L’huile qui fera rayonner notre lampe

Trente-deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 12 novembre 2017

Sagesse 6,12-16
1 Thessaloniciens 4,13-18
Matthieu 25,1-13

Les trois paraboles du discours eschatologique de Jésus dans l’Évangile de Matthieu conviennent très bien à la fin de l’année liturgique. Ces trois récits évoquent trois formes différentes de responsabilité qui sont exigées des chrétiennes et des chrétiens qui se préparent à leur rencontre glorieuse avec le Christ. La première de ces trois paraboles parle du majordome à qui le maître a confié sa maison (24, 45-51). Ce passage, nous l’avons vu, vise vraisemblablement les responsables de la communauté, auxquels il lance une sévère mise en garde : il ne s’agit pas pour eux de se relâcher dans leur zèle au service des autres chrétiens simplement parce que le jour du jugement a pu être retardé.

Aujourd’hui, nous entendons proclamer la parabole des dix jeunes filles (25, 1-13) et, la semaine prochaine, nous entendrons la troisième parabole de cette section finale : l’histoire bien connue des talents (25, 14-30). À première vue, celle-ci semble évoquer ce que nous faisons de nos aptitudes et de nos talents. Mais nous verrons qu’elle traite de beaucoup plus que d’ingéniosité, de courage ou de mise en valeurs judicieuse de nos dons. Dans chacune de ces histoires riches d’enseignement, c’est une erreur de s’arrêter aux apparences.

Les coutumes matrimoniales dans la Palestine du premier siècle

La parabole « des vierges sages et des vierges folles » (25, 1-13) peut être interprétée à différents niveaux. Certains exégètes n’ont voulu voir dans ce texte – qu’on ne trouve que dans l’évangile de Matthieu – qu’un témoignage historique sur les coutumes matrimoniales au temps de Jésus. Ce n’est sans doute pas un mauvais point de départ mais là n’est pas à l’essentiel d’un texte aussi énigmatique qu’intrigant.

Le point culminant de la cérémonie du mariage, dans la Palestine du premier siècle, voyait le marié, escorté par les membres de sa famille, se présenter à la maison de la mariée : il venait la chercher pour la conduire chez lui où se déroulerait le reste de la célébration. La parabole évangélique s’intéresse au moment où l’époux revient chez lui avec celle qui va devenir son épouse.

Dix jeunes femmes, probablement les sœurs et les cousines de l’époux, attendent son retour. Certains textes parlent de ces jeunes filles comme de « dames d’honneur » mais l’expression n’est probablement pas la plus juste. Il s’agit avant tout de jeunes femmes qui se marieront un jour, de « filles à marier » ! Cinq d’entre elles sont intelligentes alors que les cinq autres sont moins brillantes !

Quand on annonce l’arrivée de l’époux au milieu de la nuit, elles se lèvent toutes pour allumer leur lampe; mais seules celles qui ont eu la prudence de se procurer assez d’huile sont en mesure de sortir à la rencontre de l’époux. Les cinq qui n’ont pas d’huile en demandent aux premières, mais celles-ci refusent de se départir de leur provision car alors personne n’aura assez d’huile pour la fête. Pendant que les vierges folles partent s’acheter de l’huile, l’époux arrive, pénètre dans la salle du festin et on referme la porte derrière lui.

Les jeunes filles avisées s’étaient préparées à jouer leur rôle mais les autres, imprévoyantes et étourdies, n’ont rien planifié et se retrouvent exclues de la fête. Elles n’ont même pas su tirer parti du retard de l’époux !

Les rapports entre Dieu et les êtres humains

Comme toutes les paraboles, la parabole des dix vierges doit être lue à un double niveau. Il y est question d’une noce sans doute mais aussi d’autre chose, à savoir de la façon dont Dieu entre en relation avec les êtres humains. Le sens le plus simple de ce récit, et le plus pertinent sans doute dans le contexte historique de la vie de Jésus, c’est que ceux et celles qui sont en syntonie avec la sagesse de Dieu « ont des oreilles pour entendre » et acceptent son message. Ceux et celles qui le rejettent sont eux-mêmes rejetés. D’où la leçon : « veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

À un autre niveau, la parabole peut renvoyer à l’église et à ses membres. Matthieu aurait-il pu raconter cette histoire évangélique pour régler un différend au sein de sa communauté autour de ce que signifiait le retard du retour du Christ ? Le retard de la parousie (la seconde venue du Christ) est évoqué par l’attente de l’époux. Tout est prêt pour le festin nuptial; il ne manque que l’époux. Si Matthieu a effectivement raconté cette histoire pour régler une dispute de cette nature, la leçon proposée à ceux et celles qui l’ont d’abord entendue porte sur la façon de composer avec le retard du retour du Messie en se préparant à sa seconde venue dans la gloire. La parabole est de toute évidence un avertissement, une exhortation à vivre dans la vigilance et à avoir la prudence de se préparer. Ces attitudes vertueuses naissent de l’attention prêtée aux paroles que Dieu nous a dites.

