Messe du 375e anniversaire de Fondation de Montréal

Messe solennelle de l’anniversaire du 375e de la fondation de Montréal le 17 mai à 9h à la Basilique Notre-Dame.
Célébration présidée par l’archevêque de Montréal, Monseigneur Christian Lépine. – Captation gracieuseté Radio-Canada

Comme chaque année depuis 1917, une messe commémorative pour la fondation de Montréal est célébrée à la Basilique Notre-Dame, suivie d’une cérémonie civique et militaire exécutée par le Régiment de Maisonneuve, à la Place d’Armes.

Cette tradition fut instaurée lors du 275e anniversaire de la ville à l’instigation de Victor Morin, alors président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et de la Société historique de Montréal (SHM).

Montréal vaut bien une Messe !

Nous le savons, cette année souligne le 375e anniversaire de la fondation de Montréal. Pour l’occasion, plusieurs célébrations ont été organisées pour honorer le travail de ceux qui ont bâti cette ville consacrée à la Vierge Marie. Pour les catholiques, cette fête prend un caractère particulier du fait de leur communion de foi avec ces fondateurs que sont Paul Chemenay de Maisonneuve et la vénérable Jeanne Mance. Honorer leur mémoire implique donc que nous nous mettions à l’écoute de leur dernière volonté. C’est pour cette raison que sera célébrée, le 17 mai prochain, la Messe de commémoration de la fondation de la basilique Notre-Dame de Montréal où seront présents plusieurs dignitaires dont le très honorable Justin Trudeau, Premier ministre du Canada. Ainsi, à l’exemple des deux fondateurs, nous répondrons à l’appel du Christ à faire « cela en mémoire de moi » (Lc 22,19).

Une œuvre musicale créée spécialement pour l’occasion

En plus du décor artistique et architecturale de la basilique dont la réputation n’est plus à faire, les fidèles présents lors de la célébration pourront être accompagnés dans leurs prières d’une œuvre musicale intitulée « Messe de fondation ». En effet, cette pièce composée spécialement pour l’occasion par l’organiste titulaire des Grandes orgues de la basilique Notre-Dame de Montréal, Pierre Grandmaison, sera jouée pour la première fois lors de cette célébration que l’on pourrait qualifier de « source et sommet » (LG 11) des festivités du 375e.

Interrogé la semaine dernière, dans le cadre de mon émission Église en sortie et dont l’entrevue vous sera présentée sur nos ondes le vendredi 12 mai à 19h30, Pierre Grandmaison nous a confié son souhait que « cette œuvre musicale soit à la hauteur du Mystère qui se vit dans l’Eucharistie, c’est-à-dire le sacrifice non sanglant du Calvaire ».

Un écueil à surmonter  

Cette correspondance au Mystère divin ne serait pas possible sans cet esprit de fidélité à la Révélation des Saintes Écritures et de la Tradition de l’Église. En ce sens, cette « Messe de fondation de Montréal » sera une œuvre chantée en grec et en latin. Selon Pierre Grandmaison, cette innovation est une « ouverture importante » puisqu’elle « manifeste que ce n’est pas parce qu’on apprécie le grec et le latin dans la liturgie que l’on est intégriste ». Et ainsi, elle brise plusieurs préjugés hérités des querelles idéologiques postconciliaires. Comme il le dit lui-même « nous pouvons être très contemporains tout en faisant ce mariage avec les textes eux-mêmes ». Cela fait écho aux paroles du pape François prononcées lors de la Conférence internationale sur la musique sacrée à Rome en mars dernier. En effet, il a soutenu que :

« La rencontre avec la modernité et l’introduction des langues parlées dans la liturgie a sans aucun doute soulevé de nombreux problèmes : de langages, de formes et de genres musicaux. Parfois a prévalu une certaine médiocrité, superficialité et banalité, au détriment de la beauté et de l’intensité des célébrations liturgiques. »

Par contre, nous devons toujours garder en tête l’importance capitale de la participation de l’assemblée priante et communiante au Mystère célébré. C’est là, pourrait-on dire, que se trouve la fin primordiale de la musique sacrée. Ne cachant pas sa préférence pour son instrument, l’organiste qui œuvre à la basilique Notre-Dame depuis 1973, note néanmoins des similitudes plus que symboliques entre l’instrument à vent et le souffle de l’Esprit. Étant un moyen humain pour faciliter et élever l’âme vers Dieu, l’œuvre musicale et les instruments utilisés doivent être adaptés à ces deux réalités humaines et divines. En ce sens, l’œuvre de Grandmaison se veut une réponse à l’appel du pape François pour qui :

« L’Église est appelée à poursuivre […] à sauvegarder et à valoriser le patrimoine riche et multiforme hérité du passé » tout en étant « pleinement « inculturé » dans les langages artistiques et musicaux de l’actualité ».

