Une expérience magnifique et effrayante au sommet de la montagne

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Fête de la Transfiguration du Seigneur – 6 août 2017

Daniel 7,9-10.13-14
2 Pierre 1,16-19
Matthieu 17,1-9

La signification théologique de la Transfiguration se trouve au centre de notre compréhension de la mission de Jésus de Nazareth. Ce n’était pas seulement Jésus lui-même qui était « transfiguré » sur le Mont Thabor mais aussi Pierre, Jacques et Jean qui étaient transfigurés avec lui. Leurs yeux furent ouverts ; leur vision élargit, ce qui leur permet de voir sans empêchement la lumière presque aveuglante de l’amour de Jésus qui coule de chaque fibre de son être. Chaque jour de la vie de Jésus quelque chose de son éclat remarquable, de sa passion éblouissante et de sa gloire extraordinaire fût révélée aux gens de tous les âges, stades et états de vie. Les bergers et les Rois Mages l’ont vu à Bethléem ; les anciens à Jérusalem l’ont vu au Temple ; les hôtes aux noces de Cana en furent témoin ; la femme adultère l’a vécu ; le garçon possédé par les démons l’a senti ; l’aveugle-né l’a vu ; et le bon larron l’a entendu au Calvaire.

Pour les trois apôtres, c’est une expérience qui dépasse les mots : terrifiant bien sûr, mais tellement merveilleux qu’ils ont voulu construire trois tentes – une pour Jésus, une pour Moïse et une autre pour Élie. Revenant sur l’expérience des années après, Pierre écrivait dans sa deuxième lettre (1,16-19) :

En effet, ce n’est pas en nous mettant à la traîne de fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus-Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, quand la voix venue de la splendeur magnifique de Dieu lui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. De plus, nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même, sur laquelle vous avez raison de fixer votre regard comme sur une lampe brillant dans un lieu obscur, jusqu’à ce que luise le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs.

Les trois apôtres qui verraient Jésus à plat ventre dans son agonie à Gethsémani ont reçu cet aperçu de sa vraie identité, afin de les fortifier pour la suite, et aussi afin de les aider à comprendre ce qui sera révélé par sa passion. Aujourd’hui, on pourrait dire que Thabor et Calvaire sont profondément liés. Le Mont Thabor est un avant-goût du Calvaire et nous donne une vision plus profonde de la réalité de la crucifixion de Jésus.

Les détails de la Transfiguration chez Matthieu

Regardons les accents de Matthieu dans le récit majestueux de l’Évangile d’aujourd’hui. Le récit de Matthieu (17,1-9) confirme que Jésus est le Fils de Dieu (17,5) et indique l’accomplissement de la prédiction que Jésus viendra dans la gloire de son Père à la fin du temps (16,27). Il y a ceux qui expliquent la Transfiguration en tant qu’apparition du Christ Ressuscité projetée dans le ministère de Jésus, mais ce n’est pas probable puisque le récit manque de plusieurs éléments habituels lors des apparitions après la résurrection. Le récit de Matthieu sur le Mont Thabor renvoie aux motifs de l’Ancien Testament et aussi à la littérature juive non-canonique de l’apocalypse qui exprime la présence du céleste et du divin, comme la lumière éblouissante, les vêtements blancs, et le nuage ombrageant. On identifie la haute montagne avec le Mont Thabor ou le Mont Hermon, mais il est probable que l’auteur Matthieu ou sa source marcane (Matthieu 9,2) n’a pas eu l’intention de spécifier un lieu précis. Sa signification est théologique plutôt que géographique, possiblement en référence à la révélation à Moïse sur le Mont Sinaï (Exode 24,12-18) et à Élie au même endroit (1 Rois 19,8-18 ; Horeb = Sinaï).

