Jésus le beau et noble berger

Quatrième dimanche de Pâques, Année B – 22 avril 2018

Dans la Bible et l’ancien Proche Orient, «berger» était un titre politique qui sous-entendait l’obligation des rois à s’occuper de leurs sujets. Ce titre dénote le souci total et le dévouement aux autres. S’occuper d’un troupeau était l’un des éléments importants de l’économie palestinienne au temps de la bible. Dans l’ancien testament, Dieu est appelé le Berger d’Israël qui va devant le troupeau (Ps 67, 7), le guide (Ps 22, 3), le mène vers la nourriture et l’eau (Ps 22, 2), le protège (Ps 22, 4) et porte ses petits (Is 40, 11). Imprégnant ainsi la piété des croyants, la métaphore démontre que tout le peuple est sous la protection de Dieu.

L’auteur du psaume 22 nous parle du Seigneur comme son berger. L’image du berger comme hôte se trouve aussi dans ce psaume que nous chérissons. Berger et hôte sont deux images avec le désert en arrière-plan car le protecteur des brebis est aussi le protecteur des voyageurs du désert, celui qui offre l’hospitalité et la sécurité face aux ennemis. La baguette, un peu comme un fouet, sert à se défendre contre les animaux sauvages alors que le bâton est un instrument de support. Ils symbolisent le souci et la loyauté.

Le Nouveau Testament ne juge pas les bergers autrement : ils connaissent leurs brebis (Jn 10,3), cherchent celle qui s’est égarée (Lc 15, 4ss.), et sont prêts à risquer leur vie pour leur troupeau (Jn 10, 11-12). Le berger est donc une figure pour représenter Dieu lui-même (Lc 15, 4ss). Jésus connaissait des bergers et éprouvait de la sympathie à leur égard. Le Nouveau Testament ne qualifie jamais Dieu de berger et c’est seulement dans la parabole de la brebis perdue que l’auteur établit la comparaison (Lc 15, 4ss et Mt 18, 12ss). Dieu, comme l’heureux berger de la parabole, se réjouit du pardon et du rétablissement du pécheur. Le choix de l’image du berger reflète clairement le contraste entre l’amour de Jésus pour les pécheurs et le mépris des Pharisiens envers ces derniers. Nous pouvons dire en fait que le récit des disciples d’Emmaüs d’après Luc que nous avons lu la semaine dernière est un aspect de la mission de Jésus qui se continue : la poursuite des disciples entêtés était déjà préfigurée dans la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve et la ramène au troupeau (15, 3-7).

Le dimanche du Bon Berger

En ce quatrième dimanche de pâques,  nous retrouvons le Bon Berger qui est réellement le beau et le noble, d’après le sens grec du terme, et qui connaît intimement son troupeau. Jésus connaissait des bergers et avait beaucoup de sympathie pour eux. Il s’appuie donc sur l’une de ses métaphores préférées pour nous faire comprendre que nous pouvons avoir confiance en lui. Ceux qui ont entendu Jésus clamé ce titre y voyaient plus que de la tendresse et de la compassion. On y trouve un tel degré d’amour que le berger est près à donner sa vie pour son troupeau.

Contrairement à l’ouvrier qui travaille pour son salaire, la vie du bon berger est dévouée à ses brebis par pur amour. Elles sont bien plus qu’une simple responsabilité pour le berger qui les possède. Elles sont l’objet de ses soucis et de son amour. Ainsi, il n’y a aucun égoïsme dans le dévouement du berger. Il est prêt à mourir pour elle plutôt que de les abandonner.

La beauté de Jésus, notre Bon Berger, se trouve dans l’amour avec lequel il donne sa vie pour chacune de ses brebis. Il établit une relation d’amour intense et personnel avec chacune d’elle. C’est en se laissant aimer de nous que Jésus nous révèle sa beauté et sa noblesse. En Lui, nous découvrons le Père et le Fils, des bergers qui nous connaissent et nous aiment, même dans nos entêtements et nos erreurs.

Il arrive parfois que nous ayons l’impression que les exécutants doivent faire passer les besoins du chef en priorité. Les personnes sont des moyens en vue d’une fin : le plaisir du chef. N’est-ce pas que les bergers passent souvent en premier, les brebis en dernier? L’évangile de ce weekend porte sur les brebis et leur bien-être. Le berger est le moyen en vue de la fin : le bien-être de son troupeau. L’évangile de Jean nous présente donc Jésus comme le berger qui donne la vie.

Journée mondiale de prière pour les vocations

Cette année, le quatrième dimanche de Pâques est aussi la journée mondiale de prière pour les vocations. Les lectures vont très bien dans ce sens de demande pour que le Maître de la Moisson et de l’Église envoie plus d’ouvriers dans ses vastes vignobles. En tant que modèle de leadership religieux, Jésus nous montre que l’amour peut être le seul moteur du ministère, spécialement pour le ministère pastoral. Il nous montre aussi qu’il ne doit pas y avoir d’exclusion de la part du leader religieux. S’il y a des brebis hors de la bergerie (même si le troupeau exclue parfois ses propres brebis), le bon berger doit les chercher. Et il doit les ramener pour qu’il y ait un seul troupeau sous un seul berger.  Ce qui motive cette démarche c’est l’amour, pas la justice sociale, pas la morale, ni la simple tolérance, et certainement pas le «politiquement correct» ou des statistiques impressionnantes. Seul l’amour peut dessiner un cercle qui inclut tout le monde.

Les bergers ont du pouvoir sur leurs brebis. Alors que nous contemplons Jésus, le Bon Berger, nous songeons à chacune des personnes sur laquelle nous exerçons une autorité quelconque : enfants, parents âgés, collègues, les personnes qui nous demandent de l’aide tout au long de la semaine, des gens qui dépendent de nous pour des besoins matériaux et spirituels. Quel que soit le titre que nous portons, le bâton que nous portons doit être le symbole non de l’oppression mais du dévouement. Les lectures d’aujourd’hui nous invitent à demander pardon pour les fois où nous n’avons pas répondu à ceux qui nous sont confiés, et demander la grâce d’être de bons bergers.  Nous fixons notre regard renouvelé sur le Bon Berger qui sait que les autres brebis qui ne sont pas dans son enclos ne sont pas pour autant perdues, mais sont bien ses brebis.

Un dernier mot à propos des bergers. Les anthropologues nous disent que les bergers ont traversé les âges. Ils ont, en fait, établi un pont entre l’ère de la chasse et l’ère de l’agriculture, ou l’ère agraire. C’est pour cette raison que les bergers apparaissent dans les mythes anciens et les récits, comme symbole de l’unité divine entre les éléments opposés. Les anciens païens ont effleuré là quelque chose que les chrétiens ont réalisé pleinement : Jésus Christ est le grand réconciliateur. C’est Lui, le Bon berger, qui vient au cœur de chaque grand conflit pour y établir l’unité et la paix.

Puisse-t-il inspirer chaque personne qui essaie d’être un bon berger aujourd’hui, dans l’Église et dans le Monde. Dans ces temps qui sont les nôtres où nous entrons dans ces lieux de conflits et de tribulations, que nous soyons des instruments du Seigneur pour rétablir la beauté, la noblesse, l’unité et la paix.

Veillée Pascale: Homélie du Pape François

Le samedi 31 mars 2018, le Saint Père a présidé la Veillée Pascale à la basilique Saint-Pierre. Voici le texte de l’homélie qu’il a prononcé lors de la célébration:

Nous avons commencé cette célébration à l’extérieur, immergés dans l’obscurité de la nuit et dans le froid qui l’accompagne. Nous sentons le poids du silence devant la mort du Seigneur, un silence dans lequel chacun de nous peut se reconnaître et qui descend profondément dans les replis du cœur du disciple qui, devant la croix, reste sans parole.

Ce sont les heures du disciple, sans voix devant la douleur engendrée par la mort de Jésus: que dire devant une telle réalité ? Le disciple qui reste sans voix prenant conscience de ses propres réactions durant les heures cruciales de la vie du Seigneur : devant l’injustice qui a condamné le Maître, les disciples ont fait silence ; devant les calomnies et le faux témoignage subi par le Maître, les disciples se sont tus. Durant les heures difficiles et douloureuses de la Passion, les disciples ont fait l’expérience de manière dramatique de leur incapacité à prendre un risque et à parler en faveur du Maître ; de plus, ils l’ont renié, ils se sont cachés, ils ont fui, ils sont restés muets (cf. Jn 18, 25- 27).

C’est la nuit du silence du disciple qui se trouve transi et paralysé, sans savoir où aller face à tant de situations douloureuses qui l’oppriment et l’entourent. C’est le disciple d’aujourd’hui, sans voix devant une réalité qui s’impose à lui, lui faisant sentir et, ce qui est pire, croire qu’on ne peut rien faire pour vaincre tant d’injustices que nombre de nos frères vivent dans leur chair.

C’est le disciple étourdi parce qu’immergé dans une routine accablante qui le prive de la mémoire, qui fait taire l’espérance et l’habitue au “on a toujours fait ainsi”. C’est le disciple sans voix et enténébré qui finit par s’habituer et par considérer normale l’expression de Caïphe : « Vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50)

Et au milieu de nos silences, quand nous nous taisons de manière si accablante, alors les pierres commencent à crier (cf. Lc 19, 40) et à laisser la place à la plus grande annonce que l’histoire ait jamais pu contenir dans son sein : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28, 6). La pierre du tombeau a crié et par son cri, elle a annoncé à tous un nouveau chemin. Ce fut la création la première à se faire l’écho du triomphe de la Vie sur toutes les réalités qui chercheront à faire taire et à museler la joie de l’Evangile. Ce fut la pierre du tombeau la première à sauter et, à sa manière, à entonner un chant de louange et d’enthousiasme, de joie et d’espérance auquel nous sommes tous invités à prendre part.

Et si hier, avec les femmes, nous avons contemplé « celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37 ; cf. Za 12, 10), aujourd’hui avec elles nous sommes appelés à contempler la tombe vide et à écouter les paroles de l’ange : « Vous, soyez sans crainte ! […] Il est ressuscité » (Mt 28, 5-6). Paroles qui veulent atteindre nos convictions et nos certitudes les plus profondes, nos manières de juger et d’affronter les événements quotidiens ; spécialement notre manière d’entrer en relation avec les autres. Le tombeau vide veut défier, secouer, interroger, mais surtout il veut nous encourager à croire et à avoir confiance que Dieu “vient” dans toute situation, dans toute personne, et que sa lumière peut arriver dans les coins les plus imprévisibles et les plus fermés de l’existence. Il est ressuscité de la mort, il est ressuscité du lieu dont personne n’attendait rien et il nous attend – comme il attendait les femmes – pour nous rendre participants de son œuvre de salut. Voilà le fondement et la force que nous avons comme chrétiens pour répandre notre vie et notre énergie, notre intelligence, nos affections et notre volonté dans la recherche et spécialement dans le fait de produire des chemins de dignité. Il n’est pas ici… Il est ressuscité ! C’est l’annonce qui soutient notre espérance et la transforme en gestes concrets de charité. Comme nous avons besoin de faire en sorte que notre fragilité soit marquée de cette expérience ! Comme nous avons besoin que notre foi soit renouvelée, que nos horizons myopes soient remis en question et renouvelés par cette annonce ! Il est ressuscité et avec Lui ressuscite notre espérance créative pour affronter les problèmes actuels, parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls.

Célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires, défiant nos déterminismes uniformisants et paralysants. Célébrer Pâques signifie faire en sorte que Jésus soit vainqueur de cette attitude lâche qui tant de fois, nous assiège et cherche à ensevelir tout type d’espérance.

La pierre du tombeau a fait sa part, les femmes ont fait leur part, maintenant l’invitation est adressée encore une fois à vous et à moi : invitation à rompre avec les habitudes répétitives, à renouveler notre vie, nos choix et notre existence. Une invitation qui nous est adressée là où nous nous trouvons, dans ce que nous faisons et ce que nous sommes ; avec la “part de pouvoir” que nous avons. Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ?

Il n’est pas ici, il est ressuscité ! Et il t’attend en Galilée, il t’invite à retourner au temps et au lieu du premier amour pour te dire : “ N’aies pas peur, suis-moi”.

Le silence et le courage des témoins de la résurrection

Dimanche de Pâques – 1 avril 2018

Pâques est la promesse que la mort nous visitera tous. Mais plus important encore, c’est l’assurance que la mort n’est pas le dernier mot. La résurrection de Jésus nous amène à se rappeler, des plus sombres moments de chagrin ou plus petits défis quotidien, combien Dieu nous réconforte et nous donne la force de persévérer. Le mystère de Pâques nous donne une nouvelle identité et un nouveau nom: nous sommes sauvés, racheté, renouvelés, nous sommes chrétiens, et nous n’avons plus besoin d’avoir peur ou de désespérer.

À travers les lectures prenantes des Écritures de ce Triduum (spécialement les Évangiles de la Veillée Pascale et du matin de Pâques), nous observons ce que signifie la résurrection. Mais comment pouvons-nous donner expression à la conquête de la mort et l’abîme de l’enfer? Nous devons honnêtement admettre qu’il n’y a pas de mots. Nous nous tournons donc vers l’expérience des femmes au tombeau du récit de Marc de la résurrection et du témoignage de Marie-Madeleine, témoin du Christ Vivant, pour trouver des images et des mots pour décrire ce qui est arrivé.

Le silence des femmes

L’Évangile de Marc pour la Veillée Pascale (16, 1-8) nous laisse perplexe. Nous lisons qu’après avoir découvert que le tombeau de Jésus était ouvert et vide, puis entendu le message angélique de la résurrection et d’une rencontre future avec Lui en Galilée, les femmes « sortirent et s’enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Est-ce possible que les Évangiles de Marc se terminent vraiment avec 16, 8? Les premiers compilateurs bibliques chrétiens, confus par une telle fin, offrirent deux autres fins plus conventionnelles à l’Évangile; la plus longue d’entre elles est imprimée dans la plupart des bibles comme Marc 16, 9-20. Néanmoins, la question demeure: Que pouvons nous dire à propos d’un récit de la résurrection où Jésus Vivant n’apparaît jamais? Comment Marc est si différent du chef-d’œuvre du chapitre de Luc sur la résurrection (24) ou des portraits très développés par Jean des premiers témoins de la résurrection (20-21)?

Plutôt que de rejeter l’étrangeté de la fin de l’Évangile de Marc, réfléchissons avec soin sur ce qu’elle nous offre. Premièrement, nous n’avons jamais vu le Christ Vivant en personne. Nous voici plutôt devant une scène intrigante: il est tôt le matin, il fait encore sombre, et les femmes arrivent au tombeau pour une mission presque impossible. Le tombeau est déjà ouvert et elles sont accueillies par quelqu’un venu du Ciel qui leur commande « …allez dire aux disciples et à Pierre “Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.” »

La peur et le tremblement accompagnant les femmes les empêchent de dire à personnes ce qu’elles ont vu. De quoi ont-elles peur? En restant silencieuses, est-ce qu’elles désobéissent au message de l’ange « Allez dire… » ? Que devons-nous comprendre du silence de ces femmes?

Le récit de la résurrection de Marc contient un énoncé initial, sommaire des enseignements de l’Église dans l’Évangile: « Ne vous effrayez pas. » (16, 6). On demande au lecteur d’abandonner toutes peurs. Deuxièmement, on dit au lecteur: « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié: il est ressuscité, il n’est pas ici; voyez l’endroit où on l’avait déposé. » (16, 6).

La crucifixion du Seigneur Jésus n’était pas le moment final, définitif de sa vie. Comme chrétiens, notre foi n’est pas basée sur un homme crucifié et mort ou sur un tombeau vide, mais sur un Seigneur bien Vivant qui habite au milieu de nous avec une toute nouvelle présence. « Il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. » (16, 7). Le message de la résurrection nous est donné. L’événement est simplement trop grand pour être présenté dans de simples mots!

Le récit de la résurrection de Marc est construit pour nous déranger – pour défaire la voie facile qui nous fait oublier que l’appel aux disciples et l’appel de la croix. À travers l’Évangile tout entière, nous sommes invités à regarder nos vies sous l’ombre de la croix.

Les femmes vont au tombeau, attirées inconsciemment par le puissant et invitant mystère de Dieu qui leur sera révélé bientôt. Elles s’enfuirent loin du tombeau ( 16, 8 ) bouleversées par le formidable message de la résurrection de Jésus. Face à cette plutôt incroyable nouvelle de la résurrection de Jésus crucifié, la fuite silencieuse et craintive des femmes est non seulement compréhensible, mais aussi très approprié.

N’est pas la même chose pour vous et moi? Quand faisant face à la fascinante puissance de Dieu à l’ouvrage dans nos vies, ramenant à la vie ces parties mortes de nos existences and restituant nos espoirs anéantis et nos esprits torturés, une réponse de silence et de peur, d’émerveillement et d’étonnement est aussi compréhensible, et à certains moments appropriés, même pour nous.

Le témoignage de Marie-Madeleine

Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marthe et Lazare), et cette femme pénitente sans nom qui parfuma les pieds de Jésus (Luc 7, 36-48) sont parfois identifiées par certains comme étant la même femme. De là et de la déclaration que Jésus avait sorti hors de Marie Madeleine sept démons (Luc 8, 2), est venu la tradition que Marie-Madeleine avait été une prostituée. Mais en réalité, nous ne savons rien de ses péchés ou de ses faiblesses. Ils auraient pu être un désordre physique inexplicable, une maladie mentale ou n’importe quoi qui aurait pu mettre en danger son intégrité de l’esprit ou du corps.

Marie-Madeleine est mentionnée dans les Évangiles comme étant la galiléenne qui suivit Jésus et Ses disciples, le servit, et qui, selon chacun des évangélistes, fut présente à Sa crucifixion et Son enterrement, et alla au tombeau le dimanche de Pâques pour parfumer Son corps.

Jésus vivait dans une société androcentriste. Les femmes étaient des propriétés, premièrement de leur père, puis de leur mari; elles n’avaient pas le droit de témoigner, elles ne pouvaient pas étudier la Torah. Dans cette atmosphère restrictive, Jésus agit sans animosité, acceptant les femmes, les honorant, les respectant, et en chérissant leur amitié. Il voyagea avec elles, les touchant et les guérissant, les aimant et les laissant l’aimer.

Dans notre Évangile du dimanche de Pâques (Jean 20, 1-18), nous regardons une nouvelle fois cette scène d’un tôt matin où la tristesse règne alors que Marie-Madeleine pleure incontrôlablement à la tombe de son ami Jésus. Nous entendons de nouveau cette conversation: « Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? » « Seigneur, si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le prendre. Jésus dit lui dit, « Marie! » Elle se tourna et Lui dit en hébreu, « Rabbouni! » – ce qui signifie maître. » « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoucer aux disciples, « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit. » (Jean 20, 15-18)

À cause de son incroyable message et mission, Marie-Madeleine était appelée avec raison « Apostola Apostolorum » (Apôtre des apôtres) chez les premiers chrétiens, parce qu’elle avait été la première à voir le Seigneur Vivant et à annoncer Sa Résurrection aux autres apôtres.

Pour Jésus, les femmes étaient les égales des hommes pour pouvoir pénétrer les grandes vérités religieuses, les vivre et les annoncer aux autres. Il n’y a pas de code secret à propos de cette histoire qui est encore une merveilleuse bonne nouvelle plus de 2 000 ans plus tard. Alléluia, Alléluia, Alléluia!

Message de Pâques 2018 du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Vous trouverez ci-dessous le Message de pâques 2018 de Mgr Lionel Gendron, P.S.S., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada:

Au Canada, la célébration de Pâques, qui coïncide avec l’arrivée du printemps, est toujours remplie d’un sentiment de vie nouvelle. Alors que nous commençons à nous défaire de nos manteaux d’hiver et de nos bottes, les jours rallongent, le soleil devient plus chaud et la vie nouvelle abonde avec les arbres qui bourgeonnent et les plantes qui commencent à pousser.

Mais qu’est au juste la vie nouvelle qui nous remplit de la joie pascale? En fait, c’est une vie nouvelle enracinée profondément dans l’expérience de notre réconciliation avec Dieu par la mort et la résurrection du Christ. Tout ce qui pouvait nous séparer de Dieu a été enlevé, détruit, et par cette réconciliation, nous avons obtenu la libération des ténèbres du péché et de la mort. Nous sommes libérés, capables de rejeter ce qui nous rend esclaves afin de nous plonger dans l’étreinte d’amour universel de notre Dieu.

Mais la vie nouvelle pascale nous demande davantage. Pâques nous rappelle qu’alors même que nous célébrons notre réconciliation avec Dieu, nous sommes appelés à nous réconcilier avec nos frères et sœurs, dans nos familles, dans nos paroisses, dans nos communautés et dans le monde. Nous sommes appelés à partager notre joie pascale en faisant la paix avec notre prochain.

Le pape François, dans une homélie à la population de Villavicencio, en Colombie, a dit : « Tout effort de paix sans un engagement sincère de réconciliation sera toujours voué à l’échec. » Il a ajouté : « Se réconcilier, c’est ouvrir une porte à toutes les personnes et à chaque personne, qui ont vécu la réalité dramatique du conflit. »

Plus tôt cette année, j’ai eu le privilège de participer à la Coordination de la Terre Sainte avec d’autres évêques du monde entier.  Nous avons rencontré beaucoup de jeunes dont la vie est durement marquée par un conflit dont ils ont hérité malgré eux. Pendant nos conversations avec eux, il est apparu très clairement que ces jeunes désirent un nouveau genre de relations les uns avec les autres. Cela est évident dans les nombreuses initiatives dans lesquelles les jeunes s’engagent pour promouvoir le dialogue et établir la justice, la paix et la réconciliation dans leur vie et dans les communautés au milieu desquelles ils vivent.

Un parfait exemple fut la rencontre de deux jeunes membres d’un groupe appelé « Cercle parents-famille ». Ils nous ont raconté leur expérience, comment à la suite du meurtre d’une jeune palestinienne par un Israélien et de la mort d’une jeune israélienne lors d’un attentat-suicide à la bombe par un palestinien, les parents des familles des deux jeunes tuées ont choisi de  ne pas se haïr les uns les autres. Ensuite ils ont appris à leurs enfants à ne pas se haïr et ces deux jeunes sont devenus de grands amis, des exemples vivants de ce que nous voulons dire par la volonté de réconciliation même au milieu d’une tragédie et d’un deuil profonds. Les familles ont compris la conséquence tragique des conflits, ont répondu avec amour et ont lancé le Cercle parents-familles. Voilà ce que c’est que la réconciliation.

Ici au Canada, nous sommes vivement conscients de l’appel à nous réconcilier avec les peuples autochtones. Nous reconnaissons le besoin de cette réconciliation comme première étape, et nous cherchons des moyens pour la réaliser par l’écoute et le dialogue dans des organismes comme le Cercle Notre-Dame-de-Guadalupe et le Conseil autochtone. Ce processus sera long et il exige foi, sincérité du cœur et engagement pour une paix durable.

Nous vivons dans un monde trop souvent marqué par les divisions. On a tendance à dénigrer l’« autre » et à nourrir des soupçons contre l’« étranger ». Nous sommes appelés à reconnaitre notre humanité commune, à reconnaitre que nous sommes tous frères et sœurs créés à l’image de Dieu.

Une fois réconciliés avec Dieu par la mort et la résurrection du Christ, nous sommes appelés à chercher la réconciliation avec les autres. La paix entre nous sera un signe de la véritable joie pascale!

+Lionel Gendron, P.S.S.
Évêque de Saint-Jean-Longueuil et
Président de la Conférence des évêques
catholiques du Canada

Pâques 2018

Message du pape François pour le Carême 2018

CNS photo/Max Rossi, Reuters

Vous trouverez ci-dessous le texte du Message du pape François pour le Carême 2018:

« À cause de l’ampleur du mal,
la charité de la plupart des hommes se refroidira »
(Mt 24, 12)

Chers Frères et Sœurs,

La Pâque du Seigneur vient une fois encore jusqu’à nous ! Chaque année, pour nous y préparer, la Providence de Dieu nous offre le temps du Carême. Il est le « signe sacramentel de notre conversion »[1], qui annonce et nous offre la possibilité de revenir au Seigneur de tout notre cœur et par toute notre vie.

Cette année encore, à travers ce message, je souhaite inviter l’Eglise entière à vivre ce temps de grâce dans la joie et en vérité ; et je le fais en me laissant inspirer par une expression de Jésus dans l’Évangile de Matthieu : « À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira » (24, 12). Cette phrase fait partie du discours sur la fin des temps prononcé à Jérusalem, au Mont des Oliviers, précisément là où commencera la Passion du Seigneur. Jésus, dans sa réponse à l’un de ses disciples, annonce une grande tribulation et il décrit la situation dans laquelle la communauté des croyants pourrait se retrouver : face à des évènements douloureux, certains faux prophètes tromperont beaucoup de personnes, presqu’au point d’éteindre dans les cœurs la charité qui est le centre de tout l’Évangile.

Les faux prophètes

Mettons-nous à l’écoute de ce passage et demandons-nous : sous quels traits ces faux prophètes se présentent-ils ? Ils sont comme des « charmeurs de serpents », c’est-à-dire qu’ils utilisent les émotions humaines pour réduire les personnes en esclavage et les mener à leur gré. Que d’enfants de Dieu se laissent séduire par l’attraction des plaisirs fugaces confondus avec le bonheur ! Combien d’hommes et de femmes vivent comme charmés par l’illusion de l’argent, qui en réalité les rend esclaves du profit ou d’intérêts mesquins ! Que de personnes vivent en pensant se suffire à elles-mêmes et tombent en proie à la solitude !

D’autres faux prophètes sont ces « charlatans » qui offrent des solutions simples et immédiates aux souffrances, des remèdes qui se révèlent cependant totalement inefficaces : à combien de jeunes a-t-on proposé le faux remède de la drogue, des relations « use et jette », des gains faciles mais malhonnêtes ! Combien d’autres encore se sont immergés dans une vie complètement virtuelle où les relations semblent plus faciles et plus rapides pour se révéler ensuite tragiquement privées de sens ! Ces escrocs, qui offrent des choses sans valeur, privent par contre de ce qui est le plus précieux : la dignité, la liberté et la capacité d’aimer. C’est la duperie de la vanité, qui nous conduit à faire le paon…. pour finir dans le ridicule ; et du ridicule, on ne se relève pas. Ce n’est pas étonnant : depuis toujours le démon, qui est « menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), présente le mal comme bien, et le faux comme vrai, afin de troubler le cœur de l’homme. C’est pourquoi chacun de nous est appelé à discerner en son cœur et à examiner s’il est menacé par les mensonges de ces faux prophètes. Il faut apprendre à ne pas en rester à l’immédiat, à la superficialité, mais à reconnaître ce qui laisse en nous une trace bonne et plus durable, parce que venant de Dieu et servant vraiment à notre bien.

Un cœur froid

Dans sa description de l’enfer, Dante Alighieri imagine le diable assis sur un trône de glace[2] ; il habite dans la froidure de l’amour étouffé. Demandons-nous donc : comment la charité se refroidit-elle en nous ? Quels sont les signes qui nous avertissent que l’amour risque de s’éteindre en nous?

Ce qui éteint la charité, c’est avant tout l’avidité de l’argent, « la racine de tous les maux » (1Tm 6, 10) ; elle est suivie du refus de Dieu, et donc du refus de trouver en lui notre consolation, préférant notre désolation au réconfort de sa Parole et de ses Sacrements.[3] Tout cela se transforme en violence à l’encontre de ceux qui sont considérés comme une menace à nos propres « certitudes » : l’enfant à naître, la personne âgée malade, l’hôte de passage, l’étranger, mais aussi le prochain qui ne correspond pas à nos attentes.