Rétablir l’unité entre passé et présent

Les célébrations du 375e de la fondation de Montréal, sont une occasion rêvée non seulement d’assumer l’héritage de ceux qui nous ont précédés mais également de continuer leur œuvre d’une civilisation centrée sur l’Amour de Dieu et du prochain. Comment ne pas répondre à cette invitation à se remettre avec confiance dans Ses mains très saintes par la prière liturgique qui se déroulera le 17 mai prochain à la Basilique Notre-Dame de Montréal et où nous pourront nous laisser inspirer par ce Dieu qui continue de se révéler par l’entremise des talents des artistes qui s’y consacrent.

Message du pape François pour le Carême 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du message du pape François pour le Carême 2017:

La Parole est un don. L’autre est un don.

Chers Frères et Sœurs,
Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la

Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant
qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

FRANÇOIS [00196-FR.01] [Texte original: Français]

Ordination épiscopale des évêques auxiliaires de l’archidiocèse de Québec

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Ordination épiscopale de deux nouveaux évêques auxiliaires, Louis Corriveau ptre et Marc Pelchat ptre, jeudi 8 décembre 2016 en la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. La célébration aura lieu en la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré à 19 h 30. Une production webtélé ECDQ.tv.

En direct Jeudi 8 décembre 2016 : 19h35- 22h00


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Mgr Louis Corriveau est un prêtre de l’archidiocèse de Québec, curé des paroisses de Saint-Raymond, Saint-Bernardin-de-Sienne à Rivière-à-Pierre, Saint-Léonard et Sainte Christine.

Il a été ordonné prêtre le 16 juin 1990. Au cours de son ministère sacerdotal, il a été vicaire à Saint-Georges et Saint-Jean-de-la-Lande (1990-1996), dans la région de la Beauce; animateur pour les vocations (1994-1995); membre de la communauté de formateurs du Grand Séminaire (1996-1997).

Au début de 2011, il a été nommé curé des paroisses de Saint-Léonard, Sainte-Christine et Saint-Raymond de Portneuf. Le 7 Septembre 2011, il a été nommé curé de Saint-Bernardin-de-Sienne, à Rivière-à-Pierre. Depuis 2009, il est le directeur spirituel des équipes Notre-Dame pour le Canada.

marc-pelchat-photo-officielle-credit-daniel-abelMgr Marc Pelchat est prêtre de l’archidiocèse de Québec, ancien professeur et doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et vicaire général et modérateur de la curie (à partir de 2015). Il est né le 3 mai 1950 à St-Samuel du Lac-Drolet (Québec).

Ordonné prêtre le 19 juin 1976 et après avoir obtenu son doctorat à Rome, il a commencé à enseigner à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval comme chargé de cours (1986-1987), professeur adjoint (1987- 1992), professeur agrégé (1992-1997), professeur titulaire de la Chaire de théologie

« Monseigneur-de-Laval » (1997-2013). Il a été doyen de la Faculté durant trois termes (1997-2004; 2004-2007; 2008-2012). Depuis 2013, il est professeur associé, à la retraite. De 1987 à 1996, il faisait partie du groupe de formateurs du Grand Séminaire de Québec.

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Décret du Vatican déclarant la fête de Sainte Marie Madeleine

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DÉCRET

L’Eglise, que ce soit en Occident ou en Orient, a toujours réservé la plus grande considération à Sainte Marie Madeleine, premier témoin et évangéliste de la résurrection du Seigneur, et ainsi elle a été célébrée, quoiqu’en des manières différentes.

De nos jours, où l’Eglise est appelée à réfléchir de manière plus profonde sur la dignité de la femme, sur la nouvelle évangélisation et sur la grandeur du mystère de la miséricorde divine, il a semblé que ce serait une bonne chose aussi que l’exemple de Sainte Marie Madeleine soit proposé aux fidèles d’une manière plus convenable. En effet, cette femme, connue comme celle qui a aimé le Christ et qui a été grandement aimée par le Christ, elle qui est appelée par Saint Grégoire le Grand « témoin de la miséricorde divine » et par Saint Thomas d’Aquin « l’apôtre des apôtres », peut être reconnue par les fidèles de ce temps comme un modèle de service des femmes dans l’Eglise.

