Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte en la Place Saint-Pierre:

Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.

Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.

Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Ce sont les soi-disant ‘‘gardiens de la vérité’’. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.

Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.

L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et du pardon donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

[00862-FR.02] [Texte original: Italien]

Voir l’Église à travers les lentilles de la Pentecôte

Solennité de la Pentecôte – dimanche 4 juin 2017

Actes 2,1-11
1 Corinthiens 12,3b-7.12-13
Jean 20,19-23

La Pentecôte est le cinquantième jour; elle marque le point de départ de la mission universelle de l’Église, mission qui surmonte les obstacles humains et répond à l’énergie de l’Esprit. Le puissant souffle de Dieu et le feu de la présence de l’Esprit enveloppent le groupe des disciples réunis en prière au Cénacle autour de Marie, Mère du Seigneur.

Le récit de la Pentecôte par Luc dans la première lecture tirée des Actes (2, 1-13) comprend une introduction, un discours attribué à Pierre qui proclame la résurrection de Jésus et son sens messianique (2, 14-36) et la réaction favorable du public (2, 37-41). Les Douze n’auraient pas pu, au début, proclamer publiquement la fonction messianique de Jésus sans encourir immédiatement les représailles des autorités religieuses de Jérusalem, qui avaient provoqué l’exécution de Jésus afin d’étouffer le mouvement d’appui qu’il suscitait.

Le Psaume 104 nous rappelle que l’Esprit Saint, ce souffle de Dieu que reçoivent les chrétiens, est le même Esprit qui soutient le constant renouvellement de toute la création.

La théologie des charismes chez Paul

Dans la deuxième lecture d’aujourd’hui (I Co 12, 3b-7.12-13), saint Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que les différents dons de l’Esprit répondent à un but précis : un service à rendre pour le bien de tous. Ces dons ne sont pas à eux-mêmes leur propre fin. Les chrétiens sont appelés à instaurer une unité qui réunisse en Jésus Christ tous les peuples, toutes les religions et tous les états de vie.

L’activité extatique et charismatique était courante aux premiers temps de l’Église, comme chez d’autres religions anciennes. Mais les Corinthiens semblent avoir développé un respect exagéré pour certains phénomènes, notamment la glossolalie (parler en langues), au détriment du bon ordre de la célébration liturgique. Paul rappelle aux Corinthiens que les phénomènes d’extase doivent être jugés à leurs effets. Le pouvoir de confesser la seigneurie de Jésus ne peut venir que de l’Esprit et il est inconcevable que l’Esprit pousse quelqu’un à maudire le Seigneur. Nous apprenons que tous les charismes ont certains traits communs, malgré leur diversité : ils sont tous des dons (charísmata), des grâces qui nous viennent de l’extérieur; ils sont tous des fonctions, formes de service (diakoníai) qui expriment leur but et leur efficacité; et ils sont tous des activités (energémata) dans lesquelles c’est Dieu qui est à l’œuvre. Paul associe à chacun de ces aspects l’une des entités dont la théologie fera plus tard les personnes de la Trinité : exemple précoce d’ « appropriation ».

L’image du corps (v. 12-26) est introduite pour expliquer la relation entre le Christ et les croyants (v. 12). Paul applique ce modèle à l’Église : par le baptême, tous les fidèles, en dépit de la diversité de leurs origines ethniques ou sociales, sont intégrés à un seul et même organisme. Le texte développe alors le besoin de la diversité des fonctions entre les membres du corps sans que soit menacée leur unité.

Il souffla sur eux

L’Évangile de Jean (19, 20-23) décrit d’une autre façon le don de l’Esprit aux apôtres : Jésus ressuscité souffle sur les apôtres pour leur conférer l’Esprit Saint. La puissance de l’Esprit autorise les apôtres à pardonner les péchés et à les retenir; elle leur en donne même le pouvoir. Jésus envoie officiellement ses apôtres dans le monde entier, de la même façon qu’il a lui-même été envoyé dans le monde par son Père. Le souffle de Jésus sur les apôtres rassemblés au Cénacle rappelle le texte de Genèse 2,6, quand Dieu souffla sur le premier homme pour lui donner la vie; la vie d’Adam lui vint de Dieu, la nouvelle vie spirituelle vient aux disciples de Jésus.

