Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »

Message du Président de la CECC Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017

Vous trouverez ci-dessous le vidéo du message du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017:

Lors de la veillée pascale, nous célébrons la lumière du Christ que nous portons, pleins d’espoir, dans un monde plongé dans l’obscurité et l’incertitude. Dans l’ombre du massacre de Sainte-Foy en février dernier, dans un contexte de tensions croissantes entre les puissances nucléaires et de réfugiés en quête d’asile, l’invocation de l’espérance semble prématurée à certains et dangereusement naïve à d’autres. À un niveau plus personnel, en cette fête de Pâques, le moral de certains est peut-être sapé par la maladie, le deuil, la rupture familiale, les dépendances, ou le chômage. Lorsque l’espérance commence à disparaître, la peur prend le dessus et nous perdons la paix.

La fête de Pâques est censée nous laisser un sentiment très différent du présent et du futur. Elle nous offre une réalité pleine de joie. Pâques proclame que la peur, la terreur et la mort ne sont pas la fin de l’histoire. Ainsi, les prières de la veillée pascale sont porteuses d’une confiance sans équivoque : « Nous allons donc commémorer ensemble la Pâque du Seigneur en écoutant sa parole et en célébrant ses sacrements, dans l’espérance d’avoir part à son triomphe sur la mort et de vivre avec lui pour toujours en Dieu. » (Missel romain : Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal).

Lorsque la vie nous a déçus ou lorsque les luttes ne cessent de se succéder, nous pouvons trouver difficile de croire en la victoire du Seigneur. Telle est la réalité pour plusieurs d’entre nous, même pour ceux qui se sont consacrés inlassablement à l’amour de Dieu et de leur prochain. C’est à cela que les écrits intimes de Sainte Mère Teresa nous donnent à réfléchir. Pour certains, la perte de l’espérance peut même entraîner de l’amertume ou le sentiment d’avoir été trahi par Dieu.

Comme lorsque la trompette retentit, Pâques interrompt cette spirale descendante avec des paroles inattendues : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Luc 24,5). Cette question paradoxale a été posée aux trois femmes qui sont arrivées devant le tombeau vide à l’aube du premier jour de la semaine. Ce qu’elles ont découvert n’aurait pas pu être prévu par les cycles naturels de la vie; car de même que la vieillesse n’est pas suivie par la jeunesse, ainsi la mort de Jésus ne pouvait-elle pas être naturellement suivie par la vie.

Mais il n’y a rien de naturel dans la Résurrection. C’est un événement qui bouleverse et renverse le temps et la nature. La Résurrection n’est possible qu’en tant qu’acte divin; et comme tous les actes divins, elle est un moment de prise de conscience pour chacun de nous, nous rappelant que Dieu qui ressuscite les morts est plus réel, plus puissant que toute crise ou tout échec que nous pouvons rencontrer.

Pour nous tous devant le tombeau vide, quelques soient les circonstances, il y a une espérance insondable. Il y a de l’espérance pour ceux qui se trouvent dans les périphéries de la société; de l’espérance pour les gouvernements et leurs dirigeants; de l’espérance pour l’Église en ce temps de purification et de renouveau, et de l’espérance pour vous comme pour moi dans nos efforts vers la sainteté (Jérémie 29,11).

En cette fête de Pâques, alors que nos cœurs sont allumés par l’insatiable feu de l’amour de Dieu, il nous est demandé de nous confier à l’amour du Christ tandis que nous plaçons notre espérance dans le pouvoir divin qui « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose l’amitié et soumet toute puissance. » (Missel romain, Exultet, forme longue).

Je tiens à adresser mes prières et bénédictions à chacun et chacune d’entre vous, pour que votre temps pascal soit rempli d’espérance.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Pâques 2017

« Comme des fioles d’albâtre de nard… »

Resurrection Women cropped

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le Veillée pascale, année C (26 mars 2016)

Je considère le chapitre sur la résurrection (24) de l’évangile de Luc comme une belle symphonie en trois mouvements. Dans le premier mouvement du tombeau vide (vv.1-12), Dieu seul dénoue une situation sans espoir et sans issue. Dans le deuxième mouvement du récit d’Emmaüs (vv.13-35), Dieu, en la personne de Jésus, accompagne des personnes dans leur chemin à travers les ruines du désespoir et de la mort. Les récits du troisième mouvement présentent Jésus parmi ses disciples (vv.36-53) et conduisent les personnes à une expérience de  communauté.