C’est pourquoi le Souverain Pontife François a décidé que la célébration de Sainte Marie Madeleine, à partir de maintenant, soit inscrite dans le Calendrier Romain Général avec le degré de fête au lieu de mémoire, comme elle l’est actuellement.

Ce nouveau degré ne comporte aucune variation quant au jour de la célébration elle-même et aux textes du Missel et de la Liturgie des Heures à utiliser, c’est-à-dire :

a) le jour dédié à la célébration de Sainte Marie Madeleine demeure le 22 juillet, comme on le trouve au Calendrier Romain ;

b) les textes à utiliser pour la Messe et l’Office Divin demeurent les mêmes qui sont contenus dans le Missel et la Liturgie des Heures au jour indiqué, en ajoutant au Missel Romain la préface propre, en pièce jointe à ce décret. Il appartiendra aux Conférences Episcopales de traduire le texte de la préface dans la langue vernaculaire, de sorte que, une fois obtenue l’approbation du Siège Apostolique, elle puisse être utilisée et, en temps voulu, être insérée dans la prochaine réimpression du Missel Romain.

Là où Sainte Marie Madeleine, selon le droit particulier, est célébrée légitimement en un jour et avec un degré différents, elle continuera à être célébrée à l’avenir au même jour et degré qu’elle a eu jusqu’à présent.

Nonobstant toute chose contraire.

De la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le 3 juin 2016, Solennité du Sacré Cœur de Jésus.

Robertus Card. Sarah

Préfet

+ Arturus Roche

Archevêque Secrétaire

Église en sortie 3 juin 2016

Cette semaine à Église en sortie, nous vous présentons une entrevue avec l’abbé Louis-André Naud, prêtre du diocèse de Québec et directeur de l’Office national de liturgie à la CECC. On participe à la procession de la Fête-Dieu dans les rues de Montréal.  Enfin, dans la troisième partie de l’émission nous rencontrons Mgr Yvon Joseph Moreau, évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au Québec et président de la Commission épiscopale pour la liturgie et les sacrements de la CECC pour le secteur francophone qui nous entretient de l’importance de la liturgie dans la vie missionnaire de l’Église.

Le spécialiste des Croix et du port de la croix…

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b pour le Vendredi Saint -Année liturgique C- (25 mars 2016)

Chaque année le Vendredi Saint, nous revivons les événements tragiques de la Passion de notre Sauveur jusqu’à à sa crucifixion sur le Golgotha. Il y a une question lancinante au sujet de cette journée qui a résonné partout dans l’histoire. Sur le Calvaire, au milieu de ce désastre, où était Dieu? Même Jésus le Seigneur a implorée dans ses pleurs, sur le bois de la croix : « Où es-tu? M’as-tu réellement oublié? Pourquoi es-tu sourd à la voix de ma plainte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis » (Psaume 22).

Les lectures profondément émouvantes de la liturgie d’aujourd’hui ne se concentrent pas sur le cadavre de Jésus mais elles vont et viennent délicatement entre Jésus mort et la communauté affligée. Les passages sont remplis de paroles de douleur et d’espérance, de mort et de vie. Dans la lecture de la lettre aux Hébreux (4,14-16; 5,7-9), l’auteur contemple l’agonie de Jésus au jardin en relation avec les sacrifices du temple et le sacerdoce selon les Écritures hébraïques.

Nous découvrons notre Dieu qui permet qu’un Vendredi Saint surviennent: un Dieu-homme qui est toujours fils comme nous en toutes choses, à l’exception du péché. Loin de créer un abîme entre le Christ et nous-mêmes, nos épreuves et nos faiblesses sont devenues les lieux privilégiés de notre rencontre avec Lui et non seulement avec Lui, mais avec Dieu lui-même, grâce à cet homme sur la croix. À partir de maintenant, aucun de nous ne peut s’abaisser dans une situation douloureuse sans trouver le Christ présent à nos côtés.  Si les épreuves de l’existence humaine ont donné au Christ sa position présente proche de Dieu, alors il a été revêtu de gloire et d’honneur pour avoir souffert la mort.

