Débat à New York sur les cinq ans du pape François

Cette semaine avait lieu, à l’université Fordham de New York, une conférence sur les cinq premières années de pontificat du pape François. Organisé par le Fordham Center for Religion and Culture, en partenariat avec la Religion News Foundation et Télévision Sel et Lumière, ce panel de discussion réunissait deux figures importantes du catholicisme américain. Ce qui a attiré l’attention du public autour de ce débat fut certainement les différentes polémiques dans lesquelles les deux commentateurs de la vie ecclésiale se sont engagés l’un contre l’autre sur Tweeter depuis quelques temps déjà.

Appelés à se prononcer sur les cinq ans de pontificat du pape François, Massimo Faggioli Ph.D, professeur à Villanova University ainsi que Ross Douthat, chroniqueur au très célèbre New York Times, ont offert deux points de vue à la fois contrastés et, selon moi, complémentaires. Sans vouloir résumer tous les sujets abordés, il me semble que le centre de ce débat consistait à répondre aux questions suscitées par les « nouveautés » du pontificat du pape François.

La critique d’un catholicisme « dilué »

Ross Douthat, s’affirmant lui-même de « centre-droit », considère que les différents éléments positifs du pape François comme par exemple : « le changement de trame narrative dans le traitement de l’Église dans les médias américains » ne doivent pas cacher les côtés qui, selon lui, sont moins positifs. De fait,  les différentes polémiques entourant l’interprétation d’Amoris Laetitia sur la question de la communion pour les divorcés remariés civilement ne doivent pas être prises à la légère. Pour l’auteur de To Change the Church : Pope Francis and the futur of Catholicism, cette question est l’une des manifestations d’une division profonde au sein de l’Église. « Avec Jean-Paul II, nous avions trouvé un équilibre dans l’interprétation du Concile Vatican II », or, en laissant cette polémique grandir comme l’a fait le pape François, « beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

« beaucoup de fidèles ont l’impression que le débat n’est pas aussi clos que le laissait entendre Familiaris Consortio no 84″. D’où, l’apparence, à tout le moins, de contradiction entre les deux pontificats.

En ce sens, la mise en doute de l’aspect définitif de la discipline maintenue dans l’exhortation apostolique du saint Pape polonais pourrait, selon lui prendre des dimensions démesurées. Reprenant l’expression du philosophe Zygmunt Bauman selon laquelle notre modernité serait « liquide » c’est-à-dire qu’elle procéderait à une « dilution » des institutions, des vérités, et dans ce cas-ci, du dépôt de la foi lui-même, plusieurs considèrent cette mise en cause de la discipline de Jean-Paul II comme une dilution du message de l’Évangile. Pour, Ross Douthat, le pape François aurait pu utiliser son charisme afin de « mener l’Église au-delà des polémiques intra-ecclésiales des années 1970 entre progressistes et conservateurs et proposer un catholicisme portant une vision holistique comme alternative au matérialisme généralisé ». Malheureusement, selon le chroniqueur du NYT, à certains égards, « il nous a ramené en arrière ». En ouvrant de nouveau ces questions internes à l’Église, il l’a replongée, du moins en Occident, dans cette attitude « auto référentielle » qu’il voulait lui-même éviter.

Entre continuité et discontinuité

En réponse à cette vision d’un « catholicisme dilué », perspective qui serait celle du Pape actuel, Massimo Faggioli Ph.D. propose une interprétation à la lumière du Concile Vatican II. Deux questions se sont posées dans le débat et elles sont fondamentalement liées, à savoir : « le présent pontificat est-il en continuité ou non avec les précédents et la Tradition catholique ? » et « quel genre de relation le catholicisme doit-il entretenir avec le monde extérieur ? ». Notre jugement sur le pape François changera dépendamment de la réponse donnée à chacune de ces questions.

En Amérique, selon le professeur Faggioli, nous assistons à la confrontation entre « un néo-traditionalisme du côté conservateur et un post-traditionalisme du côté libéral », ce qui vicie le débat fondamentalement puisque l’on cherche à opposer des visions qui pourraient être complémentaires si nous avions une vision équilibrée de ce qu’est la « Tradition ». L’une et l’autre de ces tendances tendent à propager un type de catholicisme qui n’est pas soutenable intellectuellement.

Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

En ce sens, il ne fait aucun doute que le pape François n’est ni d’une tendance, ni de l’autre. Pour comprendre fidèlement la portée et l’orientation de son pontificat, la solution serait plutôt d’avoir une vision cohérente de la tradition qui sache conjuguer les éléments de continuité et de discontinuité propres à l’évolution d’une institution comme l’Église à travers l’histoire. Ainsi, comprenant que la discontinuité elle-même est très « traditionnelle », les catholiques pourraient plus aisément faire les distinctions nécessaires pour percevoir la continuité inhérente au pontificat du pape François avec tous ses prédécesseurs.

Une culture de la rencontre

Devons-nous considérer le catholicisme comme un lieu de préservation d’une foi, d’une culture et d’une communauté devant un monde en pleine décadence morale, intellectuelle et religieuse ? L’Église est-elle au contraire appelée à rester au milieu du monde dans une relation de dialogue et d’échanges avec lui ? Contrairement à ce que l’on pense souvent, il est, selon moi, possible de répondre aux deux questions par l’affirmative. C’est ce que je retiens des échanges.

Après une heure et demie de débat intense, ni la bonne humeur, ni la pertinence de l’argumentation n’ont cédé la place à une quelconque mesquinerie. Nous avons assisté à un riche débat d’idées dans lequel prévalait une authentique recherche de la vérité. Chacun des deux débatteurs étaient satisfaits et heureux d’avoir pu partager sa vision des cinq années de pontificat du pape François et d’avoir pu présenter au monde ce que signifie concrètement construire « une culture de la rencontre ». Espérons que d’autres initiatives comme celle-ci seront mises de l’avant afin de briser les solitudes idéologiques.

Filmé par Télévision Sel et Lumière, vous pouvez visionner ce débat au lien suivant.

Quand les leaders chrétiens ne sont pas à la hauteur de l’idéal de Jésus

Trente-et-unième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 5 novembre 2017

Malachie 1,14b-2,1.2b.8-10
1 Thessaloniciens 2,7b-9.13
Matthieu 23,1-12

L’évangile d’aujourd’hui (Matthieu 23, 1-12) est tiré d’un chapitre hautement polémique du premier évangile. Encore une fois, nous y trouvons un écho du conflit amer qui oppose le judaïsme pharisaïque à la communauté ecclésiale de Matthieu. Dans notre épisode, Jésus dénonce carrément les scribes et les Pharisiens; or ce passage contient du matériel qui ne se retrouve que chez Matthieu.

Dans la première section du chapitre 23, l’accent est placé sur les maîtres religieux et sur leurs responsabilités à l’égard des gens ordinaires. Jésus critique ses adversaires religieux (dont plusieurs étaient pharisiens). L’allusion aux Pharisiens « qui enseignent dans la chaire de Moïse » (v. 2) n’est peut-être qu’une allusion à l’autorité de l’enseignement mosaïque mais il est aussi possible qu’elle évoque le siège sur lequel le maître s’asseyait pour enseigner. Les recherches ont établi qu’à une période postérieure à celle de l’évangile d’aujourd’hui, il y avait dans les synagogues un siège désigné à cet effet.

Au fil du temps, les paroles de Jésus citées dans l’évangile de Matthieu furent interprétées comme visant avant tout les maîtres pharisiens qui, après la guerre désastreuse contre Rome (66-73 de notre ère), cherchèrent à reconstruire l’identité ethnique juive en élargissant et en consolidant leur influence dans les synagogues de Palestine et dans la diaspora.

Le cœur du conflit

Mais qu’y a-t-il au cœur de ce conflit ? Les missionnaires judéo-chrétiens qui proclamaient un Messie crucifié et ressuscité n’avaient pas d’adversaires et de concurrents plus déterminés que ces enseignants pharisiens; ils ont donc appliqué les propos de Jésus à la nouvelle situation qui était la leur. Mais il y a encore un autre niveau d’interprétation possible : ces paroles peuvent s’appliquer aux maîtres chrétiens qu’on avertit de ne pas se comporter comme ceux que condamne Jésus.

