« Même la plus petite personne peut changer le cours de l’histoire »

CNS photo/L’Osservatore Romano, handout

Alors que des dizaines de milliers de personnes –pour la plupart des jeunes femmes et des jeunes hommes- se rendent à Washington, vendredi le 27 janvier 2017 pour l’annuelle « Marche pour la vie », voilà une bonne occasion de réfléchir sur ce que nous faisons comme individus et comme communauté pour défendre la vie.

Le thème de la marche de cette année dans la capitale américaine est « Le Pouvoir de l’unité » inspiré des paroles prophétiques de J.R.R. Tolkien : « Même la plus petite personne peut changer le cours de l’histoire ». En effet, une seule personne peut faire la différence dans le monde, que ce soit dans la vie d’une seule ou de plusieurs. Malheureusement, aux États-Unis seulement, chaque année un million de bébés n’ont pas cette possibilité de vivre et de faire une différence dans notre monde. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement exigent l’implication de tous et chacun. En commençant dans notre propre famille et dans notre voisinage, nos efforts collectifs changeront les cœurs et les esprits, sauveront des vies et construiront une culture de la vie.

Plus tard cette année à Ottawa au mois de mai, des messes seront célébrées, de graves discours seront prononcés devant les édifices du gouvernement, deux grandes marches auront lieu sur les boulevards les plus importants des deux capitales de deux grandes nations. Pour les Américains, le rassemblement marque le 44e anniversaire de la décision Roe vs Wade de la Cour suprême des États-Unis laquelle a légalisé l’avortement, le 22 janvier 1973, dans tout le pays. Depuis cette décision, quelque 60 millions d’avortements ont été pratiqués aux États-Unis en toute légalité.

Une cohérente éthique de la vie

L’Église catholique romaine tient une éthique cohérente de la vie. L’Église offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité et la dignité de toute personne humaine. Toutefois, cette opposition à l’avortement et à l’euthanasie ne justifie pas l’indifférence envers ceux qui souffrent à cause la pauvreté, de la violence et de l’injustice. Peu importe ce qui s’oppose à la vie elle-même comme le meurtre, le génocide, l’avortement, l’euthanasie et le suicide, peu importe ce qui viole la dignité de toute personne humaine tels que la mutilation, la torture ou le harcèlement psychologique, les tentatives de coercition de la conscience, peu importe ce qui insulte la dignité humaine tels que la vie dans des conditions inhumaines, les emprisonnements arbitraires, les déportations, l’esclavage, la prostitution, la vente de femmes ou d’enfants, les conditions de travail indignes où des personnes sont traitées comme des instruments de profit plutôt que d’être traitées comme des personnes responsables, toutes ces réalités empoisonnent la société.

La vie et la dignité humaines rencontrent plusieurs obstacles dans notre monde contemporain, spécialement en Amérique du Nord. Lorsque la vie n’est pas respectée, pouvons-nous vraiment nous surprendre que d’autres droits soient éventuellement eux aussi menacés ? Si nous regardons avec attention les grandes tragédies des siècles passés, nous constatons qu’au moment où le libre marché renversait le communisme, il encourageait exagérément et en même temps le consumérisme et le matérialisme en infiltrant cultures et sociétés. Une population vieillissante, spécialement en Occident, conjuguée à une population active de plus en plus restreinte créent aujourd’hui un mouvement économique menant à l’euthanasie. Comme le disait saint Jean-Paul II : « un droit à la mort deviendra rapidement un devoir de mourir ».

Nous vivons aujourd’hui au milieu d’une culture qui nie la solidarité et prend une véritable forme de « culture de la mort ». Cette culture est fortement encouragée par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui font la promotion de l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. C’est une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place dans le monde pour quiconque, comme l’enfant à naître ou le mourant, est un élément faible de la structure sociale ou quiconque apparaît comme étant à la merci des autres et, de par sa condition, radicalement dépendant. Il n’y a pas de place pour celui ou celle qui ne peut communiquer que par le langage profond de l’affection et du partage. La vie humaine est une valeur sacrée et religieuse et elle concerne tout le monde, pas seulement les croyants.

L’avortement est la plus sérieuse des blessures que l’on peut infliger, non seulement à la personne et à sa famille qui devrait être un sanctuaire de la vie, mais également à la société et la culture, par ces mêmes personnes qui devraient plutôt être les promoteurs et les défenseurs de la société.