Être prêts

Les jeunes étourdies ne sont pas prêtes quand arrive finalement le grand moment. Celles qui n’ont pas d’huile, comme les invités qui n’ont pas le vêtement nuptial dans la parabole que nous avons entendue il y a quelques semaines (22,11-14), n’ont pas à leur actif les bonnes œuvres qui devraient correspondre à leur engagement de foi.

Pour Matthieu, la vigilance, c’est d’être prêt en tout temps, de jour comme de nuit, qu’on dorme ou qu’on soit éveillé. La parabole parle ici de gens très ordinaires, et pas seulement des responsables de la communauté ecclésiale. Quiconque aime Jésus doit persévérer dans sa façon de faire jusqu’à ce que Jésus se présente, quelle que soit la durée du retard qu’il met à revenir. Ceux qui tiendront bon jusqu’au bout seront sauvés (24,13).

Être « prêts » dans l’évangile d’aujourd’hui, c’était pour Matthieu pratiquer les bonnes œuvres mais nous savons qu’il y avait aussi d’autres obligations à remplir : éviter la mauvaise conduite (15,19), aimer ses ennemis (5,44), aimer les autres chrétiens (24,12), pardonner à ceux qui nous ont fait du tort (18, 21-35), croire en Jésus (21,21) et lui être loyal (10,32), et aimer Dieu (22,37).

La lampe de notre vie

Cette parabole donne un très bon exemple de la façon dont Matthieu marie la vigilance dans la prière à un esprit de saine coopération avec autrui. Les étourdies n’ont rien fait pour se préparer à la fête des noces, cherchaient à se décharger de leur part du travail ou perdaient leur temps. Tout à coup, quand tout le monde a pris conscience de l’arrivée de l’Époux, les vierges folles ne méritent guère d’avoir part aux festivités.

Plus tôt dans l’évangile de Matthieu, dans le fameux Sermon sur la montagne, Jésus a exhorté ses auditeurs à faire briller leur lampe de manière que les gens voient le bien qu’ils font et en rendent gloire à leur Père céleste (5,16). « L’huile » dans la parabole d’aujourd’hui symbolise les bonnes œuvres et la bonne conduite. Les gens avisés sont vigilants, comme les jeunes filles de la parabole qui n’ont pas seulement apporté leur lampe mais aussi une provision d’huile pour la nuit. Les « sages » sont ceux qui se soucient des besoins quotidiens des personnes de leur propre famille, des membres de leur famille élargie et même des étrangers.

Combien de fois nous sommes-nous retrouvés pourvus d’une lampe mais sans huile pour la faire fonctionner. Sainte Teresa de Calcutta a commenté à sa façon la parabole d’aujourd’hui:

Quelles sont les lampes dans nos vies ?
Ce sont les petites choses de la vie de tous les jours :
la fidélité, la ponctualité, les paroles réconfortantes,
l’attention aux autres,
la façon de faire silence à certains moments,
le regard qu’on jette sur les choses,
notre façon de parler, notre façon d’agir.
Autant de petites goutes d’amour
qui permettent à notre vie de foi de briller d’un vif éclat.

« L’huile » qui fera briller notre lampe d’un vif éclat, ce sont souvent les petites gouttes d’amour, de bonté, de patience, de joie, de générosité, qui permettent à notre vie de foi de briller et de rayonner.

Tirer parti du retard

Si les jeunes filles avaient partagé l’huile entre elles, la conclusion de la parabole aurait peut-être été différente. Mais ce récit ne traite pas de la répartition équitable des biens; il porte sur une réalité plus profonde. Justement parce que le moment de l’arrivée de l’époux reste incertain, il est essentiel de demeurer en état de vigilance pour être prêt à l’accueillir. En d’autres mots, Matthieu essaie de transformer l’origine du problème – le retard de la fin des temps et du retour du Christ – en un avantage à exploiter. Le retard lui-même devrait aviver notre espérance. Le retard lui-même nous appelle et nous incite à plus de fidélité, de vigilance et d’amour. La distance et l’attente nous élargissent le cœur !

