« Misericordia et misera » ou la Miséricorde comme socle de l’action pastorale

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Photo: CNS/Paul Haring

Dimanche dernier, alors que se terminait la liturgie de conclusion de l’année jubilaire de la miséricorde, le pape François apposait sa signature sur la lettre apostolique « Misericordia et misera ». Faisant sienne la célèbre expression de Saint-Augustin selon laquelle « il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse », l’Évêque de Rome a voulu, par ce document, laisser un testament spirituelle de ce Jubilé à l’ensemble du Peuple de Dieu.

Pour vous tous qui avez pu suivre de près ou de loin l’agenda chargé du pape François lors de cette année, vous aurez certainement remarqué qu’il a tenu à rendre la miséricorde accessible et compréhensible pour tous. Que ce soit par l’organisation de pèlerinages et de rencontres à Rome tels que les jubilés des malades, des pauvres, des prisonniers, des catéchètes, et j’en passe, il est clair que le Pape voulait que tous aient l’occasion de faire l’expérience de la Miséricorde c’est-à-dire de l’Amour incommensurable que Dieu met à la portée de notre pauvreté.

Ainsi, comme un père attentif à ce que ses enfants aient bien compris, le Pape a voulu écrire cette lettre apostolique dans laquelle on retrouve plusieurs éléments. Dans un premier temps, il nous offre une réflexion sur l’Évangile dit de la « femme adultère » (Jn 8, 1-11) que l’on peut considérer comme « l’icône de ce que nous avons vécu durant le Jubilé » (no1).

En effet, pour François, cet épisode manifeste bien la logique de l’Évangile qui « replace la loi mosaïque dans son intention originelle » (no1). Jésus, de la même manière qu’Il allait, en décrétant son indissolubilité, réinsérer le mariage dans l’intention du Créateur, il allait aussi remettre la loi dans l’intention du Dieu Unique qui était d’être miséricordieux devant l’humanité blessée. En effet, « Il y a une valeur propédeutique dans la loi (cf. Ga 3,24) qui a comme fin, la charité (cf. Tm 1,5) » (no 11). Elle n’est que le commencement de la sainteté, son socle fondamental. Toutefois, puisqu’éviter le mal n’est pas encore faire le bien, nous devons aller plus loin en portant notre regard davantage sur l’horizon à atteindre que sur le sol qui nous porte.

De plus, la lumière miséricordieuse du Père nous libère de toute volonté de justification fortuite. Plus besoin de nous déculpabiliser en rationalisant ou en accusant les autres de nos propres fautes. Devant la croix du Christ, nous pouvons laisser tout cela derrière nous en acceptant la vérité sur nous-mêmes. Nos yeux fixés sur le visage du Christ, nous rencontrons l’Amour inconditionnel du Père qui nous purifie de notre égoïsme et nos infidélités. Lui, qui nous a pardonné « alors que nous étions ses ennemis » (Rm 5, 10), ne dédaigne aucune de nos contritions lorsqu’elles sont présentées dans l’humilité, le regret et « le désir sincère de ne plus offenser Dieu et de faire pénitence ». Ainsi chaque admission en confession nous permettra de revivre cet acte originel de salut reçu au baptême. D’où l’insistance du pape à redécouvrir le sacrement de pénitence (no8-11).

De cette expérience mille fois renouvelée, naît une joie constante et indéfectible capable de nous porter à travers tous les aléas de la vie. Citant le Pasteur d’Hermas, le Saint-Père affirme « Tout homme joyeux fait le bien, pense le bien et méprise la tristesse » (no3) non pas que nous devons cesser de « pleurer avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15) mais plutôt que nous ne devons pas nous laisser détourner de ce qui risque d’être détourné cette joie profonde que procure l’espérance d’être sauvé. Tentation toujours présente en un monde où les nouvelles de scandales et de corruptions sont omniprésentes.

Le document se poursuit par une série de paragraphes orientés à manifester différentes conséquences concrètes de la miséricorde dans la vie de l’Église et du monde. Exhortant tous et chacun à mettre de côté ce qui fait obstacle au déploiement du pardon de Dieu en notre monde, on peut interpréter dans ce contexte l’élargissement du pouvoir de tous les prêtres à octroyer l’absolution pour le péché d’avortement ainsi que l’étendue de la permission de confesser et de se confesser licitement à un prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (no 12).

