« Mère et tête de toutes les églises de la terre »

Lateran-cropped

Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour la Fête de la dédicace de la Basilique Saint-Jean Latran, 9 Novembre 2017

Ézéchiel 47,1-2.8-9.12
1 Corinthiens 3,9b-11.16-17
Jean 2,13-22

Aujourd’hui nous célébrons la fête de la dédicace de la Basilique Saint Jean Latran à Rome, reconnue comme «  la Mère et la tête de toutes les églises de la terre  » parce qu’elle était originellement la résidence du Pape. On trouve, en effet, sur la façade de la Basilique une inscription riche de sens qui dit Sacrosancta Lateranensis ecclesia omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput – «  Très Sainte Église du Latran, de toutes les églises de la ville et du monde, tu es la tête et la Mère  ». Elle fut construite par l’empereur Constantin au début du IVième  siècle après Jésus-Christ et sa dédicace fut célébrée le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre. L’anniversaire de la dédicace de cette église est observé depuis le 12e siècle. Cette fête est très particulière parce que la première année sainte fut proclamée dans cette église en 1300.

Au tout début, cette magnifique église s’appelait Basilique du Sauveur mais plus tard, elle fut dédiée à Saint Jean Baptiste et Saint Jean l’évangéliste et ainsi, prit le nom de Basilique Saint Jean Latran. Lorsque la papauté se transporta à Avignon durant un siècle, la condition de la Basilique du Latran se détériora au point où lorsque la papauté retourna à Rome, le Pape ne pouvait plus y habiter. Il habita donc dans deux autres endroits avant de s’établir définitivement à la Basilique Saint-Pierre où il vit toujours.

Au cours de l’histoire, Saint Jean Latran a souffert autant de destructions et de reconstructions que la papauté a subi de désastres et de résurgences. Détruite par Alarix en 408 et Genseric en 455, elle fut reconstruite par le pape Léon le Grand (440-461) et des siècles plus tard par le pape Hadrien 1er (772-795). La Basilique fut presque entièrement détruite par un tremblement de terre en 896 et fut, encore une fois, reconstruite, cette fois, par le pape Serge III (904-911). Plus tard, l’église fut endommagée par un incendie en 1308 et en 1360. Lorsque les Papes revinrent de leur séjour à Avignon en France (1304-1377), ils trouvèrent leur basilique et palais dans un tel état qu’ils décidèrent de s’installer au Vatican, tout près de la Basilique Saint-Pierre (construite également par Constantin et qui avait surtout servi comme sanctuaire pour les pèlerins). [Read more…]

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté: Réflexion pour la Fête de la Toussaint

Recherchés: des révolutionnaires de la sainteté
Réflexion pour la Fête de la Toussaint
Père Thomas Rosica, csb

Y’a-t-il de la place pour Dieu dans notre monde aujourd’hui? Y-a-t-il de la place pour des révolutionnaires de la sainteté dans notre culture? La réponse est un ‘oui’ fort!  Pourquoi les chrétiens et les catholiques de ce pays devraient-ils être réticents de se déclarer chrétien, catholique, ou révolutionnaire de la sainteté? Pourquoi devrions-nous nous comporter comme si notre message pouvait être dangeureux ou comme si nous avions une Parole et une histoire mais ne savions pas comment l’annoncer? Avons-nous peur de l’indifférence, de l’hostilité ou d’être ridiculisés? Si tel est le cas, laissez-moi vous rappeler la réponse de la jeune Bernadette Soubirous au commissaire de police de Lourdes qui lui disait qu’elle ne l’avait pas convaincu des événements qui avaient eu lieu à la grotte près de la rivière. Bernadette lui dit : « La Dame ne m’a pas dit de vous convaincre, mais de vous dire ses paroles. »

L’espérance était toujours au cœur de la proclamation des saints et bienheureux, même au milieu des périodes les plus sombres de l’histoire. Le cœur de notre propre annonce doit aussi être l’espérance. «Spe salvi », dans l’espérance nous sommes sauvés, dit saint Paul aux Romains, et aussi à nous (Rom 8, 24). Lorsque l’Église se trouv dans des périodes creuses, Dieu élève des saints extraordinaires pour ramener l’Église à sa véritable mission, comme si la lumière du Christ était encore plus brillante en ces périodes de noirceur. Nous vivons l’une de ces périodes, et le Seigneur accepte toujours des candidats pour prendre cette forme extrême de sainteté.