L’évangile pour la vigile de Pâques cette année (24, 1-12) est le premier mouvement d’une symphonie de résurrection. Ce sont d’abord les femmes qui découvrent le tombeau vide et reçoivent le message des anges que Jésus est ressuscité. Tandis que les femmes ne sont pas nommées au chapitre 23, nous apprenons en 24,10 qu’il s’agissait de Marie Madeleine, Jeanne et Marie, la mère de Jacques. Même si les apôtres allaient être des témoins de la résurrection (Actes 1, 22), ils semblent être dans le désarroi tandis que les femmes disciples sont là pour recevoir la joyeuse nouvelle.

L’histoire du tombeau vide commence par une référence aux épices que les femmes avaient préparées. Le passage précédent racontant l’enterrement de Jésus (23, 50-56) se termine avec une note selon laquelle les femmes qui étaient venues avec Jésus de Galilée ont suivi Joseph d’Arimathie et ont vu le tombeau ainsi que la manière dont le corps de Jésus y avait été étendu. Les femmes connaissaient le tombeau exact où Jésus avait été placé. Il n’y avait aucune possibilité de confondre le tombeau. Après avoir préparé des épices et des onguents, elles se sont reposées le jour du sabbat d’après la loi juive. Le sabbat terminé elles sont venues embaumer le corps de Jésus pour qu’il ait un enterrement approprié.

Devant la grande perplexité des femmes face au tombeau vide, on leur demande pourquoi elles cherchent le vivant parmi les morts. Elles sont mises au défi par les deux hommes en vêtements éblouissants de se rappeler ce que Jésus leur avait dit, tandis qu’il était toujours en Galilée, que le fils de l’homme devait souffrir, être crucifié et se relever au troisième jour. Tout d’un coup, tout change ! Jésus « n’est pas ici, mais il est ressuscité ». L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile pascale.

Se rappeler les paroles et les événements

Les quatre évangiles ont été écrits du point de vue de la foi des disciples après qu’ils aient fait l’expérience des événements de la mort et de la résurrection de Jésus. Cette même foi de Pâques a informé et donné forme au récit évangélique tel que nous les avons. À travers ces récits, il y a un effet dynamique entre l’événement, la foi, et la forme finale du texte biblique. On nous somme de nous souvenir des paroles et des événements du passé. En fait, une des faiblesses humaines est que nous oublions trop vite ce que Dieu a dit ou fait. Dieu lui n’oublie pas. Dieu se souvient et est fidèle à son alliance.

Dans le verset 8 de l’évangile de ce samedi nous avons lu : « Alors elles se rappelèrent ses paroles. » Les femmes répondent avec foi en se rappelant les paroles de Jésus. Elles croient au message des anges en se rappelant ce que Jésus avait dit et vont rapporter la bonne nouvelle aux onze et aux autres.  Mais « ces propos leur semblèrent délirants et ils ne les croyaient pas » (v. 11). Les femmes croient, mais pas les onze apôtres!

Tandis que Luc donne une large place aux apôtres dans l’évangile et dans les Actes, il est également assez franc pour préciser l’échec des leaders humains de ce récit. Dans beaucoup de commentaires au sujet de ce passage, l’idée dominante est que les apôtres n’ont pas cru les femmes précisément parce qu’elles étaient des femmes, comme si le résultat avait été bien différent si des hommes avaient relaté la résurrection! Je ne pense pas que le problème était dû au fait que des femmes étaient impliquées. Le problème est que les apôtres mâles ne se sont tout simplement pas rappelés ce que Jésus avait dit.

En dépit de leur incrédulité, Pierre semble croire suffisamment les femmes pour courir au tombeau et voir les lambeaux du linceul et rentre à la maison stupéfait de ce qui s’était produit. Sa réponse correspond difficilement à une foi authentique. N’oublions jamais que la stupéfaction ne correspond pas exactement à la foi authentique. Les foules qui ont vu les miracles de Jésus pouvaient être stupéfiées sans toutefois devenir des disciples. Être disciple exige engagement, confiance, et obéissance. La stupéfaction et l’étonnement n’exigent rien de cela. [Read more…]