« Gaudete et exultate »: une exhortation pour la jeunesse ?

CNS photo/Vatican Media

Il y a déjà quelques semaines, se concluait, à Rome, le Pré-Synode des jeunes en prévision du Synode ordinaire des évêques qui aura lieu en octobre prochain sur le thème « Des jeunes, de la foi et du discernement vocationnel ». À l’issue de cette rencontre où étaient réunis quelque 300 jeunes provenant des cinq continents, un document se voulant un « résumé de toutes les contributions des participants »a été publié.  La lecture de ce document est très intéressante puisqu’il offre un portrait authentique de la grande richesse de perspectives de la vie des jeunes dans l’Église.  Certaines tensions ou contradictions transparaissent parfois dans le document; ce qui selon moi, doit être perçu, comme un signe de la vitalité et de la diversité de notre belle jeunesse catholique. Nous aurons amplement le temps de réfléchir sur la question. Cependant, un point a particulièrement retenu mon attention. En effet, on retrouve à plusieurs endroits une insistance sur « l’appel universel à la sainteté » (no 2-8) ainsi qu’au besoin de témoins authentiques de la foi.

Cela est bien connu, les jeunes d’aujourd’hui ne se contentent pas de demi-mesures. Paradoxalement, au même moment où l’on est témoin d’une diminution de l’engagement en général, on note un très fort désir d’engagement radical chez un nombre non négligeable de jeunes. Apparaissant huit fois dans le document, le mot « authenticité » résume bien cette qualité dont doivent faire preuve les gens d’Église s’ils veulent rejoindre cette jeunesse en soif d’absolu. En d’autres termes, nous disent les jeunes : « Nous avons besoin de modèles qui soient attractifs, cohérents et authentiques […] des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus (no 5) ».

Répondant, un peu plus tôt que prévu à cette demande, le Pape François publiera lundi prochain une nouvelle exhortation apostolique portant justement sur cette invitation de Concile Vatican II à « l’appel universel à la sainteté » (no 40). Dépassant les attentes du plus impatient des jeunes présents au Pré-Synode, le pape répondra donc à cette recommandation du document final : « Il est nécessaire de mieux comprendre la vocation chrétienne (prêtrise, vie religieuse, ministère laïc, mariage et famille, rôle dans la société, etc.) et l’appel universel à la sainteté » (no 8).

Bien sûr, cette chronologie des événements n’est pas totalement volontaire. Un tel document devait être en préparation depuis déjà un bon moment. Toutefois, on peut y voir un clin d’œil de la Providence, cherchant à rejoindre ces jeunes qui évoluent au rythme effréné des médias sociaux. Il est encore plus surprenant du fait que cette exhortation portera sur plusieurs problématiques explicitement discutées dans le Hall des jeunes. En effet, d’autres réflexions présentes dans le document du Pré-Synode seront abordées par « Gaudete et exultate » comme par exemple :

  • « La sainteté est un objectif atteignable et un chemin de bonheur. » (no 3);
  • « Un témoignage authentique vers la sainteté, ce qui inclut la reconnaissance de ses erreurs et la demande de pardon » (no7);
  • « Le besoin d’une Église qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et de son héritage, qui aime chacun y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards (no 1).

Bien qu’il apparaît invraisemblable que l’un ait directement influencé l’autre, nous pouvons clairement voir un Pape soucieux d’offrir un message correspondant aux attentes légitimes du Peuple de Dieu dans son ensemble, jeunes compris. Ainsi, la lecture du document de conclusion du Pré-Synode me semble une excellente préparation à l’accueil et à la compréhension de cette « joie et exultation » à laquelle nous sommes tous appelés.

Document final de la réunion presynodale des jeunes (traduction non-officielle)

