Sur la route du diocèse de Rimouski

À première vue, l’Église du Québec souffre d’une grande pauvreté. Parallèlement, la société québécoise vit difficilement les conséquences de la désertification spirituelle et du vacuum religieux. Toutefois, si on y regarde de plus près, on perçoit une panoplie de raisons d’espérer. Comme l’ont affirmé les évêques du Québec au pape François (Rapport ad limina 2017, AECQ) : « C’est sur le terrain, auprès des gens que nous voyons émerger cette nouvelle Église, fragile mais combien enracinée dans la foi, l’espérance et l’amour ».

Au cours de cette émission, Francis Denis nous invite Sur la route du diocèse de Rimouski, à la rencontre des différents visages de cette Église qui, de par sa pauvreté même, fait resplendir sur le monde le « visage miséricordieux du Père » (Misericordiae Vultus, no 17). Production originale de S+L, Sur la route des diocèses est diffusée les derniers vendredis du mois à 19h30 et en rediffusion les lundis suivants à 20h30.

« Oui, Dieu aime ce Québec, notre Québec »

CNS/L’Osservatore Romano

Nous poursuivons aujourd’hui notre lecture du rapport des évêques du Québec remis au pape François lors de leur dernière visite ad limina à Rome. De ce rapport composé de trois chapitres, nous avions recensé le premier en manifestant le caractère sociologique, culturel et politique de l’analyse des évêques sur le Québec. Dans la deuxième partie, l’épiscopat québécois propose un portrait idéologique et même psychologique de la société québécoise.

De profondes contradictions

Il est toujours intéressant de s’interroger sur les idéaux d’une population en la comparant à la réalité vécue. On se rend compte que ces grands principes sont parfois très éloignés du réel. En ce sens, on assiste souvent au spectacle d’idéaux diamétralement opposés à la réalité. Comme si on se projetait une image de soi-même pour se réconforter d’une réalité trop décevante, pensant qu’affirmer un principe haut et fort pallie à une médiocre mise en pratique. Ainsi, par exemple, on déjà vue des sociétés très codifiées et hiérarchisées proclamer un égalitarisme acharné. Tout cela dans le but de nier la réalité. Comme dans toute société, le Québec ne fait pas exception.

Un Québec pas si heureux que ça…

D’abord, les évêques constatent que notre société est centrée sur le bonheur et sur la joie de vivre. Citant un article du magazine l’Actualité, ils rendent compte du fait que « si, dans ce rapport mondial (World Happiness Report), le Canada figure au cinquième rang des pays dont les citoyens se disent heureux, le Québec pris isolément figurerait au deuxième rang […] Plus qu’ailleurs au monde, les Québécois et Québécoises se disent donc heureux » (p.2.2). Comment se fait-il que du même coup, le Québec soit un des champions du suicide ? Comment une société si heureuse peut-elle accepter que « 1100 Québécois s’enlèvent la vie chaque année, et que la situation stagne malgré les campagnes de prévention »[4] ce qui représente, en moyenne, trois suicides par jour » (p.2.1) ? Il est évident que l’idéal ne correspond pas tout à fait à la vie réelle des Québécois.  Peut-être « confondent-ils le bonheur et « le confort d’un divan » »[7] se demandent les évêque en reprenant l’expression du pape François ?

Un Québec pas si solidaire que ça…

Une autre contradiction entre l’image véhiculée et la réalité vécue se trouve dans la distance entre l’affirmation d’une conscience solidaire et la réalité d’un « individualisme exacerbé » (p.7). En effet, « Ce serait certes une généralisation excessive que d’affirmer que les Québécois sont toujours généreux, solidaires et dévoués. » (p.2.3), alors que « le mal et la corruption sont à l’œuvre ici aussi » (p.2.4) nous dit l’AECQ. Cela est maintenant une évidence pour la grande majorité des citoyens qui, comme en France, ressentent « un sentiment de déception vis-à-vis de l’État providence qui n’arrive pas à satisfaire les attentes » (no 4)[10]. Comment un Québec si solidaire en paroles peut-il être si corrompu en pratique se demande-t-on parfois en regardant l’actualité?

Une mission empreinte de miséricorde

Devant un tel constat, on peut se demander avec les évêques : comment l’annonce de l’Évangile est-elle possible ? À vue simplement humaine, il est peu probable qu’une population si ancrée dans le déni de réalité puisse accepter la vérité. Au contraire, nous avons toutes les raisons du monde de tomber dans le cynisme et de croire que rien ne peut être fait. « Quelle bonne nouvelle, quelle « grande joie » peut-on envisager à annoncer à un peuple qui, malgré les tragédies et malheurs des uns et des autres, croit qu’il vit là où on est plus heureux que n’importe où ailleurs dans le monde ? » (p.2.6) se demandent les évêques. En d’autres termes, comment peut-on s’attendre à ce que les Québécois accueillent la libération du Christ sans la conscience éclairée de l’état réel de leur situation ?

Force est de constater que la réponse à cette question n’est pas facile à donner. Toutefois, un constat nous frappe d’emblée : la persistance des évêques. Cette force de volonté qui les pousse à rester fidèles à leur mission, malgré tout, sans se décourager. Témoins de la Miséricorde inépuisable de Dieu, une conviction transparaît ; celle qui, fut prononcés par Mgr Pierre-André Fournier : « Oui, Dieu aime ce Québec, notre Québec, avec ses talents et ses projets, ses musiques et ses danses, son exubérance, parfois, et ses silences, aussi » (p.3.3).

Dans les prochaines semaines, nous poursuivrons notre réflexion sur ce rapport important de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec au pape François tel que remis lors de la dernière visite ad limina.

« Tout ce qui est couvert d’un voile sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu »

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 12e dimanche du temps ordinaire, Année A (25 juin 2017)

Le tragique portrait de la première lecture d’aujourd’hui, tiré du livre de Jérémie, nous présente une histoire de déception, de désolation et de terreur qui a amené le prophète à la limite du désespoir. Malgré tout ce qui a pu mal se passer pour lui, il n’a jamais perdu sa confiance en Dieu. « La terreur provenant de tous les sens ! » se moquaient les critiques de Jérémie, riant ainsi du caractère sombre de ses prédictions et de ses prophéties. Le risque d’être dénoncé aux autorités planait sur lui constamment. Même ceux qu’il croyait être ses amis l’abandonnèrent : « Peut-être sera-t-il attrapé et, à ce moment-là, nous triompherons et obtiendrons vengeance ». Jésus fut traité pareillement alors que les pharisiens et les scribes essayaient constamment de le prendre en défaut pour violation de la Loi. Ils allèrent jusqu’à mettre des personnes malades sur son chemin le jour du Sabbat pour vérifier s’Il allait les guérir quand même. Ils lui demandèrent s’il était légitime de payer le tribut à César sachant qu’un oui ou un non serait tout aussi incriminant.