Nous avons grand besoin des successeurs de saints Jean de Brébeuf, Noël Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, René Goupil and Jean de Lalande. Nous recherchons de nouveaux agents qui prendront la vision et le travail de saintes Marguerite d’Youville, Marguerite Bourgeoys, saint André de Montréal, Kateri Tekakwitha, Marie de l’Incarnation, François de Laval, et leur équipe gagnante de bienheureux:  André Grasset, Élisabeth Turgeon, Marie-Rose Durocher, Marie-Léonie Paradis, Louis-Zéphirin Moreau, Frédéric Janssoone, Catherine de Saint-Augustin, Dina Bélanger, Marie-Anne Blondin, Émilie Tavernier Gamelin, Nykyta Budka, Basil Velychkovsky.

Nous devons aujourd’hui rendre grâce au Seigneur pour avoir donné à l’Église au Canada des fondateurs et des modèles aussi impressionants. Ces modèles nous mettent au défi d’entreprendre aujourd’hui une nouvelle évangélisation. Ils nous encouragent par leur dévouement au Christ, et aussi par leur zèle et leur prière tout au long de l’autoroute qui mène vers le ciel. Ces martyrs, saints et bienheureux nous rappellent que nous sommes seulement et toujours en chemin sur cette route. Lorsque nous pensons la sainteté en ces termes, comme une direction, un chemin, et non comme une destination, nous sentons que ce qui nous unit aux saints, nos compagnons de voyage, est beaucoup plus profond que ce qui nous sépare.

Bonne Fête à vous tous aujourd’hui!

La fête de la Toussaint nous offre une belle opportunité de réflechir sur notre héritage des saints et des bienheureux dans notre tradition catholique.  Ces hommes et femmes sont des artistes qui ont jugé et fait la critique du monde avec différentes donnés, informations et différents savoirs. Leurs normes se trouvaient dans les imprimés bleus intitulés les « Béatitudes» et pas dans les bibliotèques d’universités ou dans les centres de hautes recherches, et ils ont tenté chacun, en leur temps propre et de leurs façons uniques, de s’approprier cette extraordinaire vision de l’Evangile et de l’amener au monde. Le grand auteur G.K. Chesterton anglais a dit que «de telles personnes ont mis en lumière ce que le monde et l’Eglise avaient oublié». Parfois de tels individus sont appelés des fous, des insensés, des irréalistes, des rêveurs. Dans notre Eglise, nous les appelons des Saints.

En cette fête de la sainteté, nous célébrons tous ceux qui ont témoigné de leur attachement radical au Christ, tous les saints, ceux qui sont au calendrier, ceux qui n’y sont plus, ceux qui n’y sont pas encore.  Dans l’évangile de cette fête, [Mt 5, 1-12] chacune des béatitudes nous indique une voie de sainteté : la pauvreté de cœur, la douceur, le combat pour la justice, la pureté du cœur, le travail pour que grandisse la paix, la miséricorde. On est loin des miracles et des autres signes spectaculaires que les hagiographies se plaisent à raconter. Ces béatitudes sont plus un projet de vie, une invitation à y puiser une vraie intensité de vie, que la reconnaissance du mérite de ceux « qui y sont arrivés » ! Cette sainteté-là est vraiment pour tous, pour peu que nous y travaillions, bien sûr.

Je suis convaincu que le monde d’aujourd’hui, et particulièrement les jeunes, ont un besoin croissant pour les vies fascinantes des Saints. Durant son Pontificat, le Pape Jean Paul II nous a certainement aidé à redécouvrir ces héros et héroïnes dans nos traditions-en fait, il a béatifié 1338 femmes et hommes, et canonisé 482 personnes.  La proclamation de tant de Bienheureux et de Saints de notre époque a été d’une aide étonnante pour renouveler les espoirs de longues haleines et en stimuler de nouveaux.  Quelle nuée de témoins, quelle école des artistes des Béatitudes pour nous consoler, nous fortifier, nous encourager, nous stimuler, nous émouvoir et nous élever alors que nous essayons de les imiter ici-bas!

Comment la grâce serait-elle vraiment gracieuse, vraiment gratuite si elle venait comme le bon point et les félicitations avec la bonne note ? La grâce n’a trouvé en nous aucun mérite, mais c’est elle qui nous rend capables de mérite. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisis… », dit Jésus. Comme le dit saint Augustin, en commentant ce passage de l’Évangile de Jean : « Dieu ne choisit pas ceux qui sont bons, mais il rend bons ceux qu’il a choisis. » Nous ne pourrions être bons et faire quelque bien en ce monde, si nous ne l’avions reçu de l’amour incroyable du Créateur qui nous a donné la liberté, le désir et l’intelligence de reconnaître ses dons.

Laissons-nous saisir par la beauté de ces hommes et femmes, et laissons nous combler du désir de devenir des saints pendant ce mois de novembre qui est dédié aux artistes de l’evangile!  Dieu sait combien nous en avons besoin de tels artistes aujourd’hui!

Homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François lors de la Messe de la Pentecôte en la Place Saint-Pierre:

Se conclut aujourd’hui le temps de Pâques, cinquante jours qui, de la Résurrection de Jésus à la Pentecôte, sont marqués de manière spéciale par la présence de l’Esprit Saint. C’est lui, en effet, le Don pascal par excellence. C’est l’Esprit créateur, qui réalise toujours des choses nouvelles. Deux nouveautés nous sont montrées dans les Lectures d’aujourd’hui : dans la première, l’Esprit fait des disciples un peuple nouveau ; dans l’Évangile, il crée dans les disciples un cœur nouveau.

Un peuple nouveau. Le jour de Pentecôte, l’Esprit est descendu du ciel, sous forme de « langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa sur chacun […]. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues » (Ac 2, 3-4). La Parole de Dieu décrit ainsi l’action de l’Esprit, qui se pose d’abord sur chacun et ensuite met tous en communication. Il fait à chacun un don et réunit tous dans l’unité. En d’autres termes, le même Esprit crée la diversité et l’unité et, ainsi, façonne un peuple nouveau, diversifié et uni : l’Église universelle. D’abord, avec imagination et de manière imprévisible, il crée la diversité ; à chaque époque, en effet, il fait fleurir des charismes nouveaux et variés. Ensuite, le même Esprit réalise l’unité : il relie, réunit, recompose l’harmonie : « Par sa présence et son action, il réunit dans l’unité les esprits qui sont distincts les uns des autres et séparés » (Cyrille d’Alexandrie, Commentaire sur l’évangile de Jean, XI, 11). En sorte qu’il y ait l’unité vraie, celle selon Dieu, qui n’est pas uniformité, mais unité dans la différence.

Pour réaliser cela, il convient de nous aider à éviter deux tentations récurrentes. La première, c’est celle de chercher la diversité sans l’unité. Cela arrive quand on veut se distinguer, quand on crée des coalitions et des partis, quand on se raidit sur des positions qui excluent, quand on s’enferme dans des particularismes propres, jugeant peut-être qu’on est meilleur ou qu’on a toujours raison. Ce sont les soi-disant ‘‘gardiens de la vérité’’. Alors, on choisit la partie, non le tout, l’appartenance à ceci ou à cela avant l’appartenance à l’Église ; on devient des ‘‘supporters’’ qui prennent parti plutôt que des frères et sœurs dans le même Esprit ; des chrétiens ‘‘de droite ou de gauche’’ avant d’être de Jésus ; des gardiens inflexibles du passé ou des avant-gardistes de l’avenir avant d’être des enfants humbles et reconnaissants de l’Église. Ainsi, il y a la diversité sans l’unité. La tentation opposée est en revanche celle de chercher l’unité sans la diversité. Cependant, ainsi, l’unité devient uniformité, obligation de faire tout ensemble et tout pareil, de penser tous toujours de la même manière. De cette façon, l’unité finit par être homologation et il n’y a plus de liberté. Mais, dit saint Paul, « là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17).

Notre prière à l’Esprit Saint, c’est alors de demander la grâce d’accueillir son unité, un regard qui embrasse et aime, au-delà des préférences personnelles, son Église, notre Église ; de prendre en charge l’unité de tous, de mettre fin aux bavardages qui sèment la division et aux envies qui empoisonnent, car être des hommes et des femmes d’Église signifie être des hommes et des femmes de communion ; c’est de demander également un cœur qui sente l’Église notre mère et notre maison : la maison accueillante et ouverte, où on partage la joie multiforme de l’Esprit Saint.

Et venons-en à la seconde nouveauté : un cœur nouveau. Jésus Ressuscité, en apparaissant pour la première fois aux siens, dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 22-23). Jésus ne condamne pas les siens, qui l’avaient abandonné et renié durant la passion, mais il leur donne l’Esprit du pardon. L’Esprit est le premier don du Ressuscité et il est donné avant tout pour pardonner les péchés. Voilà le commencement de l’Église, voilà la colle qui nous maintient ensemble, le ciment qui unit les briques de la maison : le pardon. Car, le pardon est le don à la puissance n, c’est le plus grand amour, celui qui garde uni malgré tout, qui empêche de s’effondrer, qui renforce et consolide. Le pardon libère le cœur et permet de recommencer : le pardon donne l’espérance ; sans pardon l’Église ne s’édifie pas.

L’Esprit du pardon, qui résout tout dans la concorde, nous pousse à refuser d’autres voies : celles hâtives de celui qui juge, celles sans issue de celui qui ferme toutes les portes, celles à sens unique de celui qui critique les autres. L’Esprit nous exhorte, au contraire, à parcourir la voie à double sens du pardon reçu et du pardon donné, de la miséricorde divine qui se fait amour du prochain, de la charité comme « unique critère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, changé ou pas changé » (Isaac de l’Étoile, Discours 31). Demandons la grâce de rendre toujours plus beau le visage de notre Mère l’Église en nous renouvelant par le pardon et en nous corrigeant nous-mêmes : ce n’est qu’alors que nous pourrons corriger les autres dans la charité.

Demandons-le à l’Esprit Saint, feu d’amour qui brûle dans l’Église et en nous, même si souvent nous le couvrons de la cendre de nos péchés : ‘‘Esprit de Dieu, Seigneur qui te trouves dans mon cœur et dans le cœur de l’Église, toi qui conduis l’Église, façonne-la dans la diversité, viens ! Pour vivre, nous avons besoin de Toi comme de l’eau : descends encore sur nous et enseigne-nous l’unité, renouvelle nos cœurs et enseigne-nous à aimer comme tu nous aimes, à pardonner comme tu nous pardonnes ! Amen’’.

[00862-FR.02] [Texte original: Italien]

Messe du 375e anniversaire de Fondation de Montréal

Messe solennelle de l’anniversaire du 375e de la fondation de Montréal le 17 mai à 9h à la Basilique Notre-Dame.
Célébration présidée par l’archevêque de Montréal, Monseigneur Christian Lépine. – Captation gracieuseté Radio-Canada

Comme chaque année depuis 1917, une messe commémorative pour la fondation de Montréal est célébrée à la Basilique Notre-Dame, suivie d’une cérémonie civique et militaire exécutée par le Régiment de Maisonneuve, à la Place d’Armes.