 
«LES JEUNES, LA FOI ET LE DISCERNEMENT VOCATIONNEL»
ROME, 19-24 MARS 2018
INTRODUCTION
Les jeunes d’aujourd’hui sont confrontés à de nombreux défis et opportunités. La plupart sont liés à des contextes spécifiques et d’autres sont partagés par tous les continents. Dans ce contexte, il est nécessaire que l’Eglise travaille sa manière d’appréhender les jeunes, afin qu’elle soit pour eux un guide constructif et pertinent.
Ce document est une synthèse qui exprime certaines de nos pensées et expériences. Il est important de noter que ce sont là des réflexions de jeunes du 21ème siècle, de différentes religions et différentes cultures. Avec cela à l’esprit, l’Eglise doit considérer ces réflexions non pas comme une analyse empirique d’un temps du passé, mais plutôt comme un état des lieux de ce que nous sommes aujourd’hui, de là où nous nous dirigeons. Nous proposons ces réflexions comme un indicateur de ce que l’Eglise a besoin de faire pour avancer.
Il est important, en premier lieu, de clarifier les paramètres de ce document. Il ne s’agit pas de composer un traité théologique, ni d’établir un nouvel enseignement de l’Eglise. Il s’agit plutôt d’une déclaration reflétant les réalités spécifiques, personnalités, croyances et expériences des jeunes du monde entier. Ce document est destiné aux Pères Synodaux. Il s’agit de donner aux évêques une boussole, les guidant vers une compréhension claire des jeunes : une aide pour le Synode des évêques sur la jeunesse, la foi et le discernement, au mois d’octobre 2018. Il est important que ces expériences soient vues et comprises en fonction des différents contextes dans lesquels les jeunes sont situés.
Ces réflexions sont nées de la rencontre de 300 jeunes représentants du monde entier, convoqués à Rome du 19 au 25 mars 2018 à l’occasion du Pré-Synode pour les jeunes et la participation en ligne de 15 000 jeunes, à travers les groupes Facebook.
Ce document est un résumé de toutes les contributions des participants basé sur le travail de 20 groupes de langues et 6 autres provenant des réseaux sociaux. Cela sera une composante, parmi d’autres, de l’Instrumentum Laboris, pour le Synode des Evêques de 2018. Nous espérons que l’Eglise et d’autres institutions peuvent s’inspirer de cette méthode de travail du Pré-Synode et écouter davantage la voix des jeunes.
Ayant compris cela, nous pouvons aller plus loin pour réfléchir avec ouverture et foi sur la situation des jeunes aujourd’hui : les lieux ou les jeunes se retrouvent, les expériences relationnelles qui fondent leur personnalité, comment l’Eglise les aide à comprendre plus profondément qui ils sont et leur place dans le monde.
PREMIERE PARTIE
DEFIS ET OPPORTUNITES DES JEUNES DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI
1. La formation de la personnalité
Les jeunes sont à la recherche de communautés qui les accompagnent, qui les fassent grandir, qui soient authentiques et accessibles, qui les valorisent. Ils sont conscients des lieux qui les aident à développer leur personnalité, particulièrement la famille qui occupe une place privilégiée. Dans de nombreuses régions du monde, le rôle des ainés et la référence aux ancêtres contribuent à la formation de la personnalité. Cependant, cette référence n’est pas partagée de manière universelle, le modèle familial traditionnel étant en déclin dans d’autres régions du monde. L’affaiblissement de ce modèle est source de souffrance pour les jeunes. Certains jeunes s’éloignent de leurs traditions familiales, espérant s’affranchir de ce qu’ils considèrent comme « vieillot » ou « enlisé dans le passé ». D’un autre côté, dans certaines parties du monde, les jeunes cherchent leurs identités en restant attaché à leurs traditions familiales et font tout leur possible pour rester fidèle aux traditions dans lesquelles ils ont été élevés.
Ainsi l’Eglise doit mieux soutenir et former les familles. Cela est particulièrement vrai dans les pays où la liberté d’expression est plus difficile et où les jeunes, en particulier les mineurs, sont tenus éloignés de l’église et sont donc éveillés la foi à la maison, chez leurs parents.
Un sentiment d’appartenance à une communauté, à un groupe est important pour forger l’identité. Beaucoup de jeunes expérimentent que l’exclusion sociale est un facteur de perte de ses propres valeurs et de son identité. Au Moyen-Orient, beaucoup de jeunes se sentent obligés de se convertir à d’autres religions pour être acceptés par les autres et par la culture dominante. En Europe, ce phénomène est également ressenti par les communautés de migrants. Pour éviter de se sentir socialement exclu, ils perdent leur identité culturelle pour intégrer la culture dominante. C’est un domaine dans lequel l’Eglise doit être un modèle, proposer un espace de guérison pour les familles et montrer qu’il existe un espace pour chacun.
Il est important de noter que l’identité des jeunes est façonnée par des interactions avec d’autres et un sentiment d’appartenance à des groupes, des associations et des mouvements dans et en dehors de l’Eglise. Parfois, les paroisses ne sont plus considérées comme des lieux de rencontre. Nous reconnaissons également le rôle des éducateurs et des amis, en tant que figures inspirantes. Nous avons besoin de modèles qui soient attractifs, cohérents et authentiques. Nous avons besoin d’explications rationnelles et critiques face aux situations complexes. Les réponses simplistes ne nous suffisent pas.
Pour certains, la religion relève du domaine privé. Nous avons parfois l’impression que le sacré est séparé de nos vies quotidiennes. L’Eglise peut paraître excessivement sévère et moraliste. Il est parfois difficile dans l’Eglise de dépasser la logique du « on a toujours fait comme ça ». Nous avons besoin d’une Eglise qui soit accueillante et miséricordieuse, qui reconnaisse ses racines et de son héritage, qui aime chacun y compris ceux qui ne correspondent pas à ses standards. Beaucoup de ceux qui cherchent un sens à leur vie, finissent par se tourner vers d’autres alternatives, comme des philosophies et spiritualités de toutes sortes.
D’autres endroits importants permettent de se sentir appartenir à un groupe : les réseaux sociaux, les amis, l’école, notre environnement social quotidien. Ce sont des lieux où beaucoup d’entre nous passent la plus grande partie de leur temps. Mais parfois, nos écoles ne nous apprennent pas à développer notre pensée critique. Les moments cruciaux du développement de notre identité sont aussi ceux où nous devons opter pour une orientation scolaire, pour un emploi, la découverte de notre sexualité et poser nos choix de vie.
Notre expérience de l’Eglise forme et affecte notre personnalité et notre identité. Les jeunes sont particulièrement concernés par les sujets tels que la sexualité, les addictions, les mariages qui ont échoué, les familles divisées mais également par les sujets plus larges comme le crime organisé, la traite d’êtres humains, la violence, la corruption, l’exploitation, les violences faites aux femmes, toutes les formes de persécution et de dégradation de notre environnement. Ce sont des problèmes graves pour les communautés plus fragiles de notre monde. Dans beaucoup de pays, nous avons peur de l’instabilité sociale, politique et économique.
Alors que nous sommes confrontés à ces difficultés, nous avons besoin d’accueil, de miséricorde et de tendresse de la part de l’Eglise, à la fois comme institution et comme communauté de foi.
2. Les relations aux autres
Les jeunes essaient de donner du sens à un monde très compliqué aux réalités diverses. Nous avons de nouvelles possibilités de surmonter les différences et les divisions qui existent dans le monde. Cela est déjà visible à des degrés variés. Beaucoup de jeunes ont l’habitude de voir la diversité comme une richesse et une opportunité. Le multiculturalisme peut favoriser le dialogue et la tolérance. Nous valorisons la diversité d’idées dans notre monde globalisé, le respect de la pensée des autres et leur liberté d’expression. Toutefois, nous souhaitons préserver notre identité culturelle et éviter l’uniformité ou le rejet d’une culture. Nous ne devrions pas craindre notre diversité mais célébrer nos différences et ce qui nous rend singulier pour construire des relations profondes. Parfois, nous nous sentons exclus parce que nous sommes chrétiens dans un environnement méfiant vis-à-vis des religions.
Dans certains pays, la foi chrétienne est minoritaire alors qu’une autre religion prédomine. Les pays ayant des racines chrétiennes ont tendance aujourd’hui à rejeter progressivement l’Eglise et la religion. Certains jeunes essaient de donner sens à leur foi dans une société de plus en plus sécularisée où les libertés de religion et de conscience sont menacées. Le racisme est une réalité qui affecte les jeunes aujourd’hui. Ces situations sont autant de possibilités pour l’Eglise de proposer un autre chemin.
Dans ce contexte, il est souvent difficile pour les jeunes d’entendre le message de l’Evangile. Cela est accentué dans les endroits où il y a des tensions entre les peuples, en dépit d’un assentiment général pour la diversité. Une attention particulière doit être portée à nos frères et sœurs chrétiens qui sont persécutés dans le monde. Nous savons que nos racines chrétiennes sont ancrées dans le sang des martyrs. Nous prions pour la fin de toutes les persécutions et rendons grâce pour leur témoignage de foi au monde. Par ailleurs, on note des prises de position différentes sur la question de l’accueil des migrants et des réfugiés. Cela, en dépit de la reconnaissance de l’appel universel à se soucier de la dignité de chaque personne.
Dans un monde globalisé et pluri-religieux, l’Eglise a besoin de témoigner et d’élaborer un dialogue paisible et constructif avec les personnes d’autres confessions ou traditions, à partir des grandes directions théologiques existantes.
3. Les jeunes et le futur
Les jeunes rêvent de sécurité, de stabilité et d’épanouissement, ils espèrent une vie meilleure pour leurs familles. Dans beaucoup d’endroits du monde, cela correspond à une recherche de sécurité physique ; pour d’autres à la quête d’un travail ou d’un style de vie particulier. Le désir de se sentir appartenir une communauté est une aspiration commune aux jeunes de tous les continents. Nous attendons beaucoup d’une société cohérente qui nous ferait confiance. Nous cherchons à être écoutés, à ne pas être de simples spectateurs de la société mais des membres actifs. Nous voulons une Eglise qui nous aide à trouver notre vocation, dans tous les sens du terme. Malheureusement, tous parmi nous ne croient pas que la sainteté est un objectif atteignable et un chemin de bonheur.
Beaucoup de jeunes ont vécu des traumatismes ou souffrent de handicaps physiques ou mentaux. L’Eglise doit mieux nous accompagner et nous offrir des perspectives pour nous assister dans nos chemins de guérison. Des préoccupations pratiques rendent nos vies difficiles. Dans certaines parties du monde, la seule façon de garantir un futur stable, de recevoir une éducation supérieure est de travailler dur. Cela n’est pas encore possible partout. En dépit de cette réalité, les jeunes souhaitent affirmer l’inhérente dignité du travail. Parfois, nous finissons par abandonner nos rêves à cause de la peur qui est la nôtre, des pressions socio-économiques qui détruisent nos espoirs.
Pour cette raison, les jeunes veulent prendre part aux débats sur la Justice Sociale. Nous voulons travailler à la construction d’un monde meilleur. A cet égard, la doctrine sociale de l’Eglise est un outil pertinent. Nous voulons un monde de paix, qui allie écologie intégrale et développement global et durable de l’économie. Les jeunes qui vivent dans des régions instables et vulnérables attendent et espèrent des actions concrètes de la part des gouvernements et de la société : la fin de la guerre et de la corruption, faire face au changement climatique, aux inégalités sociales et à l’insécurité. Il est important de noter que, quel que soit le contexte, tous les jeunes partagent les mêmes idéaux : la paix, l’amour, la confiance, l’équité, la liberté et la justice.
Les jeunes rêvent d’une vie meilleure et beaucoup sont forcés à émigrer dans le but de trouver une situation économique et environnementale meilleure. Ils espèrent la paix et sont particulièrement attirés par le « mythe occidental », représenté dans les médias. Les jeunes africains rêvent d’une église locale autonome, qui ne soit pas dépendantes d’aides mais une église qui donne vie à ses communautés. Malgré les nombreuses guerres et les explosions irrégulières de violence, les jeunes restent pleins d’espoir. Dans les pays occidentaux, leurs rêvent sont centrés sur le développement personnel et l’auto-réalisation. Partout, il y a un fossé entre les désirs des jeunes et leur capacité à prendre des décisions sur le long terme.
4. Le rapport à la technologie
Il faut comprendre la dualité qui existe dans l’utilisation de la technologie. Alors que des avancées modernes ont réellement amélioré nos vies, nous devons être mesurés quant aux conséquences négatives possibles de leur emploi. La technologie a pour certains permis d’élargir le cercle de leurs relations mais pour beaucoup d’autres cela a pris la forme d’une addiction, qui vient remplacer les relations humaines, et même la relation à Dieu. En tous cas, la technologie a maintenant une place incontournable dans la vie des jeunes et doit être appréhendée en conséquence. Paradoxalement, dans certains pays, la technologie et particulièrement internet est accessible alors qu’il manque les besoins et services, parmi les plus élémentaires.
L’impact des réseaux sociaux dans la vie des jeunes ne peut être sous-estimé. Ils participent de manière significative à la construction de l’identité d’un jeune et à sa manière de vivre. Le monde digital a un grand potentiel pour réunir les peuples malgré les distances géographiques, comme jamais auparavant. L’échange d’informations, d’idéaux, de valeurs et d’intérêts communs est croissant. L’accès à des outils d’apprentissage en ligne a ouvert des opportunités d’éducation dans des régions éloignées.
Cependant, l’ambiguïté de la technologie devient évidente quand cela mène au développement de certains vices. Ce danger se manifeste à travers certains comportements comme l’isolement, la paresse, la désolation et l’ennui. Il est évident que les jeunes du monde entier deviennent de plus en plus dépendants et consomment de manière obsessive les produits médiatiques. On note aussi que malgré le fait de vivre dans un monde hyper-connecté, la communication entre les jeunes est restreinte à un échange entre personnes similaires. Il existe un manque d’espaces et d’opportunités pour aller à la rencontre de la différence. La culture des masses médias exerce encore de nombreuses influences sur la vie des jeunes et leurs idéaux. L’arrivée des réseaux sociaux a amené de nouveaux défis dans la mesure où les entreprises qui les possèdent, ont pris le pouvoir sur la vie des jeunes. Parfois, les jeunes séparent leurs comportements en ligne de leur comportement réel. Il est nécessaire d’offrir une formation aux jeunes pour les guider dans leur vie digitale. Les relations en ligne peuvent devenir inhumaines. Les espaces digitaux nous rendent aveugles à la vulnérabilité de l’être-humain et nous empêchent de réfléchir par nous-mêmes.