Avec des prières et des larmes silencieuses

Au cours de sa vie terrestre, Jésus a partagé notre chair et notre sang, pleurant avec des prières et des larmes silencieuses. Il a été  entendu à cause de son grand respect. L’Ancien Testament n’a jamais rêvé de se référer au grand prêtre pour se faire lui-même comme ses frères et sœurs, mais au contraire, il était préoccupé de se séparer d’eux. C’est d’autant plus frappant donc qu’aucune distinction n’ait été faite sur un point un point essentiel: aucun texte n’a jamais exigé que le grand prêtre soit exempt du péché. Dans l’Ancien Testament, une attitude de compassion envers les pécheurs semblait être incompatible avec le sacerdoce.

Contrairement aux prêtres du Lévitique, la mort de Jésus était essentielle pour son sacerdoce. Il est un prêtre de compassion. Son autorité nous attire à cause de sa compassion.  L’autorité de ses paroles : son regard pénétrant, aimant pour chacun de nous, la fermeté de sa foi. Ultimement, il existe pour les autres, il existe pour servir. Il a été éprouvé dans tous les aspects comme nous – il connaît toutes nos difficultés ; il est un homme qui a fait ses preuves ; il connaît notre condition de l’intérieur et de l’extérieur – seulement par cela il acquiert une profonde capacité pour la compassion. Comme prêtre, il vécut pour les autres, donna tout de ce monde à la fois triste et beau au Dieu qui l’aima. C’est le seul sacerdoce qui fait une différence, quelquefois.

Si la dernière célébration du repas du Seigneur nous invitait à regarder ce que nous avons fait de notre baptême, et comment nous sommes un peuple eucharistique, la commémoration de la mort de Jésus nous invite à regarder notre propre sacerdoce, le vôtre et le mien, et à nous demander une question aujourd’hui… suis-je une personne sacerdotale comme il a été ? Est-ce que je vis pour les autres ? Le monde est-il un peu moins violent, un peu moins hostile, un peu plus patient, bon et juste, à cause de moi ?

Jésus est la Source de la liturgie chrétienne

Le récit de la Passion de Jean (18,1-19,42) est si chargé liturgiquement que Jésus est vu non seulement comme Dieu, mais aussi comme la source de la liturgie chrétienne : même le sang et l’eau qui jaillissent de son côté blessé. Nous sommes invités à réaliser très profondément la tragédie de la mort de Jésus dans le contexte de nos propres épreuves, douleurs et morts. La croix est un signe de contradiction, un signe de victoire, et nous regardons la croix et la réponse dans la foi au message de vie qui coule d’elle, un message qui nous apporte guérison et réconciliation.

Des questions lancinantes subsistent au sujet de la signification de la crucifixion de Jésus. Comment le ‘Hosanna » du Dimanche des Rameaux tourne-t-il au « Crucifie-le » du Vendredi Saint ? La foule se retourne comme un seul homme et insiste pour sa mise à mort avec une détermination empreinte d’irrationalité collective. S’il était un Zélote ou un pharisien ou un simple paysan ou un soldat romain, ou un officiel du Sanhédrin, si le roi Hérode ou Ponce Pilate, ils sont tous venus ensemble hors de leur préoccupation  pour trouver une mesure de paix par l’intermédiaire de ce bouc-émissaire. C’est dans la foule que se trouve la place universelle de la croix. La question n’est pas qui a tué Jésus mais qu’est ce qui a tué Jésus… et quels cercles vicieux de violence continuent à le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine ? [Read more…]

Commentaire sur la nouvelle liturgie du lavement des pieds

Voici un commentaire de Mgr Arthur Roche, secrétaire de la congrégation pour le culte divin, sur le nouveau décret publié le 21 janvier 2016:

Je vous ai donné l’exemple 

Avec le décret In Missa in cena Domini, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, par disposition du Pape, a retouché la rubrique du Missale Romanum concernant le lavement des pieds (p. 300 n. 11), geste lié de diverses manières depuis des siècles au Jeudi Saint et qui, dans la réforme de la Semaine sainte de 1955, peut se faire aussi dans la Messe du soir qui inaugure le Triduum Pascal.

Eclairé par l’évangile de Jean, le rite présente traditionnellement un double aspect: imitation de ce que Jésus a fait dans le Cénacle en lavant les pieds aux apôtres, et expression du don de soi signifié par ce geste du serviteur. Non sans raison il était appelé Mandatum, selon l’incipit de la première antienne qui l’accompagnait : «Mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos, dicit Dominus» (Jn 13,14). Le commandement de l’amour fraternel, en effet, engage tous les disciples de Jésus, sans aucune distinction ou exception.