Le pape Benoît XVI et son ouverture à la vie

Dans son importante encyclique Caritas in Veritate (La Charité dans la vérité) publiée en 2009, le pape Benoît XVI s’est exprimé clairement sur la dignité et le respect de la vie humaine « qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples » (no 28). Poursuivant son propos, Benoît XVI affirmait également que « dans les pays économiquement plus développés, les législations contraires à la vie sont très répandues et ont désormais conditionné les coutumes et les usages, contribuant à diffuser une mentalité antinataliste que l’on cherche souvent à transmettre à d’autres États comme si c’était là un progrès culturel. ». « L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. » écrivait le Pape. « Quand une société s’oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l’homme. Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent ».

Le pape Benoît XVI résumait très bien la présente crise économique en affirmant par ces paroles justes : « Les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains ». L’Église catholique romaine offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité et la dignité de la personne humaine : une vision intégrale à laquelle nous devons nous efforcer de correspondre si nous proclamons être « pro-vie ». Nous luttons pour garder une vision globale sans limiter notre regard en nous mettant des œillères.

L’opposition du pape François à l’avortement

Dans un discours brillant devant la Convention Suprême des Chevaliers de Colomb à San Antonio au Texas, il y a quelques années, le Cardinal Seán O’Malley, o.f.m. s’exprimait en ces termes :

« Certaines personnes pensent que le Saint-Père devrait parler davantage d’avortement. Je crois qu’il parle de l’amour et de la miséricorde offerts à toute personne et qui est le contexte dans lequel se situe l’enseignement de l’Église sur l’avortement. Nous nous opposons à l’avortement, non pas parce que nous sommes déplaisants ou démodés mais parce que nous aimons les personnes. C’est ce que nous devons montrer au monde […] Nous devons être de meilleures personnes, nous devons aimer tout le monde, même ceux qui défendent l’avortement. Ce n’est que si nous les aimons que nous serons en mesure de les aider à découvrir la sacralité de la vie d’un enfant à naître. Seul l’amour et la miséricorde peuvent ouvrir leurs cœurs endurcis par l’individualisme de notre époque ».

Sous le regard attentif du Christ

Le pape François a condamné catégoriquement l’avortement et l’euthanasie. Cependant, il ne met pas l’accent sur les arguments philosophiques, scientifiques et légaux que l’on entend habituellement. Sa critique fait plutôt appel directement au visage du Christ. « Chacun de nous est invité à reconnaître dans les personnes fragiles le visage du Seigneur, qui, dans sa chair humaine, fait l’expérience de l’indifférence, de la solitude auxquelles nous condamnons souvent les plus pauvres. »

La condamnation de l’avortement fait un parallèle avec l’enfant Jésus dont la mort était souhaitée par Hérode avant même sa naissance. « Chaque enfant non encore né et injustement condamné à être avorté porte sur lui le visage de Jésus-Christ, porte le visage du Seigneur, qui, avant et après sa naissance, a fait l’expérience d’être rejeté par le monde ». De façon similaire, la condamnation de l’euthanasie pointe en direction du visage du Christ présent dans les personnes âgées ciblées pour être éliminées. « Chaque personne, même les infirmes ou ceux qui sont à la fin de leurs jours, portent le visage du Christ. Ils ne peuvent être mis au rebut ».

Être pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout comme fils et filles de la lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, pleins de conviction et de détermination, nous disons la vérité avec fermeté, sans jamais perdre la joie ou l’espoir. Être pro-vie ne peut être l’exclusivité d’un parti politique ou d’un quelconque côté de l’éventail politique. C’est une obligation pour tous et toutes : gauche, droite et centre ! Si nous sommes pro-vie, nous ne devons pas maudire la culture qui nous entoure mais plutôt nous y engager. Nous devons voir les autres comme Jésus les voit et nous devons les aimer inconditionnellement, même ceux qui nous font obstacle.