Les problèmes comme la pornographie faussent la perception qu’on les jeunes de la sexualité. La technologie créait une réalité parallèle qui ignore la dignité humaine. D’autres risques incluent : la perte d’identité associée à la mauvaise représentation de la personne humaine, la construction virtuelle d’une nouvelle personnalité, et la perte d’un contact direct avec l’entourage. Il y a également d’autres risques à plus long terme, parmi lesquels : la perte de la mémoire, de sa culture, de sa créativité, dus à un accès immédiat à l’information, et une perte de la capacité de concentration liée à la fragmentation. Plus encore, il existe une culture et une dictature des apparences. Le débat sur la technologie n’est pas limité à internet. En ce qui concerne les questions bioéthiques, la technologie pose de nouveaux défis et risques au regard de la protection de la vie humaine, à chaque étape. L’émergence de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies comme les robotiques et automatisation soulèvent des risques liés à la perte d’emplois. La technologie peut aller à l’encontre de la dignité humaine si elle n’est pas utilisée avec conscience et modération. Elle doit replacer l’humain au cœur de son utilisation.
Nous proposons deux idées concrètes concernant la technologie. Premièrement, en engageant un dialogue avec les jeunes, l’Eglise devrait approfondir sa compréhension de la technologie, afin d’aider ces jeunes à en discerner l’usage. De plus, l’Eglise devrait voir la technologie, particulièrement internet, comme un espace fertile pour la Nouvelle évangélisation. Les résultats de ces réflexions devraient être formalisés à travers un document officiel de l’Eglise. Deuxièmement, l’Eglise devrait aborder la crise généralisée de la pornographie, des viols d’enfants en ligne, et s’exprimer sur les atteintes que cela porte à notre humanité.
5. Recherche du sens de la vie
Beaucoup de jeunes, quand on leur pose la questions « Quel est le sens de ta vie ? » ne savent pas comment répondre. Ils ne font pas toujours le lien entre leur vie et la transcendance. Beaucoup de jeunes, ayant perdu confiance dans les institutions, se sont détachés de la religion et ne se voient pas comme « religieux ». Cependant, les jeunes sont ouverts à la spiritualité. Beaucoup regrettent aussi la rareté avec laquelle les jeunes cherchent une réponse au sens de leur vie dans un contexte de foi et d’Eglise. Dans beaucoup de régions du monde, les jeunes attribuent le sens de leur vie à leur travail et à leur succès personnel. La difficulté à trouver une stabilité personnelle et professionnelle dans ces régions produit insécurité et anxiété. Beaucoup doivent émigrer pour trouver un travail. D’autres abandonnent leur famille et leur culture à cause de l’instabilité économique. Il faut souligner que quand les jeunes se posent des questions sur le sens de leur vie, cela ne veut pas forcément dire qu’ils sont prêts à s’engager fermement avec Jésus ou avec l’Eglise. Aujourd’hui, la religion n’est plus vue comme le biais par lequel le jeune cherche du sens, ils se tournent souvent vers d’autres courants et idéologies plus modernes. Les scandales attribués à l’Eglise, réels ou véhiculés, affectent la confiance des jeunes dans l’Eglise et dans les institutions qu’elle représente.
L’Eglise peut jouer un rôle vital pour s’assurer que les jeunes ne soient pas marginalisés mais se sentent acceptés. Cela peut arriver quand nous cherchons à promouvoir la dignité des femmes, à la fois dans l’Eglise et dans la société en général. Le fait que les femmes n’aient pas une place équivalente à celle des hommes reste un problème dans la société. Cela est également vrai dans l’Eglise. Il y a de beaux exemples de femmes consacrées dans des communautés religieuses et ayant des responsabilités. Cependant, pour certaines femmes, ces exemples ne sont pas toujours visibles. Une question clé des réflexions de groupes a concerné les lieux où les femmes peuvent s’épanouir dans l’Eglise et la société. L’Eglise peut aborder ces problèmes dans une vraie discussion et avec une ouverture d’esprit à différentes idées et expériences.
Il existe souvent de profonds désaccords parmi les jeunes, à la fois dans l’Eglise et dans le monde, sur certains de ses enseignements qui sont particulièrement sensibles. Quelques exemples : contraception, avortement, homosexualité, cohabitation, mariage et comment la prêtrise est perçue dans les différentes réalités de l’Eglise. Il est important de noter que, quelque soit le niveau de compréhension des enseignements de l’Eglise, des désaccords et des discussions sont toujours en cours parmi les jeunes sur ces sujets polémiques. Par conséquent, ils peuvent vouloir voir l’Eglise changer ses enseignements ou au moins avoir accès à de meilleures explications et formations sur ces questions. Même si un débat interne existe, les jeunes catholiques, dont les convictions sont en conflit avec les enseignements officiels, veulent rester dans l’Eglise. Beaucoup de jeunes catholiques acceptent ces enseignements et trouvent en eux une source de joie. Ils ne désirent pas seulement que l’Eglise tienne fermement ses positions malgré leurs impopularités mais qu’elle les proclame avec une plus grande profondeur dans ses enseignements.
A travers le monde, la relation au sacré est compliquée. La chrétienté est souvent vue comme quelque chose qui appartient au passé et ses valeurs ou sa pertinence dans notre vie ne sont plus comprises. En même temps, dans certaines communautés la priorité est donnée au sacré car la vie quotidienne est structurée autour de la religion. Dans certains contextes asiatiques, le sens de la vie peut être associé avec des philosophies orientales.
Finalement, beaucoup d’entre nous veulent vraiment connaître Jésus mais nous avons souvent du mal à réaliser qu’il est la seule source de la vraie découverte de soi, car c’est dans la relation avec lui que la personne humaine se découvre pleinement. Ainsi, les jeunes veulent des témoins authentiques, des hommes et des femmes qui donnent une image vivante et dynamique de leur foi et de leur relation avec Jésus, des personnes qui encouragent les autres à approcher, rencontrer et tomber amoureux de Jésus.
DEUXIEME PARTIE
FOI ET VOCATION, DISCERNEMENT ET ACCOMPAGNEMENT
C’est à la fois une joie et une responsabilité sacrées d’accompagner les jeunes dans leur cheminement de foi et dans leur discernement. Les jeunes sont plus réceptifs à « un chemin de vie » qu’à un discours théologique abstrait, ils sont plus conscients et réceptifs et plus engagés quand ils sont acteurs dans l’Eglise et dans le monde. Pour cela, il est important de comprendre comment les jeunes perçoivent la foi et la vocation et les défis qu’ils rencontrent pour discerner.
6. Les jeunes et Jésus
La relation entre les jeunes et Jésus est aussi variée que le nombre de jeunes sur terre. Beaucoup de jeunes connaissent Jésus et le reconnaissent comme leur Sauveur et le Fils de Dieu. De plus, les jeunes trouvent souvent une relation de proximité avec Jésus à travers sa Mère, Marie. D’autres jeunes peuvent ne pas avoir une telle relation de proximité avec Jésus mais le voient comme un guide et un homme bien. Beaucoup de jeunes voient Jésus comme un personnage historique, quelqu’un d’une autre époque et d’une autre culture, qui n’est pas pertinent pour leur vie. Enfin, certains jeunes perçoivent Jésus comme un personnage éloigné de la vie humaine, pour eux, cette distance est entretenue par l’Eglise. Les jeunes ont de fausses images de Jésus qui les amènent souvent à ne pas être attirés par lui. Ils ont une vision erronée du modèle chrétien, et donc de ses règles, qui semblent éloignées des gens ordinaires . Ainsi, pour certains, le Christianisme est perçu comme inatteignable.
Pour éclaircir les confusions des jeunes concernant Jésus, il est possible de retourner aux Ecritures pour mieux comprendre, en profondeur, la personne du Christ, sa Vie et son Humanité. Les jeunes ont besoin de rencontrer le Christ, pas de le percevoir comme un objectif moral impossible à atteindre. Cependant, ils ne sont pas sûrs de savoir comment faire. L’Eglise doit encourager cette rencontre.
7. La Foi et l’Eglise
Pour beaucoup de jeunes, la foi est devenue personnelle et non communautaire. L’expérience négative de l’Église reçue par certains jeunes y a contribuée. Beaucoup de jeunes ont une relation personnelle avec Dieu qui est « spirituelle et non religieuse » ou uniquement focalisée sur la relation avec Jésus Christ. Pour certains jeunes, l’Eglise a développé une culture qui se focalise sur les membres de l’institution et non sur la personne du Christ. D’autres jeunes voient les responsables religieux comme déconnectés des réalités et plus intéressés par les tâches administratives que par la recherche de la construction d’une communauté. D’autres enfin voient l’Eglise comme non pertinente. L’Eglise semble oublier qu’elle est le peuple de Dieu et non une institution. Pour d’autres jeunes, l’Eglise est proche d’eux, en particulier en Afrique, en Asie et en Amérique latine et dans certains mouvements mondiaux ; même certains jeunes qui ne vivent pas l’Evangile se sentent aussi proches de l’Eglise. Ce sens de l’appartenance et de la famille soutient les jeunes sur leur chemin de vie. Sans cet ancrage avec le soutien de la communauté et de l’appartenance, les jeunes se sentent isolés pour faire face aux difficultés. De nombreux jeunes ne ressentent pas le besoin de faire partie de l’Eglise et trouve du sens à leur vie en dehors de cette Église.
Malheureusement, dans certaines parties du monde, de nombreux jeunes quittent l’Eglise. Il est crucial de comprendre ce phénomène pour aller de l’avant. Les jeunes qui sont déconnectés de l’Eglise ou qui la quitte le font après avoir expérimenté l’indifférence, le jugement ou le rejet. Parfois, certains assistent, participent ou quittent une messe sans expérimenter le sens de la Communauté ou de la famille dans le Corps du Christ. Les chrétiens professent un Dieu vivant mais certains assistent à des messes ou appartiennent à des communautés qui semblent mortes. Les jeunes sont attirés par la joie qui devrait être caractéristique de notre foi. Les jeunes veulent voir dans l’Eglise un témoignage vivant de ce qu’elle enseigne, un témoignage authentique vers la sainteté, ce qui inclut la reconnaissance de ses erreurs et la demande de pardon. Les jeunes attendent des responsables de l’Eglise (ordonnés, religieux ou laïcs) qu’ils soient des exemples forts. Reconnaître que les modèles de foi sont authentiques et vulnérables permet aux jeunes d’être eux-mêmes librement authentiques et vulnérables. Ce n’est pas détruire le caractère sacré de leur ministère mais c’est pour permettre aux jeunes d’être inspirés par leur chemin vers la sainteté. Dans beaucoup d’occasions, les jeunes ont du mal à trouver un espace dans l’Eglise où ils peuvent participer activement et prendre des responsabilités. Les jeunes ont l’impression que dans l’Eglise on les considèrent comme trop jeunes et inexpérimentés pour prendre des responsabilités, comme s’ils n’allaient faire que des erreurs. Les jeunes ont besoin qu’on leur fasse confiance pour diriger, prendre des décisions et être acteur de leur propre chemin spirituel. Ce n’est pas seulement imiter leurs ainés mais réellement prendre la mesure de leurs responsabilités et de leur mission, vivre pleinement. Les mouvements et communautés nouvelles de l’Eglise ont développé des chemins fructueux non seulement pour évangéliser les jeunes mais aussi pour les responsabiliser pour qu’ils soient les premiers ambassadeurs de leur foi auprès de leurs pairs.
Les jeunes ont également l’impression que les femmes ont un rôle peu clair dans l’Eglise. S’il est difficile pour les jeunes d’avoir un sentiment d’appartenance et de leader dans l’Eglise, cela est encore plus compliqué pour les jeunes femmes. Il serait utile pour les jeunes que l’Eglise clarifie le rôle des femmes et aide les jeunes à mieux le comprendre.
8. Le sens vocationnel de la vie
Il faut une compréhension simple et claire de la vocation, qui souligne le sens de l’appel et la mission, des désirs et des aspirations, pour en faire un concept plus identifiable pour les jeunes à ce stade de leurs vies. La vocation a souvent été présentée comme un concept abstrait, perçu comme trop éloigné des préoccupations de beaucoup. En général, ils comprennent l’importance de donner du sens et un but à sa vie, mais beaucoup ne savent pas comment connecter cela à la vocation comme un cadeau et un appel de Dieu.
Le terme « vocation » est devenu synonyme de la prêtrise et de la vie religieuse dans la culture ecclésiale. Si ces vocations spécifiques sont des appels sacrés qui devraient être célébrés, il est important pour les jeunes qu’ils sachent que leur vocation est par essence celle de leur vie, et que chaque personne a la responsabilité de discerner ce que Dieu l’appelle à être et à faire. Il y a une plénitude à chaque vocation qui doit être soulignée afin d’ouvrir les cœurs des jeunes à cette possibilité.
Les jeunes de croyances diverses voient la vocation comme ouverte à la vie, à l’amour, aux aspirations, comme une contribution pour le monde et une manière d’avoir un impact. Le terme vocation n’est pas clair pour beaucoup de jeunes ; c’est pourquoi il est nécessaire de mieux comprendre la vocation chrétienne (prêtrise, vie religieuse, ministère laïc, mariage et famille, rôle dans la société, etc.) et l’appel universel à la sainteté.
9. Le discernement vocationnel
Discerner sa vocation peut être un défi, notamment aux vues des idées reçues sur le terme. Néanmoins, les jeunes vont relever le défi. Discerner sa vocation peut être une aventure sur leur chemin de la vie. Cela étant dit, beaucoup de jeunes ne savent pas comment mettre en place un processus de discernement, c’est donc une occasion pour l’Eglise de les accompagner.
Beaucoup de facteurs influencent la capacité des jeunes à discerner leurs vocations, comme l’Eglise, les différences culturelles, la recherche de travail, les réseaux sociaux, les attentes familiales, la santé mentale et l’état d’esprit, le bruit, la pression des pairs, les scenarios politiques, la société, la technologie, etc. Passer du temps en silence, dans l’introspection et la prière, ainsi que la lecture des Ecritures et l’approfondissement de la connaissance de soi sont des opportunités que très peu de jeunes saisissent. Il faudrait faire plus de place à ces propositions. L’engagement dans des groupes basés sur la foi, les mouvements, les communautés dont on partage les valeurs peut aussi aider les jeunes dans leur discernement.