Dans un ancien ordo du VIIème siècle on pouvait déjà lire : «Pontifex suis cubicularibus pedes lavat et unusquisque clericorum in domo sua». Appliqué de manière différente dans divers diocèses et abbayes, ce geste est attesté aussi dans le Pontifical Romain du XIIème siècle, après les Vêpres du Jeudi Saint, et dans les usages de la Curie Romaine du XIIIème siècle («facit mandatum duodecim subdiaconos»). Le Mandatum est ainsi décrit dans le Missale Romanum de saint Pie V (1570) : «Post denudationem altarium, hora competenti, facto signo cum tabula, conveniunt clerici ad faciendum mandatum. Maior abluit pedes minoribus: tergit et osculatur». Il se déroule au chant des antiennes, dont la dernière est Ubi caritas, et se termine par le Pater noster et par une oraison qui associe le commandement du service avec la purification des péchés : «Adesto Domine, quæsumus, officio servitutis nostræ: et quia tu discipulis tuis pedes lavare dignatus es, ne despicias opera manuum tuarum, quæ nobis retinenda mandasti: ut sicut hic nobis, et a nobis exteriora abluuntur inquinamenta; sic a te omnium nostrum interiora laventur peccata. Quod ipse præstare digneris, qui vivis et regnas, Deus, per omnia sæcula sæculorum». L’action est réservée au clergé («conveniunt clerici»), et elle est éclairée par l’évangile qui a été entendu à la Messe du matin; la non indication du nombre “douze” semblerait faire penser qu’il ne faut pas seulement mimer ce que Jésus a fait au Cénacle, mais encore mettre en pratique sa valeur exemplaire, qui est toujours actuelle pour les disciples.

La description « De mandato seu lotione pedum » dans le Cæremoniale Episcoporum de 1600 est plus détaillée. On mentionne la coutume de l’Evêque (après les Vêpres ou au repas du midi, dans l’église ou dans la salle capitulaire ou dans un lieu idoine) de laver, essuyer et baiser les pieds à « treize » pauvres, après les avoir vêtus et nourris et en ajoutant à la fin une aumône, ou bien à treize chanoines, et cela selon les habitudes locales et la volonté de l’Evêque, qui peut préférer des pauvres même là où c’est l’habitude que ce soit des chanoines : «videtur enim eo pacto maiorem humilitatem, et charitatem præ se ferre, quam lavare pedes Canonicis». Réservé donc au clergé, sans exclure les usages locaux qui contemplent des pauvres ou des enfants (par exemple dans le Missale Parisiense), le lavement des pieds est vraiment un geste significatif, mais pas pour l’ensemble du peuple de Dieu. Le Cæremoniale Episcoporum la prescrivait expressément pour les cathédrales et les collégiales.

Avec la réforme de Pie XII, qui a reporté la Missa in cena Domini en soirée, le lavement des pieds, pour des motifs pastoraux, peut se faire à l’intérieur de cette même Messe, après l’homélie, pour « duodecim viros selectos », disposés « in medio presbyterii vel in ipsa aula ecclesiæ » : à ceux-ci le célébrant lave et essuie les pieds (on ne parle plus du baiser). Le rite a désormais outrepassé le sens plutôt clérical et réservé ; il se déroule devant l’assemblée et l’indication de « douze hommes » le rend plus explicitement un signe imitatif, presqu’une représentation sacrée, qui aide à garder en mémoire ce que Jésus a accompli au premier Jeudi Saint.

Le Missale Romanum de 1970 a repris le rite réformé depuis peu, en simplifiant certains éléments : on omet le nombre « douze », on dit qu’il se déroule « in loco apto », on délaisse une antienne et on en allège d’autres, on assigne Ubi caritas à la procession des dons, on exclut la partie conclusive (Pater noster, verset et oraison), héritage d’un acte distinct qui s’accomplissait hors de la Messe. Toutefois, il demeure réservé aux seuls « hommes » pour la valeur mimétique.