Le visage de Jésus

Matthieu décrit le visage de Jésus qui brilla comme le soleil, ce qui évoque Daniel 10,6. Les vêtements de Jésus – « blancs comme la lumière » –, rappellent Daniel 7,9 où le vêtement de Dieu est « blanc comme la neige ». (Les vêtements blancs des autres êtres célestes sont aussi mentionnés dans l’Apocalypse 4,4 ; 7,9 ; 19,14.) Dans Matthieu 17,4, il y a trois tentes – les cabines où les Israélites ont habité lors de la Fête des Tentes (cf. Jean 7,2). Les tentes ont rappelé l’hébergement de leurs ancêtres dans les cabines lors de leur chemin de l’Égypte à la Terre Promise (Lévitique 23,39-42). Quand Matthieu parle du nuage qui ombrage les apôtres sur la montagne (17,5), cela rappelle la nuée qui a couvert la tente de rassemblement dans l’Ancien Testament, signe de la présence du Seigneur au milieu de son peuple (Exode 40,34-35). La nuée ombrageait également le Temple à Jérusalem au temps de sa dédicace (1 Rois 8,10).

La voix du ciel

La voix de Dieu entendu au sommet de la montagne répète la proclamation baptismale du Père au sujet de Jésus (3,17), avec l’ajout du commandement « Écoutez-le ! ». Ce dernier est une référence au Deutéronome 18,15 où les Israélites reçoivent le commandement d’écouter le prophète comme Moïse que Dieu suscitera pour eux. Ce commandement d’écouter Jésus est général, mais dans ce contexte il s’applique en particulier aux prédictions précédentes de la passion et de la résurrection de Jésus (16,21) et aussi de son deuxième avènement (16,27.28). La chose la plus importante à propos de cette déclaration de la voix céleste s’agit du fait qu’ici comme dans l’Ancien Testament en général, on accorde la priorité à la « parole » plutôt qu’à la « vision ». Matthieu seul utilise le mot « vision » (17,9) pour décrire la Transfiguration. Voir Jésus transfiguré au-dessus du Mont Thabor porte a une signification et de la valeur seulement si cela incite les apôtres et les disciples à écouter et à obéir à l’enseignement divin de Jésus.

Témoigner à la gloire et à l’agonie

Pierre, Jacques et Jean sont présents avec Jésus au moment de sa gloire sur le Mont Thabor. Tous les trois seront encore avec Jésus sur le Mont des Oliviers lorsque leur Maître se bat avec son destin. Ceux qui témoignent de sa gloire céleste doivent aussi témoigner à son agonie terrestre. Si les disciples de Jésus veulent partager sa gloire dans l’avenir, ils doivent être prêts à participer à son agonie. L’événement et la mémoire de la Transfiguration serviront comme un réservoir de grâce, de consolation et de paix pour les apôtres et les disciples de Jésus lorsqu’ils témoignent au-dessus du Mont Calvaire du visage brillant plein de sang et de crachat, des vêtements éblouissants déchirés en loques par les soldats qui ont jetés les dés. Le visage de Jésus n’était pas radieux sur la Croix. Peut-être on peut se demander : Pourquoi Dieu a caché toute sa gloire sur le Mont Thabor, où personne ne pourrait la voir ? Pourquoi est-ce que Dieu ne l’a pas gardée pour la Croix ? Cependant la vie chrétienne nous invite à vivre les deux montagnes – Calvaire et Thabor –, afin de voir la gloire de Dieu. Aujourd’hui nous voyons la Transfiguration comme la célébration de la présence du Christ qui prend charge de tout notre être et qui transfigure même ce qui nous dérange sur nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions endurcies, incrédules et même inquiétantes en nous, que nous ne savons pas comment gérer nous-mêmes. Dieu pénètre ces régions avec la vie de l’Esprit et agit sur ces régions en rayonnant sur eux son propre visage, sa consolation et sa paix.

Mont Thabor aujourd’hui 

Lors de mes années d’études en Terre Sainte, mes visites fréquentes au Mont Thabor m’ont toujours laissé dans un grand sens d’émerveillement, de mystère, de peur et de révérence auprès de Jésus. Chaque fois que j’ai visité le Mont Thabor et la belle église qui représente les trois tentes pour Jésus, Moïse et Élie, j’étais aussi vivement conscient de la mémoire du Bienheureux Paul VI qui avait une place très particulière pour le mystère de la Transfiguration dans sa propre prière et son pontificat. Il est monté sur le Mont Thabor comme pèlerin en 1964 lors de sa visite historique en Terre Sainte. Le 6 août 1978, en la Fête de la Transfiguration, le pape Paul VI est mort à Castel Gandolfo. Il a fermé ses yeux sur cette « scène temporelle et terrestre, prodigieuse et dramatique » lors de la fête même qui a tant marqué sa vie ainsi que son ministère Petrinien. Lors de ses funérailles sur la Place Saint-Pierre le 12 août 1978, le doyen du Collège des Cardinaux de l’époque, le Cardinal Carlo Confalonieri, a décrit le pape Paul VI avec les paroles suivantes :