On reconnaît en particulier les défis propres auxquels font face les jeunes femmes quand elles discernent leur vocation et leur place dans l’Eglise. Tout comme le oui de Marie à l’appel de Dieu est préalable à l’expérience chrétienne, les jeunes femmes ont besoin de place pour dire leur propre « oui » à leur vocation. Nous encourageons l’Eglise à approfondir sa compréhension du rôle de la femme et à valoriser les jeunes femmes, à la fois laïques et consacrées, dans l’esprit de l’amour de l’Eglise pour Marie, la mère de Jésus.
10. Les jeunes et l’accompagnement
Les jeunes cherchent des compagnons sur leur chemin de vie, pour marcher avec eux, des hommes de foi et des femmes qui expriment la vérité et permettent aux jeunes d’exprimer leur compréhension de la foi et de leur vocation. Ces personnes n’ont pas besoin d’être des modèles de foi à imiter, mais plutôt des témoins. De telles personnes devraient évangéliser par leur vie. Beaucoup pourraient être témoins, que ce soit des personnes d’un entourage familial, des collègues dans une communauté locale, ou des martyrs qui témoignent de leur foi par leurs vies.
Les qualités attendues de ces accompagnateurs : être un chrétien fidèle et engagé dans l’Eglise et le monde, qui cherche constamment la sainteté, quelqu’un en qui l’on peut avoir confiance, qui ne juge pas, qui écoute activement les besoins des jeunes et y répond avec bienveillance, quelqu’un qui aime profondément, avec conscience, qui reconnaît ses limites et connaît les joies et les peines d’un chemin de vie spirituelle.
Une qualité particulièrement importante chez les accompagnateurs est la reconnaissance de leur propre humanité et d’être faillibles : pas des personnes parfaites mais des pêcheurs pardonnés. Parfois, les accompagnateurs spirituels sont mis sur un piédestal, et quand ils tombent, cela a un réel impact dévastateur sur la capacité des jeunes à continuer leurs engagements dans l’Eglise.
Les accompagnateurs ne doivent pas conduire les jeunes comme s’ils étaient des sujets passifs mais ils doivent marcher avec eux en leur donnant d’être acteur de leur cheminement. Ils doivent respecter la liberté des jeunes qu’ils rencontrent, dans leurs chemins de discernement et aussi les équiper avec des outils précieux pour ce discernement. Un accompagnateur doit profondément croire dans la capacité du jeune à participer à la vie de l’Eglise. L’accompagnateur doit semer les grains de la foi dans la terre des jeunes sans attendre de voir instantanément les fruits de son travail.
Ce rôle ne doit pas être limité aux prêtres et aux consacrés mais les laïcs doivent être encouragés et appelés à cette mission. Tous doivent bénéficier d’une bonne formation initiale et continue.
TROISIEME PARTIE
ACTION EDUCATIVE ET PASTORALE DE L’EGLISE
11. Le style d’Eglise
Aujourd’hui, les jeunes attendent une Eglise authentique. Plus précisément, nous voulons dire aux responsables hiérarchiques de l’Eglise, que nous devons être une communauté transparente, accueillante, honnête, attirante, accessible, joyeuse, une communauté qui communique.
Une Eglise crédible est une Eglise qui ne craint pas de se montrer vulnérable. L’Eglise devrait pouvoir reconnaître rapidement et honnêtement ses erreurs passées et présentes, accepter qu’elle est composée de personnes pouvant être dans l’erreur ou l’incompréhension. Parmi les fautes à reconnaître, on peut nommer notamment les multiples abus sexuels et les mauvaises gestions financières.
L’Eglise devrait continuer à renforcer sa position de non-tolérance en ce qui concerne les abus sexuels au sein des institutions. En admettant avec humilité son humanité, l’Eglise verra sans aucun doute son message plus crédible et plus accessible pour les jeunes du monde entier. Si l’Eglise agit de la sorte, cela la différenciera des autres institutions dans lesquelles la plupart des jeunes n’ont pas confiance.
De plus, l’Eglise remarque l’attention des jeunes à être enracinés en Christ. Jésus-Christ est la Vérité qui construit l’Eglise d’une manière différente que tout autre organisation internationale que nous pouvons identifier. Par conséquent, nous demandons que l’Eglise continue à proclamer la joie de l’Evangile en se laissant guider par l’Esprit-Saint.
Nous désirons que l’Eglise répande son message à travers les moyens modernes de communication. La jeune Eglise voudrait aussi que les responsables ecclésiaux abordent les sujets sensibles tels que l’homosexualité et les questions de genre, sujets dont nous parlons déjà entre nous, librement et sans tabou. Certains perçoivent l’Eglise comme opposée à la science, mais son dialogue avec le monde scientifique est aussi important, comme une science qui peut illuminer la beauté de la création. Dans ce contexte, l’Eglise devrait également prêter attention aux problèmes environnementaux, particulièrement ce qui concerne la pollution. Nous désirons aussi voir une Eglise compatissante, qui aille rejoindre ceux en difficulté, à la marge, les persécutés et les plus pauvres. Une Eglise attractive et une Eglise en relation.
12. Jeunes Leaders
L’Eglise doit impliquer les jeunes dans ses processus de prise de décisions et leur offrir davantage de rôles de leadership. Ces positions valent à la fois pour l’échelon paroissial, diocésain, national et international, et même dans le cadre d’une commission au Vatican. Nous ressentons fortement que nous sommes prêts à devenir des responsables qui peuvent grandir et être aidés par les personnes plus âgées de l’Eglise, que ce soit des religieux ou des laïcs, hommes et femmes. Nous avons besoin de programmes pour jeunes leaders qui les formeraient et veilleraient à leur développement continu. Certaines jeunes femmes ont le sentiment qu’il y a un manque de modèles féminins de leaders au sein de l’Eglise quand elles souhaiteraient faire don de leurs capacités intellectuelles et professionnelles à l’Eglise. Nous pensons également que les séminaristes et les religieux devraient être à même d’accompagner les jeunes leaders.
Au-delà du processus institutionnel de prise de décisions, nous voulons être une présence joyeuse, enthousiaste et missionnaire au sein de l’Eglise. Nous exprimons également le souhait d’être une voix créatrice dans l’Eglise. Cette créativité se retrouve dans la musique, la liturgie et les arts. Actuellement, il s’agit d’un potentiel inexploité, la créativité étant souvent dominée par des membres plus âgés.
Il y a aussi un désir d’avoir des communautés fortes, dans lesquelles les jeunes partagent leurs combats et témoignages avec d’autres. Dans beaucoup d’endroits, ces propositions existent grâce aux initiatives des laïcs, des mouvements, des associations, mais elles attendent un meilleur soutien, à la fois officiel et financier.
La jeune Eglise regarde également en dehors d’elle-même. Les jeunes ont une passion pour la politique, les activités civiles et humanitaires. Ils veulent agir en tant que catholiques dans l’espace public pour le bien de toute la société. Dans tous ces aspects de la vie de l’Eglise, les jeunes souhaitent être accompagnés et pris au sérieux, c’est-à-dire considérés comme des membres pleinement responsables de l’Eglise.
13. Les lieux préférés
Nous souhaitons que l’Eglise nous rencontre dans les lieux divers où elle est actuellement peu ou pas présente. Avant tout, la place où nous souhaitons que l’Eglise nous rencontre est la rue, où toutes les personnes se trouvent. L’Eglise doit essayer d’être créative dans les nouvelles manières de rencontrer les gens là où ils sont à l’aise et où ils sortent : bars, café, parcs, salles de sport, stades et n’importe quel lieu de culture populaire. Une attention particulière doit être donnée aux lieux où l’accès est plus difficile, comme les bases militaires, les lieux de travail ou les zones rurales. Comme ces environnements, nous avons besoin de la lumière de la foi dans des lieux plus difficiles : orphelinats, hôpitaux, quartiers défavorisés et difficiles, régions ravagées par la guerre, prisons, centres de réinsertions.
Alors que l’Eglise rencontre beaucoup d’entre nous à l’Ecole ou à l’Université à travers le monde, nous voulons voir sa présence plus forte et plus efficace. On ne gâche pas les ressources quand on les investit dans ces lieux où beaucoup de jeunes passent la plus part de leur temps et s’intéressent à des personnes de milieux socio-professionnels variés. Beaucoup d’entre nous sommes déjà des membres croyants-convaincus de nos communautés paroissiales ou membres d’institutions, associations et organisations variées dans l’Eglise. Il est impératif que ceux qui sont déjà engagés soient soutenus par leur communauté ecclésiale pour qu’ils soient plus forts et inspirés pour évangéliser le monde extérieur.
Parmi les nombreux lieux concrets où l’Eglise peut nous rencontrer, le monde digital doit être pris en compte par l’Eglise. Nous voulons voir une Eglise qui est accessible à travers les réseaux sociaux et les autres espaces digitaux, pour présenter plus facilement et plus efficacement l’information sur l’Eglise et ses enseignements et pour promouvoir la formation aux jeunes. Pour faire court, nous voulons que l’Eglise nous rencontre là où nous sommes intellectuellement, émotionnellement, spirituellement, socialement et physiquement.
14. Les initiatives à renforcer
Nous avons soif d’expériences qui ancrent notre relation à Jésus dans le monde réel. Les initiatives qui rencontrent du succès nous offrent une expérience de Dieu. C’est pourquoi nous répondons à des propositions qui nous offrent une compréhension des sacrements, de la prière et la liturgie, afin de partager et de rendre compte convenablement de notre foi dans un monde sécularisé. Les sacrements sont d’une grande valeur pour nous qui désirons développer le sens plus profond de ce qu’ils signifient dans nos vies. Cela vaut pour la préparation au mariage, le sacrement de la réconciliation, la préparation au baptême des enfants… Du fait du manque de clarté et de présentation attrayante de ce que les sacrements offrent vraiment, certains d’entre nous y avons recours en les sous-évaluant.
Les initiatives qui portent du fruit sont : les évènements comme les JMJ, les programmes et formations qui donnent des réponses, notamment pour les nouveaux convertis, les actions caritatives, la catéchèse, les week-ends de retraite et les exercices spirituels, les événements charismatiques, les chorales, les groupes d’adoration et louange, les pèlerinages, les équipes sportives catholiques, les groupes de jeunes de paroisse ou de diocèse, les groupes d’études bibliques, les aumôneries universitaires, différentes applis sur la foi, et l’immense variété de mouvements et d’associations au sein de l’Eglise.
Nous répondons positivement à des événements de grande ampleur bien organisés, en ayant à l’esprit que tous les événements ne doivent pas être organisés à cette échelle. Les petits groupes locaux, où on peut exprimer ses questions et partager entre disciples du Christ, sont également essentiels pour maintenir la foi. Ces plus petits événements, à l’échelle locale, peuvent faire le lien entre les grands événements d’Eglise et la paroisse. Se rassembler de la sorte est particulièrement important pour les jeunes vivant dans des pays acceptant peu les chrétiens.
Les aspects sociaux et spirituels des initiatives de l’Eglise peuvent être complémentaires. Il y a un fort désir pour des actions caritatives et d’évangélisation auprès de personnes luttant contre la maladie ou les addictions, tout en engageant le dialogue avec des personnes de divers religions, cultures et/ou contextes socio-économiques. L’Eglise devrait renforcer les initiatives qui luttent contre la traite humaine, la migration forcée et les narcotrafiquants, particulièrement en Amérique Latine.
15. Les instruments à utiliser
L’Eglise doit adopter un langage qui intègre les fonctionnements et les cultures des jeunes pour que toutes les personnes aient l’opportunité d’entendre le message de l’Evangile. Cependant, nous sommes passionnés par différentes expressions de l’Eglise.
Certains mettent l’accent sur la prière à l’Esprit Saint, notamment au travers des mouvements charismatiques. D’autres préfèrent le silence, la méditation et les liturgies traditionnelles.
Toutes cela est bon et nous aident à prier de différentes manières. A l’extérieur de l’Eglise, de nombreux jeunes cherchent une spiritualité qui les satisfait, l’Eglise devrait être là pour les appeler et leur donner les bons instruments. Multimédia – Internet offre une opportunité sans précédent à l’Eglise d’évangéliser, particulièrement avec les médias sociaux et les vidéos en ligne. En tant que jeune de cette « génération médias », nous pourrions guider cette évolution. Il s’agit également d’une place pour aller à la rencontre d’autres et d’appeler des jeunes d’autres religions et des non-croyants. La « Vidéo du Pape » ou les séries de vidéos sur le Pape sont un bon exemple de l’utilisation des médias pour l’évangélisation.
Les années de césure – Les années de service au sein de mouvements ou de volontariats donnent aux jeunes une expérience de mission et un espace de discernement. Cela créé également une opportunité pour l’Eglise de rencontrer des non-croyants ou des personnes d’autres religions dans le monde. Les arts et la beauté – La beauté est universellement reconnue et l’Eglise a une histoire d’engagement pour l’évangélisation à travers les arts, comme la musique, l’art visuel, l’architecture, le design… Les jeunes sont très demandeurs sur ce point et aiment beaucoup tout ce qui est créatif et expressif.
· Adoration, méditation et contemplation – Nous apprécions également le contraste entre le silence offert par la tradition de l’Eglise à travers l’adoration eucharistique et la prière contemplative. Cela donne un espace au milieu du bruit constant des communications modernes et c’est en ce lieu silencieux que nous rencontrons Jésus. Le silence permet d’écouter la voix de Dieu et de discerner sa volonté pour nous. Les gens en-dehors de l’Eglise apprécient aussi la méditation, et la riche culture de l’Eglise sur ce point peut être un pont pour ces personnes spirituelles qui ne pratiquent pas. Cela peut-être à contre-courant, mais efficace.
· Témoins – Les histoires personnelles de l’Eglise sont des moyens efficaces d’évangéliser comme des expériences personnelles qui ne peuvent être débattues. Les témoignages des chrétiens d’aujourd’hui ou des chrétiens persécutés au Moyen-Orient, sont des témoignages forts d’une vie pleinement trouvée dans l’Eglise. Les histoires des Saints sont aussi à relever comme des passages vers la sainteté, de plein accomplissement.
· Le processus synodal– Nous sommes ravis d’avoir été pris au sérieux par les responsables hiérarchiques de l’Eglise et nous pressentons que ce dialogue entre les jeunes et les plus âgés dans l’Eglise est vital, et que cela va porter du fruit. Ce serait dommage que ce dialogue ne puisse pas continuer et grandir ! Cette culture d’ouverture est extrêmement saine pour nous.
Au début de cette rencontre du Pré-Synode et dans l’esprit de ce dialogue, le pape François nous a partagé ce verset biblique : « Après cela, je déverserai mon Esprit sur tout être humain ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes gens des visions. » Joël 3, 1.