Réaffirmant la mission profondément salvifique de l’Église par ses réformes Ad Intra, le Pape offre ensuite sa volonté que perdure cette pratique de souligner la miséricorde présente dans toutes les pratiques de l’Église, qu’elles soient liturgiques, spirituelles, sociales ou missionnaires.

Je vous invite à lire cette Lettre apostolique du pape François. On a pu le remarquer durant l’année, ce thème de la miséricorde, si cher au successeur de Pierre, nous permet à tous de faire un pas de plus vers la sainteté à laquelle nous sommes appelés. En nous donnant les instruments nécessaires pour prendre acte les grâces auxquelles nous avons pu assister ou bénéficier durant cette année jubilaire, le Pape nous invite à rendre grâce en partageant cette expérience qui nous a tous transformés profondément. Goûter de près cette proximité de Dieu aura donc été pour nous le socle nouveau sur lequel appuyer l’ensemble de la mission qui se présente devant nous.

 

Jésus nous envoie pour enseigner et guérir

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Réflexion biblique pour le 15e dimanche du temps ordinaire B, 12 juillet 2015

Lorsque les évangiles nous rapportent l’appel lancé par Jésus à ces jeunes disciples et apôtres, cet appel est toujours fait avec compassion. Jésus veille sur ceux qu’il appelle, il les aime, les met au défi et les incite à être quelque chose qu’ils n’auraient jamais pu imaginer!

L’évangile de ce dimanche (Marc 6, 7-13) porte sur la formation de ceux qui éventuellement propageront l’Évangile aux quatre coins du monde. Marc perçoit l’enseignement et le travail des apôtres comme un prolongement de l’enseignement et de l’œuvre de Jésus. Dans le récit de Marc, cet appel des Douze est vu dans l’invitation de Jésus à devenir pêcheur d’hommes (Mc 1, 16-20), puis des Douze choisis pour être avec Jésus et recevoir l’autorité pour prêcher et expier les démons (3, 13-19). On leur donne maintenant la mission spécifique d’exercer cette autorité en paroles et en actes comme représentants de Jésus.

Dans ce récit de l’appel, Jésus n’interdit pas la visite de territoire païen ou l’entrée de ville de Samarie. Ces différences indiquent une certaine adaptation aux conditions à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine et suggère, d’après le récit de Marc, une activité tardive dans l’Église. Du reste, Jésus exigeait de ses apôtres une dépendance totale à Dieu pour la nourriture et l’abri (Cf. Mc 6, 35-44; 8, 1-9). Logeant dans une même demeure en tant qu’invité (6,10), au lieu d’aller dans un lieu plus confortable évitait toute impression de chercher des avantages pour soi et déshonorer son hôte. Pourquoi Jésus dit-il à ses apôtres de ‘voyager léger’ avec peu ou pas de provision? Il veut que ses disciples dépendent de lui et non d’eux-mêmes. Il promet d’œuvrer à travers et en chaque personne appelée à sa gloire. Secouer la poussière de ses pieds servait de témoignage contre ceux qui rejetait l’appel au repentir.

Aide ou obstacle?

L’ignorance des disciples est l’un des thèmes récurant de l’évangile de Marc. En lisant l’évangile au complet, nous constatons que les disciples sont à la fois un obstacle et une aide pour Jésus. Ils ne comprennent pas ces paroles ni ne l’appuie dans sa mission. À maintes reprises, Jésus les blâme pour leur incapacité à comprendre et pour leur dureté de cœur. Mais lorsque les disciples comprennent mal Jésus et le laisse tomber, ils font plus qu’exercer sa patience. Ils servent de cobayes. Ceux qui ‘songent aux choses du monde’ plutôt qu’aux choses de Dieu ne peuvent comprendre que le chemin étroit qui se trouve devant Jésus doit nécessairement se terminer à la croix. Ainsi ils agissent d’une manière qui risque de détourner Jésus de sa voie.

Nous nous demandons souvent: «Pourquoi Marc a-t-il présenté les disciples sous un mauvais jour? » Les lecteurs de Marc de l’époque eux, auraient porté leur attention non pas sur le stratagème littéraire de l’auteur mais sur les événements dépeints dans le récit. Ils se seraient demandés quelque chose comme: «Comment comprendre que des disciples, que nous savons de grands leaders, soient si faibles et agissent de façon aussi honteuse?» La réponse à cette question aurait été évidente: Dieu avait ouvert les yeux des disciples et les avait transformés. D’hommes qui ne comprenaient pas et qui passaient Jésus au test, ils étaient devenus des serviteurs dignes et mêmes des leaders qui ne craignaient rien! Il y a donc de l’espoir pour nous ! Les chrétiens se sont souvenus des récits de ces appels, conscients de leurs propres faiblesses et de leurs propres échecs, mais aussi confiants en la présence du Seigneur qui triomphe de la peur. [Read more…]

Suivre Jésus, l’imiter et marcher dans sa lumière

Suivre Jésus, l’imiter et marcher dans sa lumière
Réflexion biblique pour le sixième dimanche du Temps ordinaire A
Le 13 février 2011
par le P. Thomas Rosica, CSB
L’Évangile de Matthieu reflète la situation de l’Église primitive après la destruction de Jérusalem (70 ap. J.C.). Dans tout cet Évangile, Jésus confirme la validité permanente de la Loi (Mt 5,18-19), mais selon une nouvelle interprétation, proposée avec pleine autorité. Jésus « accomplit » la Loi (Mt 5,17) en la radicalisant : tantôt il abolit la lettre de la Loi (sur le divorce, la loi du talion), tantôt il en donne une interprétation plus exigeante (sur le meurtre, l’adultère, les serments) ou plus souple (sur le sabbat). Jésus insiste sur le double commandement de l’amour de Dieu (Dt 6,5) et du prochain (Lv 19,18), « dont dépendent la Loi et les Prophètes » (Mt 22, 34-40). Avec la Loi, Jésus, nouveau Moïse, fait connaître à l’humanité la volonté de Dieu, d’abord aux juifs puis à toutes les nations (Mt 28,19-20).
Le Sermon sur la montagne est l’endroit dans le Nouveau Testament où on voit Jésus affirmer clairement son autorité et l’exercer de manière décisive sur la Loi (qu’Israël a reçue de Dieu comme fondement de l’alliance. C’est là, sur cette sainte montagne de Galilée, après avoir promulgué la validité perpétuelle de la Loi et le devoir de l’observer (Mt 5, 18-19), que Jésus continue en affirmant la nécessité d’une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens, d’une observance de la Loi inspirée par le nouvel esprit évangélique de charité et de sincérité.
En poursuivant notre réflexion sur le grand sermon de Matthieu, nous entendons aujourd’hui un long passage de son Évangile qui peut paraître complexe et truffé d’interdits [5,17-37].  Mais ce serait trop facile de « décrocher » d’un texte comme celui-là sans avoir d’abord cherché à comprendre la richesse de son message. Le passage [5,17] commence par un mot rassurant: « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir. » La loi demeure et elle demeurera toujours parce qu’elle vient de notre Dieu immuable. Jésus entend formuler l’idéal du nouveau royaume inauguré sur terre par son avènement. Il veut uniquement amener les gens à dépasser le légalisme [qui affectait sérieusement les scribes et les pharisiens] et une interprétation littérale des règles, pour entrer dans l’esprit de la loi. Jésus enseigne qu’une obéissance minimale n’est pas digne de ceux et celles qui aiment Dieu et leur prochain. Rechercher moins que l’amour parfait, c’est se satisfaire de bien peu.
Au-delà du légalisme et du littéralisme
Matthieu 5,21-48 contient six exemples de la conduite exigée du disciple du Christ. Chacun porte sur un commandement de la Loi, annoncé par les mots « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens » ou une formule équivalente, et suivi de l’enseignement de Jésus sur ce commandement : « Eh bien moi, je vous dis ». D’où le nom d’antithèses qu’on a donné à ces six exemples. Trois d’entre eux acceptent la loi mosaïque en la prolongeant ou en l’approfondissant (Matthieu 5,21-22. 27-28. 43-44); trois la rejettent comme norme de conduite pour les disciples (Matthieu 5,31-32. 33-37. 38-39).
Le premier exemple de la conduite exigée du disciple chrétien, c’est la victoire sur la colère, le ressentiment et l’animosité, qui s’accumulent souvent dans le cœur humain, même quand on se conforme extérieurement aux préceptes mosaïques et notamment à l’interdit du meurtre. «  Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens: Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. Eh bien moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal » (Mt 5,21-22). Même chose pour celui qui en insulte un autre ou qui le tourne en dérision. Jésus condamne l’instinct d’hostilité qui est déjà potentiellement un acte d’agression et même un meurtre, au moins sur le plan spirituel, car il s’en prend à autrui et viole du même coup le commandement de l’amour censé présider aux rapports humains.
Jésus présente la loi purifiante de la charité qui réorganise l’être humain au plus profond de son cœur : « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5,23-24).  L’amour que prêche Jésus introduit l’égalité et l’unité entre tous en les amenant à vouloir le bien, en établissant ou en rétablissant l’harmonie dans les relations avec le prochain, même en cas de litiges ou de procédures judiciaires (cf. Mt 5,25).