Le changement actuel prévoit que soient désignées des personnes choisies parmi tous les membres du peuple de Dieu. La valeur du geste est reportée désormais pas tant à l’imitation extérieure de ce que Jésus a fait, mais plutôt à la signification de ce qu’il a accompli avec une portée universelle, c’est-à-dire le don de soi « jusqu’au bout » pour le salut du genre humain, sa charité qui embrasse tous et rend tous frères par la pratique de son exemple. L’exemplum qu’il nous a donné afin que nous aussi nous fassions comme lui (cf. Jn 13,14-15) va au-delà, en effet, de l’acte de laver physiquement les pieds de l’autre, pour englober tout ce qu’un tel geste exprime en service d’amour tangible pour le prochain. Toutes les antiennes proposées dans le Missale durant le lavement des pieds rappellent et illustrent ce sens du geste, que ce soit pour celui qui le pose que pour celui qui le reçoit, pour celui qui le suit avec le regard et l’intériorise par le moyen du chant.

Le lavement des pieds n’est pas obligatoire dans la Missa in cena Domini. Ce sont les pasteurs à devoir en évaluer la convenance, selon les circonstances et les motifs pastoraux, de manière à ce qu’il ne devienne pas presque automatique ou artificiel, privé de signification et réduit à un simple élément scénique. Il ne doit pas non plus devenir important au point de catalyser toute l’attention de la Messe de la Cène du Seigneur, célébrée le « jour très saint où notre Seigneur Jésus Christ fut livré pour nous » (Communicantes propre du Canon Romain) ; dans les indications pour l’homélie, le Missel Romain rappelle la particularité de cette Messe, commémorative de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce, ainsi que du commandement du Seigneur sur la charité fraternelle, qui est la loi suprême pour tous et envers tous dans l’Eglise.

Il appartient aux pasteurs de choisir un petit groupe de personne qui représente tout le peuple de Dieu – laïcs, ministres ordonnés, époux, célibataires, religieux, personnes saines et malades, enfants, jeunes et personnes âgées – et non pas une seule catégorie ou condition. Il revient à ceux qui sont choisis d’offrir leur propre disponibilité avec simplicité, et finalement, il appartient è ceux qui organisent les célébrations liturgiques de préparer et disposer chaque chose pour aider tous et chacun à participer d’une manière fructueuse à ce moment : c’est la vie de chaque disciple du Seigneur, l’anamnèse du « commandement nouveau » entendu dans l’Evangile.

Arthur Roche Archevêque,

Secrétaire de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements.

 

Découvrir la possibilité de l’impossible

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 4e dimanche de l’Avent C

Le récit de l’enfance de l’évangile de Luc contient certaines des scènes bibliques les plus touchantes et les mieux connues du Nouveau Testament. Non seulement l’annonce des débuts du Baptiste précède celle de Jésus (1, 5-24), mais la naissance de Jean le Baptiste précède la naissance de Jésus (1, 26-38). L’annonce à Marie de la naissance de Jésus (Lc 1, 39-45) est parallèle à l’annonce à Zacharie de la naissance de Jean. Dans les deux histoires, l’ange Gabriel apparaît à l’un des parents qui est troublé par la vision (Luc 1, 11-12, 26-29), puis l’ange dit de ne pas avoir peur (Luc 1, 13, 30). Après l’annonce (Luc 1, 14-17, 31-33), le parent fait une objection (Luc 1, 18, 34) et un signe est donné afin de confirmer l’annonce (Luc 1, 20, 36). Le focus de l’annonce de la naissance de Jésus porte sur son identité de Fils de David (Luc 1, 32-33) et Fils de Dieu (Luc 1, 32, 35).

Dans la scène très intime de la visitation de Marie à Élisabeth (1, 39-45), le Précurseur et le Seigneur sont cachés l’un de l’autre, ils ne peuvent se voir. Pourtant, avant même que les deux femmes s’embrassent, Jean tressaillit d’allégresse dans le ventre de sa mère, ayant reconnu la présence du Seigneur et du Messie dans le sein de Marie. Les deux naissances sont saluées par deux beaux cantiques: le Benedictus chanté par Zacharie, père de Jean-Baptiste à la naissance de son fils (1, 68-79) et le Nunc Dimittis proclamé par Siméon, l’homme «juste et pieux» dans le temple de Jérusalem, alors qu’il prend l’enfant Jésus dans ses bras (2, 22-35).

