Se réjouir et attendre avec Jean le Baptiste

Troisième dimanche de l’Avent, Année B – 17 décembre 2017

L’Avent est la saison des prophètes. Les lectures des semaines précédant Noël nous aident à préciser notre vision et approfondir notre attente du Messie. La figure de Jean le Baptiste apparaît de nouveau dans l’histoire du salut en ce troisième dimanche de l’Avent. La mission d’ensemble de Jean fut une préparation à la venue du messie. Le temps venu, Jean conduisit ses propres disciples à Jésus et leur indiqua le Messie, la véritable lumière et l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. Jean lui-même n’était  pas la lumière. Il vint pour témoigner de la lumière. Il la laissa simplement briller sur lui.

Jean se considère moins qu’un esclave pour Jésus : « Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27). Quand les propres disciples de Jean l’approchèrent et furent troublés par la signification du baptême de Jésus dans le Jourdain, il leur répondit avec assurance : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sauf ce qu’il a reçu du Ciel. » Jean dit qu’il était seulement l’ami de l’époux, celui qui doit diminuer alors que le maître grandit. Le baptiste a défini son humanité en fonction de ses limites.

Dans l’une des scènes les plus poignantes de l’Évangile de Luc, Jean le Baptiste est emprisonné par Hérode pour avoir blâmé publiquement ce dernier au sujet de son mariage adultère et incestueux avec Hérodiade (Mt 4, 12 ; Mc 1, 14 ; Lc 3, 19). Seul, découragé et proche de la fin de sa vie, Jean le Baptiste, reconnu comme le « plus grand de tous les prophètes » a dû poser la question : « Es-tu vraiment le Messie ? »  Jean attendait probablement un ardent réformateur social pour instaurer le Royaume, certainement pas quelqu’un qui s’associerait avec les pauvres, les paralysés, les aveugles, les exclus et les pécheurs. Néanmoins, le Christ vient de la manière la plus inattendue et souvent à travers les personnes auxquelles on pense le moins.

Jésus invite Jean à regarder autour de lui pour voir le travail déjà accompli au milieu des gens. Les aveugles avaient recouvré la vue et les paralysés marchaient à nouveau. Maladies et troubles avaient été guéris et les sourds entendaient. La bonne nouvelle était désormais prêchée aux pauvres. Ceci était la plus grande de toutes les merveilles ! Et c’est une extraordinaire consolation pour nous. Il n’y a rien d’étonnant à ce que nous nous posions souvent la même question – « La vie chrétienne en vaut-elle vraiment la peine ? »  « Jésus est-il vraiment la réponse à tous les maux et les tristesses du monde et de nos propres vies ? »

Les foules s’approchèrent de Jean et lui demandèrent : « Que devrions-nous faire ? »  Le Baptiste ne conseille à personne de quitter le monde, aussi ambiguë que cette affirmation puisse être. Il dit plutôt que ceux avec deux vêtements partagent avec ceux qui n’en n’ont pas. De la même façon, ceux qui ont en abondance de la nourriture doivent partager avec ceux qui ont faim. Les collecteurs de taxes se faisaient dire de n’exiger rien de plus que ce qui était fixé. Les soldats ne pouvaient voler personne en usant de violence ou de fausses accusations. Ils devaient se contenter de leur solde. Qu’est-ce que les gens pouvaient faire pour se préparer à l’imminente venue du Messie ? Etre généreux, justes, honnêtes, reconnaissants et compatissants (Lc 3, 10-14).

La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un sauveur pour nous sauver, pour que nous soyons tous ce que nous sommes appelés à être et que nous fassions tout ce que nous pouvons pour vivre dans la Lumière. Sommes-nous courageux et prophétiques dans notre témoignage chrétien à la Lumière qui est déjà venue dans notre monde ? Il nous arrive si souvent de ne pas reconnaître Celui parmi nous qui est la véritable lumière.

Que Jean le Baptiste nous donne force et courage pour porter la lumière aux autres, ainsi que la générosité et la capacité de nous réjouir lors de cette attente. « Réjouissez-vous. Priez sans cesse », écrit Paul dans sa lettre aux Thessaloniciens. Nous pouvons renverser l’ordre de ces deux phrases : « Priez sans cesse, afin que nous puissions toujours nous réjouir. » Par la prière, nous comprenons que Dieu prend toutes nos inquiétudes et nos espérances dans son amour infini et sa sagesse. Il nous remet debout et nous donne la vie et la lumière en plénitude.

(Image : Saint Jean Baptiste par Anton Raphael Mengs)

Jean Baptiste : le prophète de l’Avent

Deuxième dimanche de l’Avent, Année B – 10 décembre 2017

L’une des grandes vedettes des récits de l’Avent et du temps de Noël, Jean le Baptiste, fait aujourd’hui son apparition sur la scène biblique. Considérons ensemble quelques détails de la vie de Jean et voyons à quel point il est un bon modèle pour nous. Jean Baptiste ne mâchait pas ses mots. Il allait droit au but et disait ce qu’il fallait dire. Il nous parlerait certainement avec des paroles aussi crues : avec des mots qui viseraient directement les points faibles de nos vies. Jean Baptiste prêchait le repentir avec crédibilité parce qu’il avait d’abord aimé les paroles de Dieu qu’il avait entendu au désert.

Il a écouté, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert. C’est parce que sa vie et son message ne faisait qu’un qu’il annonçait cette parole aux autres avec une telle efficacité. La duplicité est l’une des choses les plus décourageantes auxquelles il nous faut faire face. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos gestes ne sont pas cohérents. Le véritable prophète d’Israël nous aide dans notre lutte contre toute forme de duplicité.