La création, elle aussi, devient un témoin silencieux de ce refroidissement de la charité : la terre est empoisonnée par les déchets jetés par négligence et par intérêt ; les mers, elles aussi polluées, doivent malheureusement engloutir les restes de nombreux naufragés des migrations forcées ; les cieux – qui dans le dessein de Dieu chantent sa gloire – sont sillonnés par des machines qui font pleuvoir des instruments de mort.

L’amour se refroidit également dans nos communautés. Dans l’Exhortation Apostolique Evangelii Gaudium, j’ai tenté de donner une description des signes les plus évidents de ce manque d’amour. Les voici : l’acédie égoïste, le pessimisme stérile, la tentation de l’isolement et de l’engagement dans des guerres fratricides sans fin, la mentalité mondaine qui conduit à ne rechercher que les apparences, réduisant ainsi l’ardeur missionnaire.[4]

Que faire ?

Si nous constatons en nous-mêmes ou autour de nous les signes que nous venons de décrire, c’est que l’Eglise, notre mère et notre éducatrice, nous offre pendant ce temps du Carême, avec le remède parfois amer de la vérité, le doux remède de la prière, de l’aumône et du jeûne.

En consacrant plus de temps à la prière, nous permettons à notre cœur de découvrir les mensonges secrets par lesquels nous nous trompons nous-mêmes[5], afin de rechercher enfin la consolation en Dieu. Il est notre Père et il veut nous donner la vie.

La pratique de l’aumône libère de l’avidité et aide à découvrir que l’autre est mon frère : ce que je possède n’est jamais seulement mien. Comme je voudrais que l’aumône puisse devenir pour tous un style de vie authentique ! Comme je voudrais que nous suivions comme chrétiens l’exemple des Apôtres, et reconnaissions dans la possibilité du partage de nos biens avec les autres un témoignage concret de la communion que nous vivons dans l’Eglise. A cet égard, je fais mienne l’exhortation de Saint Paul quand il s’adressait aux Corinthiens pour la collecte en faveur de la communauté de Jérusalem : « C’est ce qui vous est utile, à vous » (2 Co 8, 10). Ceci vaut spécialement pour le temps de carême, au cours duquel de nombreux organismes font des collectes en faveur des Eglises et des populations en difficulté. Mais comme j’aimerais que dans nos relations quotidiennes aussi, devant tout frère qui nous demande une aide, nous découvrions qu’il y a là un appel de la Providence divine: chaque aumône est une occasion pour collaborer avec la Providence de Dieu envers ses enfants ; s’il se sert de moi aujourd’hui pour venir en aide à un frère, comment demain ne pourvoirait-il pas également à mes nécessités, lui qui ne se laisse pas vaincre en générosité ? [6]

Le jeûne enfin réduit la force de notre violence, il nous désarme et devient une grande occasion de croissance. D’une part, il nous permet d’expérimenter ce qu’éprouvent tous ceux qui manquent même du strict nécessaire et connaissent les affres quotidiennes de la faim ; d’autre part, il représente la condition de notre âme, affamée de bonté et assoiffée de la vie de Dieu. Le jeûne nous réveille, nous rend plus attentifs à Dieu et au prochain, il réveille la volonté d’obéir à Dieu, qui seul rassasie notre faim.

Je voudrais que ma voix parvienne au-delà des confins de l’Eglise catholique, et vous rejoigne tous, hommes et femmes de bonne volonté, ouverts à l’écoute de Dieu. Si vous êtes, comme nous, affligés par la propagation de l’iniquité dans le monde, si vous êtes préoccupés par le froid qui paralyse les cœurs et les actions, si vous constatez la diminution du sens d’humanité commune, unissez-vous à nous pour qu’ensemble nous invoquions Dieu, pour qu’ensemble nous jeûnions et qu’avec nous vous donniez ce que vous pouvez pour aider nos frères !

Le feu de Pâques

J’invite tout particulièrement les membres de l’Eglise à entreprendre avec zèle ce chemin du carême, soutenus par l’aumône, le jeûne et la prière. S’il nous semble parfois que la charité s’éteint dans de nombreux cœurs, cela ne peut arriver dans le cœur de Dieu ! Il nous offre toujours de nouvelles occasions pour que nous puissions recommencer à aimer.

L’initiative des « 24 heures pour le Seigneur », qui nous invite à célébrer le sacrement de Réconciliation pendant l’adoration eucharistique, sera également cette année encore une occasion propice. En 2018, elle se déroulera les vendredi 9 et samedi 10 mars, s’inspirant des paroles du Psaume 130 : « Près de toi se trouve le pardon » (Ps 130, 4). Dans tous les diocèses, il y aura au moins une église ouverte pendant 24 heures qui offrira la possibilité de l’adoration eucharistique et de la confession sacramentelle.

Au cours de la nuit de Pâques, nous vivrons à nouveau le rite suggestif du cierge pascal : irradiant du « feu nouveau », la lumière chassera peu à peu les ténèbres et illuminera l’assemblée liturgique. « Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit »[7] afin que tous nous puissions revivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : écouter la parole du Seigneur et nous nourrir du Pain eucharistique permettra à notre cœur de redevenir brûlant de foi, d’espérance et de charité.

Je vous bénis de tout cœur et je prie pour vous. N’oubliez pas de prier pour moi.

Du Vatican, le 1er November 2017
Solennité de la Toussaint

François

[1] Texte original en italien: “segno sacramentale della nostra conversione”, in: Messale Romano, Oraison Collecte du 1er dimanche de carême. N.B. Cette phrase n’a pas encore été traduite dans la révision (3ème), qui est en cours, du Missel romain en français.

[2] « C’est là que l’empereur du douloureux royaume/de la moitié du corps se dresse hors des glaces » (Enfer XXXIV, 28-29)

[3] « C’est curieux, mais souvent nous avons peur de la consolation, d’être consolés. Au contraire, nous nous sentons plus en sécurité dans la tristesse et dans la désolation. Vous savez pourquoi ? Parce que dans la tristesse nous nous sentons presque protagonistes. Mais en revanche, dans la consolation, c’est l’Esprit Saint le protagoniste ! » (Angelus, 7 décembre 2014)

[4] Nn. 76-109

[5] Cf Benoît XVI , Lett. Enc. Spe Salvi, n. 33

[6] Cf Pie XII, Lett. Enc. Fidei donum, III

[7] Missel romain, Veillée pascale, Lucernaire

Allocution du pape François lors de la rencontre avec le Patriarche orthodoxe-copte Tawadros II

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre oecuménique avec le patriarche orthodoxe copte Sa Sainteté Tawadros II:

Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité [Al Massih kam, bihakika kam !]

Sainteté, très cher Frère,

C’est depuis peu qu’a eu lieu la grande Solennité de Pâques, centre de la vie chrétienne, que

nous avons eu la grâce de célébrer cette année le même jour. Nous avons ainsi proclamé à l’unisson l’annonce de la Résurrection, en revivant, en un certain sens, l’expérience des premiers disciples, qui ce jour-là, ensemble, « furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20, 20). Cette joie pascale est aujourd’hui enrichie par le don d’adorer ensemble le Ressuscité dans la prière et d’échanger de nouveau, en son nom, le saint baiser et l’accolade de la paix. J’en suis très reconnaissant : en arrivant ici comme pèlerin, j’étais certain de recevoir la bénédiction d’un Frère qui m’attendait. Grande était l’attente de nous retrouver : en effet, je garde bien vivant le souvenir de la visite de Votre Sainteté à Rome, peu après mon élection, le 10 mai 2013, une date qui est heureusement devenue l’occasion de célébrer chaque année la Journée d’amitié copte-catholique.

Dans la joie de poursuivre fraternellement notre route œcuménique, je voudrais rappeler avant tout ce jalon dans les relations entre le siège de Pierre et celui de Marc qu’est la Déclaration commune signée par nos prédécesseurs il y a plus de quarante ans, le 10 mai 1973. Ce jour-là, après des « siècles d’histoire difficiles », au cours desquels « ont surgi des divergences théologiques qui ont été entretenues et aggravées par des facteurs de caractère non théologique » et par une méfiance toujours plus généralisée dans les relations, grâce à Dieu on est arrivé à reconnaître ensemble que le Christ est « Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité » (Déclaration commune signée par le Saint-Père Paul VI et par Sa Sainteté Amba Shenouda III, 10 mai 1973). Mais non moins importants et non moins actuels sont les mots qui précèdent immédiatement, par lesquels nous avons reconnu « notre Seigneur et Dieu et Sauveur et Roi de nous tous, Jésus Christ ». Par ces expressions, le siège de Marc et celui de Pierre ont proclamé la seigneurie de Jésus : ensemble, nous avons confessé que nous appartenons à Jésus et qu’il est notre tout.

De plus, nous avons compris qu’étant siens, nous ne pouvons plus penser aller chacun son chemin, car nous trahirions sa volonté : que les siens soient « tous […] un […] pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Devant le Seigneur, qui nous veut « parfaitement un » (v. 23), il ne nous est plus possible de nous cacher derrière les prétextes des divergences d’interprétation ni non plus derrière des siècles d’histoire et de traditions qui nous ont rendus étrangers. Comme l’a dit ici Sa Sainteté Jean-Paul II : « Il n’y a pas de temps à perdre à ce sujet. Notre communion dans l’unique Seigneur Jésus Christ, dans l’unique Esprit Saint et dans l’unique Baptême constitue déjà une réalité profonde et fondamentale » (Discours lors de la rencontre œcuménique, 25 février 2000). Il y a, en ce sens, non seulement un œcuménisme fait de gestes, de paroles et d’engagement, mais une communion déjà effective, qui grandit chaque jour dans la relation vivante avec le Seigneur Jésus, qui s’enracine dans la foi professée et se fonde réellement sur notre baptême, sur le fait d’être des ‘‘créatures nouvelles’’ (cf. 2 Co 5, 17) en lui : en somme, « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 5). D’ici, nous repartons toujours, pour préparer le jour si désiré où nous serons en pleine et visible communion à l’autel du Seigneur.

