Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Avec humilité, mais avec force : le début d’un Temps nouveau

Pentecost Restout cropped

Solennité de la Pentecôte – dimanche 15 mai 2016

Actes 2,1-11

1 Corinthiens 12,3b-7.12-13

Jean 20,19-23

On connaît bien le récit d’Actes 2,1-10 – au matin de la Pentecôte les disciples de Jésus sont réunis dans l’attente et la prière. Cette nouvelle journée commence par l’explosion d’un tonnerre provenant du ciel, et par un vent violent. ‪L’histoire rappelle le grand vent qui planait sur les eaux dans le récit de la création de la Genèse. ‪Ce qui était d’abord entendu a ensuite été vu – des langues de feu [2,3]. ‪Le premier don de l’Esprit Saint est le don de la parole dans différentes langues.

La scène passe rapidement de l’intérieur de la salle supérieure, où les disciples sont réunis, au dehors de la maison, dans les rues de Jérusalem. ‪L’Évangile attirait déjà de grandes foules. ‪Dans les rues, « les Juifs venus de toutes les nations qui sont sous le ciel de vie à Jérusalem [2,5] » confrontent l’Église, et leur réaction initiale était l’égarement [2,6]. ‪Les « langues » dont on parle sont en effet les différentes langues de « chaque nation sous le ciel », puisque chaque étranger s’écrie: « Nous avons entendu, chacun de nous, dans notre langue maternelle [2,8]. »

L’énumération par Luc des nations – Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, la Judée et de Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et de Pamphylie, l’Egypte et les parties de la Libye appartenant à Cyrène, et les visiteurs Juifs et prosélytes venus de Rome [2,9-10], affirme très clairement qu’aucune nationalité n’est exclue de la proclamation de la Bonne Nouvelle. ‪Dans ces quelques lignes, Luc nous donne une histoire en miniature, de l’ensemble de la narrative des Actes des Apôtres.

Spiritualité chrétienne authentique

Le chapitre 8 de l’épître de Paul aux Romains traite des éléments de la spiritualité authentique [vv. 8-17]. ‪Plaire à Dieu constitue le but de la vie humaine à la fois par les Juifs et les chrétiens, mais cet objectif ne peut être atteint par ceux qui sont dominés par eux-mêmes (« dans la chair »). ‪Afin de plaire à Dieu, il faut être « dans l’Esprit », vivant « selon l’Esprit » [8,5].

D’après Paul, le baptême chrétien n’est pas seulement « dans l’Esprit », mais l’Esprit demeure dès lors en lui ou elle. ‪Paul insiste sur le fait que l’attachement au Christ n’est possible que par la « spiritualisation » des êtres humains.

Cet attachement n’est pas une simple identification superficielle avec la cause du Christ, ou même une expression de gratitude en reconnaissance pour ce qu’il avait fait pour l’humanité. Au contraire, le chrétien qui appartient au Christ est le seul habilité à « vivre pour Dieu » par l’influence vivifiante de son Esprit.

Sans l’Esprit, source de vitalité chrétienne, le « corps » humain serait comparable à un cadavre en raison de l’influence du péché, mais en union avec le Christ l’« esprit » humain vit, car le Saint-Esprit ressuscite les morts à la vie. L’Esprit ne donne pas seulement une nouvelle vie mais il établit aussi pour les êtres humains la relation de fils et de fille adoptifs, et d’héritier. C’est l’Esprit qui anime et stimule le/la chrétien/chrétienne pour en faire un/une enfant de Dieu. Le thème de la filiation dans l’épître aux Romains évoque la tentative de Paul pour décrire le nouveau statut des chrétiens par rapport à Dieu. Les chrétiens ont reçu l’Esprit (du Christ ou de Dieu), mais ce n’est pas un « esprit » dans le sens d’une disposition ou une mentalité qu’aurait un esclave. Animés par l’Esprit de Dieu, le chrétien ne peut pas avoir l’attitude d’un esclave, car l’Esprit libère. À travers l’Esprit, le chrétien proclame que Dieu est Père.