Nous apprenons dans l’évangile d’aujourd’hui que notre foi doit s’accompagner de bonnes œuvres qui sous-tendent notre vie spirituelle. Quand les cinq jeunes étourdies sont parties à la rencontre de l’époux, elles n’étaient pas prêtes. Les autres avaient accumulé des œuvres de bien et pouvaient brandir leur lampe allumée. Quand le Seigneur reviendra, elles seront empressées à l’accueillir. Les cinq qui sont à court d’huile représentent ceux et celles qui s’intéressent plus à la fête qu’à la rencontre de l’époux.

Le fournisseur d’huile

En réfléchissant à la parabole d’aujourd’hui, il faut aussi prendre en compte celui qui fournit l’huile. Voici pour vous de quoi méditer cette semaine. Si l’huile représente le bien qui nous est inspiré par l’Esprit, le fournisseur de l’huile est bien celui qui nous inspire et nous fait don de ces bonnes œuvres, l’Esprit Saint. Les cinq jeunes filles avisées semblent avoir rencontré leur fournisseur récemment tandis que les autres donnent plutôt l’impression d’avoir folâtré.

La préparation du cœur et de la conscience pour accueillir le Seigneur est un état ou une qualité d’être qui s’apprend, se cultive et se raffine avec le temps. Elle suppose une relation intime avec le fournisseur d’huile; elle n’est pas transférable, on ne peut simplement la céder à quelqu’un qui n’est pas prêt. Elle fait l’objet d’un travail constant, à longueur de vie, sur la route qui nous conduit au banquet des noces éternelles, qui n’aura pas de fin.

Prions pour demeurer vigilants et pour n’être pas sortis faire des courses (v. 10) lorsque se présentera le grand moment, quand l’époux frappera à la porte pour nous appeler. Puissions-nous rester toujours prêts pour le retour définitif mais aussi attentifs aux personnes qui nous entourent et qui dépendent du bien que nous faisons ici et maintenant. Menons une vie frugale pour être admis au céleste banquet nuptial avec les vierges sages et pour être jugés dignes d’être en présence du Seigneur de la vie éternelle.

(Image : Les vierges sages de James Tissot)

Propos de table et étiquette dans l’évangile de Luc

Emmaus cropped

Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire, Année C – 28 août 2016

Ben Sirac 3,17-18.20.28-29

Hébreux 12,18-19.22-24a

Luc 14,1.7-14

Dans l’évangile de Luc, les enseignements de Jésus les plus importants ont lieu autour de la table, dans des fêtes, des célébrations. Nous découvrons que chaque repas porte un sens plus profond que le simple boire et manger en compagnie d’autrui.

Les propos de table présentés aujourd’hui s’inscrivent dans le cadre du voyage vers Jérusalem entamé au chapitre 9 verset 51. Chez Luc, rien n’a plus d’importance que la table à manger. C’est là que se déroule l’eucharistie, de même que les révélations du Ressuscité (Luc 24, v. 28 à 32). De plus, c’est en mangeant ensemble que les disciples reçoivent du Christ la promesse de l’envoi de l’Esprit Saint et leur mission spécifique (Actes 1, v. 8). Enfin, juifs et païens ont pu former Église grâce au partage du repas (Actes 10, v. 9 à 16 et 11, v. 1 à 18).

Des repas partagés lourds de sens

La scène de banquet présentée aujourd’hui ne se trouve que dans l’évangile de Luc (14, v. 7 à 14). Elle offre un cadre aux enseignements de Jésus sur l’humilité et présente son attitude envers la richesse et la pauvreté. Le partage du repas pour le judaïsme, pour Jésus et pour l’Église des premiers temps comporte une dimension religieuse, sociale et économique riche de sens.

Le premier verset du chapitre 14 pose d’emblée le contexte pour les versets 7 à 11. Attablé chez un pharisien, Jésus observe le comportement des hôtes comme des invités. L’observation attentive du quotidien lui fournissait une compréhension profonde de la véritable nature de ses auditeurs de même que des opportunités de leur révéler le fonctionnement du Royaume de Dieu. Ce qui est récurrent et coutumier ne doit pas être négligé lorsqu’on tente de définir la vie vécue dans la présence de Dieu.

