Que fait Dieu face au mal ?

Une réflexion pour le cinquième dimanche du Carême

La question est souvent posée : « Si Dieu est bon, pourquoi le mal existe-il dans le monde ? ». Souvent ce dilemme est même employé comme un preuve que Dieu n’existe pas – si Dieu est infiniment bon et tout-puissant, ne peut-il pas empêcher tout ce qui est mauvais ?

L’Évangile du cinquième dimanche de Carême (Jean 11,1-45) éclaire cette question qui hante l’humanité depuis des siècles. Que fait Dieu face au mal ? Quelle est Sa réaction face à la souffrance ?

Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus vient de fuir la Judée où les juifs ont tenté de Le lapider à mort. Là, sur l’autre côté du Jourdain, Il reçoit des nouvelles de Marie et Marthe de Béthanie, deux milles à peine de Jérusalem au cœur de la Judée. Elles font passer un mot à propos de leur frère Lazare, ami intime de Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ». Jésus rassure Ses disciples en disant : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu… » Après deux jours, Jésus leur dit : « Revenons en Judée… Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil ». Les disciples protestent et répliquent que si Lazare est simplement endormi, tout va bien. Jésus précise : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »

Arrivé à Béthanie, Jésus apprend que Lazare est déjà au tombeau depuis quatre jours. Marie et Marthe sont tout naturellement désemparées et dévastées. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Jésus lui dit, « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répond : « Oui, Seigneur, je le crois ». Puis elle appelle Marie, qui adresse à Jésus les mêmes paroles que celles dites par sa sœur : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ». Ensuite, elle se met à pleurer aux pieds de Jésus. Ceux qui sont venus avec elle pleurent aussi. L’Évangile nous raconte que Jésus « en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé ». Il demande : « Où l’avez-vous déposé ? » Puis, Jésus se mit à pleurer.

Jésus les accompagne au tombeau. Il donne l’ordre d’enlever la pierre. L’Évangile dit qu’il sentait déjà ; le corps de Lazare avait déjà commencé à se décomposer. Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Lazare sortit, les mains et les pieds liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller ».

Que voyons-nous dans la réaction de Jésus à cette situation ?

Jésus est informé que Lazare est malade. Jésus dit que cette maladie ne conduit pas à la mort. Deux jours après, sans aucune autre nouvelle de Marie et Marthe, Jésus sait que Lazare est mort et se met en route afin de le tirer de ce sommeil. Au début  Jésus a-t-il sous-estimé la maladie de Lazare? Sûrement pas. Jésus sait que Lazare mourra de cette maladie, mais Il dit quand même, « cette maladie ne conduit pas à la mort ».

Que signifie cela pour nous ? Jésus sait que Lazare mourra, mais Il sait aussi que la mort n’aura pas le dernier mot. Il y a quelque chose de plus grand que sa maladie. Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais à la résurrection.

Jésus se risque en Judée avec l’intention formelle de ressusciter Lazare. Il n’a aucun doute. Arrivé à Béthanie, Il proclame à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » Jésus sait qu’Il ressuscitera Lazare. Tout de suite après, Jésus rencontre Marie, et Il pleure. Pourquoi ?

Jésus ne se met pas à pleurer parce qu’Il a perdu toute espérance. Il ne se met pas à pleurer parce que Lazare est éternellement perdu. Il ne se met pas à pleurer parce qu’ Il ne verra plus Son ami. Jésus sait que Lazare sera ressuscité.

Au contraire, Jésus se met à pleurer à cause de la souffrance de Marie et de Marthe. Il ne se met pas à pleurer parce que leur souffrance est désespérée ni parce que leur souffrance n’a aucun sens. Jésus sait que leur tristesse se transformera en joie lorsqu’Il ressuscitera leur frère de la mort. Pourtant Jésus pleure quand même. Il est saisi d’émotion, Il est bouleversé et Il pleure.

Dieu n’est pas aveugle à notre souffrance. Il voit notre douleur, notre chagrin, et nos soucis. Il voit le mal dans le monde. Il voit les enfants qui n’ont rien à manger. Il voit les familles brisées par la haine et la discorde. Il voit les bébés nés avec des graves maladies. Il voit les personnes prises par la dépendance. Il voit les personnes qui sont abusées et maltraitées. Il voit notre tristesse à la perte d’êtres chers. Et Il pleure. Dieu pleure face à notre souffrance. Il nous aime comme Jésus a aimé Lazare. Il est saisi d’émotion et Il est bouleversé. Mais Sa réponse ne se termine pas par Ses larmes. Sinon, la souffrance, le mal, la mort auraient le dernier mot.

Au contraire, Dieu veut nous faire sortir des tombeaux qui nous étouffent. Il veut nous délier et nous rendre libres. Et c’est justement cela qu’Il fait. C’est la raison pour laquelle Jésus est venu. Non seulement du Jourdain jusqu’à la Judée, mais aussi du ciel jusqu’à la terre. Et cela non seulement pour ramener Lazare à la vie et le sortir du tombeau après quatre jours, mais aussi pour nous ramener à la vie, nous sortir de notre souffrance, de notre tristesse, de nos douleurs, et finalement pour nous ressusciter nous aussi de la mort à la vie éternelle. Jésus est la résurrection et la vie. Il vient nous ressusciter et nous donner la vie éternellement.

Peu importe combien de temps nous avons été enfermés dans le tombeau, peu importe à quel point la situation est grave ou le problème sérieux – peu importe même si ça sent –, Dieu aura toujours le dernier mot. Cela peut nous paraître peu clair. Cela peut nous conduire à dire avec Marthe et Marie : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. ». Il est possible que la peine dure ou que la blessure demeure. Mais Dieu voit. Dieu sait. Notre peine ne Lui est pas étrangère. Il pleure avec nous. Il nous donne l’espérance face à nos blessures. Il dit à notre sujet ce qu’Il a dit aux disciples à propos de Lazare : « Allons auprès de lui ! », « Allons auprès d’elle ! ». Il vient et Il se tient debout aux pieds de notre tombeau afin de nous ressusciter. Écoutons Sa voix lorsqu’Il crie fortement notre nom ! Alors, nous aussi, nous ressusciterons de la profondeur de la mort. Face au mal, face à la souffrance, Dieu pleure et Il vient nous ramener de la mort à la vie.

« Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai sortir. »

Cinquième dimanche du Carême, Année A – 2 avril 2017

Ézéchiel 37,12-14
Romains 8,8-11
Jean 11,1-45

La vision dramatique d’Ézéchiel et la nôtre

La première lecture d’aujourd’hui, tirée d’Ézéchiel 37, 12-14, est la grande vision de la vallée des ossements desséchés, l’un des tableaux les plus spectaculaires de toute la littérature biblique. En voici le contexte historique : elle remonte au début du sixième siècle avant Jésus Christ, quand la main du Seigneur vint sur Ézéchiel alors que les Juifs étaient en captivité à Babylone. Depuis environ 150 ans, la situation politique du peuple juif déclinait. Le point tournant survint en 587 avant J.C. avec la catastrophe finale de la défaite et le début du grand exil du peuple juif, désespéré et impuissant face au sort qui s’abattait sur lui. C’est dans le cadre de ces événements que se déploie la vision dramatique d’Ézéchiel : on y voit les ossements blanchis d’une armée que les oiseaux de proie ont fini de décharner. Incroyable champ de batille, couvert de cadavres laissés à l’abandon ! Imaginez l’odeur de mort et de putréfaction !

Réticent, le prophète Ézéchiel reçoit de Dieu l’ordre de prophétiser sur ces ossements, de les ramener à la vie. Avec le secours d’un puissant tremblement de terre, les os se rejoignent l’un à l’autre dans une immense rumeur. Les tendons se reconnectent, la chair puis la peau viennent revêtir les cadavres. Le souffle, « ruah », l’Esprit de Dieu vient des quatre extrémités de la terre et les corps flasques « reprennent vie, se dressent sur leurs pieds – c’est une immense armée ». Alors qu’aujourd’hui, nous voyons dans cette scène la préfiguration de la résurrection des morts, les Juifs du temps d’Ézéchiel ne croyaient pas à une telle conception de l’au-delà. Pour eux, l’immense armée ressuscitée représentait l’ensemble du peuple juif : les survivants du royaume du Nord qui avaient cherché refuge en Assyrie, les paysans qui étaient encore sur place et les exilés de Babylone. Ils allaient se regrouper, former de nouveau un peuple, habiter leur propre pays, et ils sauraient dorénavant que c’était là l’œuvre du seul vrai Dieu.

Au fil des siècles, les chrétiens ont proclamé ce texte pendant la liturgie de la nuit pascale en accueillant de nouveaux membres dans l’Église. Le témoignage puissant d’Ézéchiel offre une image bouleversante de la force de régénération, de restauration et de renouveau du Dieu d’Israël, en cette vie et pour toute l’éternité. À travers les siècles, les croyantes et les croyants au Dieu et Père d’Abraham, d’Isaac et de Jésus ont repris courage grâce à la vision d’Ézéchiel; c’est que nous croyons qu’elle raconte aussi notre histoire à nous. Nous croyons en la puissance du pardon de Dieu, en la capacité du Christ et de la tradition catholique de nous redonner la vie et de nous conduire à la vie alors même que tout autour de nous semble annoncer la nuit, les ténèbres, la mort, la dissolution et le désespoir.

La vie chrétienne est un défi constant

Nous apprenons, écrit saint Paul à la communauté de Rome (8, 8-11), que par la croix de Jésus Christ Dieu a brisé le pouvoir du péché et prononcé sur lui le jugement (v. 3). Les chrétiens n’échappent pas à la chair mais celle-ci est devenue étrangère à leur être nouveau, qui est la vie dans l’esprit : moi nouveau gouverné par l’Esprit Saint. Sous la direction de l’Esprit Saint, les chrétiens peuvent accomplir la volonté divine, qui s’exprimait jusque-là dans la loi (Romains 8,4). Le même Esprit qui redonne vie aux chrétiens pour la sainteté ressuscitera aussi leur corps au dernier jour (v. 11) La vie chrétienne est donc l’expérience d’un défi constant car il s’agit de tuer les désordres du corps grâce à la vie de l’esprit (v. 13).

Le don que fait Jésus de la vie entraîne sa propre mort

Texte riche en émotions que l’Évangile d’aujourd’hui. La résurrection de Lazare, le récit le plus long de tout l’Évangile de Jean (11, 1-44) en dehors du texte de la passion, représente le point culminant des signes de Jésus. L’épisode se situe peu avant que Jésus ne soit capturé, jugé et crucifié. C’est l’événement qui influence le plus directement sa condamnation par ceux qui cherchent à le tuer. L’ironie johannique souligne que c’est le don que fait Jésus de la vie qui entraîne sa propre mort. Jésus savait que son ami Lazare était malade mais il n’est pas venu faire de guérison. En fait, il a attendu plusieurs jours après la mort de Lazare; entre-temps il donnait à ses disciples un enseignement sur la lumière – doctrine incompréhensible devant la maladie grave et la mort mais qui prend tout son sens à la lumière de la résurrection de Lazare et de celle du Christ.

Jésus déclare à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (v. 25). Et il ajoute : « Crois-tu cela ? » (v. 26) Le Seigneur nous presse de répondre, comme l’a fait Marthe : « Oui, Seigneur, nous aussi, nous croyons, malgré nos doutes et nos ténèbres; nous croyons en toi, parce que tu as les paroles de la vie éternelle; nous voulons croire en toi, qui nous donnes une espérance crédible en la vie après la vie, en une vie pleine et authentique dans ton royaume de lumière et de paix. »

Seigneur, si seulement tu avais été là …

Combien de fois, comme Marthe et Marie, nous avons murmuré ces mêmes paroles de douleur et de désespoir : Seigneur, si seulement tu avais été là (v. 32), mon frère… ma sœur, ma mère, mon père ou mon ami ne serait pas mort. » Mais le récit débordant d’émotions de l’Évangile de Jean nous dit quel Dieu nous avons… un Dieu « bouleversé d’une émotion profonde ». Le mot grec employé ici pour décrire la réaction instinctive de Jésus, au verset 33, signifie qu’il a la gorge serrée. C’est une expression étonnante en grec qui se traduit littéralement : « il râle, il grogne en esprit », peut-être de colère en présence du mal (la mort). Nous voyons le Seigneur pleurer au tombeau de son ami Lazare; un Sauveur profondément ému de voir la douleur et le deuil de tant d’amis de Marthe, de Marie et de Lazare. La phrase la plus courte de toute la Bible se trouve dans ce passage : alors Jésus pleura (v. 35).

Jésus nous révèle un Dieu qui fait un avec nous dans la souffrance, le deuil et la mort… un Dieu qui pleure avec nous. Dieu n’intervient pas pour prévenir les tragédies et les souffrances de la vie. Si nous avions un dieu parachuté, sorte de « deus ex machina » survenant au dernier moment pour empêcher la tragédie et le péché, la religion et la foi ne seraient plus qu’une sorte de magie ou de fatalité et nous ne serions que des pions sans ressources sur l’échiquier d’un dieu capricieux. Où est Dieu au milieu des tragédies humaines ? Dieu est là, en plein dedans, et il pleure. C’est notre Dieu, profondément, humainement solidaire, qui dans la gloire de l’Incarnation embrasse totalement notre condition humaine.