Église en sortie 23 mars 2018

Cette semaine à Église en sortie, on s’intéresse aux « Lettres biologiques » du Frère Marie-Victorin avec l’auteur et historien Yves Gingras. On vous présente un reportage sur le Forum jeunesse 2018 de l‘Assemblée des évêques catholiques du Québec. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Ellen Roderick, co-directrice de l’Office pour le mariage, la vie et la famille de l’archidiocèse de Montréal, sur les « lettres biologiques » dans le contexte de l’enseignement de l’Église sur la sexualité.

Homélie du pape François pour la Fête de la Présentation du Seigneur et pour la 22e Journée mondiale de la vie consacrée:

CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de l’homélie du pape François tel que prononcé lors de la Messe de la Fête de la Présentation du Seigneur et de la XXII journée mondiale de la vie consacrée:

Quarante jours après Noël, nous célébrons le Seigneur qui, en entrant dans le temple, va à la rencontre de son peuple. Dans l’Orient chrétien, cette fête est précisément désignée comme la ‘‘Fête de la rencontre’’: c’est la rencontre entre le Divin Enfant, qui apporte la nouveauté, et l’humanité en attente, représentée par les anciens du temple.

Dans le temple se produit également une autre rencontre, celle entre deux couples : d’une part les jeunes gens Marie et Joseph, d’autre part les anciens Siméon et Anne. Les anciens reçoivent des jeunes gens, les jeunes gens se ressourcent auprès des anciens. Marie et Joseph retrouvent en effet dans le temple les racines du peuple, et c’est important, car la promesse de Dieu ne se réalise pas individuellement et d’un seul coup, mais ensemble et tout au long de l’histoire. Et ils trouvent aussi les racines de la foi, car la foi n’est pas une notion à apprendre dans un livre, mais l’art de vivre avec Dieu, qui s’apprend par l’expérience de ceux qui nous ont précédés sur le chemin. Ainsi, les deux jeunes, en rencontrant les anciens, se retrouvent eux-mêmes. Et les deux anciens, vers la fin de leurs jours, reçoivent Jésus, le sens de leur vie. Cet épisode accomplit ainsi la prophétie de Joël : « Vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions » (3, 1). Dans cette rencontre, les jeunes voient leur mission et les anciens réalisent leurs rêves. Tout cela parce qu’au centre de la rencontre se trouve Jésus.

Regardons-nous, chers frères et sœurs consacrés. Tout a commencé par la rencontre avec le Seigneur. D’une rencontre et d’un appel, est né le chemin de consécration. Il faut en faire mémoire. Et si nous faisons bien mémoire, nous verrons que dans cette rencontre nous n’étions pas seuls avec Jésus : il y avait également le peuple de Dieu, l’Église, les jeunes et les anciens, comme dans l’Évangile. Il y a là un détail intéressant : tandis que les jeunes gens Marie et Joseph observent fidèlement les prescriptions de la Loi – l’Évangile le dit quatre fois – ils ne parlent jamais ; les anciens Siméon et Anne arrivent et prophétisent. Ce devrait être le contraire : en général, ce sont les jeunes qui parlent avec enthousiasme de l’avenir, tandis que les anciens gardent le passé. Dans l’Evangile c’est l’inverse qui se passe, car quand on rencontre le Seigneur, les surprises de Dieu arrivent à point nommé. Pour leur permettre d’avoir lieu dans la vie consacrée, il convient de se rappeler qu’on ne peut pas renouveler la rencontre avec le Seigneur sans l’autre : ne jamais laisser quelqu’un derrière, ne jamais faire de mise à l’écart générationnelle, mais s’accompagner chaque jour, mettant le Seigneur au centre. Car si les jeunes sont appelés à ouvrir de nouvelles portes, les anciens ont les clefs. Et la jeunesse d’un institut se trouve dans le ressourcement aux racines, en écoutant les anciens. Il n’y a pas d’avenir sans cette rencontre entre les anciens et les jeunes; il n’y a pas de croissance sans racines et il n’y a pas de floraison sans de nouveaux bourgeons. Jamais de prophétie sans mémoire, jamais de mémoire sans prophétie ; et il faut toujours se rencontrer.

La vie frénétique d’aujourd’hui conduit à fermer de nombreuses portes à la rencontre, souvent par peur de l’autre. – Les portes des centres commerciaux et les connexions de réseau demeurent toujours ouvertes -. Mais que dans la vie consacrée ceci ne se produise pas : le frère et la sœur que Dieu me donne font partie de mon histoire, ils sont des dons à protéger. Qu’il n’arrive pas de regarder l’écran du cellulaire plus que les yeux du frère ou de s’attacher à nos programmes plus qu’au Seigneur. Car quand on place au centre les projets, les techniques et les structures, la vie consacrée cesse d’attirer et ne communique plus ; elle ne fleurit pas, parce qu’elle oublie ‘‘ce qu’elle a sous terre’’, c’est-à-dire les racines.

La vie consacrée naît et renaît de la rencontre avec Jésus tel qu’il est : pauvre, chaste et obéissant. Il y a une double voie qu’elle emprunte : d’une part l’initiative d’amour de Dieu, d’où tout part et à laquelle nous devons toujours retourner ; d’autre part, notre réponse, qui est la réponse d’un amour authentique quand il est sans si et sans mais, quand il imite Jésus pauvre, chaste et obéissant. Ainsi, tandis que la vie du monde cherche à accaparer, la vie consacrée renonce aux richesses qui passent pour embrasser Celui qui reste. La vie du monde poursuit les plaisirs et les aspirations personnelles, la vie consacrée libère l’affection de toute possession pour aimer pleinement Dieu et les autres. La vie du monde s’obstine à faire ce qu’elle veut, la vie consacrée choisit l’obéissance humble comme une liberté plus grande. Et tandis que la vie du monde laisse rapidement vides les mains et le cœur, la vie selon Jésus remplit de paix jusqu’à la fin, comme dans l’Évangile, où les anciens arrivent heureux au soir de leur vie, avec le Seigneur entre les mains et la joie dans le cœur.