Cette tradition fut instaurée lors du 275e anniversaire de la ville à l’instigation de Victor Morin, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et de la Société historique de Montréal (SHM).

Montréal vaut bien une Messe !

Nous le savons, cette année souligne le 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Pour l’occasion, plusieurs célébrations ont été organisées pour honorer le travail de ceux qui ont bâti cette ville consacrée à la Vierge Marie. Pour les catholiques, cette fête prend un caractère particulier du fait de leur communion de foi avec ces fondateurs que sont Paul Chemenay de Maisonneuve et la vénérable Jeanne Mance. Honorer leur mémoire implique donc que nous nous mettions à l’écoute de leur dernière volonté. C’est pour cette raison que sera célébrée, le 17 mai prochain, la Messe de commémoration de la fondation de la basilique Notre-Dame de Montréal où seront présents plusieurs dignitaires dont le très honorable Justin Trudeau, Premier ministre du Canada. Ainsi, à l’exemple des deux fondateurs, nous répondrons à l’appel du Christ à faire « cela en mémoire de moi » (Lc 22,19).

Une œuvre musicale créée spécialement pour l’occasion

En plus du décor artistique et architecturale de la basilique dont la réputation n’est plus à faire, les fidèles présents lors de la célébration pourront être accompagnés dans leurs prières d’une œuvre musicale intitulée « Messe de fondation ». En effet, cette pièce composée spécialement pour l’occasion par l’organiste titulaire des Grandes orgues de la basilique Notre-Dame de Montréal, Pierre Grandmaison, sera jouée pour la première fois lors de cette célébration que l’on pourrait qualifier de « source et sommet » (LG 11) des festivités du 375e.

Interrogé la semaine dernière, dans le cadre de mon émission Église en sortie et dont l’entrevue vous sera présentée sur nos ondes le vendredi 12 mai à 19h30, Pierre Grandmaison nous a confié son souhait que « cette œuvre musicale soit à la hauteur du Mystère qui se vit dans l’Eucharistie, c’est-à-dire le sacrifice non sanglant du Calvaire ».

Un écueil à surmonter  

Cette correspondance au Mystère divin ne serait pas possible sans cet esprit de fidélité à la Révélation des Saintes Écritures et de la Tradition de l’Église. En ce sens, cette « Messe de fondation de Montréal » sera une œuvre chantée en grec et en latin. Selon Pierre Grandmaison, cette innovation est une « ouverture importante » puisqu’elle « manifeste que ce n’est pas parce qu’on apprécie le grec et le latin dans la liturgie que l’on est intégriste ». Et ainsi, elle brise plusieurs préjugés hérités des querelles idéologiques postconciliaires. Comme il le dit lui-même « nous pouvons être très contemporains tout en faisant ce mariage avec les textes eux-mêmes ». Cela fait écho aux paroles du pape François prononcées lors de la Conférence internationale sur la musique sacrée à Rome en mars dernier. En effet, il a soutenu que :

« La rencontre avec la modernité et l’introduction des langues parlées dans la liturgie a sans aucun doute soulevé de nombreux problèmes : de langages, de formes et de genres musicaux. Parfois a prévalu une certaine médiocrité, superficialité et banalité, au détriment de la beauté et de l’intensité des célébrations liturgiques. »

Par contre, nous devons toujours garder en tête l’importance capitale de la participation de l’assemblée priante et communiante au Mystère célébré. C’est là, pourrait-on dire, que se trouve la fin primordiale de la musique sacrée. Ne cachant pas sa préférence pour son instrument, l’organiste qui œuvre à la basilique Notre-Dame depuis 1973, note néanmoins des similitudes plus que symboliques entre l’instrument à vent et le souffle de l’Esprit. Étant un moyen humain pour faciliter et élever l’âme vers Dieu, l’œuvre musicale et les instruments utilisés doivent être adaptés à ces deux réalités humaines et divines. En ce sens, l’œuvre de Grandmaison se veut une réponse à l’appel du pape François pour qui :

« L’Église est appelée à poursuivre […] à sauvegarder et à valoriser le patrimoine riche et multiforme hérité du passé » tout en étant « pleinement « inculturé » dans les langages artistiques et musicaux de l’actualité ».

