“Une citoyenneté franciscaine” Réflexion sur quatre ans de pontificat

Nous savons tous à quel point la citoyenneté, l’engagement social et le souci du Bien commun sont importants et nécessaires pour notre société. La citoyenneté est au cœur des actualités depuis quelques années déjà, et spécialement durant les derniers mois. Nous entendons souvent parler des questions liées à la citoyenneté comme les frontières, les murs, nos passeports, etc. Nous voyons des personnes fuir des régimes oppressifs et d’autres touchées par la pauvreté au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs fuir dans des embarcations de fortune pour se retrouver souvent au milieu de drames horribles causant de nombreuses victimes en Méditerrannée. Les fermetures de frontières et des histoires de déportation remplissent les chaînes de nouvelles. Les leaders du monde enclenchent la sonnette d’alarme en votant des législations favorisant l’extradition des non-citoyens ou en empêchant tout simplement leur entrée dans leur pays. Des chefs d’État construisent des murs au lieu d’ériger des ponts. La crise mondiale des réfugiés  qui nous affecte tous est une histoire troublante d’un désir de citoyenneté, de justice et de rêve de liberté. En ce moment même, la citoyenneté est au premier plan dans l’esprit de nombreuses personnes à travers le monde. Le cri du pape François selon lequel « nous sommes tombés dans une globalisation de l’indifférence » a résonné en 2013 dans la baie de Lampedusa ainsi qu’à de nombreux autres lieux de par le monde.

Quels sont les devoirs et les obligations d’une bonne citoyenneté ? Qu’est-ce que ce Pape jésuite a enseigné au monde à propos de la citoyenneté durant ces quatre années de pontificat ? D’abord, il nous rappelle qu’en ce monde, nous n’avons pas de cité qui perdure. Nous serons toujours des pèlerins, des étrangers sur le chemin de la Nouvelle Jérusalem. Nous aurons toujours ce sentiment d’inconfort en nous à mesure que nous constatons que nous ne correspondons pas à de nombreuses « voies de ce monde ». Le pape François nous enseigne également que la citoyenneté du ciel ne nous enlève pas nos responsabilités, nos devoirs et nos obligations inhérentes à notre séjour sur terre. N’est-ce pas ce que le président des États-Unis John F. Kennedy avait en tête lorsqu’il affirmait dans son discours inaugural « Avec une bonne conscience notre seule récompense sûre, avec l’histoire qui est juge final de nos actions, avançons [] en demandant Sa bénédiction, Son aide tout en sachant qu’ici sur terre, le travail de Dieu doit être vraiment le nôtre » ?

Durant les quatre dernières années, le pape François nous a donné trois bons manuels qui nous aiderons à vivre comme bons citoyens sur la terre alors même que nous nous préparons à nous rendre à notre maison du ciel. Nous en connaissons les titres : Evangelii Gaudium, Laudato Si, Amoris Laetitia. Evangelii Gaudium est le livre de lecture du « comment vivre dans notre monde ? » en nous offrant le cadre de notre relation avec Dieu et avec les autres tout en nous enseignant quelles doivent être nos priorités. Laudato Sì est la maison que Dieu nous a donné : la terre, ses ressources et ses richesses. Nous sommes responsables de cette maison. Amoris Laetitia nous offre un manuel important sur comment vivre nos vies à l’intérieur de cette maison dans nos relations avec les autres.

Jusqu’à quel point avons-nous pris au sérieux la question cruciale du pape François dans son encyclique sur le soin à donner à notre maison commune : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèderons, aux enfants qui grandissent ? » (No 160). Cette question de l’environnement ne peut être considérée seule et isolément. Elle ne peut être abordée de façon fragmentaire. Cette question nous mène à nous poser la question du sens de notre existence et des valeurs fondamentales de notre vie sociale : « Quelle est la raison d’être de notre vie en ce monde ? Quel est le but de notre travail et de nos efforts ? Qu’est-ce que le monde attend de nous? »  Si nous n’examinons pas continuellement nos consciences avec ces questions, nous ne serons pas de bons citoyens.

