Le Martyre Chrétien

Peinture murale représentant Mgr Oscar Romero – le Salvadorien à l’extérieur de l’hôpital au San Salvador. Photo de CNS / par Octavio Duran

Le Martyre Chrétien
par Mgr Arthur Roche, secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements

Depuis quelque temps, le mot « martyre » revient assez souvent dans les médias. Il désigne généralement des djihadistes qui font le sacrifice de leur vie pour détruire d’autres vies humaines. Il s’agit manifestement de meurtriers et d’assassins, même s’ils considèrent que leur geste va leur valoir la faveur divine. Cette prétention jette un profond discrédit sur la notion de martyre, et ce, au moment même où nombre de chrétiens, au Moyen-Orient et dans plusieurs autres régions du monde, sont martyrisés pour leur foi au Christ. Contrairement aux djihadistes, les chrétiens ne recherchent pas le martyre. C’est une conséquence qu’ils subissent, non pas en vertu d’accusations criminelles fondées, mais parce qu’ils portent le nom du Christ et parce qu’ils refusent d’abjurer leur foi et parfois d’enlever la vie à d’autres personnes.

Saint Jean-Paul II prie Mgr Oscar Romero devant son tombeau, au San Salvador, en 1983. Photo de CNS / par Giancarlo Giuliani, Photo de Catholic Press

Quel poignant témoignage nous ont donné récemment les 21 jeunes chrétiens qu’a décapités l’État islamique (EI) simplement parce qu’ils étaient chrétiens. Ils sont morts, non pas en soldats, mais en victimes innocentes animées par une foi profonde. Ils ont invoqué le nom de Jésus au moment où on les exécutait sans pitié. Le spectacle qu’a donné l’EI en faisant étalage d’une brutalité répugnante a plutôt fait voir au monde comment la souffrance cédait la place à un profond amour, la rétribution au pardon et la mort à la vie éternelle.

Dans une lettre adressée au pape François, un groupe de chrétiens iraquiens lui expliquent que leur foi s’est affermie après qu’ils eurent choisi de rester fidèles au Christ plutôt que d’abjurer pour pouvoir demeurer dans leur patrie. Ils ont dû renoncer à tout ce qu’ils possédaient afin, écrivent-ils, d’être « jugés dignes d’être au nombre de ses brebis, de faire partie de son troupeau ». Loin de s’apitoyer sur leur sort, ils ajoutent : « Père bienveillant, en toute simplicité et en toute humilité, nous vous demandons de prier et d’intervenir pour nous et pour notre peuple blessé dans le monde arabe, pour le pardon de nos péchés, et pour que prévale la paix du Christ. Mais nous voulons prier avant tout pour tous ceux qui sont la cause de tout ce mal et de ces œuvres mauvaises. Nous voulons prier pour tous ceux qui ont versé le sang de tant d’innocents en obéissant aux lois du mal et des ténèbres. Très Saint-Père, nous vous demandons de prier pour qu’ils se repentent devant leur Créateur, pour qu’ils deviennent des instruments de paix et d’amour, qu’ils cessent de faire le jeu du Malin et qu’ils deviennent de vrais enfants de Dieu. »

Le plus éloquent dans le martyre chrétien, c’est la profondeur de l’amour en lieu et place de la haine, ce qui ressort ici à l’évidence. Combien de martyrs des séminaires anglais sont allés à la mort en priant pour leur souveraine, au nom de qui ils étaient exécutés, en priant ouvertement pour leurs compatriotes et en pardonnant à leurs bourreaux. Ils aimaient leur pays et leurs concitoyens, mais ils aimaient Dieu encore davantage. Comme le dit la préface des martyrs, « le sang des bienheureux martyrs, répandu comme celui du Christ pour glorifier ton nom, montre la grandeur de tes œuvres puisque ta puissance se déploie dans la faiblesse quand tu donnes à des êtres fragiles de te rendre témoignage ». Ce n’est pas là une vie gaspillée ; c’est la vie embrassée en plénitude et donnée librement ; un trop-plein de foi, un trop-plein d’amour de Dieu.