La Pentecôte dans l’évangile de Jean

La scène de l’évangile d’aujourd’hui se déroule la nuit de la première fête de Pâques. Les apparitions de Jésus aux disciples, sans ou avec Thomas [Jean 11,16 ; 14,15], ont des parallèles dans les autres évangiles, et ce, uniquement pour Jean 20,19-23 ; cf. Luc 24,36-39 ; Marc 16,14-18. Dans Jean, la première apparition du Seigneur ressuscité à ses disciples est à la fois intense et ciblée [20,19-23]. C’est le soir et les portes étaient verrouillées. Soucieux, les disciples sont barricadés à l’intérieur. Un monde suspect, hostile est fermement forcé vers l’extérieur. Jésus manque à l’appel. Soudain, le Ressuscité défie les portes verrouillées, les cœurs scellés, et la vision distordue et apparaît, tout simplement.

La rencontre avec le Seigneur ressuscité dans le récit de Jean marque le début humble et puissant d’une nouvelle ère : la peur se transforme en joie, la douleur devient paix et confiance ; la fuite et la cachette deviennent courage et mission. La division et la haine sont vaincues par le don de l’Esprit Saint – par l`amour de Dieu révélé en Jésus et sa puissance pour enlever le mal et le péché.

Jésus qui « souffle sur eux », comme nous le rappelle Genèse 2,7, où Dieu souffla sur le premier homme et lui donna la vie ; tout comme la vie d’Adam est venue de Dieu, la nouvelle vie spirituelle des disciples provient de Jésus. Cette action rappelle également la revivification des os desséchés dans Ézéchiel 37. Telle est la version de la Pentecôte de l’évangéliste Jean.

« La paix soit avec vous » est le salut et le don du Seigneur ressuscité. Le mot hébreu « shalom » signifie rétablir le sens absolu des choses. La paix biblique n’est pas uniquement un pacte qui permet une vie paisible, ou indique le contraire d’un temps de guerre. La paix se réfère plutôt au bien-être de l’existence quotidienne, à son état de vivre en harmonie avec la nature, avec soi-même et avec Dieu. Concrètement, cette paix désigne la bénédiction, le repos, l’honneur, la richesse, la santé et la vie. Le don de la paix, que Jésus a confiée à ses premiers disciples, devient une promesse et une prière partagée avec la communauté chrétienne.

La mission et le pouvoir de Jésus sont confiés aux mains pauvres, limitées et fragiles de ses apôtres. A travers le travail de l’Esprit Saint cette même mission se poursuit en eux, les munissant du pouvoir de pardonner les péchés, offrant la possibilité de la réconciliation et de l’intimité avec le Père.

Courageux annonciateurs de l’Evangile

L’Esprit Saint renouvela les Apôtres de l’intérieur, les revêtant d’une force qui leur donnerait le courage de sortir et proclamer courageusement que « Christ est mort et est ressuscité ! » Des pêcheurs craintifs de Galilée étaient devenus de courageux annonciateurs de l’Evangile. Même leurs ennemis n’arrivaient pas à comprendre comment « des hommes ordinaires et non-instruits » [Actes 4,13] ont pu faire preuve d’un tel courage et supporter les difficultés, la souffrance et la persécution avec joie. Rien ne pouvait les restreindre. Pour ceux qui ont essayé de leur imposer le silence, ils répondaient : « Nous ne pouvons pas nous empêcher de parler de ce que nous avons vu et entendu » [Actes 4,20]. Voilà comment est née l’Église, et à partir du jour de la Pentecôte, elle n’a pas cessé de répandre la Bonne Nouvelle « jusqu’aux confins de la terre » [Actes 1,8].