Mais la confiance évidente de Jérémie envers son Dieu manifeste que ses détracteurs ne prévaudraient pas. « Mais le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable : mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas. Leur défaite les couvrira de honte, d’une confusion éternelle, inoubliable. » (no Jérémie 20, 11). Ultimement, Jérémie sait que la vérité et la justice prévaudront toujours peu importe ce que certaines personnes essaient de faire croire. C’est une vérité que nous devons nous rappeler à nous-mêmes.

N’ayez pas peur

À combien de reprises entendons-nous, dans les Évangiles, Jésus interpeller les gens en leur disant « N’ayez pas peur! ». Le passage de Mathieu 10, 26-32 suit le récit de l’envoi des douze apôtres pour prêcher au monde entier. Ses premières paroles sont frappantes : « Ne craignez donc pas ces gens-là ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. » (Mt 10, 26). Jésus continue en les mettant en garde concernant leur mission qui allait inévitablement leur apporter des persécutions et des souffrances. Il existe certaines peurs inappropriées pour les disciples de Jésus, tandis que d’autres sont de mise.

Qu’est-ce que qui justifie la peur ? Jésus met en garde ses disciples contre ceux qui peuvent nuire à l’âme. À quoi cela fait-il référence aujourd’hui ? Jésus parle des personnes ou des situations qui peuvent assécher l’Esprit, l’écrasant en tuant la vie, l’espoir et les rêves, détruisant la foi et la joie. Doivent également être craintes les conséquences à renier Jésus. La plupart du temps, ces personnes ne sont pas de « mauvaises personnes » ! En effet, ce sont souvent de très bonnes personnes, et oui, des « personnes d’Église » ! Peut-être nous-mêmes, avons-nous blessé l’âme des autres par notre manque de foi, d’espérance et de joie. Combien de fois avons-nous renié Jésus par nos propres réticences à parler de Lui ou de Lui rendre témoignage, par peur de déranger les autres.

La peur peut être une partie essentielle de la foi même si la foi exclut l’anxiété. C’est seulement par l’entremise des souffrances que nous arrivons à vivre dans la lumière et dans une paix mature qui dure. Ne laissons personne nous intimider ! Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus dit à ses disciples d’être ouverts et honnêtes. À la fin, tout sera mis en lumière, même ces choses qui sont encore cachées. Ainsi, nous avons la certitude que l’on ne gagne jamais rien à cacher des choses.

La signification de la divine providence

Lorsque nous parlons de « divine providence », nous faisons référence à Dieu, plus particulièrement en tant que Père et Créateur. La Providence signifie souvent le dessein de l’Univers dans lequel tout est ordonné et formé, ce qui prend soin des lys et des moineaux. Le problème apparaît lorsque nous faisons l’expérience de l’imprédictible, alors que le désordre domine, ou semble dominer dans l’univers.

Lorsque ces moments surviennent, nous nous posons cette profonde question : Y a-t-il véritablement un Dieu ? Est-ce que ce Dieu se soucie de nous ? Comment un Dieu providence peut-il exister alors qu’il y a tant de mal et de souffrances inutiles ? Les enseignements sur la « providence » sont constamment présents dans l’Ancien et le Nouveau Testament. La Volonté de Dieu gouverne toutes choses. Dieu aime toutes personnes. Il désire le salut de tous et sa paternelle providence s’étend à toutes les nations.

Cela ne signifie pas que les croyants peuvent rester assis comme des paresseux. Au contraire, qu’ils réalisent plutôt que la confiance en Dieu mène à une réponse éclairée aux défis de la vie en ce monde. « Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.» (Mt, 6, 32-33).

À côté des enseignements sur le portement de la croix et l’obéissance à la volonté de son Père, Jésus parle du souci de Dieu pour ses enfants et par conséquent de ne pas être anxieux pour le futur : « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » (Mt, 6, 27). Jésus, chez Mathieu, se réfère à une disposition de confiance que les enfants de Dieu doivent avoir.

Les personnes que l’on reconnaît comme imprégnées de la providence de Dieu deviennent graduellement reconnues et aimées parce que ce sont des personnes sages. Contrairement aux gens mondains qui sont consumés par l’acquisition de nourriture et de vêtements, les disciples et amis de Dieu recherchent d’abord une relation avec Dieu, connaissant la volonté de Dieu et donnant des preuves de la volonté de Dieu dans leur vie. Si nous commençons à croire que Dieu pourvoira pour nous généreusement, en retour, nous pouvons être détachés et généreux dans le partage de nos ressources avec les autres.

Dans nos relations, nous tendons à cacher qui nous sommes véritablement et ce que nous faisons, par crainte. Grâce à la miséricorde du Christ et au pardon que nous recevons des autres par son entremise, nous pouvons être honnêtes entre nous. Nous savons tous que la connaissance donne du pouvoir. Nous nous méfions des personnes qui en savent beaucoup sur nous puisque nous avons tous vécu des expériences où on a abusé de ce pouvoir. D’un autre côté, une autorité qui désire vraiment notre bien et qui agit en conséquence nous sécurise. Le pouvoir de Dieu en Jésus est une réalité qui, pour notre bien, se modère si humblement et complètement, que nous faisons l’expérience d’une sainte liberté, d’une liberté qui dissipe la peur. En même temps, il s’agit d’un pouvoir de vie, qui embrasse même les personnes apathiques ou méprisantes, et qui a un tendre souci pour eux et qui fait en sorte qu’aucun cheveu de leur tête ne soit perdu.

Le jugement sera fait par Dieu, Celui qui connaît le nombre de cheveux que nous avons sur la tête et qui sait combien il y a de moineaux sur la terre. Et puis Jésus ajoute calmement : « Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux » (Mt 10, 31). C’est agréable de savoir que toutes nos tribulations, nos souffrances et nos anxiétés ne sont pas vaines. La prochaine fois que nous aurons le sentiment que notre vie ne vaut pas la peine d’être vécue, prenons courage et ayons confiance dans le soin que Dieu nous porte.