Les lentilles de la Pentecôte

Dans mon travail à la chaîne de télévision Sel et Lumière, au Canada, j’ai dû apprendre rapidement le métier de la télédiffusion et l’abc du cinéma. Un aspect important de la télévision tient au travail compliqué des caméras « en coulisses ». Du gros plan au grand-angle, la prise de vues fait toute la différence pour le tournage et la narration. Si on utilise trop de gros plans, on perd de vue l’ensemble de la scène; si on abuse de l’objectif grand-angle en négligeant les détails, ça ne passe pas à la télé. Une prise de vues efficace devra combiner les plans d’ensemble au grand-angulaire, les plans rapprochés superficiels et les gros plans qui focalisent sur un détail et qui souvent fournissent la profondeur nécessaire pour comprendre l’image comme tout.

J’aimerais proposer ici trois lentilles à travers lesquelles contempler la fête d’aujourd’hui : 1) le grand-angle qui embrasse notre appartenance à l’Église; 2) une lentille intermédiaire qui fixe les idéologies à l’œuvre aujourd’hui dans l’Église et 3) un zoom qui aiguise notre espérance, la grande manifestation de l’Esprit Saint dans l’Église.

« Sentire cum ecclesia »

On voit dans la Pentecôte la naissance de l’Église. Notre consécration baptismale au service du Christ ne peut se séparer d’une consécration au service de l’Église. L’un des grands thèmes de la pensée de saint Ignace de Loyola, c’est son exhortation à sentire cum ecclesia, à « penser avec l’Église ». Sentire cum ecclesia signifie aussi sympathiser avec l’Église et aimer l’Église. La Pentecôte nous invite, encore une fois, à marcher avec l’Église, à respirer avec l’Église, à espérer avec l’Église, à sentir avec l’Église, « sentire cum ecclesia ». Que veut dire l’Église pour moi, personnellement ? Quel est mon rapport personnel à l’Église ? Est-ce que j’aime l’Église ? Est-ce que je me sens aimé/e par l’Église ?

Dépasser l’idéologie

Fondu enchaîné : passons de cette vue panoramique de l’Église à un regard plus rapproché sur notre contexte ecclésial aujourd’hui. À l’heure qu’il est, certains d’entre nous semblent empêtrés dans les conflits idéologiques qui ont suivi le Deuxième Concile du Vatican. Peut-être sommes-nous prisonniers des catégories qui opposent la gauche à la droite; le traditionalisme à l’avant-garde; le masculin au féminin; la hiérarchie à l’autonomie des laïcs; le prophétique au statique. Nos fixations et nos polarisations inter-ecclésiales et intercommunautaires d’un bord à l’autre du spectre ecclésial peuvent nous distraire d’aborder avec la profondeur et le discernement voulus les problèmes qui se posent à nous aujourd’hui. Ce qui en nous n’est pas purifié et transformé, nous le transmettons à la prochaine génération. Quand nous cédons dans le discours ecclésial au cynisme et au désespoir, à la mesquinerie, à l’étroitesse de vues et à la dureté, nous trahissons notre identité la plus profonde de porteurs de joie, d’espérance et de vérité. La joie est-elle présente dans notre témoignage chrétien ? Qu’est-ce qui m’empêche, sur le plan personnel et sur le plan communautaire, de donner un solide et joyeux témoignage sur Jésus Christ, la foi catholique et l’Église ?