L’élévation provient de Dieu, non des humains

Que devons-nous retenir de l’évangile d’aujourd’hui ? En entendant que choisir la dernière place peut non seulement éviter l’humiliation, mais également mener droit à la table d’honneur, notre égo humain, par ailleurs fort ingénieux, pourrait transformer la consigne au sujet de l’humilité en une nouvelle stratégie « d’auto-exaltation. » C’est une chose de choisir la dernière place par humilité; c’en est une autre de choisir la dernière place comme façon d’avancer plus haut ! Cet enseignement devient tout aussi ridicule s’il y a une ruée vers la dernière place avec les oreilles orientées vers l’hôte attendant avidement l’invitation à s’élever.

Ceux qui s’élèvent eux-mêmes au-dessus des autres seront abaissés; ceux qui se considèrent comme faisant partie des « humbles », aussi humain que n’importe quel qui dam, ceux-là seront élevés. Il appartient à Dieu d’élever et d’exalter; il convient à l’être humain de reconnaître sa propre humilité. On ne se rend pas humble pour l’amour de la chose en elle-même, mais pour l’amour soit de Dieu, soit du Christ.

La première lecture de ce jour, tirée du livre de Ben Sirac le Sage (chap. 3, 17-18, 20, 28-29), évoque cette humilité authentique qui donne une appréciation juste de soi (v. 7-19). Avec l’humilité, on peut accomplir son devoir et éviter ce qui dépasse son entendement et sa force (v. 20-22). L’orgueil, cependant, engendre fausse grandeur, manque de jugement, entêtement, souffrance, affliction et perdition (chap. 3, v. 23-27).

L’unique assurance

Les riches, les puissants et ceux qui se croient des « justes » trouvent très difficile d’être humblement ouvert à Dieu. C’est plutôt en leurs trésors et leur propre valeur qu’ils ont pleine confiance. L’unique assurance repose sur l’amitié avec Dieu et sur le service de Dieu : servir les humains et Dieu à l’exemple de Jésus de Nazareth. S’exalter soi-même, c’est une façon de ne compter que sur soi plutôt que de compter sur Dieu. Voilà pourquoi la richesse, la prospérité, la pleine satisfaction entraînent presque intrinsèquement l’arrogance, la fierté, le refus de Dieu.

La seconde leçon à retenir de l’évangile du jour concerne l’habitude répandue et acceptée de n’inviter que ceux dont on peut s’attendre à ce qu’ils nous retournent la faveur d’une façon ou d’une autre. Jésus renverse cette norme : n’invitez pas à partager un repas avec vous ceux qui un jour ou l’autre vous le remettront, peut-être même en surpassant le vôtre. Invitez plutôt ceux qui jamais ne sont invités à sortir – les pauvres, ceux qui vivent en marge de la société et ceux de qui vous ne pouvez attendre aucune faveur.

L’étiquette chez Luc

Le rôle d’hôte suggère plusieurs connotations agréables et positives, comme celles d’être une personne amicale, généreuse, affable et soucieuse du bien-être des autres. Jésus fait cependant remarquer (v. 12- 14) le rôle de l’hôte peut être déformé et épouvantablement détourné lorsqu’il est accompli avec attachement ! L’hôte ou l’hôtesse qui attend un « retour sur l’investissement » n’offrira pas d’attentions ni de nourriture à ceux qui ne peuvent donner en retour. Ainsi, la liste d’invités ne comporte que le nom de personnes en mesure de rendre faveur pour faveur.

Jésus nous invite à un comportement digne du Royaume : inviter ceux qui n’ont ni bien ni statut social. Dieu est notre hôte suprême et nous sommes en réalité ses invités, ne formulant aucune requête, ne plaçant aucune condition, n’attendant rien en retour. La liste de Luc qui mentionne les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles, ne surprend pas le lecteur. Nous avons déjà été informés à propos de ces personnes depuis que Marie les a chantés dans son Magnificat au début de l’évangile selon saint Luc (Lc 1, v. 46 à 55) et que Jésus s’est adressé à eux dans son sermon inaugural dans la synagogue de Nazareth (Lc 4, v. 16 à 30).

L’inconvenance et la grande indulgence de Jésus

En se faisant l’ami de gens de la sorte et en mangeant avec eux, Jésus irritait ses adversaires, comme en tant d’autres gestes qu’il posait. Ils médisaient contre lui : « Il s’est laissé inviter par un homme pécheur », ou encore « Regardez-le qui mange avec des percepteur d’impôts et des prostituées ! » Pourtant, là où ces autres ne voyaient que des pécheurs, des marginaux, des parias à haïr et à mettre à l’écart, Jésus, lui, voyait autre chose. Il voyait des êtres humains, peut-être des personnes emprisonnées dans leurs échecs, tentant désespérément de devenir meilleures et essayant maladroitement de faire amende honorable pour une vie de péché. Jésus de Nazareth s’exclamerait : « Le salut est venu aujourd’hui sur cette maison parce que cet homme est aussi un fils d’Abraham. Car le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »

Chercher et sauver ceux qui étaient perdus, exalter les pauvres et les humbles, abaisser les riches, les impies, les hautains et les arrogants, voilà le ministère de Jésus. Ses détracteurs s’offensaient de tant d’inconvenance et d’indulgence. Tous ceux que Jésus nous recommande d’inscrire à notre liste d’invités sont ceux qui recevront les places d’honneur au banquet du Royaume : les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles, les païens, ceux qui n’ont pas de quoi nous repayer, ceux à qui on a refusé l’entrée au centre de l’ancien Temple en raison de leur statut. Les murs du nouveau temple, eux, n’excluraient personne.

Les assemblées de l’Ancienne et la Nouvelle Alliance

La seconde lecture du jour, extraite de la lettre aux Hébreux (chap. 12, v. 18, 19, 22-24a), compare les deux Alliances, celle de Moïse et celle du Christ. Ce magnifique passage relève le contraste entre deux grands rassemblements populaires : celui des Israélites attroupés au pied du mont Sinaï pour sceller la première alliance et promulguer la loi de Moïse, et celui des disciples de Jésus réunis au mont Sion, la Jérusalem céleste, l’assemblée de l’Alliance nouvelle. Avec ses innombrables anges et la présence du sang rédempteur de Jésus, cette dernière scène rappelle les liturgies célestes du Livre de l’Apocalypse.

L’Alliance de Moïse y est dépeinte comme puisant ses origines dans la peur de Dieu est les menaces de châtiments divins (Hb 12, v. 18 à 21). L’Alliance du Christ nous donne un accès direct à Dieu (v. 22), fait de nous des membres de la communauté chrétienne, des enfants de Dieu, un peuple sanctifié (v. 23) qui a Jésus pour médiateur nous défendant (v. 24). Ne pas tenir compte de la voix du Ressuscité, voilà un péché plus grave que le rejet de la parole de Moïse (v. 25 et 26). Bien que des chrétiens s’en écartent, le Royaume de Dieu en Christ demeurera et sa justice punira ceux coupables de désertion (v. 28 et 29).

« Les armes des saints » du Cardinal Newman

Considérons les paroles du Bienheureux Cardinal John Henry Newman dans l’un de ses mémorables sermons, « Les armes des saints » (« The Weapons of Saints »), portant sur l’évangile d’aujourd’hui :

Il existe un lien mystérieux entre avancement véritable et abaissement de soi. Si vous exercez votre ministère auprès des humbles et des méprisés, si vous nourrissez les affamés, soignez les malades, secourez les affligés; si vous souffrez avec les pervertis, endurez les insultes, supportez l’ingratitude, rendez le bien pour le mal, vous devenez, comme par un charme divin, plus fort que le monde et vous vous élevez parmi les créatures. Dieu a établi cette loi. Ainsi Il accomplit Ses merveilleuses œuvres. Ses instruments sont pauvres et méprisés; le monde connaît à peine leurs noms, si même il les connaît. Ses instruments sont entièrement absorbés par des actions que le monde considère comme sans importance, et personne n’y porte attention. En apparence, Ses instruments ne sont dédiés à aucune grande œuvre; on ne voit pas de fruit provenant de ce qu’ils font : ils semblent en situation d’échec. Non, même en ce qui concerne des visées religieuses qu’eux-mêmes affirment désirer, il n’existe aucune connexion naturelle et visible entre leurs actions et leurs souffrances et ces fins désirables; cependant, il y a une connexion invisible dans le Royaume de Dieu. Ils s’élèvent en tombant, purement et simplement, car aucune condescendence ne peut surpasser celle de notre Seigneur. Conséquemment, plus ils s’abaissent eux-mêmes, plus ils Lui ressemblent; et plus ils Lui ressemblent, plus grande doit être leur puissance avec Lui.