La grandeur de son âme s’est manifestée dans sa vive intelligence et dans son cœur plein de la bonté qui s’est ouvert aux besoins spirituels de ses fils et de ses filles… Il est devenu un vrai prince de la paix. Il a établi avec une sollicitude urgente un dialogue continu avec tout le peuple. Il a donné son attention avec toute affection et toute espérance aux faibles et aux gens sans défense, les pauvres et ceux qui ont besoin d’aide. Il a conversé avec tout le monde afin de les fortifier dans la foi…

L’histoire nous enseigne maintenant que la patience et la sagesse du pape Paul VI, surtout dans la suite et lors du concile Vatican II, furent des dons importants au Peuple de Dieu et au monde. Le pape Paul VI n’a pas vu le dialogue simplement en tant qu’un instrument mais comme une méthode. Il était proche des gens, surtout de ceux qui étaient loin ou qui l’opposaient en théorie ou en pratique. Il aimait aussi la Terre Sainte, et désirait que le plus grand nombre de gens ait l’expérience qui était la sienne, d’être pèlerin sur la terre de Jésus en 1964.

Lors de sa messe de béatification au Vatican le 19 octobre 2014, durant le Synode des Évêques sur la Famille, le pape François a parlé de son prédécesseur avec ces paroles émouvantes :

À l’égard de ce grand Pape, de ce courageux chrétien, de cet apôtre infatigable, nous ne pouvons dire aujourd’hui devant Dieu qu’une parole aussi simple que sincère et importante : merci ! Merci à notre cher et bien-aimé Pape Paul VI ! Merci pour ton témoignage humble et prophétique d’amour du Christ et de son Église !

Dans son journal personnel, le grand timonier du Concile, au lendemain de la clôture des Assises conciliaires, a noté : « Peut-être n’est-ce pas tant en raison d’une aptitude quelconque ou afin que je gouverne et que je sauve l’Église de ses difficultés actuelles, que le Seigneur m’a appelé et me garde à ce service, mais pour que je souffre pour l’Église, et qu’il soit clair que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve » (P. Macchi, Paul VI à travers son enseignement, de Guibert 2005, p. 105)Dans cette humilité resplendit la grandeur du Bienheureux Paul VI qui, alors que se profilait une société sécularisée et hostile, a su conduire avec une sagesse clairvoyante – et parfois dans la solitude – le gouvernail de la barque de Pierre sans jamais perdre la joie ni la confiance dans le Seigneur.

Le bienheureux Paul VI fermait ses yeux lors de la Transfiguration glorieuse de Jésus ; il vit maintenant dans la lumière de sa résurrection. Le pape Paul VI nous a permis d’expérimenter sur terre la joie et la gloire qui attendent chacun dans le Nouveau Jérusalem. La Transfiguration du Christ est dans le passé. Dieu, dont la lumière atteint la terre lors de cette fête, est présent. Que nos prières en ce jour soit que le monde voit la lumière, la lumière de guérison et de réconciliation. Que nous nous efforcions à être comptés parmi ceux qui écoutent la parole du Christ et qui sont transfigurés par la parole que nous entendons.

Nos moments de transfiguration

Dans le passé, chaque peintre d’icône commençait sa carrière en reproduisant une image de la Transfiguration. On pourrait dire que le destin de chaque chrétien est écrit entre deux montagnes : entre le Mont Thabor et le Calvaire. Le récit merveilleux de la Transfiguration nous offre des moments resplendissants de lumière et aussi des moments de tristesse et de ténèbre. La merveille de l’éternité et la réalité de nos vies quotidiennes révèlent les tensions de nos vies. Cette histoire de Jésus, des prophètes et de ses amis au-dessus du Mont Thabor révèle également la tentation de vouloir rester immobile et la difficulté de persévérer. Combien de fois nous sommes bloqués dans nos histoires. Cette histoire mystérieuse nous donne l’occasion de regarder nos propres expériences au-dessus des montagnes de nos vies. Si tant de personnes ont pu reconnaître la gloire de Jésus dans un regard ou un touché, pourquoi est-ce que cela était tellement difficile pour Pierre, Jacques et Jean ? Peut-être parce qu’ils étaient tellement proches de Jésus ; peut-être car ils étaient avec lui dans le quotidien ; peut-être car ils ont pris sa gloire comme acquise. Et nous ? Reconnaissons-nous cette même gloire divine en nous, visible dans les autres, tellement évidente dans la création, imprégnée dans les expériences les plus ordinaires de la justice, de la vérité, de la guérison, du pardon, de la réconciliation et de la compassion ? Ou prenons-nous aussi tout cela comme acquis ?

