« Ô Canada », un hymne à redécouvrir !

Les étrangers s’étonnent parfois d’entendre l’hymne de notre pays chanté dans deux langues différentes, l’anglais et le français. Ils seraient sans doute encore plus surpris de savoir que les paroles de l’un et de l’autre ne correspondent pas.  En effet, l’hymne canadien, le maintenant très connu « Ô Canada », est bien connu en sa qualité de composition musicale par Calixa Lavallée. Il l’est un peu moins en ce qui a trait aux paroliers.

Fruit d’une commande du Lieutenant-gouverneur du Québec de l’époque, Son honneur Théodore Robitaille, ce chant fut entonné pour la première fois lors du Congrès catholique canadien-français, le 24 juin 1880.  Composé par le juge et poète Adophe-Basile Routhier, l’hymne fut écrit avec la ferme intention de devenir l’hymne officiel du Canada français. Avec, comme le dit Brian Christopher Thompson, l’intention « de créer un chant national qui avait la dignité du « God Save the Queen », l’hymne était alors entonné lors de tous les événements publics au Canada à l’époque ». Contrairement à la version anglophone dont les paroles reçurent plusieurs moutures au cours de l’histoire, la version française est toujours restée la même. Suivant un parcours sinueux, l’hymne « Ô Canada » reçut finalement la sanction royale le 27 juin 1980, presque cent ans après son écriture !

Si ce n’est de certaines formulations dont le langage nous apparaît quelque peu étranger, l’intégralité de l’hymne Canadien mérite d’être médité et chanté encore aujourd’hui.

Le « Ô Canada, Terre de nos aïeuls » est d’une beauté sublime et peut être une grande source de fierté, spécialement pour nous catholiques puisqu’il fait directement écho à notre foi. En effet, l’hymne national nous invite à faire mémoire de ceux qui nous précédés, de « nos aïeux » qui ont su bâtir ce pays. Loin de se laisser décourager par les nombreux obstacles qu’ils ont rencontrés sur leur route, nos ancêtres ont su manifester un courage et une ferveur semblables à toute grande nation. Du récit de ce passé aux principes ayant dirigé son histoire, l’hymne ne saurait être complet sans cet appel à l’engagement, à la mission que représente la construction d’un si jeune pays.

Dans son discours lors de la cérémonie de bienvenue à Toronto pour la 17e journée mondiale de la Jeunesse le 23
juillet 2002, saint Jean-Paul II s’exprimait en ces termes:

«3. Dans la version francophone de votre hymne national «Ô Canada», vous chantez: «Car ton bras sait porter l’épée, il sait porter la croix». Les Canadiens sont les héritiers d’un humanisme extraordinairement riche, grâce à l’association de nombreux éléments culturels divers. Mais le noyau de votre héritage, c’est la conception spirituelle et transcendante de la vie, fondée sur la Révélation chrétienne, qui a donné une impulsion vitale à votre développement comme société libre, démocratique et solidaire, reconnue dans le monde entier comme un chantre des droits de la personne humaine et de sa dignité.»

Commémorer le 150e du Canada n’est pas seulement un devoir de citoyen. C’est aussi la possibilité d’avoir accès à des témoins et des modèles pour nous qui sommes héritiers de ce patrimoine. À ces personnes qui, de par leur vie même, furent les instruments de Dieu, et envers lesquelles nous sommes infiniment redevables encore aujourd’hui.

-1-

Ô Canada! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux!
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix!
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protègera nos foyers et nos droits.
Protègera nos foyers et nos droits.

-2-

Sous l’œil de Dieu, près du fleuve géant,
Le Canadien grandit en espérant.
Il est d’une race fière,
Béni fut son berceau.
Le ciel a marqué sa carrière
Dans ce monde nouveau.
Toujours guidé par sa lumière,
Il gardera l’honneur de son drapeau,
Il gardera l’honneur de son drapeau.

-3-

De son patron, précurseur du vrai Dieu,
Il porte au front l’auréole de feu.
Ennemi de la tyrannie Mais plein de loyauté.
Il veut garder dans l’harmonie,
Sa fière liberté;
Et par l’effort de son génie,
Sur notre sol asseoir la vérité.
Sur notre sol asseoir la vérité.

-4-

Amour sacré du trône et de l’autel,
Remplis nos cœurs de ton souffle immortel!
Parmi les races étrangères,
Notre guide est la loi;
Sachons être un peuple de frères,
Sous le joug de la foi.
Et répétons, comme nos pères
Le cri vainqueur : Pour le Christ et le roi,
Le cri vainqueur : Pour le Christ et le roi.

 

Reconnaissance des vertus héroïques du Cardinal Van Thuan

CNS photo/L’Osservatore Romano via EPA

Nguyen Van Thuan

Prisonnier politique du régime communiste pendant 13 ans, dont 9  en confinement, l’expérience de François Xavier Nguyen Van Thuan est un témoignage puissant de foi en l’Eucharistie, du pouvoir du pardon et de la valeur rédemptrice de la croix. Les textes spirituels du cardinal Van Thuan, spécialement ceux qu’il a écrits en prison où il célébrait la Messe en secret avec une goutte de vin dans la paume de sa main, ont fait le tour du monde et ont donné de l’espoir à des millions de personnes. Qui peut oublier les mots de saint Jean-Paul II à son propos  concluant  la retraite du carême de la Curie romaine en 2001 retraite  prêchée par le Cardinal Van Thuan lui-même :

« Avec la simplicité et le souffle de l’inspiration divine, il nous a guidés sur le chemin de l’approfondissement de notre vocation de témoins de l’espoir évangélique en ce début de troisième millénaire. Témoin de la croix durant ses longues années d’emprisonnement au Vietnam, il nous a fréquemment fait le récit de ses souffrances lorsqu’il était en prison et, ainsi, il nous a renforcés dans cette certitude consolante selon laquelle, lorsque tout s’écroule autour de nous, et même en nous, le Christ est notre support indéfectible. »

Au mois de septembre 2007, la cause de béatification du Cardinal Van Thuan fut ouverte à Rome. Comme prisonnier, il fut victime des pires tortures et d’une déshumanisation la plus complète. Toutefois, Van Thuan n’a jamais cessé d’aimer ses gardes de prison qui pourtant abusaient de lui. Certains des gardiens furent si touchés par son exemple qu’ils se convertirent plus tard au christianisme. Van Thuan écrit : « ni les armes, ni les menaces mais seul l’amour chrétien peut changer les cœurs… c’est l’amour qui prépare le chemin de l’annonce de l’Évangile. Omnia Vincit Amor, « L’amour peut tout conquérir ».

