De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Deuxième dimanche de Pâques, Année A – 23 avril 2017
Dimanche de la Divine Miséricorde

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé.

La foi n’est pas un acte isolé

N’oublions pas le numéro 166 du Catéchisme de l’Église catholique :

La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.

Le dimanche de la divine miséricorde

Le dimanche de la divine miséricorde célèbre l’amour miséricordieux de Dieu, qui resplendit dans le Triduum pascal et dans tout le mystère de Pâques. Cette fête reprend une ancienne tradition liturgique, dont on trouve un écho dans un enseignement attribué à saint Augustin au sujet de l’Octave de Pâques; Augustin parlait de la semaine de Pâques comme des « jours de la miséricorde et du pardon » et du jour même de l’Octave comme du « condensé des jours de la miséricorde ».

L’intérêt du pape Jean-Paul II pour la miséricorde divine remonte à sa jeunesse à Cracovie, dans la Pologne occupée de la Deuxième Guerre mondiale, quand Karol Wojtyla fut témoin de tant de souffrance et de cruauté. Il y a vu les rafles : des centaines, des milliers de personnes ramassées pour être enfermées dans les camps de concentration et asservies aux travaux forcés. Dans sa ville natale de Wadowice, il comptait plusieurs amis juifs qui disparurent dans la Shoah. C’est pendant ces années de terreur que Karol Wojtyla décida d’entrer au séminaire clandestin du cardinal Sapieha, à Cracovie. Oui, il a vécu le besoin de la miséricorde de Dieu et le besoin qu’a l’humanité de pratiquer la miséricorde mutuelle. Au séminaire, il fit la connaissance d’un autre séminariste, Andrzej Deskur (il deviendra un jour cardinal) qui lui exposa le message de la divine miséricorde tel qu’il avait été révélé à une religieuse mystique polonaise, S. Maria Faustyna Kowalska, morte en 1938 à l’âge de 33 ans.

Le pape de la divine miséricorde

Dès le début de son pontificat, en 1980, le pape Jean-Paul II consacra toute une encyclique au thème de la miséricorde divine (Dives in Misericordia – Dieu riche en miséricorde) pour bien montrer que le cœur de la mission de Jésus Christ a été de révéler l’amour miséricordieux du Père. En 1993, quand le pape Jean-Paul II béatifia Sœur Faustyna Kowalska, il déclara dans son homélie : « Sa mission se poursuit et donne un fruit étonnant. Il est vraiment merveilleux de voir comment sa dévotion à Jésus miséricordieux se répand dans le monde contemporain et gagne de plus en plus de cœurs ! »

Quatre ans plus tard, en 1997, le Saint Père se rendit sur la tombe de la Bienheureuse Faustyna à Lagiewniki, en Pologne; son message ne manquait pas de force : « Il n’y a rien dont l’homme ait un plus grand besoin que de la divine miséricorde… De là jaillit le message de miséricorde que le Christ lui-même a choisi de transmettre à notre génération par l’entremise de la Bienheureuse Faustyna. »

En 2000, l’année du Jubilé, le pape Jean-Paul II canonisa S. Faustyna; elle devenait ainsi la première sainte du nouveau millénaire; du même coup, le pape instituait dans l’Église universelle le Dimanche de la divine miséricorde, célébré désormais le deuxième dimanche de Pâques. À l’homélie, il affirma : « Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. »

Un an plus tard, dans son homélie pour le Dimanche de la divine miséricorde 2001, le pape présentait le message de la miséricorde confié à sainte Faustyna comme « la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d’immenses tragédies… La Miséricorde divine ! Voilà le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité, à l’aube du troisième millénaire. »

De retour à Lagiewniki, en Pologne, en 2002, lors de la dédicace du nouveau Sanctuaire de la Divine Miséricorde, le Saint Père consacra le monde entier à la miséricorde divine : « Je le fais avec le désir que le message de l’amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur cœur d’espérance. »

Dans l’allocution qu’il prononça au Regina Cœli du dimanche 23 avril, le pape Benoît XVI déclara : « Le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu est placé au centre du Pontificat de mon vénéré prédécesseur. » Et la Providence a voulu que cette année, le jour même du Dimanche de la divine miséricorde, le pape Benoît XVI proclame bienheureux son prédécesseur le pape Jean-Paul II, grand apôtre et ambassadeur de la miséricorde divine.

La miséricorde est notre sceau

Il faut nous poser la question : qu’y a-t-il de nouveau dans ce message sur la miséricorde divine ? Pourquoi le pape Jean-Paul II a-t-il tant insisté sur cet aspect de l’amour de Dieu à notre époque ? Cette dévotion ne reprend-elle pas le culte du Sacré Cœur de Jésus ? La miséricorde est une vertu chrétienne importante, très différente de la justice et de la rétribution. Tout en reconnaissant la douleur de la blessure et les raisons qui justifient le châtiment, la miséricorde adopte une approche différente pour remédier à la situation. La miséricorde s’efforce de changer radicalement la condition et l’âme de l’agresseur pour qu’il résiste au mal : c’est souvent en lui révélant l’amour et sa propre beauté qu’elle y arrive. Si une punition est appliquée, elle doit l’être pour le salut, et non par souci de vengeance ou de rétribution. C’est là une question très embrouillée aujourd’hui et un message des plus complexes… mais il n’y a pas d’autre façon d’aller de l’avant et de devenir levain dans la pâte du monde d’aujourd’hui, d’être vraiment sel et lumière au sein d’une culture qui a perdu la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ.

Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre n’apporte que mort et souffrance aux innocents, là où la violence détruit un nombre incalculable de vies innocentes, il faut la grâce de la miséricorde pour replacer le cœur et l’esprit humain et pour susciter la guérison et la paix. Partout où font défaut le respect de la vie et de la dignité humaine, l’amour miséricordieux de Dieu est indispensable car c’est à sa lumière que nous percevons la valeur inexprimable de chaque être humain. La miséricorde est nécessaire pour mettre un terme à toutes les injustices dans le monde. Le message de la miséricorde, c’est que Dieu nous aime, qu’il nous aime toutes et tous, si grands que soient nos péchés. La miséricorde de Dieu est plus grande que nos péchés si bien que nous pouvons faire appel à Lui avec confiance, recevoir sa miséricorde et la laisser couler en nous et à travers nous jusqu’aux autres. Au fond, la miséricorde comprend la faiblesse, elle est la capacité de pardonner.

L’apôtre de la divine miséricorde

Dans son ministère sacerdotal et épiscopal, et en particulier pendant tout son pontificat, le pape Jean-Paul II a prêché la miséricorde de Dieu, il a écrit sur elle et, surtout, il l’a vécue. Il a pardonné à l’homme qui avait été choisi pour l’assassiner, place Saint-Pierre. Le pape qui avait été témoin du scandale des divisions entre chrétiens et des atrocités commises contre le peuple juif fit tout ce qu’il put pour guérir les blessures causées par les conflits du passé entre les catholiques et les autres églises chrétiennes et, en particulier, avec le peuple juif.

Aujourd’hui, en ce jour où l’Église proclame bienheureux ce grand apôtre de la miséricorde et de la paix, c’est avec beaucoup d’affection et une profonde gratitude que je me rappelle les paroles émouvantes qu’il prononça à la fin de la messe de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, au parc Downsview de Toronto. Ces paroles nous rappellent l’importance et la nécessité de la miséricorde dans l’Église d’aujourd’hui :

Aux heures difficiles de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient d’autant plus urgente. Et la sainteté n’est pas affaire d’âge ; la sainteté est affaire de vie dans l’Esprit Saint… Ne laissez pas mourir l’espérance ! Misez votre vie sur elle… Car nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de la capacité que nous avons de devenir l’image de son Fils.

Prions aujourd’hui dans la joie et la gratitude :

Seigneur, toi qui es riche en miséricorde
et qui as voulu que Saint Jean-Paul II
préside comme pape à ton Église universelle,
accorde-nous, nous t’en prions, qu’instruits par son enseignement,
nous puissions ouvrir nos cœurs à la grâce salvifique du Christ,
seul rédempteur de l’humanité,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu pour les siècles des siècles.

Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »

Les Sept dernières paroles du Christ: 5e réflexion de carême

Cinquième parole
« J’ai soif. »
Jean 18, 28

    1. Cette semaine, méditez votre propre « soif » de Dieu. Êtes-vous en contact avec ce désir de tout être humain qui est si central pour notre foi ?
    2. En quoi la rencontre avec la Samaritaine était-elle convenable ? Cette semaine, lisez le quatrième chapitre de l’Évangile de Jean.
    3. Mère Teresa affectionnait particulièrement les paroles « J’ai soif », qu’elle plaçait sur les mûrs de chaque chapelle des sœurs Missionnaires de la Charité. Pourquoi ?
    4. « Que puis-je faire pour « désaltérer la soif de Jésus » ?
    5. « Nous nous attachons à nos propres plans ». Faisons-nous vraiment con ance à Dieu, à ce qu’Il prévoit pour nous ? Comment pouvons-nous lui faire plus pleinement con ance en nous détachant de nos propres plans ?
    6. Cette semaine, quelle étape puis-je franchir a n de désaltérer davantage cette soif de Jésus pour nous ? Comment puis-je prendre part à la croix de Jésus en agissant comme un disciple authentique envers ceux qui sont dans le besoin ?
Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

Message du Président de la CECC Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017

Vous trouverez ci-dessous le vidéo du message du président de la Conférence des évêques catholiques du Canada Mgr Douglas Crosby o.m.i. pour Pâques 2017:

Lors de la veillée pascale, nous célébrons la lumière du Christ que nous portons, pleins d’espoir, dans un monde plongé dans l’obscurité et l’incertitude. Dans l’ombre du massacre de Sainte-Foy en février dernier, dans un contexte de tensions croissantes entre les puissances nucléaires et de réfugiés en quête d’asile, l’invocation de l’espérance semble prématurée à certains et dangereusement naïve à d’autres. À un niveau plus personnel, en cette fête de Pâques, le moral de certains est peut-être sapé par la maladie, le deuil, la rupture familiale, les dépendances, ou le chômage. Lorsque l’espérance commence à disparaître, la peur prend le dessus et nous perdons la paix.

La fête de Pâques est censée nous laisser un sentiment très différent du présent et du futur. Elle nous offre une réalité pleine de joie. Pâques proclame que la peur, la terreur et la mort ne sont pas la fin de l’histoire. Ainsi, les prières de la veillée pascale sont porteuses d’une confiance sans équivoque : « Nous allons donc commémorer ensemble la Pâque du Seigneur en écoutant sa parole et en célébrant ses sacrements, dans l’espérance d’avoir part à son triomphe sur la mort et de vivre avec lui pour toujours en Dieu. » (Missel romain : Bénédiction du feu et préparation du cierge pascal).

Lorsque la vie nous a déçus ou lorsque les luttes ne cessent de se succéder, nous pouvons trouver difficile de croire en la victoire du Seigneur. Telle est la réalité pour plusieurs d’entre nous, même pour ceux qui se sont consacrés inlassablement à l’amour de Dieu et de leur prochain. C’est à cela que les écrits intimes de Sainte Mère Teresa nous donnent à réfléchir. Pour certains, la perte de l’espérance peut même entraîner de l’amertume ou le sentiment d’avoir été trahi par Dieu.

Comme lorsque la trompette retentit, Pâques interrompt cette spirale descendante avec des paroles inattendues : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts » (Luc 24,5). Cette question paradoxale a été posée aux trois femmes qui sont arrivées devant le tombeau vide à l’aube du premier jour de la semaine. Ce qu’elles ont découvert n’aurait pas pu être prévu par les cycles naturels de la vie; car de même que la vieillesse n’est pas suivie par la jeunesse, ainsi la mort de Jésus ne pouvait-elle pas être naturellement suivie par la vie.

