S’habiller pour la fête

Vingt-huitième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 15 octobre 2017

Isaïe 25,6-9
Philippiens 4,12-14.19-20
Matthieu 22,1-14

La parabole des invités au festin constitue chez Matthieu (22,1-14) la dernière des trois paraboles (elles débutent en 21, 28) sur le jugement prononcé contre Israël, en particulier contre ses dirigeants. Il y a des liens évidents entre les trois textes. Chacun présente une « figure d’autorité » (dans l’ordre, un père, un propriétaire et un roi). On retrouve dans les trois « des fils » ou « un fils ». La deuxième et la troisième parabole ont en commun de mettre en scène deux groupes de serviteurs et de formuler un jugement sévère contre ceux qui s’opposent au fils.

Dans la parabole d’aujourd’hui, le roi représente Dieu; le fils, Jésus; et le festin de noces, le temps de la célébration à la fois divine et humaine que symbolise le royaume. La très belle image des noces entre le Seigneur (YHWH) et Israël (Osée 2,19-20; Isaïe 54,4-8; 62,5) lui fournit un riche arrière-plan biblique. Le récit d’aujourd’hui reprend deux images qui reviennent fréquemment dans l’Ancien et le Nouveau Testament : celle du banquet et celle des noces.

Matthieu a inscrit plusieurs traits allégoriques dans la parabole d’aujourd’hui; la ville des convives qui refusent l’invitation est rasée par les flammes (v. 7), ce qui correspond à la destruction de Jérusalem par les Romains en 70 de notre ère. Notre récit présente des ressemblances avec la parabole des vignerons homicides, qui le précède immédiatement : l’envoi de deux groupes de serviteurs (v. 3-4), l’assassinat des serviteurs (v. 6), le châtiment des meurtriers (v. 7) et l’admission d’un nouveau groupe à une situation privilégiée dont les autres s’étaient montrés indignes (v. 8-10). La parabole se termine par un passage qu’on ne trouve qu’en Matthieu (v. 11-14) et dont certains estiment qu’il forme une parabole distincte.

La parabole de Matthieu se retrouve sous une forme remarquablement différente en Luc 14, 16-24. L’histoire d’aujourd’hui provient probablement de la source Q, source écrite dont on suppose que se sont inspirés Matthieu et Luc. « Q » (pour « Quelle » en allemand, la source) sert à désigner le matériel « commun » à Matthieu et à Luc mais absent chez Marc. Cet ancien écrit aurait contenu des « logia », c’est-à-dire des « paroles » ou citations de Jésus.

Le festin du Roi

Dans le texte d’aujourd’hui, le roi s’est donné du mal pour préparer un repas de noce pour son fils; on a abattu assez de bœufs et de veaux gras pour nourrir plusieurs centaines de personnes. Il n’était pas rare, à l’époque de Jésus, de lancer des invitations en deux temps : d’abord une invitation générale à une fête à venir puis, le jour même ou peu auparavant, un rappel pour demander aux invités de se présenter puisque tout a été préparé pour la célébration. Or non seulement les invités refusent-ils l’invitation mais certains d’entre eux se saisissent des messagers du roi et leur donnent la mort. En représailles, le roi envoie ses troupes contre ces invités rebelles et il incendie leur ville. Après quoi, il lance une autre invitation : les serviteurs rassembleront tout le monde – les bons et les mauvais – pour les amener à la fête.

La succession des invitations correspond à la révélation par Dieu de la vérité concernant son Royaume et son Fils : d’abord à Israël puis aux nations païennes, les Gentils. Matthieu présente le royaume sous son double aspect : déjà présent, réalité dans laquelle on peut entrer ici et maintenant (v. 1-10), mais aussi encore à venir, bien que ne posséderont que ceux des membres actuels qui sauront se comporter de manière à passer l’examen du jugement final (v. 11-14).

Le vêtement de noce

Le segment qu’ajoute Matthieu au sujet de l’invité qui ne porte pas le vêtement de noce a de quoi mystifier le lecteur. Je me rappelle ma première réaction en découvrant le sort du pauvre type entré sans avoir l’habit nécessaire. Quel est donc ce roi qui ose demander à cet homme : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? » N’était-ce pas justement le roi qui avait ordonné à ses serviteurs d’aller aux croisées des chemins et sur les routes pour rassembler tous ceux qu’ils pourraient trouver ? Comment dès lors le roi peut-il se montrer aussi intransigeant envers quelqu’un qui a été « ramassé » pour assister au banquet royal sans avoir le temps de se procurer les habits propres qui seraient de mise ?