Télévision Sel + Lumière a produit un documentaire touchant sur la vie de ce saint homme dont la première mondiale a eu lieu au Congrès Eucharistique international de Québec en 2008. Ce film a contribué à répandre le message d’amour et d’espérance du cardinal Van Thuan. Dès lors que le pape François a signé le décret reconnaissant les vertus héroïques de cet extraordinaire homme de foi, François Xavier Nguyen Van Thuan, mort en 2002 à Rome,  est actuellement sur le chemin de la béatification et de la canonisation.

Saint Jean-Paul II: pape de la famille

« Dans ce service du Peuple de Dieu, saint Jean Paul II a été le Pape de la famille. Lui-même a dit un jour qu’il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme du Pape de la famille. Cela me plaît de le souligner alors que nous vivons un chemin synodal sur la famille et avec les familles, un chemin que, du Ciel, certainement, il accompagne et soutient. » -Pape François. Visionnez ce magnifique vidéo qui présente le profond attachement du saint pape Jean-Paul II pour la famille. Pour Jean-Paul II, la famille était le reflet de la Trinité Sainte. Par l’exercice des vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, chacun des membres de la famille peut être le reflet de l’amour de Dieu pour l’humanité et ainsi, rendre présent le bonheur du ciel sur la terre.

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Édith Stein)

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Le 9 août, nous faisons mémoire d’une femme juive qui a aimé la croix jusqu’au bout, embrassant toutes ses contradictions et mystères tout au long de sa vie. Il y a une surprenante sculpture en bronze d’Édith Stein au centre de la ville de Cologne en Allemagne, tout près du séminaire diocésain. La sculpture représente trois Édith Stein, à trois moments critiques de sa vie. Le premier moment présente Édith alors qu’elle était jeune juive philosophe et professeur, étudiante d’Edmund Husserl. Édith est représentée en pleine réflexion et sur ses genoux se trouve une étoile de David.

La deuxième partie de la sculpture de la jeune femme dépeint Édith partagée en deux. L’artiste présente la face et sa tête presque divisée 01 Stein sculpture Koln sm copyreprésentant le moment de sa vie où elle quitta le judaïsme pour l’agnosticisme et même l’athéisme. On comprend ainsi que sa recherche de la vérité fut très douloureuse.

Troisièmement, Édith Stein est représentée alors qu’elle était devenue sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. On retrouve donc une religieuse tenant dans ses bras un Christ crucifié : « Thérèse bénie par la croix » comme l’indique son nom. Le tout de la sculpture présente donc le cheminement d’Édith du judaïsme à l’athéisme puis au christianisme.

Dans sa biographie, ce moment fort de cette période critique de sa vie se passe à Breslau, alors qu’elle s’éloignait de plus en plus du judaïsme. Avant d’entrer au Carmel de Cologne, elle a dû faire face à sa mère pour qui la religion juive était très importante. Sa mère lui dit dans sa langue maternelle : « Édith, ne crois-tu pas que tu peux aussi être religieuse dans ta foi juive ?»

Édith répondit : « Bien sûr, si on n’a jamais rien connu d’autre ».

Sa mère lui répondit d’un ton désespéré : « Et toi, pourquoi l’as-tu rencontré ? Je ne veux rien dire contre lui, certainement il était un homme très bon, mais pourquoi s’est-il fait l’égal de Dieu ? » Sa dernière semaine à la maison et le moment ultime de la séparation furent très douloureux. Il fut très difficile de lui faire comprendre, ne serait-ce qu’un peu, les raisons de sa décision. Édith écrit cependant : « Et pourtant, je franchis le seuil de la maison du Seigneur dans une paix profonde ».

03 Edith Stein 3 copyComme Édith Stein, nous avons connu autre chose, nous avons rencontré Jésus et sa croix. Nous avons rencontré Quelqu’un d’autre : l’homme sur la croix. Nous n’avons d’autres choix que de nous rendre auprès de lui. Après qu’Édith eut fait son entrée au Carmel de  Cologne, elle continua d’écrire sa grande œuvre sur la croix : Kreuzwissenschaft (La science de la croix).

En 1938, la situation de l’Allemagne s’était détériorée d’une manière significative et l’attaque du 8 novembre (Kristallnacht) par les SS avait enlevé tous les doutes qui restaient à propos du traitement des citoyens juifs. La prieure des Carmélites décida d’envoyer Édith au couvent de Echt aux Pays-Bas. Dans la pénombre de la nuit du 31 décembre 1938, Édith Stein traversait en voiture la frontière hollandaise. Rendue au couvent de Echt, sœur Thérèse Bénédicte composa trois actes d’oblation d’elle-même, offrant sa vie pour le peuple juif, pour la paix ainsi que pour la sanctification de sa famille carmélite. Elle s’établit quelque peu dans une vie dédiée à l’enseignement du latin aux postulantes et à l’écriture d’un livre sur saint Jean-de-la-Croix. Rosa, la sœur d’Édith, devint également catholique après la mort de leur mère en 1936 et, dès 1940, rejoignit sa sœur au Carmel de Echt comme membre du tiers ordre carmélite.