Mais il n’y a rien de naturel dans la Résurrection. C’est un événement qui bouleverse et renverse le temps et la nature. La Résurrection n’est possible qu’en tant qu’acte divin; et comme tous les actes divins, elle est un moment de prise de conscience pour chacun de nous, nous rappelant que Dieu qui ressuscite les morts est plus réel, plus puissant que toute crise ou tout échec que nous pouvons rencontrer.

Pour nous tous devant le tombeau vide, quelques soient les circonstances, il y a une espérance insondable. Il y a de l’espérance pour ceux qui se trouvent dans les périphéries de la société; de l’espérance pour les gouvernements et leurs dirigeants; de l’espérance pour l’Église en ce temps de purification et de renouveau, et de l’espérance pour vous comme pour moi dans nos efforts vers la sainteté (Jérémie 29,11).

En cette fête de Pâques, alors que nos cœurs sont allumés par l’insatiable feu de l’amour de Dieu, il nous est demandé de nous confier à l’amour du Christ tandis que nous plaçons notre espérance dans le pouvoir divin qui « chasse les crimes et lave les fautes, rend l’innocence aux coupables et l’allégresse aux affligés, dissipe la haine, dispose l’amitié et soumet toute puissance. » (Missel romain, Exultet, forme longue).

Je tiens à adresser mes prières et bénédictions à chacun et chacune d’entre vous, pour que votre temps pascal soit rempli d’espérance.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Pâques 2017

Que fait Dieu face au mal ?

Une réflexion pour le cinquième dimanche du Carême

La question est souvent posée : « Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-il dans le monde ? ». Souvent ce dilemme est même employé comme un preuve que Dieu n’existe pas – si Dieu est infiniment bon et tout-puissant, ne peut-il pas empêcher tout ce qui est mauvais ?

L’Évangile du cinquième dimanche de Carême (Jean 11,1-45) éclaire cette question qui hante l’humanité depuis des siècles. Que fait Dieu face au mal ? Quelle est Sa réaction face à la souffrance ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus vient de fuir la Judée où les juifs ont tenté de Le lapider à mort. Là, sur l’autre côté du Jourdain, Il reçoit des nouvelles de Marie et Marthe de Béthanie, deux milles à peine de Jérusalem au cœur de la Judée. Elles font passer un mot à propos de leur frère Lazare, ami intime de Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». Jésus rassure Ses disciples en disant : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu… » Après deux jours, Jésus leur dit : « Revenons en Judée… Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil ». Les disciples protestent et répliquent que si Lazare est simplement endormi, tout va bien. Jésus précise : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »

Arrivé à Béthanie, Jésus apprend que Lazare est déjà au tombeau depuis quatre jours. Marie et Marthe sont tout naturellement désemparées et dévastées. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Jésus lui dit, « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répond : « Oui, Seigneur, je le crois ». Puis elle appelle Marie, qui adresse à Jésus les mêmes paroles que celles dites par sa sœur : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Ensuite, elle se met à pleurer aux pieds de Jésus. Ceux qui sont venus avec elle pleurent aussi. L’Évangile nous raconte que Jésus « en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». Il demande : « Où l’avez-vous déposé ? » Puis, Jésus se mit à pleurer.

Jésus les accompagne au tombeau. Il donne l’ordre d’enlever la pierre. L’Évangile dit qu’il sentait déjà ; le corps de Lazare avait déjà commencé à se décomposer. Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Lazare sortit, les mains et les pieds liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller ».

Que voyons-nous dans la réaction de Jésus à cette situation ?

Jésus est informé que Lazare est malade. Jésus dit que cette maladie ne conduit pas à la mort. Deux jours après, sans aucune autre nouvelle de Marie et Marthe, Jésus sait que Lazare est mort et se met en route afin de le tirer de ce sommeil. Au début  Jésus a-t-il sous-estimé la maladie de Lazare? Sûrement pas. Jésus sait que Lazare mourra de cette maladie, mais Il dit quand même, « cette maladie ne conduit pas à la mort ».

Que signifie cela pour nous ? Jésus sait que Lazare mourra, mais Il sait aussi que la mort n’aura pas le dernier mot. Il y a quelque chose de plus grand que sa maladie. Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais à la résurrection.

Jésus se risque en Judée avec l’intention formelle de ressusciter Lazare. Il n’a aucun doute. Arrivé à Béthanie, Il proclame à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » Jésus sait qu’Il ressuscitera Lazare. Tout de suite après, Jésus rencontre Marie, et Il pleure. Pourquoi ?

Jésus ne se met pas à pleurer parce qu’Il a perdu toute espérance. Il ne se met pas à pleurer parce que Lazare est éternellement perdu. Il ne se met pas à pleurer parce qu’ Il ne verra plus Son ami. Jésus sait que Lazare sera ressuscité.

Au contraire, Jésus se met à pleurer à cause de la souffrance de Marie et de Marthe. Il ne se met pas à pleurer parce que leur souffrance est désespérée ni parce que leur souffrance n’a aucun sens. Jésus sait que leur tristesse se transformera en joie lorsqu’Il ressuscitera leur frère de la mort. Pourtant Jésus pleure quand même. Il est saisi d’émotion, Il est bouleversé et Il pleure.

Dieu n’est pas aveugle à notre souffrance. Il voit notre douleur, notre chagrin, et nos soucis. Il voit le mal dans le monde. Il voit les enfants qui n’ont rien à manger. Il voit les familles brisées par la haine et la discorde. Il voit les bébés nés avec des graves maladies. Il voit les personnes prises par la dépendance. Il voit les personnes qui sont abusées et maltraitées. Il voit notre tristesse à la perte d’êtres chers. Et Il pleure. Dieu pleure face à notre souffrance. Il nous aime comme Jésus a aimé Lazare. Il est saisi d’émotion et Il est bouleversé. Mais Sa réponse ne se termine pas par Ses larmes. Sinon, la souffrance, le mal, la mort auraient le dernier mot.