Ce qui préoccupe vraiment Matthieu, c’est le problème des responsables chrétiens qui ne sont pas à la hauteur de l’idéal exigé par Jésus. Il ne faut pas comprendre les versets 6-12 comme une parenthèse dans un chapitre axé sur la condamnation des Pharisiens mais plutôt comme la clé de ce chapitre : le passage qui exprime l’objectif principal du message de Jésus. Il faut lire Matthieu 23 avec des lunettes théologiques au lieu d’y voir une exhortation moralisante ou la condamnation d’une situation passée.

La critique des maîtres pharisiens

Les Pharisiens ont assumé des responsabilités particulières en prenant la direction d’Israël à l’aube de l’ère messianique mais ils n’ont pas su s’acquitter de cette tâche. Examinons attentivement quatre critiques que formule l’évangile d’aujourd’hui au sujet des Pharisiens. La première leur reproche de ne pas mettre en pratique ce qu’ils prêchent (v. 3). C’est là une accusation qui peut s’appliquer aux leaders de toutes les religions. Ils se doivent de mettre en pratique clairement et de manière convaincante la teneur de leur enseignement.

Les personnes à qui on a confié la Bonne Nouvelle de Jésus Christ doivent enseigner tous les commandements que Jésus leur a donnés (28,19) et incarner son enseignement dans leur propre vie. Nous ne sommes pas à l’abri de cette critique car nul d’entre nous n’est tout à fait en mesure d’appliquer parfaitement l’idéal auquel nous aspirons et que nous nous efforçons de proclamer dans notre vécu.

La deuxième leçon, au verset 4, est plus difficile à comprendre, compte tenu surtout de ce que vient de dire le verset 3 : « pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire ». Je pense que Matthieu renvoie ici au fait que les Pharisiens mettaient l’accent sur la cohérence dans l’observance. Il ne suffisait pas d’observer le sabbat en général; il fallait aussi préciser quelles étaient les activités des jours ouvrables qui constituaient un travail et devaient donc être interdites le jour du sabbat.

Même si Jésus observait le sabbat, il insistait sur le fait que son ministère auprès des malades avait préséance sur les prescriptions des légalistes à propos du sabbat. Il proposait à ses disciples et à ses auditeurs un joug plus facile à porter et un fardeau plus léger (11, 28-30). Matthieu adressait peut-être cette critique aux maîtres chrétiens qui exhortaient les disciples de Jésus à observer le sabbat et les autres lois rituelles selon toute la rigueur de l’interprétation pharisienne.

L’hypocrisie

La troisième critique, au verset 5, n’a guère besoin d’interprétation. Elle parle d’elle-même. L’hypocrisie d’une piété qui recherche les louanges des autres plutôt que la gloire de Dieu avait déjà été dénoncée sans ambages dans le Sermon sur la montagne (6, 1-6.16-18). Les phylactères élargis et les franges allongées avaient pour but de faire remarquer ces signes extérieurs de piété.

Les titres honorifiques

Suit une critique sévère des titres honorifiques (v.7-11). Ce n’est qu’après 70 de notre ère que s’est répandu l’usage d’employer le terme « rabbis » pour désigner les membres de la tradition pharisienne qui avaient reçu une formation d’enseignants et qu’on avait mis à part pour exercer cette fonction particulière de leadership au sein de la communauté. Ce rôle est évidemment indispensable mais il ne doit pas servir de prétexte à une gloriole qui compromet l’unité de la communauté. L’interdiction de ces titres aux disciples laisse entendre que cet usage existait dans l’église de Matthieu. Jésus ne fait pas qu’interdire les titres, il condamne aussi l’esprit de supériorité et l’orgueil que révèle le fait de les accepter. Il n’y a qu’une personne qu’il faille reconnaître et honorer de ce titre; les autres sont tous des frères et sœurs qu’unissent des liens d’affection et de respect mutuel.

Le titre de « père »

Le verset 9 de l’évangile d’aujourd’hui utilise la voix active du verbe : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père ». Il n’est pas question ici de la fonction du père biologique mais de l’autorité religieuse. On donnait à certains leaders rabbiniques le titre de « ab », « père ». Il n’y a rien de mal à appeler des membres du clergé « Révérend », « Père », « Excellence », « Éminence », etc. Ces titres, loin de couper les fidèles des personnes qui exercent l’autorité ou le leadership, sont là pour cultiver des rapports profonds et authentiques à l’intérieur de la communauté de l’Église. Quant à ceux qui reçoivent des titres honorifiques comme ceux-là, leur responsabilité de travailler avec diligence à devenir d’humbles serviteurs et à abattre les barrières qui existent entre nous ne peut que s’en trouver accrue !