La mort du cœur et de l’esprit

Le récit de la résurrection de Lazare nous parle aussi d’un autre genre de mort. Nous pouvons être morts même avant de mourir, alors que nous sommes encore en cette vie. Je ne parle pas ici de la mort de l’âme causée par le péché mais plutôt d’une mort qui prend la forme d’une absence d’énergie, d’espoir, d’envie de se battre et de continuer à vivre. Nous qualifions souvent cette réalité de mort du cœur ou de mort spirituelle. Bien des gens sont enchaînés par cette sorte de mort, jour après jour, à cause des circonstances tragiques et affligeantes de leur vie. Qui pourra jamais renverser cette situation et nous rappeler à la vie, nous redonner l’énergie, nous libérer des tombeaux qui nous enchaînent ? Qui pourra opérer cette réanimation cardio-respiratoire et nous arracher au désespoir ?

Pour certaines afflictions, il n’existe pas de remède humain. Les paroles d’encouragement échouent très souvent à provoquer le moindre changement. Dans bien des cas, les personnes qui se retrouvent dans cet état sont incapables de faire quoi que ce soit; elles ne peuvent même pas prier. Elles sont comme Lazare au tombeau. Il faut que d’autres fassent quelque chose pour elles. Jésus dit un jour à ses disciples : « guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Matthieu 10,8). Les sept œuvres de miséricorde corporelle consistent à nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir les dénudés, héberger les sans-logis, visiter les prisonniers, visiter les malades et ensevelir les morts. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous dit qu’il nous faut, en plus, « ressusciter les morts ».

Seul celui qui a pénétré dans le royaume de la mort pour affronter la mort elle-même en combat singulier peut donner la vie à ceux qui sont morts. En racontant la résurrection de Lazare, Jean en fait un signe qui transforme la tragédie en espérance. La maladie et la mort de Lazare sont pour la gloire de Dieu l’occasion de se manifester. Comme chrétiens, nous ne nous attendons pas à échapper à la mort; mais nous l’approchons avec la foi en la résurrection.

Les conséquences de la foi en la résurrection

Faisant allusion à l’histoire de Lazare dans son Message du Carême 2011, le pape Benoît a écrit :

Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: « Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu ? » (Jean 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde » (v.27).

La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

Vivre le Carême cette semaine

1. C’est immédiatement avant sa propre mort et résurrection que Jésus proclame les paroles qui sont au cœur de l’Évangile d’aujourd’hui : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25). Un évêque du quatrième siècle, Grégoire de Nazianze (328-389), commentait ainsi le miracle de Béthanie qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus. Méditez sur ces paroles touchantes de saint Grégoire.

Il prie mais il entend la prière. Il pleure mais il sèche les larmes.
Il demande où on a déposé Lazare parce qu’il était un être humain;
et il ressuscite Lazare parce qu’Il est Dieu.
Tel un agneau, il est conduit à l’abattoir,
mais il est le Pasteur d’Israël et maintenant du monde entier.
Il est meurtri et blessé,
mais il guérit toutes les maladies et les infirmités.
Il est dressé, cloué au bois de l’arbre,
mais par l’arbre de vie il nous restaure…
Il donne sa vie,
mais il a le pouvoir de la reprendre;
et le voile se déchire, car les portes mystérieuses du paradis se sont ouvertes;
et les rochers se fendent et les morts se relèvent.
Il meurt mais il donne la vie, et sa mort détruit la mort.
Il est enseveli mais il ressuscite.

2. Regardez autour de vous et trouvez une ou deux personnes aux prises avec la mort, en particulier la mort du cœur et de l’esprit, des gens qui ont perdu la volonté et le goût de vivre par suite des épreuves qu’elles ont subies. Allez à elles, et que votre parole ranime leur esprit, réveille leur âme, brise leurs liens et les libère.

Message du pape François pour le Carême 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral du message du pape François pour le Carême 2017:

La Parole est un don. L’autre est un don.

Chers Frères et Sœurs,
Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la

Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

2. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

3. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant
qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

FRANÇOIS [00196-FR.01] [Texte original: Français]

Dives et Lazare: une histoire de relation personnelle

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Vingt-sixième dimanche du Temps ordinaire, Année C – 25 septembre 2016

Amos 6,1a.4-7
1 Timothée 6,11-16
Luc 16,19-31

Dans la première lecture d’aujourd’hui [Am 6,1a.4-7], le prophète Amos est extrêmement sérieux au sujet des gens complaisants qui se choient au dépens des autres et qui ont perdu l’intérêt aux souffrances de leur prochains. Amos est un grand champion des pauvres. Les riches désœuvrés constituent la cible de sa colère, principalement parce que leur consommation ostensible de friandises s’effectue toujours aux dépens de ceux qui manquent même du strict minimum. Les « agneaux enlevés du troupeau, et les veaux de la stalle » desquels ils se régalent sont supposés être épargnés pour servir de sacrifice au Seigneur ; ainsi, ils ajoutent le sacrilège à leur péché de gloutonnerie. Ils ne lamentent pas l’écroulement de Joseph (c.à.d. de l’intégralité de la nation) ; En effet, ils y contribuent.

La scène entière de la lecture d’aujourd’hui capitalise sur les stéréotypes que l’on reconnait même de nos jours. Toutefois, il n’y a rien d’exagéré concernant la promesse de la rétribution divine – pas pour le simple excès et la complaisance envers soi-même mais la négligence des affamés et des pauvres. Quoique la révolution sociale inhérente au christianisme est prévue pour l’au-delà, elle commence ici : « Dieu abaisse les puissants et exalte les humbles » Cette inversion est déclenchée par Dieu : les humbles seront exaltés ; les exaltés seront abaissés.

Une étude en contrastes

Dans l’évangile de ce dimanche, (Luc 16,19-31) la parabole provocatrice du riche et de Lazare illustre encore une fois la préoccupation de Luc avec l’attitude de Jésus envers les riches et les pauvres. La parabole présente une étude remarquable en contrastes. Le manuscrit grec de Luc qui date de 175– 225 ap. J.-C. inscrit le nom du riche sous une forme abrégée de « Ninive, » mais les récits qui étayent ce manuscrit sont presque inexistants. « Dives » du latin démotique est la traduction latine pour désigner « richard. »

La vie de Dives était consumée dans l’égocentrisme. Il est tiré à quatre épingles, mange bien, vit une vie de débauche chaque jour. Il est « in ». Sa vie est comblée par tout ce qu’une personne peut désirer et pourtant il n’avait pas éprouvé de compassion pour les pauvres ni pour personne excepté lui-même. Ses valeurs étaient fondées sur l’appât de gains terrestres et sur la fortune. Le richard n’éprouvait aucun désir de servir Dieu ni même le besoin de la direction de Dieu. L’unique besoin qu’il ressentait était uniquement celui de satisfaire ses désirs et ses vœux mondains. En réalité. le richard connaissait Lazare (nous le savons car il connaissait son nom au paradis) mais l’a toutefois ignoré. Le traitement de Lazare de son vivant a révélé la vraie relation du richard avec Dieu. Comme le richard s’intéressait uniquement à lui-même et n’était pas en bons termes avec Dieu, après sa mort, il s’était réveillé en enfer, tourmenté et frustré. Le riche n’était pas avec le père Abraham au paradis comme il avait espéré l’être.

