Pape en Égypte: un voyage en trois temps pour trois priorités

CNS photo/Mohamed Abd El Ghany, Reuters

Les 28 et 29 avril prochains, le pape François se rendra en Égypte pour une visite apostolique. Ce voyage en trois temps permettra au Saint-Père de renforcer les relations avec les autorités civiles et religieuses de ce pays, le plus populeux du monde arabe.

Un contexte sociopolitique particulier

Pour bien comprendre les enjeux liés à cette visite, il est important de dire quelques mots sur le contexte actuel. Ce n’est un secret pour personne, l’Égypte a connu, dans la dernière décennie, des mouvements politiques et sociaux importants qui ont grandement mis en péril sa stabilité. En effet, le pays des pharaons n’a pas été épargné par ce qu’on a appelé « le printemps arabe ». Cette période de rébellion, menée par des groupes aux intérêts divergents et, parfois même, diamétralement opposés, a mené à la destitution d’Hosni Moubarak et à la prise du pouvoir par le parti des frères musulmans. La prise de pouvoir de ce mouvement islamiste qui avait procédé, l’espace d’un moment, à l’inscription de la Sharia dans la constitution, avait fait de nombreux mécontents dont les autorités religieuses chrétiennes, musulmanes modérées, les mouvements pro-démocratie et, surtout, les hautes autorités militaires, très liées à l’ancien régime. En ce sens, on se rappellera l’augmentation importante des attentats terroristes contre les minorités religieuses lors de cette courte période. Un rapport de l’Aide à l’Église en détresse affirme en effet : « Avant et après les élections présidentielles de juin 2012, qui ont amené Morsi au pouvoir, le climat d’hostilité contre les coptes a été intense. Les violences physiques et morales ont augmenté ». Ce qui avait fait douter de la volonté de son gouvernement à protéger cette portion importante de la population (+/- 10 %). Ce qui avait de grande chance d’arriver arriva, le maréchal à la retraite Abdel Fattah Al-Sissi destitua et arrêta le président islamiste Mohamed Morsi et déclara comme « mouvement terroriste » le parti des frères musulmans.

Depuis son élection, le président Sissi a entrepris un certain nombre de réformes visant la modernisation de la société musulmane égyptienne. Dans un discours à la Grande Université Al-Alzhar le 28 décembre 2014, il avait demandé au chef religieux de la plus importante université islamique du monde sunnite de proposer un « discours religieux qui correspond à son époque ». Depuis ce discours historique, plusieurs gestes manifestent cette volonté du gouvernement égyptien de favoriser un rapprochement et la réconciliation entre chrétiens et musulmans. D’abord, les relations entre l’Université Al-Alzhar et le Vatican, rompues depuis quelques années, ont pu reprendre à la suite de la visite du cheikh Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar. Et suite au geste symbolique que constitue la présence du président égyptien lors de la Messe de Noël à la cathédrale orthodoxe Copte Saint-Marc du Caire en compagnie de Théodore II, on ne peut que se réjouir de la plus récente affirmation de la Conférence d’Al-Azhar de « l’égalité entre chrétiens et musulmans ».

On peut l’imaginer ce chemin concret de rapprochement ne fait pas beaucoup d’heureux du côté islamiste, à en juger par les plus récentes attaques terroristes qui montrent que cette égalité toujours fragile nécessite encore, pour les minorités religieuses, une protection supplémentaire de la police et de l’armée. C’est dans ce contexte politico-religieux que s’amorce la visite du pape François, la semaine prochaine.

Un voyage en trois temps pour trois priorités

Dans un premier temps, le pape François rencontrera le président al-Sissi lors d’une visite au palais présidentiel. Cette ouverture de part et d’autre manifeste une volonté réciproque de renforcement des liens et de la collaboration en faveur de la paix. Deuxième rencontre entre les deux hommes, cette discussion portera certainement sur les grands thèmes chers au pape François dont la liberté religieuse, la protection des chrétiens persécutés et des points liés au développement de l’Égypte qui accuse des retards considérables en terme d’éducation, de lutte contre la pauvreté et de protection de l’environnement.