Que de bien cela nous fait, comme à Siméon, de tenir le Seigneur « dans les bras » (Lc 2, 28) ! Non pas dans la tête et dans le cœur, mais dans les mains, en tout ce que nous faisons : dans la prière, au travail, à table, au téléphone, à l’école, auprès des pauvres, partout. Avoir le Seigneur dans les mains, c’est l’antidote contre le mysticisme isolé et l’activisme effréné, car la rencontre réelle avec Jésus redresse aussi bien les sentimentalistes dévots que les affairistes frénétiques. Vivre la rencontre avec Jésus, c’est aussi le remède à la paralysie de la normalité, c’est s’ouvrir au remue- ménage quotidien de la grâce. Se laisser rencontrer par Jésus, faire rencontrer Jésus : c’est le secret pour maintenir vivante la flamme de la vie spirituelle. C’est la manière de ne pas se faire absorber par une vie morne, où les plaintes, l’amertume et les inévitables déceptions prennent le dessus. Se rencontrer en Jésus comme frères et sœurs, comme jeunes et anciens, pour surmonter la rhétorique stérile des ‘‘beaux temps passés’’, pour faire taire le ‘‘ici plus rien ne va’’. Si on rencontre chaque jour Jésus et les frères, le cœur ne se polarise pas vers le passé ou vers l’avenir, mais il vit l’aujourd’hui de Dieu en paix avec tous.

À la fin des Évangiles, il y a une autre rencontre avec Jésus qui peut inspirer la vie consacrée : celle des femmes au tombeau. Elles étaient allées rencontrer un mort, leur chemin semblait inutile. Vous aussi, vous allez à contre-courant dans le monde : la vie du monde rejette facilement la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Mais, comme ces femmes, vous allez de l’avant, malgré les préoccupations concernant les lourdes pierres à enlever (cf. Mc 16, 3). Et comme ces femmes, les premiers, vous rencontrez le Seigneur ressuscité et vivant, vous l’étreignez (cf. Mt 28, 9) et vous l’annoncez immédiatement aux frères, les yeux pétillants d’une grande joie (cf. v. 8). Vous êtes aussi l’aube sans fin de l’Église. Je vous souhaite de raviver aujourd’hui même la rencontre avec Jésus, en marchant ensemble vers lui : cela donnera de la lumière à vos yeux et de la vigueur à vos pas.

[00191-FR.01] [Texte original: Italien]

Homélie du pape François lors de la Messe de la Journée mondiale du migrant et du réfugié

CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie intégrale du Pape pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié telle que prononcée lors de la Messe du dimanche 14 janvier 2018 en la basilique Saint-Pierre de Rome. Étaient présent lors de la célébration en présence un bon nombre de migrants et de réfugiés originaires de 49 pays différents, ainsi qu’en présence d’environ 70 représentants diplomatiques accrédités auprès du Saint-Siège et de l’Italie.

Cette année, j’ai voulu célébrer la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié par une messe à laquelle vous avez été invités, vous en particulier, migrants, réfugiés et demandeurs d’asile. Certains d’entre vous sont arrivés depuis peu en Italie, d’autres y résident et y travaillent depuis de nombreuses années, et d’autres encore constituent ce qu’on appelle les «deuxièmes générations».

Tous ont entendu résonner dans cette assemblée la Parole de Dieu, qui nous invite aujourd’hui à approfondir l’appel spécial que le Seigneur adresse à chacun de nous. Comme il l’a fait avec Samuel (cf. 1 S 3, 3b-10.19), il nous appelle par notre nom -à chacun de nous- et nous demande d’honorer le fait que nous avons été créés comme des êtres absolument uniques, tous différents entre nous et avec un rôle singulier dans l’histoire du monde. Dans l’Évangile (cf. Jn 1, 35-42), les deux disciples de Jean demandant à Jésus: «Où demeures-tu ?» (v. 38), laissant entendre que, de la réponse à cette question, dépend leur jugement sur le maître de Nazareth. La réponse de Jésus est claire: «Venez et voyez !» (v. 39), et ouvre à une rencontre personnelle, qui comporte un temps approprié pour accueillir, connaître et reconnaître l’autre.

Dans le Message pour la Journée d’aujourd’hui, j’ai écrit: «Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté (cf. Mt 25, 35.43)». Et, pour l’étranger, le migrant, le réfugié, l’exilé et le demandeur d’asile, chaque porte de la nouvelle terre est aussi une occasion de rencontre avec Jésus. Son invitation «Venez et voyez !» nous est aujourd’hui adressée à tous, communautés locales et nouveaux arrivés. C’est une invitation à surmonter nos peurs pour pouvoir aller à la rencontre de l’autre, pour l’accueillir, le connaître et le reconnaître. C’est une invitation qui offre l’opportunité de se faire le prochain de l’autre pour voir où et comment il vit. Dans le monde d’aujourd’hui, pour les nouveaux arrivés, accueillir, connaître et reconnaître signifie connaître et respecter les lois, la culture et les traditions des pays où ils sont accueillis. Cela signifie également comprendre leurs peurs et leurs appréhensions vis-à- vis de l’avenir. Et pour les communautés locales, accueillir, connaître et reconnaître signifie s’ouvrir à la richesse de la diversité sans préjugés, comprendre les potentialités et les espérances des nouveaux arrivés, de même que leur vulnérabilité et leurs craintes.

La vraie rencontre avec l’autre ne s’arrête pas à l’accueil, mais elle nous invite tous à nous engager dans les trois autres actions que j’ai mis en évidence dans le Message pour cette Journée: protéger, promouvoir et intégrer. Et, dans la rencontre vraie avec le prochain, serons-nous capables de reconnaître Jésus-Christ, qui demande d’être accueilli, protégé, promu et intégré ? Comme nous l’enseigne la parabole évangélique du jugement dernier : le Seigneur avait faim, il avait soif, il était assoiffé, malade, étranger et en prison et il a été secouru par certains, mais pas par d’autres (cf. Mt 25, 31-46). Cette vraie rencontre avec le Christ est source de salut, un salut qui doit être annoncé et apporté à tous, comme nous l’enseigne l’apôtre André. Après avoir révélé à son frère Simon: «Nous avons trouvé le Messie» (Jn 1, 41), André le conduit à Jésus, afin qu’il fasse, lui aussi, cette même expérience de la rencontre.

Il n’est pas facile d’entrer dans la culture des autres, de se mettre à la place de personnes si différentes de nous, de comprendre leurs pensées et leurs expériences. Ainsi nous renonçons souvent à rencontrer l’autre et nous élevons des barrières pour nous défendre. Les communautés locales ont parfois peur que les nouveaux arrivés perturbent l’ordre établi, “volent” quelque chose de ce que l’on a construit péniblement. Les nouveaux arrivés aussi ont des peurs : ils craignent la confrontation, le jugement, la discrimination, l’échec. Ces peurs sont légitimes, elles se fondent sur des doutes parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain. Ce n’est pas un péché d’avoir des doutes et des craintes. Le péché, c’est de laisser ces peurs déterminer nos réponses, conditionner nos choix, compromettre le respect et la générosité, alimenter la haine et le refus. Le péché, c’est de renoncer à la rencontre avec l’autre, à la rencontre avec celui qui est différent, à la rencontre avec le prochain, alors que cela constitue, de fait, une occasion privilégiée de rencontre avec le Seigneur.

C’est de cette rencontre avec Jésus présent dans le pauvre, dans celui qui est rejeté, dans le réfugié, dans le demandeur d’asile, que jaillit notre prière d’aujourd’hui. C’est une prière réciproque: migrants et réfugiés prient pour les communautés locales, et les communautés locales prient pour les nouveaux arrivés et pour les migrants de long séjour. Nous confions à l’intercession maternelle de la Très Sainte Vierge Marie les espérances de tous les migrants et de tous les réfugiés du monde, ainsi que les aspirations des communautés qui les accueillent pour que, conformément au commandement divin le plus élevé de la charité et de l’amour du prochain, nous apprenions tous à aimer l’autre, l’étranger, comme nous nous aimons nous-mêmes.

Source: http://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-01/messe-

Homélie du pape François pour la solennité de l’Épiphanie

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François pour la Solennité de l’Épiphanie telle que célébrée le 6 janvier 2018:

Trois gestes des Mages orientent notre marche à la rencontre du Seigneur qui se manifeste aujourd’hui comme lumière et salut pour tous les peuples. Les Mages voient l’étoile, ils marchent et ils offrent des présents.

Voir l’étoile. C’est le point de départ. Mais pourquoi, pourrions-nous nous demander, seuls les Mages ont-ils vu l’étoile ? Peut-être parce que peu nombreux sont ceux qui avaient levé le regard vers le ciel. Souvent, en effet, dans la vie on se contente de regarder vers le sol : la santé, un peu d’argent et quelques divertissements suffisent. Et je me demande : nous, savons-nous encore lever le regard vers le ciel ? Savons-nous rêver, désirer Dieu, attendre sa nouveauté ; ou bien nous laissons-nous emporter par la vie comme un rameau sec au vent ? Les Mages ne se sont pas contentés de vivoter, de surnager. Ils ont eu l’intuition que, pour vivre vraiment, il faut un but élevé et pour cela il faut avoir le regard levé.

Mais nous pourrions nous demander encore, pourquoi, parmi ceux qui levaient le regard vers le ciel, beaucoup d’autres n’ont pas suivi cette étoile, « son étoile » (Mt 2,2) ? Peut-être parce que ce n’était pas une étoile voyante, qui brillait plus que les autres. C’était une étoile – dit l’Evangile – que les Mages avaient vu « se lever » (v 2.9). L’étoile de Jésus n’aveugle pas, elle n’étourdit pas, mais elle invite doucement. Nous pouvons nous demander quelle étoile nous choisissons dans la vie. Il y a les étoiles éblouissantes qui créent des émotions fortes mais qui n’orientent pas la marche. Il en est ainsi du succès, de l’argent, de la carrière, des honneurs, des plaisirs recherchés comme but de l’existence. Ce sont des météores : ils brillent un peu mais ils tombent vite et leur lueur disparaît. Ce sont des étoiles filantes qui désorientent au lieu d’orienter. L’étoile du Seigneur, au contraire, n’est pas toujours fulgurante, mais toujours
présente ; elle est douce : elle te prend par la main dans la vie, elle t’accompagne. Elle ne promet pas de récompenses matérielles, mais elle assure la paix et donne, comme aux Mages, « une très grande joie » (Mt 2, 10). Mais elle demande de marcher.