Lazare, par ailleurs, a vécu toute sa vie dans la pauvreté, et pourtant il était en très bons termes avec Dieu car il n’avait jamais renoncé à sa foi en Dieu. Il est vêtu de chiffons, affamé, luttant pour survivre, son corps parsemé de plaies ouvertes – donc souillé, trop faible pour repousser les chines. Il est clairement dans la marge. Au moment de sa mort, les anges ont emmenés Lazare directement au Paradis pour demeurer avec Abraham et Dieu.

Désormais, demeurant avec Abraham – dans les cieux – Lazare est comblé de joie, allongé au grand banquet divin avec Abraham. Il est « in » ! Il n’existait pas de chasme entre Dives et Lazare pendant leur vie terrestre. En fait, Lazare mendiait au seuil même du portail de Dives. Le richard aurait pu sortir de sa demeure et aider Lazare à n’importe quel moment qu’il désirait. Toutefois, dans la vie éternelle un grand chasme sépare le Paradis de l’Enfer. Jésus utilise la notion d’espace pour accentuer l’écart infranchissable et permanent. « Envoyez Lazare pour m’aider ! » Plaidoie Dives ! Ce richard croit qu’il est toujours en mesure de commander et de contrôler la situation ! Certains chasmes sont infranchissables. Il y a un point de non-retour.

Le riche n’a pas observé les lois et les prophètes qui enseignaient comment s’occuper du prochain (Michée 6,8). Il n’a pas aimé son prochain. Les prophètes prêchaient aussi que le Messie naîtra à Bethlehem, se liera d’amitié avec les parias, etc. (Michée 5,2f ; 4,6 ; Isaïe 61,1-2) Le riche a aussi renié cette vérité. Il était trop important pour se lier d’amitié avec les exclus.

Une parabole sur les relations personnelles

Luc 16 ne parle pas uniquement d’argent et de richesse. Lorsque nous comprenons le chapitre à fond, l’élément clé dans les deux paraboles réside dans les relations personnelles. L’engagement est mieux que l’aumône. Pourvoir aux besoin des démunis et aux personnes spirituellement ruinées nous aide à développer notre potentiel afin d’enrichir les autres pendant que nous nous enrichissons en ce faisant. Nous devons avoir comme point focal le bien être des pauvres et des opprimés. C’est en donnant que l’on reçoit. Et Dieu aime les joyeux donateurs ! Sur quoi comptons-nous ? Pensons-nous qu’être riche signifie que nous sommes en bons termes avec Dieu ? Nous soucions-nous suffisamment de l’éternité ?

Jean Paul II et Benoît XVI à propos de la solidarité humaine

En méditant sur les lectures d’aujourd’hui, les enseignements de deux papes me viennent immédiatement à l’esprit. Durant sa visite pastorale historique au Canada en 1984, le pape Jean-Paul II avait prononcé une homélie à Edmonton, Alberta le 17 septembre. Dans une voix haute et claire qui a résonné à travers l’aéroport où la messe était célébrée, il a dit :

La personne humaine vit en communauté, en société. Et avec la communauté il partage la faim, la soif, la maladie, la malnutrition, la misère et toutes les déficiences qui en résultent. Dans sa propre personne l’être humain est sensé partager les besoins des autres. C’est ainsi que le Christ, le Juge, parle de « moindre des frères », et qu’il parle simultanément de chacun et de tous.

Oui. Il parle de toute la dimension universelle d’injustice et de mal. Il parle de la notion du contraste nord-sud à laquelle nous sommes accoutumés. Ainsi, non seulement est-ouest, mais aussi nord-sud : le nord de plus en plus enrichi, et le sud de plus en plus appauvri.

Oui, le sud – qui s’appauvrit davantage ; et le nord – qui s’enrichit davantage. Plus riche en ressources d’armes avec lesquelles les superpuissances et blocs peuvent se menacer mutuellement. Et ils se menacent – cet argument existe aussi – pour éviter de se détruire mutuellement.

C’est une dimension séparée/a part entière – et selon de nombreuses opinions c’est la dimension qui est au premier plan – de la menace mortelle, qui plane sur le monde moderne, et qui mérite une attention particulière.

Toutefois, dans la lumière des paroles du Christ, ce pauvre sud jugera le riche nord. Et les gens et nations pauvres – pauvre de maintes manières, non seulement manquant de nourriture, mais aussi dépravés de liberté et d’autres droits humains – jugera ces gens qui leur accaparent ces biens, en amassant pour eux même le monopole impérialiste de la suprématie économique et politique au dépens des autres.

Vingt-six ans après que le pape Jean-Paul II ait prononcé ces puissantes paroles a Edmonton au Canada, le pape Benoît XVI a prononcé ces paroles au gouvernement britannique assemblé dans le hall historique de Westminster à Londres le 17 septembre, 2010.

L’inaptitude des solutions pragmatiques, à court-terme, devant les problèmes sociaux et éthiques complexes a été amplement démontrée par la récente crise financière mondiale. Il existe un large consensus pour reconnaître que le manque d’un solide fondement éthique de l’activité économique a contribué aux graves difficultés qui éprouvent des millions de personnes à travers le monde entier. De même que « toute décision économique a une conséquence de caractère moral », ainsi, dans le domaine politique, la dimension éthique a des conséquences de longue portée qu’aucun gouvernement ne peut se permettre d’ignorer.

Mais pour que cette solidarité s’exprime en actions effectives, il est nécessaire de repenser les moyens qui amélioreront les conditions de vie dans de nombreux domaines, allant de la production alimentaire, à l’eau potable, à la création d’emplois, à l’éducation, au soutien des familles, spécialement les migrants, et aux soins médicaux de base. Là où des vies humaines sont en jeu, le temps est toujours court : toutefois le monde a été témoin des immenses ressources que les gouvernements peuvent mettre à disposition lorsqu’il s’agit de venir au secours d’institutions financières retenues comme « trop importantes pour être vouées à l’échec ». Il ne peut être mis en doute que le développement humain intégral des peuples du monde n’est pas moins important : voilà bien une entreprise qui mérite l’attention du monde, et qui est véritablement « trop importante pour être vouée à l’échec ».