Le test ultime pour voir si nous sommes pro-vie ne consiste pas seulement dans le fait de participer à des manifestations ou à des marches dans les grandes villes du monde. Le test réel est ce que nous faisons pour la vie durant les 364 autres jours de l’année et des petits et grands efforts que nous déployons pour nous opposer de manière consistante et systématique à tout type de meurtre, génocide, avortement, euthanasie, auto destruction volontaire et toute violation de la conscience ou de la dignité humaine. Comment défendons-nous ceux qui endurent des conditions de vie inhumaines, ceux qui sont arbitrairement emprisonnés, déportés, victimes de l’esclavage, de la prostitution, du trafic humain ou qui souffrent d’indignes conditions de travail ? Toutes ces choses empoisonnent la société. Prions pour que nous ayons une forte et authentique éthique de la vie.

Restons debout pour défendre la vie et voyons dans le visage du Christ dans celui des plus faibles et des plus vulnérables de nos sociétés. Ces paroles et ces réflexions devraient être notre unique inspiration et notre raison de marcher pour la vie de toutes les façons possibles peu importe où nous sommes.

 

Il ne peut y avoir de véritable paix sans promotion et défense de la vie : Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

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Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

P. Thomas Rosica

Le 6 février 2015, la Cour Suprême du Canada s’est prononcée en faveur d’un droit légal pour les Canadiens à demander et recevoir l’aide d’un médecin pour se tuer. Initialement, la Cour avait donné un an au parlement pour adopter une nouvelle loi, pour remplacer les sections du Code criminel qui interdisaient jusqu’à maintenant le suicide assisté. L’élection fédérale de l’automne dernier ainsi que le lent processus de révision ont rendu impossible le respect du délai initial. Les législateurs ont donc eu un sursis de six mois. Le projet de loi C-14 « Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois (aide médicale à mourir) » a passé la deuxième lecture le 22 avril dernier. Peu importe les modifications ou les amendements que l’on pourrait y apporter, le projet de loi C-14 est un affront à la solidarité, à la dignité humaine et met en danger toutes les personnes vulnérables. C’est une loi fondamentalement injuste. Pourquoi doit-on être en désaccord d’une manière absolue et catégorique avec toute tentative visant à justifier ou supporter ce soit disant « droit » au suicide assisté ou euthanasie ? Devant cette décision triste et profondément troublante de la Cour Suprême du Canada de renverser la loi canadienne sur l’euthanasie, je vous offre ces réflexions.

Il n’y a rien de nouveau à propos de la réalité des personnes en phase terminale. En effet, leurs souffrances, la volonté de mourir ainsi que notre capacité de les tuer ne sont pas une nouveauté. Cependant les mouvements qui proposent un « droit à mourir » ont gagné du terrain dans l’opinion publique alors même qu’il y a un vieillissement de la population ainsi qu’une anxiété grandissante concernant leur sort. De fait, les personnes qui ont plus de 65 ans ont connu la plus forte croissance démographique aux États-Unis, au Canada, et dans une grande partie de l’Europe.

Regardons au-delà de nos frontières où on assiste déjà à de grandes ambiguïtés ainsi qu’au grand pouvoir destructeur d’une promotion du « droit de mourir ». En Belgique, un pays que certains appellent, à juste titre, le « camp de la mort », l’euthanasie est actuellement érigée comme étendard d’une pensée éclairée, de la libération et du progrès. Cette pratique serait un signe que le pays s’est libéré de ses racines et de son patrimoine profondément catholiques. La Belgique était le deuxième pays du monde, après les Pays-Bas, à décriminaliser l’euthanasie ; suivie par le Luxembourg, en 2009, et par le Canada et la Colombie cette année. De son côté, la Suisse permet le suicide assisté depuis 1942. La Cour Suprême des États-Unis a reconnu que les inquiétudes des citoyens américains concernant la prolongation de l’agonie dans des contextes institutionnels sont légitimes. Pourtant, en 1997, la Cour a statué que la mort n’est pas un droit protégé par la constitution, laissant ainsi la responsabilité du suicide assisté à chaque État. Quelques mois après cette décision, l’Oregon a passé une loi qui permet à des médecins de prescrire des médicaments létaux aux patients qui ont moins de six mois à vivre. En 2008, l’état de Washington a adopté une loi semblable ; le Montana a décriminalisé le suicide assisté l’année suivante ; et le Vermont l’a légalisé en 2013.