L’étiquette de Mère Teresa

Puisque nous commémorerons la naissance de la Bienheureuse Teresa de Calcutta le 26 août, ainsi que l’anniversaire de son décès le 5 septembre, laissons ses mots des « Commandements Paradoxaux » qui lui sont souvent faussement attribués résonner à nos oreilles et dans nos communautés cette semaine. Cette année, ses paroles prennent une signification particulière, puisque Mère Teresa sera canonisé par le Pape François le 4 septembre. Lorsque Mère Teresa entendit ces mots de Kent M. Keith pour la première fois, elle fut poussée à les afficher sur le mur d’un de ses foyers des enfants à Calcutta. Ces maximes sont une inspiration qui aide à trouver un sens personnel face à l’adversité, et transcendent tous les crédos et les cultures. Plus que tout, le « crédo » du Dr. Keith décrit très bien le charisme de Mère Teresa dans sa relation avec un grand nombre de personnes durant sa vie. Elle comprenait bien la prédilection de l’évangéliste Luc pour les propos de table et l’étiquette de Jésus.

Les gens sont souvent déraisonnables, irrationnels, centrés sur eux-mêmes. Pardonne-leur quand même.

Si tu faits preuve de bonté, des gens pourraient t’accuser d’intentions égoïstes dissimulées. Sois bon quand même.

Si tu connais du succès, tu gagneras quelques amitiés déloyales et quelques véritables ennemis. Réussis quand même.

Si tu es honnête et sincère, les gens pourraient te tromper. Sois honnête et sincère quand même.

Ce que tu auras mis des années à créer, d’autres pourraient le détruire du jour au lendemain. Crée malgré cela.

Si tu trouves de la sérénité et du bonheur, certains pourraient être jaloux. Sois heureux malgré eux.

Le bien que tu auras fait aujourd’hui sera souvent oublié. Faits le bien malgré cela.

Donne le meilleur de toi-même et ce ne sera jamais assez. Donne malgré tout le meilleur de toi-même.

Au final, tout cela sera entre toi et Dieu. Ça n’a jamais été entre toi et eux de toute façon.

(Image : Le Souper à Emmaüs du Caravage)

Les saints et le combat de la prière

A woman prays in 2015 as Pope Francis celebrates Mass in Manila, Philippines. The prayers of the faithful, not the pope, bishops, priests or nuns, have the power to make miracles happen in the most impossible situations, Pope Francis said at his morning Mass. (CNS photo/Dennis M. Sabangan, EPA) See POPE-MASS-PRAYER Jan. 12, 2016.

Les saints ont été les premiers à soutenir que la prière est un combat. Mais un combat contre qui ou contre quoi? Souvent contre eux-mêmes et tout ce qui détourne de Dieu. « Les grands priants de l’Ancienne Alliance avant le Christ, comme la Mère de Dieu et les saints avec Lui nous l’apprennent : la prière est un combat » (CÉC 2725). C’est pourquoi, la prière « suppose un effort constant … Le ‘combat spirituel’ de la vie nouvelle du chrétien est inséparable du combat de la prière » (ibid.).

Tout en sachant cela, on peut quand même se décourager rapidement. Il est facile d’oublier que la prière ne vient pas seulement de nos propres efforts mais surgit grâce à l’Esprit Saint, tel que Saint Paul nous l’explique dans l’une de ses lettres aux Romains : « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut » (Romains 8, 26). Les saints sont pour nous des modèles, non pas à cause de leur vie exemplaire mais en raison de leur persévérance lorsque les choses allaient mal.  Ils peuvent nous encourager lorsque notre prière semble vide, lorsqu’on arrête de prier, lorsqu’on n’y trouve plus le réconfort et qu’elle n’est plus source de joie mais de tristesse. Les saints ont tous fait face à cela.

Voici, donc, quelques exemples d’hommes et de femmes qui ont connu des défis dans leur vie spirituelle. Certaines anecdotes vous surprendront peut-être, mais en y regardant de plus près, nous constatons que les obstacles à la prière exigent au fond une plus grande confiance en Dieu !