Marcher, la deuxième action des Mages, est essentielle pour trouver Jésus. Son étoile, en effet, demande la décision de se mettre en route, la fatigue quotidienne de la marche ; elle demande de se libérer des poids inutiles et des fastes encombrants qui entravent, et d’accepter les imprévus qui apparaissent sur la carte de la vie tranquille. Jésus se laisse trouver par qui le cherche, mais pour le chercher il faut bouger, sortir. Ne pas attendre ; risquer. Ne pas rester immobile ; avancer. Jésus est exigeant : il propose à celui qui le cherche de quitter le fauteuil du confort mondain et les tiédeurs rassurantes de nos cheminées. Suivre Jésus n’est pas un protocole poli à respecter mais un exode à vivre. Dieu qui a libéré son peuple à travers la route de l’exode, et qui a appelé de nouveaux peuples à suivre son étoile, donne la liberté et distribue la joie toujours et seulement en chemin. En d’autres termes, pour trouver Jésus il faut abandonner la peur de se mettre en jeu, la satisfaction de se sentir arrivé, la paresse de ne plus rien demander à la vie. Il faut risquer, simplement pour rencontrer un Enfant. Mais cela en vaut immensément la peine, car en trouvant cet Enfant, en découvrant sa tendresse et son amour, nous nous retrouvons nous-mêmes.

Se mettre en chemin n’est pas facile. L’Evangile nous le montre à travers divers personnages. Il y a Hérode, troublé par la peur que la naissance d’un roi menace son pouvoir. Par conséquent il organise des rencontres et envoie les autres recueillir des informations ; mais lui ne bouge pas, il reste enfermé dans son palais. « Tout Jérusalem » (v. 3) aussi a peur : peur de la nouveauté de Dieu. Elle préfère que tout reste comme avant – “ on a toujours fait ainsi ”-et personne n’a le courage d’aller. Plus subtile est la tentation des prêtres et des scribes. Ils connaissent le lieu exact et l’indiquent à Hérode, en citant l’ancienne prophétie. Ils savent mais ne font pas un pas vers Bethléem. Ce peut être la tentation de celui qui est croyant depuis longtemps : il disserte sur la foi, comme d’une chose qu’il sait déjà mais il ne se met pas en jeu personnellement pour le Seigneur. On parle mais on ne prie pas ; on se lamente mais on ne fait pas de bien. Les Mages, en revanche, parlent peu et marchent beaucoup. Bien qu’ignorants des vérités de foi, ils ont le désir et ils sont en chemin, comme le montrent les verbes de l’Evangile : « venus pour se prosterner » (v. 2), « ils partirent ; entrés ils se prosternèrent ; ils regagnèrent leurs pays » (v. 9.11.12) : toujours en mouvement.

Offrir. Arrivés à Jésus, après un long voyage, les Mages font comme lui : ils donnent. Jésus est là pour offrir sa vie, eux offrent leurs biens précieux : or, encens et myrrhe. L’Evangile se réalise quand le chemin de la vie parvient au don. Donner gratuitement, pour le Seigneur, sans s’attendre à quelque chose en retour : voilà le signe certain d’avoir trouvé Jésus qui dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Faire le bien sans calcul, même si personne nous le demande, même si l’on n’y gagne rien, même si cela ne nous fait pas plaisir. Dieu désire cela. Lui, se faisant petit pour nous, nous demande d’offrir quelque chose pour ses frères les plus petits. Qui sont-ils ? Ils sont justement ceux qui n’ont rien à rendre, comme celui qui se trouve dans le besoin, l’affamé, l’étranger, le prisonnier, le pauvre (cf. Mt 25, 31-46). Offrir un don gratuit à Jésus c’est soigner un malade, donner du temps à une personne difficile, aider quelqu’un qui ne présente pas d’intérêt, offrir le pardon à qui nous a offensé. Ce sont des dons gratuits, ils ne peuvent pas manquer dans la vie chrétienne. Autrement, nous rappelle Jésus, si nous aimons ceux qui nous aiment, nous faisons comme les païens (cf. Mt 5, 46-47). Regardons nos mains, souvent vides d’amour, et essayons aujourd’hui de penser à un don gratuit, sans contrepartie, que nous pouvons offrir. Il sera apprécié du Seigneur. Et demandons-lui : “Seigneur, fais-moi redécouvrir la joie de donner”.

Chers frères et sœurs, faisons comme les Mages : lever la tête, marcher, et offrir des dons gratuits.

Homélie du Pape en la solennité de Marie mère de Dieu

CNS/Paul Haring

Voici l’homélie prononcée par le pape François en la basilique Sant-Pierre ce lundi 1er janvier 2018, solennité de Sainte Marie mère de Dieu, et journée mondiale de la paix.

L’année s’ouvre au nom de la Mère de Dieu. Mère de Dieu est le titre le plus important de la Vierge. Mais une question pourrait surgir : pourquoi disons-nous Mère de Dieu et non Mère de Jésus ? Certains, dans le passé, ont demandé de se limiter à cela, mais l’Eglise a affirmé : Marie est Mère de Dieu. Nous devons être reconnaissants parce que dans ces paroles est contenue une splendide vérité sur Dieu et sur nous. C’est-à-dire que, depuis que le Seigneur s’est incarné en Marie, dès lors et pour toujours, il porte notre humanité attachée à lui. Il n’y a plus Dieu sans homme : la chair que Jésus a prise de sa Mère est sienne aussi maintenant et le sera pour toujours. Dire Mère de Dieu nous rappelle ceci : Dieu est proche de l’humanité comme un enfant de sa mère qui le porte en son sein. Le mot mère (mater), renvoie aussi au mot matière. Dans sa Mère, le Dieu du ciel, le Dieu infini s’est fait petit, s’est fait matière, pour être non seulement avec nous, mais aussi comme nous.

Voilà le miracle, voilà la nouveauté : l’homme n’est plus seul ; plus jamais orphelin, il est pour toujours fils. L’année s’ouvre avec cette nouveauté. Et nous la proclamons ainsi, en disant : Mère de Dieu ! C’est la joie de savoir que notre solitude est vaincue. C’est la beauté de nous savoir fils aimés, de savoir que notre enfance ne pourra jamais nous être enlevée. C’est nous regarder dans le Dieu fragile et enfant entre les bras de sa Mère et voir que l’humanité est chère et sacrée au Seigneur. C’est pourquoi, servir la vie humaine c’est servir Dieu ; et toute vie, depuis celle qui est dans le sein de la mère jusqu’à celle qui est âgée, souffrante et malade, à celle qui est gênante et même répugnante, doit être accueillie, aimée et aidée.

Laissons-nous maintenant guider par l’Evangile d’aujourd’hui. De la Mère de Dieu il est dit une seule phrase : « Elle gardait avec soin toutes ces choses, les méditant en son coeur » (Lc 2, 19). Elle gardait. Simplement elle gardait. Marie ne parle pas : l’Evangile ne rapporte pas même une seule de ses paroles dans tout le récit de Noël. Même en cela la Mère est unie à son Fils. Jésus est un bébé, c’est-à-dire « sans parole ». Lui, le Verbe, la Parole de Dieu qui « à bien des reprises et de bien des manières, dans le passé, a parlé » (He 1, 1), maintenant, à la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), il est muet. Le Dieu devant qui on se tait est un bébé qui ne parle pas. Sa majesté est sans paroles, son mystère d’amour se révèle dans la petitesse. Cette petitesse silencieuse est le langage de sa royauté.

La Mère s’associe à son Fils et elle garde dans le silence. Et le silence nous dit que nous aussi, si nous voulons nous garder, nous avons besoin de silence. Nous avons besoin de demeurer en silence en regardant la crèche. Parce que devant la crèche, nous nous redécouvrons aimés, nous savourons le sens authentique de la vie. Et en regardant en silence, nous laissons Jésus parler à notre coeur : que sa petitesse démonte notre orgueil, que sa pauvreté dérange notre faste, que sa tendresse remue notre coeur insensible. Ménager chaque jour un moment de silence avec Dieu, c’est garder notre âme ; c’est garder notre liberté des banalités corrosive de la consommation et des étourdissements de la publicité, du déferlement de paroles vides et des vagues irrésistibles des bavardages et du bruit.

Marie, poursuit l’Evangile, gardait toutes ces choses et les méditait. Qu’étaient ces choses ?C’étaient des joies et des souffrances : d’une part la naissance de Jésus, l’amour de Joseph, la visite des bergers, cette nuit de lumière. Mais de l’autre : un avenir incertain, l’absence de maison, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2, 7) ; la désolation du refus ; la déception d’avoir dû faire naitre Jésus dans une étable . Espérance et angoisse, lumière et ténèbre : toutes ces choses peuplaient le coeur de Marie. Et elle, qu’a-t-elle fait ? Elle les a méditées, c’est-àdire elle les a passées en revue avec Dieu dans son coeur. Elle n’a rien gardé pour elle, elle n’a rien renfermé dans la solitude ou noyé dans l’amertume, elle a tout porté à Dieu. C’est ainsi qu’elle a gardé. En confiant on garde : non en laissant la vie en proie à la peur, au découragement ou à la superstition, non en se fermant ou en cherchant à oublier, mais en faisant de tout un dialogue avec Dieu. Et Dieu qui nous a à coeur, vient habiter nos vies.

Voilà les secrets de la Mère de Dieu : garder dans le silence et porter à Dieu. Cela se passait, conclut l’Evangile, dans son coeur. Le coeur invite à regarder au centre de la personne, des affections, de la vie. Nous aussi, chrétiens en chemin, au commencement de l’année nous ressentons le besoin de repartir du centre, de laisser derrière nous les fardeaux du passé et de recommencer à partir de ce qui compte. Voici aujourd’hui devant nous le point de départ : la Mère de Dieu. Parce que Marie est comme Dieu nous veut, comme il veut son Eglise : Mère tendre, humble, pauvre de choses et riche d’amour, libre du péché, unie à Jésus, qui garde Dieu dans le coeur et le prochain dans la vie. Pour repartir, regardons vers la Mère. Dans son coeur bat le coeur de l’Eglise. Pour avancer, nous dit la fête d’aujourd’hui, il faut revenir en arrière : recommencer depuis la crèche, de la Mère qui tient Dieu dans ses bras.