François nous rappelle constamment que nous ne pouvons pas vivre dans nos propres cocons, nous retirant dans l’isolement de nos projets personnels en ignorant ce qui se passe autour de nous. Ce pape argentin a souvent insisté sur le fait que, plus que jamais, nous avons besoin « d’une Église qui est de nouveau capable de restaurer la citoyenneté de tant de ses enfants qui marchent comme en exode. La citoyenneté chrétienne est avant tout une conséquence de la miséricorde de Dieu. Le Pape veut que l’Église soit un instrument de réconciliation et d’accueil, une Église capable de réchauffer les cœurs, une Église qui n’est pas centrée sur elle-même mais toujours à la recherche de ceux qui sont dans les périphéries et ceux qui sont perdus, une Église capable d’amener les personnes à la maison ».

Comment oublier le discours émouvant du pape François, premier Pontife en provenance de l’Amérique latine, au Congrès américain le 24 septembre 2015. Ce fut un moment électrisant et une leçon fascinante sur ce qu’est une citoyenneté authentique.  En exaltant les différentes vertus et qualités du peuple américain, François a voulu incarné son discours en présentant quatre exemples tirés de l’histoire américaine : Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton. Selon François, Lincoln était « le gardien de la liberté, qui a travaillé sans relâche de sorte que ‘‘cette nation, sous Dieu, [puisse] avoir une nouvelle naissance de liberté’’. Bâtir un avenir de liberté demande l’amour du bien commun et la coopération dans un esprit de subsidiarité et de solidarité.

De son côté, Dr. Martin Luther King représente ce « besoin de vivre unis, en vue de bâtir comme un tout le plus grand bien commun : celui de la communauté qui sacrifie ses intérêts particuliers pour partager, dans la justice et dans la paix, ses biens, ses intérêts, sa vie sociale.

À la surprise de plusieurs, le Pape a ensuite fait référence à Dorothy Day, fondatrice du Mouvement des travailleurs catholiques. De cette grande dame il a dit : « Son activisme social, sa passion pour la justice et pour la cause des opprimés étaient inspirés par l’Évangile, par sa foi et par l’exemple des saints ».

Pour compléter ce quattuor de héros, le pape François a offert aux puissants politiciens réunis ce matin-là au Capitole un portrait de Thomas Merton comme étant celui qui « demeure la source d’une inspiration spirituelle et un guide pour beaucoup […] Merton était avant tout un homme de prière, un penseur qui a défié les certitudes de son temps et ouvert de nouveaux horizons pour les âmes et pour l’Église. Il était aussi un homme de dialogue, un promoteur de paix entre les peuples et les religions ».

« Trois fils et une fille de ce pays, quatre personnes et quatre rêves : Lincoln, la liberté ; Martin Luther King, la liberté dans la pluralité et la non-exclusion ; Dorothée Day, la justice sociale et les droits des personnes ; et Thomas Merton, la capacité de dialoguer et l’ouverture à Dieu. Quatre représentants du peuple américain. »

Le pape François a conclu ce discours enlevant par ces mots : « Une nation peut être considérée comme grande quand elle défend la liberté comme Lincoln l’a fait, quand elle promeut une culture qui permet aux personnes de ‘‘rêver’’ de droits pléniers pour tous ses frères et sœurs, comme Martin Luther King a cherché à le faire ; quand elle consent des efforts pour la justice et la cause des opprimés, comme Dorothée Day l’a fait par son travail inlassable, fruit d’une foi devenue dialogue et semence de paix dans le style contemplatif de Thomas Merton. »

Pour François, ce discours fut l’équivalent du « I have a dream » du Dr. Martin Luther King. Un message aux chefs d’une nation puissante du monde divisée par des tensions politiques et idéologiques. Il est bon de se rappeler ces paroles prophétiques qui doivent encore résonner à travers l’Amérique et le monde en ce moment où nous faisons mémoire des quatre premières années de pontificat de François : « Nous sommes tous conscients de l’inquiétante situation sociale et politique du monde aujourd’hui, et nous en sommes préoccupés. Notre monde devient de plus en plus un lieu de violents conflits, de haine et d’atrocités brutales, perpétrées même au nom de Dieu et de la religion. […] Le monde contemporain, avec ses blessures ouvertes qui affectent tant de nos frères et sœurs, exige que nous affrontions toute forme de polarisation qui le diviserait en deux camps. Nous savons qu’en nous efforçant de nous libérer de l’ennemi extérieur, nous pouvons être tentés de nourrir l’ennemi intérieur. Imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est la meilleure façon de prendre leur place. C’est quelque chose qu’en tant que peuple vous rejetez. »

Prions afin que nous puissions prendre au sérieux l’enseignement du pape François sur la citoyenneté en imitant la vie des hommes et de la femme qu’il nous a laissés ce matin de septembre 2015. Ce fut un moment important des quatre années de son ministère pétrinien. Nous avons beaucoup à apprendre de la vie d’Abraham Lincoln, Martin Luther King, Dorothy Day, Thomas Merton mais également de Jorge Mario Bergoglio a.k.a Francis. Ils sont tous d’important modèles de citoyenneté authentique qui nous guident dans notre pèlerinage vers la Jérusalem céleste.

Le père Thomas Rosica c.s.b. est PDG de la Fondation catholique Sel et Lumière média au Canada. Il a notamment servi comme attaché de presse de langue anglaise de la Salle de Presse du Saint-Siège de 2013 à 2017.

 

Message du Saint-Père François pour la 50e Journée mondiale de la Paix 2017

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CNS/Paul Haring

Vous trouverez ci-dessous le Message du Saint-Père François 50° Journée mondiale de la Paix 2017 1er Janvier 2017:

«La non-violence: style d’une politique pour la paix»

1. Au début de cette nouvelle année, je présente mes vœux sincères de paix aux peuples et aux nations du monde, aux Chefs d’État et de Gouvernement, ainsi qu’aux responsables des communautés religieuses et des diverses expressions de la société civile. Je souhaite la paix à chaque homme, à chaque femme ainsi qu’à chaque enfant et je prie pour que l’image et la ressemblance de Dieu dans chaque personne nous permettent de nous reconnaître mutuellement comme des dons sacrés dotés d’une immense dignité. Surtout dans les situations de conflit, respectons cette « dignité la plus profonde »1 et faisons de la non-violence active notre style de vie.

Voilà le Message pour la 50ème Journée Mondiale de la Paix. Dans le premier, le bienheureux Pape Paul VI s’est adressé à tous les peuples, non seulement aux catholiques, par des paroles sans équivoque : « Finalement [a] émergé d’une manière très claire le fait que la paix était l’unique et vraie ligne du progrès humain (et non les tensions des nationalismes ambitieux, non les conquêtes violentes, non les répressions créatrices d’un faux ordre civil) ». Il mettait en garde contre le « péril de croire que les controverses internationales ne peuvent se résoudre par les voies de la raison, à savoir par des pourparlers fondés sur le droit, la justice et l’équité, mais seulement au moyen des forces qui sèment la terreur et le meurtre ». Au contraire, en citant Pacem in terris de son prédécesseur saint Jean XXIII, il exaltait « le sens et l’amour de la paix, fondée sur la vérité, sur la justice, sur la liberté, sur l’amour ».2 L’actualité de ces paroles, qui aujourd’hui ne sont pas moins importantes et pressantes qu’il y a cinquante ans, est frappante.

À cette occasion, je souhaite m’arrêter sur la non-violence comme style d’une politique de paix et je demande à Dieu de nous aider tous à puiser à la non-violence dans les profondeurs de nos sentiments et de nos valeurs personnelles. Que ce soient la charité et la non-violence qui guident la manière dont nous nous traitons les uns les autres dans les relations interpersonnelles, dans les relations sociales et dans les relations internationales. Lorsqu’elles savent résister à la tentation de la vengeance, les victimes de la violence peuvent être les protagonistes les plus crédibles de processus non-violents de construction de la paix. Depuis le niveau local et quotidien jusqu’à celui de l’ordre mondial, puisse la non-violence devenir le style caractéristique de nos décisions, de nos relations, de nos actions, de la politique sous toutes ses formes !

