetait le point de vue de ceux qui « annoncent toujours des catastrophes ». Il en parlait comme de « prophètes de malheur » qui se comportaient « comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre. » La Providence divine, a-t-il affirmé, conduisait le monde vers un nouvel ordre social et des relations nouvelles. Et tout, même les différences humaines, contribuent au plus grand bien de l’Église, disait-il.

« Papa Roncalli » était un être humain, plus préoccupé par sa fidélité que par son image, plus soucieux de ceux qui l’entouraient que de ses propres désirs. Avec une chaleur et une vision contagieuses, il a souligné la pertinence de l’Église dans une société en changement constant et a mis en lumière les vérités profondes de l’Église dans le monde moderne. Il savait que sans compassion, la lettre de la loi était déshumanisante.

« Papa Giovanni » a été béatifié par son successeur, le pape Jean-Paul II, en 2000. Il fut canonisé par le pape François en 2014. Puisse-t-il changer le cœur des Pharisiens et Sadducéens modernes qui sont bien vivants et présents dans l’Église et le monde d’aujourd’hui !

« Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Vingt-et-unième dimanche du Temps ordinaire, Année B – 26 août 2018

L’évangile de ce dimanche (Jean 6, 60-69) relate les réactions mitigées des disciples de Jésus suite à son discours sur le Pain de Vie, que nous avons pu entendre ces dernières semaines. Jésus a offert du pain, mais son pain est différent de la manne pourvue par Dieu au désert. Le pain offert par Jésus est lui tout entier : c’est sa propre vie et celui qui en mange « vivra éternellement. » Comme c’est souvent le cas dans l’évangile de Jean, des mots simples et ordinaires tels le pain et la vie sont riches de signification théologique. Aujourd’hui, forts de siècles de théologie et de réflexion sur l’Eucharistie, nous avons les moyens de comprendre ces paroles. Cependant, les personnes qui les ont entendues la première fois ont pu les trouver curieuses, voire offensantes. Devinant avec justesse l’humeur de son public, Jésus dit : « Cela vous heurte? »

Cette mise au défi de Jésus amène un tournant dans l’évangile. Non seulement sommes-nous informés du fait qu’un des disciples de Jésus va le trahir, mais nous apprenons de plus que certains de ceux qui le suivaient « s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » Le groupe diminue à mesure que croissent les enjeux. Peu importe l’explication de Jésus, certains choisissent de le quitter et cessent de lui être loyaux. Jean emploie le mot « disciples » pour désigner ceux qui rebroussent chemin. Ils ne sont pas de simples membres du public qui écoutait Jésus ce jour-là, au hasard des circonstances : ils étaient effectivement des disciples qui le connaissaient et qui étaient fort probablement connus de lui.

« Voulez-vous partir, vous aussi? »

Puis, Jésus rassemble les Douze et leur pose la question directement : « Voulez-vous partir, vous aussi? » Pierre se fait leur porte-parole, comme d’ailleurs dans d’autres évangiles : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Bien que les mots soient différents, cet échange s’apparente à la confession de Pierre à Césarée-de-Philippe (Marc 8, 27-30). À cet endroit, Jésus demande : « Pour les gens, qui suis-je? » – ce à quoi Pierre répond : « Tu es le Messie. » Dans les deux situations, le miracle de la multiplication des pains constitue l’arrière-plan de la question cruciale de l’identité de Jésus : qui est-il vraiment?

Le mariage selon Paul

Si nous souhaitons que la Bible éclaire la nature d’une relation entre un homme et une femme unis par les liens du mariage, il nous faut examiner la relation entre le Christ et l’Église. Dans la deuxième lecture de ce dimanche, tirée de sa lettre à la communauté qui est à Éphèse, Paul exhorte les chrétiens mariés à s’aimer d’un amour fort et mutuel. À l’origine et au centre de chaque mariage chrétien, il doit y avoir l’amour : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle. » L’enseignement de Paul sur le mariage chrétien était exigeant et continue de l’être aujourd’hui.

Affirmant, avec Genèse 2,24, que le mariage est une institution divine (Éph 5, 31), Paul envisage que le mariage chrétien revêt un sens nouveau, symbolisant la relation d’amour intime entre le Christ et l’Église. L’épouse devrait servir son mari dans le même esprit de service que l’Église, servante du Christ (Éph 5, 22.24), tandis que l’époux doit prendre soin de sa femme selon l’exemple du Christ dévoué à l’Église (Éph 5, 25-30). Paul investit ce passage de la Genèse de sa signification suprême : à la lumière de l’union du Christ et de l’Église, le mariage chrétien se doit de refléter une loyauté et un dévouement modelés sur ceux du Christ (Éph 5, 31-33).