Il est important de se rappeler que cette histoire est une allégorie et que les choses n’y correspondent pas nécessairement à nos façons habituelles de penser et d’agir. Certains commentateurs pensent que le roi aura fourni les vêtements voulus à ses invités. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit furieux de trouver un homme mal vêtu. Car cela indique que cet homme a refusé délibérément le don généreux du roi qui lui avait fourni le vêtement convenable.

Le vêtement de justice et de sainteté

La parabole des invités au repas de noce n’est pas seulement une déclaration sur le jugement de Dieu à l’encontre d’Israël mais un avertissement à l’église de Matthieu. Dès le deuxième siècle, Irénée écrivait que le vêtement de noce désignait les œuvres de justice. La robe nuptiale signifiait le repentir et la conversion du cœur et de l’esprit. C’est la condition pour entrer dans le royaume, admission que doit confirmer une vie de bonnes actions.

L’aphorisme « la multitude des hommes est appelée mais les élus sont peu nombreux » ne doit pas être pris pour un pronostic sur le nombre des élus et des damnés. Il veut plutôt stimuler la vigueur et les efforts pour vivre la vie chrétienne. Le repas de noce n’est pas l’église mais l’âge à venir. La parabole de Matthieu nous met sous les yeux le paradoxe de l’invitation gratuite de Dieu à venir au banquet, sans conditions, et l’exigence que Dieu nous fait de « revêtir » un habit qui soit à la hauteur de cet appel. Qui fait partie de la multitude et qui du petit nombre, par rapport au vêtement de noce ? Y a-t-il des gens que Dieu ne choisit pas ? Quelle différence y a-t-il entre le fait d’être choisi et le fait d’être appelé ?

Le vêtement de noce de l’amour

Arrêtons-nous au commentaire émouvant de l’évangile d’aujourd’hui que propose saint Augustin d’Hippone dans son sermon 90 :

Mais en quoi consiste la robe nuptiale dont parle l’Évangile ? Sans aucun doute, c’est un vêtement que les bons sont seuls à posséder, qui les fera rester au festin… Seraient-ce les sacrements ? Le baptême ? Personne, il est vrai, ne peut parvenir jusqu’à Dieu sans le baptême. Mais tous ceux qui reçoivent le baptême ne parviennent pas jusqu’à Dieu…Serait-ce l’autel ou ce que l’on reçoit à l’autel ? Mais vous voyez, là encore, que parmi ceux qui mangent le Pain, beaucoup mangent et boivent leur propre condamnation (1 Co 11,29). Qu’est-ce donc ? L’acte de jeûner ? Les mauvais jeûnent aussi. Le fait de s’assembler dans une église ? Les méchants y viennent comme les autres…

Quelle est donc cette robe nuptiale ? La voici : « La fin du précepte, dit l’apôtre Paul, est la charité venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère » (1 Tim 1,5). Voilà la robe nuptiale; non pas une charité quelconque; souvent des gens paraissent s’aimer entre eux… mais il n’y a point en eux cette charité « qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère ». Et il n’y a de robe nuptiale que celle-là.

L’apôtre Paul dit encore: « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne et une cymbale qui retentit… Quand j’aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères et que je posséderais toute science, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » (1 Co 13,1-2)… Si j’ai tout cela, dit l’Apôtre, et que je n’ai pas le Christ, je ne suis rien…Quand je ferais même tout pour l’amour de la gloire, tout cela est vain… Si je n’ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. Voilà la robe nuptiale. Interrogez-vous : si vous la possédez, vous n’avez qu’à rester sans crainte au banquet du Seigneur.[1]

Inviter tout le monde au banquet

Lisez le paragraphe 22 des Lineamenta (document préparatoire) pour le Synode des évêques de 2012 sur la Nouvelle Évangélisation. Il a pour titre « Évangélisateurs et éducateurs, parce que témoins » :