À travers l’histoire biblique, des leaders et des visionnaires vont au désert pour voir plus clair, pour écouter intensément la voix de Dieu et découvrir d’autre voies, d’autres chemins.  Le mot hébreu pour désert midvar, est dérivé d’une racine sémitique qui signifie « mener le troupeau au pâturage ». Eremos, le mot grec utilisé pour traduire midvar, dénote un endroit désolé et peu peuplé et, au sens plus strict, un désert.

Le terme désert a deux significations différentes mais inter reliées, en référant à quelque chose de sauvage et de perdu. C’est probablement ce caractère inconnu (perdu) et incontrôlable (sauvage) qui lui a valu le terme de désert. Il y a aussi une autre manière de comprendre le sens du mot désert.

Un regard attentif à la racine du mot midvar révèle le mot davar qui signifie parole ou message. La notion hébraïque de désert est donc un lieu saint où la parole de Dieu peut être entendu, expérimenté et vécu librement. Nous allons au désert pour entendre la parole de Dieu, détaché et complètement libre.

L’Esprit de Dieu a permis aux prophètes de vivre en Dieu. Ils étaient ainsi capables de partager les attitudes, les valeurs, les sentiments et les émotions de Dieu. Un tel don leur permettait de voir les événements de leur époque comme Dieu les voyait et de se sentir de la même manière face à ceux-ci. Ils partageaient la colère de Dieu, sa compassion, sa peine, sa déception, son dégoût, sa sensibilité pour les gens et son sérieux. Ils prenaient part à ces choses non pas de manière abstraite, mais en ressentant les sentiments de Dieu à propos des événements concrets de leur temps.

Jean Baptiste est LE prophète de l’avent. On le représente souvent avec le doigt qui pointe vers celui qui vient : Jésus-Christ. Si, à la suite de Jean, nous préparons le chemin du Seigneur dans le monde d’aujourd’hui, nos vies deviendrons aussi ces doigts de témoins vivants qu’il est possible de trouver Jésus, car il est proche. Jean a offert aux personnes de son époque une expérience de pardon et de salut en sachant très bien qu’il n’était pas le messie, celui qui pouvait sauver. Permettons-nous à d’autres de faire l’expérience de Dieu, du pardon et du salut ?

Jean le Baptiste  est venu nous enseigner qu’il existe un autre chemin que les ténèbres et la tristesse du monde et que la condition humaine : ce chemin est Jésus lui-même. Le Messie vient nous sauver des forces des ténèbres et de la mort, et nous ramène sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous retrouvions notre voie vers Dieu.

Le théologien jésuite Karl Rahner, aujourd’hui décédé, a écrit un jour :

Nous devons écouter la voix de celui qui nous appelle dans le désert, même s’il avoue : je ne suis pas le Messie. Vous ne pouvez pas choisir de ne pas écouter cette voix ‘parce qu’elle est seulement la voix d’un homme.’ Et, de même, vous ne pouvez pas laisser de côté le message de l’Église parce que l’Église ‘n’est pas digne de détacher les lacets de son Seigneur qui la précède.’ Après tout, nous sommes toujours dans l’avent.

Nous n’avons peut-être pas le luxe de voyager dans le désert de Judée, ni le privilège de faire une retraite de l’avent dans le désert du Sinaï. Toutefois, nous pouvons certainement découper un petit désert au milieu de nos activités et du brouhaha de la semaine. Allons vers ce lieu sacré et laissons la Parole de Dieu nous parler, nous guérir, nous réorienter, et nous mener au cœur du Christ, dont nous attendons la venue en cet avent.

Veillée de prière pour la Journée Mondiale de la Jeunesse

En ce pays…

Aujourd’hui 24 juin, fête de Saint-Jean Baptiste, fête de la Saint-Jean, Fête Nationale… notre manière de vivre cette journée dépend de l’endroit où nous nous trouvons et de notre regard sur l’histoire. Québécois expatrié, Franco-Ontarien d’adoption, cette fête revêt désormais  pour moi une nouvelle signification. La langue et la culture qui m’ont façonné, m’ont permis d’entrer en relation avec les autres, de découvrir un univers riche en mots, en paroles et en humanité.

Cette richesse apparaît d’autant plus belle à la lumière de la foi. Lorsque l’on connaît l’histoire de notre peuple, sa résistance, sa résilience mais aussi sa joie et sa fierté, il est difficile de cacher les fondations chrétiennes qui ont été le ciment de cette société. Je n’oserais ici me prendre pour un père Lacroix, que j’aime beaucoup d’ailleurs, mais si nous sommes d’accord que l’appel à la mémoire d’un groupe, d’un peuple, est important, on ne peut commencer la ligne du temps aux années soixante-dix, ni choisir les facettes de notre histoire qui nous plaisent le plus. Comment autrement pouvons-nous devenir ce que nous devons être? Comment imaginer l’avenir? Comment espérer?

Il aura fallu que je quitte mon pays, à l’image d’Abraham, pour découvrir la richesse d’une terre qui va plus loin que le Saint-Laurent ou la Baie James, plus loin même que l’Atlantique ou le Pacifique. Une terre où foi, langue et culture se conjuguent au présent, au passé et au futur.

Il m’arrive parfois d’avoir l’impression de prêcher dans le désert. Mais le Baptiste l’a fait. C’est vrai, il a perdu la tête… mais la mienne est bien ancrée, remplie d’histoires de ces ancêtres qui ont travaillé dur, qui marchaient pieds nus pour aller à la messe pour ne pas briser leurs chaussures, qui savaient danser et se réjouir avec simplicité.   J’aspire à avoir du cœur comme eux et elles. Un cœur à l’ouvrage, mais surtout un cœur qui espère pour les siens, pour son peuple et pour son Église.

Romantique, oui! Bonne Saint-Jean!

Un chant pour aujourd’hui: En ce pays – Robert Lebel