Dans l’Oregon et en Suisse, des études ont démontré que les personnes qui demandent la mort sont moins motivées par la souffrance physique que par le désir de demeurer autonomes. En Belgique et aux Pays-Bas, où des patients peuvent être euthanasiés sans même souffrir d’une maladie terminale, les lois semblent avoir pénétré les établissements de santé plus profondément qu’ailleurs. Peut-être est-ce dû au rôle central donné aux médecins puisque, dans la majorité des cas, c’est le médecin et pas le patient qui effectue l’acte final. Depuis les cinq dernières années, l’euthanasie et les décès par suicide assisté ont doublé aux Pays-Bas. En Belgique, ils ont augmenté de plus de 150 %. Bien que la plupart des patients belges souffraient de cancer, d’autres furent euthanasiés pour des raisons telles que l’autisme, l’anorexie, les troubles de la personnalité, le syndrome de fatigue chronique, la paralysie partielle, la cécité associée à la surdité ainsi que la maniaco-dépression.

Les lois permettant l’euthanasie ou le suicide assisté par un médecin paraissent moins motivées par les désirs des personnes âgées que par les inquiétudes de la génération plus jeune, poussée par une volonté de contrôler la fin de leur vie. Les lois belges ont créé une nouvelle compréhension du suicide en tant que traitement médical comme s’il n’y avait aucunes dimensions tragiques et morales à de tels actes.

Pourquoi est-ce si difficile de soutenir que l’euthanasie n’est pas une bonne chose ? Lorsque les valeurs personnelles et sociétales étaient cohérentes, largement partagées et basées sur une religion commune, comprendre le mal que représentait l’euthanasie était simple. Dieu a commandé : « Tu ne tueras point. » Dans les sociétés sécularisées, basées sur un individualisme exacerbé, on fait le raisonnement suivant : les individus ont le droit de choisir, donc on doit pouvoir choisir le lieu et l’heure de notre mort. Au contraire, il est beaucoup plus complexe de s’opposer à l’euthanasie. En effet, dans la culture qui est la nôtre, obsédée par les préférences personnelles et individuelles, il est difficile de demander à une personne de s’abstenir de quelque chose sous prétexte qu’elle blessera la communauté toute entière.

La mort est maintenant submergée par la technologie, dépersonnalisée, et déshumanisée. Face à ces réalités, l’euthanasie paraît être un choix attirant et plus facile à introduire et à accepter. Auparavant, les conversations sur la mort avaient lieu dans un contexte et un langage religieux, dans les églises, les synagogues, les mosquées, et les temples pendant les services du culte. De telles conversations étaient sérieuses et incluaient toujours une dimension morale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On discute de la mort dans des émissions de télévision et de radio de façon irréfléchie. Ce sujet sérieux est souvent traité dans des contextes et des échanges de mauvaise qualité et, la plupart du temps, la dimension morale en est absente.

Nos parlements et nos cours de justice ont remplacé nos centres religieux. Le résultat en est la réduction des débats sociétaux, éthiques, et moraux à leur unique dimension légale, y compris lorsqu’il s’agit de la mort. Ce n’est pas surprenant alors que le débat sur l’euthanasie ait été concentré sur sa légalisation. Le fait d’être aujourd’hui très exposés à la mort dans les médias que ce soit dans des programmes d’actualité ou de divertissement peut nous accabler et nous rendre insensibles à la gravité de la mort et finalement nous porter à considérer la possibilité de nous l’infliger.

Par leur traitement du sujet de l’euthanasie, les médias de masse ont causé une grande confusion dans la population et ont parfois été trompeurs dans leur portrait de la souffrance et de la compassion humaines. La plupart des gens, qui pensent que l’euthanasie et le suicide assisté devraient être légalisés, n’ont pas considéré le problème dans sa complexité. Ils considèrent d’abord l’autonomie et le choix personnel. Ils pensent à la possibilité de devenir impotents et considèrent qu’une telle vie est indigne et sans valeur. Peut-être considèrent-ils les personnes sévèrement handicapées comme n’ayant aucune qualité de vie ? Notre dignité et notre qualité de vie ne viennent pas de nos capacités ou de nos incapacités. La dignité et la qualité de vie ne sont ni une question d’efficacité, ni une question de productivité. Elles viennent d’un lieu plus profond, celui de notre identité de personne et de notre capacité relationnelle.