CNS photo/L’Osservatore Romano via Reuters

Après cette réunion protocolaire, le Pape se rendra auprès du grand imam d’Al Azhar, le cheikh Ahmed Al Tayeb, afin de prononcer, chacun leur tour, un discours lors de la Conférence internationale sur la paix. Cette prise de parole commune s’inscrira dans la continuité des discussions amorcées en février dernier contre « le fanatisme, l’extrémisme et la violence au nom de la religion ». De ce rapprochement et de ce dialogue interreligieux, nous sommes en droit d’espérer des effets d’apaisement dans le climat de tension actuel ainsi que des fruits d’érudition en faveur d’une « modernisation de l’Islam ».

Dans une perspective œcuménique, le pape rencontrera le patriarche copte Tawadros II pour des discussions privées suivies de discours. Nous pouvons d’ores et déjà voir en cela un geste de soutien pour cette minorité chrétienne d’Égypte dont les racines remontent à l’évangélisation de saint Marc évangéliste et apôtre. Cette amitié renouvelée peut être perçue comme un fruit de cet « œcuménisme du sang », expression plusieurs fois employée par le Saint-Père notamment pour décrire le drame des « Égyptiens coptes égorgés par les djihadistes de l’État islamique sur les rives de la mer Méditerranée ». Il avait alors affirmé : « Tous sont nos martyrs, car ils ont donné leur sang pour le Christ ». La présence du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier peut également être interprétée en ce sens. Enfin, le pape célèbrera une Messe en compagnie de la communauté copte-catholique d’Égypte avant de retourner à Rome, samedi, en début de soirée.

Le voyage du pape François en Égypte arrive dans une période charnière de l’histoire de ce pays plus que deux fois millénaire. Considérant les nombreux risques d’attentats que cette visite comporte, on peut y voir la grande détermination du pape François à raffermir les liens d’amitié avec les autorités politiques et religieuses et à apporter son soutien et sa collaboration dans l’élaboration d’une société et d’un islam modernes. De plus, ce voyage permettra au Pape de manifester concrètement sa solidarité avec les chrétiens orthodoxes et catholiques d’Égypte dans ces moments tumultueux où plusieurs ont versé leur sang par fidélité au Christ. Ainsi, espérons que cette visite très attendue porte des fruits de paix et de réconciliation si nécessaires aujourd’hui.

Église en sortie 24 mars 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec le père Timothy Scott c.s.b. sur l’implication de la Conférence religieuse dans les relations de l’Église avec les peuples autochtones du Canada. On vous présente un reportage sur la Journée de rencontre avec les premières nations organisée à l’Institut pastoral des dominicains de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Josianne Gauthier, directrice des programmes à Développement et paix sur l’engagement de l’organisme dans le cercle Notre-Dame-de-Guadalupe.

Église en sortie 3 février 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Mgr Claude Champagne, évêque d’Edmundston au Nouveau-Brunswick et membre de la Commission épiscopale pour l’unité chrétienne, les relations religieuses avec les Juifs et le dialogue interreligieux de la Conférence des évêques catholiques du Canada, sur le document « Nos voisins évangéliques ». On vous présente un reportage sur la prière œcuménique à l’église luthérienne St-John de Montréal. Dans la troisième partie de l’émission, on vous présente une entrevue réalisée avec Glenn Smith et Carole Tapin de Direction chrétienne avec lesquels Francis Denis s’est entretenu sur le thème de l’œcuménisme.

Église en sortie 27 janvier 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons Daniel Paradis, responsable de l’organisme Présence-Compassion qui nous parle de cette initiative au service des itinérants du centre-ville de Montréal. L’abbé Claude Paradis nous offre sa première chronique des actualités de la rue de l’année 2017. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec Mme Estelle Drouvin sur le Centre de Services de justice réparatrice dont elle est la coordonnatrice.

L’amour est la conséquence du pardon authentique

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Onzième dimanche du temps ordinaire, Année C – 12 juin 2016

2 Samuel 12,7-10.13
Galates 2,16.19-21
Luc 7,36-8,3

Dans les évangiles, Jésus mange très souvent avec les pécheurs et saisi l’opportunité pour partager de très importantes leçons sur le fait d’être disciple et sur la sainteté. Comme pour maintes actions qu’il accomplissait, les relations amicales de Jésus avec de telles gens et ses repas avec eux énervaient ses adversaires, notamment les chefs religieux de son temps. Ils murmuraient contre lui : « Il est entré en tant qu’invité chez un pécheur », ou alors « Regardez-le manger avec les collecteurs d’impôts et les prostituées ! » Mais là où les autres ne voyaient que des pécheurs, des gens en marge de la société, des parias qui méritaient d’être haïs et isolés, Jésus voyait des humains qui se recroquevillaient dans l’ombre, souvent piégés dans leurs propres échecs, qui tentaient désespérément de réparer leurs torts, et qui essayaient maladroitement de faire amende honorable pour une vie d’injustice.