Un monde en morceaux

2. Le siècle dernier a été ravagé par deux guerres mondiales meurtrières ; il a connu la menace de la guerre nucléaire et un grand nombre d’autres conflits, tandis qu’aujourd’hui, malheureusement, nous sommes aux prises avec une terrible guerre mondiale par morceaux. Il n’est pas facile de savoir si le monde est actuellement plus ou moins violent qu’il l’a été hier, ni si les moyens de communication modernes et la mobilité qui caractérise notre époque nous rendent conscients de la violence ou plus habitués à elle.

De toute façon, cette violence qui s’exerce par ‘‘morceaux’’, de manières et à des niveaux différents, provoque d’énormes souffrances dont nous sommes bien conscients : guerres dans différents pays et continents ; terrorisme, criminalité et attaques armées imprévisibles ; les abus subis par les migrants et par les victimes de la traite ; la dévastation de l’environnement. À quelle fin ? La violence permet-elle d’atteindre des objectifs de valeur durable ? Tout ce qu’elle obtient n’est-ce pas plutôt de déchaîner des représailles et des spirales de conflits mortels qui ne profitent qu’à un petit nombre de ‘‘seigneurs de la guerre’’ ?

La violence n’est pas le remède pour notre monde en morceaux. Répondre à la violence par la violence conduit, dans la meilleure des hypothèses, à des migrations forcées et à d’effroyables souffrances, puisque d’importantes quantités de ressources sont destinées à des fins militaires et soustraites aux exigences quotidiennes des jeunes, des familles en difficulté, des personnes âgées, des malades, de la grande majorité des habitants du monde. Dans le pire des cas, elle peut conduire à la mort, physique et spirituelle, de beaucoup, voire de tous.

La Bonne Nouvelle

3. Jésus aussi a vécu en des temps de violence. Il a enseigné que le vrai champ de bataille, sur lequel s’affrontent la violence et la paix, est le cœur de l’homme : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses » (Mc 7, 21). Mais le message du Christ, face à cette réalité, offre la réponse radicalement positive : il a prêché inlassablement l’amour inconditionnel de Dieu qui accueille et pardonne et il a enseigné à ses disciples à aimer les ennemis (cf. Mt 5, 44) et à tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 39). Lorsqu’il a empêché ceux qui accusaient la femme adultère de la lapider (cf. Jn 8, 1- 11) et lorsque, la nuit d’avant sa mort, il a dit à Pierre de remettre son épée au fourreau (cf. Mt 26, 52), Jésus a tracé la voie de la non-violence, qu’il a parcourue jusqu’au bout, jusqu’à la croix, par laquelle il a réalisé la paix et détruit l’inimitié (cf. Ep 2, 14-16). C’est pourquoi, celui qui accueille la Bonne Nouvelle de Jésus sait reconnaître la violence qu’il porte en lui-même et se laisse guérir par la miséricorde de Dieu, en devenant ainsi, à son tour, un instrument de réconciliation, selon l’exhortation de saint François d’Assise : « La paix que vos bouches annoncent, ayez-la plus encore en vos cœurs ».3

Être aujourd’hui de vrais disciples de Jésus signifie adhérer également à sa proposition de non- violence. Comme l’a affirmé mon prédécesseur Benoît XVI, elle « est réaliste, car elle tient compte du fait que dans le monde il règne trop de violence, trop d’injustice, et que par conséquent, on ne peut surmonter cette situation qu’en lui opposant un supplément d’amour, un supplément de bonté. Ce ‘‘supplément’’ vient de Dieu ».4 Et il ajoutait avec une grande force : « Pour les chrétiens, la non-violence n’est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d’être de la personne, l’attitude de celui qui est tellement convaincu de l’amour de Dieu et de sa puissance, qu’il n’a pas peur d’affronter le mal avec les seules armes de5l’amour et de la vérité. L’amour de l’ennemi constitue le noyau de la ‘‘révolution chrétienne’’ ». Justement, l’évangile du aimez vos ennemis (cf. Lc 6, 27) est considéré comme «la magna charta de la non-violence chrétienne » ; il ne consiste pas « à se résigner au mal […] mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l’injustice ».6