« Misericordia et misera » ou la Miséricorde comme socle de l’action pastorale

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Photo: CNS/Paul Haring

Dimanche dernier, alors que se terminait la liturgie de conclusion de l’année jubilaire de la miséricorde, le pape François apposait sa signature sur la lettre apostolique « Misericordia et misera ». Faisant sienne la célèbre expression de Saint-Augustin selon laquelle « il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse », l’Évêque de Rome a voulu, par ce document, laisser un testament spirituelle de ce Jubilé à l’ensemble du Peuple de Dieu.

Pour vous tous qui avez pu suivre de près ou de loin l’agenda chargé du pape François lors de cette année, vous aurez certainement remarqué qu’il a tenu à rendre la miséricorde accessible et compréhensible pour tous. Que ce soit par l’organisation de pèlerinages et de rencontres à Rome tels que les jubilés des malades, des pauvres, des prisonniers, des catéchètes, et j’en passe, il est clair que le Pape voulait que tous aient l’occasion de faire l’expérience de la Miséricorde c’est-à-dire de l’Amour incommensurable que Dieu met à la portée de notre pauvreté.

Ainsi, comme un père attentif à ce que ses enfants aient bien compris, le Pape a voulu écrire cette lettre apostolique dans laquelle on retrouve plusieurs éléments. Dans un premier temps, il nous offre une réflexion sur l’Évangile dit de la « femme adultère » (Jn 8, 1-11) que l’on peut considérer comme « l’icône de ce que nous avons vécu durant le Jubilé » (no1).

En effet, pour François, cet épisode manifeste bien la logique de l’Évangile qui « replace la loi mosaïque dans son intention originelle » (no1). Jésus, de la même manière qu’Il allait, en décrétant son indissolubilité, réinsérer le mariage dans l’intention du Créateur, il allait aussi remettre la loi dans l’intention du Dieu Unique qui était d’être miséricordieux devant l’humanité blessée. En effet, « Il y a une valeur propédeutique dans la loi (cf. Ga 3,24) qui a comme fin, la charité (cf. Tm 1,5) » (no 11). Elle n’est que le commencement de la sainteté, son socle fondamental. Toutefois, puisqu’éviter le mal n’est pas encore faire le bien, nous devons aller plus loin en portant notre regard davantage sur l’horizon à atteindre que sur le sol qui nous porte.

De plus, la lumière miséricordieuse du Père nous libère de toute volonté de justification fortuite. Plus besoin de nous déculpabiliser en rationalisant ou en accusant les autres de nos propres fautes. Devant la croix du Christ, nous pouvons laisser tout cela derrière nous en acceptant la vérité sur nous-mêmes. Nos yeux fixés sur le visage du Christ, nous rencontrons l’Amour inconditionnel du Père qui nous purifie de notre égoïsme et nos infidélités. Lui, qui nous a pardonné « alors que nous étions ses ennemis » (Rm 5, 10), ne dédaigne aucune de nos contritions lorsqu’elles sont présentées dans l’humilité, le regret et « le désir sincère de ne plus offenser Dieu et de faire pénitence ». Ainsi chaque admission en confession nous permettra de revivre cet acte originel de salut reçu au baptême. D’où l’insistance du pape à redécouvrir le sacrement de pénitence (no8-11).

De cette expérience mille fois renouvelée, naît une joie constante et indéfectible capable de nous porter à travers tous les aléas de la vie. Citant le Pasteur d’Hermas, le Saint-Père affirme « Tout homme joyeux fait le bien, pense le bien et méprise la tristesse » (no3) non pas que nous devons cesser de « pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15) mais plutôt que nous ne devons pas nous laisser détourner de ce qui risque d’être détourné cette joie profonde que procure l’espérance d’être sauvé. Tentation toujours présente en un monde où les nouvelles de scandales et de corruptions sont omniprésentes.

Le document se poursuit par une série de paragraphes orientés à manifester différentes conséquences concrètes de la miséricorde dans la vie de l’Église et du monde. Exhortant tous et chacun à mettre de côté ce qui fait obstacle au déploiement du pardon de Dieu en notre monde, on peut interpréter dans ce contexte l’élargissement du pouvoir de tous les prêtres à octroyer l’absolution pour le péché d’avortement ainsi que l’étendue de la permission de confesser et de se confesser licitement à un prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (no 12).

Réaffirmant la mission profondément salvifique de l’Église par ses réformes Ad Intra, le Pape offre ensuite sa volonté que perdure cette pratique de souligner la miséricorde présente dans toutes les pratiques de l’Église, qu’elles soient liturgiques, spirituelles, sociales ou missionnaires.

Je vous invite à lire cette Lettre apostolique du pape François. On a pu le remarquer durant l’année, ce thème de la miséricorde, si cher au successeur de Pierre, nous permet à tous de faire un pas de plus vers la sainteté à laquelle nous sommes appelés. En nous donnant les instruments nécessaires pour prendre acte les grâces auxquelles nous avons pu assister ou bénéficier durant cette année jubilaire, le Pape nous invite à rendre grâce en partageant cette expérience qui nous a tous transformés profondément. Goûter de près cette proximité de Dieu aura donc été pour nous le socle nouveau sur lequel appuyer l’ensemble de la mission qui se présente devant nous.

 

Déclaration conjointe à l’occasion de la commémoration commune Catholique-Luthérienne de la Réforme

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Lors de la rencontre de prière oecuménique en la cathédrale de Lund, Suède, le pape François ainsi que Mgr Munib Younan, président de la Fédération luthérienne mondiale, ont signé une Déclaration conjointe. Vous trouvez ci-dessous le texte complet de cette déclaration:

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui- même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jn 15, 4).

D’un cœur reconnaissant

Par cette Déclaration Conjointe, nous exprimons notre joyeuse gratitude à Dieu pour ce moment de prière commune dans la Cathédrale de Lund, alors que nous commençons l’année commémorative du cinquième centenaire de la Réforme. Cinquante années d’un dialogue œcuménique soutenu et fructueux entre Catholiques et Luthériens nous ont aidés à surmonter beaucoup de différences et ont approfondi notre compréhension et notre confiance réciproques. En même temps, nous nous sommes rapprochés les uns des autres à travers le service commun à nos prochains – souvent dans des circonstances de souffrance et de persécution. Grâce au dialogue et au témoignage partagé, nous ne sommes plus des étrangers les uns pour les autres. Plutôt, nous avons appris que ce qui nous unit est plus grand que ce qui nous divise.