C’était surtout lors des repas que Jésus semblait montrer de manière explicite qu’il réconciliait les pécheurs. Comment pourrait-on ne pas se rappeler les histoires de Zachée, Lévi, la femme qui lava les pieds de Jésus avec ses larmes, les disciples désenchantés à Emmaüs, et Pierre sur la rive du lac ? Même la cène à laquelle nous songeons instinctivement en tant qu’occasion sublime était un repas partagé avec des pécheurs. La table de Jésus inclut Judas (qui le trahi), Pierre (qui l’a renié), et les disciples obtus qui se chamaillaient. L’Église primitive fondait son interprétation de l’eucharistie sur la base de la mémoire dangereuse de son entourage lors de la cène.

La dame qui s’invite à toutes les fêtes

Dans la parabole de l’évangile de ce dimanche au sujet du pardon de la pécheresse [Luc 7,36-50], un Pharisien, soupçonnant que Jésus était prophète, l’invite au banquet festif dans sa demeure ; mais la prétendue vertu du Pharisien conduit à un pardon minime de la part de Dieu et, par conséquent, en peu d’amour apparent envers Jésus. La pécheresse, par contre, manifeste une foi en Dieu qui l’a menée à rechercher la miséricorde pour ces péchés, et c’est par ce que de nombreux gestes ont été pardonnées, qu’elle exprime manifestement son amour intense pour Jésus. L’épisode dans sa totalité constitue une leçon puissante sur la relation entre le pardon et l’amour.

Pourquoi cette femme inconnue s’approcha-t-elle de Jésus et l’a oint en s’exposant au risque d’être ridiculisée et abusée par autrui ? Son action avait le leitmotiv suivant : son amour pour Jésus et sa gratitude pour la miséricorde de ce dernier. Elle s’est comportée à l’opposé de ce que ferait une femme juive en public : elle défait ses cheveux et oint Jésus avec ses larmes. Elle a aussi accompli une action que seul l’amour peut faire : elle prit l’objet le plus précieux qu’elle possédait et le dépensa en l’honneur de Jésus. Son amour n’était pas calculé, mais plutôt débordant et extravagant.

Jésus raconte ce qu’il a vu des actions de cette femme [v. 44-46]. La finalité de ce récit n’est pas d’accuser Simon pour ce qu’il n’a pas fait. Simon persiste-t-il à percevoir la femme en tant que pécheresse, ou est-il capable de réinterpréter les actions de cette dernière ? Si Simon n’est pas capable d’en déduire une évaluation différente pour expliquer ce qu’il a vu, Jésus essaye de lui faire voir ce qu’il y voit : elle a été pardonnée pour beaucoup d’actions et exprime désormais un amour immense [v.47-48].

Cette femme n’a pas été pardonnée grâce à ses manifestations fastueuses d’amour ; ce sont plutôt ces actions d’amour qui résultent de son expérience d’être pardonnée. Le verset 47 résume parfaitement le fond de l’histoire : « si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. » Son amour est la conséquence de son pardon. C’est une autre des choses à tirer de cette parabole de Luc [7,41-43].

L’amour voile une multitude de péchés

Notre amour est-il extravagant ou misérable ? Jésus explique clairement que le grand amour émane d’un cœur pardonné et purifié. « L’amour couvre la multitude des péchés » [1 Pierre 4,8], « car l’amour est de Dieu » [1 Jean 4,7]. L’amour fastueusement exprimé par la femme pécheresse était une preuve qu’elle avait trouvé la grâce aux yeux de Dieu. Le fort contraste des attitudes entre Simon et la femme de mauvaise renommée, nous démontre comment nous pouvons ou accepter ou rejeter la miséricorde de Dieu. Simon, qui se considérait un honnête Pharisien, n’a point senti un besoin d’amour ni de miséricorde. Son autosuffisance l’empêchait de reconnaître son besoin de la grâce de Dieu.

