Moriah, Thabor et Calvaire : Quand l’obscurité peut être éblouissante

Deuxième dimanche du Carême, Année B – 25 février 2018

Moriah. Sinaï. Nébo. Carmel. Horeb. Gilboa. Garizim. Mont des Béatitudes. Thabor. Hermon. Sion. Mont des Oliviers. Golgotha. Même si nous n’avons jamais visité les terres de la bible, nous sommes tous familiers avec ces montagnes bibliques et les grands événements de l’histoire du salut qui ont eu lieu là-bas. Les montagnes sont souvent utilisées dans la bible pour mettre en scène des rencontres importantes entre Dieu et son peuple.

Les lectures de l’Ancien testament et de l’évangile d’aujourd’hui ont lieu sur deux montagnes importantes: les Monts Moriah et Thabor. Les deux lectures nous laissent entrevoir Dieu et son Fils Jésus, notre Sauveur. Considérons d’abord l’histoire du sacrifice d’Isaac par son père Abraham tel que raconté dans Genèse 22, 1-19. En hébreu, on appelle ce récit l’Akedah, déformation du mot araméen qui signifie promis/obligatoire. Il provoque le scandale dans les esprits modernes : quelle sorte de Dieu peut demander à un père de tuer son propre fils?

Combien de voix païennes troublaient Abraham à ce moment? Que ferait un père de notre époque s’il était appelé à sacrifier son unique fils à Dieu? Il passerait pour un fou même s’il ne faisait que considérer la chose – il serait ainsi un infidèle aux yeux de Dieu. Quel récit poignant! « Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice… alors Abraham se leva de bon matin». Parce qu’Abraham a écouté le messager du Seigneur, son fils unique fut épargné. » Ainsi, le sacrifice d’Isaac n’est pas un symbole de mort mais un symbole de vie puisqu’on interdit à Abraham de sacrifier son fils.

Ce qui s’est passé sur le Mont Moriah trouve écho dans ce qui s’est produit au sommet du Thabor et du Calvaire dans le Nouveau Testament. Les trois montagnes sont des lieux significatifs dans la bible. À leur sommet, Dieu ne nous abandonne jamais dans notre désespoir et notre terreur les plus profonds. Dieu est avec nous dans le calme et dans la tempête, le jour comme la nuit. Ces monts nous enseignent que c’est uniquement lorsque nous sommes prêts à lâcher prise sur ce que nous aimons et chérissons le plus en cette vie que nous pouvons espérer recevoir au-delà que ce que nous pouvons rêver. C’est seulement à cet instant que nous ferons l’expérience de la résurrection, de la guérison et de la vie nouvelle.

Jésus eut besoin de la lumière de l’expérience du sommet de la montagne dans sa propre vie. Alors qu’il annonçait sa passion à venir, il eut besoin du Mont Thabor pour lui donner la force de descendre dans la vallée du Jourdain et monter vers Jérusalem. Depuis ce temps, le scénario est le même pour tous les disciples. Ceux qui suivent Jésus doivent gravir la montagne pour entrevoir le mystère de la présence de Dieu dans le monde et dans nos vies. Néanmoins, le récit de la Transfiguration de Jésus d’après Marc nous rappelle qu’il ne suffit pas de contempler le mystère. Les disciples sont sommés d’écouter Jésus, le Bien-aimé de Dieu, et d’ensuite retourner à leur routine quotidienne en bas, dans la vallée.

Le récit évangélique de la Transfiguration nous permet de porter un regard sur nos propres expériences au sommet de la montagne. Comment ces expériences ont-elles jetées un peu de lumière sur nos ténèbres? Que seraient nos vies sans ces expériences au sommet? Combien de fois nous tournons-nous vers ces moments significatifs pour trouver force, courage et perspective? Comment cette expérience au sommet de la montagne nous permet-elle d’écouter avec plus d’attention la voix de Dieu qui nous appelle à la fidélité et à l’authenticité de notre manière de croire? Il nous est souvent difficile de voir la gloire du Christ lorsque nous sommes en bas, dans la vallée.