Plus puissante que la violence

4. La non-violence est parfois comprise dans le sens de capitulation, de désengagement et de passivité, mais en réalité il n’en est pas ainsi. Lorsque Mère Térésa a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1979, elle a livré clairement son message de non-violence active : « Dans notre famille, nous n’avons pas besoin de bombes et d’armes, de détruire pour apporter la paix, mais uniquement d’être ensemble, de nous aimer les uns les autres […]. Et nous pourrons vaincre tout le mal qu’il y a dans le monde ».7 Car, la force des armes est trompeuse. « Tandis que les trafiquants d’armes font leur travail, il y a les pauvres artisans de paix qui, seulement pour aider une personne, une autre, puis une autre, puis une autre, donnent leur vie » ; pour ces artisans de paix, Mère Térésa est « un symbole, une icône de notre temps ».8 En septembre dernier, j’ai eu la grande joie de la proclamer sainte. J’ai loué sa disponibilité envers tous par « l’accueil et la défense de la vie humaine, de la vie dans le sein maternel [et] de la vie abandonnée et rejetée. […] Elle s’est penchée sur les personnes abattues qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité que Dieu leur a donnée ; elle a fait entendre sa voix aux puissants de la terre, afin qu’ils reconnaissent leurs fautes face aux crimes – face aux crimes – de la pauvreté qu’ils ont créée eux- mêmes ».9 En réponse, sa mission – et en cela, elle représente des milliers, voire des millions de personnes – est d’aller à la rencontre des victimes avec générosité et dévouement, en touchant et en pansant tout corps blessé, en guérissant toute vie brisée.

La non-violence pratiquée avec détermination et cohérence a donné des résultats impressionnants. Les succès obtenus par le Mahatma Gandhi et Khan Abdul Ghaffar Khan dans la libération de l’Inde, et par Martin Luther King Jr contre la discrimination raciale ne seront jamais oubliés. Les femmes, en particulier, sont souvent des leaders de non-violence, comme par exemple, Leymah Gbowee et des milliers de femmes libériennes, qui ont organisé des rencontres de prière et une protestation non-violente (pray-ins) obtenant des négociations de haut niveau pour la fin de la deuxième grande guerre civile au Libéria.

Nous ne pouvons pas non plus oublier la décennie historique qui s’est conclue par la chute des régimes communistes en Europe. Les communautés chrétiennes ont apporté leur contribution par la prière insistante et l’action courageuse. Le ministère et le magistère de saint Jean-Paul II ont exercé une influence particulière. En réfléchissant sur les événements de 1989 dans l’Encyclique Centesimus annus (1991), mon prédécesseur soulignait qu’un changement historique dans la vie des peuples, des nations et des États se réalise « par une lutte pacifique, qui [utilise] les seules armes de la vérité et de la justice ».10 Ce parcours de transition politique vers la paix a été rendu possible en partie « par l’action non violente d’hommes qui, alors qu’ils avaient toujours refusé de céder au pouvoir de la force, ont su trouver dans chaque cas la manière efficace de rendre témoignage à la vérité ». Et il concluait : « Puissent les hommes apprendre à lutter sans violence pour la justice, en renonçant à la lutte des classes dans les controverses internes et à la guerre dans les controverses internationales ».

L’Église s’est engagée pour la réalisation de stratégies non-violentes de promotion de la paix dans beaucoup de pays, en sollicitant même les acteurs les plus violents dans des efforts pour construire une paix juste et durable.