Alors que la politique nazie d’extermination des juifs s’implantait rapidement dans une Hollande occupée, les juifs professant la foi chrétienne furent initialement laissés tranquilles. Toutefois, lorsque les évêques catholiques des Pays-Bas publièrent une lettre pastorale, dans laquelle ils protestaient fortement contre la déportation des juifs, les autorités nazies réagirent fortement et violemment en ordonnant l’extermination de tous les juifs baptisés. [Read more…]

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. sur la croix des Journées Mondiales de la Jeunesse

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Réflexion sur la croix des Journées Mondiales de la Jeunesse, Père Thomas Rosica c.s.b.

Au cœur de chacune des Journées Mondiales de la Jeunesse se trouve un symbole chrétien simple et puissant à la fois : deux larges planches de bois en croix que plusieurs ont surnommées la « flamme olympique » de cet immense Festival de jeunes catholiques. La croix des JMJ a reçu plusieurs noms : la Croix du Jubilée, la Croix des pèlerins, la croix de la jeunesse. En 1984, peu de temps après la clôture en 1983 de l’année sainte de la rédemption au Vatican, le saint pape Jean-Paul II avait confié aux jeunes du monde entier une simple croix en bois de douze pieds de haut en leur demandant de l’apporter avec eux de par le monde comme signe de l’amour que le Seigneur Jésus a pour l’humanité et pour « proclamer à tous que le salut et la rédemption ne se trouvent que dans le Christ qui est mort et est ressuscité ». Depuis ce jour, portée par des mains généreuses et des cœurs aimants, la Croix a parcouru un long chemin, un pèlerinage ininterrompu à travers tous les continents pour démontrer que, comme le disait saint Jean-Paul II : « la Croix marche avec les jeunes et les jeunes marchent avec la Croix ».

La croix ne se promène pas toute seule ! Depuis 2003, elle est accompagnée d’une icône de la Vierge Marie, une copie de l’icône de Notre Dame « Salus Populi Romani ». L’originale de cette icône, considérée par plusieurs comme datant du 8e siècle, se trouve dans la chapelle de la Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. Le pape Jean-Paul II l’a ainsi confiée à la jeunesse comme icône de la Bienheureuse Mère qui accompagnerait ainsi la Croix partout où elle irait. « Elle serait le signe de la présence maternelle de Marie auprès de cette jeunesse qui est appelée, comme l’Apôtre Jean, à accueillir le Christ dans leur vie ».

La croix des Journées Mondiales de la Jeunesse et l’icône de Notre Dame nous disent les deux points centraux du message chrétien : du berceau et de la croix; du Christ qui est né de Marie et du Christ qui est crucifié pour nous, de Noël et du Vendredi Saint, de l’Incarnation et du Mystère Pascal. Ainsi, l’icône et la Croix sont les deux puissantsWYD Icon symboles de la joie et de la souffrance que nous expérimentons dans notre pèlerinage chrétien.

En 2002, le passage de la Croix des Journées Mondiales de la Jeunesse à travers tout le Canada continue d’émouvoir les cœurs et rappelle de très beaux souvenirs encore aujourd’hui, plusieurs années après le début de ce pèlerinage sur notre terre le 11 avril 2001. La croix des JMJ a littéralement touché les trois océans qui entourent le Canada. Elle a visité nos villes et villages entraînant une multitude de personnes dans les rues en processions, en prières, en vigiles et suscitant des moments forts de réconciliation, de paix et de guérison.

De telles expressions de piété populaire avaient été absentes depuis bien trop longtemps de notre paysage ecclésial canadien. Au milieu de ce pèlerinage brillamment orchestré à travers 72 diocèses du Canada, la Croix fit un détour en février 2002 qui ne faisait pas partie des préparatifs normaux des Journées Mondiales de la Jeunesse comme cela avait été le cas dans les éditions précédentes. À l’aube d’un très froid dimanche, un convoi d’autobus a quitté Toronto avec à bord des représentants des corps de police, des ambulanciers, des pompiers pour se rendre à New York accompagné de la Croix des JMJs.

Après une Messe du dimanche à Manhattan en la cathédrale Saint Patrick ainsi qu’une Messe tôt le matin en compagnie de l’Observateur permanent du Vatican près les Nations Unies, nous avons porté la Croix à Ground Zero, à l’intérieur même du trou, afin de prier pour les victimes de la tragédie du 11 septembre au World Trade Center et ailleurs aux États-Unis. Cette visite, qui a reçu une visibilité médiatique internationale, était un signe d’espoir, de consolation, de solidarité, de paix pour le peuple américain et le monde entier, peinant alors à comprendre le mal, la terreur, la violence, les forces de mort dont l’humanité avait fait l’expérience en ce 11 septembre 2001.

Ce voyage à Ground Zero était pour nous un acte public de défiance et de courage. Six jeunes de l’équipe nationale des Journées mondiales de la Jeunesse de Toronto en 2002 ont porté la grande Croix en haut de la plateforme construite pour les familles des victimes de la tragédie du World Trade Center. Alors qu’ils montaient avec la croix, nous chantions le refrain du chant de Taizé : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu seras dans ton Royaume ». Lorsque la Croix fut placée sur son socle de métal au bord du cratère où naguère s’étaient tenues les Twins Towers, la chorale devint de plus en plus grande et le chant devint également plus intense. C’était un acte de défiance puisque, sur le lieu même où la destruction, la dévastation, la terreur, la mort avaient fait grand bruit, nous élevions une croix de bois c’est-à-dire un instrument de mort transformé en symbole central de la vie et de la foi chrétienne. Ce jour-là, personne n’a pu échapper au sens profond de ce geste.

La Croix de Jésus Christ a béni et marqué les Journées Mondiales de la Jeunesse de 2002 d’une manière extraordinaire. Chaque lieu de catéchèse avait la chance d’avoir une réplique de la croix des JMJs. Elle était présente à chaque grande cérémonie. Elle précédait les processions, appelait à la prière et à la réflexion, a guéri, réconcilié et a touché nos cœurs. Ces souvenirs restent encore gravés dans nos esprits.