Saint Bernard de Clairvaux, cistercien

J’ai découvert que saint Bernard avait de la difficulté à prier grâce au site web Word on Fire (un ministère d’évangélisation par les médias créé par Mgr Robert Barron, évêque auxiliaire de Los Angeles). Saint Bernard savait ce que voulait dire être distrait pendant son temps de prière. On donne comme exemple l’histoire de sa rencontre, un jour, avec un fermier…

Alors qu’il voyageait à cheval, Bernard s’arrête près d’un fermier qui travaille la terre. Le fermier lève la tête et lui dit qu’il a de la chance de passer sa vie à prier. Mais saint Bernard fait la remarque que la prière peut s’avérer encore plus difficile que labourer la terre. « Je doute bien que ce soit vrai » lui répond le fermier, « vous avez un beau cheval et une selle splendide, que savez-vous de l’épreuve? ». Saint Bernard dit alors au fermier que s’il arrive à prier le Notre Père sans interruption, il lui donnera son cheval. Le fermier accepte le défi et se met à prier, « Notre Père, qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite… – tu me donnes la selle, aussi? ».

Je crois que Saint Bernard a bien illustré son objectif et est reparti avec et son cheval et sa selle. Les distractions et les combats dans la prière font partie de la vie spirituelle du chrétien. Les autres saints qui m’ont aidée à construire ce blogue, nous montrent de manière concrète à quoi ressemblait ce combat pour eux. J’espère qu’ils seront source d’encouragement pour vous aussi !

Sainte Thérèse d’Avila, carmélite

Sainte Thérèse d’Avila est devenue la première femme Docteur de l’Église, après avoir réformé l’Ordre des Carmélites, fondé des couvents un peu partout en Espagne, puis écrit quelques-uns des ouvrages spirituels les plus connus dans la littérature catholique. Mais avant d’en arriver là, la grande Thérèse a connu une vie intérieure houleuse.

Elle est rentrée au couvent à l’âge de 20 ans au grand déplaisir de son père. Au moment de son entrée, le couvent était alors un endroit prestigieux. Ainsi, lors de grandes réceptions tenues au couvent, Thérèse était au cœur de la fête. Par conséquent, sa vie spirituelle était tiède. Pendant ses temps de prière, elle était facilement distraite et voulait rarement prier. Elle attendait avec impatience la fin de son heure de prière. Elle raconte dans ses ouvrages qu’elle aurait pratiqué les plus dures pénitences au lieu de forcer l’oraison.

Elle menait en quelque sorte une double vie jusqu’au jour où elle tombe sur un texte de Saint Augustin. Elle se convertit (une deuxième fois, dit-elle) à l’âge de quarante ans et tombe amoureuse de Jésus. Sa vie change complètement. Nourrie par l’oraison, elle commence à exhorter le reste de ses consœurs de mener une vie digne de la vocation à laquelle elles ont été appelées.

Malgré son amour de Dieu, qui l’habite désormais, elle parle des défis qu’elle continue de rencontrer dans sa vie intérieure. Dans son livre Le Château intérieur, elle écrit : « Toutes les épreuves que nous devons endurer ne peuvent se comparer à la lutte intérieure … mais ne croyez pas qu’il s’agisse de ne pas penser à autre chose et que si vous êtes un peu distrait, tout est ‘perdu’… ces distractions sont comme des nuages qui passent dans le ciel et détournent notre regard un seul instant du Soleil de Justice ».

Saint Jean de la Croix, carme

Alors que sainte Thérèse change le visage de la vie religieuse en Espagne, saint Jean de la Croix se lie d’amitié avec elle. Elle sera éventuellement comme sa « mère spirituelle ». Attiré par son feu il devient carme déchaux et l’aidera à établir d’autres couvents carmélites. Il sera, lui aussi, nommé Docteur de l’Église.

Saint Jean a forgé l’expression la « nuit obscure de l’âme ». Il s’en est servi pour décrire l’expérience que nous vivons parfois lorsque nous sommes éprouvés dans la prière. Il nous dit que cette épreuve de la foi se manifeste à nous par la sécheresse, le sentiment d’abandon ou de l’absence de Dieu, alors qu’en vérité, il ne nous abandonne jamais. Au contraire, cette « nuit » est permise par Dieu pour que, petit à petit, nous arrivions à nous détacher de tout ce qui prend Sa place, dans notre prière mais aussi dans notre vie comme les plaisirs, les appétits, les loisirs, les pensées, les idées, etc. Ces choses peuvent être belles et bonnes mais ne devraient pas être des obstacles à la grâce; elles devraient plutôt nous aider à aller vers Dieu.