L’espérance, manifestation de l’Esprit

Enfin, gros plan sur l’espérance, manifestation authentique de l’Esprit à la Pentecôte. N’est-il pas vrai que, dans l’Église d’aujourd’hui, plusieurs d’entre nous se sentent emportés par une crue soudaine, inattendue, déferlement destructeur et désespérant ? La flamme semble s’être éteinte et notre rayonnement a terriblement diminué. Les médias exercent une forte influence sur la pensée, les attitudes et la foi des gens. La crue éclair tombe sur nous avec une force incroyable. Certains regardent notre situation actuelle d’un œil très pessimiste et sombrent dans le découragement, la dépression, le cynisme même. Peut-être avons-nous choisi de voir les choses à partir des données de la sociologie, de la psychologie, des sondages et des pronostics, des blogues et des messages laconiques de Twitter… et nous prévoyons un avenir inévitable, sombre et consternant, pratiquement déterminé par les forces démographiques, sociales et économiques. Dans l’univers des clips sonores, espérer, c’est généralement se faire croire à soi-même que tout finira par s’arranger. Nous utilisons à la légère les mots « espoir » et « espérer ». Ce n’est pas là l’espérance des chrétiens. Nous devons être des icônes de l’espérance, un peuple animé d’une vision nouvelle, un peuple qui apprend à voir le monde à travers les lentilles du Christ, de l’Esprit et de l’Église.

Signes des temps et signes d’espérance

Le Deuxième Concile du Vatican a incité les chrétiens à lire les signes des temps et, pour le pape Jean XXIII, les signes des temps étaient des signes d’espérance qui nous faisaient entrevoir la présence du Royaume parmi nous. Le Royaume n’est pas de ce monde et on ne peut le situer à tel ou tel endroit mais, quoiqu’encore à venir, il est déjà là, porté par l’Eucharistie qui est le modèle à reproduire dans toute la société. Le Royaume se manifeste à travers les dons de l’Esprit Saint : la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la connaissance, la piété et la crainte du Seigneur. Et les fruits de l’Esprit rendent le Royaume attrayant et savoureux : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la patience, la douceur, la confiance, la modestie, la continence et la chasteté.

On peut aussi suivre une voie négative et dire où ne se trouve pas le Royaume. Là où il n’y a pas de justice, de paix, de partage, de confiance mutuelle, de pardon, il n’y a pas de Royaume. Là où règnent la rancœur, l’envie, la suspicion, la haine, l’ignorance, l’indifférence, l’impureté, le cynisme, il n’y a pas de Royaume et il n’y a certainement pas de vie.

« Duc in altum ! »

On ne peut peser la vie de foi et jauger la vitalité de l’Église uniquement à parti d’indicateurs démographiques ou sociologiques, de chiffres, de sondages et de statistiques extérieures, si utiles qu’ils soient par ailleurs. Le feu de la Pentecôte nous invite à redécouvrir la profondeur, la beauté et l’ampleur de la mission de l’Église. Ce qu’il faut à ceux et celles qui imaginent et édifient l’Église, c’est de penser grand et de jeter leurs filets au large. « Duc in altum ! » Il nous faut modeler notre vision sur la ferme conviction de la victoire de la Croix et du triomphe de Jésus Christ sur le péché et la mort. Les individus et les communautés qui n’ont pas de vision et une Église dépourvue de mission ressemblent à une personne qui n’aurait ni parents ni amis. À moins de nous dépasser, nous resterons des personnalités incomplètes, immatures. Quand l’Esprit habitera vraiment en nous, nous recevrons la grâce de la créativité, de l’imagination et de l’espérance.

La promesse de la présence de l’Esprit

Quel est le signe le plus profond et le plus sûr de la présence de l’Esprit Saint dans notre monde et dans l’Église aujourd’hui ? Réponse: la joie. Là où se trouve la joie, vous pouvez être sûrs que l’Esprit est pour quelque chose dans ce cadeau précieux. Saint Augustin, le plus grand mélomane chez les Pères de l’Église, évoque en ces termes mémorables l’expérience de cette joie-là :

Quand les gens doivent travailler dur, ils entonnent des chansons dont les paroles expriment leur joie. Mais quand la joie déborde et que les mots ne suffisent plus, ils renoncent à la logique et s’abandonnent à la joie du son. Qu’est-ce que cette jubilation ? Qu’est-ce que ce chant d’exultation ? C’est la mélodie qui signifie que nos cœurs débordent de sentiments qui n’arrivent plus à s’exprimer. Et à qui appartient sûrement toute cette jubilation ? À Dieu, sans doute, lui qui est l’inexprimable : quand les mots ne viennent pas et qu’on ne peut plus se taire, que faire d’autre que de laisser monter vers lui la mélodie ? C’est le chant de l’Esprit Saint.