Le plus grand sera le serviteur

La quatrième critique a trait à la véritable grandeur dans la communauté des disciples qui font église. Aux versets 11-12, Matthieu souligne les qualités de la personne la plus éminente dans la communauté, celle qui s’est faite le serviteur de tous et de toutes. Cet idéal de l’église comme communauté d’égaux allait être repris par saint Paul dans ses déplacements entre les communautés chrétiennes de l’Église primitive. Dans les lettres pastorales qu’il écrira à diverses communautés, Paul de Tarse fera référence aux fonctions de leadership sans mettre en évidence les personnes appelées à les exercer. Paul supplie ses auditeurs de renoncer aux ambitions égoïstes et de traiter les autres comme leurs supérieurs (Ph 2,3; Rm 12, 3.16).

Partager l’Évangile et faire don de soi-même

En réfléchissant à la deuxième lecture d’aujourd’hui, tirée de la première épître aux Thessaloniciens (2, 7b-9. 13), je ne puis m’empêcher d’évoquer avec affection et gratitude la figure de Saint Jean XXIII. Les paroles touchantes de Paul décrivent la vie et le ministère d’Angelo Roncalli qui allait devenir Jean XXIII: « Avec vous nous avons été pleins de douceur, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Évangile de Dieu mais tout ce que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers. »

À la lumière de la lettre de Paul aux Thessaloniciens et de l’évangile d’aujourd’hui, qui traite du leadership religieux authentique, je vous invite à relire un extrait du discours de Saint Jean XXIII lors de l’ouverture du Deuxième Concile du Vatican; cette allocution fut prononcée à la basilique Saint-Pierre de Rome, le 11 octobre 1962.

Un magistère surtout pastoral

Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Eglise.

Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. […]

Ces choses étant dites, il est possible de voir avec suffisamment de clarté la tâche qui attend le Concile sur le plan doctrinal. Le XXIe Concile œcuménique – qui bénéficiera de l’aide efficace et très appréciable d’experts en matière de science sacrée, de pastorale et de questions administratives – veut transmettre dans son intégrité, sans l’affaiblir ni l’altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun de l’humanité. Certes, ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor qui est à leur disposition.

Cependant, ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n’étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu’exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l’Église marche depuis près de vingt siècles. Nous n’avons pas non plus comme premier but de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l’Église, et donc de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, Nous le pensons, vous ne l’ignorez pas et elle est gravée dans vos esprits. […]

Autre est le dépôt lui-même de la foi, c’est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment, s’il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral.

(Image : Jésus et les pharisiens par James Tissot)

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! »

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu – dimanche 1 janvier 2017

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Lisons ensemble ce beau texte du prophète Sophonie:

Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !
Lance un cri de triomphe, ô Israël !
Réjouis-toi, exulte de tout cœur,
ô fille de Jérusalem:
l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous,
et il a refoulé vos ennemis.
Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous.
Vous ne craindrez plus de malheur.

En ce jour-là, on dira à Jérusalem:
« Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras,
car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet
et il te renouvellera dans son amour pour toi.
Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera
tout comme aux jours de fête. »
Je t’enlève aujourd’hui la honte que tu portes.

Ce riche texte du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3, 3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. La « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35, 10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » qui signifie quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (no 52). L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur qui a observait l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant qu’épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2, 19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

(Image : L’adoration des bergers par James Tissot)

Rencontre avec un témoin de Vatican II

blog_1439582829

Comme nous le savons, cette année sera l’occasion de fêter le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Pour l’occasion et afin d’en apprendre un peu plus sur cet événement exceptionnel, je me suis rendu à Ottawa afin d’y rencontrer un de ses rares témoins. Mgr Jacques Landriault, aujourd’hui âgé de 93 ans, n’a rien perdu de sa ferveur et de la joie à proclamer haut et fort l’Évangile du Christ. Mgr Landriault était à peine ordonné évêque auxiliaire du diocèse d’Alexandria-Cornwall lorsqu’il fut appelé à représenter les évêques canadiens au Concile Vatican II. Énorme tâche qu’il avoue n’avoir pu accepter que grâce à la même Force de l’Esprit qui lui avait permis de dire « oui » à son ordination comme « successeur d’apôtre » comme il le dit.