La dévotion à Marie n’est pas une bonne manière spirituelle, elle est une exigence de la vie chrétienne. En regardant vers la Mère nous sommes encouragés à laisser tant de boulets inutiles et à retrouver ce qui compte. Le don de la Mère, le don de toute mère et de toute femme est très précieux pour l’Eglise, qui est mère et femme. Et alors que souvent l’homme fait des abstractions, affirme et impose des idées, la femme, la mère, sait garder, unir dans le coeur, vivifier. Parce que la foi ne se réduit pas seulement à une idée ou à une doctrine, nous avons besoin, tous, d’un coeur de mère, qui sache garder la tendresse de Dieu et écouter les palpitations de l’homme. Que la Mère, signature d’auteur de Dieu sur l’humanité, garde cette année et porte la paix de son Fils dans les coeurs, dans nos coeurs, et dans le monde. Et je vous invite à lui adresser aujourd’hui, en tant que ses enfants, simplement, la salutation des chrétiens d’Éphèse, en présence de leurs évêques : ‘‘Sainte Mère de Dieu’’. Disons, trois fois, du fond du coeur, tous ensemble, en la regardant [se tournant vers la statue placée près de l’autel] : ‘‘Sainte Mère de Dieu’’.

« Oui, Dieu aime ce Québec, notre Québec »

CNS/L’Osservatore Romano

Nous poursuivons aujourd’hui notre lecture du rapport des évêques du Québec remis au pape François lors de leur dernière visite ad limina à Rome. De ce rapport composé de trois chapitres, nous avions recensé le premier en manifestant le caractère sociologique, culturel et politique de l’analyse des évêques sur le Québec. Dans la deuxième partie, l’épiscopat québécois propose un portrait idéologique et même psychologique de la société québécoise.

De profondes contradictions

Il est toujours intéressant de s’interroger sur les idéaux d’une population en la comparant à la réalité vécue. On se rend compte que ces grands principes sont parfois très éloignés du réel. En ce sens, on assiste souvent au spectacle d’idéaux diamétralement opposés à la réalité. Comme si on se projetait une image de soi-même pour se réconforter d’une réalité trop décevante, pensant qu’affirmer un principe haut et fort pallie à une médiocre mise en pratique. Ainsi, par exemple, on déjà vue des sociétés très codifiées et hiérarchisées proclamer un égalitarisme acharné. Tout cela dans le but de nier la réalité. Comme dans toute société, le Québec ne fait pas exception.

Un Québec pas si heureux que ça…

D’abord, les évêques constatent que notre société est centrée sur le bonheur et sur la joie de vivre. Citant un article du magazine l’Actualité, ils rendent compte du fait que « si, dans ce rapport mondial (World Happiness Report), le Canada figure au cinquième rang des pays dont les citoyens se disent heureux, le Québec pris isolément figurerait au deuxième rang […] Plus qu’ailleurs au monde, les Québécois et Québécoises se disent donc heureux » (p.2.2). Comment se fait-il que du même coup, le Québec soit un des champions du suicide ? Comment une société si heureuse peut-elle accepter que « 1100 Québécois s’enlèvent la vie chaque année, et que la situation stagne malgré les campagnes de prévention »[4] ce qui représente, en moyenne, trois suicides par jour » (p.2.1) ? Il est évident que l’idéal ne correspond pas tout à fait à la vie réelle des Québécois.  Peut-être « confondent-ils le bonheur et « le confort d’un divan » »[7] se demandent les évêque en reprenant l’expression du pape François ?

Un Québec pas si solidaire que ça…

Une autre contradiction entre l’image véhiculée et la réalité vécue se trouve dans la distance entre l’affirmation d’une conscience solidaire et la réalité d’un « individualisme exacerbé » (p.7). En effet, « Ce serait certes une généralisation excessive que d’affirmer que les Québécois sont toujours généreux, solidaires et dévoués. » (p.2.3), alors que « le mal et la corruption sont à l’œuvre ici aussi » (p.2.4) nous dit l’AECQ. Cela est maintenant une évidence pour la grande majorité des citoyens qui, comme en France, ressentent « un sentiment de déception vis-à-vis de l’État providence qui n’arrive pas à satisfaire les attentes » (no 4)[10]. Comment un Québec si solidaire en paroles peut-il être si corrompu en pratique se demande-t-on parfois en regardant l’actualité?

Une mission empreinte de miséricorde

Devant un tel constat, on peut se demander avec les évêques : comment l’annonce de l’Évangile est-elle possible ? À vue simplement humaine, il est peu probable qu’une population si ancrée dans le déni de réalité puisse accepter la vérité. Au contraire, nous avons toutes les raisons du monde de tomber dans le cynisme et de croire que rien ne peut être fait. « Quelle bonne nouvelle, quelle « grande joie » peut-on envisager à annoncer à un peuple qui, malgré les tragédies et malheurs des uns et des autres, croit qu’il vit là où on est plus heureux que n’importe où ailleurs dans le monde ? » (p.2.6) se demandent les évêques. En d’autres termes, comment peut-on s’attendre à ce que les Québécois accueillent la libération du Christ sans la conscience éclairée de l’état réel de leur situation ?

Force est de constater que la réponse à cette question n’est pas facile à donner. Toutefois, un constat nous frappe d’emblée : la persistance des évêques. Cette force de volonté qui les pousse à rester fidèles à leur mission, malgré tout, sans se décourager. Témoins de la Miséricorde inépuisable de Dieu, une conviction transparaît ; celle qui, fut prononcés par Mgr Pierre-André Fournier : « Oui, Dieu aime ce Québec, notre Québec, avec ses talents et ses projets, ses musiques et ses danses, son exubérance, parfois, et ses silences, aussi » (p.3.3).

Dans les prochaines semaines, nous poursuivrons notre réflexion sur ce rapport important de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec au pape François tel que remis lors de la dernière visite ad limina.

Justin Trudeau invite le Pape à s’excuser

 

Le Premier Ministre Canadien, Justin Trudeau, et sa femme Sophie ont été reçus par le pape François ce lundi au Vatican. Pour cette première rencontre les deux hommes se sont entretenus pendant une trentaine de minutes. Les échanges ont été « cordiaux », mais les questions délicates n’ont pas été éludées.

Justin Trudeau avait à cœur d’aborder avec le Pape l’épineuse question de la responsabilité de l’Église catholique dans les pensionnats autochtones du Canada dans les années 1800-1900. Pendant près d’un siècle, plus de 150 000 enfants amérindiens, métis et inuits ont subi des politiques d’assimilation dans ces maisons résidentielles tenus par des communautés religieuses, au nom du gouvernement canadien. Nombre d’entre eux ont par ailleurs été victimes de mauvais traitements ou d’abus sexuels.

Face à ce qui représente « un des plus sombres chapitres de l’histoire canadienne », le premier ministre, en 2015, avait lui-même présenté ses excuses aux autochtones au nom du gouvernement canadien. Il s’était en outre engagé à donner suite aux « appels à l’action » de la Commission de vérité et réconciliation du Canada qui, entre autre, demande au Pape des excuses publiques. Pour répondre à cette recommandation, Justin Trudeau a donc invité le Saint-Père à venir au pays, et l’a exhorté à présenter ses excuses, au nom de l’Église catholique, aux survivants, à leurs familles et aux communautés touchées par les mauvais traitements dans les pensionnats dirigés par l’Église catholique.

« Je lui ai parlé du désir profond des canadiens d’avancer vers une véritable réconciliation avec les peuples autochtones, et j’ai souligné comment il pouvait y contribuer en présentant des excuses », a précisé le premier ministre à l’issue de sa rencontre avec le souverain pontife.  « Il m’a rappelé que toute sa vie a été consacrée à aider les personnes marginalisées à travers la planète, à se battre pour elles. Et il m’a dit qu’il compte travailler très bientôt avec moi et avec les évêques canadiens pour tracer le chemin que nous allons prendre afin d’y arriver », a poursuivi le chef d’État.

Lors de cette entrevue, les deux hommes ont par ailleurs évoqué les questions éthiques, et notamment l’euthanasie, désormais légale au Canada depuis l’adoption, en juin 2016, de la loi sur «l’aide médicale à mourir», qui du reste avait rencontré la ferme opposition des évêques du pays.

« Ça a été un moment très touchant pour moi de pouvoir avoir une conversation réfléchie sur bien des enjeux avec la personne qui est à la tête de ma propre Église » a commenté Justin Trudeau en sortant de cette audience.

La dernière visite d’un Pape au Canada remonte à 2002. C’était à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de Toronto, avec Jean-Paul II.

Les évêques du Québec participent à une nouvelle initiative du pape François

Vous trouverez ci-dessous le texte complet du communiqué de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec suivant la rencontre avec le pape François lors de la visite ad limina:

Les évêques du Québec participent à une nouvelle initiative du pape François

Rome, 5 mai 201 – Le jeudi 4 mai, les évêques du Québec en visite « ad limina apostolorum »1 à Rome ont participé à une rencontre d’une durée de trois heures avec le Pape François et des collaborateurs de la Curie romaine. Cette rencontre s’inscrit dans une série d’initiatives entreprises par le Pape pour enrichir les liens de communion, de partage et d’écoute mutuelle entre les évêques diocésains, le Pape et la Curie romaine.

La rencontre s’est déroulée en trois temps. Après un moment de prière, Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier et président de l’AÉCQ, Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal et le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, ont brièvement partagé la réalité de l’Église au Québec ainsi que les défis pastoraux de la mission aujourd’hui.

Dans un deuxième temps, les évêques du Québec ont partagé leur expérience personnelle en nommant leurs défis, leurs attentes et leurs espoirs. Parmi les sujets abordés, les évêques ont mentionné ceux-ci : la transmission de la foi dans notre Québec moderne, les défis dans les communautés chrétiennes au plan des ressources humaines et économiques, l’importance du rôle des laïcs hommes et femmes dans l’Église et dans le monde, et la participation de l’Église dans les débats de société. Les collaborateurs du Pape, membres de divers secteurs de la vie de l’Église, étaient invités à tour de rôle à présenter leurs propres observations, en fonction de leur champ de compétence.

Enfin, en conclusion, le Pape François a exprimé des paroles d’encouragement aux évêques du Québec, en les invitant au courage et à l’audace dans leurs propres diocèses. Il a utilisé des expressions comme : « Église au Québec, lève-toi ! Va et écoute ! N’oublie pas que le Seigneur ressuscité est toujours avec nous ! »

Les évêques du Québec se sont réjouis de l’opportunité de pouvoir participer à une telle rencontre. Ils ont beaucoup apprécié la sollicitude du Pape François et l’espérance qui l’habite. Le président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, Mgr Paul Lortie a partagé cette réaction à la sortie de la rencontre : « Un nouveau souffle pour notre Assemblée dans un climat d’écoute, de partage et de simplicité dans la vérité. »

Source : Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ)