Vérité et pieds nus du Jeudi saint

Jeudi saint – 29 mars 2018

Dans les deux traditions juive et chrétienne, manger et fêter sont beaucoup plus qu’une simple façon d’alimenter le corps, de goûter certains mets ou de célébrer un événement. Manger et festoyer sont devenus pour les deux traditions des rencontres avec des réalités transcendantes, une union avec le divin. Dans le Nouveau Testament, le propre ministère de Jésus se passe très souvent à table durant les repas. Certains disent que nous sommes toujours en train de manger avec Jésus dans les Évangiles!

Jésus assiste à de nombreux repas tout au long des 4 Évangiles: avec Lévis et ses collègues de bureau, avec Simon le Pharisien, avec Lazare et ses sœurs à Béthanie, avec Zachée et la foule à Jéricho, avec des parias et des centurions, avec des foules sur les collines de Galilée et chez ses disciples.

C’est finalement durant le dernier repas que Jésus nous laisse son cadeau le plus précieux: l’Eucharistie. La lecture des Écritures le Jeudi saint nous enracine profondément dans notre passé juif; célébrer la Pâque avec le peuple juif, recevant de saint Paul ce qui lui a été transmis, c’est-à-dire le banquet eucharistique tout en regardant Jésus carrément en face quand il s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds en humble service. Au lieu de nous présenter l’un des récits de l’évangile synoptique de l’institution de l’Eucharistie, l’Église nous offre l’attitude dérangeante du Maître agenouillé devant ses amis, lavant leurs pieds en geste d’humilité et de service.

Imaginez la scène ! Comme Jésus noue une serviette autour de sa taille, prend un pichet d’eau, s’abaisse et commence à laver les pieds des disciples, il enseigne à ses amis que la libération et la nouvelle vie s’atteignent non en présidant au-dessus des multitudes de trônes royaux, ni par la quantité de sacrifices sanglants offerts sur les autels du temps, mais en marchant avec le marginal et le pauvre et en les servant comme celui qui lave les pieds au cours du voyage.

Durant cette nuit sainte de l’« institution », lorsque Jésus but la coupe de son sang et s’abaissa pour laver les pieds, il instaura une nouvelle et dynamique alliance commune entre ses disciples et nous.  C’est comme si l’histoire entière du salut se terminait cette nuit, juste quand cela commence; avec les pieds nus et la voix de Dieu nous parlant à travers sa propre chair et sang: « Ce que j’ai fait pour vous, vous devez le faire aussi. » Le lavement des pieds est l’intégrale de la dernière Cène. C’est la manière de Jean de dire à ceux qui suivent Jésus tout au long des âges: « Vous devez vous souvenir de son sacrifice dans la messe, mais vous devez aussi vous souvenir de sa demande d’aller servir le monde. »

Au la dernière Cène, Jésus nous enseigne que la vraie autorité dans l’Église vient de l’acte de servir, de donner notre vie pour nos amis. Sa vie est une fête pour le pauvre et les pécheurs. Cela doit être la même chose pour ceux qui reçoivent le corps du Seigneur et son sang. Nous devenons ce que nous recevons dans ce repas et nous imitons Jésus dans ses actes de libération, ses mots de guérison et ses gestes d’humble service. De l’Eucharistie doit jaillir un certain style de vie communautaire, une authentique empathie pour nos voisins et pour les étrangers.

En définitive, la célébration de l’Eucharistie nous projette toujours vers l’avant, comme nous le professons dans l’anamnèse après la consécration durant la messe: « Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, jusqu’à ton retour dans la gloire. »

Le pouvoir transformateur d’un repas

Chaque année au moment du Jeudi saint, j’essaie de prendre le temps de regarder l’un de mes films préférés, Le Festin de Babette. C’est une histoire d’ouverture des cœurs dans une petite communauté puritaine sur la côte norvégienne grâce à la générosité d’une cuisinière française.

Le film dirigé par Gabriel Axel, a reçu le prix en 1986 pour le meilleur film étranger et sa fidèle adaptation de la nouvelle de 1958 d’Isaac Dinesen Babettes gæstebud. Il a été nommé « icône cinématographique de l’Eucharistie » parce qu’il explore l’amour et la générosité dans le contexte d’un repas ainsi que la capacité du repas à transformer les vies.