Mgr Landriault a donc pu participer activement aux 2e, 3e et 4e sessions du Concile. Durant ces trois années romaines, il s’est dédié totalement à connaître et à s’imprégner le plus possible de l’atmosphère de renouveau qui soufflait sur l’Église. En ce sens, ce père conciliaire n’hésite pas à utiliser l’image d’un « printemps » de l’Église, d’une période où, d’un commun accord, on désirait ardemment s’abreuver à cette source intarissable qu’est l’Évangile. Ce souci d’authenticité, c’est ce qui a animé Mgr Landriault durant toute sa vie de pasteur. Pour lui, le Concile fut véritablement :

« Une intervention visible (et même sentie !) de l’Esprit Saint pour donner à l’Église un élan nouveau […], l’air frais dont l’Église avait tellement besoin, le souffle de l’Esprit, pour nous donner une vie nouvelle. »

Ce qui reste gravé dans sa mémoire est sans aucun doute la rencontre des évêques en assemblée générale. Au tout début, les 2 800 évêques ne se connaissaient pas entre eux. À la fin du Concile, de nombreuses amitiés étaient nées non pas seulement au sein de l’épiscopat d’un même pays mais aussi entre évêques de différentes nationalités. Selon lui, le Concile a ainsi réussi à faire tomber les murs qui existaient entre les évêques de nations différentes et ainsi ouvrir des perspectives nouvelles. En ce sens, on peut dire que leunnamed Concile a précédé de quelques décennies la globalisation actuelle!

À la question sur le moment qui l’a le plus marqué durant ces années, Mgr Landriault détourne mes yeux de Rome pour me ramener au Canada. Pour lui, le Concile s’est vécu d’abord et avant tout dans ses propres diocèses : à Hearst d’abord et à Timmins ensuite où il fut évêque pendant 19 ans. Pour lui, le Concile devait être vécu par l’ensemble des baptisés. C’est ainsi qu’il a envoyé aux études 15 prêtres pour qu’ils approfondissent les 16 documents conciliaires. Il souhaitait que les membres du peuple de Dieu qui lui avait été confiés soient nourris directement de Vatican II et non, comme il le dit ouvertement, de certaines idées qu’on véhiculait aisément dans les médias de l’époque. Il s’est donc dévoué à donner des outils de formation très poussés, en mesure de donner la nourriture intellectuelle et spirituelle nécessaire pour répondre correctement à l’appel universel à la sainteté. [Read more…]

Benoît XVI parle « de la joie du Concile »

Ce jeudi, dans le cadre de sa rencontre avec les curés de Rome et le clergé résidant dans le diocèse, Benoît XVI a longuement évoqué le Concile Vatican II, confiant en particulier des souvenirs personnels d’expert. Voici de larges extraits de son intervention improvisée:

Nous jeunes experts, « nous nous sommes rendus avec joie au Concile, et même avec enthousiasme car cela ouvrait une perspective incroyable. Nous espérions que tout serait rénové, une nouvelle Pentecôte, une nouvelle ère de l’Eglise ». Malgré ses apparences de santé, « on sentait que l’Eglise n’avançait pas, qu’elle se repliait, qu’elle semblait plus une chose du passé qu’un instrument d’avenir. On espérait donc que le rapport au monde se renouvelle, qu’il change, que l’Eglise soit à nouveau une force pour le monde contemporain et celui à venir. Depuis le débit de l’époque moderne le rapport au monde de l’Eglise était ambigu, à commencer par l’affaire Galilée. On espérait…trouver un nouveau lien entre l’Eglise et le mieux des forces de la société, en vue d’offrir à l’humanité un progrès authentique ». On commença par faire connaissance les uns des autres, ce qui n’était pas acquis d’avance. « Ce fut déjà une expérience de l’universalité de l’Eglise et de ses réalités, d’une Eglise qui ne reçoit pas seulement des instructions d’en haut, mais avance de toute manière sous la conduite du Successeur de Pierre ». Les questions avancées par les pères conciliaires étaient la liturgie, la Parole, la Révélation et l’oecuménisme. « Rétrospectivement, j’estime qu’il était très positif de commencer par la liturgie, avec le primat de Dieu et de l’adoration ». Le Concile a parlé de Dieu, et ce sujet fut son premier soucis: « Ouvrir…le peuple des fidèles à l’adoration de Dieu dans la célébration communautaire de l’Eucharistie ». S’est alors posé la question de l’intelligibilité de la liturgie: « Plutôt que de rester close dans une langue oubliée et non parlée, elle devait activement vécue. Malheureusement ce point a été victime de malentendus ». Mais il y avait un second point relatif à l’Eglise: « On voulait dire et comprendre que l’Eglise n’est pas seulement une organisation, quelque chose de structurel, juridique, institutionnel, mais d’abord un organisme, une réalité vitale, qui entre dans mon âme, de sorte que moi-même, justement avec mon âme de croyant je suis un élément constructif de l’Eglise en tant que telle… L’Eglise n’est pas une structure; nous chrétiens, ensemble, sommes tous le Corps vivant de l’Eglise. Et, naturellement cela signifie que nous, le vrai nous des croyants, avec le moi du Christ constituons l’Eglise; chacun de nous, pas un nous, un groupe qui se déclare Eglise”. [Read more…]