Du conflit à la communion

Alors que nous sommes profondément reconnaissants pour les dons spirituels et théologiques reçus à travers la Réforme, nous confessons aussi et déplorons devant le Christ que Luthériens et Catholiques ont blessé l’unité visible de l’Église. Des différences théologiques ont été accompagnées de préjudices et de conflits, et la religion a été instrumentalisée à des fins politiques. Notre foi commune en Jésus-Christ et notre baptême réclament de nous une conversion quotidienne par laquelle nous rejetons les désaccords et les conflits historiques qui empêchent le ministère de la réconciliation. Tandis que le passé ne peut pas être changé, le souvenir et la manière de se souvenir peuvent être transformés. Nous prions pour la guérison de nos blessures et des mémoires qui assombrissent notre regard les uns sur les autres. Nous rejetons catégoriquement toute haine et toute violence, passées et présentes, surtout celles qui s’expriment au nom de la religion. Aujourd’hui, nous entendons Dieu nous demander de mettre de côté tout conflit. Nous reconnaissons que nous sommes libérés par la grâce pour cheminer vers la communion à laquelle Dieu continue de nous appeler tous.

Notre engagement pour le témoignage commun

Tandis que nous surmontons ces épisodes de l’histoire qui pèsent sur nous, nous nous engageons à témoigner ensemble de la grâce miséricordieuse de Dieu, rendue visible dans le Christ crucifié et ressuscité. Conscients que la manière dont nous vivons les relations façonnesalvadoran-cross-sweden-trip notre témoignage de l’Évangile, nous nous engageons pour d’ultérieurs progrès dans la communion enracinée dans le baptême, alors que nous cherchons à lever les obstacles persistants qui nous empêchent d’atteindre la pleine unité. Le Christ désire que nous soyons un, de façon que le monde puisse croire (cf. Jn 17, 21).

Beaucoup de membres de nos communautés aspirent à recevoir l’Eucharistie à une même table, comme expression concrète de la pleine unité. Nous faisons l’expérience de la souffrance de ceux qui partagent leur vie tout entière, mais ne peuvent pas partager la présence rédemptrice de Dieu à la table eucharistique. Nous reconnaissons notre responsabilité pastorale commune pour répondre à la soif et à la faim spirituelles de nos fidèles d’être un dans le Christ. Nous désirons ardemment que cette blessure dans le Corps du Christ soit guérie. C’est l’objectif de nos efforts œcuméniques, que nous voulons faire progresser, y compris en renouvelant notre engagement pour le dialogue théologique.

Nous prions Dieu afin que les Catholiques et les Luthériens soient capables de témoigner ensemble de l’Évangile de Jésus-Christ, invitant l’humanité à écouter et à recevoir la bonne nouvelle de l’action rédemptrice de Dieu. Nous demandons à Dieu inspiration, encouragement et force, en sorte que nous puissions rester ensemble pour servir, en défendant la dignité et les droits humains, surtout ceux des pauvres, travaillant pour la justice, et rejetant toutes les formes de violence. Dieu nous demande d’être proches de ceux qui aspirent à la dignité, à la justice, à la paix et à la réconciliation. Aujourd’hui, de manière particulière, nous élevons nos voix pour la fin de la violence et de l’extrémisme qui touchent de si nombreux pays et communautés, et d’innombrables sœurs et frères dans le Christ. Nous exhortons les Luthériens et les Catholiques à travailler ensemble pour accueillir les étrangers, pour aider ceux qui sont forcés à fuir à cause de la guerre et de la persécution, et pour défendre les droits des réfugiés et de ceux qui cherchent l’asile.

Plus que jamais, nous réalisons que notre service commun dans le monde doit s’étendre à la création de Dieu qui souffre de l’exploitation et des conséquences d’une cupidité insatiable. Nous reconnaissons le droit des générations futures à jouir du monde de Dieu dans toutes ses potentialités et dans toute sa beauté. Nous prions pour un changement des cœurs et des esprits qui conduise à prendre soin de la création, avec amour et responsabilité.

Un dans le Christ

À cette heureuse occasion, nous exprimons notre gratitude à nos frères et sœurs représentant les diverses Communions et Communautés Chrétiennes Mondiales qui sont présentes et se joignent à nous dans la prière. Tandis que nous renouvelons notre engagement à marcher du conflit vers la communion, nous le faisons en tant que membres du même Corps du Christ, 2auquel nous sommes incorporés par le baptême. Nous invitons nos partenaires œcuméniques à nous rappeler nos engagements et à nous encourager. Nous leur demandons de continuer de prier pour nous, de cheminer avec nous, pour nous soutenir dans l’observance des engagements enracinés dans la prière que nous formulons aujourd’hui.

Appel aux Catholiques et aux Luthériens du monde entier

Nous lançons un appel à toutes les paroisses et à toutes les communautés luthériennes et catholiques pour qu’elles soient audacieuses et créatives, joyeuses et pleines d’espérance dans leur engagement à poursuivre la grande aventure devant nous. Au lieu des conflits du passé, le don de Dieu de l’unité entre nous devrait guider notre coopération et approfondir notre solidarité. En nous rapprochant dans la foi au Christ, en priant ensemble, en nous écoutant les uns les autres, en vivant l’amour du Christ dans nos relations, nous, Catholiques et Luthériens, nous nous ouvrons nous-mêmes à la puissance du Dieu Trinitaire. Enracinés dans le Christ et en témoignant de lui, nous renouvelons notre détermination à être des hérauts fidèles de l’amour sans limite de Dieu envers toute l’humanité.

[01757-FR.01] [Texte original: Anglais]

Hymne Officiel des JMJ de Cracovie

Émilie Callan nous présente l’hymne officiel des JMJ 2016 à Cracovie en Pologne.

Vidéo message du pape François pour les jeunes en Pologne

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Photo: Catholic News Service

Plusieurs jours avant son Voyage apostolique en Pologne à l’occasion de la XXXIe Journée Mondiale de la Jeunesse, le pape François a envoyé un vidéo en italien aux jeunes de Pologne et qui fut télédiffusé à 8:00 pm à travers toute la nation polonaise. Ci-dessous, vous trouverez la traduction française du texte du Message du Saint-Père tel qu’il fut envoyé du Vatican en Pologne.