Rétablir l’unité entre passé et présent

Les célébrations du 375e de la fondation de Montréal, sont une occasion rêvée non seulement d’assumer l’héritage de ceux qui nous ont précédés mais également de continuer leur œuvre d’une civilisation centrée sur l’Amour de Dieu et du prochain. Comment ne pas répondre à cette invitation à se remettre avec confiance dans Ses mains très saintes par la prière liturgique qui se déroulera le 17 mai prochain à la Basilique Notre-Dame de Montréal et où nous pourront nous laisser inspirer par ce Dieu qui continue de se révéler par l’entremise des talents des artistes qui s’y consacrent.

Message du pape François pour le Carême 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du message du pape François pour le Carême 2017:

La Parole est un don. L’autre est un don.

Chers Frères et Sœurs,
Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la

Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant
qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

FRANÇOIS [00196-FR.01] [Texte original: Français]

Ordination épiscopale des évêques auxiliaires de l’archidiocèse de Québec

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Ordination épiscopale de deux nouveaux évêques auxiliaires, Louis Corriveau ptre et Marc Pelchat ptre, jeudi 8 décembre 2016 en la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. La célébration aura lieu en la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré à 19 h 30. Une production webtélé ECDQ.tv.

En direct Jeudi 8 décembre 2016 : 19h35- 22h00


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Mgr Louis Corriveau est un prêtre de l’archidiocèse de Québec, curé des paroisses de Saint-Raymond, Saint-Bernardin-de-Sienne à Rivière-à-Pierre, Saint-Léonard et Sainte Christine.

Il a été ordonné prêtre le 16 juin 1990. Au cours de son ministère sacerdotal, il a été vicaire à Saint-Georges et Saint-Jean-de-la-Lande (1990-1996), dans la région de la Beauce; animateur pour les vocations (1994-1995); membre de la communauté de formateurs du Grand Séminaire (1996-1997).

Au début de 2011, il a été nommé curé des paroisses de Saint-Léonard, Sainte-Christine et Saint-Raymond de Portneuf. Le 7 Septembre 2011, il a été nommé curé de Saint-Bernardin-de-Sienne, à Rivière-à-Pierre. Depuis 2009, il est le directeur spirituel des équipes Notre-Dame pour le Canada.

marc-pelchat-photo-officielle-credit-daniel-abelMgr Marc Pelchat est prêtre de l’archidiocèse de Québec, ancien professeur et doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et vicaire général et modérateur de la curie (à partir de 2015). Il est né le 3 mai 1950 à St-Samuel du Lac-Drolet (Québec).

Ordonné prêtre le 19 juin 1976 et après avoir obtenu son doctorat à Rome, il a commencé à enseigner à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval comme chargé de cours (1986-1987), professeur adjoint (1987- 1992), professeur agrégé (1992-1997), professeur titulaire de la Chaire de théologie

« Monseigneur-de-Laval » (1997-2013). Il a été doyen de la Faculté durant trois termes (1997-2004; 2004-2007; 2008-2012). Depuis 2013, il est professeur associé, à la retraite. De 1987 à 1996, il faisait partie du groupe de formateurs du Grand Séminaire de Québec.

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Décret du Vatican déclarant la fête de Sainte Marie Madeleine

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DÉCRET

L’Eglise, que ce soit en Occident ou en Orient, a toujours réservé la plus grande considération à Sainte Marie Madeleine, premier témoin et évangéliste de la résurrection du Seigneur, et ainsi elle a été célébrée, quoiqu’en des manières différentes.