Au contraire, Dieu veut nous faire sortir des tombeaux qui nous étouffent. Il veut nous délier et nous rendre libres. Et c’est justement cela qu’Il fait. C’est la raison pour laquelle Jésus est venu. Non seulement du Jourdain jusqu’à la Judée, mais aussi du ciel jusqu’à la terre. Et cela non seulement pour ramener Lazare à la vie et le sortir du tombeau après quatre jours, mais aussi pour nous ramener à la vie, nous sortir de notre souffrance, de notre tristesse, de nos douleurs, et finalement pour nous ressusciter nous aussi de la mort à la vie éternelle. Jésus est la résurrection et la vie. Il vient nous ressusciter et nous donner la vie éternellement.

Peu importe combien de temps nous avons été enfermés dans le tombeau, peu importe à quel point la situation est grave ou le problème sérieux – peu importe même si ça sent –, Dieu aura toujours le dernier mot. Cela peut nous paraître peu clair. Cela peut nous conduire à dire avec Marthe et Marie : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. ». Il est possible que la peine dure ou que la blessure demeure. Mais Dieu voit. Dieu sait. Notre peine ne Lui est pas étrangère. Il pleure avec nous. Il nous donne l’espérance face à nos blessures. Il dit à notre sujet ce qu’Il a dit aux disciples à propos de Lazare : « Allons auprès de lui ! », « Allons auprès d’elle ! ». Il vient et Il se tient debout aux pieds de notre tombeau afin de nous ressusciter. Écoutons Sa voix lorsqu’Il crie fortement notre nom ! Alors, nous aussi, nous ressusciterons de la profondeur de la mort. Face au mal, face à la souffrance, Dieu pleure et Il vient nous ramener de la mort à la vie.

« Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai sortir. »

Cinquième dimanche du Carême, Année A – 2 avril 2017

Ézéchiel 37,12-14
Romains 8,8-11
Jean 11,1-45

La vision dramatique d’Ézéchiel et la nôtre

La première lecture d’aujourd’hui, tirée d’Ézéchiel 37, 12-14, est la grande vision de la vallée des ossements desséchés, l’un des tableaux les plus spectaculaires de toute la littérature biblique. En voici le contexte historique : elle remonte au début du sixième siècle avant Jésus Christ, quand la main du Seigneur vint sur Ézéchiel alors que les Juifs étaient en captivité à Babylone. Depuis environ 150 ans, la situation politique du peuple juif déclinait. Le point tournant survint en 587 avant J.C. avec la catastrophe finale de la défaite et le début du grand exil du peuple juif, désespéré et impuissant face au sort qui s’abattait sur lui. C’est dans le cadre de ces événements que se déploie la vision dramatique d’Ézéchiel : on y voit les ossements blanchis d’une armée que les oiseaux de proie ont fini de décharner. Incroyable champ de batille, couvert de cadavres laissés à l’abandon ! Imaginez l’odeur de mort et de putréfaction !

Réticent, le prophète Ézéchiel reçoit de Dieu l’ordre de prophétiser sur ces ossements, de les ramener à la vie. Avec le secours d’un puissant tremblement de terre, les os se rejoignent l’un à l’autre dans une immense rumeur. Les tendons se reconnectent, la chair puis la peau viennent revêtir les cadavres. Le souffle, « ruah », l’Esprit de Dieu vient des quatre extrémités de la terre et les corps flasques « reprennent vie, se dressent sur leurs pieds – c’est une immense armée ». Alors qu’aujourd’hui, nous voyons dans cette scène la préfiguration de la résurrection des morts, les Juifs du temps d’Ézéchiel ne croyaient pas à une telle conception de l’au-delà. Pour eux, l’immense armée ressuscitée représentait l’ensemble du peuple juif : les survivants du royaume du Nord qui avaient cherché refuge en Assyrie, les paysans qui étaient encore sur place et les exilés de Babylone. Ils allaient se regrouper, former de nouveau un peuple, habiter leur propre pays, et ils sauraient dorénavant que c’était là l’œuvre du seul vrai Dieu.

Au fil des siècles, les chrétiens ont proclamé ce texte pendant la liturgie de la nuit pascale en accueillant de nouveaux membres dans l’Église. Le témoignage puissant d’Ézéchiel offre une image bouleversante de la force de régénération, de restauration et de renouveau du Dieu d’Israël, en cette vie et pour toute l’éternité. À travers les siècles, les croyantes et les croyants au Dieu et Père d’Abraham, d’Isaac et de Jésus ont repris courage grâce à la vision d’Ézéchiel; c’est que nous croyons qu’elle raconte aussi notre histoire à nous. Nous croyons en la puissance du pardon de Dieu, en la capacité du Christ et de la tradition catholique de nous redonner la vie et de nous conduire à la vie alors même que tout autour de nous semble annoncer la nuit, les ténèbres, la mort, la dissolution et le désespoir.

La vie chrétienne est un défi constant

Nous apprenons, écrit saint Paul à la communauté de Rome (8, 8-11), que par la croix de Jésus Christ Dieu a brisé le pouvoir du péché et prononcé sur lui le jugement (v. 3). Les chrétiens n’échappent pas à la chair mais celle-ci est devenue étrangère à leur être nouveau, qui est la vie dans l’esprit : moi nouveau gouverné par l’Esprit Saint. Sous la direction de l’Esprit Saint, les chrétiens peuvent accomplir la volonté divine, qui s’exprimait jusque-là dans la loi (Romains 8,4). Le même Esprit qui redonne vie aux chrétiens pour la sainteté ressuscitera aussi leur corps au dernier jour (v. 11) La vie chrétienne est donc l’expérience d’un défi constant car il s’agit de tuer les désordres du corps grâce à la vie de l’esprit (v. 13).