La vidéo que l’EI a produite pour montrer au monde sa haine des chrétiens avait pour titre : « Un message en lettres de sang aux nations de la Croix ». Une menace, assurément, mais la pers-pective du martyre n’est pas étrangère à la conscience des chrétiens. L’Écriture le confirme, par exemple en 2 Timothée 3, 12, où nous lisons que « tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution ». Ou quand Jésus déclare en Jean 15, 20 : « si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi ». Jésus lui-même a été brutalement crucifié par le terro-risme d’État que pratiquait Rome. C’était une méthode de dissuasion efficace. La majorité des disciples ont fui pour éviter de connaître un sort analogue. Mais la Résurrection a depuis enseigné aux disciples du Christ à honorer la croix comme son icône la plus précieuse et à unir leurs souffrances, grandes et petites, à celles de celui qui a donné sa vie pour la vie du monde. Ils en sont venus à comprendre que Jésus a pénétré la dimension terrible et le pouvoir horrible de la mort afin de la terrasser, la subjuguer, non pas à force violence, de rancœur ou de vengeance, mais par la puissance de l’amour.

Comme les 21 martyrs coptes, bon nombre de personnes ont reçu la mort d’autres bourreaux en ayant aux lèvres le nom de Jésus et en proclamant qu’il est le Seigneur. Elles affirmaient ainsi sa royauté et son règne, non pas depuis un trône, mais du haut de la croix dont le pouvoir est fait de pardon, et non de haine. Au fil des siècles, de nombreux tyrans, tel l’EI aujourd’hui, ont cru pouvoir éliminer le christianisme en appliquant une extrême cruauté, mais, comme Tertullien l’a fait observer il y a déjà longtemps, le sang des martyrs est la semence de l’Église.

Cet extrait provient du magazine Sel et Lumière édition hiver 2015

Moines de Tibhirine : une première reconnaissance pour le martyre de « l’offrande de la vie » ?

Depuis la sortie du film « Des hommes et des dieux », le monde entier connaît l’histoire des sept moines trappistes assassinés en Algérie le 21 mai 1996. Dès le départ, le sensus fidei du Peuple de Dieu avait discerné la sainteté de vie nécessaire à un tel don de soi. Toutefois l’Église, dans sa grande sagesse, opte pour une procédure plus stricte soit celle d’un procès en bon et due forme qui peut prendre de nombreuses années. L’année dernière, alors qu’on fêtait le 20e anniversaire de cet événement tragique, plusieurs se sont posés la question de l’éventuelle béatification/canonisation des moines. Ce n’est que la semaine dernière que les rumeurs se sont accentuées après que le postulateur de la cause, le frère Thomas Georgeon, ait confié à « Mondo e missione » que le décret de béatification pourrait être signé au mois de janvier. Connaissant l’obéissance des moines, on peut être certain qu’une telle information n’aurait pu être transmise sans l’autorisation préalable de la Congrégation pour la cause des saints.

Pour en savoir davantage, j’ai rencontré Dom André Barbeau. Actuellement père Abbé du monastère de Val Notre-Dame, Dom Barbeau fut durant plusieurs années père Abbé du monastère d’Aiguebelle, maison fondatrice d’un autre monastère, celui de Tibhirine. Nommé là-bas quelques jours après la mort des 7 moines, c’est à lui qu’avait été confiée la grande responsabilité des moines de Tibhirine en Algérie. Lors des commémorations  du 20e anniversaire de la mort des frères, il était sur place en Algérie avec le postulateur de la cause. Voici l’essentiel de mon entretien avec lui lors de ma visite à Val Notre-Dame.

Quel fut votre rôle dans ce procès de béatification ?

Dom Barbeau : De mon côté, j’ai eu comme premier travail de réunir les archives. Lors de chaque voyage à Tibhirine, je ramenais une valise remplie de documents concernant la communauté.  Si bien que j’ai réussi à réunir l’ensemble de ce qui se trouvait là-bas. Les frères écrivaient beaucoup. Ils recevaient beaucoup de lettres et entretenaient une grande correspondance. J’ai donc numérisé et publié tous les textes: les chapîtres et les homélies de Christian, le journal et les homélies de Christophe. À mesure que je les lisais et les transcrivais, j’étais frappé par la qualité, la profondeur et la pertinence théologique de la théologie des religions de Christian De Chergé.