Chers frères et sœurs,
elle est désormais proche la trente-et-unième Journée mondiale de la Jeunesse, qui m’appelle à rencontrer les jeunes du monde, convoqués à Cracovie, et m’offre aussi l’heureuse occasion de rencontrer la chère nation polonaise. Tout sera sous le signe de la Miséricorde, en cette Année jubilaire, et dans la mémoire reconnaissante et fidèle de saint Jean-Paul II, qui a été l’artisan des Journées mondiales de la Jeunesse et a été le guide du peuple polonais sur son récent chemin historique vers la liberté.

Chers jeunes polonais, je sais que depuis longtemps vous avez préparé, surtout par la prière, la grande rencontre de Cracovie. Je vous remercie de grand cœur pour tout ce que vous faites, et pour l’amour avec lequel vous le faites ; d’avance, je vous embrasse et je vous bénis.

Chers jeunes de toutes les parties de l’Europe, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie ! Je bénis aussi vos pays, vos désirs et vos pas vers Cracovie, afin qu’ils soient un pèlerinage de foi et de fraternité. Que le Seigneur Jésus vous accorde la grâce de faire en vous-mêmes l’expérience de sa parole : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).

J’ai un grand désir de vous rencontrer, pour offrir au monde un nouveau signe d’harmonie, une mosaïque de visages divers, de tant de races, langues, peuples et cultures, mais tous unis dans le nom de Jésus, qui est le Visage de la Miséricorde.

Et maintenant je m’adresse à vous, chers fils et filles de la nation polonaise ! Je sens que c’est un grand don du Seigneur que celui de venir parmi vous, parce que vous êtes un peuple qui dans son histoire, a traversé tant d’épreuves, certaines très dures, et qui est allé de l’avant avec la force de la foi, soutenu par la main maternelle de la Vierge Marie. Je suis certain que le pèlerinage au sanctuaire de Częstochowa sera pour moi une immersion dans cette foi éprouvée, qui me fera beaucoup de bien. Je vous remercie de vos prières avec lesquelles vous préparez ma visite. Je remercie les Évêques et les prêtres, les religieux et les religieuses, les fidèles laïcs, spécialement les familles, auxquelles j’apporte en pensée l’Exhortation apostolique post synodale Amoris laetitia. La “santé” morale et spirituelle d’une nation se voit dans ses familles : pour cela, saint Jean-Paul II avait tant à cœur les fiancés, les jeunes époux et les familles. Continuez sur cette route !

Chers frères et sœurs, je vous envoie ce message comme gage de mon affection. Restons unis dans la prière. Et à bientôt en Pologne !

[01194-FR.01] [Texte original: Italien]

Vidéo message du pape François pour les jeunes de Pologne:

Décret du Vatican déclarant la fête de Sainte Marie Madeleine

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DÉCRET

L’Eglise, que ce soit en Occident ou en Orient, a toujours réservé la plus grande considération à Sainte Marie Madeleine, premier témoin et évangéliste de la résurrection du Seigneur, et ainsi elle a été célébrée, quoiqu’en des manières différentes.

De nos jours, où l’Eglise est appelée à réfléchir de manière plus profonde sur la dignité de la femme, sur la nouvelle évangélisation et sur la grandeur du mystère de la miséricorde divine, il a semblé que ce serait une bonne chose aussi que l’exemple de Sainte Marie Madeleine soit proposé aux fidèles d’une manière plus convenable. En effet, cette femme, connue comme celle qui a aimé le Christ et qui a été grandement aimée par le Christ, elle qui est appelée par Saint Grégoire le Grand « témoin de la miséricorde divine » et par Saint Thomas d’Aquin « l’apôtre des apôtres », peut être reconnue par les fidèles de ce temps comme un modèle de service des femmes dans l’Eglise.

C’est pourquoi le Souverain Pontife François a décidé que la célébration de Sainte Marie Madeleine, à partir de maintenant, soit inscrite dans le Calendrier Romain Général avec le degré de fête au lieu de mémoire, comme elle l’est actuellement.

Ce nouveau degré ne comporte aucune variation quant au jour de la célébration elle-même et aux textes du Missel et de la Liturgie des Heures à utiliser, c’est-à-dire :

a) le jour dédié à la célébration de Sainte Marie Madeleine demeure le 22 juillet, comme on le trouve au Calendrier Romain ;

b) les textes à utiliser pour la Messe et l’Office Divin demeurent les mêmes qui sont contenus dans le Missel et la Liturgie des Heures au jour indiqué, en ajoutant au Missel Romain la préface propre, en pièce jointe à ce décret. Il appartiendra aux Conférences Episcopales de traduire le texte de la préface dans la langue vernaculaire, de sorte que, une fois obtenue l’approbation du Siège Apostolique, elle puisse être utilisée et, en temps voulu, être insérée dans la prochaine réimpression du Missel Romain.

Là où Sainte Marie Madeleine, selon le droit particulier, est célébrée légitimement en un jour et avec un degré différents, elle continuera à être célébrée à l’avenir au même jour et degré qu’elle a eu jusqu’à présent.

Nonobstant toute chose contraire.

De la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 3 juin 2016, Solennité du Sacré Cœur de Jésus.

Robertus Card. Sarah

Préfet

+ Arturus Roche

Archevêque Secrétaire

Homélie du Pape François à la Messe du Jubilé des Prêtres

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Homélie du Pape François lors de la Sainte Messe pour le Jubilé des Prêtres
Solennité du Sacré Coeur de Jésus
3 juin 2016 (Place Saint-Pierre)

Célébrant le Jubilé des Prêtres en la Solennité du Sacré Cœur de Jésus, nous sommes appelés à viser au cœur, c’est-à-dire à l’intériorité, aux racines les plus fortes de la vie, au noyau des affections, en un mot, au centre de la personne. Et aujourd’hui, nous tournons le regard vers deux cœurs : le Cœur du Bon Pasteur et notre cœur de pasteurs.

Le Cœur du Bon Pasteur n’est pas seulement le Cœur qui a de la miséricorde pour nous, mais la miséricorde elle-même. Là resplendit l’amour du Père ; là je me sens sûr d’être accueilli et compris comme je suis ; là, avec toutes mes limites et mes péchés, je goûte la certitude d’être choisi et aimé. En regardant ce Cœur, je renouvelle le premier amour : la mémoire du moment où le Seigneur m’a touché dans l’âme et m’a appelé à le suivre, la joie d’avoir jeté les filets de la vie sur sa Parole (cf. Lc 5, 5).

Le Cœur du Bon Pasteur nous dit que son amour n’a pas de frontières, il ne se fatigue jamais et ne se rend jamais. Là nous voyons sa manière continuelle de se donner, sans limites ; là nous trouvons la source de l’amour fidèle et doux, qui laisse libres et rend libres ; là nous redécouvrons chaque fois que Jésus nous aime « jusqu’au bout » (Jn 13, 1), sans jamais s’imposer.

Le Cœur du Bon Pasteur est penché vers nous, « polarisé » spécialement envers celui qui est plus distant ; là pointe obstinément l’aiguille de sa boussole, là se révèle une faiblesse d’amour particulier, parce qu’il désire rejoindre chacun et n’en perdre aucun.

Devant le Cœur de Jésus naît l’interrogation fondamentale de notre vie sacerdotale : où est orienté mon cœur ? Le ministère et souvent rempli de multiples initiatives, qui l’exposent sur de nombreux fronts : de la catéchèse à la liturgie, à la charité, aux engagements pastoraux et aussi administratifs. Parmi tant d’activités demeure la question : où est fixé mon cœur, où pointe-t-il, quel trésor cherche-t-il ? Parce que dit Jésus – « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21).

Les trésors irremplaçables du Cœur de Jésus sont deux : le Père et nous. Ses journées se passaient entre la prière au Père et la rencontre avec les gens. Le cœur du pasteur du Christ lui aussi connaît seulement deux directions : le Seigneur et les gens. Le cœur du prêtre est un cœur transpercé par l’amour du Seigneur ; pour cela il ne se regarde plus lui-même mais il est tourné vers Dieu et vers les frères. Ce n’est plus « un cœur instable », qui se laisse attirer par la suggestion du moment ou qui va çà et là en cherchant des consensus et de petites satisfactions ; c’est au contraire un cœur établi dans le Seigneur, captivé par l’Esprit Saint, ouvert et disponible aux frères.

Pour aider notre cœur à brûler de la charité de Jésus Bon Pasteur, nous pouvons nous entraîner à faire nôtre trois actions, que les Lectures d’aujourd’hui nous suggèrent : chercher, inclure et se réjouir.

Chercher. Le prophète Ézéchiel nous a rappelé que Dieu lui-même cherche ses brebis (34, 11.16). L’Évangile dit, « il va chercher celle qui est perdue » (Lc 15, 4), sans se laisser effrayer par les risques ; sans délai il s’aventure hors des endroits du pâturage et hors des horaires de travail. Il ne renvoie pas la recherche, il ne pense pas « aujourd’hui j’ai déjà fait mon devoir, je m’en occuperai demain », mais il se met tout de suite à l’œuvre ; son cœur est inquiet tant qu’il n’a pas retrouvé cette unique brebis perdue. L’a-t-il trouvée, il oublie la fatigue et il la charge sur ses épaules tout content.

Voilà le cœur qui cherche : c’est un cœur qui ne privatise pas les temps et les espaces, il n’est pas jaloux de sa légitime tranquillité, et il n’exige jamais de ne pas être dérangé. Le pasteur selon le cœur de Dieu ne défend pas ses propres aises, il n’est pas préoccupé de conserver sa bonne réputation, au contraire, sans craindre les critiques, il est disposé à risquer même d’imiter son Seigneur.

Le Pasteur selon Jésus a le cœur libre pour laisser ses affaires, il ne vit pas en tenant les comptes de ce qu’il a et des heures de service : il n’est pas un comptable de l’esprit, mais un bon samaritain à la recherche de celui qui a besoin. C’est un pasteur, non un inspecteur du troupeau, et il se dévoue à la mission non à cinquante ou soixante pour cent, mais avec tout lui-même. Allant à la recherche, il trouve, et il trouve parce qu’il risque, il ne s’arrête pas après les déceptions et il ne se rend pas dans les fatigues ; il est en effet, obstiné dans le bien, oint de la divine obstination que personne ne se perde. Pour cela, non seulement il tient les portes ouvertes, mais il sort à la recherche de celui qui ne veut plus entrer par la porte. Comme tout bon chrétien et comme exemple pour tout chrétien, il est toujours en sortie de soi. L’épicentre de son cœur se trouve hors de lui : il n’est pas attiré par son moi, mais par le Tu de Dieu et par le nous des hommes.

Inclure. Le Christ aime et connaît se brebis, il donne sa vie pour elles et aucune ne lui est étrangère (cf. Jn 10, 11-14). Son troupeau est sa famille et sa vie. Il n’est pas un chef craint par les brebis, mais il est le Pasteur qui marche avec elles et les appelle par leur nom (cf. Jn 10, 3-4). Et il désire rassembler les brebis qui ne demeurent pas encore avec Lui (cf. Jn 10, 16).

Ainsi également le prêtre du Christ : il est oint pour le peuple, pas pour choisir ses propres projets, mais pour être proche des gens concrets que Dieu, par l’Église, lui a confiés. Personne n’est exclu de son cœur, de sa prière et de son sourire. Avec un regard aimable et un cœur de père, il accueille, il inclut et, quand il doit corriger, c’est toujours pour approcher ; il ne méprise personne, mais il est prêt à se salir les mains pour tous. Ministre de la communion qu’il célèbre et qu’il vit, il n’attend pas les salutations et les compliments des autres, mais il tend la main en premier, rejetant les bavardages, les jugements et les venins. Il écoute les problèmes avec patience et il accompagne les pas des personnes, accordant le pardon divin avec une généreuse compassion. Il ne gronde pas celui qui laisse ou qui perd la route, mais il est toujours prêt à réinsérer et à calmer les querelles.

Se réjouir. Dieu est « tout joyeux » (Lc 5, 5) : sa joie naît du pardon, de la vie qui renaît, du fils qui respire à nouveau l’air de la maison. La joie de Jésus Bon Pasteur n’est pas une joie pour soi, mais c’est une joie pour les autres et avec les autres, la vraie joie de l’amour. C’est aussi la joie du prêtre. Il est transformé par la miséricorde qui donne gratuitement. Dans la prière il découvre la consolation de Dieu et il expérimente que rien n’est plus fort que son amour. Pour cela, il est serein intérieurement, et il est heureux d’être un canal de miséricorde, d’approcher l’homme au Cœur de Dieu. La tristesse pour lui n’est pas normale, mais seulement passagère : la dureté lui est étrangère, parce qu’il est pasteur selon le Cœur doux de Dieu.