En cette grande fête de la naissance de l’Église, revoyons toute la réalité de l’Église : du grand-angle de son immensité et de sa beauté passons à un plan rapproché sur son aspect complexe et parfois turbulent et concentrons enfin notre regard sur l’espérance, une des manifestations les plus profondes de l’Esprit vivant dans l’Église. Ce faisant, nous pourrons nous émerveiller encore une fois de la miséricorde et de la générosité de Dieu et rendre grâces au Seigneur qui continue de nous appeler à la fidélité et à la joie.

Viens, Esprit Saint, remplis les cœurs de tes fidèles,
et rallume en eux le feu de ton amour !
Fais de nous les témoins joyeux de ton espérance dans l’Église !
Donne-nous de dépasser les idéologies qui nous divisent et nous aveuglent.
Seigneur, envoie-nous ton Esprit, et renouvelle la face de la terre…
la face de notre Église, la face de nos communautés locales,
renouvelle nos visages et nos cœurs. Amen.

Les Sept dernières paroles du Christ: 6e réflexion de carême

Sixième parole
« Tout est accompli. »
Jean 19, 29-30

  1. Quel est le sens plénier du mot « accompli » dans le contexte du récit de la Passion de Jean ?
  2. Pour l’évangéliste Jean, pourquoi le Vendredi Saint est-il une première Pentecôte ?
  3. Lorsque nous xons notre regard sur Jésus cruci é, que voyons-nous ?
  4. Est-ce qu’une personne dans notre vie fut un point d’ancrage pour nous ?
  5. « La mort ne peut empêcher les personnes importantes dans nos vies de devenir des points d’ancrage pour nous ». Est-ce qu’une personne aimée défunte fut un point d’ancrage pour moi ?
  6. Le Vendredi Saint, pourquoi prions-nous pour nos frères et sœurs d’autres confessions religieuses ?

Avec humilité, mais avec force : le début d’un Temps nouveau

Pentecost Restout cropped

Solennité de la Pentecôte – dimanche 15 mai 2016

Actes 2,1-11

1 Corinthiens 12,3b-7.12-13

Jean 20,19-23

On connaît bien le récit d’Actes 2,1-10 – au matin de la Pentecôte les disciples de Jésus sont réunis dans l’attente et la prière. Cette nouvelle journée commence par l’explosion d’un tonnerre provenant du ciel, et par un vent violent. ‪L’histoire rappelle le grand vent qui planait sur les eaux dans le récit de la création de la Genèse. ‪Ce qui était d’abord entendu a ensuite été vu – des langues de feu [2,3]. ‪Le premier don de l’Esprit Saint est le don de la parole dans différentes langues.

La scène passe rapidement de l’intérieur de la salle supérieure, où les disciples sont réunis, au dehors de la maison, dans les rues de Jérusalem. ‪L’Évangile attirait déjà de grandes foules. ‪Dans les rues, « les Juifs venus de toutes les nations qui sont sous le ciel de vie à Jérusalem [2,5] » confrontent l’Église, et leur réaction initiale était l’égarement [2,6]. ‪Les « langues » dont on parle sont en effet les différentes langues de « chaque nation sous le ciel », puisque chaque étranger s’écrie: « Nous avons entendu, chacun de nous, dans notre langue maternelle [2,8]. »

L’énumération par Luc des nations – Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, la Judée et de Cappadoce, le Pont et l’Asie, la Phrygie et de Pamphylie, l’Egypte et les parties de la Libye appartenant à Cyrène, et les visiteurs Juifs et prosélytes venus de Rome [2,9-10], affirme très clairement qu’aucune nationalité n’est exclue de la proclamation de la Bonne Nouvelle. ‪Dans ces quelques lignes, Luc nous donne une histoire en miniature, de l’ensemble de la narrative des Actes des Apôtres.