Il y a des arguments non religieux solides contre l’euthanasie. En effet, légaliser l’euthanasie nuirait à la reconnaissance de la valeur intégrale et du respect pour la vie. Cela changerait la norme fondamentale que nous ne devrions pas nous tuer les uns les autres. La légalisation de l’euthanasie nuirait également aux deux institutions principales de notre société que sont le droit et la médecine. Notons que ces piliers de la société sont encore plus importants pour maintenir la valeur de respect pour la vie dans une société sécularisée que dans une société religieuse. Enfin, l’euthanasie nuirait à la confiance que la population voue à la pratique de la médecine rendant ainsi les soins de santé moins accessibles puisque plusieurs pourraient craindre d’aller chercher un traitement et se faire soigner dans un hôpital.

Notre société a perdu de vue le caractère sacré de la vie humaine. En tant que chrétiens catholiques, nous sommes profondément engagés dans la protection de la vie de ses premiers moments jusqu’à sa fin naturelle. Aujourd’hui, quand les gens parlent d’une « bonne mort », ils ont en tête la tentative de contrôler la fin de la vie, même si cela demande le suicide assisté par un médecin ou l’euthanasie. Pourtant, la notion chrétienne d’une bonne mort n’est pas la mort en tant qu’une bonne fin, mais une bonne transition, qui demande la foi, l’acceptation adéquate. Les dimensions du mystère pascal de la souffrance, de la mort, et de la résurrection sont souvent absentes de nos conversations et discussions sur la fin de vie.

Lorsque la vie n’est pas respectée, devrions-nous être surpris que les autres droits soient tôt ou tard menacés ? Les populations vieillissantes, surtout en occident, ayant comme conséquence une réduction importante de la population active, créent actuellement un motif économique à l’euthanasie. Comme le disait saint Jean-Paul II : « le droit de mourir conduira inévitablement à l’obligation de mourir. »

Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection et la recherche embryonnaires ne sont pas les motivations de ceux et celles qui les défendent ; bien que souvent ces motivations sont, en surface, compatissantes comme c’est le cas, par exemple, lorsqu’on prétend protéger un enfant non désiré, mettre fin à la peine et à la souffrance ou encore aider un enfant atteint d’une maladie mortelle. La terrible vérité, dans tous ces cas, c’est que les forts décident du destin des faibles. Des êtres humains deviennent des instruments dans les mains d’autres êtres humains.

Le Pape François a critiqué ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie pour les personnes qui souffrent de maladies douloureuses ou terminales. Il déclare que ces personnes répandent un « mensonge » en soutenant que les vies affectées par de telles maladies ne sont pas dignes d’être vécues. Dans son message annuel de la Journée Mondiale du Malade 2015, célébrée par l’Église Catholique le 11 février, le Pape François a critiqué l’expression « qualité de vie », souvent utilisée par ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie définissant ainsi la peine dont souffrent plusieurs malades qui pourraient choisir de terminer leur vie médicalement si la loi le permettait. Le Pape François fait cette critique dans une partie de son message dans lequel il souligne l’importance de passer du temps avec les malades. Le Pape demande d’abord à l’Esprit Saint de « nous donner la grâce de comprendre la valeur de l’accompagnement, si souvent silencieux, qui nous conduit à consacrer du temps à ces sœurs et à ces frères qui, grâce à notre proximité et à notre affection, se sentent davantage aimés et réconfortés ». Dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia, le Pape François écrit (no. 48) :

« L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades. »

Nous ne devrions jamais perdre de vue les atrocités faites contre les enfants à naître, les indicibles et rarement soulevées, peine et angoisse vécues par ceux et celles qui ont participé à un avortement. Pareillement, nous ne pouvons pas ignorer l’autre grand défi rencontré par l’humanité d’aujourd’hui – la question sérieuse du meurtre par compassion ou euthanasie, comme on le nomme parfois, et qui n’est plus seulement une question théorique ou abstraite. Elle est arrivée et a envahi nos vies. Ce problème frappe le centre même de notre identité et de notre croyance. Même quand ce n’est pas motivé par le refus d’être chargé de la vie de quelqu’un qui souffre, l’euthanasie doit être reconnue comme une fausse compassion ainsi qu’une miséricorde mal avisée. La vraie compassion nous amène à partager la peine de l’un et de l’autre, pas à tuer la personne dont nous ne pouvons pas supporter la souffrance. La meilleure façon de savoir si nous sommes encore une société chrétienne c’est d’examiner la façon dont nous traitons nos personnes les plus vulnérables, celles qui ont très peu ou aucune attention publique, celles qui n’ont ni beauté, ni force, ni intelligence.