La formation et l’attention avec lesquelles il faudra non seulement soutenir les évangélisateurs déjà actifs, mais aussi faire appel à de nouvelles forces, ne se réduiront pas à une simple préparation technique, même si celle-ci est nécessaire. Il s’agira en premier lieu d’une formation spirituelle, d’une école de la foi à la lumière de l’Évangile de Jésus-Christ, sous la conduite de l’Esprit, pour vivre l’expérience de la paternité de Dieu. Seul peut évangéliser celui qui, à son tour, s’est laissé et se laisse évangéliser, celui qui est capable de se laisser renouveler spirituellement par la rencontre et la communion vécues avec Jésus-Christ. Il peut transmettre la foi, comme en témoigne l’apôtre Paul: « J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » (2 Co 4, 13).

La nouvelle évangélisation est donc surtout un devoir et un défi spirituel. C’est une tâche pour les chrétiens qui recherchent la sainteté. Dans ce contexte et avec cette compréhension de la formation, il sera utile de consacrer de l’espace et du temps à une confrontation sur les institutions et les instruments dont disposent les Églises locales pour rendre les baptisés conscients de leur engagement missionnaire et évangélisateur. Face aux scénarios de la nouvelle évangélisation, pour être crédibles les témoins doivent savoir parler les langages de leur temps, annonçant ainsi de l’intérieur les raisons de l’espérance qui les anime (cf. 1 P 3,15). Une telle tâche ne peut pas être imaginée de façon spontanée, elle exige attention, éducation et soin.

Questions pour la réflexion

1) Nos communautés chrétiennes planifient-elles leur pastorale dans le but précis de prêcher la conformité à l’Évangile et la conversion au christianisme ?

2) Quelle priorité les différentes communautés chrétiennes accordent-elles à l’engagement à risquer de nouvelles formes, plus audacieuses, d’évangélisation ? Quelles sont les initiatives qui ont le mieux réussi à ouvrir les communautés chrétiennes au travail missionnaire ?

3) Comment les Églises locales voient-elles la place de la proclamation et la nécessité d’accorder plus d’importance à la genèse de la foi et à la pastorale du baptême ?

4) Comment nos communautés chrétiennes montrent-elles qu’elles ont conscience de l’urgence de recruter, de former et de soutenir des personnes pour qu’elles deviennent évangélisatrices et éducatrices par le témoignage de leur vie ?

[1] D’après la traduction de G. Humeau, Les plus beaux sermons de saint Augustin, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1932; vol. 2, p. 127-129.

(Image : CNS photo/Gregory A. Shemitz)

Voir l’Église à travers les lentilles de la Pentecôte

Solennité de la Pentecôte – dimanche 4 juin 2017

Actes 2,1-11
1 Corinthiens 12,3b-7.12-13
Jean 20,19-23

La Pentecôte est le cinquantième jour; elle marque le point de départ de la mission universelle de l’Église, mission qui surmonte les obstacles humains et répond à l’énergie de l’Esprit. Le puissant souffle de Dieu et le feu de la présence de l’Esprit enveloppent le groupe des disciples réunis en prière au Cénacle autour de Marie, Mère du Seigneur.

Le récit de la Pentecôte par Luc dans la première lecture tirée des Actes (2, 1-13) comprend une introduction, un discours attribué à Pierre qui proclame la résurrection de Jésus et son sens messianique (2, 14-36) et la réaction favorable du public (2, 37-41). Les Douze n’auraient pas pu, au début, proclamer publiquement la fonction messianique de Jésus sans encourir immédiatement les représailles des autorités religieuses de Jérusalem, qui avaient provoqué l’exécution de Jésus afin d’étouffer le mouvement d’appui qu’il suscitait.

Le Psaume 104 nous rappelle que l’Esprit Saint, ce souffle de Dieu que reçoivent les chrétiens, est le même Esprit qui soutient le constant renouvellement de toute la création.

La théologie des charismes chez Paul

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (I Co 12, 3b-7.12-13), saint Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que les différents dons de l’Esprit répondent à un but précis : un service à rendre pour le bien de tous. Ces dons ne sont pas à eux-mêmes leur propre fin. Les chrétiens sont appelés à instaurer une unité qui réunisse en Jésus Christ tous les peuples, toutes les religions et tous les états de vie.