Spiritualité chrétienne authentique

Le chapitre 8 de l’épître de Paul aux Romains traite des éléments de la spiritualité authentique [vv. 8-17]. ‪Plaire à Dieu constitue le but de la vie humaine à la fois par les Juifs et les chrétiens, mais cet objectif ne peut être atteint par ceux qui sont dominés par eux-mêmes (« dans la chair »). ‪Afin de plaire à Dieu, il faut être « dans l’Esprit », vivant « selon l’Esprit » [8,5].

D’après Paul, le baptême chrétien n’est pas seulement « dans l’Esprit », mais l’Esprit demeure dès lors en lui ou elle. ‪Paul insiste sur le fait que l’attachement au Christ n’est possible que par la « spiritualisation » des êtres humains.

Cet attachement n’est pas une simple identification superficielle avec la cause du Christ, ou même une expression de gratitude en reconnaissance pour ce qu’il avait fait pour l’humanité. Au contraire, le chrétien qui appartient au Christ est le seul habilité à « vivre pour Dieu » par l’influence vivifiante de son Esprit.

Sans l’Esprit, source de vitalité chrétienne, le « corps » humain serait comparable à un cadavre en raison de l’influence du péché, mais en union avec le Christ l’« esprit » humain vit, car le Saint-Esprit ressuscite les morts à la vie. L’Esprit ne donne pas seulement une nouvelle vie mais il établit aussi pour les êtres humains la relation de fils et de fille adoptifs, et d’héritier. C’est l’Esprit qui anime et stimule le/la chrétien/chrétienne pour en faire un/une enfant de Dieu. Le thème de la filiation dans l’épître aux Romains évoque la tentative de Paul pour décrire le nouveau statut des chrétiens par rapport à Dieu. Les chrétiens ont reçu l’Esprit (du Christ ou de Dieu), mais ce n’est pas un « esprit » dans le sens d’une disposition ou une mentalité qu’aurait un esclave. Animés par l’Esprit de Dieu, le chrétien ne peut pas avoir l’attitude d’un esclave, car l’Esprit libère. À travers l’Esprit, le chrétien proclame que Dieu est Père.

La Pentecôte dans l’évangile de Jean

La scène de l’évangile d’aujourd’hui se déroule la nuit de la première fête de Pâques. Les apparitions de Jésus aux disciples, sans ou avec Thomas [Jean 11,16 ; 14,15], ont des parallèles dans les autres évangiles, et ce, uniquement pour Jean 20,19-23 ; cf. Luc 24,36-39 ; Marc 16,14-18. Dans Jean, la première apparition du Seigneur ressuscité à ses disciples est à la fois intense et ciblée [20,19-23]. C’est le soir et les portes étaient verrouillées. Soucieux, les disciples sont barricadés à l’intérieur. Un monde suspect, hostile est fermement forcé vers l’extérieur. Jésus manque à l’appel. Soudain, le Ressuscité défie les portes verrouillées, les cœurs scellés, et la vision distordue et apparaît, tout simplement.

La rencontre avec le Seigneur ressuscité dans le récit de Jean marque le début humble et puissant d’une nouvelle ère : la peur se transforme en joie, la douleur devient paix et confiance ; la fuite et la cachette deviennent courage et mission. La division et la haine sont vaincues par le don de l’Esprit Saint – par l`amour de Dieu révélé en Jésus et sa puissance pour enlever le mal et le péché.

Jésus qui « souffle sur eux », comme nous le rappelle Genèse 2,7, où Dieu souffla sur le premier homme et lui donna la vie ; tout comme la vie d’Adam est venue de Dieu, la nouvelle vie spirituelle des disciples provient de Jésus. Cette action rappelle également la revivification des os desséchés dans Ézéchiel 37. Telle est la version de la Pentecôte de l’évangéliste Jean.