A la Pentecôte, le sens intégral de la vie de Jésus et de son message est répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui vit dans la communauté. Le mouvement de l’Esprit dans les gens se manifeste dans les dons et les talents. Ce mouvement n’arrive pas à sa fin dans les individus. Il est plutôt censé entraîné une réaction en chaîne pour que nos capacités uniques puissent promouvoir le bien commun. Les dons de l’Esprit sont nombreux : l’enseignement, l’instruction, la guérir, la consolation, le pardon, et l’encouragement. L’Esprit va multiplier nos dons jusqu’a ce que nous aimions Jésus et nos frères et sœurs, observions les commandements et partagions ce que nous avons reçu si généreusement et librement avec les autres.

L’espérance chrétienne : un don de l’Esprit

L’espérance chrétienne est l’une des vraies manifestations de l’Esprit à la Pentecôte. Pour un monde sans nuance où tout doit être dit en moins de 140 caractères, l’espoir signifie en général que nous nous faisons croire que tout va s’arranger. Nous utilisons le mot espoir à la légère et à un prix avantageux. Ce n’est pas l’espérance des chrétiens. Nous devons être des icônes de l’espoir, un peuple avec une nouvelle vision, un peuple qui apprend à voir le monde à travers les lentilles du Christ, de l’Esprit et de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a encouragé les chrétiens à lire les signes des temps, et pour le pape Jean XXIII, ils étaient des signes d’espérance et une préfiguration de la présence du Royaume parmi nous. Le Royaume se manifeste à travers les dons de l’Esprit Saint : la sagesse, la compréhension, le conseil, le courage, la connaissance, la piété et la crainte du Seigneur. Et les fruits de l’Esprit rendent le Royaume palpable et l’on peut aussi en avoir en avant-goût : joie, paix, patience, bonté, bienveillance, souffrance prolongée, douceur, foi, modestie, continence, et chasteté.

Il est également possible de suivre une via negativa et dire où le Royaume n’est pas. Là où il n’y a ni justice, ni paix, partage, confiance mutuelle, ni pardon, il n’y a pas de royaume. Là où il y a rancune, jalousie, méfiance, haine, ignorance, indifférence, impudicité, cynisme, il n’y a pas de royaume, et certainement pas de vie.

En Dieu-même, tout est joie

Une deuxième manifestation de l’Esprit à la Pentecôte, c’est la joie. La Lettre apostolique du pape Paul VI en 1975 sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino », décrit cette joie :

Que les membres agités de divers groupes rejettent donc les excès de la critique systématique et destructrice ! Sans perdre le point de vue réaliste, que les communautés chrétiennes deviennent des centres d’optimisme, où tous les membres résolument entreprennent de percevoir l’aspect positif des personnes et des événements. « L’amour ne se réjouit pas du mal mais se réjouit avec la vérité. Il n’y a pas de limite au fruit de l’amour, à sa confiance, son espérance, sa capacité à supporter.

La réalisation d’une telle perspective n’est pas seulement une question de psychologie. Elle est aussi un fruit de l’Esprit Saint. Cet Esprit, qui habite pleinement en la personne de Jésus, l’a rendu tant alerte aux joies de la vie quotidienne, tant délicate et persuasive pour remettre pécheurs sur la voie d’une nouvelle jeunesse de cœur et d’esprit ! C’est ce même Esprit qui a animé la Sainte Vierge et chacun des saints. C’est ce même Esprit qui continue à donner à tant de chrétiens la joie de vivre au jour le jour leur vocation particulière, dans la paix et l’espoir qui dépassent les échecs et les souffrances. C’est l’Esprit de Pentecôte qui, aujourd’hui, conduit de très nombreux adeptes du Christ sur les chemins de la prière, dans la joie de louange filiale, vers le service humble et joyeux des déshérités et de ceux qui se trouvent en marge de la société. Car la joie ne peut être dissociée du partage. En Dieu, tout est joie parce que tout est don.


(Image: Pentecôte par Jean Restout)

Libérez les dons de l’Esprit !

pentecoteLa théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché. [Read more…]