Église en sortie 16 décembre 2016

Pour la dernière émission d’Église en sortie avant Noël, Francis Denis s’entretient avec les journalistes Émilie Callan et Charles Le Bourgeois sur l’année 2016, les projections 2017 ainsi que le tout nouveau magazine de S+L. Dans un deuxième temps, l’abbé Claude Paradis nous offre sa chronique de Noël des actualités de la rue.

Visage de Charité et Miséricorde dans les Bidonvilles du Monde: Mère Teresa de Calcutta sera proclamée sainte

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Teresa-Calcutta-window-detailJeudi 17 décembre, le jour de son anniversaire, le Pape François a signé quatre décrets, reconnaissant les vertus héroïques d’un laïc du 19° siècle, Enrico Hahn, d’un prêtre combonien italien, Giuseppe Ambrosoli, d’un religieux espagnol, Leonardo Lanzuela Martínez, tous deux décédés à la fin du 20° siècle. Mais la nouvelle qui a fait le tour du monde est ce décret par lequel le Pape François a reconnu le miracle attribué à l’intercession de Mère Teresa, la petite sœur au sari blanc et bleu. Il a ainsi ouvert la voie à la canonisation de la bienheureuse albanaise qui a consacré sa vie aux pauvres vivant à Calcutta, mégalopole du nord de l’Inde.

Il y a déjà 18 ans que Mère Teresa est morte d’une crise cardiaque à l’âge de 87 ans, le 5 septembre 1997 à Calcutta. Le lendemain de sa mort, elle devait présider un service de prières à Calcutta pour son amie, Diana, Princesse de Galles, tragiquement tuée dans un accident de voiture une semaine auparavant.

J’ai présenté un commentaire à l’occasion de ces funérailles pour plusieurs chaînes de télévision nationales au Canada. C’était ma première expérience devant les caméras de la télévision! La pompe, la précision et la sombre majesté de l’adieu londonien à la Princesse Diana, présenté une semaine avant, était presque invisible comparativement aux scènes chaotiques du passage du cercueil de bois de Mère Teresa transporté sur un attelage à canon à travers les rues affairées et encombrées par les foules lors de ses funérailles d’État.

La vie de Mère Teresa n’était pas ordinaire, c’était plutôt une métaphore d’altruisme et de sainteté. Ses célèbres œuvres débutèrent en 1950 avec l’inauguration à Calcutta de la première maison pour les personnes mourantes et les démunis appelée Nirmal Hriday (Cœur tendre). Les paroles de Mère Teresa demeurent inscrites sur les murs de cette maison : « De nos jours l’épidémie la plus horrible n’est pas la lèpre, ni la tuberculose. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. »

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Il existe des critiques au sein de l’Église, et bon nombre de religieux et de religieuses, qui disent que Mère Teresa personnifiait une vue « préconciliaire» de la foi et n’adressait pas les maux systémiques. Ils la critiquent et critiquent ses disciples pour leur condamnation acharnée de l’avortement.

Certains ont dit qu’il n’y avait pas d’élément de critique prophétique dans l’enseignement et le train de vie de Mère Teresa, comme s’ils avaient vraiment compris ce qu’est le prophétisme biblique! Plutôt que d’agir raisonnablement en soumettant des demandes pour recevoir des dons du gouvernement afin de créer des programmes pour l’éradication de la pauvreté, Mère Teresa et ses sœurs emménagèrent dans des quartiers01 Teresa of Calcutta où elles se liaient d’amitié avec les gens. Leurs maisons devenaient souvent des oasis d’espérance et de paix, comme celles du Canada et spécialement celle du Centre Ville de Toronto. Lorsque Mère Teresa parle du « partage de la pauvreté », elle défie la logique des institutions qui préfèrent les agendas pour les pauvres au lieu de la communion avec les individus démunis. Les agents et les instruments de communion sont
 souvent jugés hors propos par le monde.

