Réflexion sur saint Joseph en son jour de Fête

Aujourd’hui j’aimerais vous offrir quelques réflexions en ce jour de fête de saint Joseph. Il est souvent dans l’ombre de la gloire du Christ et de la pureté de Marie. Mais, lui aussi, attend que Dieu lui parle pour lui répondre avec obéissance. Luc et Matthieu notent tous deux que Joseph descend de David, le plus grand roi d’Israël. L’Écriture nous donne une information essentielle sur Joseph: il était « un homme droit. »

Joseph était un homme compatissant et attentionné. Lorsqu’il découvre que Marie est enceinte tout juste après leurs fiançailles, il savait que l’enfant n’était pas le sien mais il n’était pas encore conscient qu’il était le Fils de Dieu. Il projetait de rompre avec Marie, selon la loi de l’époque, mais il était soucieux pour sa sécurité. Joseph était aussi un homme de foi, obéissant à ce que Dieu lui demandait sans en connaître la finalité. Quand l’ange lui apparut en songe pour lui dire la vérité au sujet de l’enfant que Marie portait, Joseph, sans attendre et sans question ou souci des commérages, prit Marie pour femme. Lorsque l’ange revint encore pour l’avertir du danger, il quitta immédiatement ce qu’il avait, sa famille et ses amis, et il s’enfuit dans un pays étranger avec sa femme et son bébé. Il attendit en Egypte jusqu’à ce que l’ange lui dise qu’il pouvait rentrer.

On nous a dit que Joseph était un charpentier-menuisier, un homme qui travaillait pour soutenir sa famille. Joseph n’était pas un homme riche, car lorsqu’il monta au temple avec Jésus pour la circoncision et la purification de Marie, il offrit en sacrifice deux tourterelles ou une paire de pigeons, animaux autorisés seulement à ceux qui ne pouvaient payer un agneau.

Joseph nous révèle dans son humanité le rôle unique des pères de proclamer la vérité de Dieu par la parole et le devoir. Sa situation paradoxale de « père nourricier de Jésus » met l’emphase sur la paternité, qui est plus que le simple fait de génération biologique. Un homme est un père lorsqu’il s’investit lui-même dans la formation spirituelle et morale de ses enfants. Joseph est tout particulièrement conscient, comme tout père devrait l’être, qu’il servait en tant que représentant de Dieu le Père. Joseph a protégé et a pourvu au bien-être de Jésus et de Marie.

Joseph a donné un nom à Jésus, lui a appris comment prier, comment travailler et comment être un homme. Bien qu’aucun texte ni aucune parole ne lui soient attribués, nous pouvons être sûrs que Joseph a prononcé deux des mots les plus importants quand il nomma son fils « Jésus » et l’appela « Emmanuel ». Lorsque l’enfant est resté au temple, on nous dit que Joseph (avec Marie), le cherchèrent pendant trois jours, tout angoissés.

La vie de Joseph nous rappelle qu’une maison ou une communauté n’est pas construite sur le pouvoir et l’avoir mais sur la bonté; pas sur les richesses mais sur la foi, la fidélité, la pureté et l’amour mutuel.

Les défis actuels de la paternité et de la masculinité ne peuvent être compris si on les sort de la culture dans laquelle nous baignons. Le manque de paternité a un effet profondément alarmant sur les enfants. Combien de jeunes gens aujourd’hui ont été affectés par la crise de la paternité ? Combien ont été privés d’un père ou d’un grand-père? Ce n’est pas pour rien que saint Joseph est patron de l’Église universelle et patron principal du Canada. S’il y a une époque qui ait besoin d’un modèle fort du rôle masculin et du rôle de père c’est bien la nôtre. La fête de Saint-Joseph est un jour tout désigné pour supplier Joseph de nous envoyer de bons pères qui seront de bons chefs de famille.

Puisse saint Joseph faire de nous de bons prêtres, religieux et laïcs qui imiteront l’humble travailleur de Nazareth qui écoutait le Seigneur, conservait précieusement un « cadeau » qui n’était pas le sien, tout en montrant à Jésus comment le Verbe se fait chair et peut vivre parmi nous.

 

« C’est un très grand saint qui vient d’être canonisé. » – Homélie du cardinal Jean-Claude Turcotte au Stade olympique

[NDLR: Nous publions l’homélie du cardinal Jean-Claude Turcotte prononcée lors de la célébration d’action de grâce pour Saint André Bessette. La messe avait lieu le 30 octobre au Stade olympique à Montréal où étaient rassemblées plus de 50 000 personnes. Des millions d’autres ont suivi l’événement à la télé et via internet.]

Homélie de M. le cardinal Jean-Claude Turcotte

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Lectures :   1 Pierre 4, 7b-11; Matthieu 11, 25-3

Chères amies,

Chers amis,

Le frère André a vécu à une époque bien différente de la nôtre. Mort en 1937, il n’a rien connu ni rien prévu des profondes transformations survenues dans notre société et notre Église depuis les années 1960. À divers égards, sa façon de penser, sa manière de se comporter, ses propos, les expressions de sa foi chrétienne et de sa piété diffèrent des nôtres. Il est d’une autre époque, peut-on dire.