Comment est-ce que ces expériences illuminent les ombres et les ténèbres de nos vies ? Comment seraient nos vies sans ces expériences du sommet de la montagne ? Combien de fois est-ce que nous nous tournons vers ces expériences rares mais importantes pour la force, le courage et la clarté ? Quand nous sommes dans les vallées souvent nous ne pouvons pas voir la gloire du Christ. Nous pouvons la voir seulement lorsque nous sommes sur une montagne comme le Mont Thabor, Mont de la Transfiguration. Nous pouvons seulement la voir quand nous montons la montagne ensemble avec les autres. Comment avons-nous partagé ces moments de grâce et de lumière avec les autres ?

La destination illumine le chemin

Une réflexion pour le deuxième dimanche du carême

Qu’est-ce qui nous rend plus forts dans les moments difficiles ? Qu’est-ce qui inspire notre espérance quand la situation est morne ? Qu’est-ce qui nous amène à persévérer quand il serait si facile d’abandonner ?

Dans l’Évangile du deuxième dimanche du carême, nous voyons Jésus monter le mont Thabor avec les plus proches de Ses disciples – Pierre, Jacques, et Jean. Là Il s’est transfiguré devant leurs yeux et ils Le contemplent dans toute Sa gloire. Son visage brille comme le soleil ; Ses vêtements deviennent blancs comme la lumière. Il est difficile d’imaginer combien cette vue serait merveilleuse: être témoin de la lumière de Dieu !

Quel est le sens d’un tel évènement pour nous en cette saison du carême? Quel est la signification de ce témoignage de la gloire de Jésus avant de voir Son agonie dans quelques semaines ? La transfiguration est un avant-goût de la gloire de Dieu. Elle nous donne un aperçu de la résurrection de Jésus que nous nous préparons à célébrer. Elle nous montre que Jésus est Dieu. Elle nous rappelle que lorsque nous suivons Jésus, nous ne suivons pas un homme comme les autres, ni un sage maître, ni même un grand philosophe. À la suite de Jésus, nous sommes véritablement à la suite de Dieu.

Le chemin de Dieu n’est pas toujours glorieux. Pierre, Jacques, et Jean découvriront cela lorsqu’ils vivront personnellement la crucifixion de Jésus sur le Golgotha. Prisonnier de ses peurs, Pierre reniera Jésus trois fois. Au pied de la Croix, Jean verra la mort atroce de son Seigneur. Jacques abandonnera Jésus comme les autres apôtres. Quel contraste cruel entre la lumière du Thabor et la brutalité du Golgotha. Aucun parmi eux ne se souvenait ce qu’ils avaient vécu au sommet ?

La transfiguration de Jésus nous montre qu’il y a quelque chose au-delà de la Croix. La gloire qui rayonnait sur le mont Thabor nous élève dans nos moments de ténèbres vers le destin qui nous attend. La destination illumine le chemin. Nous ne nous sentons pas pareils lorsque nous allons à des funérailles et lorsque nous accourons réclamer le montant d’un billet de loto gagnant. Ce vers quoi nous nous dirigeons a des conséquences sur notre attitude, notre perspective, et nos actions. Qu’est-ce que cela change en nous si notre destination s’agit du paradis ? Si notre destination est la gloire de Dieu que Pierre, Jacques, et Jean ont vue sur le Mont Thabor ? Si même lorsque nous vivons la Croix nous sommes faits pour la gloire ?