L’activité extatique et charismatique était courante aux premiers temps de l’Église, comme chez d’autres religions anciennes. Mais les Corinthiens semblent avoir développé un respect exagéré pour certains phénomènes, notamment la glossolalie (parler en langues), au détriment du bon ordre de la célébration liturgique. Paul rappelle aux Corinthiens que les phénomènes d’extase doivent être jugés à leurs effets. Le pouvoir de confesser la seigneurie de Jésus ne peut venir que de l’Esprit et il est inconcevable que l’Esprit pousse quelqu’un à maudire le Seigneur. Nous apprenons que tous les charismes ont certains traits communs, malgré leur diversité : ils sont tous des dons (charísmata), des grâces qui nous viennent de l’extérieur; ils sont tous des fonctions, formes de service (diakoníai) qui expriment leur but et leur efficacité; et ils sont tous des activités (energémata) dans lesquelles c’est Dieu qui est à l’œuvre. Paul associe à chacun de ces aspects l’une des entités dont la théologie fera plus tard les personnes de la Trinité : exemple précoce d’ « appropriation ».

L’image du corps (v. 12-26) est introduite pour expliquer la relation entre le Christ et les croyants (v. 12). Paul applique ce modèle à l’Église : par le baptême, tous les fidèles, en dépit de la diversité de leurs origines ethniques ou sociales, sont intégrés à un seul et même organisme. Le texte développe alors le besoin de la diversité des fonctions entre les membres du corps sans que soit menacée leur unité.

Il souffla sur eux

L’Évangile de Jean (19, 20-23) décrit d’une autre façon le don de l’Esprit aux apôtres : Jésus ressuscité souffle sur les apôtres pour leur conférer l’Esprit Saint. La puissance de l’Esprit autorise les apôtres à pardonner les péchés et à les retenir; elle leur en donne même le pouvoir. Jésus envoie officiellement ses apôtres dans le monde entier, de la même façon qu’il a lui-même été envoyé dans le monde par son Père. Le souffle de Jésus sur les apôtres rassemblés au Cénacle rappelle le texte de Genèse 2,6, quand Dieu souffla sur le premier homme pour lui donner la vie; la vie d’Adam lui vint de Dieu, la nouvelle vie spirituelle vient aux disciples de Jésus.

Les lentilles de la Pentecôte

Dans mon travail à la chaîne de télévision Sel et Lumière, au Canada, j’ai dû apprendre rapidement le métier de la télédiffusion et l’abc du cinéma. Un aspect important de la télévision tient au travail compliqué des caméras « en coulisses ». Du gros plan au grand-angle, la prise de vues fait toute la différence pour le tournage et la narration. Si on utilise trop de gros plans, on perd de vue l’ensemble de la scène; si on abuse de l’objectif grand-angle en négligeant les détails, ça ne passe pas à la télé. Une prise de vues efficace devra combiner les plans d’ensemble au grand-angulaire, les plans rapprochés superficiels et les gros plans qui focalisent sur un détail et qui souvent fournissent la profondeur nécessaire pour comprendre l’image comme tout.

J’aimerais proposer ici trois lentilles à travers lesquelles contempler la fête d’aujourd’hui : 1) le grand-angle qui embrasse notre appartenance à l’Église; 2) une lentille intermédiaire qui fixe les idéologies à l’œuvre aujourd’hui dans l’Église et 3) un zoom qui aiguise notre espérance, la grande manifestation de l’Esprit Saint dans l’Église.

« Sentire cum ecclesia »

On voit dans la Pentecôte la naissance de l’Église. Notre consécration baptismale au service du Christ ne peut se séparer d’une consécration au service de l’Église. L’un des grands thèmes de la pensée de saint Ignace de Loyola, c’est son exhortation à sentire cum ecclesia, à « penser avec l’Église ». Sentire cum ecclesia signifie aussi sympathiser avec l’Église et aimer l’Église. La Pentecôte nous invite, encore une fois, à marcher avec l’Église, à respirer avec l’Église, à espérer avec l’Église, à sentir avec l’Église, « sentire cum ecclesia ». Que veut dire l’Église pour moi, personnellement ? Quel est mon rapport personnel à l’Église ? Est-ce que j’aime l’Église ? Est-ce que je me sens aimé/e par l’Église ?