Où en est le procès à l’heure actuelle ?

Dom André Barbeau : D’abord, il ne s’agit pas uniquement du procès des 7 frères trappistes mais des 19 martyrs d’Algérie. Comme il y avait dans le groupe un évêque, le libellé de la cause officielle est « Mgr Claverie et ses compagnons ».

À l’heure actuelle, tout est dans les mains de la Congrégation pour la Cause des saints. Au mois d’août dernier, le postulateur de la cause, qui est un moine trappiste français, a remis la depositio (document final) au Vatican. L’étude des écrits des frères a été fait par deux censeurs dont le théologien Gilles Routhier ainsi qu’un professeur de l’Université de Marseille où fut également ouverte une Chaire Tibhirine. Par contre, le cas de la reconnaissance de mes sept frères de Tibhirine posait un problème particulier.

Prenons par exemple, saint Maximilien Kolbe. Il n’est pas un martyr mais un saint puisqu’il n’a pas perdu sa vie par haine de la foi. Il a donné sa vie par amour pour une autre personne. Au procès de béatification cela n’a pas été un problème mais au procès de canonisation, il ne fut pas reconnu comme martyr.

« C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués. »

On ne peut donc pas les définir comme martyrs puisqu’ils ne sont pas morts par haine de la foi : ce qui était encore jusqu’à l’année dernière la définition stricte du martyre. C’est par amour pour le peuple qu’ils sont restés et qu’ils ont été tués. Ce n’est pas par haine de la foi. Dom Barbeau a rencontré plusieurs membres de la famille qui étaient un peu scandalisés par le fait qu’ils ne soient pas reconnus comme martyrs.

L’innovation récente du pape François pour ouvrir une quatrième « voie » de reconnaissance du martyre par « l’offrande libre et volontaire de la vie et l’acceptation héroïque propter caritatem d’une mort certaine et à court terme… »  peut-elle, selon vous, aider la cause des moines de Tibhirine ?

Dom André Barbeau : La quatrième voie que le Pape a ouverte est une magnifique nouveauté qui va permettre la sainteté de tous ceux qui sont restés au Moyen-Orient (Irak, Syrie, Iran, etc.). Qui sont restés par amour pour leur peuple et l’église locale!

Comme je vous l’ai dit, le dossier est déjà sur la table de la Congrégation depuis un bon moment. Aucune modification ne peut y être apportée. Par contre, ce nouveau critère pour la reconnaissance des martyrs fait en sorte que celle-ci peut jeter un regard nouveau sur le dossier et, peut-être, faciliter leur reconnaissance comme martyrs.

Cela peut également permettre une reconnaissance plus rapide. En effet, reconnaître le martyre « en haine de la foi » peut poser des problèmes diplomatiques et de relations avec l’Algérie ou d’autres pays. Par exemple, il y a déjà la cause des martyrs de Chine : 33 moines qui furent promenés à travers toute la Chine attachés à des fils de fer. Tout est documenté mais à cause de relations politiques et diplomatiques difficiles entre la Chine et le Vatican, tout est retardé.

Pour l’Algérie, cela n’est pas simple non plus mais, -et je crois qu’il a de cela derrière la décision du Pape-, cette nouvelle façon de faire permet de reconnaître leur dévouement et leur don de soi sans stigmatiser le peuple algérien et leur gouvernement. Ils ont choisi de rester au nom de l’Amour de Dieu et du peuple. Et, au nom de cette espérance, ils ont fait le sacrifice ultime. Cette nouvelle perspective empêche l’interlocuteur de se sentir menacé. Ainsi, on vient de contourner la partie problématique qui pouvait faire retarder le processus de béatification/canonisation. C’est très habile et très jésuite! Normalement le postulateur s’attend à ce que le décret de reconnaissance du martyre soit signé d’ici avril prochain 2018. 

Dans les prochaines semaines, nous poursuivrons cet entretien avec Dom André Barbeau. On y apprendra des choses fascinantes sur l’histoire de la Communauté de Tibhirine après la tragédie de 1996.