Parfois on peut penser que croire au paradis c’est prendre ses désirs pour des réalités. Que le paradis est quelque chose que les petits enfants apprennent au catéchisme. Mais si c’est notre vrai destin ? Si ce n’est pas seulement l’« opiat de la foule » ni un vœu pieux, mais la réalisation véritable de tous nos espoirs et de nos désirs les plus profonds – pas seulement une fantaisie que nous avons créée mais la raison pour laquelle nous avons été faits ?

Comme le soldat inspiré par l’espérance de la victoire ! Comme la maman qui souffre lors de l’accouchement avant d’accueillir dans la joie son bébé ! Comme l’athlète qui persiste à s’entraîner et persévère dans l’espoir de gagner la médaille olympique ! La victoire de la vie c’est le paradis. Le travail de la vie mène à la joie éternelle. La médaille c’est de participer à la gloire de Dieu. Comment changerait-elle nos vies si nous permettons à cette destination d’illuminer notre chemin ? À quoi ressemble le Golgotha si nous nous souvenons du Thabor ? Endurons-nous nos souffrances différemment quand nous savons qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, et quand cette lumière brille déjà ici et maintenant ? Même lors de la journée la plus pluvieuse, le soleil rayonne brillamment au-dessus. Même lors des moments les plus noirs sur terre, la gloire du ciel brille merveilleusement.

Si nous nous dirigeons vers le ciel, le ciel imprègnera aussi ce que nous vivons ici-bas. Le Royaume de Dieu n’est pas seulement là où nous espérons l’atteindre un jour ; il est le Règne de Dieu présent dans notre vie quotidienne. C’est le règne de la paix, de la miséricorde, de la justice, de la compassion, de l’unité, et de l’amour. C’est nous tous ensemble comme frères et sœurs avec Jésus et notre Père unique. C’est le règne du soin donné aux uns et aux autres, de l’espérance donnée, de la persévérance soutenue. Notre destination éclaire les vraies épreuves que nous subissons sur le chemin de la vie. Le ciel illumine notre façon de vivre déjà ici sur terre.

La transfiguration de Jésus est la gloire de Dieu qui touche la vie de Pierre, de Jacques, et de Jean. C’est un moment qui révèle l’espérance qui survit même dans les ténèbres de la Croix. Laissons cette gloire entrer dans notre vie. Que nos combats soient illuminés par l’espérance qui nous élève. Comme il est grand de savoir, même sur nos propres golgothas, que la destination de notre chemin est la gloire de Dieu !

La gloire cachée du Mont Thabor

Transfiguration

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le deuxième dimanche de Carême C (21 février 2016)

L’évangile d’aujourd’hui nous présente la Transfiguration du Seigneur, l’une des plus mystérieuses et impressionnantes visions du Nouveau Testament qui nous soient racontées dans les synoptiques (Marc 9, 2-8; Matthieu 17, 1-8; Luc 9, 28-36). La version de Luc de la Transfiguration se trouve au chapitre 9 à la suite de plusieurs épisodes centrés sur l’identité de Jésus. Le chapitre entier est consacré à la question d’Hérode (9, 9) « Mais qui est cet homme dont j’entends tellement parler ? ». Dans les chapitres suivants, Luc donne au lecteur différentes réponses. Jésus est l’unique dans lequel la puissance de Dieu est présente et qui pourvoit aux besoins du peuple de Dieu (9, 18-21). Pierre le déclare « Le Messie de Dieu ». Jésus dit qu’il est le Fils de l’Homme souffrant (22, 43-45). Jésus est le Maître qui est à suivre, même jusqu’à la mort (9, 23-27). Finalement, Jésus est le Fils de Dieu, son élu (9, 28-36) révélé dans cette scène majestueuse de la Transfiguration.

Luc comme Matthieu et Marc met ce récit immédiatement après la première annonce de la passion, une place qui donne à la Transfiguration une importance stratégique parallèle à celle du baptême de Jésus (3,21-22). Après s’être soumis au baptême et avant de commencer son ministère public, Jésus a reçu la confirmation venant du ciel qu’il est le Fils de Dieu. Située très vite après la première annonce de la passion, de la mort et résurrection, la scène de la Transfiguration de Jésus fournit la confirmation céleste de la déclaration de Jésus au sujet de sa passion qui se terminera dans la gloire (9, 32).