« Comme il fut bon de t’avoir ici parmi nous… »

Cardinal Carlo Maria Martini, s.j. – 1927-2012

Le 31 août 2012, le cardinal Carlo Maria Martini, s.j., est entré dans la vie éternelle après avoir lutté contre la maladie de Parkinson. Il avait 85 ans. Cet exégète de renommée internationale, professeur, archevêque émérite de Milan, le plus gros diocèse au monde avec plus de 5 millions d’habitants, s’est distingué en tant que figure influente et respectée de l’Église à travers le monde.

Nommé archevêque par le pape Jean-Paul II au siège de saint Ambroise et saint Charles Borromée à 52 ans, Martini était un géant au sein du collège des cardinaux. L’église italienne se tournait vers lui pour connaître la voie à suivre, trouver la sagesse et l’inspiration et ce pendant plus de trois décennies. Il n’était donc pas étonnant que, pendant les trois jours où sa dépouille reposait en chapelle ardente dans le duomo de Milan, plus de deux cent mille personnes sont venues lui rendre un dernier hommage et rendre grâce à Dieu pour leur pasteur bien-aimé.

Les funérailles du cardinal, le 3 septembre, fête de saint Grégoire le Grand, n’étaient rien de moins que des funérailles d’état, diffusées à travers l’Italie et dans plusieurs pays dont le Canada à travers Télévision Sel + Lumière. À travers cette messe émouvante célébrée dans le rite ambroisien qui a rassemblé plus de 20 000 personnes de tous les horizons de la vie en Italie et ailleurs, le cardinal Martini a continué de nous enseigner et de nous instruire même dans la mort. [Read more…]

“Ce n’est pas l’évangile qui a changé mais nous qui le comprenons mieux.”

Le 11 octobre chaque année, nous nous souvenons du bon pape Jean XXIII qui a été proclamé bienheureux par Jean Paul II en 2000.  Un point intéressant peu connu de plusieurs personnes est que le pape Jean Paul II a assigné comme jour de fête du bienheureux pape Jean XXIII le 11 octobre, et non la date de sa mort du 3 juin 1963. Le 11 octobre 1962 marque l’anniversaire de la première session de Vatican II. Jean XXIII et le Concile sont à jamais liés ensemble.

Chaque fois que je visite la basilique Saint-Pierre, j’essaie de prier devant les papes de mon propre temps – les papes Roncalli, Montini, Luciani et maintenant Wojtyla. Le bienheureux Jean XXIII repose maintenant sous un autel sur un côté de la basilique principale en-haut. On l’a déplacé de sa crypte originale quelques temps avant sa béatification en 2000. Ce nouvel emplacement continue d’attirer de grandes foules chaque jour.

Avec le temps qui passe, la nouvelle génération ne connaît plus vraiment ce bon et grand pape. J’ai réalisé que pour beaucoup de jeunes évêques et prêtres d’aujourd’hui, Jean XXIII est un simple nom tiré des livres d’histoire. [Read more…]

Risquer l’espérance: l’Institut de pastorale des Dominicains

À Montréal, l’Institut de pastorale des Dominicains célèbre en 2010-2011 son cinquantième anniversaire. Reportage de Sr Marie-Noëlle Chaumette.