Voici l’intrigue. Au 19e siècle au Danemark, deux sœurs vivent dans un village isolé avec leur père, pasteur honorable d’une petite église protestante qui est pratiquement une secte tournée sur elle-même. Bien qu’elles aient, chacune leur tour, eu la possibilité de quitter le village, les sœurs ont choisi de rester avec leur père, de le servir ainsi que l’église.  Après quelques années, une jeune réfugiée, Babette, frappe à leur porte, les supplie de la prendre et s’engage à travailler pour elles comme servante, maîtresse de maison, cuisinière. Babette arrive avec une lettre d’un chanteur français qui avait passé du temps dans cette région, était tombé amoureux d’une des sœurs puis était parti, déçu. La lettre recommande Babette à ces « bonnes personnes » et mentionne qu’elle peut cuisiner. Durant une douzaine d’années, Babette cuisine très simplement des repas auxquels les sœurs sont accoutumées.

Au bout des 12 ans de service dans cette famille, Babette gagne à la loterie française, un prix de 10 000 francs. Au même moment, les sœurs planifient de célébrer les 100 ans de leur père, le fondateur de leur petite secte chrétienne. Elles s’attendent à ce que Babette les quitte avec son argent, au contraire à leur grande surprise, elle leur offre de cuisiner un repas pour cet anniversaire. Bien que les deux sœurs soient secrètement inquiètes au sujet de ce que Babette, une catholique et une étrangère, pourrait bien faire, elles l’autorisent à aller de l’avant. Babette utilise juste la petite ouverture, une modeste célébration, pour cuisiner une tempête et les dégâts du naufrage dans la vie des sœurs et avec leur communauté par une outrageuse générosité.

Dieu est toujours prêt, cherchant la plus petite ouverture, dans un sens, priant pour que nous le remerciions avec joie d’accepter son offrande! La vie du Christ commence avec le plus petit mouvement de notre part, juste l’allusion d’une ouverture et Dieu fait un pas et nous submerge par sa réponse. Quand nous acceptons, Dieu prend en main la cuisine, nous inondant de grâce sur grâce. Les plus grands mets français ne sont rien comparés aux cadeaux que Dieu nous a accordés, spécialement dans le don ultime de Lui-même dans l’Eucharistie.

À la fin, le festin de Babette produit des effets étonnants. Les membres de la communauté se sont réconciliés les uns avec les autres. Les invités au Festin de Babette ont rencontré le divin et reçu en plénitude à travers l’acte physique de manger. «Le festin de Babette » est un chef d’œuvre qui peut nous aider à explorer la divine générosité divine à travers l’image d’un repas, sa qualité transformante, ses gestes de service humble et aimant et ses fruits de réconciliation et de pardon qui prennent place autour de la table. Pas étonnant que ce film me rappelle un autre repas qui prit place dans une chambre haute à Jérusalem des siècles auparavant.

Sacramentum et exemplum : le don et la tâche

Messe de la Cène du Seigneur, Jeudi saint – 13 avril 2017

Isaïe 61,1-3a.6a.8b-9
Apocalypse 1,5-8
Luc 4,16-21

Le Jeudi saint clôture officiellement le temps du Carême. Ce soir-là, nous entrons dans le Triduum au cœur de l’année liturgique et, en fait, de la foi chrétienne. Les textes de l’Écriture nous renvoient profondément à nos racines juives : célébration de la Pâque avec le peuple juif (Exode 12, 1-8.11-14); réception de la tradition transmise à saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26), à savoir l’Eucharistie, et contemplation directe de Jésus qui s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds avec l’humilité d’un serviteur (Jean 13, 1-15). La commémoration est au cœur de cette célébration.

Ce soir, le Seigneur nous invite à retourner avec lui au cénacle, pour nous aider à pénétrer les profondeurs de son mystère pascal. La veille de sa mort, il nous a laissé deux grands signes que la célébration liturgique renouvelle chaque année. Dans le premier, Jésus lave les pieds des apôtres et donne ainsi à ses amis un exemple d’amour qui s’exprime dans un service aussi humble que concret. Dans le deuxième, Jésus consacre le pain et le vin comme sacrement de son corps et de son sang, donnés en sacrifice pour notre salut.