L’humble ouverture à Dieu est difficile

Les riches, les puissants, et les « justes » trouvent le fait de s’ouvrir à Dieu très difficile; ils sont entièrement confiants dans leur propres trésors et titres. Le seul vrai titre est celui qui est basé sur l’amitié avec Dieu selon l’exemple de Jésus de Nazareth. S’exalter soi-même est une forme de autosuffisance, par opposition à la confiance en Dieu. Ceci explique clairement pourquoi être riche, prospère, satisfait implique presque naturellement être arrogant, fier et impie. En tant qu’êtres humains, nous sommes radicalement faibles et essayons constamment de camoufler nos faiblesses en trouvant une garantie dans le pouvoir, les richesses et les statuts. Cette déception sera ultimement masquée par l’action du jugement de Dieu. La seule voie vers le salut c’est de reconnaître ses propres faiblesses devant Dieu et de trouver sa garantie en Dieu seul. Se rabaisser n’est pas seulement synonyme de modestie et de misère, mais d’empressement à accepter la misère comme un acte de service.

(Image : La Parabole de Lazare par Fyodor Bronnikov)

L’art de l’hospitalité biblique

Mary and Martha cropped

Seizième dimanche du temps ordinaire, Année C – 17 juillet 2016

Genèse 18,1-10a
Colossiens 1,24-28
Luc 10,38-42

Que signifie être hospitalier ? Les histoires bibliques prônent l’hospitalité à la fois en tant que devoir et œuvre de compassion. L’hospitalité « bédouine » du désert est une nécessité pour la survie ; et puisque cette nécessité concerne tout le monde à titre égal, n’importe quel invité a droit à cette hospitalité de la part de tout hôte. L’invité, une foi accueilli par l’hôte, est sacré, et doit être protégé de tout danger même au détriment de la vie des membres de la famille.

Un bon hôte prépare un festin pour son invité, qu’il n’a même pas préparé pour sa propre famille. Le devoir de l’hôte de protéger son invité est illustré par les récits de Lot à Sodome [Genèse 19,1.8] et l’homme de Gibéa [Juges 19,16-24]. Job se vante de son hospitalité [Job 31,23]. Dieu est sans aucun doute l’hôte généreux [Psaumes 15,1 ; 23,5].

Plusieurs récits des Livres des Rois évoquent l’hospitalité. Chacun des quatre récits décrit, d’une manière la puissance de Dieu, à travers le prophète Elisée, qui s’effondrât face aux situations désespérées en les anéantissant avec une parole de vie. Une de ces chroniques relate l’histoire d’un couple du village de Shunem [situé sur la butte de Nain au nord d’Israël, mentionnée dans le Nouveau Testament] qui offrent de la nourriture et un logement au prophète Elisée ; à son tour, le prophète leur promet un fils, même après tant d’années de mariage où ils sont restés sans enfants.

Le couple a pris soin d’un étranger qui les a impressionné par son dévouement à Dieu, à la prière et aux préoccupations. De premier abord les actions du couple semblent simples – après tout, ils semblent être des gens influents. Cependant, ils interrompent leurs activités quotidiennes et leur vie privée pour être aux soins d’Elisée, tout d’abord en préparant un festin et en préparant la table, ensuite en l’hébergeant une nuitée. Et c’est en lui donnant qu’ils avaient reçus autant et bien plus en contrepartie – ne serait-ce que la promesse d’une nouvelle vie, et ceci en dépit des années d’amertume et de stérilité. Leur propre don a Elisée a été multiplié au-delà des bornes de leur compréhension.

Abraham et Sarah accueillent le monde

La première lecture d’aujourd’hui extraite du Livre de la Genèse [18,1-10], présente Abraham en tant que modèle, que personne généreuse et qu’hôte aimable. Dans cette captivante histoire biblique, Abraham et Sarah accueillirent les messagers de Dieu au gîte des chênes de Mamré, avec des bras ouverts. Abraham est hôte, apportant de l’eau pour laver leurs pieds et assurant l’ombre d’un arbre pour les abriter du soleil et pour leur assurer le repos. Le repas est en banquet, décrit de manière humoristique par « morceau de pain » : « prends vite trois boisseaux de farine, de fleur de farine, pétris et fais des galettes. » Sarah reste dans la tente; les coutumes sociales l’empêchaient d’interagir avec les invités mâles. Elle s’occupe de la cuisine, et neuf mois plus tard la promesse s’accomplit avec la naissance de son fils Isaac.

Lors du repas en plein air aux chênes de Mamré, la parole de Dieu fut partagée à travers une pièce théâtrale soigneusement scénarisée ! Les étrangers a Mamré (qui, nous le savons, sont Dieu et des anges) figurent au diner afin de livrer un message: Dieu promet à Abraham et Sarah que la femme stérile se réjouira.

L’hospitalité d’Abraham pourrait nous sembler un peu trop fastueuse et excessive, mais nous ne devons jamais oublier la tradition exigeante du Moyen Orient de laquelle émane la conviction chrétienne concernant l’hospitalité : c’est dans la personne de l’invité que le Christ est perçu. Dans chacune de nos conversations silencieuses, il est l’auditeur silencieux.

L’hospitalité dans le Nouveau Testament

La désignation grecque du terme « hospitalité » est « philanthropia » qui se definit par l’amour des êtres humains, et la bonté. La vertu de l’hospitalité est louée dans le Nouveau Testament et énumérée parmi les œuvres de charité par lesquels nous serons jugés [Mathieu 25,35ss.]. Jésus en dépend [Marc 1,29ss., etc.] Il la considère très importante dans les paraboles [Luc 10,34-35 ; 25,35ss.]. L’hospitalité de Dieu est une partie essentielle de son message [cf. la divine générosité dans Luc 14,16ss. ; 12,37 ; 13,29]. Jésus n’avait pas de demeure et était souvent un invité [Luc 7,36ss. ; 9,51ss. ; 10,38ss. ; 14,1ss.].

C’était l’habitude de Paul qui visitait les Juifs de demeurer chez eux au cours de ses voyages, et de ne demeurer chez les Gentils qu’en cas d’inhospitalité de la part des Juifs [Actes 14,28 ; 15,33 ; 16,15.34 ; 17,1ss ; 18,3.27 ; 21,16]. Avec la croissance et l’expansion rapides de l’Église, une organisation était nécessaire, et l’on nous raconte qu’Antioche assurait un service quotidien pour 3000 veuves, malades, et étrangers. Les évêques et les veuves en particulier se devaient d’être hospitaliers aussi bien officieusement qu’officiellement. Par la suite, les grandes églises établirent des hospices, et se sont spécialisées dans les soins de santé, se transformant ultérieurement en hôpitaux.

Hospitalité à la Béthanie

L’Évangile d’aujourd’hui est une histoire merveilleuse de Marthe et de sa sœur Marie en Béthanie [Luc 10,38-42]. Elle illustre l’importance d’être attentif aux paroles du Seigneur et de la préoccupation à l’égard des femmes dans l’Évangile de Luc. Ce récit évangélique sur Marie et Marthe a souvent été utilisé pour présenter des directives concernant le comportement attendu des femmes. Il relève le fait que Dieu ne s’intéresse pas uniquement à la qualité dont nous achevons nos tâches. Aucune femme/aucun homme ne doit se perdre dans ses charges. Marie de Béthanie a bien compris cela.

Marthe est tellement prise par les nombreuses tâches qui lui sont imposées par les règles de la tradition et la culture concernant l’hospitalité envers les visiteurs. Pourtant, en réalité, peu de choses, voire une seule chose est requise. L’anxiété et la préoccupation de Marthe dans son service, se conforment, pour la plupart, aux demandes de la société ou au désir de l’hôte d’impressionner en tant que modèle parfait de générosité et d’hospitalité.

Le verset 39 nous présente une image singulière: Marie s’assoyant aux pieds du maître. Contre cette toile de fond du Judaïsme palestinien de la première ère, cette femme assumant la posture d’un disciple aux pieds du maitre est très remarquable [cf. aussi Luc 8,35 ; Actes 22,3] ! Elle révèle une attitude caractéristique de Jésus envers les femmes dans le troisième Évangile de Luc [Luc 8,2-3].

Activité, Passivité ou Réceptivité ?

Marie de Béthanie, disciple du Seigneur, a choisi la tâche la plus importante en accueillant les autres – sa présence et son attention non divisée – afin que ses invités rayonnent. Marthe et Marie restent toujours d’actualité en tant que symboles des deux modes de vie entre lesquels nous oscillons continuellement. L’activité peut devenir un blindage contre le la nécessité de faire face aux problèmes, aux questions et aux vérités qui doivent émerger pour assurer notre survie. Il existe des instances où nous devons simplement contempler, avoir du recul, penser, si nous envisageons de devenir capables de retourner au mode d’activité significative.

La clé de l’histoire de l’évangile ne se trouve pas dans la tension du couple antagoniste activité-passivité, mais elle réside dans la réceptivité. La seule nécessité, en accueillant les autres dans notre propre demeure ou communauté, est d’être présents pour eux – d’être à l’écoute de ce qu’ils ont à dire, comme le fait Marie dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’ennemi de l’hospitalité

Jusqu’à présent nous avons considéré les aspects, ainsi que les éléments et manifestations positifs de l’hospitalité. Pourtant, l’hospitalité possède un ennemi : l’égoïsme et l’orgueil. Lorsque nous sommes trop préoccupés par nous-mêmes, nos propres problèmes et défis, ou lorsque nous désirons jalousement préserver ce que nous avons et que nous excluons les étrangers et les inconnus de nos vies et de nos richesses, nous sommes inhospitaliers. Un excès d’introspection et d’introversion nous empêchera d’être vraiment présents pour les autres. Ou alors, nous sommes tellement préoccupés par nos apparences extérieures, et tellement pris par les détails et les activités, que nous n’avons pas le temps pour écouter et accueillir.

À la célébration du repas à Béthanie, Marthe apprit une leçon profonde: peut-être un simple pain pita aurait pu être mieux qu’un banquet moyen-oriental parfait, s’il lui aurait permis de sortir de la cuisine et d’être en compagnie d’un invité d’un calibre pareil à celui qui était assis dans la salle de séjour avec sa sœur Marie. Peut-être Marthe était-elle finalement parvenue à s’asseoir et à saisir l’intégralité de l’impact de ce qui se déroulait dans sa demeure, que sa propre sœur était une vraie disciple de cet homme appelé Jésus. Et on espère que Marthe ait découvert que le repas tenait lieu uniquement de décor, non pas du script du scénario !

L’hospitalité à la Cardinal Newman

Le 19 Septembre, 2010, à Birmingham en Angleterre, avait lieu la cérémonie de béatification tant attendue pour célébrer le grand théologien victorien catholique tant aimé, John Henry Cardinal Newman. Le Cardinal Newman vit le jour dans une période de tumultes, qui connût des bouleversements politiques et militaires ainsi qu’une turbulence spirituelle. Il est passé de l’anglicanisme au catholicisme et a utilisé son grand intellect ainsi que sa maîtrise magistrale de l’expression écrite pour convertir des milliers de personnes au christianisme et pour les conduire dans l’Église catholique romaine. Il était un modèle exemplaire de bienveillance et d’hospitalité, spécialement pour les jeunes hommes et femmes à l’université. Il est le saint patron des aumôneries des universités catholiques dans le monde entier, appelés « les Centres Newman ».

En guise de préparation pour la béatification du Cardinal Newman, je m’étais mis à relire ses homélies basées sur les Évangiles du dimanche. J’étais tombé sur ses réflexions portant sur l’Evangile d’aujourd’hui de Marthe et Marie et de leur invité révéré en Béthanie.

Voici ce qu’a écrit Newman à propos du sujet de la scène évangélique d’aujourd’hui :

Il y a des hommes préoccupés et des hommes de loisirs, qui n’ont aucune part en Lui ; il y a d’autres, qui ne sont pas sans fautes, qui sacrifient complètement le loisir au détriment des affaires, ou les affaires au détriment des loisirs. Mais hormis le faux et l’extravagant, il y persiste en fin du compte deux classes de Chrétiens, ceux qui sont comme Marthe, [et] ceux qui sont comme Marie; et tout deux Le glorifient à leur propre manière, que se soit par le travail ou le silence, dans l’un ou l’autre cas se démontrant de ne pas s’appartenir eux-mêmes, mais achetés à un prix, assignés à obéir, et constants en obéissant Sa volonté. S’ils travaillent, c’est dans Son intérêt ; et s’ils adorent, c’est encore pour l’amour de Lui [Son amour]. »

« De surplus, ces deux classes de Ses disciples ne se choisissent pas leur propre cours de service, mais il [ce dernier] leur est attribué par Lui. Marthe peut bien être l’aînée, Marie la plus jeune. Je ne dis pas qu’il n’est jamais laissé au Chrétien le soin de choisir son propre chemin, qu’Il serve avec les Anges ou qu’Il adore les Séraphins ; souvent c’est le cas : Eh bien qu’il bénisse Dieu s’il peut de par son propre pouvoir de choisir en liberté cette bonne portion que notre Sauveur loue spécialement. Mais, pour la plupart, Chacun a sa propre place marquée pour lui, s’il la prend, au cours de Sa providence ; au moins il ne peut y avoir de doute sur ceux qui sont désignés pour des occupations mondaines. La nécessité de se procurer un moyen de subsistance, l’appel d’une famille, les responsabilités de statut et d’office, ce sont les signes de Dieu, qui tracent le parcours de Marthe pour de nombreuses personnes. 