Le don que fait Jésus de la vie entraîne sa propre mort

Texte riche en émotions que l’Évangile d’aujourd’hui. La résurrection de Lazare, le récit le plus long de tout l’Évangile de Jean (11, 1-44) en dehors du texte de la passion, représente le point culminant des signes de Jésus. L’épisode se situe peu avant que Jésus ne soit capturé, jugé et crucifié. C’est l’événement qui influence le plus directement sa condamnation par ceux qui cherchent à le tuer. L’ironie johannique souligne que c’est le don que fait Jésus de la vie qui entraîne sa propre mort. Jésus savait que son ami Lazare était malade mais il n’est pas venu faire de guérison. En fait, il a attendu plusieurs jours après la mort de Lazare; entre-temps il donnait à ses disciples un enseignement sur la lumière – doctrine incompréhensible devant la maladie grave et la mort mais qui prend tout son sens à la lumière de la résurrection de Lazare et de celle du Christ.

Jésus déclare à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (v. 25). Et il ajoute : « Crois-tu cela ? » (v. 26) Le Seigneur nous presse de répondre, comme l’a fait Marthe : « Oui, Seigneur, nous aussi, nous croyons, malgré nos doutes et nos ténèbres; nous croyons en toi, parce que tu as les paroles de la vie éternelle; nous voulons croire en toi, qui nous donnes une espérance crédible en la vie après la vie, en une vie pleine et authentique dans ton royaume de lumière et de paix. »

Seigneur, si seulement tu avais été là …

Combien de fois, comme Marthe et Marie, nous avons murmuré ces mêmes paroles de douleur et de désespoir : Seigneur, si seulement tu avais été là (v. 32), mon frère… ma sœur, ma mère, mon père ou mon ami ne serait pas mort. » Mais le récit débordant d’émotions de l’Évangile de Jean nous dit quel Dieu nous avons… un Dieu « bouleversé d’une émotion profonde ». Le mot grec employé ici pour décrire la réaction instinctive de Jésus, au verset 33, signifie qu’il a la gorge serrée. C’est une expression étonnante en grec qui se traduit littéralement : « il râle, il grogne en esprit », peut-être de colère en présence du mal (la mort). Nous voyons le Seigneur pleurer au tombeau de son ami Lazare; un Sauveur profondément ému de voir la douleur et le deuil de tant d’amis de Marthe, de Marie et de Lazare. La phrase la plus courte de toute la Bible se trouve dans ce passage : alors Jésus pleura (v. 35).

Jésus nous révèle un Dieu qui fait un avec nous dans la souffrance, le deuil et la mort… un Dieu qui pleure avec nous. Dieu n’intervient pas pour prévenir les tragédies et les souffrances de la vie. Si nous avions un dieu parachuté, sorte de « deus ex machina » survenant au dernier moment pour empêcher la tragédie et le péché, la religion et la foi ne seraient plus qu’une sorte de magie ou de fatalité et nous ne serions que des pions sans ressources sur l’échiquier d’un dieu capricieux. Où est Dieu au milieu des tragédies humaines ? Dieu est là, en plein dedans, et il pleure. C’est notre Dieu, profondément, humainement solidaire, qui dans la gloire de l’Incarnation embrasse totalement notre condition humaine.

La mort du cœur et de l’esprit

Le récit de la résurrection de Lazare nous parle aussi d’un autre genre de mort. Nous pouvons être morts même avant de mourir, alors que nous sommes encore en cette vie. Je ne parle pas ici de la mort de l’âme causée par le péché mais plutôt d’une mort qui prend la forme d’une absence d’énergie, d’espoir, d’envie de se battre et de continuer à vivre. Nous qualifions souvent cette réalité de mort du cœur ou de mort spirituelle. Bien des gens sont enchaînés par cette sorte de mort, jour après jour, à cause des circonstances tragiques et affligeantes de leur vie. Qui pourra jamais renverser cette situation et nous rappeler à la vie, nous redonner l’énergie, nous libérer des tombeaux qui nous enchaînent ? Qui pourra opérer cette réanimation cardio-respiratoire et nous arracher au désespoir ?

Pour certaines afflictions, il n’existe pas de remède humain. Les paroles d’encouragement échouent très souvent à provoquer le moindre changement. Dans bien des cas, les personnes qui se retrouvent dans cet état sont incapables de faire quoi que ce soit; elles ne peuvent même pas prier. Elles sont comme Lazare au tombeau. Il faut que d’autres fassent quelque chose pour elles. Jésus dit un jour à ses disciples : « guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Matthieu 10,8). Les sept œuvres de miséricorde corporelle consistent à nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir les dénudés, héberger les sans-logis, visiter les prisonniers, visiter les malades et ensevelir les morts. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous dit qu’il nous faut, en plus, « ressusciter les morts ».

Seul celui qui a pénétré dans le royaume de la mort pour affronter la mort elle-même en combat singulier peut donner la vie à ceux qui sont morts. En racontant la résurrection de Lazare, Jean en fait un signe qui transforme la tragédie en espérance. La maladie et la mort de Lazare sont pour la gloire de Dieu l’occasion de se manifester. Comme chrétiens, nous ne nous attendons pas à échapper à la mort; mais nous l’approchons avec la foi en la résurrection.

Les conséquences de la foi en la résurrection

Faisant allusion à l’histoire de Lazare dans son Message du Carême 2011, le pape Benoît a écrit :

Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: « Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu ? » (Jean 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde » (v.27).

La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

Vivre le Carême cette semaine

1. C’est immédiatement avant sa propre mort et résurrection que Jésus proclame les paroles qui sont au cœur de l’Évangile d’aujourd’hui : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25). Un évêque du quatrième siècle, Grégoire de Nazianze (328-389), commentait ainsi le miracle de Béthanie qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus. Méditez sur ces paroles touchantes de saint Grégoire.