Jésus donne un deuxième exemple de perfectionnement ou d’accomplissement de la Loi à propos du sixième commandement du Décalogue, par lequel Moïse interdit l’adultère. « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère, commence Jésus. Eh bien moi, je vous dis… » (Mt 5,27). Et il continue en condamnant les regards et les désirs impurs, en recommandant de fuir les occasions de péché, en prônant le courage de la mortification, la subordination de tous ses actes et de toute sa conduite aux exigences du salut de l’âme et de toute la personne (cf. Mt 5,29-30).  Un autre enseignement de Jésus se situe dans la même ligne : on vous a prescrit, dit-il, de remettre un acte de divorce à votre femme avant de la répudier « mais moi, je vous dis… » Il déclare invalide la concession accordée dans l’ancienne loi du peuple d’Israël, qui n’a été faite « qu’en raison de votre endurcissement »  (cf. Mt 19,8), et il proscrit cette façon de violer la loi de l’amour. À sa place, il rétablit plutôt l’indissolubilité du mariage (cf. Mt 19,9).
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus enseigne qu’on ne doit ni mettre en doute ni discréditer la parole du prochain si celui-ci est habituellement honnête et sincère. Au contraire, il faut plutôt observer cette norme fondamentale du discours et de l’action: « Quand vous dites oui, que ce soit un oui; quand vous dites non, que ce soit un non. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais » (Mt 5,37).
Non pas pour abolir mais pour accomplir
Ce que dit Jésus de « l’accomplissement » doit toujours se comprendre en lien avec l’Alliance  du peuple juif et dans le cadre de la Loi, des Prophètes et des Écrits. Cet accomplissement et cette non-abolition expriment, d’une part, la confirmation de l’Ancien Testament puisque la Parole de Dieu est une tout comme Lui est un. Ils traduisent, d’autre part, la plénitude la Nouveauté par laquelle Dieu se révèle Père, Fils et Esprit Saint (cf. Mt 28,19).
Jésus connaît parfaitement la Loi et il l’observe pieusement. Cependant, Il se montre parfaitement libre à l’égard de la Loi. Il veut donner l’interprétation authentique de la Loi (le sabbat, les aliments interdits, les purifications légales, le jeûne, etc.) pour en faire valoir la profondeur et l’intériorité. Il va jusqu’à se présenter comme le nouveau législateur, investi d’une autorité égale à celle de Dieu. Il est lui-même l’accomplissement de la Loi (cf. Rm 10,4).  Par son message et par sa vie, Jésus montre aussi qu’il est le successeur authentique des prophètes. Comme eux, il proclame la foi « au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Mt 2,32).
Jésus se présente encore comme l’accomplissement de la littérature sapientielle de l’Ancien Testament. Ces livres, qui prennent la forme de psaumes, de proverbes et de récits populaires, font comprendre que le peuple de Dieu est gouverné, d’un côté, par la Loi, qui indique la route à suivre, et de l’autre, par les Prophètes, qui corrigent le peuple, les rois et même les prêtres quand ils s’écartent du droit chemin.
Un amour précis et exigeant
Dans le Nouveau Testament, Jésus ne se présente pas seulement comme la suite ou le terme de l’Ancien Testament, mais comme quelque chose de tout-à-fait neuf, d’original et de supérieur. Jésus rend l’amour de Dieu très précis et très exigeant. L’amour se mesure à la fidélité aux petits détails, aux accents et aux virgules de la loi. Et ce n’est que par un don d’en haut que nous pouvons l’observer fidèlement. La vie de Jésus a été un modèle de cet achèvement. Jésus pouvait dire à ses disciples non seulement « Suivez ma loi » mais encore « Suivez-moi, imitez-moi, marchez dans la lumière qui émane de moi ».
Jésus ne nous aide pas seulement à mieux comprendre la Bible; Il est lui-même la perfection et la plénitude de la Parole de Dieu car Il « est le reflet resplendissant de la gloire du Père, l’expression parfaite de son être, ce Fils qui porte toutes choses par sa parole puissante » (He 1,3). Il est le « Verbe fait chair qui a établi sa demeure parmi nous » (Jn 1,14). Il est « la vraie lumière qui éclaire tout être humain » (Jn 1,9). Il est « le Premier et le Dernier, le Vivant » (Ap 1,17.18). Dans la Bible et dans l’histoire, tout ne trouve son sens ultime qu’à la lumière du Christ.
La formation biblique des chrétiens
En poursuivant notre réflexion sur Verbum Domini à la lumière du riche enseignement de l’Évangile d’aujourd’hui, arrêtons-nous au #75 de l’Exhortation post-synodale consacrée à « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ».
75. Pour atteindre le but souhaité par le Synode de donner un caractère plus fortement biblique à toute la pastorale de l’Église, il est nécessaire qu’il y ait une formation convenable des chrétiens et, en particulier, des catéchistes. À cet égard, il faut porter attention à l’apostolat biblique, méthode très valable pour cette finalité, comme le montre l’expérience ecclésiale. Les Pères synodaux ont, de plus, recommandé que, si possible par la valorisation de structures académiques déjà existantes, soient établis des centres de formation pour laïcs et pour missionnaires, où l’on apprenne à comprendre, à vivre et à annoncer la Parole de Dieu, et que, là où on en voit la nécessité, soient constitués des instituts spécialisés dans les études bibliques pour former des exégètes qui aient une solide compréhension théologique et qui soient sensibles aux contextes de leur mission .
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Réflexion biblique pour le sixième dimanche du Temps ordinaire A