Sur ce chemin passionnant qui, – comme la vie- n’est pas toujours facile et linéaire, mais sur lequel le Seigneur nous exhorte à aller de l’avant, nous ne sommes pas seuls. Nous accompagne une foule immense de saints et de martyrs, qui déjà pleinement unis, nous poussent à être ici-bas une image vivante de la « Jérusalem céleste » (Ga 4, 26). Parmi eux, se réjouissent certainement aujourd’hui de notre rencontre, à titre particulier, les saints Pierre et Marc. Le lien qui les unit est grand. Qu’il suffise de penser au fait que saint Marc a placé au cœur de son Évangile la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ ». Ce fut la réponse à la question, toujours actuelle, de Jésus : « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mc 8, 29). Aujourd’hui également beaucoup de gens ne savent pas répondre à cette interrogation ; il manque même quelqu’un pour la susciter et surtout pour offrir en réponse la joie de connaître Jésus, cette même joie avec laquelle nous avons la grâce de le confesser ensemble.

Ensemble, nous sommes donc appelés à témoigner de lui, à porter au monde notre foi, avant tout de la manière propre à la foi : en la vivant, car la présence de Jésus se transmet avec la vie et parle le langage de l’amour gratuit et concret. Coptes orthodoxes et Catholiques, nous pouvons toujours plus parler ensemble cette langue commune de la charité : avant d’entreprendre une initiative pour le bien, il serait beau de nous demander si nous pouvons la faire avec nos frères et sœurs qui partagent la foi en Jésus. Ainsi, en édifiant la communion dans le concret quotidien du témoignage vécu, l’Esprit ne manquera pas d’ouvrir des voies providentielles et imprévues d’unité. C’est avec cet esprit apostolique constructif que Votre Sainteté continue de réserver une attention authentique et fraternelle à l’Église copte catholique : une proximité dont je suis très reconnaissant et qui a trouvé une admirable expression dans le Conseil National des Églises Chrétiennes, auquel elle a donné naissance pour que ceux qui croient en Jésus puissent œuvrer toujours davantage ensemble, au bénéfice de la société égyptienne tout entière. J’ai beaucoup apprécié également la généreuse hospitalité offerte à la 13ème rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, qui s’est tenue ici l’année dernière à votre invitation. C’est un beau signe que la rencontre suivante se soit déroulée cette année à Rome, presque pour exprimer une continuité particulière entre les sièges de Marc et de Pierre.

Dans les Saintes Écritures, Pierre semble de quelque manière répondre à l’affection de Marc en l’appelant « mon fils » ( 1P 5, 13). Mais les liens fraternels de l’Évangéliste et son activité apostolique concernent aussi saint Paul qui, avant de mourir martyr à Rome, parle de l’utilité prévenante de Marc dans son ministère (cf. 2 Tm 4, 11) et le cite plus d’une fois (cf. Phm 24 ; Col 4, 10). Charité fraternelle et communion de mission : voici les messages que la Parole divine et nos origines nous livrent. Ce sont les semences évangéliques que nous avons la joie de continuer à irriguer et, par la grâce de Dieu, à faire croître ensemble (cf. 1 Co 3, 6-7).

La maturation de notre chemin œcuménique est soutenue, de manière mystérieuse et plus que jamais actuelle, également par un vrai et authentique œcuménisme du sang. Saint Jean écrit que Jésus est venu « par l’eau et par le sang » (1 Jn 5, 6) ; qui croit en lui, ainsi « est vainqueur du monde » (1 Jn 5, 5). Par l’eau et le sang : en vivant une vie nouvelle dans notre Baptême commun, une vie d’amour toujours et pour tous, y compris au prix du sacrifice du sang. Que de martyrs dans ce pays, depuis les premiers siècles du christianisme, ont vécu la foi héroïquement et jusqu’au fond, en versant leur sang plutôt que de renier le Seigneur et de céder aux illusions du mal ou seulement à la tentation de répondre au mal par le mal. Le vénérable Martyrologue de l’Église copte en témoigne bien. Encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit. Très cher Frère, tout comme la Jérusalem céleste est unique, unique est notre martyrologe, et vos souffrances sont aussi nos souffrances. Fortifiés par votre témoignage, œuvrons pour nous opposer à la violence en prêchant et en semant le bien, en faisant grandir la concorde et en maintenant l’unité, en priant afin que tant de sacrifices ouvrent la voie à un avenir de pleine communion entre nous et de paix pour tous.

La merveilleuse histoire de sainteté de cette terre n’est pas particulière uniquement à cause du sacrifice des martyrs. À peine terminées les persécutions antiques, a émergé une forme nouvelle de vie qui, donnée au Seigneur, ne retenait rien pour elle: dans le désert a commencé le monachisme. Ainsi, aux grands signes que Dieu, par le passé, avait accomplis en Égypte et dans la Mer rouge (cf. Ps 106, 21-22), a fait suite le prodige d’une vie nouvelle, qui a fait fleurir de sainteté le désert. Avec vénération pour ce patrimoine commun, je suis venu en pèlerin sur cette terre, où le Seigneur lui-même aime se rendre: ici, glorieux, il est descendu sur le mont Sinaï (cf. Ex 24, 16) ; ici, humble, il a trouvé refuge en tant qu’enfant (cf. Mt 2, 14).

Sainteté, très cher Frère, que le même Seigneur nous accorde de repartir aujourd’hui, ensemble, en pèlerins de communion et en messagers de paix. Sur ce chemin, que nous prenne par la main Celle qui a accompagné ici Jésus et que la grande tradition théologique égyptienne a déclarée depuis l’antiquité Theotokos, Mère de Dieu. À ce titre, s’unissent admirablement l’humanité et la divinité, car dans la Mère, Dieu s’est fait pour toujours homme. Que la Vierge Sainte, qui nous conduit toujours à Jésus, symphonie parfaite du divin avec l’humain, apporte encore un peu du Ciel sur notre terre!

[00620-FR.01] [Texte original: Italien]

Ressuscité par la Miséricorde : La paix de Jésus ressuscité

Une réflexion sur la Divine Miséricorde par Julian Paparella

La saison pascale se poursuit pendant sept semaines, marquant les cinquante jours entre la résurrection de Jésus et la descente du Saint Esprit à la Pentecôte. La Pâque dure même plus longtemps que le Carême !

L’Évangile que nous avons entendue ce dimanche, dimanche de la Divine Miséricorde, est un récit qui couvre huit jours. Il commence le soir de la résurrection. Trois jours après avoir abandonné Jésus sur Son chemin vers la Croix, les apôtres se cachent, enfermés dans le Cénacle par crainte des Juifs. Jésus vient à leur rencontre et Ses premières paroles sont : « La paix soit avec vous ! ». Les apôtres se réjouissent lorsqu’Il leur montre les plaies sur Ses mains et sur Son côté ; la preuve que c’est vraiment Lui, Jésus, ressuscité et vivant. Une deuxième fois, Il leur dit : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Il souffle sur eux et Il leur fait don du Saint Esprit pour le pardon des péchés.

La rencontre continue huit jours plus tard lors de la scène bien connue de Thomas l’incrédule. Thomas était absent quand Jésus a rencontré les apôtres la première fois et ne croit pas le témoignage des autres disciples lorsqu’ils disent qu’ils ont vu le Seigneur. Le dimanche suivant, Thomas est présent et Jésus revient. Ses premières paroles sont encore : « La paix soit avec vous ! ». Jésus invite Thomas à toucher Ses plaies, et Thomas croit.

Notre connaissance de ce récit de l’Évangile peut nous rendre insensibles au fait qu’il est extraordinaire. D’une perspective humaine, l’approche de Jésus est complètement inconcevable. Imaginez si vous enseigniez et guidiez douze amis pendant trois ans, et qu’ensuite ils vous livrent et vous abandonnent au moment où vous êtes dans le plus grand besoin. Imaginez que personne ne vous défende lorsque vous êtes condamné à mort injustement. Comment réagissons-nous quand nos amis fuient alors que nous souffrons ?

Jésus aurait pu revenir aux apôtres outré, furieux et indigné. Cela aurait été une réaction normale. Il aurait pu leur dire : « Hypocrites ! Vous dites que vous voulez mourir pour moi mais vous me laissez mourir ! Qu’ai-je fait pour mériter votre trahison et votre abandon ?

Au contraire, les toutes premières paroles de Jésus, en voyant Ses apôtres pour la première fois depuis la nuit où il fut livré, sont miraculeuses: « La paix soit avec vous ! » La paix ! Jésus ne demande aucune explication. Jésus ne demande pas de rétribution. Jésus pardonne. Jésus donne la paix.

Jésus ayant ressuscité d’entre les morts, Son pardon ressuscite Ses disciples. Sa miséricorde leur redonne vie. Voilà le sens le plus profond de la souffrance, de la mort, et de la résurrection de Jésus. Il ne donne pas Sa vie à contrecœur. Il va à la Croix librement. Il ressuscite vainqueur. Il revient pour donner à Ses disciples le don de la paix. Jésus aurait pu revenir vers les apôtres pour les châtier : « Comment osez-vous abandonner le Fils de l’homme ? » ; « Qu’est-ce que j’ai fait pour vous faire fuir ? » ; « Moi, je n’aurais jamais pu vous abandonner ! » Mais à quoi servirait une telle réaction ? La plus grande leçon qui provoque la plus grande transformation c’est Son pardon, totalement insondable.