Les six jours, la haute montagne, la lumière irradiant de son visage, et le nuage se trouvent aussi dans le récit de Moïse au Mont Sinaï. (Exode 19, 16; 24, 15-18; 34, 29-35). Dans Luc, la “montagne” est le lieu habituel de prière (cf.  6,12; 22, 39-41). Élie et Moïse représentent l’Ancien Testament, la Loi et les Prophètes. Selon la tradition juive, ils ne meurent pas mais vont directement au ciel. Les « Tabernacles » ou tentes font référence au Festival des Cabanes, des Tentes. Luc qualifie cette rencontre au sommet « d’exode, de départ » (v. 31) de Jésus, une référence à sa mort, sa résurrection et son ascension qui se situeront à Jérusalem, la ville de son destin (9, 51). La mention de départ rappelle l’exode des israélites d’Égypte vers la terre Promise. À la fin de cet épisode, la voix céleste, dont les paroles sont semblables à celles du baptême de Jésus, l’identifie à celui qui doit être écouté (9, 35).

La toile de fond du récit de la Transfiguration

La Transfiguration d’après Luc est racontée d’une manière frappante afin de rappeler plusieurs passages de l’Ancien Testament. Rappelons-nous une autre révélation de Dieu au sommet d’une montagne en Exode 24, 12-18. Dans ce récit, «la gloire du Seigneur demeura sur la montagne du Sinaï, que la nuée recouvrit pendant six jours. Le septième jour, le Seigneur appela Moïse du milieu de la nuée. La gloire du Seigneur apparaissait aux fils d’Israël comme un feu dévorant, au sommet de la montagne. Moïse pénétra dans la nuée et gravit la montagne. Moïse resta sur la montagne quarante jours et quarante nuits. »

Plusieurs détails sont communs à la théophanie de l’Exode et au récit de la Transfiguration: la montagne, le nuage, la gloire. De plus, le visage rayonnant de Moïse après avoir été en présence de Dieu (Exode 34, 29-35), influença sûrement l’évangile d’aujourd’hui et aide à situer la transfiguration dans le contexte d’événements révélateurs.

Après des jours et des nuits de tentation au désert et avant la noirceur du Golgotha, les rayons glorieux de la Transfiguration éclatent. Une chose est claire au Mont Thabor : Jésus et ses trois disciples font une expérience profonde de la présence de Dieu. Il a été dit que la destinée de tout chrétien est écrite entre deux montagnes : du Calvaire et de la Transfiguration. Lorsque nous regardons de près l’évangile de ce dimanche, nous trouvons de l’espoir dans notre itinéraire de Carême. Chacun de nous a besoin d’une dose de gloire pour traverser ses nuits de terreur.

La géographie du récit de la Transfiguration chez Luc

La géographie nous permet de mieux comprendre cet événement. Nous avons besoin de situer le Mont Thabor en lien avec Dabboryeh et Nain, deux villages proches. Au chapitre 7 de l’évangile de Luc, Jésus ressuscite le fils de la veuve du petit village de Nain, à l’opposé du Mont Thabor. Jésus se bat contre la mort du fils unique de la veuve et sa renommée se répand à travers la région. Par ce miracle, Jésus brise les barrières en touchant le jeune mort et en lui rendant la vie.

Ensuite, immédiatement après le récit de la Transfiguration, Jésus et les disciples descendent de la montagne vers une petite ville au pied de celle-ci. Bien qu’elle ne soit pas nommée dans le Nouveau Testament, cette ville s’appelle aujourd’hui Dabboriyeh en arabe, d’après la légendaire prophétesse et juge Deborah au livre des Juges dans l’Ancien Testament. Comme Jésus passe près du village, un homme accourt de la foule pour lui faire part de l’épilepsie de son fils unique. Une fois encore, Jésus se bat contre la souffrance et la tristesse humaines : il réprimanda l’esprit impur, guérit le garçon et le rendit à son père (9, 42).