Les deux femmes enceintes de l’évangile de ce dernier dimanche de l’Avent, Marie et Élisabeth, reconnurent des signes de Dieu chez l’une et l’autre. Pour expliquer à Marie sa conception virginale, l’ange Gabriel lui offrit l’exemple d’Élisabeth: «Sache que ta cousine Élisabeth va concevoir un fils dans sa vieillesse, elle qui était considérée comme stérile est maintenant à son sixième mois, car rien n’est impossible à Dieu» (Luc 1, 36). Par le mouvement de l’enfant dans son ventre à l’arrivée de Marie, Elisabeth saisit aussi que quelque chose d’extraordinaire se passait. « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? » Chacune des femmes expérimente en elle la possibilité de l’impossible.

La visitation de Marie à Elisabeth s’est avérée être une visitation divine, l’arche de Dieu qui n’apporte pas la terreur mais la bénédiction qu’il a faite de la maison d’Obed-Edom de Gath (I Samuel 6, 9-11). Contrairement à Sarah, qui avait ri à l’idée qu’elle pourrait concevoir et mettre au monde un enfant d’Abraham dans sa vieillesse (Genèse 18, 12) et, contrairement à Zacharie, son mari, qui avait été frappée de stupeur pour mettre en doute la puissance de Dieu dans cette affaire ( Luc 1:8-20), Élisabeth rend grâce à Dieu et demeure confiante en sa providence: « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, lorsqu’il a daigné mettre fin à ce qui faisait ma honte aux yeux des hommes. » (Luc 1, 25). Marie, pour sa part, mérite d’être acclamée par Élisabeth comme « celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Bien que Marie soit louée pour être la mère du Seigneur et à cause de sa foi, elle réagit comme le serviteur d’un psaume de louange, le Magnificat. Le « Magnificat » célèbre les merveilles de la grâce de Dieu dans la vie non seulement de ces deux femmes de l’Avent, mais de tous ceux pour qui « le Puissant a fait des merveilles » (Luc 1:49).

Il y a deux aspects de la scène de la Visitation à considérer. Le premier est que tout intérêt personnel de Marie ou d’Élisabeth est mis de côté. Toutes deux avaient de bonnes raisons d’être très préoccupées par leur grossesse et tout ce qu’apporte une nouvelle vie. Les deux femmes avaient le droit de se concentrer sur elles-mêmes pendant un certain temps alors qu’elles apportaient des ajustements radicaux à leur vie quotidienne. Marie tend la main vers sa cousine pour l’aider et être aidée par elle. Ces deux grandes femmes bibliques se sont consolées entre elles, ont partagé leurs histoires, au moment où elles firent l’expérience d’une vie nouvelle en elles : Élisabeth après ses longues années de stérilité avec cette grossesse subite, et Marie, après sa rencontre avec le messager céleste, créant une situation maritale et une grossesse toutes deux « irrégulières ».

Le deuxième point à considérer est la réponse et la rapidité de Marie. Luc nous raconte qu’elle s’est engagée «en hâte» pour un long et périlleux voyage de Nazareth à un village situé dans les montagnes de Judée. Elle savait bien ce qu’elle voulait et rien ni personne ne pouvait l’arrêter. Dans son commentaire de l’Evangile de Luc, saint Ambroise de Milan décrit cette précipitation avec une expression latine complexe, « nescit tarda molimina Spiritus Sancti gratia » qui pourrait signifier: «la grâce de l’Esprit Saint ne connaît pas les efforts que l’on reporte sans cesse» ou
«les efforts reportés sont étrangers à la grâce de l’Esprit Saint ». Le choix libre de Marie d’aller de l’avant reflète une décision prise au plus profond de son cœur, suivie d’une action immédiate.

Combien de choses dans notre vie avons-nous rêvé de faire, aurions-nous dû faire, et n’avons jamais faites – des lettres à écrire, des rêves qui auraient dû être réalisés, la gratitude qui n’a pas été exprimée, l’affection qui n’a jamais été montrée, des mots qui auraient dû être prononcés? Les reports et les retards nous pèsent, nous fatiguent et nous découragent. Ils nous rongent. Combien est vraie la parole de saint Ambroise lorsqu’il décrit l’empressement de Marie: l’Esprit s’empara complètement de la Vierge fille de Nazareth, et l’obligea à agir.