L’Évangile de Matthieu reflète la situation de l’Église primitive après la destruction de Jérusalem (70 ap. J.C.). Dans tout cet Évangile, Jésus confirme la validité permanente de la Loi (Mt 5,18-19), mais selon une nouvelle interprétation, proposée avec pleine autorité. Jésus « accomplit » la Loi (Mt 5,17) en la radicalisant : tantôt il abolit la lettre de la Loi (sur le divorce, la loi du talion), tantôt il en donne une interprétation plus exigeante (sur le meurtre, l’adultère, les serments) ou plus souple (sur le sabbat). Jésus insiste sur le double commandement de l’amour de Dieu (Dt 6,5) et du prochain (Lv 19,18), « dont dépendent la Loi et les Prophètes » (Mt 22, 34-40). Avec la Loi, Jésus, nouveau Moïse, fait connaître à l’humanité la volonté de Dieu, d’abord aux juifs puis à toutes les nations (Mt 28,19-20).

Le Sermon sur la montagne est l’endroit dans le Nouveau Testament où on voit Jésus affirmer clairement son autorité et l’exercer de manière décisive sur la Loi (qu’Israël a reçue de Dieu comme fondement de l’alliance. C’est là, sur cette sainte montagne de Galilée, après avoir promulgué la validité perpétuelle de la Loi et le devoir de l’observer (Mt 5, 18-19), que Jésus continue en affirmant la nécessité d’une justice qui dépasse celle des scribes et des pharisiens, d’une observance de la Loi inspirée par le nouvel esprit évangélique de charité et de sincérité.

En poursuivant notre réflexion sur le grand sermon de Matthieu, nous entendons aujourd’hui un long passage de son Évangile qui peut paraître complexe et truffé d’interdits [5,17-37].  Mais ce serait trop facile de « décrocher » d’un texte comme celui-là sans avoir d’abord cherché à comprendre la richesse de son message. Le passage [5,17] commence par un mot rassurant: « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir. » La loi demeure et elle demeurera toujours parce qu’elle vient de notre Dieu immuable. Jésus entend formuler l’idéal du nouveau royaume inauguré sur terre par son avènement. Il veut uniquement amener les gens à dépasser le légalisme [qui affectait sérieusement les scribes et les pharisiens] et une interprétation littérale des règles, pour entrer dans l’esprit de la loi. Jésus enseigne qu’une obéissance minimale n’est pas digne de ceux et celles qui aiment Dieu et leur prochain. Rechercher moins que l’amour parfait, c’est se satisfaire de bien peu. [Read more…]