Dépasser l’idéologie

Fondu enchaîné : passons de cette vue panoramique de l’Église à un regard plus rapproché sur notre contexte ecclésial aujourd’hui. À l’heure qu’il est, certains d’entre nous semblent empêtrés dans les conflits idéologiques qui ont suivi le Deuxième Concile du Vatican. Peut-être sommes-nous prisonniers des catégories qui opposent la gauche à la droite; le traditionalisme à l’avant-garde; le masculin au féminin; la hiérarchie à l’autonomie des laïcs; le prophétique au statique. Nos fixations et nos polarisations inter-ecclésiales et intercommunautaires d’un bord à l’autre du spectre ecclésial peuvent nous distraire d’aborder avec la profondeur et le discernement voulus les problèmes qui se posent à nous aujourd’hui. Ce qui en nous n’est pas purifié et transformé, nous le transmettons à la prochaine génération. Quand nous cédons dans le discours ecclésial au cynisme et au désespoir, à la mesquinerie, à l’étroitesse de vues et à la dureté, nous trahissons notre identité la plus profonde de porteurs de joie, d’espérance et de vérité. La joie est-elle présente dans notre témoignage chrétien ? Qu’est-ce qui m’empêche, sur le plan personnel et sur le plan communautaire, de donner un solide et joyeux témoignage sur Jésus Christ, la foi catholique et l’Église ?

L’espérance, manifestation de l’Esprit

Enfin, gros plan sur l’espérance, manifestation authentique de l’Esprit à la Pentecôte. N’est-il pas vrai que, dans l’Église d’aujourd’hui, plusieurs d’entre nous se sentent emportés par une crue soudaine, inattendue, déferlement destructeur et désespérant ? La flamme semble s’être éteinte et notre rayonnement a terriblement diminué. Les médias exercent une forte influence sur la pensée, les attitudes et la foi des gens. La crue éclair tombe sur nous avec une force incroyable. Certains regardent notre situation actuelle d’un œil très pessimiste et sombrent dans le découragement, la dépression, le cynisme même. Peut-être avons-nous choisi de voir les choses à partir des données de la sociologie, de la psychologie, des sondages et des pronostics, des blogues et des messages laconiques de Twitter… et nous prévoyons un avenir inévitable, sombre et consternant, pratiquement déterminé par les forces démographiques, sociales et économiques. Dans l’univers des clips sonores, espérer, c’est généralement se faire croire à soi-même que tout finira par s’arranger. Nous utilisons à la légère les mots « espoir » et « espérer ». Ce n’est pas là l’espérance des chrétiens. Nous devons être des icônes de l’espérance, un peuple animé d’une vision nouvelle, un peuple qui apprend à voir le monde à travers les lentilles du Christ, de l’Esprit et de l’Église.

Signes des temps et signes d’espérance

Le Deuxième Concile du Vatican a incité les chrétiens à lire les signes des temps et, pour le pape Jean XXIII, les signes des temps étaient des signes d’espérance qui nous faisaient entrevoir la présence du Royaume parmi nous. Le Royaume n’est pas de ce monde et on ne peut le situer à tel ou tel endroit mais, quoiqu’encore à venir, il est déjà là, porté par l’Eucharistie qui est le modèle à reproduire dans toute la société. Le Royaume se manifeste à travers les dons de l’Esprit Saint : la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la connaissance, la piété et la crainte du Seigneur. Et les fruits de l’Esprit rendent le Royaume attrayant et savoureux : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la patience, la douceur, la confiance, la modestie, la continence et la chasteté.

On peut aussi suivre une voie négative et dire où ne se trouve pas le Royaume. Là où il n’y a pas de justice, de paix, de partage, de confiance mutuelle, de pardon, il n’y a pas de Royaume. Là où règnent la rancœur, l’envie, la suspicion, la haine, l’ignorance, l’indifférence, l’impureté, le cynisme, il n’y a pas de Royaume et il n’y a certainement pas de vie.