L’histoire de la Visitation nous enseigne une leçon importante: quand le Christ se développe à l’intérieur de nous, nous sommes conduits vers des personnes, des lieux et des situations dont nous n’avons jamais rêvé. Nous allons porter des paroles de consolation et d’espérance qui ne sont pas les nôtres. Dans l’acte même de consoler les autres, nous serons consolés. Nous serons en paix, recueillis, car nous savons qu’aussi insignifiants que puissent nous paraître notre vie et nos problèmes, le Christ se sert d’eux pour prendre forme en nous. [Read more…]

Ceux qui veillent dans l’attente du Christ

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Réflexion du père Thomas Rosica c.s.b. pour le premier dimanche de l’Avent, année liturgique C ( 29 novembre 2015)

Nous avons parfois l’impression que le monde s’écroule autour de nous. Nos problèmes nous paraissent insurmontables. Lorsque je me trouve dans cet était,  je me remémore avec gratitude des paroles des héros de la Révolution de velours qui ont contribué à la chute du communisme, à la fin des années quatre-vingts. Je chéris les paroles d’espérance de l’ancien président tchèque Vaclav Havel durant son emprisonnement.

Ces paroles ont capté l’imaginaire de tant de gens alors qu’ils étaient enfin témoins de la dissolution du régime communiste :

L’Espoir est totalement distinct de l’optimisme. Ce n’est pas la conviction qu’une chose aura une issue favorable, mais la certitude que cette chose a un sens, quoi qu’il advienne. En somme, je pense que l’espoir, dans son sens fort profond, est la seule chose qui puisse nous garder la tête hors de l’eau et nous inciter à accomplir de bonnes œuvres. Puis elle est la seule véritable source de cette dimension étonnante de l’esprit humain et ses efforts surgissent comme s’ils étaient « d’ailleurs ».

Je m’intéresse également aux sections des vertus théologales du Catéchisme de l’Église Catholique  particulièrement les paragraphes sur l’espérance. J’ai été particulièrement touché par les pensées énoncées au nº 1818 du Catéchisme :

La vertu d’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux; elle protège du découragement; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité.

Les adeptes au quotidien de Jésus

De telles réflexions sont importantes pour nous cette année alors que nous entamons la saison de l’Avent avec grand éclat par l’extrait de Luc sur la fin des temps. Dans l’Évangile d’aujourd’hui (21, 25-28; 34-36) nous pouvons voir, entendre et ressentir le discours eschatologique de Marc 13. La véritable destruction de Jérusalem par les Romains en 70 av. J.-C. vers laquelle se retourne Luc et sa communauté (Lc 21, 20-24) leur offre un certain confort, car l’annonce de la rédemption finale sera réalisée tout comme la prédiction de Jésus de la destruction de Jérusalem (21,27 -28).

Luc l’évangéliste a apporté des changements importants aux descriptions de la fin des temps de Marc. Luc maintient les premières prédictions de la fin des temps, mais se faisant avec une attention particulière à travers l’Évangile sur l’adhésion quotidienne à Jésus et la réinterprétation du sens attribué à certains signes de la fin  des temps dans Marc 13, il se réconcilie avec la situation qui semblait  être le retard de la Parousia (deuxième avènement) à la communauté chrétienne des origines. En ce qui concerne la persécution des disciples (21, 12-19) et la destruction de Jérusalem (21,20-24), Luc souligne les signes eschatologiques déjà accomplis.

L’essentiel du message du Christianisme ne réside pas dans la connaissance de tous les détails de la fin du monde. En fait, il y a très peu de détails précis sur l’avenir dans les prédications de Jésus sauf le fait que Dieu atteindra son but ultime et il le fera par Jésus. Lorsque mes étudiants me posaient des questions au sujet du deuxième avènement, je leur disais toujours que je m’attendais à une grande surprise comme l’était le premier. Mais cela se trouve entre les mains de Dieu. Il fera advenir son Royaume et c’est bien ce qui importe.

Irréprochable dans la sainteté

Dans la deuxième lecture de la première lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens (3, 12 – 4, 2), nous observons Paul, quelque 20 ans après la mort et la résurrection de Jésus, qui tente de renforcer les convictions de ses convertis thessaloniciens envers leur nouvelle foi.  Pour Paul, la Parousia ou le second avènement est essentiel au message chrétien. Sans cette venue, le récit du salut demeurerait incomplet. Paul croyait que la Parousie était imminente, mais elle nécessitait une préparation. Paul a demandé deux choses : (1) une augmentation de l’amour mutuel et universel et (2) l’accomplissement de l’objectif chrétien. Ce but étant la sainteté par l’expression d’un intérêt par amour l’un pour l’autre. Cette sainteté peut-être atteinte par des gestes ordinaires de bonté, de gentillesse, de charité et d’espérance posés au quotidien. [Read more…]