De nos jours, où l’Eglise est appelée à réfléchir de manière plus profonde sur la dignité de la femme, sur la nouvelle évangélisation et sur la grandeur du mystère de la miséricorde divine, il a semblé que ce serait une bonne chose aussi que l’exemple de Sainte Marie Madeleine soit proposé aux fidèles d’une manière plus convenable. En effet, cette femme, connue comme celle qui a aimé le Christ et qui a été grandement aimée par le Christ, elle qui est appelée par Saint Grégoire le Grand « témoin de la miséricorde divine » et par Saint Thomas d’Aquin « l’apôtre des apôtres », peut être reconnue par les fidèles de ce temps comme un modèle de service des femmes dans l’Eglise.

C’est pourquoi le Souverain Pontife François a décidé que la célébration de Sainte Marie Madeleine, à partir de maintenant, soit inscrite dans le Calendrier Romain Général avec le degré de fête au lieu de mémoire, comme elle l’est actuellement.

Ce nouveau degré ne comporte aucune variation quant au jour de la célébration elle-même et aux textes du Missel et de la Liturgie des Heures à utiliser, c’est-à-dire :

a) le jour dédié à la célébration de Sainte Marie Madeleine demeure le 22 juillet, comme on le trouve au Calendrier Romain ;

b) les textes à utiliser pour la Messe et l’Office Divin demeurent les mêmes qui sont contenus dans le Missel et la Liturgie des Heures au jour indiqué, en ajoutant au Missel Romain la préface propre, en pièce jointe à ce décret. Il appartiendra aux Conférences Episcopales de traduire le texte de la préface dans la langue vernaculaire, de sorte que, une fois obtenue l’approbation du Siège Apostolique, elle puisse être utilisée et, en temps voulu, être insérée dans la prochaine réimpression du Missel Romain.

Là où Sainte Marie Madeleine, selon le droit particulier, est célébrée légitimement en un jour et avec un degré différents, elle continuera à être célébrée à l’avenir au même jour et degré qu’elle a eu jusqu’à présent.

Nonobstant toute chose contraire.

De la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 3 juin 2016, Solennité du Sacré Cœur de Jésus.

Robertus Card. Sarah

Préfet

+ Arturus Roche

Archevêque Secrétaire

Église en sortie 3 juin 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec l’abbé Louis-André Naud, prêtre du diocèse de Québec et directeur de l’Office national de liturgie à la CECC. On participe à la procession de la Fête-Dieu dans les rues de Montréal.  Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous rencontrons Mgr Yvon Joseph Moreau, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec et président de la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements de la CECC pour le secteur francophone qui nous entretient de l’importance de la liturgie dans la vie missionnaire de l’Église.

Le spécialiste des Croix et du port de la croix…

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b pour le Vendredi Saint -Année liturgique C- (25 mars 2016)

Chaque année le Vendredi Saint, nous revivons les événements tragiques de la Passion de notre Sauveur jusqu’à à sa crucifixion sur le Golgotha. Il y a une question lancinante au sujet de cette journée qui a résonné partout dans l’histoire. Sur le Calvaire, au milieu de ce désastre, où était Dieu? Même Jésus le Seigneur a implorée dans ses pleurs, sur le bois de la croix : « Où es-tu? M’as-tu réellement oublié? Pourquoi es-tu sourd à la voix de ma plainte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis » (Psaume 22).

Les lectures profondément émouvantes de la liturgie d’aujourd’hui ne se concentrent pas sur le cadavre de Jésus mais elles vont et viennent délicatement entre Jésus mort et la communauté affligée. Les passages sont remplis de paroles de douleur et d’espérance, de mort et de vie. Dans la lecture de la lettre aux Hébreux (4,14-16; 5,7-9), l’auteur contemple l’agonie de Jésus au jardin en relation avec les sacrifices du temple et le sacerdoce selon les Écritures hébraïques.