« Duc in altum ! »

On ne peut peser la vie de foi et jauger la vitalité de l’Église uniquement à parti d’indicateurs démographiques ou sociologiques, de chiffres, de sondages et de statistiques extérieures, si utiles qu’ils soient par ailleurs. Le feu de la Pentecôte nous invite à redécouvrir la profondeur, la beauté et l’ampleur de la mission de l’Église. Ce qu’il faut à ceux et celles qui imaginent et édifient l’Église, c’est de penser grand et de jeter leurs filets au large. « Duc in altum ! » Il nous faut modeler notre vision sur la ferme conviction de la victoire de la Croix et du triomphe de Jésus Christ sur le péché et la mort. Les individus et les communautés qui n’ont pas de vision et une Église dépourvue de mission ressemblent à une personne qui n’aurait ni parents ni amis. À moins de nous dépasser, nous resterons des personnalités incomplètes, immatures. Quand l’Esprit habitera vraiment en nous, nous recevrons la grâce de la créativité, de l’imagination et de l’espérance.

La promesse de la présence de l’Esprit

Quel est le signe le plus profond et le plus sûr de la présence de l’Esprit Saint dans notre monde et dans l’Église aujourd’hui ? Réponse: la joie. Là où se trouve la joie, vous pouvez être sûrs que l’Esprit est pour quelque chose dans ce cadeau précieux. Saint Augustin, le plus grand mélomane chez les Pères de l’Église, évoque en ces termes mémorables l’expérience de cette joie-là :

Quand les gens doivent travailler dur, ils entonnent des chansons dont les paroles expriment leur joie. Mais quand la joie déborde et que les mots ne suffisent plus, ils renoncent à la logique et s’abandonnent à la joie du son. Qu’est-ce que cette jubilation ? Qu’est-ce que ce chant d’exultation ? C’est la mélodie qui signifie que nos cœurs débordent de sentiments qui n’arrivent plus à s’exprimer. Et à qui appartient sûrement toute cette jubilation ? À Dieu, sans doute, lui qui est l’inexprimable : quand les mots ne viennent pas et qu’on ne peut plus se taire, que faire d’autre que de laisser monter vers lui la mélodie ? C’est le chant de l’Esprit Saint.

En cette grande fête de la naissance de l’Église, revoyons toute la réalité de l’Église : du grand-angle de son immensité et de sa beauté passons à un plan rapproché sur son aspect complexe et parfois turbulent et concentrons enfin notre regard sur l’espérance, une des manifestations les plus profondes de l’Esprit vivant dans l’Église. Ce faisant, nous pourrons nous émerveiller encore une fois de la miséricorde et de la générosité de Dieu et rendre grâces au Seigneur qui continue de nous appeler à la fidélité et à la joie.

Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles,
et rallume en eux le feu de ton amour !
Fais de nous les témoins joyeux de ton espérance dans l’Église !
Donne-nous de dépasser les idéologies qui nous divisent et nous aveuglent.
Seigneur, envoie-nous ton Esprit, et renouvelle la face de la terre…
la face de notre Église, la face de nos communautés locales,
renouvelle nos visages et nos cœurs. Amen.

5 conseils pour prier chaque jour

SebastianPrayerPrier chaque jour parait peut être ambitieux. C’est une pratique réservée à ceux et celles qui ont du temps : les sœurs, les religieux, les prêtres… ou les grands-mamans. Pourtant l’Église nous dit que nous sommes tous appelés à la sainteté. Un jour nous le serons grand-maman! Ou grand-papa! La sainteté se construit dans l’amitié avec Dieu. C’est pourquoi les saints et les saintes sont les plus grands priants. Ils ont appris à connaitre Celui à qui ils veulent le plus ressembler un peu chaque jour. Dom Chautard, un moine trappiste, disait que pour sanctifier le monde, il faut d’abord se sanctifier soi-même. Selon lui, ce qui peut nous donner un coup de main est la prière personnelle. Je ne prétends pas tout savoir sur la prière – et encore très peu sur ce que cela veut dire être saint! – mais je voulais partager quelques astuces qui m’ont aidé dans mon cheminement. Ce blogue est le fruit de plusieurs conversations entre amis(es) ou avec des prêtres, puisque nous désirons tous nous rapprocher du Christ et nous avons tous, un jour ou l’autre, rencontré des défis dans la prière.