Chers prêtres, dans la célébration eucharistique nous retrouvons chaque jour notre identité de pasteurs. Chaque fois nous pouvons faire véritablement nôtre ses paroles « ceci est mon corps offert en sacrifice pour vous ». C’est le sens de notre vie, ce sont les paroles avec lesquelles, dans un certain sens, nous pouvons renouveler quotidiennement les promesses de notre Ordination. Je vous remercie pour votre « oui » à donner la vie unis à Jésus : là se tient la source pure de notre joie.

(Image: CNS Photo/Paul Haring)

Troisième méditation du Pape François lors du Jubilé des prêtres

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Troisième méditation du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde
Retraite spirituelle présidée par le pape François
Lors du Jubilé des prêtres, 2 juin 2016
(Basilique Saint-Paul-hors-des-murs) 

Troisième méditation : La bonne odeur du Christ et la lumière de sa Miséricorde

Dans notre troisième rencontre, je vous propose de méditer sur les œuvres de miséricorde, soit en prenant l’une d’entre elles, celle que nous pensons être la plus liée à notre charisme, soit en les contemplant toutes ensemble, les regardant avec les yeux miséricordieux de Notre Dame qui nous fait découvrir le vin qui manque et qui nous encourage à faire tout ce que Jésus nous dit (cf. Jn 2, 1-12) pour que sa miséricorde opère les miracles dont notre peuple a besoin.

Les œuvres de miséricorde sont très liées aux ‘‘sens spirituels’’. En priant nous demandons la grâce de ‘‘sentir et de goûter’’ l’Évangile, de telle sorte qu’il nous rende sensible à la vie. Mus par l’Esprit, guidés par Jésus, nous pouvons voir déjà de loin, avec un regard de miséricorde, celui qui est tombé au bord du chemin, nous pouvons entendre les cris de Bartimée, nous pouvons sentir comme le Seigneur sent, sur le bord de son manteau, le contact timide mais décidé de l’hémorroïsse, nous pouvons demander la grâce de goûter avec lui sur la croix la saveur amère du fiel de tous les crucifiés, pour sentir ainsi la forte odeur de la misère – dans les hôpitaux de campagne, dans les trains et les barques remplies de gens – ; cette odeur que l’huile de la miséricorde ne couvre pas, mais qui, en étant ointe, fait que s’éveille une espérance. Le Catéchisme de l’Église catholique, en parlant des œuvres de miséricorde, nous raconte que Sainte Rose de Lima, le jour où sa mère l’a réprimandée d’accueillir à la maison pauvres et infirmes, lui dit : « Quand nous servons les pauvres et les malades, nous servons Jésus » (n. 2449). Cette bonne odeur du Christ – le soin des pauvres – est distinctive de l’Église, il en a toujours été ainsi. Paul y a centré sa rencontre avec les ‘‘colonnes’’, comme il les qualifie, avec Pierre, Jacques, et Jean. Ils [nous] ont demandé « seulement de nous souvenir des pauvres » (Ga 2, 10). Le Catéchisme dit aussi, de manière suggestive, que « ceux que [la misère] accable sont l’objet d’un amour de préférence de la part de l’Église qui, depuis les origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n’a cessé de travailler à les soulager, les défendre et les libérer » (n. 2448).

Dans l’Église nous avons eu et nous avons beaucoup de choses pas très bonnes, et beaucoup de péchés, mais quant au service des pauvres à travers les œuvres de miséricorde, en tant qu’Église nous avons toujours suivi l’Esprit, et nos saints l’ont fait de manière très créative et efficace. L’amour des pauvres a été le signe, la lumière qui fait que les personnes glorifient le Père. Nos gens apprécient ceci : le prêtre qui prend soin des plus pauvres, des malades, qui pardonne aux pécheurs, qui enseigne et corrige avec patience… Nos gens pardonnent beaucoup de défauts aux prêtres, sauf celui de l’attachement à l’argent. Et ce n’est pas tant à cause de la richesse en soi, mais parce que l’argent nous fait perdre la richesse de la miséricorde. Notre peuple sent par intuition quels péchés sont graves pour le pasteur, ceux qui tuent son ministère parce qu’ils le transforment en fonctionnaire, ou pire, en mercenaire, et en revanche les péchés qui sont, je ne dirais pas secondaires, mais oui, des péchés que l’on peut supporter, charger comme une croix, jusqu’à ce que le Seigneur les purifie à la fin, comme il le fera de la zizanie. En revanche, ce qui porte atteinte à la miséricorde est une contradiction principale. Cela porte atteinte au dynamisme du salut, au Christ qui « s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (2Co 8, 9). Et il en est ainsi parce que la miséricorde prend soin « en perdant quelque chose d’elle-même » : une partie du cœur reste avec la personne blessée, un temps de notre vie est perdu pour ce que nous avions envie de faire, quand nous l’offrons aux autres.

C’est pourquoi il ne s’agit pas que Dieu me fasse miséricorde pour certaines fautes, comme si pour le reste j’étais autosuffisant ; ou bien que, de temps en temps, j’accomplisse une œuvre particulière de miséricorde envers une personne dans le besoin. La grâce que nous demandons dans cette prière est celle de laisser Dieu nous faire miséricorde dans tous les domaines de notre vie, et d’être miséricordieux envers les autres dans tout notre agir. Pour nous, prêtres et évêques, qui administrons les sacrements, baptisant, confessant, célébrant l’Eucharistie… la miséricorde est la manière de changer toute la vie du peuple de Dieu en sacrement. Etre miséricordieux ce n’est pas seulement une manière d’être mais la manière d’être. Il n’y a pas une autre manière possible d’être prêtre. Le Père Brochero, qui, si Dieu le veut, sera canonisé cette année, disait : « Le prêtre qui n’a pas beaucoup de pitié envers les pécheurs est un demi prêtre. Ce ne sont pas ces haillons bénis que je porte qui font de moi un prêtre ; si je n’ai pas dans mon cœur la charité, je ne suis même pas chrétien ».

Le propre du regard d’un père est de voir ce qui manque pour y porter remède immédiatement, et mieux encore, de le prévoir. Ce regard sacerdotal – de celui qui joue le rôle de père au sein de l’Eglise Mère – qui nous fait voir les personnes du point de vue de la miséricorde, on doit enseigner à le cultiver dès le séminaire et il doit alimenter tous les plans pastoraux. Nous voulons et nous demandons au Seigneur un regard qui sache discerner les signes des temps en termes d’« œuvres de miséricorde dont notre peuple a aujourd’hui besoin », pour pouvoir sentir et faire l’expérience du Dieu de l’histoire qui marche avec lui. En effet, comme le dit le document d’Aparecida, en citant saint Alberto Hurtado : « Par nos œuvres, notre peuple sait que nous comprenons sa souffrance » (n. 386). Par nos œuvres.