Reconnaître l’Agnus Dei, l’Agna Dei et le martyre

Deuxième dimanche du Temps ordinaire, Année A – 15 janvier 2017

Isaïe 49,3.5-6
1 Corinthiens 1,1-3
Jean 1,29-34

Dans le passage d’évangile d’aujourd’hui (Jean 1, 29-34), le personnage de Jean Baptiste surgit une fois de plus, comme pour nous renvoyer dans le temps de l’Avent… pour examiner attentivement les éléments de preuve du Baptiste et de Jésus et pour nous faire prendre des décisions à propos de nos vies. Le récit que fait l’évangéliste Jean du Baptême de Jésus est très différent de ceux qu’en font les trois autres évangélistes, une différence que le contexte historique peut expliquer. Le texte de l’évangile de Jean ne démontre aucune connaissance de la tradition (Luc 1) selon laquelle Jésus et Jean Baptiste seraient apparentés. Dans le quatrième évangile, le baptême de Jean n’est pas associé au pardon des péchés, mais plutôt à la révélation; son but est de faire connaître Jésus au peuple d’Israël. Pour Jean, une simple chronique des événements ne suffit jamais; ce qui importe, c’est que les événements suscitent un témoignage personnel au sujet de Jésus.

L’évangéliste Jean était très déterminé à lutter contre un mouvement qui considérait Jean le Baptiste comme supérieur à Jésus. Il ne fait donc pas la narration des événements du baptême; plutôt, il place le sens du baptême dans le témoignage de Jean Baptiste. Il fait professer publiquement au Baptiste sa raison d’être : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il [Jésus] soit manifesté au peuple d’Israël ».

Reconnaître Jésus

Comment Jean Baptiste en est-il venu à enfin reconnaître Jésus ? Il a combiné l’agitation de celui qui l’a envoyé pour baptiser à sa connaissance de ce que les prophètes avaient dit et à ses rencontres avec des pénitents et des sceptiques. Jean avait pris conscience que lorsqu’il rencontrerait une personne dont le discours et les gestes démontrait qu’un Esprit spécial était à l’œuvre, cette personne serait celle qu’il devrait reconnaître comme celle qui baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu. Même pour le Baptiste, cela a pris du temps et plusieurs rencontres avant de reconnaître que la personne sur qui l’Esprit reposait, c’était Jésus de Nazareth. Sa reconnaissance n’est pas venue spontanément, elle n’était pas davantage une évidence en elle-même. Elle est venue graduellement parce qu’elle était intégrée dans un tel environnement familier.

Après avoir ainsi établi la véritable perspective chrétienne de la relation entre Jésus et le Baptiste, l’auteur du quatrième évangile s’efforce ensuite de démontrer que Jésus est effectivement ce Serviteur de Dieu que prédisaient les quatre chants du Serviteur souffrant d’Isaïe.

La voix venue du ciel instruit le Baptiste que celui sur qui l’Esprit descend, celui-là est l’Élu, celui qui baptise avec l’Esprit Saint. La dernière phrase du passage d’évangile d’aujourd’hui exprime cette conviction intime que nous devrions tous porter après avoir entendu le témoignage fourni par Jean Baptiste. Chacun de nous devrait se sentir inspiré à affirmer : « J’ai vu par moi-même… Celui-ci est l’Élu de Dieu ! » (verset 34). C’est cette conviction, enracinée doucement mais fermement dans nos cœurs, qui nous permettra d’être des « Lumen gentium », c’est-à-dire des « lumières pour les nations ».

L’Agneau de Dieu

Au verset 29 du passage évangélique d’aujourd’hui, nous pouvons lire que Jean Baptiste a dit à Jésus, en le voyant approcher : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». L’expression « Agneau de Dieu » est lourdement chargée de sens; il est bon de comprendre tout ce que ces mots impliquent, nous qui les prions chaque fois que nous célébrons l’eucharistie. L’origine du titre « agneau de Dieu » pourrait être l’agneau victorieux de l’Apocalypse qui détruira le mal dans le monde (Ap 5-7;17,14); l’agneau pascal dont le sang a sauvé le peuple d’Israël (Exode 12); ou encore (et peut-être également) le serviteur souffrant qu’on mène comme un agneau à l’abattoir en guise de sacrifice pour le péché (Isaïe 53, 7-10).