La pécheresse incarne une personne qui répond proprement à Jésus, et dont les actions miroitent les siennes. La question principale que pose son histoire, s’adresserait à Simon et aussi à nous, « Voyez-vous cette femme ? » Mal juger cette femme et ses actions c’est ne pas voir Jésus et saisir son identité de manière correcte. L’histoire est ouverte : il y a encore l’espoir que la perception, la compréhension et la vision de Simon puissent être corrigées. Qu’en est-il des nôtres ?

Réconciliation chrétienne

L’évangile de ce dimanche nous invite à réfléchir sur le mystère et l’obligation du pardon et de la réconciliation dans notre tradition chrétienne. Il existe une acception erronée et répandue qu’un chrétien devrait être un artisan de paix impartial qui essaye d’induire une réconciliation entre des forces antagonistes. Ceci fait de la réconciliation un principe qui doit être appliqué dans tous les cas de conflits. Dans certains conflits un parti a raison tandis que l’autre est fautif, l’un est juste et victime alors que l’autre suggère l’injustice et l’oppression. En tant que chrétiens, il ne nous est jamais requis de réconcilier le bien avec le mal, la justice avec l’injustice. Nous devons plutôt éliminer le mal, l’injustice et le péché.

Deuxièmement, la neutralité n’est pas toujours possible, et dans des cas conflictuels dus à l’injustice et à l’oppression, la neutralité est totalement impossible. Si nous ne prenons pas parti avec les opprimés, nous finissons par être du côté de l’oppresseur. Dans des cas pareils, « le rapprochement des deux partis » pourrait engendrer un résultat bénéfique pour l’oppresseur, car il permet de maintenir le status quo; il voile la vraie nature du conflit, garde la personne opprimée dans le silence et la passivité, et entraîne une sorte de fausse réconciliation dépourvue de justice. L’injustice continue et tout le monde est appelé à sentir que l’injustice n’est pas importante car la tension et le conflit ont été amoindris.

Troisièmement, il existe un point de vue commun selon lequel les chrétiens doivent toujours rechercher une « via media » pour résoudre chaque litige. Ceux et celles qui ont peur du conflit ou de la confrontation, même non-violents, sont habituellement convaincus du besoin de changement. Leur prudence cache un pessimisme antichrétien concernant le futur, un manque d’espérance chrétienne authentique. D’autre part ils utilisent le souci de la réconciliation pour justifier une forme d’évasion des réalités de l’injustice et du conflit.

Le pardon dans la crise des abus sexuels

Ce sujet a été adressé au bon moment si l’on prend en considération la crise, voire, la pandémie des abus sexuels qui a atteint l’Église de manière très profonde. Depuis les quelques moins passés, le monde entier est au courant des péchés et des échecs des chefs pastoraux. J’attire votre attention à la lettre pastorale (en anglais) de Mgr Mark Coleridge, du diocèse de Canberra et Goulburn en Australie. Dans sa lettre pour la Pentecôte 2010 qui porte sur les abus sexuel des jeunes dans l’Église catholique, intitulée « Seeing the Faces, Hearing the Voices, » (« Voir les visages, entendre les voix, ») Mgr Coleridge a écrit :

Un autre facteur était la culture de pardon de l’Église catholique qui tend à percevoir les choses en terme de péché et de pardon plutôt que de crime et de châtiment. Mais dans le cas des abus des jeunes par le clergé, nous avons affaire avec le crime, et l’Église a lutté pour trouver le point de convergence entre le péché et le pardon d’une part et entre le crime et le châtiment d’un autre part. Il est vrai, le péché doit être pardonné, mais le crime doit être puni aussi. La miséricorde et la justice doivent suivre leurs cours, et ceci de manière convergente. Ceci est lié aux questions de plus grande envergure qui concernent la manière dont l’Église perçoit sa relation avec la société de manière plus générale. Nous sommes « dans le monde, et non pas du monde » : mais qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui et maintenant ? Il y a aussi la grande question de la relation entre le jugement divin et l’humain. L’Église insiste que c’est à Dieu, et non pas aux êtres humains, qu’appartient le jugement dernier. Toutefois, comment ce concept répond-t-il au besoin du jugement humain lorsque nous nous aventurons au sein du chemin du crime et du châtiment ? Nous avons été paresseux et maladroits, même parfois coupables, dans la formalisation de nos réponses à de telles questions.