Qui ne pourra jamais oublier ces belles images de la Croix des JMJ précédant plus d’un demi million de personnes, la majorité étant à genoux, lors du chemin de croix le vendredi soir du 26 juillet 2002 sur un trajet partant de la majestueuse avenue de l’Université, passant devant le palais de justice, le consulat américain, les édifices du gouvernement, les hôpitaux, l’Université de Toronto, le Parlement provincial et les différents musées. L’une des rues principales d’une grande ville fut transformée en une Via dolorosa contemporaine alors qu’environ un milliard de personnes étaient témoins de cette mise en scène moderne de la passion par l’entremise de la télévision et des satellites.

Cross Icon Brazilian pilgrims

Durant la célébration eucharistique de clôture, le dimanche 28 juillet 2002, le Saint Père a présenté aux jeunes pèlerins présents parmi la multitude de près de 850 000 personnes des petites croix de bois faites à la main par des jeunes vivant dans les quartiers pauvres de Bogotá et Medellín en Colombie. Les organisateurs des Journées mondiales de la Jeunesse de 2002 avaient choisi de faire fabriquer les croix en une terre qui avait eu son lot de croix dans les années précédentes.

C’est parce que nous suivons un Christ crucifié que nous entrons en solidarité avec les millions de personnes qui souffrent dans le monde. Nous faisons l’expérience du pouvoir de l’Amour de Dieu grâce aux plus vulnérables et grâce à ceux qui souffrent. La croix nous apprend que ce qui aurait pu rester caché et sans importance pour l’histoire peut se transformer en beauté, espoir ainsi qu’en un appel constant à la bonté héroïque.

Lors de la conclusion de la liturgie eucharistique, le Pape vieillissant et souffrant dit aux jeunes de ne pas avoir peur « de suivre le Christ sur la voie royale de la Croix ! En cette période difficile de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient de plus en plus urgente ». Il a ainsi invité ses jeunes amis à se « mettre à l’école de la croix ».

Lorsque la frénésie et les émotions fortes des activités des JMJ furent terminées, j’étais convaincu que l’un des souvenirs les plus marquants et qui resterait dans la mémoire de notre pays serait une simple Croix de bois, une si grande source de bénédictions et de consolation, de guérison, de force et de paix pour les centaines de milliers de personnes qui l’avaient embrassée, touchée, les inspirant et leur permettant d’être touchés par le message génial et la mémoire de Celui qui y est mort.

Célébrer le Triomphe de la Croix signifie reconnaître la plénitude de l’achèvement cruciforme de la vie de Jésus. Jésus nous demande courageusement de choisir une vie similaire à la sienne. La souffrance ne peut être évitée ou ignorée de ceux qui désirent suivre le Christ. Suivre Jésus implique souffrir et prendre sa croix. La marque du Messie doit devenir la marque de ses disciples.

Le père Thomas Rocisa c.s.b. était le Directeur national et PDG des Journées Mondiales de la Jeunesse de 2002 au Canada

La force puissante et la foi résolue des deux veuves du récit biblique

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Réflexion biblique  du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 10e dimanche du temps ordinaire (Année liturgique C) – 5 juin 2016

Dans la lecture d’aujourd’hui tirée du premier livre des rois, Élie, le grand prophète de l’Ancien Testament, n’a pas voulu entreprendre son périple avant d’en avoir reçu le mandat de Dieu. Il est, en effet, essentiel d’être en communication constante avec Dieu en écoutant Sa Parole, spécialement avant de partir en mission. Élie était reconnu pour avoir toujours la Parole de Dieu à la bouche, pour être quelqu’un qui, par sa prière intense, était toujours conscient des réalités de la vie et de la mort, une personne qui vivait la bonté envers les plus pauvres, envers ceux qui sont en marge de la société, envers ceux qui doivent parfois fuir pour rester en vie. Élie était surnommé le « perturbateur » par le roi Acab puisqu’il hésitait souvent entre la rage et la violence, entre la tendresse et la prière profonde.

Dans le récit de ce dimanche tiré de l’Ancien Testament, Élie est envoyé à Zarephatg (v. 9) une région de Sidon. Ces versets contiennent trois commandements : « lève-toi », « va » et « reste ». Le prophète allait être éprouvé sur chacun de ces commandements ; sa foi, sa confiance, son obéissance, sa disponibilité ainsi que son engagement allaient être mis à l’épreuve. Lorsqu’il est demandé à Élie de « se lever », il ne s’agit pas d’un mouvement physique mais plutôt d’un déplacement spirituel. Pour Élie, suivre le Seigneur avec obéissance est une conséquence de son propre réveil spirituel.

Le deuxième commandement « va à Zarephath » sous-entend l’idée d’un voyage, avec ses risques, ses privations et ses dangers. Élie est envoyé à un endroit spécifique puisque le nom même de Zarephath signifie « lieu d’épreuve ». Zarephath était situé sur la terre de Sidon et appartenait à la malheureuse Jezebel. Élie n’était donc pas envoyé en retraite, ni en vacances dans un lieu exotique !

Le troisième commandement, « reste ici » fut également un grand défi à son engagement et à sa confiance en Dieu. Sa réputation d’homme de Dieu cherchant simplement à servir le Seigneur dans l’obéissance sera alors mise à rude épreuve. Ses provisions allaient venir d’une veuve pauvre, indigente et déprimée qui faisait face à une pénurie de nourriture dans la nation païenne des Sidonéens et qui représentait clairement une force d’opposition au Dieu d’Israël. Élie allait rencontrer une femme qui allait prendre soin de lui. Cette femme ne vivait pas dans une grande demeure et n’avait pas d’accès particulier aux prophètes itinérants. Au contraire, elle vivait une existence simple, ramassant des bouts de bois ici et là pour se chauffer et préparer ses repas. Cette pauvre femme allait toutefois donner tout ce qu’elle possédait pour aider le prophète.