Dans le Nouveau Testament, les moutons et les agneaux symbolisent non seulement le Christ, mais également ses disciples. Dans ces exemples-là, Jésus devient alors le berger et eux, son troupeau. Jésus se met à la recherche de la brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée, laissant là tous les moutons qui ne sont pas « en danger » s’occuper d’eux-mêmes pendant ce temps.

En tant que victime qui révèle l’amour de Dieu pour nous, le Christ est souvent représenté par un agneau. Pour les chrétiens, il est « l’agneau » décrit dans le Livre d’Isaïe : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche :comme un agneau conduit à l’abattoir,comme une brebis muette devant les tondeurs,il n’ouvre pas la bouche » (Isaïe 53, 7).

Lorsque Pierre se voit confier le troupeau du Seigneur, il reçoit la consigne de « paître » les moutons et les agneaux. Jésus envoie ses disciples dans le monde sans armes, sans argent, sans puissance – « comme des agneaux parmi les loups ». Ceux qui meurent en croyant à l’Évangile de Jésus le Christ, sans se défendre en prenant part à la violence, ceux-là sont dans l’imitation du Christ. Être martyrisé, c’est être comme cet « agneau qu’on mène à l’abattoir ». Les agneaux subissent la violence, ils ne l’infligent pas. Ils sont un symbole universellement reconnu d’innocence. Les agneaux ont toujours été des animaux de prédilection pour les sacrifices. Lorsque Jean le Baptiste parle de Jésus en le désignant comme « l’agneau de Dieu », il veut dire que Jésus est le messie, celui qui par sa vie et sa mort révélerait la véritable nature de Dieu.

La véritable signification du martyr

Le baptême nous donne la grâce de rendre témoignage et parfois, cela peut nous conduire au témoignage suprême du don de notre vie même, parce que nous sommes associés à et marqués par Jésus-Christ. Un martyr (du mot grec qui signifie « un témoin ») est une personne qui, pour sa foi chrétienne, souffre librement et patiemment la mort aux mains d’un persécuteur. Les martyrs préfèrent mourir plutôt que de renier leur foi en parole ou en action. À l’exemple du Christ, ils souffrent patiemment, ils n’opposent pas de résistance à leurs persécuteurs. Les véritables martyrs meurent pour des causes saintes. Les faux martyrs meurent pour les causes les plus ignobles et impies. L’ère du martyre n’appartient pas au passé. Il a encore cours aujourd’hui. En fait, le siècle dernier en fut un inouï en matière de martyre chrétien.

Les premiers chrétiens, qui portaient témoignage de la véracité de ces faits sur lesquels le christianisme repose, étaient susceptibles d’être placés à tout moment devant le choix de mourir ou de renier leur témoignage. Refusant de renier le Christ, plusieurs d’entre eux sont réellement morts, et ce dans la souffrance.

Le martyre donne de la crédibilité aux authentiques témoins chrétiens qui ne recherchent pas le pouvoir ni le gain, mais qui donne plutôt leur vie même pour le Christ. Ils montrent au monde la puissance désarmée et pleine d’amour pour les hommes qui est donnée à ceux qui suivent le Christ jusqu’au point du don total de leur existence. C’est pourquoi les chrétiens, depuis l’aube du christianisme jusqu’aux temps présent, ont subi la persécution pour le compte de l’Évangile, tout comme Jésus l’avait annoncé : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jean 15, 20).

Agna Dei

Dans la semaine qui vient, le 21 janvier plus précisément, l’Église se souvient de sainte Agnès de Rome, une jeune fille de 13 ans morte pour sa foi. Elle fut l’une des victimes de la persécution de Dioclétien envers les chrétiens. L’église de Sainte-Agnès, sise à la célèbre Piazza Navona à Rome, est située sur l’endroit même de son martyre. La jeune Agnès a répondu avec une totale générosité et un cœur sans partage et a fait de son existence un exemple tout aussi éloquent que fascinant d’une vie complètement transfigurée par la splendeur de la vérité. Son exemple a encouragé de nombreux croyants à travers les siècles à suivre ses traces.