De telles erreurs sur la réconciliation chrétienne ne sont pas simplement une affaire de malentendus, mais résultent d’une carence de vrai amour et de compassion pour ceux qui souffrent, qui ont été victimaires, ou d’un manque d’appréciation de ce qui se passe réellement dans des conflits sérieux. La poursuite d’une neutralité illusoire dans chaque conflit est ultimement une manière de sympathiser avec l’oppresseur. Ce n’est pas la réconciliation et l’absolution que Jésus apprenait tout au long de sa vie et de son ministère.

Dans le conflit entre les Pharisiens et ceux qu’on appelés « pécheurs » Jésus prenait parti pour les pécheurs, les prostituées, les collecteurs de taxes et les Pharisiens. Et dans le conflit entre le riche et le pauvre il prit parti pour le pauvre. Jésus condamne les Pharisiens et le riche avec certitude, pardonne les pécheurs et bénit les pauvres. Jésus n’entreprend aucune tentative de compromis avec les autorités pour une paix, une réconciliation ou une unité erronées. La réconciliation, la paix et le pardon que Dieu exige se fondent sur la vérité, la justice, et l’amour.

(Image: Jésus et la pécheresse par James Tissot)

Ambassadeurs du Christ et ministres de la Justice de Dieu

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le Mercredi des Cendres C (10 février 2016)

Lorsqu’arrive le Mercredi des Cendres, notre foi devient visible aux yeux de tous. Sans être offensif tout en étant difficile à manquer, le signe de notre foi se manifeste au bureau, à l’école, dans les autobus et les métros, à l’épicerie ou à la station-service. Ce petit symbole de la croix de cendres sur le front exprime une vérité importante: la foi ne se vit pas seulement à l’église, mais elle se vit parmi nous, en public, chaque jour.

Les textes de l’Écriture pour la liturgie du Mercredi des Cendres nous rappellent non seulement le péché et la mort, ils sont un appel fort à vaincre le péché, à se convertir au Christ et à l’Évangile et à se préparer à la vie nouvelle de Pâques. Je tiens à vous présenter quelques réflexions sur ce que cela signifie d’être réconcilié avec Dieu, d’être des « ambassadeurs du Christ » [2 Cor 5, 20-21], et le sens authentique de la piété et de la dévotion, indiqué dans le texte de l’Évangile de Matthieu pour la liturgie d’aujourd’hui [6, 1-6. 16-18]. Je conclurai par quelques pensées sur la réflexion du pape Benoît XVI pour le Carême 2010, qui porte sur la justice de Dieu.

Soyez réconciliés avec Dieu!

Aujourd’hui, c’est ce que la liturgie nous dit, est le moment favorable « pour notre réconciliation avec Dieu. » La réconciliation est un don gratuit de Dieu. La réconciliation doit impliquer tout le monde: les individus, les familles, les nations et les peuples. Dans le passage de 2 Corinthiens 5, 20-21, Paul a encouragé la communauté divisée de Corinthe à reconnaître que Dieu « nous a réconciliés avec Lui par le Christ, et il nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation» [5, 18]. Paul parle de « la nouvelle création dans le Christ » [cf. II Cor 5, 17] et continue de nous dire: « c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » [2 Cor 5, 19-20].Lorsque nous parlons du monde réconcilié avec Dieu, nous ne parlons pas seulement des individus mais aussi de chaque communauté: familles, clans, tribus, nations et États. Dans sa providence, Dieu a fait alliance après alliance avec la famille humaine: l’alliance avec nos premiers parents au jardin d’Eden, l’alliance avec Noé après le déluge et l’alliance avec Abraham. Dans le Livre de Josué, nous en apprenons davantage sur l’alliance faite avec Israël, lorsque Moïse conduit les Israélites hors de l’esclavage dans le pays d’Égypte. Et Dieu a maintenant réalisé l’alliance finale et définitive avec toute l’humanité en Jésus-Christ, qui a réconcilié les individus, hommes et femmes, ainsi que des nations entières, avec Dieu par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.