Il vient pourtant d’être reconnu officiellement comme un saint; et l’Église ne canonise jamais quelqu’un uniquement pour ce qu’il a été et a vécu autrefois, elle le canonise aussi pour ce qu’il a à dire et à montrer aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Qu’a donc à nous dire? Qu’a donc à nous montrer le frère André qui, en son temps, fut reconnu comme un grand thaumaturge et eut l’audace d’entreprendre la construction, sur le Mont-Royal, de ce qui est devenu le plus grand oratoire dédié à saint Joseph? Il a d’abord à nous dire et à nous montrer qu’une vie est belle et féconde quand elle est mise à l’écoute et au service des autres.

Le frère André a été un homme d’écoute et de compassion. Il a laissé tous les malheureux –  riches ou pauvres  –  s’approcher de lui. Très souvent, il est allé vers ceux qui ne pouvaient pas venir vers lui. Presque chaque jour, à son bureau, durant des heures et des heures, il tendait l’oreille. Il se rendait attentif aux personnes qui lui confiaient leurs malheurs, leurs souffrances, leurs maladies, leurs déboires, leurs échecs, leur mal de vivre… Après avoir écouté, il réconfortait. Il invitait au courage et à l’espérance. Il exhortait à avoir confiance en Dieu. Il priait beaucoup pour ceux et celles qui s’adressait à lui. Il priait Dieu. Il priait Marie. Avec ferveur, il priait saint Joseph. Souvent, il priait devant le Christ en croix.

Un de ses amis, monsieur Joseph Pichette a dit de lui: «Avant de partir pour visiter les malades, il nous amenait prier avec lui à la chapelle, et il priait assez longtemps. Durant les visites aux malades, il lui arrivait de nous demander de temps en temps de le conduire à l’église où il priait quelquefois pendant une heure et plus.»[1]

Nous venons d’entendre quelques lignes de la première épître de l’apôtre Pierre. «Avant tout, ayez entre vous une charité intense […] Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres.»[2].  Le frère André a vécu cela d’une manière éminente. Sa vie est une invitation à devenir à notre tour des êtres d’écoute, de compassion, de service, et de prière. Que d’hommes et de femmes, que de personnes âgées et de jeunes, que d’adolescentes et d’adolescents seraient plus heureux et auraient plus d’étincelles dans les yeux, s’ils rencontraient quelqu’un qui prendrait le temps de les écouter et de les aimer!

Ce que le frère André a aussi à nous dire et à nous montrer, c’est qu’une vie mérite d’être vécue en compagnie de Dieu. Le frère André avait en Dieu une foi vive. Pas une foi intellectuelle. Pas une foi compliquée. Pas une foi apprise dans les livres. Une foi reçue sur les genoux de sa mère. Une foi éclairée par de longs temps de prière et de méditation. Une foi qui baignait dans l’amour.  S’il y a une chose dont le frère était assuré, c’était de l’amour de Dieu. Il se plaisait à dire: «Comme le bon Dieu est bon!  Comme  il s’occupe de nous!»[3]. Il aimait aussi à dire: «Le bon Dieu nous aime tant, infiniment, il veut qu’on l’aime.»[4]

Le frère André n’a jamais douté de l’amour que Dieu avait pour lui. Les souffrances qu’il a dû supporter – et elles furent nombreuses – ne lui ont jamais donné à penser que Dieu s’était éloigné ou désintéressé de lui. Le frère André a prononcé à ce sujet des mots tout simples, mais étonnants et lumineux.  Il a dit: «Ceux qui souffrent ont quelque chose à offrir au bon Dieu.»[5] Il a dit: «Ne demandez pas à vous faire enlever les épreuves, demandez plutôt à Dieu la grâce de les bien supporter.»[6] Il a dit: «Mettez-vous entre les mains du bon Dieu; il n’abandonne personne dans les adversités.»[7] Nous vivons à une époque où il est tentant de penser que l’on peut vivre en se passant de Dieu. Le frère André nous rappelle que ce qui donne goût à la vie et la rend féconde, c’est de la vivre avec Dieu, dans son intimité et dans son amour.

Le frère André était convaincu que Dieu pouvait se servir de lui pour accomplir des choses admirables. Durant des dizaines d’années, les gens sont venus vers lui en reconnaissant en lui un puissant thaumaturge.  Ça ne lui a jamais enflé la tête. À ce sujet, il répétait souvent: «Le monde est-il bête de penser que le frère André fait des miracles. Le bon Dieu fait les miracles. Saint Joseph les obtient.»[8] Et, à la manière de saint Paul, il disait, en pensant à Dieu: «L’artiste, c’est avec les plus petits pinceaux qu’il fait les plus beaux tableaux.»[9]

Ce n’est pas un petit saint qui vient d’être canonisé,  mais un grand,  un très grand. Ce très grand saint – le frère André – est de chez nous.  Parmi nos parents et nos grands-parents, ou parmi les amis de nos parents et de nos grands-parents, plusieurs l’ont connu. Il a vécu tout près de nous sur le Mont-Royal et il a dit: «Quand je serai mort, je vais être rendu au Ciel, je vais être bien plus près du bon Dieu que je ne le suis actuellement, j’aurai beaucoup plus de pouvoir pour vous aider.»[10]

Frère André… saint frère André,  nous t’en prions, tiens ta promesse. Prie pour nous: prie pour que nous soyons des femmes et des hommes d’écoute et de compassion, des femmes et des hommes qui aiment Dieu d’un grand amour parce qu’ils se savent beaucoup aimés de lui, des femmes et des hommes qui, devenus «disciples» de Jésus, deviennent «doux et humble[s] de cœur» comme lui et trouvent en  lui «le repos».[11] [Read more…]