Tant de voix nous bombardent que nous avons de la difficulté à écouter la voix de Dieu. Nous pouvons seulement écouter Jésus et le contempler dans sa gloire lorsque nous avons gravi une montagne comme le Thabor, le Mont de la Transfiguration. Nous parviendrons à voir Jésus et commencerons à le comprendre lorsque nous irons avec d’autres au sommet de la montagne. Seul, nous ne pourrons voir le Christ transfiguré.

Se trouver sur une terre sainte

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième dimanche de Carême C (28 février 2016)

La première lecture de ce dimanche tirée de l’Exode (3,1-8a; 13-15) me rappelle ma première visite au Mont Sinaï et au monastère Ste Catherine en 1990, pendant mes années d’études à Jérusalem. Je me souviens très bien de cette fabuleuse expérience d’être sur la « Terre Sainte » au Sinaï, sur le lieu où Dieu donna à l’humanité sa Loi, les Dix commandements de l’Alliance.

Je me souviens aussi des paroles bouleversantes du pape Jean-Paul II, prononcées au Monastère Ste Catherine au Sinaï le 26 février 2000 lors de son pèlerinage jubilaire aux lieux de notre salut.

Combien de personnes sont venues en ce lieu avant nous ! Ici, le peuple de Dieu a planté ses tentes (cf. Ex 19, 2) ; ici, le prophète Elie trouva refuge dans une grotte (cf. 1 R 19, 9) ; ici, le corps de la martyre Catherine trouva son lieu de repos ultime ; ici, une foule de pèlerins à travers les âges ont fait l’ascension de ce que saint Grégoire de Nysse appelait « la montagne du désir » (Vie de Moïse, 2, 232) ; ici, des générations de moines ont veillé et prié. Nous suivons humblement leurs pas jusqu’à « la terre sainte » où le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob chargea Moïse de rendre son peuple libre (cf. Ex 3, 5-8).

Dans ce passage bien connu tiré du chapitre 3 de l’Exode, l’image de la « terre sainte » est vivante, parlante. Pendant des siècles, des auteurs spirituels ont contemplé la profonde signification de la terre et des lieux saints. La région entière du Sinaï, avec sa beauté naturelle et rude et l’ancien monastère dressé au pied de la montagne sainte de Dieu, sont les témoins silencieux de l’entrée de Dieu dans l’histoire humaine.

« Moïse, Moïse »

Dans la première lecture d’aujourd’hui, Moïse est simplement «occupé à ses affaires», gardant le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian, quand il arrive à l’Horeb, la montagne de Dieu (Exode 3,11 suiv.). L’Horeb est probablement mentionné spécialement pour les apparitions divines qui ont eu lieu ici, et aussi comme lieu où les Israélites séjournèrent après leur départ d’Égypte.

L’ange du Seigneur lui apparut au milieu d’un feu qui sortait d’un buisson. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer.

Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour venir regarder, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! »

Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales, car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte  (Exode 3, 2-5)

Moïse entend deux fois son prénom: « Moïse, Moïse ». Dans la Bible, il est rare qu’une personne soit appelée à deux reprises. Au livre de la Genèse (22,1), Abraham est convoqué à sacrifier son fils : « Abraham, Abraham! » C’est un point tournant dans sa vie. Sa sincérité fut mise à l’épreuve. Un autre exemple: dans le premier livre de Samuel 3,10 « Samuel, Samuel! » Et Samuel répondit: « Parle, ton serviteur écoute ».  La période déroutante des Juges se termine et celle des Rois qui marque une proximité nouvelle de Dieu avec son peuple va commencer.

Moïse a essayé de considérer le phénomène du buisson ardent comme une partie de sa vision de Dieu, de l’histoire, et de la présence de Dieu dans l’histoire. Mais les paroles fortes du Seigneur au buisson sont un avertissement, comme s’il avait été dit à Moïse: « Moïse, tu ne vas pas venir à moi en m’enfermant dans ton schéma personnel. Tu ne vas pas m’intégrer dans tes plans. Au contraire, je veux que tu t’ajustes à mon plan! » Impossible de se défiler: le Seigneur qui cherche Moïse… là où il se trouve. Le Seigneur fait pareil avec chacun de nous.

Dieu ne se limite pas à l’espace et au temps

Nous ne devons jamais oublier que même si Dieu s’est lui-même révélé à Moïse dans un lieu et d’une manière uniques, cela ne limite pas Dieu à ces derniers. Notre tendance humaine de limiter Dieu à certains temps, lieux et peuples ne diminue pas le degré de notre compréhension de la souveraineté absolue de Dieu. La présence de Dieu et le pouvoir de Jésus ne peuvent pas être limités aux lieux seuls. Reconnaissons la grande habileté de Dieu pour briser nos structures, nos règles et nos frontières afin de s’adresser à nous peu importe où nous sommes avec les mots prononcés à Moïse : « N’approche pas d’ici! Retire tes sandales car le lieu que foulent tes pieds est une terre sainte! »

Le vrai rocher qui accompagna Israël

La typologie du désert dans l’Ancien Testament, rocher et eau, est très évidente dans la seconde lecture d’aujourd’hui tirée de la première lettre aux Corinthiens (10, 1-6.10-12). Saint Paul écrit : « tous, ils ont mangé la même nourriture, qui était spirituelle ;  tous, ils ont bu à la même source, qui était spirituelle ; car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher, c’était déjà le Christ.

Cependant, la plupart n’ont fait que déplaire à Dieu, et ils sont tombés au désert. »

Paul fait référence au rocher spirituel que le peuple suivait. La Torah parle seulement d’un rocher d’où l’eau jaillit, mais la légende rabbinique l’amplifia et en fit une fontaine qui suivait les Israélites à travers leur migration. Paul utilise cette légende au pied de la lettre et lui donne une signification spirituelle. Le rocher c’était le Christ. Dans l’Ancien testament, le Seigneur Dieu est le Rocher de son peuple (le chant de Moïse au Seigneur, le Rocher au Deutéronome 32). Paul applique cette image au Christ, la source d’eau vive, le vrai Rocher qui accompagna Israël et guida leur traversée du désert. [Read more…]

Jésus nous envoie pour enseigner et guérir

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Réflexion biblique pour le 15e dimanche du temps ordinaire B, 12 juillet 2015

Lorsque les évangiles nous rapportent l’appel lancé par Jésus à ces jeunes disciples et apôtres, cet appel est toujours fait avec compassion. Jésus veille sur ceux qu’il appelle, il les aime, les met au défi et les incite à être quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu imaginer!

L’évangile de ce dimanche (Marc 6, 7-13) porte sur la formation de ceux qui éventuellement propageront l’Évangile aux quatre coins du monde. Marc perçoit l’enseignement et le travail des apôtres comme un prolongement de l’enseignement et de l’œuvre de Jésus. Dans le récit de Marc, cet appel des Douze est vu dans l’invitation de Jésus à devenir pêcheur d’hommes (Mc 1, 16-20), puis des Douze choisis pour être avec Jésus et recevoir l’autorité pour prêcher et expier les démons (3, 13-19). On leur donne maintenant la mission spécifique d’exercer cette autorité en paroles et en actes comme représentants de Jésus.

Dans ce récit de l’appel, Jésus n’interdit pas la visite de territoire païen ou l’entrée de ville de Samarie. Ces différences indiquent une certaine adaptation aux conditions à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine et suggère, d’après le récit de Marc, une activité tardive dans l’Église. Du reste, Jésus exigeait de ses apôtres une dépendance totale à Dieu pour la nourriture et l’abri (Cf. Mc 6, 35-44; 8, 1-9). Logeant dans une même demeure en tant qu’invité (6,10), au lieu d’aller dans un lieu plus confortable évitait toute impression de chercher des avantages pour soi et déshonorer son hôte. Pourquoi Jésus dit-il à ses apôtres de ‘voyager léger’ avec peu ou pas de provision? Il veut que ses disciples dépendent de lui et non d’eux-mêmes. Il promet d’œuvrer à travers et en chaque personne appelée à sa gloire. Secouer la poussière de ses pieds servait de témoignage contre ceux qui rejetait l’appel au repentir.