L’événement de la Transfiguration se situe entre Nain et Dabborriyeh, presque comme une transition ou une pause au court du voyage de Jésus vers Jérusalem.  La résurrection du fils de la veuve et la guérison de l’enfant épileptique mettent en parenthèse l’expérience du Mont Thabor. Le désir des apôtres de rester au sommet de la montagne illustre la grande tentation de vouloir rester en place; d’éviter les difficultés, les risques, les controverses et les défis de la vie. Au moment où ils préféreraient rester en retrait, loin des foules déchaînées, à distance des risques de toucher les morts, immunisés de l’impureté rituelle, libres de combattre les démons, Jésus les conduit en bas de la montagne pour les confronter à plus de démons et apporter la guérison gratuite de Dieu à tous ceux et celles qui souffrent. [Read more…]

Dernier Angélus du Pape Benoît XVI

Chers frères et sœurs!

Mercredi dernier, avec le traditionnel rite des cendres, nous sommes entrés dans le Carême, temps de conversion et de pénitence en préparation à Pâques. L’Eglise, qui est mère et maîtresse, appelle tous ses membres à se renouveler dans l’esprit, à se réorienter résolument vers Dieu, en reniant l’orgueil et l’égoïsme pour vivre dans l’amour. En cette Année de la foile Carême est un temps favorable pour redécouvrir la foi en Dieu comme critère de base de notre vie et de la vie de l’Eglise. Ceci comporte toujours une lutte, un combat spirituel, parce que l’esprit du mal, naturellement, s’oppose à notre sanctification et cherche à nous faire dévier de la voie de Dieu. C’est la raison pour laquelle, chaque année, est proclamé l’Evangile des tentations de Jésus dans le désert, lors du premier dimanche de Carême.

En effet, après avoir reçu l’«investiture» comme Messie — «Oint» de l’Esprit Saint — lors du baptême dans le Jourdain, Jésus fut conduit par le même Esprit dans le désert pour être tenté par le diable. Au moment de commencer son ministère public, Jésus a dû démasquer et repousser les fausses images de Messie que le tentateur lui proposait. Mais ces tentations sont aussi de fausses images de l’homme, qui en tout temps tendent des pièges à la conscience, en prenant la forme de propositions avantageuses et efficaces, voire bonnes. Les évangélistes Matthieu et Luc présentent trois tentations de Jésus, qui ne se distinguent en partie que par leur ordre. Leur noyau central consiste toujours à instrumentaliser Dieu pour ses propres intérêts, en accordant plus d’importance au succès ou aux biens matériels. Le tentateur est sournois: il ne pousse pas directement au mal, mais à un faux bien, en faisant croire que les vraies réalités sont le pouvoir et ce qui satisfait les besoins fondamentaux. De cette façon, Dieu devient secondaire, il se réduit à un moyen, en définitive il devient irréel, il ne compte plus, il disparaît. En ultime analyse, dans les tentations, c’est la foi qui est en jeu parce que c’est Dieu qui est en jeu. Dans les moments décisifs de la vie, mais aussi, à bien y regarder, à chaque instant, nous nous trouvons face à un carrefour: est-ce que nous voulons suivre notre «moi» ou Dieu? L’intérêt individuel ou bien le vrai Bien, c’est-à-dire ce qui est réellement bon? [Read more…]

L’écoute obéissante de Dieu et de Jésus

Réflexion biblique pour le deuxième dimanche du Carême A

Abraham, notre père dans la foi

Abraham était un homme investi d’une mission et nous pourrions fort bien voir en lui le missionnaire par excellence. Il est vénéré par les fidèles de trois grandes religions : le christianisme, le judaïsme et l’islam. Le nom du fondateur de la nation d’Israël est mentionné 308 fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La vie de cet homme a changé le cours de l’histoire. Dans la première lecture d’aujourd’hui, Genèse 12, 1-4a, la parole de Dieu à Abram commence par un ordre : « Quitte ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père. » Dieu ordonne à Abram de couper les liens avec son pays, avec le clan auquel il appartient et même avec sa famille immédiate, la maison de son père [v.1].  Dieu appelle Abram à une loyauté et à un engagement qui dépassent même ses liens familiaux, les relations les plus importantes qui soient dans le monde ancien. Mais son commandement s’accompagne d’une grande promesse.

Dieu promet à Abram « le pays que je te montrerai ». Puis Dieu promet de faire de la descendance d’Abram une grande nation, ce qui suppose une longue lignée de descendants. Et troisièmement, Dieu promet de « bénir » Abram. La bénédiction comprend la fécondité, la vie, la réussite, le bien-être et une bonne réputation.