Le même Dieu qui avait commandé aux corbeaux et qui avait pourvu aux besoins d’Élie dans le désert (1Rois 17, 1-7) allait prendre soin de lui par l’entremise de cette veuve. À Zarephath, la pauvre femme écoutait Élie dont les instructions    accomplissaient les promesses transmises dans la Parole de Dieu. Elle vit la puissance de Dieu puisqu’elle-même, son fils et Élie purent survivre.

L’exemple de la générosité d’une pauvre veuve.

Quelle leçon pouvons-nous tirer de ce passage remarquable de la veuve et du fervent prophète ? La veuve de Zarephath fut mise au défi par le prophète Élie de partager le peu qu’elle avait, sans égards aux circonstances désespérantes qu’elle vivait. Grâce à la bonté et à la générosité de cette pauvre femme et à la fidélité d’Élie, Dieu renforça la foi du prophète et renouvela son habileté à exercer son ministère. Le Seigneur utilisa le prophète pour apporter un peu de consolation de paix d’esprit et de cœur à la veuve et à son fils.

Un ministère authentique est toujours mutuel. Nous mettons tout en place pour aider les autres et nous finissons par nous faire aider par ceux-là mêmes que nous voulions aider ! Le Seigneur pourvoit toujours à nos besoins, au-delà des apparences et des faiblesses extérieures, des fatigues, des échecs, des inquiétudes et des peurs. Dieu fait toujours beaucoup plus que ce que nous imaginons et demandons !

Cette histoire touchante de l’Ancien Testament nous force à nous poser de sérieuses questions sur nos propres vies. Avons-nous bien répondu aux besoins de ceux qui nous entourent alors même que nous pensons que nous avons très peu à apporter ou à donner ? Est-ce que nous nous soucions de ne pas avoir assez pour nous si nous donnons notre argent ou notre temps ?

Élie exhortait la veuve avec ces mots « N’aie pas peur ». Cette même admonition est répétée à plusieurs reprises dans l’Évangile et fut également le refrain du long, prophétique et fructueux ministère pétrinien de saint Jean-Paul II : « N’ayez pas peur »! Jusqu’à quel point la peur affecte-t-elle nos vies et nous empêche-t-elle d’obéir à l’Esprit du Seigneur? Est-ce que nous adhérons aux choses qui ne peuvent nous aider, oubliant de faire confiance à la bonté de Dieu ?

La veuve de Zarephath fut généreuse avec Élie. Elle a donné jusqu’aux limites de ses ressources et Dieu les a récompensés, elle et son fils. Avons-nous cette confiance et cette foi radicales? Agissons-nous comme si nous étions les dépositaires de nos talents et ressources ou simplement comme si nous étions les intendants de Dieu ?

Cette lecture nous incite à prendre de fermes résolutions dans nos vies ? Laissez-moi vous suggérer quelques actions concrètes en lien avec cette histoire du premier livre des Rois. Il est important de considérer notre propre volonté d’être généreux à la fois de nos biens matériels et de notre personne. Peut-être cette semaine pouvons-nous demander à Dieu la Grâce de répondre charitablement à ceux qui nous demanderont des choses; par exemple en étant charitables envers nos voisins, nos amis ou collègues qui ont simplement besoin de parler et d’être écoutés. La personne aisée qui met son argent en banque ne fut jamais condamnée par Jésus. Il a simplement expliqué la nature de leur contribution. Les gens riches donnent de leur surplus.  Ainsi, donner ne leur a pas « coûté » beaucoup. Avons-nous un surplus dont nous pouvons disposer ? Si c’est le cas, utilisons-nous cet argent de la meilleure manière qui soit ?

Quelle est notre attitude face à l’aumône ? Est-ce que nous nous sentons concernés par le sort des pauvres, des sans-abris, des réfugiés et de ceux qui sont dans les périphéries de la société ? Utilisons-nous notre argent pour aider à créer une culture de la vie ? Ou sommes-nous plus intéressés à construire notre propre sécurité personnelle ? Peut-être pourrions-nous prier cette semaine pour recevoir la sagesse ainsi qu’un esprit de générosité afin d’utiliser notre argent pour contribuer davantage au Royaume de Dieu. [Read more…]

Le spécialiste des Croix et du port de la croix…

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b pour le Vendredi Saint -Année liturgique C- (25 mars 2016)

Chaque année le Vendredi Saint, nous revivons les événements tragiques de la Passion de notre Sauveur jusqu’à à sa crucifixion sur le Golgotha. Il y a une question lancinante au sujet de cette journée qui a résonné partout dans l’histoire. Sur le Calvaire, au milieu de ce désastre, où était Dieu? Même Jésus le Seigneur a implorée dans ses pleurs, sur le bois de la croix : « Où es-tu? M’as-tu réellement oublié? Pourquoi es-tu sourd à la voix de ma plainte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis » (Psaume 22).

Les lectures profondément émouvantes de la liturgie d’aujourd’hui ne se concentrent pas sur le cadavre de Jésus mais elles vont et viennent délicatement entre Jésus mort et la communauté affligée. Les passages sont remplis de paroles de douleur et d’espérance, de mort et de vie. Dans la lecture de la lettre aux Hébreux (4,14-16; 5,7-9), l’auteur contemple l’agonie de Jésus au jardin en relation avec les sacrifices du temple et le sacerdoce selon les Écritures hébraïques.

Nous découvrons notre Dieu qui permet qu’un Vendredi Saint surviennent: un Dieu-homme qui est toujours fils comme nous en toutes choses, à l’exception du péché. Loin de créer un abîme entre le Christ et nous-mêmes, nos épreuves et nos faiblesses sont devenues les lieux privilégiés de notre rencontre avec Lui et non seulement avec Lui, mais avec Dieu lui-même, grâce à cet homme sur la croix. À partir de maintenant, aucun de nous ne peut s’abaisser dans une situation douloureuse sans trouver le Christ présent à nos côtés.  Si les épreuves de l’existence humaine ont donné au Christ sa position présente proche de Dieu, alors il a été revêtu de gloire et d’honneur pour avoir souffert la mort.