L’Église Catholique Romaine détient une éthique cohérente de la vie. Elle offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité, et la dignité de la personne humaine. Cependant, l’opposition à l’avortement et à l’euthanasie n’excuse pas l’indifférence envers ceux et celles qui souffrent de la pauvreté, de la violence, et de l’injustice. Toute pratique opposée à la vie elle-même, y compris toutes les sortes de meurtres, les génocides, l’avortement, l’euthanasie ou le suicide assisté, mais également toute violation de la dignité de la personne humaine, y compris la mutilation, les blessures infligées au corps ou à l’esprit, les tentatives de contraindre la volonté elle-même, quiconque insulte la dignité humaine y compris les conditions de vie moins qu’humaines, l’emprisonnement arbitraire, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic des femmes et des enfants, des conditions de travail honteuses où les gens sont traités comme des instruments de revenus plutôt que comme des personnes libres et responsables – toutes ces pratiques et beaucoup d’autres encore empoisonnent la société humaine. Dans les pays développés économiquement, les lois qui menacent la vie sont très répandues, et elles ont déjà façonnées les attitudes morales et les pratiques, contribuant ainsi à la propagation d’une mentalité antinataliste. De plus, de nombreuses tentatives sont faites afin d’exporter cette mentalité dans d’autres états en la présentant comme une sorte de progrès culturel.

Le suicide par euthanasie contredit la responsabilité fondamentale qui incombe à tous les êtres humains de se protéger les uns les autre, et d’améliorer la qualité de santé et de soin social que chaque vie humaine mérite, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. D’abord, la législation proposée par le gouvernement du Canada sur la mort assistée par un médecin menace les médecins, les infirmières et les infirmiers qui refuseraient de se conformer à perdre leurs emplois et pourrait provoquer la fermeture d’hôpitaux catholiques. Ensuite, les critères d’admissibilité du projet de loi fédéral n’apportent aucunes limites sur les façons dont le suicide assisté pourrait être proposé ou offert aux personnes vulnérables.

De plus, l’absence de protection du droit à la liberté de conscience au niveau fédéral pour les institutions et les professionnels de la santé qui refuseraient de participer au suicide assisté ou de référer vers un autre médecin signifierait que les régulateurs provinciaux pourraient établir des règlementations contradictoires qui résulteraient en une diminution du nombre de médecins et d’hôpitaux disponibles pour les Canadiens. Alors que notre système de santé requiert de plus en plus de ressources, le gouvernement fédéral ne devrait pas permettre des règlements qui pourraient faire diminuer le nombre de professionnels de santé conscients de leurs responsabilités professionnelles. Les lois qui feraient de la médecine un agent de mort sur demande constituent une violation claire de la sacrosainte obligation des fournisseurs de soins de santé de guérir ainsi que de la responsabilité des législateurs et des citoyens d’assurer et de fournir une protection pour tous, surtout pour ceux qui sont plus à risque.

Nous avons la responsabilité de combattre l’intrusion de l’euthanasie dans notre société – spécialement si nous comprenons notre obligation morale en tant que soignants des personnes ayant des incapacités, et notre obligation civique de protéger ceux et celles qui sont incapables d’exprimer leur volonté mais qui sont comme nous tous humains, vivants, et dignes de la protection de la loi. Il ne peut y avoir de vraie paix si la vie n’est pas défendue et promue de la conception à la mort naturelle, du berceau à la tombe.

(CNS photo/Paul Haring)

Cultiver l’ouverture à la vie

Une réflexion pour ceux et celles qui marchent pour la vie

De milliers de Canadiens vont se rencontrer de nouveau à Ottawa cette semaine pour « La Marche pour la Vie » en défense des êtres humains qui ne sont pas encore nés.  Être « pro-vie » de manière active c’est contribuer au renouvellement de la société à travers la promotion du bien. Il est impossible de répandre le bien commun sans toutefois affirmer et défendre le droit à la vie, droit sur lequel reposent et se fondent tous les droits inaliénables des individus et à partir duquel ils se développent. La vraie paix ne peut exister que lorsque la vie est défendue et promue.