Il prie mais il entend la prière. Il pleure mais il sèche les larmes.
Il demande où on a déposé Lazare parce qu’il était un être humain;
et il ressuscite Lazare parce qu’Il est Dieu.
Tel un agneau, il est conduit à l’abattoir,
mais il est le Pasteur d’Israël et maintenant du monde entier.
Il est meurtri et blessé,
mais il guérit toutes les maladies et les infirmités.
Il est dressé, cloué au bois de l’arbre,
mais par l’arbre de vie il nous restaure…
Il donne sa vie,
mais il a le pouvoir de la reprendre;
et le voile se déchire, car les portes mystérieuses du paradis se sont ouvertes;
et les rochers se fendent et les morts se relèvent.
Il meurt mais il donne la vie, et sa mort détruit la mort.
Il est enseveli mais il ressuscite.

2. Regardez autour de vous et trouvez une ou deux personnes aux prises avec la mort, en particulier la mort du cœur et de l’esprit, des gens qui ont perdu la volonté et le goût de vivre par suite des épreuves qu’elles ont subies. Allez à elles, et que votre parole ranime leur esprit, réveille leur âme, brise leurs liens et les libère.

Les Sept dernières paroles du Christ: 4e réflexion de carême

Quatrième parole
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Matthieu 27, 45-46

1. Nous nous concentrons sur les trois dernières heures de Jésus sur la croix. Marc met l’accent sur le fait qu’Il fut cloué à la croix à 9 heures du matin. Il y a beaucoup de différences dans les récits des Évangiles de Mathieu, Marc, Luc et Jean même en ce qui a trait aux dernières paroles de Jésus. Cette semaine, prenez le temps de lire ces différents récits. Lequel de ces récits vous touche davantage ?

2. Dans l’Évangile de Mathieu, Jésus prononce la « quatrième parole » tirée du Psaume 22. Lisez le Psaume 22 cette semaine. Comment vous adressez-vous à Dieu ?

3. Dans ce cheminement de carême, êtes-vous conscient de la Présence de Dieu à tout moment? Qu’est-ce qui vous aide à garder cette Présence constante à votre conscience ?

4. Une question brûlante nous hante toujours : comment le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob peut-il être au milieu d’une telle destruction, d’une telle perte et d’une telle horreur ?

5. « Jésus ne nous apporte pas la délivrance de la mort mais la délivrance à travers elle. » Qu’est- ce que cela signi e pour vous ?

6. « Nous sommes-nous sentis abandonnés dans nos souffrances, ou avons-nous abandonné nos proches à leurs douleurs et à leurs souffrances ? Est-ce que je fais parfois mienne cette prière du psalmiste et de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ?

Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant:

Les Sept dernières paroles du Christ: 3e réflexion de carême

Troisième parole
« Femme, voici ton ls. » […] « Voici ta mère. »
Jean 19, 25-27

1. Marie, la Mère de Dieu, est parmi les cinq personnes qui se trouvent au pied de la croix, avec le « disciple bien-aimé ». Qui est ce disciple bien-aimé ?

2. À l’Annonciation, Marie répond à l’Ange, messager de Dieu, :« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 26-38). Comment ce « oui » de Marie fut-il pleinement accompli au pied de la croix ?

3. De quelle manière cette parole du Christ à sa mère et au disciple bien-aimé a-t-elle contribué à donner naissance à l’Église, au Peuple de Dieu ?

4. La Communion des Saints est décrite de nombreuses manières à travers l’Écriture. Comment faites-vous l’expérience de cette communion avec les autres croyants d’aujourd’hui ?

5. Lorsque des personnes participent à la Semaine Sainte, plus particulièrement les différents services du Triduum pascal dans votre paroisse, celles-ci se sentent-elles accueillies par une communauté chaleureuse et pleine de bonté ?

6. Le Jeudi Saint 2016, le pape François, qui a lavé les pieds de réfugiés à Rome, a été décrit ainsi : « L’évêque de Rome a parlé du pouvoir communicatif des actions concrètes, disant que ces gestes de fraternité, de tendresse, de concorde et de paix […] sont un puissant témoignage dans un monde qui a besoin désespérément de tels signes et gestes ». Identi ez une action concrète que vous pouvez faire cette semaine pour être un signe de paix et de tendresse en ce monde ?

 

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La vie dans la résurrection et le Royaume de Dieu

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Réflexion biblique pour le 32e dimanche ordinaire C – 6 novembre 2016

Maccabées 7,1-2.9-14

Thessaloniciens 2, 16 – 3, 5

Luc 20, 27-38

La foi chrétienne en la résurrection a rencontré l’incompréhension et l’opposition dès le commencement. Aucun autre point de la foi chrétienne ne rencontre autant d’opposition que la résurrection du corps. La question de la résurrection est vitale non seulement pour la foi chrétienne, mais pour tous les gens qui méditent la vie et la mort.

Le judaïsme n’a jamais été monolithique, et de dire « les Juifs croyaient » c’est d’être mal informés et  désinformer. Dans l’évangile de ce dimanche (Lc 20, 27-38) nous rencontrons les Sadducéens, l’une des nombreuses branches ou groupes au sein du judaïsme. Les Sadducéens faisaient partie de la classe sacerdotale, beaucoup d’entre eux étaient des aristocrates, riches, et théologiquement conservateurs. L’Écriture pour eux se résumait uniquement aux cinq livres de Moïse. Aucun enseignement n’était autorisé s’il ne figurait pas dans le Pentateuque, et ils n’ont trouvé aucune doctrine de la résurrection dans les livres de Moïse.

Ces chefs religieux de Jérusalem ou leurs représentants tentent d’incriminer Jésus avec les Romains et de le discréditer auprès du peuple. Leur but est d’argumenter, d’embarrasser, de classer Jésus dans une école de pensée, ou peut-être juste de diviser le public. Il n’existe parmi eux aucun esprit d’enquête ou désir d’apprendre. Ils sont tout simplement en train d’appâter Jésus avec une de leurs suppositions classiques, une conjecture sur laquelle leur esprit s’était fixé il y a longtemps: il n’y a pas de résurrection des morts (v 27; Actes 23, 08).