Qu’apprenons-nous de cette leçon pour notre propre vie ?

Premièrement, Jésus veut ce même pardon pour chacun de nous. Dieu est devenu homme afin de nous sauver. La mission de Jésus consistait à nous apporter le salut, à restaurer la paix que nos péchés avaient détruite. Dieu n’a aucun intérêt à nous maintenir dans nos péchés. Dieu ne gagne rien en nous piégeant dans nos péchés. La vie entière de Jésus consiste à racheter nos péchés. Il veut nous rendre Sa paix.

Deuxièmement, Jésus nous invite à pardonner aux autres comme Lui Il nous pardonne. Le pardon fait du bien à celui qui le reçoit. Le pardon améliore notre relation avec celui à qui nous pardonnons. Mais le pardon fait du bien également à celui qui pardonne. C’est bon pour nous. Pardonner nous donne la paix. Ça nous libère de la rancune, de la colère, et de la dureté du cœur. Pardonner révèle à l’autre qu’il est bon, même s’il a fait du mal. Pardonner révèle à l’autre qu’il peut être aimé, même s’il n’a pas aimé les autres.

Le pardon libère. Pardonner libère. C’est le don de Jésus à chacun de nous et il nous donne la paix. Jésus nous invite à nous donner le pardon les uns aux autres.

La transmission de la foi est toujours un événement communautaire, ecclésial

Troisième dimanche de Pâques, Année A – 30 avril 2017

Actes 2,14.22b-33
1 Pierre 1,17-21
Luc 24,13-35

La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres (2,14.22-33), nous présente le premier de six discours (suivront Actes 3,12-26; 4,8-12; 5,29-32; 10,34-43; 13,16-41) qui traitent de la résurrection de Jésus et de son sens messianique. Cinq de ces discours sont attribués à Pierre et le dernier à Paul. On peut donner à ces discours des Actes le nom de « kérygme », terme grec qui désigne la proclamation (1 Corinthiens 15,11). L’allocution de Pierre comporte une introduction et deux parties : dans la première (v. 16-21), il explique que les temps messianiques annoncés par Joël sont maintenant advenus; dans la seconde (v. 22-36), il proclame que Jésus de Nazareth, que les juifs ont crucifié, est le Messie promis par Dieu, celui qu’attendaient les justes de l’Ancien Testament; c’est Lui qui est venu réaliser le dessein salvifique de Dieu pour l’humanité.

Pour montrer que Jésus de Nazareth est bien le Messie annoncé par les prophètes, Pierre rappelle à ses auditeurs les miracles du Seigneur (v.22) ainsi que sa mort (v.23), sa résurrection (v.24-32) et son ascension glorieuse (v.33-35). Le discours de Pierre se termine par un bref résumé (v.36). Pierre proclame ainsi le message qui peut transformer la vie de quiconque l’entend. Ce message n’a pas changé et n’a rien perdu aujourd’hui de sa puissance. C’est un message qui continue d’apporter l’espoir aux désespérés, la vie à qui est mort dans le péché et le pardon à ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leurs fautes.

Un récit catéchétique et liturgique

Le récit d’Emmaüs, que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui, est au cœur du chapitre que Luc consacre à la résurrection. Dans cette histoire des deux disciples sur la route (v.13-35), Luc met l’accent sur l’interprétation de l’Écriture par Jésus ressuscité et sur la reconnaissance du Seigneur au moment de la fraction du pain. Les références aux citations de l’Écriture et l’explication qui en est donnée (24,25-27), la proclamation kérygmatique (v.34) et le geste liturgique (v.30) suggèrent que l’épisode est avant tout catéchétique et liturgique plutôt qu’apologétique.

Quand nous rencontrons les disciples sur la route d’Emmaüs, c’est le soir et la lueur du premier jour de Pâques commence à s’estomper. La résurrection n’est encore qu’une rumeur, un conte. Mais sous le dialogue on devine un profond désir et une faim bienheureuse. Intimement mêlé à leur scepticisme perce un espoir, leur besoin que Dieu soit vivant, vibrant et présent dans leur monde de mort. Mais le bagage de leur doute paralyse la ferveur de leur foi et ils n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Sans avoir conscience de ce qu’ils disent vraiment, les deux disciples professent plusieurs des éléments centraux du credo de la foi chrétienne mais ils n’arrivent pas à comprendre la nécessité de la souffrance du Messie, qu’avaient annoncée les Écritures.

L’étranger sur la route d’Emmaüs prend le scepticisme et la curiosité des disciples et les intègre à la trame de l’Écriture. Jésus ses interlocuteurs au défi de réinterpréter les événements des jours précédents à la lumière des Écritures. Mais Cléophas et son ami « ne comprennent pas et sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (v.25). Le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans sa gloire. Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à parler explicitement d’un Messie souffrant (Luc 24,26.46; Actes 3,18; 17,3; 26,23). L’idée d’un Messie souffrant ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans aucun texte juif antérieur à la période du Nouveau Testament, quoiqu’on y trouve une allusion en Marc 8,31-33.

Enfin, c’est dans l’intimité de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent le Ressuscité à leur côté. À Emmaüs, le Christ ressuscité pose les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains (9,16) et à la dernière Cène. Au moment de décrire ce moment de la reconnaissance, l’évangéliste a sûrement à l’esprit les nombreux repas de Jésus, et en particulier le dernier (cf. Luc 5,29; 7,36; 14,1.12.15.16; 22,14). Après avoir fait de la sorte l’expérience du Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs croient.

Comprendre la résurrection suppose donc une double démarche : il faut connaître le message des Écritures et, par la fraction et le partage du pain avec la communauté des croyants, faire l’expérience de Celui dont elles parlent, Jésus le Seigneur.

Le motif du voyage

Le motif du voyage dans le récit d’Emmaüs n’est pas simplement fonction de la distance entre Jérusalem et Emmaüs; en fait, il évoque aussi le cheminement douloureux et graduel des paroles qui doivent passer de la tête au cœur, la démarche d’une naissance à la foi, d’un retour à une relation adéquate avec cet étranger qui est nul autre que Jésus le Seigneur. Le Seigneur nous écoute et il est toujours là. La pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples nous le montre toujours à l’écoute, en particulier aux heures difficiles, quand on a chuté, quand on est en proie au doute, à la déception et à la frustration. Ses paroles touchent le cœur des disciples, qui devient « brûlant »; elles les arrachent aux ténèbres de la tristesse et du désespoir, elles nourrissent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur.

Les disciples atterrés ne commencent à évoluer qu’une fois éclairés par le Christ ressuscité, qui leur explique à l’aide des Saintes Écritures comment Dieu agit dans une monde résistant et au milieu de personnes réticentes et pécheresses comme nous. Cette victoire, en fait, est pleine d’ironie car les forces du rejet et les expériences de souffrance et de péché deviennent autant d’instruments au service de la réalisation du dessein de Dieu sur le monde !

Les mots qui transmettent la vie

Permettez-moi de vous présenter un texte particulièrement frappant sur « le devoir d’évangéliser »; il est tiré du document préparatoire du Synode des évêques « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qui aurait lieu en 2012. Ce texte offre une perspective unique sur le récit d’Emmaüs (n° 2).

La parole des disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité qu’échoue l’annonce du Christ, parce qu’incapable de transmettre la vie. Les deux disciples annoncent un mort (cf. Luc 24, 21-24), racontent leur frustration et leur espérance perdue. Ils parlent de la possibilité, pour l’Église de tout temps, d’une annonce qui ne donne pas la vie mais retient dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et les destinataires de l’annonce.

La question sur la transmission de la foi – qui n’est ni individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire et ecclésial – ne doit pas orienter les réponses dans le sens de la recherche de stratégies efficaces de communication, ni se centrer de façon analytique, sur les destinataires – les jeunes, par exemple – ; elle doit se décliner comme une question concernant le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème de façon non extrinsèque mais correcte, puisqu’elle met en cause toute l’Église dans son essence et dans sa vie. De cette manière, il peut être possible aussi de comprendre le fait que le problème de l’infécondité de l’évangélisation aujourd’hui, de la catéchèse des temps modernes, est un problème ecclésiologique, qui concerne la capacité ou l’incapacité de l’Église de se configurer en une communauté réelle, en une authentique fraternité, en un corps, et non en une machine ou une entreprise.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Comme Église, comme ministres, comme leaders laïcs, avons-nous déjà eu le sentiment que nos paroles sont incapables de transmettre la vie aux autres ? Avons-nous annoncé un mort au lieu du Seigneur vivant ? En quoi nos paroles et le message de l’Église ont-ils retenu dans la mort le Christ annoncé et les destinataires du message ?

2) Qu’est-ce qui nous empêche de devenir une vraie communauté, une vraie fraternité, un corps vivant, au lieu d’une machine ou d’une entreprise ?

3) Quels sont les événements du passé qui ont influencé, gêné ou bloqué notre proclamation et notre façon d’être Église ? Comment certains événements nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation ?

4) Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles nouvelles formes d’évangélisation l’Esprit nous enseigne-t-il et exige-t-il de nous ?