Avec des prières et des larmes silencieuses

Au cours de sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et notre sang, pleurant avec des prières et des larmes silencieuses. Il a été  entendu à cause de son grand respect. L’Ancien Testament n’a jamais rêvé de se référer au grand prêtre pour se faire lui-même comme ses frères et sœurs, mais au contraire, il était préoccupé de se séparer d’eux. C’est d’autant plus frappant donc qu’aucune distinction n’ait été faite sur un point un point essentiel: aucun texte n’a jamais exigé que le grand prêtre soit exempt du péché. Dans l’Ancien Testament, une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec le sacerdoce.

Contrairement aux prêtres du Lévitique, la mort de Jésus était essentielle pour son sacerdoce. Il est un prêtre de compassion. Son autorité nous attire à cause de sa compassion.  L’autorité de ses paroles : son regard pénétrant, aimant pour chacun de nous, la fermeté de sa foi. Ultimement, il existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé dans tous les aspects comme nous – il connaît toutes nos difficultés ; il est un homme qui a fait ses preuves ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur – seulement par cela il acquiert une profonde capacité pour la compassion. Comme prêtre, il vécut pour les autres, donna tout de ce monde à la fois triste et beau au Dieu qui l’aima. C’est le seul sacerdoce qui fait une différence, quelquefois.

Si la dernière célébration du repas du Seigneur nous invitait à regarder ce que nous avons fait de notre baptême, et comment nous sommes un peuple eucharistique, la commémoration de la mort de Jésus nous invite à regarder notre propre sacerdoce, le vôtre et le mien, et à nous demander une question aujourd’hui… suis-je une personne sacerdotale comme il a été ? Est-ce que je vis pour les autres ? Le monde est-il un peu moins violent, un peu moins hostile, un peu plus patient, bon et juste, à cause de moi ?

Jésus est la Source de la liturgie chrétienne

Le récit de la Passion de Jean (18,1-19,42) est si chargé liturgiquement que Jésus est vu non seulement comme Dieu, mais aussi comme la source de la liturgie chrétienne : même le sang et l’eau qui jaillissent de son côté blessé. Nous sommes invités à réaliser très profondément la tragédie de la mort de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix est un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous regardons la croix et la réponse dans la foi au message de vie qui coule d’elle, un message qui nous apporte guérison et réconciliation.

Des questions lancinantes subsistent au sujet de la signification de la crucifixion de Jésus. Comment le ‘Hosanna » du Dimanche des Rameaux tourne-t-il au « Crucifie-le » du Vendredi Saint ? La foule se retourne comme un seul homme et insiste pour sa mise à mort avec une détermination empreinte d’irrationalité collective. S’il était un Zélote ou un pharisien ou un simple paysan ou un soldat romain, ou un officiel du Sanhédrin, si le roi Hérode ou Ponce Pilate, ils sont tous venus ensemble hors de leur préoccupation  pour trouver une mesure de paix par l’intermédiaire de ce bouc-émissaire. C’est dans la foule que se trouve la place universelle de la croix. La question n’est pas qui a tué Jésus mais qu’est ce qui a tué Jésus… et quels cercles vicieux de violence continuent à le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine ? [Read more…]

Suivre Jésus sur le chemin royal de la Croix

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le dimanche des Rameaux -Année liturgique C (20 mars 2016)

Cette année, au dimanche des Rameaux, nous entendons deux parties de l’évangile de Luc – le premier à la bénédiction des Rameaux et le second lors de la lecture du récit de la Passion. Avec l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, (19, 28-21,38) une nouvelle section de l’évangile commence – le ministère de Jésus à Jérusalem avant sa mort et résurrection.

Dans un élan d’enthousiasme, le peuple de Jérusalem a agité les palmes et accueilli Jésus comme il entrait dans la ville, monté sur un âne. L’acclamation : «Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur » (v.38) est présente seulement dans l’évangile de Luc où est explicitement donné à Jésus le titre de roi lorsqu’il entre en triomphe dans Jérusalem. Luc a inséré ce titre dans les paroles du psaume 118,26 qui annonçait l’arrivée des pèlerins venant vers la ville sainte et au temple. Jésus est acclamé comme roi et comme celui qui vient (Malachie 3,1; Luc 7,19). L’acclamation des disciples: « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux» fait écho à l’annonce des anges à la naissance de Jésus (Luc 2,14). La paix que Jésus apporte est associée au salut qui doit être accompli à Jérusalem. Il y a une unité interne entre les récits de l’enfance et la passion de l’évangile de Luc.

Luc est lié à Marc pour la composition du récit de sa Passion (22,14-23.56) mais il a incorporé beaucoup de sa propre tradition dans le récit. On distingue plusieurs parties dans le récit de la Passion de Jésus dans Luc: 1 la tradition de l’institution de l’Eucharistie (22, 15-20); 2 Le discours d’adieu de Jésus (22,21-38); 3 Le mauvais traitement et l’interrogation de Jésus (22,63-71); 4 Jésus devant Hérode et sa seconde apparition devant Pilate (23,6-16); 5 les paroles adressées aux femmes qui suivaient le chemin de croix (23, 27-32); 6 les paroles au larron pénitent (23, 39-41); 7 la mort de Jésus (23,46, 47b-49).

La palme du triomphe et Croix de la Passion

La figure paisible de Jésus s’élève au-dessus de l’hostilité et de la colère des foules ainsi que du processus légal. Jésus reste un vrai modèle de réconciliation, de pardon et de paix. Au milieu de sa propre agonie et de son procès, nous réalisons la passion profonde de Jésus pour l’unité: il est capable de rendre amis même Pilate et Hérode (23,12). Luc présente Jésus sur la croix, pardonnant à ses persécuteurs (23,34) et Jésus mourant autorise même un voleur à voler le paradis! (23,43).