Certains passages de cette lecture dominicale aux Éphésiens peuvent poser problème, particulièrement, lorsque considéré hors-contexte, le verset « soyez soumis les uns aux autres; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ». Certains ont justifié l’abus de leur épouse en prenant ces versets (Éph 5, 21-22) complètement hors de leur contexte. Ils ont justifié leur mauvais comportement, mais le passage (v. 21-33) réfère à la soumission mutuelle des époux par amour pour le Christ. « C’est comme cela que le mari doit aimer sa femme : comme son propre corps. »

Les Écritures ne peuvent être utilisées pour justifier l’abus d’un autre être humain ou la violence envers lui. L’Évangile nous appelle tous à démontrer un souci et un respect mutuels, les uns pour les autres. Ceci doit être présent dans tout mariage sain ou dans toute relation marquée par un engagement. Cet amour et ce respect mutuels doit aussi s’étendre aux relations entre les nations et d’autres groupes de personnes. Cela doit se refléter dans les structures et les règles de notre société. Mutualité et don de soi au service de l’autre : voilà les clés d’un mariage authentique et aimant; les clés de justes relations.

Le mariage et la famille fondent la société

Dans son encyclique Caritas in Veritate le pape Benoît XVI a écrit :

Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du cœur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique. Dans cette perspective, les États sont appelés à mettre en œuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l’intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle. (44)

Il a été dit que Caritas in Veritate se voulait une réponse à la crise économique actuelle. Cette encyclique est pourtant beaucoup plus que cela : une défense de la famille, une affirmation du caractère sacré de la vie, une mise en garde pour ne pas sous-estimer l’importance de la dignité humaine. Benoît XVI explore prudemment chacun de ces champs, analysant chaque sujet en lui-même, tout en le mettant en rapport avec l’économie. La sagesse qu’il nous livre à propos de ces thèmes a des assises solides, peu importe tel ou tel aspect économique. Il serait bon pour nous d’en prendre note, alors que nous recherchons un authentique développement humain. Ce ne sont pas des enseignements obsolètes, vestiges du passé : voici les fondements vivants pour le présent et l’avenir de l’humanité. Et, comme bien des paroles de Jésus, certains s’en offusqueront et « cesseront de marcher avec lui. »

Sans des personnes mariées, nous ne pouvons pas bâtir l’avenir de la société et de l’Église. Je suis convaincu, sans aucun doute, que du sein des familles solides des vocations se manifesteront pour servir l’Église. La « crise vocationnelle » dans plusieurs régions du monde est due en partie à la rupture et à la dissolution de la famille.

Le scandale de l’enseignement du Christ aujourd’hui

La profondeur et la signification du message du Christ, ainsi que l’enseignement de l’Église, scandalisent, en ce sens qu’ils sont souvent une pierre d’achoppement pour le non-croyant, en même temps qu’un test pour le croyant. Dans le Nouveau Testament, le thème du scandale est relié à la foi, en tant qu’adhésion libre au mystère du Christ. Face à l’Évangile, nous ne pouvons rester indifférents, tièdes ou évasifs : le Seigneur nous appelle tous et chacun personnellement et nous demande de nous prononcer pour lui (Mt 10, 32-33).

Lorsque nous nous retrouvons face aux enseignements difficiles de Jésus et de l’Église, avons-nous aussi envie de partir? N’est-il pas vrai que fréquemment, à cause de la complexité des enjeux et de la pression sociale environnante, nous souhaitons nous en aller?

La réponse de Pierre à la question de Jésus est marquante. Lorsque Jésus demande, dans l’évangile de ce dimanche, « Voulez-vous partir, vous aussi? », Pierre ne dit pas « Oui, bien sûr » – mais il ne dit pas tout à fait « Non », par ailleurs. En fait, fidèle au style littéraire évangélique, Pierre répond par une question : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? » Ce n’est pas la réponse la plus flatteuse au monde, mais elle est honnête. Pierre et les autres restent avec Jésus précisément parce qu’il a été une source de vie pour eux. Jésus les as libérés et leur a donné une vie nouvelle.

Suivre Jésus et l’enseignement de l’Église n’est pas toujours chose facile ou plaisante, ni même toujours compréhensible, mais lorsqu’il s’agit de vie éternelle, il n’y a pas grand alternative qui s’offre à nous. Cette semaine, n’oublions pas les paroles de Jésus : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. » Soyons des témoins de la foi catholique, des témoins du plan de Dieu pour le mariage comme union sacrée entre une homme et une femme, des témoins de la vie familiale en tant que fondement de la notre société.

Heureux sommes-nous si nous ne nous offusquons pas, mais sommes plutôt conduits par ces paroles vers la vie en abondance.

[Les lectures de ce dimanche sont Josué 24,1-2.15-17; Ps 34; Éphésiens 4,32-5,2.21-32; Jean 6, 53.60-69.]