Dans le sacrement de l’Eucharistie, nous célébrons le mystère de notre rédemption et de la pleine réconciliation avec Dieu. C’est à travers sa passion, sa mort et sa résurrection que Jésus a sauvé le monde. Avant de recevoir le Corps et le Sang du Seigneur, nous montrons que nous sommes en paix les uns avec les autres. L’Eucharistie est célébrée par une communauté réconciliée. Une fois la célébration terminée, nous sommes envoyés pour propager ce message de paix et de réconciliation avec les autres.

Ambassadeurs du Christ

Puisque ce message de réconciliation nous a été confié, nous sommes « des ambassadeurs du Christ » [5, 20]. La mission qui nous a été donnée en est une de haut rang. C’est une mission qui nous ennoblit. Parce que nous avons été appelés à être des ambassadeurs, nous devons être vrais et fidèles à celui que nous représentons. Un ambassadeur est connu par ses lettres de créances. Les ambassadeurs doivent donner des preuves crédibles qu’ils ont été envoyés. À titre d’ambassadeurs du Christ, nous aussi nous devons donner la preuve de notre mission. Et la plus grande preuve c’est notre propre fidélité à vivre de manière chrétienne.Si nous sommes réconciliés avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres, et si nous œuvrons à la réconciliation du Christ dans la société, alors nous pourrons affirmer avec conviction que nous sommes les ambassadeurs du Prince de la Paix. De même que Dieu a pris l’initiative d’envoyer son fils réconcilier le monde, il s’attend à ce que nous prenions l’initiative de restaurer l’harmonie dans un monde et une Église souvent divisées.

Peut-on appliquer cette vision chrétienne, cette belle mission de réconciliation, à nos propres situations? Peut-on la mettre en pratique dans notre famille, entre amis et membres de la communauté et essayer encore et encore lorsque nous échouons? Il est triste de porter des rancunes pour de longues périodes de temps, quand les gens refusent de se parler, quand la joie de participer à des rencontres ou des fêtes est niée, peut-être pour un délit qui a eu lieu il y a longtemps et dont les circonstances sont pratiquement oubliées!

L’abnégation de soi de Jésus en trois temps

L’évangile de Matthieu [6, 1-6. 16-18] met en garde contre l’idée de faire du bien pour être vu et donne trois exemples pour vivre de manière juste: la prière, le jeûne et l’aumône. Dans chaque cas, la conduite des hypocrites [6, 2] est en contraste avec le comportement exigé de la part des disciples. Les paroles à propos de récompense que l’on trouve ici et d’ailleurs [Matthieu 5, 12. 46; 10, 41-42] montrent qu’il s’agit d’un véritable élément d’exhortation morale chrétienne.

Examinons de près ce que l’Évangile nous demande dans ce triple processus d’abnégation de soi: nous devons prier: « Va dans ta chambre, ferme la porte, et prie ton Père dans le secret. » Nous devons jeûner: «Nul ne doit voir que vous jeûnez, sinon votre Père. » Nous devons faire l’aumône: « que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret: il te le revaudra. » Il  n’y a rien d’ambigu sur ce qui est exigé de nous durant ce temps. La prière, le jeûne et l’aumône sont les piliers de l’itinéraire du Carême pour les chrétiens. Il s’agit de la piété, du dévouement et de la sincérité que le Seigneur nous demande en ce Carême.

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Le Carême 2016 et le Jubilé extraordinaire de la Miséricorde

Pour mettre tout cela en pratique dans le cadre de cette année dédiée à la Miséricorde, je vous propose de lire les extraits suivant provenant du Message du pape François pour le Carême 2016 intitulé « C’est la miséricorde que je veux, et non les sacrifices » (Mt 9,13). : [Read more…]

La famille chrétienne : idéal ou réalité ?

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Samedi le 29 août dernier, avait lieu à la cathédrale Marie-Reine-du-monde de Montréal, la conférence intitulée « À la découverte de l’amour véritable ». Organisée conjointement par l’Association pour la béatification de l’Impératrice Zita d’Autriche et l’Archidiocèse de Montréal, cette journée de réflexion et de prière aura certainement permis à tous les participants non seulement d’approfondir leurs connaissances sur le dessein de Dieu sur la famille mais également de sentir un réconfort dans un monde qui lui est malheureusement de plus en plus hostile.