Nous apprenons de cette première lecture, comme d’ailleurs de toute l’histoire d’Abraham, que les élus de Dieu ne vivent pas dans la solitude. Ils sont appelés à une mission bien plus vaste que le seul souci de leur propre préservation. Jamais ils ne sont autorisés à s’approprier de manière exclusive la sollicitude de Dieu. Dieu reste engagé envers toute la création et envers toute l’humanité.  De son vivant, Abraham incarne la bénédiction et le secours aux autres nations : par l’aide qu’il apporte à son neveu Lot, par son intercession audacieuse en faveur des villes de Sodome et de Gomorrhe [Genèse 18,22-33] et par l’alliance qu’il conclut avec le roi Abimélek [Genèse 21,22-34].

N’oublions pas non plus le contexte de l’épisode d’aujourd’hui. Dans cette bénédiction, Dieu promet à Abram de « rendre grand son nom ». Remarquons que les constructeurs de la tour de Babel en Genèse 11, 1-9 avaient lancé leur projet pour travailler à leur renommée [v. 4].  Leur stratégie égoïste et ambitieuse a sombré dans la confusion et provoqué leur dispersion. Mais Dieu promet à Abram de lui donner un grand nom si bien, dit-il, que « tu deviendras une bénédiction » [v. 3].  Les amis d’Abraham seront bénis, et ses ennemis frappés de malédiction. [Read more…]

La gloire cachée du Mont Thabor

Réflexion biblique pour le deuxième dimanche de Carême C

La TransfigurationL’évangile d’aujourd’hui nous présente la Transfiguration du Seigneur, l’une des plus mystérieuses et impressionnantes visions du Nouveau Testament qui nous soient racontées dans les synoptiques (Marc 9, 2-8; Matthieu 17, 1-8; Luc 9, 28-36). La version de Luc de la Transfiguration se trouve au chapitre 9 à la suite de plusieurs épisodes centrés sur l’identité de Jésus. Le chapitre entier est consacré à la question d’Hérode (9, 9) « Mais qui est cet homme dont j’entends tellement parler ? ». Dans les chapitres suivants, Luc donne au lecteur différentes réponses. Jésus est l’unique dans lequel la puissance de Dieu est présente et qui pourvoit aux besoins du peuple de Dieu (9, 18-21). Pierre le déclare « Le Messie de Dieu ». Jésus dit qu’il est le Fils de l’Homme souffrant (22, 43-45). Jésus est le Maître qui est à suivre, même jusqu’à la mort (9, 23-27). Finalement, Jésus est le Fils de Dieu, son élu (9, 28-36) révélé dans cette scène majestueuse de la Transfiguration.

Luc comme Matthieu et Marc met ce récit immédiatement après la première annonce de la passion, une place qui donne à la Transfiguration une importance stratégique parallèle à celle du baptême de Jésus (3,21-22). Après s’être soumis au baptême et avant de commencer son ministère public, Jésus a reçu la confirmation venant du ciel qu’il est le Fils de Dieu. Située très vite après la première annonce de la passion, de la mort et résurrection, la scène de la Transfiguration de Jésus fournit la confirmation céleste de la déclaration de Jésus au sujet de sa passion qui se terminera dans la gloire (9, 32).

Les six jours, la haute montagne, la lumière irradiant de son visage, et le nuage se trouvent aussi dans le récit de Moïse au Mont Sinaï. (Exode 19, 16; 24, 15-18; 34, 29-35). Dans Luc, la “montagne” est le lieu habituel de prière (cf.  6,12; 22, 39-41). Élie et Moïse représentent l’Ancien Testament, la Loi et les Prophètes. Selon la tradition juive, ils ne meurent pas mais vont directement au ciel. Les « Tabernacles » ou tentes font référence au Festival des Cabanes, des Tentes. Luc qualifie cette rencontre au sommet « d’exode, de départ » (v. 31) de Jésus, une référence à sa mort, sa résurrection et son ascension qui se situeront à Jérusalem, la ville de son destin (9, 51). La mention de départ rappelle l’exode des israélites d’Égypte vers la terre Promise. À la fin de cet épisode, la voix céleste, dont les paroles sont semblables à celles du baptême de Jésus, l’identifie à celui qui doit être écouté (9, 35). [Read more…]