« La paix soit avec vous » est le salut et le don du Seigneur ressuscité. Le mot hébreu « shalom » signifie rétablir le sens absolu des choses. La paix biblique n’est pas uniquement un pacte qui permet une vie paisible, ou indique le contraire d’un temps de guerre. La paix se réfère plutôt au bien-être de l’existence quotidienne, à son état de vivre en harmonie avec la nature, avec soi-même et avec Dieu. Concrètement, cette paix désigne la bénédiction, le repos, l’honneur, la richesse, la santé et la vie. Le don de la paix, que Jésus a confiée à ses premiers disciples, devient une promesse et une prière partagée avec la communauté chrétienne.

La mission et le pouvoir de Jésus sont confiés aux mains pauvres, limitées et fragiles de ses apôtres. A travers le travail de l’Esprit Saint cette même mission se poursuit en eux, les munissant du pouvoir de pardonner les péchés, offrant la possibilité de la réconciliation et de l’intimité avec le Père.

Courageux annonciateurs de l’Evangile

L’Esprit Saint renouvela les Apôtres de l’intérieur, les revêtant d’une force qui leur donnerait le courage de sortir et proclamer courageusement que « Christ est mort et est ressuscité ! » Des pêcheurs craintifs de Galilée étaient devenus de courageux annonciateurs de l’Evangile. Même leurs ennemis n’arrivaient pas à comprendre comment « des hommes ordinaires et non-instruits » [Actes 4,13] ont pu faire preuve d’un tel courage et supporter les difficultés, la souffrance et la persécution avec joie. Rien ne pouvait les restreindre. Pour ceux qui ont essayé de leur imposer le silence, ils répondaient : « Nous ne pouvons pas nous empêcher de parler de ce que nous avons vu et entendu » [Actes 4,20]. Voilà comment est née l’Église, et à partir du jour de la Pentecôte, elle n’a pas cessé de répandre la Bonne Nouvelle « jusqu’aux confins de la terre » [Actes 1,8].

A la Pentecôte, le sens intégral de la vie de Jésus et de son message est répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui vit dans la communauté. Le mouvement de l’Esprit dans les gens se manifeste dans les dons et les talents. Ce mouvement n’arrive pas à sa fin dans les individus. Il est plutôt censé entraîné une réaction en chaîne pour que nos capacités uniques puissent promouvoir le bien commun. Les dons de l’Esprit sont nombreux : l’enseignement, l’instruction, la guérir, la consolation, le pardon, et l’encouragement. L’Esprit va multiplier nos dons jusqu’a ce que nous aimions Jésus et nos frères et sœurs, observions les commandements et partagions ce que nous avons reçu si généreusement et librement avec les autres.

L’espérance chrétienne : un don de l’Esprit

L’espérance chrétienne est l’une des vraies manifestations de l’Esprit à la Pentecôte. Pour un monde sans nuance où tout doit être dit en moins de 140 caractères, l’espoir signifie en général que nous nous faisons croire que tout va s’arranger. Nous utilisons le mot espoir à la légère et à un prix avantageux. Ce n’est pas l’espérance des chrétiens. Nous devons être des icônes de l’espoir, un peuple avec une nouvelle vision, un peuple qui apprend à voir le monde à travers les lentilles du Christ, de l’Esprit et de l’Eglise.

Le Concile Vatican II a encouragé les chrétiens à lire les signes des temps, et pour le pape Jean XXIII, ils étaient des signes d’espérance et une préfiguration de la présence du Royaume parmi nous. Le Royaume se manifeste à travers les dons de l’Esprit Saint : la sagesse, la compréhension, le conseil, le courage, la connaissance, la piété et la crainte du Seigneur. Et les fruits de l’Esprit rendent le Royaume palpable et l’on peut aussi en avoir en avant-goût : joie, paix, patience, bonté, bienveillance, souffrance prolongée, douceur, foi, modestie, continence, et chasteté.

Il est également possible de suivre une via negativa et dire où le Royaume n’est pas. Là où il n’y a ni justice, ni paix, partage, confiance mutuelle, ni pardon, il n’y a pas de royaume. Là où il y a rancune, jalousie, méfiance, haine, ignorance, indifférence, impudicité, cynisme, il n’y a pas de royaume, et certainement pas de vie.