Cet engagement en faveur des victimes de l’injustice et de la violence n’est pas un patrimoine exclusif de l’Église catholique, mais est propre à de nombreuses traditions religieuses pour lesquelles « la compassion et la non-violence sont essentielles et indiquent la voie de la vie ».12 Je le réaffirme avec force : « Aucune religion n’est terroriste ».13 La violence est une profanation du nom de Dieu.14 Ne nous lassons jamais de le répéter : « Jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence. Seule la paix est sainte. Seule la paix est sainte, pas la guerre ! ».15

La racine domestique d’une politique non-violente

5. Si l’origine dont émane la violence est le cœur des hommes, il est alors fondamental de parcourir le sentier de la non-violence en premier lieu à l’intérieur de la famille. C’est une composante de cette joie de l’amour que j’ai présentée, en mars dernier, dans l’Exhortation apostolique Amoris laetitia, en conclusion de deux ans de réflexion de la part de l’Église sur le mariage et la famille. La famille est le creuset indispensable dans lequel époux, parents et enfants, frères et sœurs apprennent à communiquer et à prendre soin les uns des autres de manière désintéressée, et où les frictions, voire les conflits doivent être surmontés non pas par la force, mais par le dialogue, le respect, la recherche du bien de l’autre, la miséricorde et le pardon.16 De l’intérieur de la famille, la joie de l’amour se propage dans le monde et rayonne dans toute la société.17 D’autre part, une éthique de fraternité et de coexistence pacifique entre les personnes et entre les peuples ne peut se fonder sur la logique de la peur, de la violence et de la fermeture, mais sur la responsabilité, sur le respect et sur le dialogue sincère. En ce sens, j’adresse un appel en faveur du désarmement, ainsi que de la prohibition et de l’abolition des armes nucléaires : la dissuasion nucléaire et la menace de la destruction réciproque assurée ne peuvent pas fonder ce genre d’éthique.18 Avec la même urgence, je supplie que cessent la violence domestique et les abus envers les femmes et les enfants.

Le Jubilé de la Miséricorde, conclu en novembre dernier, a été une invitation à regarder dans les profondeurs de notre cœur et à y laisser entrer la miséricorde de Dieu. L’année jubilaire nous a fait prendre conscience du grand nombre et de la grande variété des personnes et des groupes sociaux qui sont traités avec indifférence, sont victimes d’injustice et subissent la violence. Ils font partie de notre ‘‘famille’’, ils sont nos frères et nos sœurs. C’est pourquoi les politiques de non-violence doivent commencer entre les murs de la maison pour se diffuser ensuite dans l’entière famille humaine. « L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme. ».19

Mon invitation

6. La construction de la paix au moyen de la non-violence active est un élément nécessaire et cohérent avec les efforts permanents de l’Église pour limiter l’utilisation de la force par les normes morales, par sa participation aux travaux des institutions internationales et grâce à la contribution compétente de nombreux chrétiens à l’élaboration de la législation à tous les niveaux. Jésus lui-même nous offre un ‘‘manuel’’ de cette stratégie de construction de la paix dans le Discours sur la montagne. Les huit béatitudes (cf. Mt 5, 3-10) tracent le profil de la personne que nous pouvons qualifier d’heureuse, de bonne et d’authentique. Heureux les doux – dit Jésus –, les miséricordieux, les artisans de paix, les cœurs purs, ceux qui ont faim et soif de justice.

C’est aussi un programme et un défi pour les leaders politiques et religieux, pour les responsables des institutions internationales et pour les dirigeants des entreprises et des media du monde entier : appliquer les Béatitudes dans leur manière d’exercer leurs responsabilités propres. Un défi à construire la société, la communauté ou l’entreprise dont ils sont responsables avec le style des artisans de paix ; à faire preuve de miséricorde en refusant de rejeter les personnes, d’endommager l’environnement et de vouloir vaincre à tout prix. Cela demande la disponibilité « [à] supporter le conflit, [à] le résoudre et [à] le transformer en un maillon d’un nouveau processus ».20 Œuvrer de cette façon signifie choisir la solidarité comme style pour écrire l’histoire et construire l’amitié sociale. La non-violence active est une manière de montrer que l’unité est vraiment plus puissante et plus féconde que le conflit. Tout dans le monde est intimement lié.21 Certes, il peut arriver que les différences créent des frictions : affrontons-les de manière constructive et non-violente, de façon que « les tensions, et les oppositions [puissent] atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie », en conservant « les précieuses potentialités des polarités en opposition ».22

J’assure que l’Église catholique accompagnera toute tentative de construction de la paix, y compris par la non-violence active et créative. Le 1er janvier 2017 naît le nouveau Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, qui aidera l’Église à promouvoir de manière toujours plus efficace les « biens incommensurables de la justice, de la paix et de la sauvegarde de la création » et de la sollicitude envers les migrants, « les personnes dans le besoin, les malades et les exclus, les personnes marginalisées et les victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles, les détenus, les chômeurs et les victimes de toute forme d’esclavage et de torture ».23 Chaque action dans cette direction, aussi modeste soit-elle, contribue à construire un monde libéré de la violence, premier pas vers la justice et la paix.