L’avortement est, sans aucun doute, la blessure la plus grave infligée, non seulement sur les individus et leurs familles – qui sont sensées procurer un sanctuaire à la vie, mais aussi sur les sociétés et leur culture, par les mêmes personnes qui devraient être les agents promoteurs et les défenseurs de la société.  Pour ceux et celles qui disent que l’avortement est un gage de progrès pour la femme, un acquis ou un droit inaliénable, rien n’est plus faux.
 
Le centre du vrai développement

Dans son encyclique, Caritas in Veritate (La vérité dans la charité), le pape Benoît XVI vise clairement la dignité et le respect pour la vie humaine (#28):
L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. Quand une société s’oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l’homme. Si la sensibilité personnelle et sociale à l’accueil d’une nouvelle vie se perd, alors d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale se dessèchent. L’accueil de la vie trempe les énergies morales et nous rend capables de nous aider mutuellement. En cultivant l’ouverture à la vie, les peuples riches peuvent mieux percevoir les besoins de ceux qui sont pauvres, éviter d’employer d’importantes ressources économiques et intellectuelles pour satisfaire les désirs égoïstes de leurs citoyens et promouvoir, en revanche, des actions bénéfiques en vue d’une production moralement saine et solidaire, dans le respect du droit fondamental de tout peuple et de toute personne à la vie.
L’autre grand défi

Nous ne pouvons ignorer l’autre grand défi qu’affronte l’humanité aujourd’hui – la question sérieuse de la mort par compassion, que d’aucuns appellent parfois euthanasie, qui n’est plus présente dans des cas abstraits et des théories. Cette question concerne les gens ordinaires et est débattue, non seulement au Congrès, au Sénat ou au Parlement, mais aussi à table et dans les milieux scolaires. Les populations vieillissantes, notamment en Occident et les forces actives qui en résultent, sont désormais en train de créer une force qui propulse le marché vers l’euthanasie. Le Bienheureux Jean Paul II écrivait : « Le droit de mourir cèdera inévitablement au devoir de mourir. » La question touche l’essence de ce que l’on est et ce que l’on croit. L’euthanasie doit être appelée compassion erronée et mal-conseillée. La vraie compassion mène au partage de la souffrance de l’autre, et non pas à tuer la personne dont la souffrance nous est insupportable.
 
Icône vivante de l’Evangelium Vitae

Si pénible qu’ait pu devenir pour lui sa propre vie, le pape Jean-Paul II nous a enseigné que la vie est sacrée. Plutôt que de cacher ses infirmités, comme le font la plupart des personnalités choyées du public, le pape Jean-Paul II a laissé le monde entier voir ce qui lui arrivait.  Karol Wojtyla fut lui-même un témoin extraordinaire pour la vie, une icone vivante de l’Evangelium Vitae!  Par son dévouement, ses efforts héroïques, ses longues souffrances et sa mort, il a transmis la force du message de l’Évangile aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui.  Il nous apprenait à ne pas avoir peur. Il nous montrait à vivre, à aimer, à pardonner et à mourir. Il nous a enseigné à embrasser la croix aux heures les plus douloureuses de l’existence, en sachant que la croix n’est pas le dernier mot de Dieu.
Que ce nouveau Bienheureux intercède pour nous et pour tous ceux et celles qui souffrent dans leur corps et leur esprit. Puisse l’exemple de Jean-Paul II nous donner le désir, la force et le courage de protéger, défendre et promouvoir la dignité de la vie humaine.

Que signifie être «pro-vie » ?

Réflexion du père Thomas Rosica pour ceux et celles qui marchent pour la vie.

Des milliers de Nord Américains se rencontreront de nouveau à Washington, DC ces jours-ci pour défendre les êtres humains qui ne sont pas encore nés. 

Que signifie être «pro-vie » ?

Etre « pro-vie » de manière active c’est contribuer au renouvellement de la société à travers la promotion du bien. Il est impossible de répandre le bien commun sans toutefois affirmer et défendre le droit à la vie, droit sur lequel reposent et se fondent tous les droits inaliénables des individus et à partir duquel ils se développent. La vraie paix ne peut exister que lorsque la vie est défendue et promue.