La croyance en la resurrection

Les pharisiens et bon nombre de contemporains du Seigneurespèrent la résurrection. Ils ne se sont pas contentés seulement d’inclure les prophètes et les écrits dans leurs Ecritures, mais ils croyaient aussi en l’autorité de la tradition orale de Moïse. On a retrouvé la base de la croyance en la résurrection dans cette tradition orale. Le sujet a été âprement débattu entre Pharisiens et Sadducéens, un fait dont Paul a fait usage pour détourner l’attention de lui-même lors de son procès devant le Conseil juif [Actes 23, 6-10].

Les Sadducéens ne croyaient pas en la résurrection. Leur question dans l’évangile d’aujourd’hui, fondée sur la loi du lévirat transcrite dans Deut 25, 5-10, détaille le devoir d’un homme envers un frère décédé. Le Pharisiens ridiculisent l’idée de la résurrection. Jésus rejette leur compréhension naïve de la résurrection (vv 35-36), puis fait valoir la résurrection des morts sur la base de la loi écrite que les Sadducéens agréent (37-38).

La réponse de Jésus est double. La première partie (34-36) se contente simplement de signaler l’inadéquation de la question, compte tenu de la différence entre la vie de cet âge et celledes temps à venir. En ce temps-là, le fait de la mort rend essentiels le mariage et la perpétuation de la vie. Toutefois, dans les temps à venir, la mort n’existe pas, mais ceux qui atteignent à la résurrection s’équipollent aux anges, ils sont enfants de Dieu.

Dans la deuxième partie de sa réponse, Jésus se fonde sur la Bible propres aux Sadducéens, le livre de Moïse (37-40). Jésus leur répond par Exode 3, 6: Dieu est un Dieu des vivants et non des morts. Si suit alors, dit Jésus, que Abraham, Isaac et Jacob sont vivants, pas mort.

Les deux parties de la réponse de Jésus aux Sadducéens constituent un argument fondé sur laraison (les conditions de cette vie ne constituent pas une preuve de celles à venir) et l’Écriture (Ex 3, 6) pour la croyance en la résurrection des morts. Dans cette croyance Jésus était en accord avec les Pharisiens. L’argumentation concerne la résurrection de Jésus, et non pas une doctrine de la résurrection en général.

« Connaître quelqu’un » et vraiment le connaître

Au temps de Jésus, les Pharisiens et les Sadducéens étaient extérieurement familiers avec Jésus, ils avaient appris ses enseignements et connaissaient beaucoup de détails sur lui, mais ils ne le connaissaient pas dans sa vérité. Les membres de ces groupes ou partis le connaissent, mais superficiellement, ils savent plusieurs choses de lui, mais ils ne le connaissent par vraiment.

D’autre part, les douze apôtres ont au moins compris en substance et commencé à découvrir qui est Jésus. Cette manière différente de connaître existe encore aujourd’hui: il ya des gens instruits qui connaissent beaucoup de détails au sujet de Jésus et qui ne sont jamais parvenus à vraiment le connaître et l’aimer. Un grand nombre parmi de ces personnes a même étudié la théologie! Il existe aussi des gens simples, non instruits qui n’ont aucune connaissance desdits détails, mais qui ont connu Jésus dans la plénitude de sa vérité et sa beauté.

Le don et le mystère du mariage et du célibat

Le mariage a pour finalité naturelle la procréation d’enfants, il assure la continuation de la race humaine et la création de nouveaux êtres, puisque les êtres humains sont destinés à mourir et ont besoin d’assurer leur postérité. Combien de fois le Serviteur de Dieu, St-Jean Paul II nous a-t-il répété, «L’avenir de l’humanité passe par la famille. » ?

Le célibat consacré et la chasteté sont des signes de la résurrection et du royaume de Dieu qui s’approche, car dans la résurrection et le royaume il n’y aura ni mariage ni contrat de mariage. Le célibat et la chasteté dans l’Eglise attirent l’attention sur le nouvel ordre de l’Évangile. Ils se rapportent à la résurrection des morts ; ils sont des signes de l’éternité, de l’incorruptibilité et de vie.

Le célibat est un signe du monde à venir, que nous autres prêtres de rite latin nous efforçons de vivre avec toute notre existence en tant que disciples de Jésus-Christ, dans le ministère de l’Évangile, dans la prière contemplative aux pieds du Maître, en proclamant l’avènement du Règne de Dieu, et en offrant le sacrifice de l’Eucharistie, qui résume l’intégralité de notre sacerdoce. C’est ce que le Christ a voulu lors de la fondation de l’état du célibat délibéré et de la chasteté «pour la cause du royaume des cieux»: l’établissement d’une ressemblance au Christ, qui est non seulement spirituelle mais aussi physique et pratique. Le célibat délibéré et la chasteté librement choisie constituent un état particulièrement adapté au service du royaume. Comme Jésus, le prêtre peut se consacrer entièrement – spirituellement et humainement – pour le ministère et le service. Nous ne sommes pas célibataire et chaste de manière à être plus pacifique et plus libre de faire ce que nous voulons, nous le sommes pour ressembler au Christ dans son engagement envers le royaume.

La raison pour le célibat

Permettez-moi d’appliquer l’évangile d’aujourd’hui à ma vie comme prêtre ordonné et religieux consacré. Le monde se demande aujourd’hui: «Pourquoi l’Église continuera à défendre une pratique qui semble si peu naturelle, qui est inutile, voire, cruelle? » « La vie conjugale est-elle spirituellement suspecte ?» «Les prêtres sont-ils des athlètes spirituels irréprochables? Serait-ce la raison pour laquelle nous, les prêtres ne devons pas être mariés?