Durant l’avant-midi, des témoignages et enseignements se sont succédés. D’abord le témoignage de Brigitte Bédard, journaliste au magazine Le Verbe, qui présentait le pouvoir de la grâce dans son chemin vocationnel, suivi de celui de Cosmin et Jacynthe Dina centré sur le rôle du sacrement de mariage et sur la solidité que revêt le mariage lorsqu’il se vit dans la foi, l’espérance et la charité. Concluant la première moitié de cette journée mémorable, Mgr Lépine a voulu souligner que le véritable visage de l’amour s’est manifesté en Jésus-Christ sur la croix. Incitant les participants à méditer fréquemment le chemin de croix, l’archevêque de Montréal a lancé un vif appel aux consciences afin qu’elles répondent positivement à leur vocation à la sainteté et qu’elles voient que la « famille est le lieu où l’on apprend que le don de soi est un chemin de bonheur».

Après un pareil avant-midi chargé d’émotions, tous étaient unanimes dans leur désir d’implorer le pardon du Père de toute miséricorde et de Lui rendre grâce pour ce don immense qu’est la famille. Une fois abreuvés à cette « Source et Sommet de toute la vie chrétienne», les participants ont pu entamer l’après-midi en compagnie d’intervenants dont la qualité n’avait d’égale que la profondeur du sujet abordé. [Read more…]

Une Église en dialogue: 50 ans d’oecuménisme au Canada

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Image: Courtoisie de CNS

Récemment, la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié un document intitulé Une Église en dialogue : Vers la restauration de l’unité entre les chrétiens à l’occasion du 50e anniversaire du décret sur l’œcuménisme du Concile Vatican II (1964-2014). Il s’agit d’un magnifique instrument qui présente les critères d’un dialogue authentique et décrit l’état de situation non seulement de l’Église au Canada mais également de l’Église universelle. Bien qu’exigeant au point de vue de la lecture, le document me semble incontournable pour bien comprendre l’histoire du mouvement œcuménique au Canada et tracer des perspectives d’avenir.

Dans un premier temps, on y retrouve une synthèse très dense des différents principes qui doivent guider le dialogue entre les chrétiens de sorte qu’il soit efficace et véritablement orienté vers la restauration de l’unité de tous les chrétiens. Dans un deuxième temps, on y manifeste bien comment l’unité entre les hommes trouve ses racines dans la Communion des Personnes (Père, Fils et Esprit Saint) dans la Trinité. En effet, puisque nous prenons part à la communion des saints, « nous sommes appelés à être une Église en dialogue parce que le Dieu Trinité est entré en dialogue avec nous et a partagé avec nous la mission du Verbe incarné dans le monde » (p.2).

Devant cette réalité spirituelle de la communion des saints à laquelle tous les chrétiens appartiennent réellement bien que, jusqu’à la Résurrection, elle ne soit pas encore réalisée parfaitement, nous avons le devoir de travailler à la manifester cette unité fondamentale par le dialogue entre chrétiens. Ce dialogue sera caractérisé par « la clarté, la douceur, la confiance, la prudence pédagogique […] Le dialogue ne peut advenir que dans un climat d’amitié, de respect et de service, ouvert à toutes et à tous; jamais il ne transige avec la vérité; il exige sagesse, savoir, discernement; toujours guidé par l’espérance et l’amour, il se construit sur la liberté »[2]. Ce qui me frappe le plus dans la première partie de ce document, c’est l’importance qu’il accorde à la bonne attitude pour qu’un authentique dialogue soit possible. Ce qu’il appelle  « l’exigence qu’on fasse de la place au point de vue de l’autre; qu’on écoute vraiment […] en souhaitant et même en escomptant apprendre de l’autre »[3] est selon moi l’un des grandes amélioration des cinquante dernières années. Par exemple, un de mes oncles me disait que lorsqu’il était jeune on lui avait dit de ne pas parler aux enfants d’une des familles de sa rue parce qu’ils étaient protestants. Le contraste avec ce que nous considérons aujourd’hui acceptable et comme reflétant une attitude véritablement chrétienne montre bien le chemin qui s’est fait depuis ce temps. Sans le Concile Vatican II, un tel changement n’aurait pas été possible. [Read more…]

L’Évangile de la joie face au terrorisme

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Image: Courtoisie de CNS

La semaine dernière, deux attentats terroristes perpétrés contre des militaires canadiens faisaient deux morts et allaient mettre en état de choc le pays tout entier. Il est maintenant établi que ces actes ignobles ont été commis au nom de l’idéologie islamiste. Devant une telle tragédie, plusieurs réactions sont possibles. L’Église, comme une Mère attentive à nos besoins, nous offre quelques pistes et critères pour orienter notre réflexion. Je vous invite donc à revisiter avec moi l’exhortation apostolique du pape François « Evangelii Gaudium » qui nous éclaire sur deux points fondamentaux et pertinents devant les événements que nous avons vécus.