Rappelons nous les paroles prophétiques de Paul VI: « Chaque crime contre la vie est une attaque contre la paix, spécialement si elle s’attaque à la conduite morale des personnes. Cependant, là où les droits des êtres humains sont vraiment professés et publiquement reconnus et défendus, la paix devient le climat jovial et opératif de la vie au sein de la société .» L’avortement est, sans aucun doute, la blessure la plus grave infligée, non seulement sur les individus et leurs familles – qui sont sensées fournir le sanctuaire de la vie, mais aussi sur les sociétés et leur culture, par les mêmes personnes qui devraient être les agents promoteurs et les défenseurs de la société. Nous ne devrons jamais perdre de vue les atrocités commises contre les êtres pas encore nés de même que ce qui n’est pas dit et qui est très rarement avoué de la souffrance et de l’agonie persistantes vécues par les personnes qui ont enduré des avortements.

Je connais la tragédie de l’avortement et les bonnes oeuvres de nombreuses personnes engagées dans le mouvement Pro-vie, qui s’acharnent pour prévenir cette tragédie. Toutefois, un focus sur l’avortement en tant qu’arbitre de ce qu’être pro-vie a considérablement condensé notre discours  national sur les valeurs morales sur la place publique. Les gens qui se disent catholiques fervents, qui croient avoir toujours raison, et qui sont aveuglés par leur propre zèle et leur bonté, ont arrêté de supporter la cause même que nous devons tous défendre avec chaque once d’énergie dans notre chair et nos os. Leur fureur vicie leurs efforts. [Read more…]

Le devoir et l’obligation d’être pro-vie

Réflexion du père  Thomas Rosica à la veille de la Marche nationale pour la vie

Cette semaine, en plus de notre travail régulier, l’équipe de Télévision Sel et Lumière est assez préoccupée par deux productions importantes : l’achèvement d’un documentaire de grande envergure qui a été filmé dans la chapelle historique du Séminaire de St. Peters, à London, en Ontario, et la couverture en direct du pèlerinage du Pape à Fatima, au Portugal. En même temps, un autre événement important aura lieu à Ottawa et dans plusieurs villes à travers le Canada : la 13ème marche annuelle, Marche Nationale pour la Vie, qui aura lieu le jeudi 13 mai à Ottawa, date qui marque la fête de Notre-Dame de Fatima.

Des milliers de Canadiens se rencontreront de nouveau sur la colline du Parlement et dans nombres de villes canadiennes, pour défendre les êtres humains qui ne sont pas encore nés. L’année dernière nous avons assuré la couverture de l’intégralité de la Marche d’Ottawa, et ce en dépit des pluies torrentielles et des intempéries. Cette année, je suis heureux d’envoyer une petite équipe de S+L pour capturer l’essence de cette journée importante. Rita Sawaya, nouvelle venue au sein de notre équipe de langue française, sera à la tête de cette équipe qui se joindra au groupe du père Mike Pace, sdb, de la paroisse salésienne St. Benedict.  Nous avons également alloué une partie de notre budget pour travailler en partenariat avec EWTN, pour la réalisation d’une messe spéciale en mémoire du décès du Cardinal John O’Connor, l’un des témoins exceptionnels de la vie. Nous avons aussi réalisé épisodes de notre série télévisée Perspectives, sur le thème de la vie, et avons diffusé des entrevues dans la série Témoin, en accueillant d’exceptionnels agents et témoins de la vie, du mariage et de la famille. L’effet de tels programmes dure bien plus qu’un jour, et constituent des instruments d’enseignement pour de nombreuses personnes au Canada, et au-delà de ses frontières.

Que signifie être «pro-vie » ?

Etre « pro-vie » de manière active c’est contribuer au renouvellement de la société à travers la promotion du bien. Il est impossible de répandre le bien commun sans toutefois affirmer et défendre le droit à la vie, droit sur lequel reposent et se fondent tous les droits inaliénables des individus et à partir duquel ils se développent. La vraie paix ne peut exister que lorsque la vie est défendue et promue. Rappelons nous les paroles prophétiques de Paul VI: « Chaque crime contre la vie est une attaque contre la paix, spécialement si elle s’attaque à la conduite morale des personnes…Cependant, là où les droits des êtres humains sont vraiment professés et publiquement reconnus et défendus, la paix devient le climat jovial et opératif de la vie au sein de la société .» [Read more…]