Questions de réflexion

Voici quelques questions pour méditer cette semaine, en tant qu’individus et que communauté paroissiale.

  1. Comment est-ce que je pratique (nous pratiquons) l’hospitalité ?
  2. Quels sont les signes d’une communauté hospitalière ?
  3. Quels sont les ennemis de l’hospitalité ?
  4. Comment pourra-t-on devenir hospitaliers ?
  5. Est-ce que j’aime (nous aimons) les autres êtres humains réellement ?

« Je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous en ferai sortir. »

Réflexion biblique pour le cinquième dimanche du Carême A.

La vision dramatique d’Ézéchiel et la nôtre

La première lecture d’aujourd’hui, tirée d’Ézékiel 37, 12-14, est la grande vision de la vallée des ossements desséchés, l’un des tableaux les plus spectaculaires de toute la littérature biblique. En voici le contexte historique : elle remonte au début du VIe siècle avant Jésus-Christ, quand la main du Seigneur vint sur Ézékiel alors que les Juifs étaient en captivité à Babylone. Depuis environ 150 ans, la situation politique du peuple juif déclinait. Le point tournant survint en 587 avant J-C. avec la catastrophe finale de la défaite et le début du grand exil du peuple juif, désespéré et impuissant face au sort qui s’abattait sur lui. C’est dans le cadre de ces événements que se déploie la vision dramatique d’Ézékiel : on y voit les ossements blanchis d’une armée que les oiseaux de proie ont fini de décharner. Incroyable champ de batille, couvert de cadavres laissés à l’abandon! Imaginez l’odeur de mort et de putréfaction!
Réticent, le prophète Ézékiel reçoit de Dieu l’ordre de prophétiser sur ces ossements, de les ramener à la vie. Avec le secours d’un puissant tremblement de terre, les os se rejoignent l’un à l’autre dans une immense rumeur. Les tendons se reconnectent, la chair puis la peau viennent revêtir les cadavres. Le souffle, « ruah », l’Esprit de Dieu vient des quatre extrémités de la terre et les corps flasques « reprennent vie, se dressent sur leurs pieds – c’est une immense armée ».  Alors qu’aujourd’hui, nous voyons dans cette scène la préfiguration de la résurrection des morts, les Juifs du temps d’Ézékiel ne croyaient pas à une telle conception de l’au-delà. Pour eux, l’immense armée ressuscitée représentait l’ensemble du peuple juif : les survivants du royaume du Nord qui avaient cherché refuge en Assyrie, les paysans qui étaient encore sur place et les exilés de Babylone. Ils allaient se regrouper, former de nouveau un peuple, habiter leur propre pays, et ils sauraient dorénavant que c’était là l’œuvre du seul vrai Dieu.
Au fil des siècles, les chrétiens ont proclamé ce texte pendant la liturgie de la nuit pascale en accueillant de nouveaux membres dans l’Église. Le témoignage puissant d’Ézékiel offre une image bouleversante de la force de régénération, de restauration et de renouveau du Dieu d’Israël, en cette vie et pour toute l’éternité. À travers les siècles, les croyantes et les croyants au Dieu et Père d’Abraham, d’Isaac et de Jésus ont repris courage grâce à la vision d’Ézékiel; c’est que nous croyons qu’elle raconte aussi notre histoire à nous. Nous croyons en la puissance du pardon de Dieu, en la capacité du Christ et de la tradition catholique de nous redonner la vie et de nous conduire à la vie alors même que tout autour de nous semble annoncer la nuit, les ténèbres, la mort, la dissolution et le désespoir.
La vie chrétienne est un défi constant

Nous apprenons, écrit saint Paul à la communauté de Rome (8, 8-11), que par la croix de Jésus Christ Dieu a brisé le pouvoir du péché et prononcé sur lui le jugement (v. 3).  Les chrétiens n’échappent pas à la chair mais celle-ci est devenue étrangère à leur être nouveau, qui est la vie dans l’esprit : moi nouveau gouverné par l’Esprit-Saint. Sous la direction de l’Esprit-Saint, les chrétiens peuvent accomplir la volonté divine, qui s’exprimait jusque-là dans la loi (Romains 8,4). Le même Esprit qui redonne vie aux chrétiens pour la sainteté ressuscitera aussi leur corps au dernier jour (v. 11)  La vie chrétienne est donc l’expérience d’un défi constant car il s’agit de tuer les désordres du corps grâce à la vie de l’Esprit (v. 13).
Le don que fait Jésus de la vie entraîne sa propre mort

Texte riche en émotions que l’Évangile d’aujourd’hui. La résurrection de Lazare, le récit le plus long de tout l’Évangile de Jean (11, 1-44) en dehors du texte de la passion, représente le point culminant des signes de Jésus. L’épisode se situe peu avant que Jésus ne soit capturé, jugé et crucifié. C’est l’événement qui influence le plus directement sa condamnation par ceux qui cherchent à le tuer. L’ironie johannique souligne que c’est le don que fait Jésus de la vie qui entraîne sa propre mort. Jésus savait que son ami Lazare était malade mais il n’est pas venu faire de guérison. En fait, il a attendu plusieurs jours après la mort de Lazare; entre-temps il donnait à ses disciples un enseignement sur la lumière – doctrine incompréhensible devant la maladie grave et la mort mais qui prend tout son sens à la lumière de la résurrection de Lazare et de celle du Christ.
Jésus déclare à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (v. 25). Et il ajoute : « Crois-tu cela? » (v. 26)  Le Seigneur nous presse de répondre, comme l’a fait Marthe : « Oui, Seigneur, nous aussi, nous croyons, malgré nos doutes et nos ténèbres; nous croyons en toi, parce que tu as les paroles de la vie éternelle; nous voulons croire en toi, qui nous donnes une espérance crédible en la vie après la vie, en une vie pleine et authentique dans ton royaume de lumière et de paix. »
Seigneur, si seulement tu avais été là …