Nous découvrons notre Dieu qui permet qu’un Vendredi Saint surviennent: un Dieu-homme qui est toujours fils comme nous en toutes choses, à l’exception du péché. Loin de créer un abîme entre le Christ et nous-mêmes, nos épreuves et nos faiblesses sont devenues les lieux privilégiés de notre rencontre avec Lui et non seulement avec Lui, mais avec Dieu lui-même, grâce à cet homme sur la croix. À partir de maintenant, aucun de nous ne peut s’abaisser dans une situation douloureuse sans trouver le Christ présent à nos côtés.  Si les épreuves de l’existence humaine ont donné au Christ sa position présente proche de Dieu, alors il a été revêtu de gloire et d’honneur pour avoir souffert la mort.

Avec des prières et des larmes silencieuses

Au cours de sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et notre sang, pleurant avec des prières et des larmes silencieuses. Il a été  entendu à cause de son grand respect. L’Ancien Testament n’a jamais rêvé de se référer au grand prêtre pour se faire lui-même comme ses frères et sœurs, mais au contraire, il était préoccupé de se séparer d’eux. C’est d’autant plus frappant donc qu’aucune distinction n’ait été faite sur un point un point essentiel: aucun texte n’a jamais exigé que le grand prêtre soit exempt du péché. Dans l’Ancien Testament, une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec le sacerdoce.

Contrairement aux prêtres du Lévitique, la mort de Jésus était essentielle pour son sacerdoce. Il est un prêtre de compassion. Son autorité nous attire à cause de sa compassion.  L’autorité de ses paroles : son regard pénétrant, aimant pour chacun de nous, la fermeté de sa foi. Ultimement, il existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé dans tous les aspects comme nous – il connaît toutes nos difficultés ; il est un homme qui a fait ses preuves ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur – seulement par cela il acquiert une profonde capacité pour la compassion. Comme prêtre, il vécut pour les autres, donna tout de ce monde à la fois triste et beau au Dieu qui l’aima. C’est le seul sacerdoce qui fait une différence, quelquefois.

Si la dernière célébration du repas du Seigneur nous invitait à regarder ce que nous avons fait de notre baptême, et comment nous sommes un peuple eucharistique, la commémoration de la mort de Jésus nous invite à regarder notre propre sacerdoce, le vôtre et le mien, et à nous demander une question aujourd’hui… suis-je une personne sacerdotale comme il a été ? Est-ce que je vis pour les autres ? Le monde est-il un peu moins violent, un peu moins hostile, un peu plus patient, bon et juste, à cause de moi ?

Jésus est la Source de la liturgie chrétienne

Le récit de la Passion de Jean (18,1-19,42) est si chargé liturgiquement que Jésus est vu non seulement comme Dieu, mais aussi comme la source de la liturgie chrétienne : même le sang et l’eau qui jaillissent de son côté blessé. Nous sommes invités à réaliser très profondément la tragédie de la mort de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix est un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous regardons la croix et la réponse dans la foi au message de vie qui coule d’elle, un message qui nous apporte guérison et réconciliation.

Des questions lancinantes subsistent au sujet de la signification de la crucifixion de Jésus. Comment le ‘Hosanna » du Dimanche des Rameaux tourne-t-il au « Crucifie-le » du Vendredi Saint ? La foule se retourne comme un seul homme et insiste pour sa mise à mort avec une détermination empreinte d’irrationalité collective. S’il était un Zélote ou un pharisien ou un simple paysan ou un soldat romain, ou un officiel du Sanhédrin, si le roi Hérode ou Ponce Pilate, ils sont tous venus ensemble hors de leur préoccupation  pour trouver une mesure de paix par l’intermédiaire de ce bouc-émissaire. C’est dans la foule que se trouve la place universelle de la croix. La question n’est pas qui a tué Jésus mais qu’est ce qui a tué Jésus… et quels cercles vicieux de violence continuent à le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine ? [Read more…]