En conclusion

7. Conformément à la tradition, je signe ce Message le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Marie est la Reine de la Paix. À la naissance de son Fils, les anges glorifiaient Dieu et souhaitaient paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté (cf. Lc 2, 14). Demandons à la Vierge d’être notre guide.

« Tous nous désirons la paix ; beaucoup de personnes la construisent chaque jour par de petits gestes ; nombreux sont ceux qui souffrent et supportent patiemment les efforts de beaucoup de tentatives pour la construire ».24 En 2017, engageons-nous, par la prière et par l’action, à devenir des personnes qui ont banni de leur cœur, de leurs paroles et de leurs gestes, la violence, et à construire des communautés non-violentes, qui prennent soin de la maison commune. « Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Tous nous pouvons être des artisans de paix ».25

Du Vatican, le 8 décembre 2016

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1 Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 228.
2 Message pour la célébration de la 1ère Journée de la Paix, 1er janvier 1968.
3 « Légende des trois compagnons », n. 58, Sources franciscaines, Cerf/Éditions franciscaines, 2010, p. 1146. 4 Angelus, 18 février 2007.
5 Ibid.
6 Ibid.
7 Mère Térésa, Discours pour le Prix Nobel, 11 décembre 1979.
8 Méditation « La route de la paix », Chapelle de la Domus Sanctae Marthae, 19 novembre 2015.
9 Homélie pour la canonisation de la bienheureuse Mère Térésa de Calcutta, 4 septembre 2016. 10 N. 23.
11 Ibid.
12 Discours lors de l’Audience interreligieuse, 3 novembre 2016.
13 Discours à la 3ème Rencontre mondiale des mouvements populaires, 5 novembre 2016.
14 Cf. Discours lors de la Rencontre avec le Cheikh des Musulmans du Caucase et avec des Représentants des autres communautés religieuses, Bakou, 2 octobre 2016.
15 Discours, Assise, 20 septembre 2016.
16 Cf. Exhort. ap. postsyn. Amoris laetitia, nn. 90-130.
17 Cf. Ibid., nn. 133.194.234.
18 Cf. Message à l’occasion de la Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires, 7 décembre 2014. 19 Lett. enc. Laudato si’, n. 230.
20 Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 227.
21 Cf. Lett. enc. Laudato si’, nn. 16.117.138.
22 Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 228.
23 Lettre apostolique sous forme de ‘‘Motu proprio’’ par laquelle est institué le Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, 17 août 2016.
24 Regina Caeli, Bethléem, 25 mai 2014.
25 Appel, Assise, 20 septembre 2016.

50e anniversaire du « J’ai fait un rêve » discours prononcé par Dr Martin Luther King au Lincoln Memorial de Washington D.C., le 28 août 1963

I have a dream (« Je fais un rêve ») est à la fois le nom du discours le plus célèbre de Martin Luther King et le point d’orgue du Mouvement des droits civiques. Le discours fut prononcé sur les marches du Lincoln Memorial pendant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté à Washington, D.C. le 28 août 1963. Il illustre clairement le désir de voir à l’avenir les Noirs et les Blancs coexister en harmonie et vivre égaux.

Ce discours est généralement considéré comme l’un des plus grands et des plus marquants du XXe siècle. Selon le député américain John Lewis, qui prit également la parole ce jour là au nom du Comité de coordination des étudiants non violents, « En parlant comme il l’a fait, il a éduqué, il a inspiré, il a guidé non pas simplement les gens qui étaient là, mais les gens partout en Amérique ainsi que les générations à venir »

Ce message d’espoir est célèbre dans le monde entier, bien au-delà des frontières des États-Unis. [Read more…]