Le devoir de rencontre

Dans ce document, le pape François reconnaît que les relations « avec les croyants de l’Islam acquièrent à notre époque une grande importance »[2]. Pour nous catholiques, qui sommes appelés à vivre une conversion missionnaire, il est important de comprendre que nous ne pouvons exclure personne de cette mission qui nous incombe de « prêcher l’Évangile à toutes créatures » (Mc 16, 16). En effet, cette nouvelle ouverture s’adresse à tous. Pour ce faire, nous devons entreprendre un travail sur nous-mêmes. Pour le pape François, ce travail se situe d’abord dans la perspective d’une meilleure compréhension de soi et de l’autre. De fait, un examen rapide montre bien la proximité des musulmans avec la foi chrétienne. Le Concile Vatican II affirme, qu’avec nous ils : « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (no.16). En ce sens, nous pouvons nous compter chanceux d’avoir des concitoyens capables de nous rappeler des éléments de notre propre identité que nous avons peut-être oubliée. Par exemple, quelle joie devrions-nous ressentir d’être encourager, à l’exemple des musulmans, à « consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux » (no 252) ? Sans se voiler la face devant la menace réelle que représente une certaine résurgence d’un l’Islam politique, cette mission d’évangélisation par le dialogue avec l’Islam peut aussi nous aider à combattre la tentation des raccourcis intellectuels menant à « d’odieuses généralisations ». [Read more…]

Saint Jean-Paul II: Pour une guérison de la mémoire

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Le 13 septembre dernier, l’Observatoire Justice et paix, en collaboration avec télévision Sel et Lumière, organisait, à Québec, le Colloque Jean-Paul II : Pour une guérison de la mémoire afin de souligner le 30e anniversaire de sa visite en 1984. Pour l’occasion, plusieurs invités de marque se sont exprimés sur l’impact de cette visite sur les relations entre foi et culture au Québec. Le thème du Colloque  « Pour une guérison de la mémoire » faisait référence à ce que certains ont retenu comme étant un élément central du message de Jean-Paul II dans son homélie faite à l’Université Laval, il y a 30 ans. En effet, l’homélie en question exhortait les Québécois à « ne pas accepter le divorce entre foi et culture » (no6). Les différents conférenciers ont donc pu s’exprimer sur ce sujet délicat en l’éclairant de leur vision selon leur domaine d’expertise.

Ce divorce entre foi et culture au Québec est un phénomène récent qui remonte aux années 1960. C’est à ce moment que la forme que prenait alors le catholicisme au Québec a été rejetée en bloc par une grande partie de la population. Sans énumérer ici les causes de cet état de fait, nous pouvons toutefois examiner les différentes caractéristiques de l’image que les Québécois se font généralement de leur passé religieux. Dans son intervention, monsieur Gilles Routhier, doyen de la faculté de théologie de l’Université Laval, a bien montré comment l’imaginaire québécois actuel réduit souvent l’histoire catholique au Québec aux seules années 1940-1950. Durant cette période, l’institution ecclésiale a souvent dû suppléer au manque d’engagement de l’État. C’est ainsi que l’on reproche souvent à l’Église d’avoir été trop près du pouvoir politique. Cependant, l’histoire des relations entre foi et culture au Québec ne peut légitimement se réduire à cette période qui, comme le disait M. Routhier, porte avec elle son lot de misères mais également de grandeurs. Face à cela, deux questions se posent : 1) comment ouvrir de nouveau la mémoire québécoise à l’entièreté de l’histoire religieuse du Québec ? Et 2) comment transmettre ce riche patrimoine pour qu’il puisse faire sens aujourd’hui ? [Read more…]