  1. Désirer prier

Cela semble une évidence. Pour d’abord prendre du temps pour prier il faut le vouloir. Il faut avoir le goût de s’arrêter dans la journée pour parler à Dieu et l’écouter. Cette tâche est simple et pourtant c’est la première à prendre le bord quand notre horaire est surchargé (moi, coupable!). Ce n’est pas pour rien que dans le Catéchisme de l’Église catholique, on nous dit que la prière est un « combat ». Et pour gagner ce combat, nous pouvons nous tourner vers l’Esprit Saint car il « vient au secours de notre faiblesse » (Romains 8, 26). Nous pouvons donc lui demander de nous donner le désir de prier avant même de commencer à prier.

  1. Connaitre Celui à qui et avec qui nous prions

« L’oraison mentale n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé » (Sainte Thérèse d’Avila). Prier ne devrait pas être laborieux. C’est du temps gratuit que l’on donne comme lorsqu’on apprend à connaitre un ami ou un amoureux. Si je ne prenais pas le temps d’appeler ou d’aller voir mes amis, je ne pourrais jamais prétendre les connaitre réellement. Je n’oserais même pas dire que nous sommes amis. C’est comme ça avec Dieu. Saint Augustin nous dit que le « Christ est le premier à nous chercher et c’est lui qui demande à boire. Jésus a soif, sa demande vient des profondeurs de Dieu qui désire. La prière, que nous le sachions ou non, est la rencontre de la soif de Dieu et de la nôtre. Dieu a soif que nous ayons soif de lui ».

  1. Choisir l’heure

C’est l’un des plus grands défis dans la prière. C’est facile de se dire, « Je vais prier quand j’ai le temps » mais toutes ces fois où je n’ai pas fixé d’heure dans ma journée pour prier, j’avais mille et une raisons pour ne pas m’arrêter un petit instant et prier. Certains choisissent de prier à la même heure chaque jour. C’est ce qui fonctionne le mieux dans mon style de vie. Me réveiller le matin pour prier m’aide à bien me préparer pour la journée. Mais c’est un énorme défi chaque jour lorsque sonne mon réveil. C’est ce que Saint Josemaria Escriva appelait la minute héroïque.

« Triomphe chaque jour de toi-même dès le premier instant, en te levant ponctuellement à l’heure fixe, sans [accorder] une seule minute à la paresse. Si, avec l’aide de Dieu, tu te [domines], tu auras pris beaucoup d’avance pour le reste de la journée. Il est si démoralisant de se sentir battu [au premier combat]! …La minute héroïque. — C’est l’heure précise de te lever. Sans hésitation : une pensée surnaturelle et… debout ! — La minute héroïque : tu as là une mortification qui renforce ta volonté et n’affaiblit pas ta nature. (Chemin, 191-206)

Mais pour la personne qui n’est pas matinale, prier le matin n’est peut-être pas pour vous! Demandez-vous s’il y a un moment dans la journée où vous êtes le mieux disposé à la prière. Le soir? À l’heure du midi? Si vous allez à la messe régulièrement, vous pourriez arriver un peu plus tôt ou rester un peu plus tard pour avoir ce temps seul à seul avec Dieu. Et si vous ne pouvez pas garder la même heure chaque jour, choisissez dès le début de votre journée à quel moment vous pourrez le faire. On m’a aussi souvent recommandé d’être consistante dans la durée choisie. Si c’est 10, 15, 30 minutes ou plus, soyez fidèle au temps et à la durée que vous vous êtes donné. Comme si vous fixiez un rendez-vous avec un ami! « Ayez la joie dans l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière » (Romains 12, 12).

  1. Choisir le lieu

Trouver un lieu pour prier est une tâche bien plus facile. Il n’y a pas qu’une église ou une chapelle qui soient propices à la prière. Il m’est déjà arrivé de prier dans l’autobus, en prenant l’avion, ou en plein milieu de la cafétéria de mon campus universitaire. Les églises et les chapelles ne se trouvent pas toujours au bout des doigts (même si j’aimerais qu’elles le soient!).  Il faut faire avec ce que nous avons là où nous sommes. Que ce soit sur le canapé ou assied à son bureau dans sa chambre. Ça peut se faire en prenant un café. Je suis assez distraite donc je préfère me retrouver dans un lieu calme où je peux faire silence. Ce qui n’est pas évident quand on habite au centre-ville l’été et les fenêtres restent ouvertes… Mais il ne faut pas attendre les conditions parfaites. Elles ne le seront jamais car même s’il y avait un silence complet autour de nous, les distractions surgiraient de l’intérieur. Une amie me demandait un jour, « l’heure et le lieu que tu choisis pour prier, que disent-il sur ta relation avec Dieu? ».