Partout dans son récit, Luc souligne l’innocence de Jésus (23,4; 14-15,22) qui est la victime des pouvoirs du diable (22,3; 31; 53) et qui va à la mort dans l’accomplissement de la volonté de son Père (22,42.46). Luc accentue la miséricorde, la compassion et le pouvoir guérisseur de Jésus (22,51; 23,43) qui ne va pas à la mort seul et abandonné, mais est accompagné par d’autres qui le suivent sur le chemin de croix. (23,26-31, 49).

Dans le récit émouvant de Luc, la palme du triomphe et la croix de la Passion ne sont pas une contradiction. À l’intérieur repose le cœur du mystère proclamé durant la Semaine Sainte. Jésus s’est donné lui-même volontairement à la Passion, il n’était pas écrasé par des forces plus grandes que lui. Il fit face librement à la crucifixion et a triomphé de la mort.

Des modèles sur le chemin de la Croix

Sur le chemin de la croix, Luc nous offre des modèles qui nous apprennent à vivre dans nos vies quotidiennes la Passion de Jésus comme un itinéraire vers une résurrection. Alors que Jésus est amené du palais du gouverneur aux pentes rocailleuses à l’extérieur des murs de la ville où les exécutions publiques ont lieu, ils tirent Simon de Cyrène, un passant, pour porter la croix de Jésus (23,26). Les mots de Luc montrent clairement qu’il voit dans la figure de Simon une image de la manière d’être disciple : Simon prend la croix de Jésus et la porte « derrière Jésus ».

La phrase est identique dans l’enseignement de Jésus sur le fait d’être disciple : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. » (Luc 14,27). Ceux qui veulent vivre à la manière de Jésus doivent accepter de donner leur vie pour les autres. Le simple fait de porter la croix n’est pas ce qui est le plus important. Tant de personnes dans ce monde souffrent dramatiquement: chaque personne, chaque famille a sur ses épaules des peines et des fardeaux à porter. Ce qui donne la pleine signification à notre croix est de  la porter derrière Jésus, non dans la solitude angoissée, en errant sans espoir ou en rébellion, mais plutôt en étant soutenu et nourri par la présence du Seigneur.

Nous lisons en Luc 23,27, « Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. » Un partage qui consiste seulement en quelques paroles de compassion, même accompagné de larmes, n’est pas suffisant. Chacun de nous doit être conscient de sa propre responsabilité dans le drame de la souffrance spécialement dans la souffrance du juste et de l’innocent. Les paroles de Jésus dans Luc 23,31 nous invite à lire l’histoire des individus et des communautés d’une façon réaliste. « Car si ces choses sont faites quand le bois est vert, qu’est ce qui arrive quand c’est sec? Cela veut dire : si l’innocent est celui qui est frappé en route, qu’arrivera-t-il à ceux qui sont responsables du mal qui survient dans l’histoire des individus et des nations?

Jésus n’a pas compris son existence sur la terre comme une recherche de pouvoir, ni comme une course au succès ou à une carrière, comme un désir de dominer les autres. Au contraire, comme nous le lisons aujourd’hui dans la seconde lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens, il céda les privilèges du fait d’être l’égal de Dieu pour prendre la forme de serviteur et devint comme les hommes et fut obéissant au projet du Père jusqu’à la mort sur une croix (Phil 2, 6-11). En commémorant les événements de la Semaine Sainte, nous faisons beaucoup plus que rappeler la souffrance et l’entrée dans la gloire du Seigneur. La puissance salvifique de sa Mort et de sa Résurrection nous pénètre. Jésus devient lumière et salut pour chaque individu et pour toute l’humanité. [Read more…]

Se trouver sur une terre sainte

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième dimanche de Carême C (28 février 2016)

La première lecture de ce dimanche tirée de l’Exode (3,1-8a; 13-15) me rappelle ma première visite au Mont Sinaï et au monastère Ste Catherine en 1990, pendant mes années d’études à Jérusalem. Je me souviens très bien de cette fabuleuse expérience d’être sur la « Terre Sainte » au Sinaï, sur le lieu où Dieu donna à l’humanité sa Loi, les Dix commandements de l’Alliance.

Je me souviens aussi des paroles bouleversantes du pape Jean-Paul II, prononcées au Monastère Ste Catherine au Sinaï le 26 février 2000 lors de son pèlerinage jubilaire aux lieux de notre salut.

Combien de personnes sont venues en ce lieu avant nous ! Ici, le peuple de Dieu a planté ses tentes (cf. Ex 19, 2) ; ici, le prophète Elie trouva refuge dans une grotte (cf. 1 R 19, 9) ; ici, le corps de la martyre Catherine trouva son lieu de repos ultime ; ici, une foule de pèlerins à travers les âges ont fait l’ascension de ce que saint Grégoire de Nysse appelait « la montagne du désir » (Vie de Moïse, 2, 232) ; ici, des générations de moines ont veillé et prié. Nous suivons humblement leurs pas jusqu’à « la terre sainte » où le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob chargea Moïse de rendre son peuple libre (cf. Ex 3, 5-8).

Dans ce passage bien connu tiré du chapitre 3 de l’Exode, l’image de la « terre sainte » est vivante, parlante. Pendant des siècles, des auteurs spirituels ont contemplé la profonde signification de la terre et des lieux saints. La région entière du Sinaï, avec sa beauté naturelle et rude et l’ancien monastère dressé au pied de la montagne sainte de Dieu, sont les témoins silencieux de l’entrée de Dieu dans l’histoire humaine.

« Moïse, Moïse »

Dans la première lecture d’aujourd’hui, Moïse est simplement «occupé à ses affaires», gardant le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian, quand il arrive à l’Horeb, la montagne de Dieu (Exode 3,11 suiv.). L’Horeb est probablement mentionné spécialement pour les apparitions divines qui ont eu lieu ici, et aussi comme lieu où les Israélites séjournèrent après leur départ d’Égypte.

L’ange du Seigneur lui apparut au milieu d’un feu qui sortait d’un buisson. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer.

Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour venir regarder, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! »

Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte  (Exode 3, 2-5)

Moïse entend deux fois son prénom: « Moïse, Moïse ». Dans la Bible, il est rare qu’une personne soit appelée à deux reprises. Au livre de la Genèse (22,1), Abraham est convoqué à sacrifier son fils : « Abraham, Abraham! » C’est un point tournant dans sa vie. Sa sincérité fut mise à l’épreuve. Un autre exemple: dans le premier livre de Samuel 3,10 « Samuel, Samuel! » Et Samuel répondit: « Parle, ton serviteur écoute ».  La période déroutante des Juges se termine et celle des Rois qui marque une proximité nouvelle de Dieu avec son peuple va commencer.

Moïse a essayé de considérer le phénomène du buisson ardent comme une partie de sa vision de Dieu, de l’histoire, et de la présence de Dieu dans l’histoire. Mais les paroles fortes du Seigneur au buisson sont un avertissement, comme s’il avait été dit à Moïse: « Moïse, tu ne vas pas venir à moi en m’enfermant dans ton schéma personnel. Tu ne vas pas m’intégrer dans tes plans. Au contraire, je veux que tu t’ajustes à mon plan! » Impossible de se défiler: le Seigneur qui cherche Moïse… là où il se trouve. Le Seigneur fait pareil avec chacun de nous.

Dieu ne se limite pas à l’espace et au temps

Nous ne devons jamais oublier que même si Dieu s’est lui-même révélé à Moïse dans un lieu et d’une manière uniques, cela ne limite pas Dieu à ces derniers. Notre tendance humaine de limiter Dieu à certains temps, lieux et peuples ne diminue pas le degré de notre compréhension de la souveraineté absolue de Dieu. La présence de Dieu et le pouvoir de Jésus ne peuvent pas être limités aux lieux seuls. Reconnaissons la grande habileté de Dieu pour briser nos structures, nos règles et nos frontières afin de s’adresser à nous peu importe où nous sommes avec les mots prononcés à Moïse : « N’approche pas d’ici! Retire tes sandales car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte! »

Le vrai rocher qui accompagna Israël

La typologie du désert dans l’Ancien Testament, rocher et eau, est très évidente dans la seconde lecture d’aujourd’hui tirée de la première lettre aux Corinthiens (10, 1-6.10-12). Saint Paul écrit : « tous, ils ont mangé la même nourriture, qui était spirituelle ;  tous, ils ont bu à la même source, qui était spirituelle ; car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher, c’était déjà le Christ.

Cependant, la plupart n’ont fait que déplaire à Dieu, et ils sont tombés au désert. »

Paul fait référence au rocher spirituel que le peuple suivait. La Torah parle seulement d’un rocher d’où l’eau jaillit, mais la légende rabbinique l’amplifia et en fit une fontaine qui suivait les Israélites à travers leur migration. Paul utilise cette légende au pied de la lettre et lui donne une signification spirituelle. Le rocher c’était le Christ. Dans l’Ancien testament, le Seigneur Dieu est le Rocher de son peuple (le chant de Moïse au Seigneur, le Rocher au Deutéronome 32). Paul applique cette image au Christ, la source d’eau vive, le vrai Rocher qui accompagna Israël et guida leur traversée du désert. [Read more…]

Cendrillon, une anticonformiste ?

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Image: Courtoisie de CNS

Cette semaine, je suis allé voir la récente adaptation au grand écran, par le réalisateur Kenneth Branagh, du conte de fée Cendrillon. Bien que ce genre de film ne soit pas normalement mon premier choix, je fus très surpris de la qualité et de la profondeur de ce film. Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre ce film et les longs métrages pour enfants auxquels les Walt Disney de ce monde nous ont habitués au cours des dernières décennies. En effet, la plupart des contes pour enfants sont aujourd’hui porteurs des grandes « valeurs » de notre temps : individualisme et consumérisme. J’en tiens pour preuve le court-métrage présenté avant le film et entièrement centré sur la célébration de l’anniversaire d’une petite fille et sur la grande quantité de cadeaux qu’elle reçoit. Comme si les producteurs avaient voulu se déculpabiliser devant d’éventuelles accusations portées contre eux de vouloir présenter aux jeunes des valeurs « vieux jeux ». En résumé, la raison de ce contraste entre les valeurs de Cendrillon et celles de notre temps est due au fait que ce film n’entre pas dans ce que Saint Jean-Paul II avait nommé la « culture du soupçon ».

Cette culture du soupçon qui a souvent servi à désigner Freud (en psychologie), Marx (en politique/économie) et Nietzche (en philosophie) pourrait se résumer ainsi : une attitude à douter de la bonté des wedding-342679_1280hommes et à toujours chercher une arrière pensée malveillante motivant les relations humaines. Par exemple, dans les relations amoureuses, l’attitude de soupçon se manifeste lorsque les partenaires ne veulent pas s’engager et se donner totalement l’un à l’autre. Lorsqu’ils préfèrent garder une assurance « au cas où » l’autre me tromperait, etc. Il faut dire que l’attitude souvent irresponsable de certains hommes a légitimé cette recherche d’une plus grande indépendance de la part des femmes. Cependant, cette recherche d’indépendance devient néfaste, pour la personne elle-même, lorsqu’elle est motivée par une peur irrationnelle de l’autre et une recherche égoïste de soi. Toutes les relations humaines (même l’économie!) étant fondées, en grande partie, sur la confiance, le soupçon peut en soi, lorsqu’il devient principe absolu, déstabiliser et, même, détruire toutes les sociétés, familles comprises. Cette philosophie va même jusqu’à considérer naïve toute posture de confiance en l’autre et, ce, spécialement lorsqu’il y a relation de pouvoir. En ce sens, le film Cendrillon contraste énormément avec cette attitude qui consiste, au nom de la lucidité, à se méfier de tout et de tous. Au contraire, plusieurs éléments du film vont dans un tout autre sens. [Read more…]