Aide ou obstacle?

L’ignorance des disciples est l’un des thèmes récurant de l’évangile de Marc. En lisant l’évangile au complet, nous constatons que les disciples sont à la fois un obstacle et une aide pour Jésus. Ils ne comprennent pas ces paroles ni ne l’appuie dans sa mission. À maintes reprises, Jésus les blâme pour leur incapacité à comprendre et pour leur dureté de cœur. Mais lorsque les disciples comprennent mal Jésus et le laisse tomber, ils font plus qu’exercer sa patience. Ils servent de cobayes. Ceux qui ‘songent aux choses du monde’ plutôt qu’aux choses de Dieu ne peuvent comprendre que le chemin étroit qui se trouve devant Jésus doit nécessairement se terminer à la croix. Ainsi ils agissent d’une manière qui risque de détourner Jésus de sa voie.

Nous nous demandons souvent: «Pourquoi Marc a-t-il présenté les disciples sous un mauvais jour? » Les lecteurs de Marc de l’époque eux, auraient porté leur attention non pas sur le stratagème littéraire de l’auteur mais sur les événements dépeints dans le récit. Ils se seraient demandés quelque chose comme: «Comment comprendre que des disciples, que nous savons de grands leaders, soient si faibles et agissent de façon aussi honteuse?» La réponse à cette question aurait été évidente: Dieu avait ouvert les yeux des disciples et les avait transformés. D’hommes qui ne comprenaient pas et qui passaient Jésus au test, ils étaient devenus des serviteurs dignes et mêmes des leaders qui ne craignaient rien! Il y a donc de l’espoir pour nous ! Les chrétiens se sont souvenus des récits de ces appels, conscients de leurs propres faiblesses et de leurs propres échecs, mais aussi confiants en la présence du Seigneur qui triomphe de la peur. [Read more…]

Se trouver sur une terre sainte

Réflexion biblique pour le troisième dimanche de Carême C

La première lecture de ce dimanche tirée de l’Exode (3,1-8a; 13-15) me rappelle ma première visite au Mont Sinaï et au monastère Ste Catherine en 1990, pendant mes années d’études à Jérusalem. Je me souviens très bien de cette fabuleuse expérience d’être sur la « Terre Sainte » au Sinaï, sur le lieu où Dieu donna à l’humanité sa Loi, les Dix commandements de l’Alliance.

Je me souviens aussi des paroles bouleversantes du pape Jean-Paul II, prononcées au Monastère Ste Catherine au Sinaï le 26 février 2000 lors de son pèlerinage jubilaire aux lieux de notre salut.

Mount_SinaiCombien de personnes sont venues en ce lieu avant nous ! Ici, le peuple de Dieu a planté ses tentes (cf. Ex 19, 2) ; ici, le prophète Elie trouva refuge dans une grotte (cf. 1 R 19, 9) ; ici, le corps de la martyre Catherine trouva son lieu de repos ultime ; ici, une foule de pèlerins à travers les âges ont fait l’ascension de ce que saint Grégoire de Nysse appelait « la montagne du désir » (Vie de Moïse, 2, 232) ; ici, des générations de moines ont veillé et prié. Nous suivons humblement leurs pas jusqu’à « la terre sainte » où le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob chargea Moïse de rendre son peuple libre (cf. Ex 3, 5-8).

Dans ce passage bien connu tiré du chapitre 3 de l’Exode, l’image de la « terre sainte » est vivante, parlante. Pendant des siècles, des auteurs spirituels ont contemplé la profonde signification de la terre et des lieux saints. La région entière du Sinaï, avec sa beauté naturelle et rude et l’ancien monastère dressé au pied de la montagne sainte de Dieu, sont les témoins silencieux de l’entrée de Dieu dans l’histoire humaine. [Read more…]