Sainte Agnès fut martyrisée pour avoir refusé d’épouser un riche citoyen romain. Elle avait déclaré qu’elle n’accepterait aucun autre époux que Jésus-Christ. « Depuis longtemps, je suis fiancée à un époux céleste et invisible; mon cœur lui appartient et je lui serai fidèle jusqu’à ma mort », a-t-elle dit. Sa vie, son héroïsme et sa mort nous inspirent à la pureté et à la sainteté. Son prénom en grec signifie « pure » et en latin, « agneau ».

En tant que sainte, Agnès est une personne qui a imité le Christ. En tant que martyre, elle est morte comme le Christ. En tant que vierge, elle a maintenu sa foi, son espérance et son amour vivants, même au milieu de l’horreur. Le fait qu’elle soit fêtée de nos jours est une preuve permanente que l’imitation du Christ est possible, selon les circonstances particulières de la vie propre et unique de chaque personne. Agnès prit son baptême au sérieux. Elle fut baptisée dans la mort du Christ afin qu’elle puisse partager sa vie nouvelle. Puisse-t-il en être ainsi pour nous aussi !

La Parole de Dieu et l’Esprit Saint

Poursuivons notre réflexion autour de Verbum Domini, l’exhortation apostolique post-synodale du pape Benoît XVI sur « La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église » en considérant la relation entre la Parole et l’Esprit Saint (section #15).

Après nous être arrêtés sur la Parole dernière et définitive de Dieu au monde, nous devons parler à présent de la mission de l’Esprit Saint en lien avec la Parole divine. En effet, aucune compréhension authentique de la Révélation chrétienne ne peut être atteinte en dehors de l’action du Paraclet. Et ce, parce que la communication que Dieu fait de lui-même implique toujours la relation entre le Fils et l’Esprit Saint, qu’Irénée de Lyon appelle, de fait, « les deux mains du Père ». De plus, c’est l’Écriture Sainte qui nous montre la présence de l’Esprit Saint dans l’histoire du salut et en particulier dans la vie de Jésus, qui a été conçu de la Vierge Marie par l’action de l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 18; Lc 1, 35); au début de son ministère public, sur les rives du Jourdain, Jésus le voit descendre sur lui sous la forme d’une colombe (cf. Mt 3, 16 et par.); par ce même Esprit, il agit, il parle et il exulte (cf. Lc 10, 21); et c’est en lui qu’il peut s’offrir lui-même (cf. He 9,14). Alors que sa mission s’achève, suivant le récit de l’Évangéliste Jean, c’est Jésus lui-même qui met clairement en relation le don de sa vie avec l’envoi de l’Esprit aux siens (cf. Jn 16, 7). Ensuite, Jésus ressuscité, portant dans sa chair les signes de sa passion, répand l’Esprit (cf. Jn 20, 22), rendant les siens participants de sa propre mission (cf. Jn 20, 21). Ce sera alors l’Esprit Saint qui enseignera toutes choses aux disciples et qui leur rappellera tout ce que le Christ a dit (cf. Jn 14, 26), parce qu’il lui revient, en tant qu’Esprit de vérité (cf. Jn 15, 26), d’introduire les disciples dans la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13). Enfin, comme on lit dans les Actes des Apôtres, l’Esprit descend sur les Douze réunis en prière avec Marie, au jour de la Pentecôte (cf. 2, 1-4), et il les remplit de force en vue de leur mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous les peuples.

La Parole de Dieu s’exprime donc en paroles humaines grâce à l’action de l’Esprit Saint. La mission du Fils et celle de l’Esprit Saint sont inséparables et constituent une unique économie du salut. L’Esprit, qui agit au moment de l’Incarnation du verbe dans le sein de la vierge Marie, est le même Esprit qui guide Jésus au cours de sa mission et qui est promis aux disciples. Le même Esprit, qui a parlé par l’intermédiaire des prophètes, soutient et inspire l’Église dans sa tâche d’annoncer la Parole de Dieu et dans la prédication des apôtres. Enfin, c’est cet Esprit qui inspire les auteurs des Saintes Écritures.