En Dieu-même, tout est joie

Une deuxième manifestation de l’Esprit à la Pentecôte, c’est la joie. La Lettre apostolique du pape Paul VI en 1975 sur la joie chrétienne « Gaudete in Domino », décrit cette joie :

Que les membres agités de divers groupes rejettent donc les excès de la critique systématique et destructrice ! Sans perdre le point de vue réaliste, que les communautés chrétiennes deviennent des centres d’optimisme, où tous les membres résolument entreprennent de percevoir l’aspect positif des personnes et des événements. « L’amour ne se réjouit pas du mal mais se réjouit avec la vérité. Il n’y a pas de limite au fruit de l’amour, à sa confiance, son espérance, sa capacité à supporter.

La réalisation d’une telle perspective n’est pas seulement une question de psychologie. Elle est aussi un fruit de l’Esprit Saint. Cet Esprit, qui habite pleinement en la personne de Jésus, l’a rendu tant alerte aux joies de la vie quotidienne, tant délicate et persuasive pour remettre pécheurs sur la voie d’une nouvelle jeunesse de cœur et d’esprit ! C’est ce même Esprit qui a animé la Sainte Vierge et chacun des saints. C’est ce même Esprit qui continue à donner à tant de chrétiens la joie de vivre au jour le jour leur vocation particulière, dans la paix et l’espoir qui dépassent les échecs et les souffrances. C’est l’Esprit de Pentecôte qui, aujourd’hui, conduit de très nombreux adeptes du Christ sur les chemins de la prière, dans la joie de louange filiale, vers le service humble et joyeux des déshérités et de ceux qui se trouvent en marge de la société. Car la joie ne peut être dissociée du partage. En Dieu, tout est joie parce que tout est don.


(Image: Pentecôte par Jean Restout)

Libérez les dons de l’Esprit !

pentecoteLa théologie chrétienne du Saint-Esprit est enracinée dans le judaïsme. Le terme Esprit est traduit par le mot hébreu (ruah) et même dans sa prononciation nous détectons le vent et la respiration de Dieu.  Le vent de Dieu, la respiration de Dieu sont des chemins qui se référent à la présence de Dieu. L’expression « Saint-Esprit » est utilisée seulement sept fois dans l’Ancien Testament, tandis que les termes « Esprit de Dieu » ou « Esprit du Seigneur » reviennent 67 fois dans les écritures hébraïques. Dans la première ligne du livre de la Genèse  1,1, l’Esprit de Dieu planait sur les premières eaux attendant le moment opportun de mettre de l’ordre dans ce chaos.

Jésus lui-même utilise l’image sensorielle du vent lors de sa conversation mystérieuse et nocturne avec Nicodème. Il parle au sujet de l’Esprit comme le vent qui souffle où il veut (cf. Jean 3). C’est aussi la première fonction de l’Esprit dans les Écritures : être la présence mystérieuse de Dieu dans l’histoire,  non réductible à la logique humaine ou terrestre.

La deuxième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est de mettre les choses en ordre. Le récit de la création de la Genèse (chapitre 1) révèle un Esprit descendant sur ce monde sans forme et sa descente produit le miracle de la création, la transformation du chaos en cosmos, du désordre en ordre, de l’anonymat en communauté.

La troisième fonction de l’Esprit dans l’Ancien Testament est donneuse de vie. Nous lisons dans Genèse 2,7: « Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Comme résultat de cette respiration divine, la créature humaine est transformée en un être vivant, pas pour être simplement une créature mais un partenaire fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, avec qui et à qui Dieu parle et confie la responsabilité pour le monde.

La quatrième fonction du Saint-Esprit est d’être guide. Nous lisons dans Isaïe 11 « sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et crainte du Seigneur. ». La crainte du Seigneur n’est pas quelque chose  qui fait peur aux personnes mais peut être comprise comme notre capacité de s’exclamer « wow! » « merveilleux! » devant l’œuvre et la création de Dieu.

La cinquième fonction de l’Esprit est de guérir, exprimée si puissamment dans la prophétie d’Ézéchiel, 36, 26-27: «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements et vous y serez fidèles»  L’Esprit entre, recrée, restaure la santé et terrasse le péché. [Read more…]