Bien qu’elle ait quitté ce monde il y a 18 ans, cette petite religieuse a encore fait la une il y a plusieurs années, avec la publication de ses lettres. Beaucoup de journalistes, d’éditeurs de magazines, des présentateurs de télévision ainsi que des bloggeurs avaient mal compris l’histoire en publiant leurs manchettes sensationnelles : « La vie secrète de Mère Teresa : crise et obscurité, » ou « La Sainte de Calcutta était une athée, » ou encore « La Mère et l’Absente. » Certains commentateurs écrivaient : « Elle a perdu sa foi et l’Église la récompense. » Ces gens semblent ne pas être au courant du fait que les personnes qui avaient préparé sa béatification en 2003 avaient cité les lettres comme preuve de sa foi exceptionnelle, et non pas l’absence de cette dernière.

Mère Teresa nous explique dans ses messages intimement personnels qu’il lui est arrivé de sentir la puissante présence de Dieu et d’avoir entendu Jésus parler avec elle. Ce que Mère Teresa vécut par la suite c’était la foi dénuée de toute consolation émotionnelle. À la fin, elle devait dépendre de la foi brute, de l’espérance et de la charité. Telles sont les vertus de tous les chrétiens, non seulement de l’élite spirituelle. Après tout, elle était l’une de nous.

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Des années auparavant, durant la période de mes études à Rome, j’ai rencontré Mère Teresa de Calcutta plusieurs fois alors que j’enseignais à ses sœurs dans un bidonville qui se trouve dans la banlieue de la Ville Éternelle. À la fin de sa première visite, elle bénit mon front avant de placer dans ma main une de ces fameuses cartes d’affaires. Sur un côté de la carte figuraient les mots suivants :

« Le fruit du silence est la PRIÈRE. Le fruit de la prière est la FOI. Le fruit de la foi est L’AMOUR. Le fruit de l’amour est le SERVICE. Le fruit du service est la PAIX. Que Dieu te bénisse. – Mère Teresa. »

Je porte toujours cette carte sur moi. Il n’y avait ni adresse, ni numéro de téléphone, pas d’e-mail, de twitter ou de numéro de fax. On sait aujourd’hui que la bienheureuse et bientôt sainte Mère Teresa de Calcutta n’en avait tout simplement pas besoin. En effet, nous n’avons pas besoin de ces informations pour la contacter puisqu’elle est tout le temps disponible et qu’elle est présente avec nous tous par la communion des saints. Tout le monde sait où elle se trouve et comment entrer en contact avec elle. Elle a toujours les mains pleines de nos demandes!

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Mère Teresa a été proclamée bienheureuse par un de ses amis, saint Jean-Paul II le 19 octobre 2003. Un des cadeaux qui couronneront ce Jubilé de la miséricorde sera la canonisation de Mère Teresa par le pape François en 2016. Demandons à cette grande femme de foi d’intercéder pour notre monde en guerre, pour les nations remplies de peur, de terreur et de crainte. Puisse cette femme de petite taille, mais néanmoins géante de la vie spirituelle, nous aider à ouvrir les portes de nos nations, de nos communautés, de nos maisons et de nos cœurs pour accueillir les étrangers et offrir amour et hospitalité à tous. Que la bientôt sainte Teresa de Calcutta prie pour nous et nous enseigne comment aimer Dieu et notre prochain dans l’unité et l’harmonie. Qu’elle nous enseigne comment être des signes de la miséricorde et de la charité dans notre monde d’aujourd’hui.

Mère Teresa, priez pour nous!

Découvrir la possibilité de l’impossible

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 4e dimanche de l’Avent C

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament. Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1, 5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1, 26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1, 39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1, 11-12, 26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1, 13, 30). Après l’annonce (Luc 1, 14-17, 31-33), le parent fait une objection (Luc 1, 18, 34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1, 20, 36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1, 32-33) et Fils de Dieu (Luc 1, 32, 35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1, 39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1, 68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme «juste et pieux» dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2, 22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: «Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu» (Luc 1, 36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (I Samuel 6, 9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18, 12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire ( Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. » (Luc 1, 25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée «en hâte» pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, « nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia » qui pourrait signifier: «la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse» ou
«les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous. [Read more…]