Sans jamais forcer notre liberté, Dieu nous invite simplement à collaborer au travail de la grâce en nous. Il est en train d’enlever les mauvaises herbes. Saint Jean nous montre qu’il ne faut pas craindre ces moments d’incertitude et de vide. C’est dans ces instants de « purification » que nous voyons notre grand besoin de Dieu et que nous pouvons nous abandonner plus à Sa miséricorde.

Mère Térésa de Calcutta, missionnaire de la charité

On la connaît très bien pour son immense œuvre auprès des pauvres. Mais Mère Térésa de Calcutta (bientôt sainte Mère Térésa) a fondé les Missionnaires de la charité alors qu’elle se sentait complètement abandonnée par Dieu. Sa prière, avant le début de sa mission en Inde, était remplie de la présence de Dieu. Elle voyait Jésus, lui parlait et entendait sa voix… Elle lui demandait de connaître un jour la souffrance du Christ en croix et de partager sa solitude. C’est cette prière qui lui a permis d’entendre Dieu l’appeler comme missionnaire auprès des plus démunis.

Mais, dès son arrivée à Calcutta, tout a changé. Dieu s’est tu. Elle n’avait plus de grandes visions et ne ressentait plus Son amour, Sa proximité. « J’appelle, je m’accroche, je désire, mais il n’y a personne pour me répondre ». Elle vécut comme cela pendant quarante ans. Pourtant, elle persévérait tout de même dans sa prière et dans son travail auprès des marginalisés. « Je ne fais que regarder Jésus souffrant et je répète : laisse-moi prendre part à ta douleur! Si cette douleur et cette souffrance … ne te donnent qu’une seule goutte de consolation, mon Jésus, fais de moi ce qu’il te plaira ». Quelle confiance ! On disait d’elle, qu’elle était une personne joyeuse et radieuse.

On ne pourrait parler de Mère Térésa sans reconnaître ce combat bien réel qu’elle a mené. Ce qui fait d’elle une sainte, ce n’est pas uniquement son travail auprès des pauvres mais aussi sa fidélité à sa vocation et à sa mission malgré sa « nuit obscure de l’âme ».

Nous comprendrons, à travers ces quelques exemples, que le combat de la prière est commun à tous les chrétiens – et même aux plus grands saints ! Mais, cette bataille intérieure n’est pas livrée pour rien !  C’est l’occasion pour Dieu de nous montrer ce que nous sommes, nous montrer les mauvaises herbes, les péchés ou les blessures qui ont encore de l’emprise sur nous. Finalement, c’est l’occasion de nous raccrocher à Lui en toute confiance, pour qu’Il nous redise Son amour et Sa miséricorde.

Mère Teresa: une vie de dévouement désintéressé

Il y a déjà 13 ans que Mère Teresa est morte d’une crise cardiaque à l’âge de 87 ans, le 5 septembre 1997 à Calcutta. Et le 26 août de cette année marque le centième anniversaire de cette femme incroyable. Le lendemain de sa mort, elle était supposée présider un service de prière à Calcutta pour son amie, Diana, Princesse de Galles, qui avait été tragiquement tuée dans un accident de voiture une semaine auparavant.

Mother Teresa Window

Je me souviens très bien de ces journées… Mon propre père est mort le 27 août de la même année. La nuit de mon retour à Toronto après ses obsèques, la Princesse fut tuée par l’horrible accident de voiture à Paris. Une semaine après, Mère Teresa fut appelée à rejoindre Dieu dans Sa demeure. J’ai présenté un commentaire à l’occasion de ses funérailles pour plusieurs chaînes de télévision nationales au Canada. La pompe, la précision et la sombre majesté de l’adieu londonien à la Princesse Diana, présenté une semaine avant, était presque inaperçu dans les scènes chaotiques du passage du cercueil de bois de Mère Teresa transporté sur un attelage à canon à travers les rues affairées et encombrées par les foules lors de ses funérailles d’État.

La vie de Mère Teresa n’était pas ordinaire, mais plutôt une métaphore d’altruisme et de sainteté. Ses fameuses oeuvres débutèrent en 1950 avec l’inauguration à Calcutta de la première maison pour les personnes mourantes et les démunis  Nirmal Hriday (Cœur tendre). Les mots de Mères Teresa demeurent inscrits sur les murs de cette maison : « De nos jours l’épidémie la plus horrible n’est pas la lèpre, ni la tuberculose. C’est le sentiment d’être indésirable, rejeté, abandonné par tous. »

[Read more…]