  1. Trouver un « outil » de prière

Maintenant pour le comment de la prière. Comment s’y prendre? Par où commencer? Parfois je me sens un peu « inutile » quand je me mets à prier. Je dois me rappeler que la prière peut être simple et que je n’ai pas besoin d’être utile pour discuter avec Dieu. La seule condition requise à la prière est de se mettre à sa disposition dans l’humilité. Un Notre Père pourrait suffire pour lancer la conversation.

« [Jésus] leur répondit : Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui nous ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation » (Luc 11, 2-4).

De plus, l’Église nous offre mille moyens pour se rapprocher de Dieu. Il y a, par exemple, la Liturgie des heures, les Écritures Saintes et les Sacrements (recevoir l’Eucharistie à la Messe ou l’Adoration du Saint Sacrement), le Rosaire, la Lectio Divina (la lecture divine de la Parole), ou le livret du Prions en Église. Il faut faire attention de ne pas transformer notre temps de prière en une liste de tâches à accomplir et meubler tout son temps de prière. C’est une conversation dans laquelle il y a un temps pour parler, un temps pour écouter et un temps pour faire silence. Il se peut aussi qu’à certains moments, la prière soit déserte, où la Parole ne nous « parle » pas, il semble y avoir un vide entre nous et Dieu. Mais Saint Paul nous dit de persévérer. Notre disponibilité suffit.

« L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexplicables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connait les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles » (Romains 8, 26-27)

L’occasion qui ne se représentera pas

Réflexion biblique du 21e dimanche du temps ordinaire

Bien que l’Évangile d’aujourd’hui (Luc 13, 22-30) puisse bien être un recueil des dictons de Jésus, émis dans différents contextes mais rassemblés ensemble ici sous le titre général de « qui sera sauvé », le ton général du sens de tout l’ensemble est clair : la bonne nouvelle est offerte : « totale et entière » et doit être acceptée de la même manière. Les paroles de Jésus suivent les paraboles du royaume (Luc 13, 18-21) et mettent l’accent sur le grand effort requis pour entrer dans le royaume (13, 24) et sur l’urgence d’accepter l’opportunité présente d’entrer parce que la porte étroite ne restera pas ouverte indéfiniment (13, 25). Derrière cette affirmation se cache le rejet de Jésus et de son message par ses contemporains juifs (13, 26) dont les places au banquet dans le royaume seront prises par les Gentils des quatre coins du monde (13, 29). Ceux qui sont appelés derniers (les Gentils) précéderont ceux auxquels l’invitation fut adressée en premier (les Juifs).
 
Seigneur, qui peut-être sauvé ?

CefaluDome-PantokratorEn réalité, la question posée à Jésus est: « N’y aura-t-il que quelques-uns qui seront sauvés ? » Jésus répond en disant que la voie est ouverte mais le chemin d’accès au royaume est étroit et exige plus qu’un intérêt passager. En effet, la porte ne restera pas toujours ouverte. Dieu veut nous mener à l’eschaton (la fin des temps), et quand la porte est fermée, c’est fermé. La porte ne pourra certainement pas être réouverte par les personnes qui affirment avoir vu Jésus une fois lors d’une visite dans leurs villes et leurs villages ou quand il a prêché dans leurs rues ou qu’ils ont vu une fois  parmi la foule ou qu’ils ont rencontré des membres de sa famille. De tels appels ne sont pas seulement futiles mais aussi compromettant pour eux-mêmes par ce que leurs opportunités portent aussi des obligations. En plus de la douleur de rester assis devant une porte close, il y aura la vue du grand nombre de gens qui sont admis, non seulement ceux qui sont attendus parmi les anciens fideles d’Israël mais aussi les Gentils, que l’on n’attendait pas, qui ont entendu et cru. Voilà une opportunité pour Israël et pour nous d’évaluer où nous en sommes par rapport au Royaume de Dieu. [Read more…]