La preuve de cette compréhension de notre peuple est que nous sommes toujours bénis par Dieu dans nos œuvres de miséricorde, et que nous obtenons l’aide et la collaboration de nos gens. Il n’en est pas ainsi pour d’autres types de projets, qui parfois marchent bien, d’autres fois non, sans que certains ne comprennent pourquoi ça ne marche pas et se cassent la tête à chercher un nouvel énième plan pastoral, alors qu’on pourrait dire simplement : ça ne marche pas parce qu’il y manque la miséricorde, sans devoir entrer dans les détails. Si ce n’est pas béni, c’est parce qu’il y manque la miséricorde. Il manque cette miséricorde qui a plus de lien avec un hôpital de campagne qu’avec une clinique de luxe, cette miséricorde qui, valorisant ce qui est bon, prépare le terrain à une rencontre de la personne avec Dieu dans l’avenir, au lieu de l’éloigner par une critique sur un point particulier.

Je vous propose une prière avec la pécheresse pardonnée (Jn 8, 3-11), pour demander la grâce d’être miséricordieux dans la confession, et une autre sur la dimension sociale des œuvres de miséricorde.

Le passage concernant le Seigneur avec la femme adultère m’émeut toujours, lorsque, ne la condamnant pas, il ‘‘enfreint’’ la loi ; sur ce cas précis sur lequel on lui demandait de se prononcer – ‘‘faut-il la lapider ou non’’ –, il ne s’est pas exprimé, il n’a pas appliqué la loi. Il a feint de ne pas comprendre et, à ce moment-là, il leur a sorti quelque chose d’autre. Il a ainsi initié un processus dans le cœur de la femme qui avait besoin de ces paroles : ‘‘Moi non plus, je ne te condamne pas’’. En la prenant par la main, il l’a relevée et cela lui a permis de croiser un regard plein de douceur qui a changé son cœur. Parfois j’éprouve un mélange de peine et d’indignation quand on s’empresse de mettre en lumière la dernière recommandation, le ‘‘ne pèche plus’’. Et on utilise cette phrase pour ‘‘défendre’’ Jésus, afin que ce ne soit pas comme s’il avait violé la loi. Je pense que les paroles que le Seigneur utilise forment un tout avec ses actes. Le fait de se pencher pour écrire par deux fois sur le sol, marquant une pause avant de parler à ceux qui veulent lapider la femme, et ensuite une autre avant ce qu’il lui dit, nous parle du temps que le Seigneur prend pour juger et pardonner. Un temps qui renvoie chacun à sa propre intériorité et fait que ceux qui jugent se retirent.

Dans son dialogue avec la femme, le Seigneur ouvre d’autres espaces : le premier est l’espace de la non condamnation. L’Evangile insiste sur cet espace resté libre. Il nous place sous le regard de Jésus et nous dit qu’ ‘‘il ne voit personne autour, sinon la femme’’. Et ensuite Jésus luimême amène la femme à regarder autour d’elle par cette question : ‘‘Où sont-ils, ceux qui te cataloguaient ?’’ (le mot est important, puisqu’il exprime ce que nous condamnons tant comme le fait qu’on nous catalogue ou qu’on nous caricature…). Une fois qu’il lui a fait voir cet espace libre du jugement d’autrui, il lui dit que lui non plus ne l’agresse pas avec ses pierres : ‘‘Moi non plus je ne te condamne pas’’. Et, sur le champ, il lui ouvre un autre espace libre : ‘‘Désormais, ne pèche plus’’. Le commandement est donné pour l’avenir, pour aider à avancer, pour « marcher dans l’amour ». Voilà la délicatesse de la miséricorde qui regarde avec pitié le passé et encourage pour l’avenir. Ce ‘‘ne pèche plus’’, n’est pas une chose évidente. Le Seigneur le dit ‘‘avec elle’’, il l’aide à exprimer par des paroles ce qu’elle-même ressent, ce ‘‘non’’ libre au péché qui est comme le ‘‘oui’’ de Marie à la grâce. Le ‘‘non’’ est dit en relation avec la racine du péché de chacun. Chez la femme, il s’agissait d’un péché social, d’une personne dont les gens s’approchaient, ou pour coucher avec elle, ou pour la lapider. C’est pourquoi le Seigneur, non seulement lui dégage la voie, mais aussi la met en mouvement, pour qu’elle cesse d’être ‘‘objet’’ du regard d’autrui, pour qu’elle soit protagoniste. Le fait de ne pas pécher ne se réfère pas seulement à l’aspect moral, je crois, mais à un type de péché qui ne la laisse pas faire sa vie. Au paralytique à la piscine de Bethesda il dit également « ne pèche plus » (Jn 5, 14). Mais à celui-ci – qui se justifiait avec les choses tristes qui ‘‘lui arrivaient’’, qui avait une psychologie de victime – il lui lance une pique en ces termes : ‘‘Qu’il ne t’arrive pas quelque chose de pire’’. Le Seigneur profite de sa manière de penser, de ce qu’il craint, pour le sortir de sa paralysie. Disons qu’il se sert de la peur pour le faire bouger. Ainsi, nous devons chacun entendre ce ‘‘ne pèche plus’’ de manière profonde, personnelle.

Cette image du Seigneur qui met les gens en mouvement lui est vraiment propre : il est le Dieu qui se met en route avec son peuple, qui fait aller de l’avant et accompagne notre histoire. C’est pourquoi l’objet vers lequel se dirige la miséricorde est très précis : c’est vers ce qui fait qu’un homme ou une femme ne marche pas à sa place, avec les siens, à son rythme, vers là où Dieu l’invite à aller. La peine, ce qui bouleverse, c’est que l’un ou l’autre se perde, ou reste derrière, ou s’égare par présomption. Disons, qu’il soit désorienté. Qu’il ne soit pas à la disposition du Seigneur, disponible pour la tâche qu’il veut lui confier. Qu’on ne marche pas humblement en présence du Seigneur (cf. Mi 6, 8), qu’on ne marche pas dans la charité (cf. Ep 5, 2).

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