La Genèse nous dit que Dieu vit une grande bonté dans ce qu’il a créé et aimât sa création. Mais il y a plus à la doctrine de la création qu’une affirmation de la bonté du monde. Cette distinction entre Dieu et le monde constitue la base pour le principe d’anti idolâtrie qui est répété du commencement et à la fin de la Bible: Ne faites pas de Dieu une chose qui lui est moindre. La doctrine de la création implique à la fois un grand «oui» et un grand «non» à l’univers. Le détachement est le refus de faire un principe organisateur ou le centre de la vie de n’importe quelle chose qui est moindre à Dieu. Tout dans ce monde – y compris le sexe et l’amitié intime – est bon, mais de manière éphémère et imparfaite.

Dans les récits bibliques de l’Ancien Testament, lorsque Dieu a voulu manifester une certaine vérité à son peuple, il a souvent choisi un prophète et lui a confié d’actualiser cette vérité, de l’incarner concrètement. Par exemple, Dieu dit à Osée d’épouser l’infidèle Gomer pour sacramentaliser la fidélité de Dieu à un Israël hésitant et pécheur. Ainsi, la vérité de la non-ultimité de l’acte sexuel, de la famille et des relations mondaines peut et doit être proclamée par la parole, mais il faut croire que lorsque les gens peuvent le voir en chair et en sang.

Je crois vraiment que c’est pourquoi Dieu choisit certaines personnes à être célibataires. Notre mission est de témoigner d’une forme transcendante de l’amour, de la façon dont nous vivrons l’amour dans le ciel. Dans notre vie avec Dieu, nous ferons l’expérience d’une communion (corporelle et spirituelle) comparées à laquelle même les formes les plus intenses de communion terrestre blêmissent dans l’insignifiance. Les célibataires rendent cette vérité indubitablement réelle pour un monde qui subjugué à l’immédiat, au visible, au tangible, et au maintenant. Bien que nous soyons en mesure d’y articuler des raisons pratiques, le célibat n’est finalement logique que dans le contexte eschatologique. C’est une question pour le monde encore à venir!

Plus je vis mon sacerdoce, et ma vie en tant religieux consacré, plus je suis convaincu que la qualité incontestable de la prêtrise n’est pas une question de célébrité superficielle, de maitriser l’administration, de compétences cléricales, de maitrise de l’art oratoire, d’agilité de la jeunesse ou de charme diplomatique. C’est quelque chose de beaucoup plus mystérieux, plus profond, et même mystique. Il s’agit d’une fascination pour quelque chose que nous ne pouvons pas encore comprendre ni percevoir clairement. C’est une question profonde du cœur, un vrai « cor ad cor loquitur » d’après les paroles du bienheureux John Henry Newman. En définitive, c’est une question de connaître et d’aimer Jésus-Christ, d’être totalement saisi par lui, de devenir un véritable « témoin de sa Résurrection. » Les rencontres avec le Christ ressuscité caractérisent l’espérance chrétienne en la Résurrection. Nous ressusciterons comme le Christ, avec lui, et à travers lui. Voilà une raison de nous réjouir en ces jours moribonds de novembre.

Une prière pour nous cette semaine

Que notre Seigneur Jésus Christ lui-même et Dieu notre Père, qui nous a aimés et nous a donnés l’encouragement éternel et l’espérance par sa grâce, encourager nos cœurs et les renforcent dans chaque bonne action et parole. Notre Seigneur est fidèle ; il va nous renforcer et nous protéger du mal. Puisse-t-il diriger nos cœurs à l’amour de Dieu et à l’endurance du Christ. (Thes 2, 16-3, 5)

Le jour viendra, Seigneur, où je m’éveillerai en ta présence (…)
Garde-moi comme la prunelle de tes yeux;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi.
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.
(Ps 17, 1, 5-6, 8, 15)

« Maintenant et à l’heure de notre mort »

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Réflexion pour le Jour des fidèles défunts
Père Thomas Rosica, csb

C’est dans la lumière de la fête de Tous les Saints (hier) que nous faisons mémoire, le 2 novembre, de tous les fidèles défunts.  Ce jour est un jour où l’on se souvient, mais aussi où l’on peut parler de la mort et en parler sereinement, puisque nous ne sommes pas dans le moment du deuil.

Aujourd’hui, la mort est vécue comme une violence, une injustice, un échec ; pour l’individualisme triomphant, la mort est devenue intolérable.  Bien sûr, la mort, on en discute, on en débat, elle reste un problème philosophique, mais l’abondance des discours ne nous instruit pas sur la mort car tout le monde est le premier à mourir.  La mort est un événement absolu, qui n’arrive qu’à moi et dont je n’ai aucune idée avant qu’il n’arrive. Qu’est-ce que mourir ? Nous ne savons pas ! Ce que nous savons, c’est que nous mourons ; c’est même notre seule certitude, « notre seule exactitude », dans le sens où la mort sera à l’heure ! Face à la mort, aucune échappatoire: La prière est notre seule liberté.

Seule la prière, « maintenant et à l’heure de notre mort », fait passer l’homme de la mort à la vie ! Pour les croyants, en effet, « la vie n’est pas détruite, elle est transformée. Et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure dans les cieux » (Préface des défunts). Ils croient aussi qu’à la prière des vivants, les bras de Dieu s’ouvrent pour ceux qui espèrent en lui.

Être délivrés de la mort ? Nous le pouvons avec le Christ : Premier-né de toute créature, il est aussi le Premier-né d’entre les morts (Col 1, 13-18). La résurrection du Christ – et le Christ ressuscité lui-même – est principe et source de notre résurrection future. Mais déjà, vivant avec lui, nous n’avons plus peur de la mort. La mort que nous redoutions, que nous haïssions, la mort au « dard venimeux » (1 Co 15, 56) n’a plus d’emprise sur nous. Saint Paul va jusqu’à dire qu’elle « représente un gain » (Ph 1, 21-23). Elle nous fait mesurer combien chaque instant est précieux, chaque rencontre est unique, chaque amour est fragile. Envisagée dans la foi au Christ, elle devient le lieu de notre rencontre heureuse avec lui: « Le péché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes ; nous ne rentrons en nous que pour mourir, et c’est là qu’il nous attend. »

Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.