Nous sommes de nouveau des pèlerins

Il y a plusieurs années, lors de ma première visite à la communauté œcuménique de Taizé, en France, j’ai entendu cette méditation que proposaient feu le Frère Roger Schutz et sa communauté. Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous sommes de nouveau des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs…
Nous avons la tête courbée au moment de rencontrer l’Étranger
qui s’approche et vient avec nous.
Comme le soir tombe, nous essayons de distinguer son visage
tandis qu’il nous parle, qu’il parle à notre cœur.
En interprétant le Livre de la vie,
il prend nos espoirs brisés et les embrase :
la route se fait plus légère tandis que,
rassemblant les braises, nous apprenons à attiser la flamme.
Si nous l’invitons ce soir, il viendra s’asseoir
et ensemble nous partagerons le repas.
Et alors, tous ceux qui ne croyaient plus
verront, et viendra l’heure de la Reconnaissance.
Il rompra le pain des larmes à la table des pauvres
et chacun recevra la manne à satiété.
Nous retournerons à Jérusalem pour proclamer hautement
ce qu’il nous a murmuré à l’oreille.
Et assurément nous trouverons là des frères et des sœurs
qui nous accueilleront en disant :
« Nous aussi, nous l’avons rencontré ! »
Car nous le savons, la miséricorde de Dieu
est venue visiter la terre des vivants !

De la blessure de son cœur jaillit la grande vague de la miséricorde

Deuxième dimanche de Pâques, Année A – 23 avril 2017
Dimanche de la Divine Miséricorde

Actes 2,42-47
1 Pierre 1,3-9
Jean 20,19-31

Le nom de « Thomas » désigne encore aujourd’hui celui qui n’accepte de croire que ce qu’il a vu de ses yeux, l’incrédule, le « sceptique ». « Thomas l’incrédule » renvoie évidemment à l’un des Douze, dont le nom figure dans toutes les listes d’apôtres que donnent les évangiles. Thomas est appelé « Didyme », forme grecque d’un terme araméen qui désigne « le jumeau ». Quand Jésus annonça qu’il avait l’intention de retourner en Judée visiter Lazare, Thomas dit aux autres disciples : « Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui » (Jean 11,16). C’est encore Thomas qui, pendant le grand discours qui suivit la dernière Cène, souleva une objection : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jean 14,5)

Le Nouveau Testament ne nous en apprend pas beaucoup plus sur l’apôtre Thomas; néanmoins, à cause du passage tiré aujourd’hui de l’évangile de Jean (Jean 20,19-31), sa personnalité nous est plus familière que celle de plusieurs des Douze. Thomas aura reçu l’enseignement de Jésus et il aura sûrement été bouleversé par sa mort. Le soir de Pâques, quand le Seigneur apparut aux disciples, Thomas n’y était pas. Quand on lui dit que Jésus était vivant et qu’il s’était manifesté, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas » (Jean 20,25). Huit jours plus tard, Thomas fit son acte de foi et se mérita une observation de Jésus : « Parce que tu m’as vu, tu crois; heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Le vrai Thomas

L’apôtre Thomas est l’un des plus grands amis et l’un des plus honnêtes disciples de Jésus, non pas l’éternel sceptique, l’entêté crâneur qu’en a fait souvent la tradition chrétienne. Ce jeune apôtre s’est retrouvé devant la croix, incapable de trouver un sens à l’horreur de l’événement. Tous ses rêves, tous ses espoirs pendaient à cette croix. C’est au sein de la communauté croyante des apôtres et des disciples que Thomas a redécouvert sa foi. Voilà une chose qu’il ne faut jamais oublier, surtout à une époque où tant de gens prétendent qu’on peut arriver à la foi et à la vie spirituelle sans vivre l’expérience de la communauté ecclésiale. Nous ne croyons pas chacune, chacun pour soi, en individus isolés; non, par le baptême, nous devenons membres de la grande famille de l’Église. C’est précisément la foi professée par la communauté que nous appelons l’Église qui vient renforcer notre foi personnelle. Chaque dimanche à la messe, nous professons ensemble notre foi soit selon la formule du credo de Nicée, soit avec les mots du symbole des Apôtres. Ce faisant, nous sommes préservés du danger de croire en un dieu qui ne serait pas celui que le Christ nous a révélé.

La foi n’est pas un acte isolé

N’oublions pas le numéro 166 du Catéchisme de l’Église catholique :

La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle. Mais la foi n’est pas un acte isolé. Nul ne peut croire seul, comme nul ne peut vivre seul. Nul ne s’est donné la foi à lui-même comme nul ne s’est donné la vie à lui-même. Le croyant a reçu la foi d’autrui, il doit la transmettre à autrui. Notre amour pour Jésus et pour les hommes nous pousse à parler à autrui de notre foi. Chaque croyant est ainsi comme un maillon dans la grande chaîne des croyants. Je ne peux croire sans être porté par la foi des autres, et par ma foi, je contribue à porter la foi des autres.

Le dimanche de la divine miséricorde

Le dimanche de la divine miséricorde célèbre l’amour miséricordieux de Dieu, qui resplendit dans le Triduum pascal et dans tout le mystère de Pâques. Cette fête reprend une ancienne tradition liturgique, dont on trouve un écho dans un enseignement attribué à saint Augustin au sujet de l’Octave de Pâques; Augustin parlait de la semaine de Pâques comme des « jours de la miséricorde et du pardon » et du jour même de l’Octave comme du « condensé des jours de la miséricorde ».

L’intérêt du pape Jean-Paul II pour la miséricorde divine remonte à sa jeunesse à Cracovie, dans la Pologne occupée de la Deuxième Guerre mondiale, quand Karol Wojtyla fut témoin de tant de souffrance et de cruauté. Il y a vu les rafles : des centaines, des milliers de personnes ramassées pour être enfermées dans les camps de concentration et asservies aux travaux forcés. Dans sa ville natale de Wadowice, il comptait plusieurs amis juifs qui disparurent dans la Shoah. C’est pendant ces années de terreur que Karol Wojtyla décida d’entrer au séminaire clandestin du cardinal Sapieha, à Cracovie. Oui, il a vécu le besoin de la miséricorde de Dieu et le besoin qu’a l’humanité de pratiquer la miséricorde mutuelle. Au séminaire, il fit la connaissance d’un autre séminariste, Andrzej Deskur (il deviendra un jour cardinal) qui lui exposa le message de la divine miséricorde tel qu’il avait été révélé à une religieuse mystique polonaise, S. Maria Faustyna Kowalska, morte en 1938 à l’âge de 33 ans.

Le pape de la divine miséricorde

Dès le début de son pontificat, en 1980, le pape Jean-Paul II consacra toute une encyclique au thème de la miséricorde divine (Dives in Misericordia – Dieu riche en miséricorde) pour bien montrer que le cœur de la mission de Jésus Christ a été de révéler l’amour miséricordieux du Père. En 1993, quand le pape Jean-Paul II béatifia Sœur Faustyna Kowalska, il déclara dans son homélie : « Sa mission se poursuit et donne un fruit étonnant. Il est vraiment merveilleux de voir comment sa dévotion à Jésus miséricordieux se répand dans le monde contemporain et gagne de plus en plus de cœurs ! »

Quatre ans plus tard, en 1997, le Saint Père se rendit sur la tombe de la Bienheureuse Faustyna à Lagiewniki, en Pologne; son message ne manquait pas de force : « Il n’y a rien dont l’homme ait un plus grand besoin que de la divine miséricorde… De là jaillit le message de miséricorde que le Christ lui-même a choisi de transmettre à notre génération par l’entremise de la Bienheureuse Faustyna. »

En 2000, l’année du Jubilé, le pape Jean-Paul II canonisa S. Faustyna; elle devenait ainsi la première sainte du nouveau millénaire; du même coup, le pape instituait dans l’Église universelle le Dimanche de la divine miséricorde, célébré désormais le deuxième dimanche de Pâques. À l’homélie, il affirma : « Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. »

Un an plus tard, dans son homélie pour le Dimanche de la divine miséricorde 2001, le pape présentait le message de la miséricorde confié à sainte Faustyna comme « la réponse adéquate et incisive que Dieu a voulu offrir aux hommes de notre temps, marqué par d’immenses tragédies… La Miséricorde divine ! Voilà le don pascal que l’Église reçoit du Christ ressuscité et qu’il offre à l’humanité, à l’aube du troisième millénaire. »

De retour à Lagiewniki, en Pologne, en 2002, lors de la dédicace du nouveau Sanctuaire de la Divine Miséricorde, le Saint Père consacra le monde entier à la miséricorde divine : « Je le fais avec le désir que le message de l’amour miséricordieux de Dieu, proclamé ici à travers sainte Faustyna, atteigne tous les habitants de la terre et remplisse leur cœur d’espérance. »

Dans l’allocution qu’il prononça au Regina Cœli du dimanche 23 avril, le pape Benoît XVI déclara : « Le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu est placé au centre du Pontificat de mon vénéré prédécesseur. » Et la Providence a voulu que cette année, le jour même du Dimanche de la divine miséricorde, le pape Benoît XVI proclame bienheureux son prédécesseur le pape Jean-Paul II, grand apôtre et ambassadeur de la miséricorde divine.