Combien de fois, comme Marthe et Marie, nous avons murmuré ces mêmes paroles de douleur et de désespoir : Seigneur, si seulement tu avais été là (v. 32), mon frère… ma sœur, ma mère, mon père ou mon ami ne serait pas mort. » Mais le récit débordant d’émotions de l’Évangile de Jean nous dit quel Dieu nous avons… un Dieu « bouleversé d’une émotion profonde ». Le mot grec employé ici pour décrire la réaction instinctive de Jésus, au verset 33, signifie qu’il a la gorge serrée. C’est une expression étonnante en grec qui se traduit littéralement : « il râle, il grogne en esprit », peut-être de colère en présence du mal (la mort). Nous voyons le Seigneur pleurer au tombeau de son ami Lazare; un Sauveur profondément ému de voir la douleur et le deuil de tant d’amis de Marthe, de Marie et de Lazare. La phrase la plus courte de toute la Bible se trouve dans ce passage : alors Jésus pleura (v. 35).
Jésus nous révèle un Dieu qui fait un avec nous dans la souffrance, le deuil et la mort… un Dieu qui pleure avec nous. Dieu n’intervient pas pour prévenir les tragédies et les souffrances de la vie. Si nous avions un dieu parachuté, sorte de « deus ex machina »  survenant au dernier moment pour empêcher la tragédie et le péché, la religion et la foi ne seraient plus qu’une sorte de magie ou de fatalité et nous ne serions que des pions sans ressources sur l’échiquier d’un dieu capricieux. Où est Dieu au milieu des tragédies humaines? Dieu est là, en plein dedans, et il pleure. C’est notre Dieu, profondément, humainement solidaire, qui dans la gloire de l’Incarnation embrasse totalement notre condition humaine.
La mort du cœur et de l’esprit

Le récit de la résurrection de Lazare nous parle aussi d’un autre genre de mort. Nous pouvons être morts même avant de mourir, alors que nous sommes encore en cette vie. Je ne parle pas ici de la mort de l’âme causée par le péché mais plutôt d’une mort qui prend la forme d’une absence d’énergie, d’espoir, d’envie de se battre et de continuer à vivre. Nous qualifions  souvent cette réalité de mort du cœur ou de mort spirituelle. Bien des gens sont enchaînés par cette sorte de mort, jour après jour, à cause des circonstances tragiques et affligeantes de leur vie. Qui pourra jamais renverser cette situation et nous rappeler à la vie, nous redonner l’énergie, nous libérer des tombeaux qui nous enchaînent?  Qui pourra opérer cette réanimation cardio-respiratoire et nous arracher au désespoir?
Pour certaines afflictions, il n’existe pas de remède humain. Les paroles d’encouragement échouent très souvent à provoquer le moindre changement.  Dans bien des cas, les personnes qui se retrouvent dans cet état sont incapables de faire quoi que ce soit; elles ne peuvent même pas prier. Elles sont comme Lazare au tombeau. Il faut que d’autres fassent quelque chose pour elles. Jésus dit un jour à ses disciples : « guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Matthieu 10,8).  Les sept œuvres de miséricorde corporelle consistent à nourrir les affamés, donner à boire aux assoiffés, vêtir les dénudés, héberger les sans-logis, visiter les prisonniers, visiter les malades et ensevelir les morts. Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous dit qu’il nous faut, en plus, « ressusciter les morts ».
Seul celui qui a pénétré dans le royaume de la mort pour affronter la mort elle-même en combat singulier peut donner la vie à ceux qui sont morts. En racontant la résurrection de Lazare, Jean en fait un signe qui transforme la tragédie en espérance. La maladie et la mort de Lazare sont pour la gloire de Dieu l’occasion de se manifester. Comme chrétiens, nous ne nous attendons pas à échapper à la mort; mais nous l’approchons avec la foi en la résurrection.
Les conséquences de la foi en la résurrection

Faisant allusion à l’histoire de Lazare dans son message du Carême 2011, le pape Benoît écrit :
« Lorsque l’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: «Je suis la résurrection et la vie… le crois-tu? » (Jean 11, 25-26). A la suite de Marthe, le temps est venu pour la communauté chrétienne de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: «Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde» (v.27).
La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance. »
Vivre le Carême cette semaine

1.Visionner la vidéo « Seigneur, si seulement tu avais été là »
2.  C’est immédiatement avant sa propre mort et résurrection que Jésus proclame les paroles qui sont au cœur de l’Évangile d’aujourd’hui : « Je suis la résurrection et la vie » (Jean 11, 25).  Un évêque du quatrième siècle, Grégoire de Nazianze (328-389), commentait ainsi le miracle de Béthanie qui préfigure la mort et la résurrection de Jésus. Méditez sur ces paroles touchantes de saint Grégoire.
« Il prie mais il entend la prière. Il pleure mais il sèche les larmes.
Il demande où on a déposé Lazare parce qu’il était un être humain;
et il ressuscite Lazare parce qu’Il est Dieu.
Tel un agneau, il est conduit à l’abattoir,
mais il est le Pasteur d’Israël et maintenant du monde entier.
Il est meurtri et blessé,
mais il guérit toutes les maladies et les infirmités.
Il est dressé, cloué au bois de l’arbre,
mais par l’arbre de vie il nous restaure…
Il donne sa vie,
mais il a le pouvoir de la reprendre;
et le voile se déchire, car les portes mystérieuses du paradis se sont ouvertes;
et les rochers se fendent et les morts se relèvent.
Il meurt mais il donne la vie, et sa mort détruit la mort.
Il est enseveli mais il ressuscite. »
3.  Regardez autour de vous et trouvez une ou deux personnes aux prises avec la mort, en particulier la mort du cœur et de l’esprit, des gens qui ont perdu la volonté et le goût de vivre par suite des épreuves qu’elles ont subies. Allez à elles, et que votre parole ranime leur esprit, réveille leur âme, brise leurs liens et les libère.
Sur la Toile:
Le site Web de la chaîne de télé catholique Sel et Lumière:
n français
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Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –1 Il a fallu quarante jours
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Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –2 Les voies du désert http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/7/taF3chlzzcA
Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –3 Thabor et Golgotha http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/8/WGfTxbkPdgQ
Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –4 Seigneur donne-moi de cette eau http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/6/nJJsRxmgcpo
Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –5 L’aveugle-né ou comment fixer son regard sur la lumière http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/4/cH02lLIXPTU
Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –6 Seigneur, si seulement Tu avais été là http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/1/pw-3CSk_TYM
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Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –8 Quand nous mangeons ce oain et buvons à cette coupe http://www.youtube.com/user/saltandlighttv?feature=mhum#p/search/5/3uAolhr0DQI
Souviens-toi de moi, réflexions du Carême –9 Par la croix, Il ramasse les morceaux de nos vies et les remet ensemble
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Dimanche de Pâques
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Deuxième dimanche de Pâques
Reste avec nous
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Quatrìeme dimanche de Pâques: Le Bon Berger http://www.youtube.com/profile?user=saltandlighttv#p/u/94/rGsGRpF3FRY
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