La miséricorde est notre sceau

Il faut nous poser la question : qu’y a-t-il de nouveau dans ce message sur la miséricorde divine ? Pourquoi le pape Jean-Paul II a-t-il tant insisté sur cet aspect de l’amour de Dieu à notre époque ? Cette dévotion ne reprend-elle pas le culte du Sacré Cœur de Jésus ? La miséricorde est une vertu chrétienne importante, très différente de la justice et de la rétribution. Tout en reconnaissant la douleur de la blessure et les raisons qui justifient le châtiment, la miséricorde adopte une approche différente pour remédier à la situation. La miséricorde s’efforce de changer radicalement la condition et l’âme de l’agresseur pour qu’il résiste au mal : c’est souvent en lui révélant l’amour et sa propre beauté qu’elle y arrive. Si une punition est appliquée, elle doit l’être pour le salut, et non par souci de vengeance ou de rétribution. C’est là une question très embrouillée aujourd’hui et un message des plus complexes… mais il n’y a pas d’autre façon d’aller de l’avant et de devenir levain dans la pâte du monde d’aujourd’hui, d’être vraiment sel et lumière au sein d’une culture qui a perdu la saveur de l’Évangile et la lumière du Christ.

Là où dominent la haine et la soif de vengeance, là où la guerre n’apporte que mort et souffrance aux innocents, là où la violence détruit un nombre incalculable de vies innocentes, il faut la grâce de la miséricorde pour replacer le cœur et l’esprit humain et pour susciter la guérison et la paix. Partout où font défaut le respect de la vie et de la dignité humaine, l’amour miséricordieux de Dieu est indispensable car c’est à sa lumière que nous percevons la valeur inexprimable de chaque être humain. La miséricorde est nécessaire pour mettre un terme à toutes les injustices dans le monde. Le message de la miséricorde, c’est que Dieu nous aime, qu’il nous aime toutes et tous, si grands que soient nos péchés. La miséricorde de Dieu est plus grande que nos péchés si bien que nous pouvons faire appel à Lui avec confiance, recevoir sa miséricorde et la laisser couler en nous et à travers nous jusqu’aux autres. Au fond, la miséricorde comprend la faiblesse, elle est la capacité de pardonner.

L’apôtre de la divine miséricorde

Dans son ministère sacerdotal et épiscopal, et en particulier pendant tout son pontificat, le pape Jean-Paul II a prêché la miséricorde de Dieu, il a écrit sur elle et, surtout, il l’a vécue. Il a pardonné à l’homme qui avait été choisi pour l’assassiner, place Saint-Pierre. Le pape qui avait été témoin du scandale des divisions entre chrétiens et des atrocités commises contre le peuple juif fit tout ce qu’il put pour guérir les blessures causées par les conflits du passé entre les catholiques et les autres églises chrétiennes et, en particulier, avec le peuple juif.

Aujourd’hui, en ce jour où l’Église proclame bienheureux ce grand apôtre de la miséricorde et de la paix, c’est avec beaucoup d’affection et une profonde gratitude que je me rappelle les paroles émouvantes qu’il prononça à la fin de la messe de la Journée mondiale de la Jeunesse 2002, au parc Downsview de Toronto. Ces paroles nous rappellent l’importance et la nécessité de la miséricorde dans l’Église d’aujourd’hui :

Aux heures difficiles de la vie de l’Église, la poursuite de la sainteté devient d’autant plus urgente. Et la sainteté n’est pas affaire d’âge ; la sainteté est affaire de vie dans l’Esprit Saint… Ne laissez pas mourir l’espérance ! Misez votre vie sur elle… Car nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de la capacité que nous avons de devenir l’image de son Fils.

Prions aujourd’hui dans la joie et la gratitude :

Seigneur, toi qui es riche en miséricorde
et qui as voulu que Saint Jean-Paul II
préside comme pape à ton Église universelle,
accorde-nous, nous t’en prions, qu’instruits par son enseignement,
nous puissions ouvrir nos cœurs à la grâce salvifique du Christ,
seul rédempteur de l’humanité,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu pour les siècles des siècles.

Comme des fioles d’albâtre de nard…

Veillée Pascale – samedi 15 avril 2017

Genèse 1,1-2,2 ; Genèse 22,1-18
Exode 14,15-15,1
Isaïe 54,5-15 ; Isaïe 55,1-11
Baruch 3,9-15.32-4,2
Ézéchiel 36,16-17a.18-28
Romains 6,3-11
Matthieu 28,1-10

L’histoire tragique du Vendredi Saint ne se termine pas avec la mort de Jésus. Il y a une suite. Dieu élève Jésus des morts et écrit de ce fait un autre chapitre dans l’histoire du salut. Il y aura un lendemain parce que le tombeau n’est pas la fin. L’annonce, qui a changé la tristesse de ces femmes pieuses en joie, résonne avec une éloquence invariable dans toute l’Église au cours de la célébration de la Vigile Pascale.

Un tombeau à Jérusalem

Au milieu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on trouve le tombeau de Jésus, un sanctuaire au Christ ressuscité. Il n’est pas là. Il est parmi nous. Ayant vécu à Jérusalem pendant presque quatre ans, je vous assure que tout autour de ce tombeau, on peut voir les restes terriblement humains de plus de deux milles ans de discorde, de chaos et de corruption qui continuent jusqu’à ce jour. Néanmoins, il s’agit du sanctuaire et du lieu saint les plus importants pour les chrétiens. La résurrection de Jésus est le signe que Dieu va finalement gagner. Au Calvaire, et ailleurs dans l’Église, la corruption semble effrénée. En cette nuit où le Seigneur a brisé les chaînes de la mort, nous savons en bout de ligne que Dieu est victorieux. Je sais cela dans ma chair et dans mes os, dans mon cœur, parce qu’à soixante-dix pieds du Calvaire il y a un tombeau qui est maintenant vide. Dieu vaincra le péché et la mort. Dieu établira une société juste. Comme chrétiens, nous avons un message encore plus profond : non pas que Dieu va gagner, mais que nous, dans le Christ, allons gagner…

Les leçons des femmes de Pâques

Nous avons toujours des leçons profondes à apprendre des femmes qui ont couru au tombeau au premier matin de Pâques. Elles représentaient les femmes innombrables, inconnues et pourtant dévouées qui faisaient partie des foules auxquelles Jésus s’est adressé et dans les maisons qu’il a visitées. Elles étaient les femmes courageuses qui se sont précipitées dehors pour toucher la frange de son manteau. Elles ont crié après lui ; elles sont entrées dans les maisons qu’il visitait sans y être elles-mêmes invitées, elles ont versé le nard le plus cher et le plus parfumé sur ses pieds à la consternation des critiques. Certaines l’ont rencontré aux puits à midi. Elles l’ont attendu, et l’ont accompagné de Galilée à Samarie à Jérusalem.

Elles connaissaient la promesse qui leur avait été faite, elles l’ont accueilli, elles savaient, de part la manière dont il les traitait, l’impact de leur témoignage sur lui, et elles ne craignaient pas de lui montrer leur amour. En fin de compte, elles se sont tenues près de son corps mourant, alors que les hommes se cachaient par crainte des autorités. Ce sont des femmes qui ont moulu des épices pour l’ensevelir et elles avaient calculé comment rouler la pierre de son tombeau. Elles se sont occupées de ses affaires de son vivant et après sa mort. Elles ont été récompensées de leur fidélité en étant les premières destinataires de la bonne nouvelle de la résurrection.

Femmes au tombeau et femmes de l’Église

Toutes les fois que je lis cet évangile de Pâques, je ne peux que penser aux innombrables religieuses qui ont considérablement influencé ma vie, depuis mon enfance, et encouragé à être un chrétien et un prêtre. Je me rappelle avec gratitude les Religieuses du Sacré-Cœur et les Sœurs de Saint-Joseph de Rochester, mes premières enseignantes. Je me souviens avec émotion des Sœurs de la Sainte-Famille de Spoleto et les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie avec qui j’ai eu le privilège du travailler au cours de mes premières années de ministère pastoral au Canada. Les Sœurs de Sion, les Soeurs Salvatorienes d’El-Quebeibeh d’Emmaüs et de Nazareth et les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition m’ont montré comment aimer et imiter le Seigneur dans sa propre patrie pendant mes études supérieures.
Plus tard les Sœurs de Saint-Joseph de Toronto et de Hamilton et les Sœurs de la Miséricorde d’Irlande ont partagé avec moi des années très fructueuses du ministère au Centre Newman de Toronto et plus particulièrement pendant la Journée mondiale de la jeunesse 2002. La diminution des effectifs de plusieurs de ces congrégations religieuses au sein de l’Église est cause de tristesse, mais également de gratitude profonde. Je regrette que plusieurs générations de jeunes n’aient jamais la joie de connaître des femmes religieuses comme je les connaissais : enseignantes, agentes de pastorale, collègues et amies.

Bien que leurs « charismes » demeurent vivants à travers des institutions gérées dans bien des cas par des laïcs, rien ne pourra jamais remplacer leur présence dans la vie de l’Église et dans nos propres histoires personnelles. Leurs vies étaient des fioles d’albâtre de nard versées en service actif, dans des œuvres courageuses et prophétiques, et en présence attentive jusqu’à la fin. Leur action au nom de Jésus était remplie d’espérance, positive, courageuse, et sans ambiguïté. Leur foi active en lui et leur manière décisive de le suivre sont, en conclusion, la beauté et l’éloquence invariables de la vocation de l’Église. Quand je pense à cette première Pâques, dans un mystérieux jardin à l’extérieur des murs de Jérusalem, je ne peux que me rappeler des femmes fidèles dans ma vie qui ont porté le message de la résurrection aux extrémités de la terre.

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie ! Alléluia ! »