Une nuit de commémoration

Considérons le mémorial qu’est l’Eucharistie. Dans le livre de l’Exode, nous lisons : « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2,24). Le livre du Deutéronome prescrit : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu » (8,18). « Rappelle-toi donc ce qu’a fait le Seigneur ton Dieu » (7,18). Le souvenir de Dieu et celui des hommes et des femmes forment dans la Bible un élément fondamental de la vie du peuple de Dieu. Cependant, ce souvenir n’est pas le simple rappel de quelque chose qui s’est produit il y a longtemps mais plutôt ce que l’hébreu appelle « zikkaron », c’est-à-dire un « mémorial ». C’est la proclamation des hauts faits que Dieu a accomplis pour nous au fil des âges et qu’il continue d’accomplir pour nous aujourd’hui. Dans la célébration liturgique, ces événements deviennent d’une certaine façon présents et actuels (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1363). Le mémorial rappelle le lien d’une alliance indéfectible : « Le Seigneur se souvient de nous, il nous bénira » (Psaume 115, 12). La foi biblique authentique comporte le souvenir fructueux de la geste de notre salut.

Dans l’Ancien Testament, le « mémorial » par excellence des œuvres de Dieu dans l’histoire était la liturgie pascale de l’Exode. Chaque fois que le peuple d’Israël célébrait la Pâque, Dieu lui offrait le don de la liberté et du salut. Dans la célébration de la Pâque, les deux souvenirs se recoupaient, celui de Dieu et celui des hommes – la grâce salvifique et le témoignage de la foi : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage… Ce rite vous tiendra lieu de signe sur la main et de mémorial sur le front, afin que la loi du Seigneur soit toujours sur vos lèvres car c’est le Seigneur qui, par sa force, vous a fait sortir d’Égypte. » (Exode 12,14; 13,9)

Au cœur de l’Eucharistie : la commémoration

Cette rencontre entre la mémoire de Dieu et celle des êtres humains est au foyer de l’Eucharistie, qui est le « mémorial » par excellence de la Pâque chrétienne. Le souvenir est au cœur de la célébration du sacrifice du Christ. Nous nous rappelons le sacrifice du Christ, cet événement unique, accompli « une fois pour toutes » (Hébreux 7,27; 9,12.26; 10,12), et dont nous continuons de recevoir les grâces à travers l’histoire. « Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26). L’Eucharistie est donc le mémorial de la mort du Christ mais aussi la présence de son sacrifice et l’anticipation de son avènement glorieux. Nos pouvons certainement comprendre l’exhortation de Paul à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts » (2 Timothée 2,8). Ce souvenir vit et opère d’une façon spéciale dans l’Eucharistie.

Se rappeler, c’est d’un côté recentrer son cœur sur le souvenir et l’affection mais c’est aussi célébrer une présence qui est toujours avec nous. L’Eucharistie suscite en nous le souvenir de l’amour du Christ. Dans l’Eucharistie, les chrétiens nourrissent l’espérance de la rencontre finale avec leur Seigneur. L’Eucharistie est le mémorial au sens plein du terme : le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent vraiment le corps et le sang du Christ, qui se donne lui-même en nourriture aux hommes et aux femmes pour leur pèlerinage terrestre. Pour rester fidèle à ce mandat, pour demeurer en lui tels les sarments unis à la vigne et pour aimer comme il a aimé, il faut se nourrir de son corps et de son sang. En disant aux apôtres, « vous ferez cela en mémoire de moi », le Seigneur liait l’Église au mémorial vivant de sa Pâque.

La nouvelle Pâque

Dans un maître livre, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection,[1] le pape émérite Benoît XVI prend soin de bien expliquer ce que fut vraiment la dernière Cène :

Une chose ressort clairement de l’ensemble de la tradition, écrit-il : essentiellement, ce repas d’adieu n’était pas l’ancienne Pâque mais la nouvelle, que Jésus accomplissait dans ce contexte. Même si le repas que Jésus a partagé avec les Douze n’était pas un repas pascal conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, néanmoins, rétrospectivement, le lien intime de tout cet événement avec la mort et la résurrection de Jésus ressortait clairement. C’était la Pâque de Jésus. Et en ce sens, on peut dire à la fois qu’il a célébré et qu’il n’a pas célébré la Pâque : les anciens rites n’ont pu être célébrés – quand vint le moment de les accomplir, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et, de la sorte, il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. L’ancienne Pâque n’était pas abolie ; elle était simplement portée à la plénitude de son sens.

Le lavement des pieds

Benoît XVI parle admirablement du lavement des pieds, qui est au cœur de l’Évangile du Jeudi saint (Jean 13,1-15) :

Revenons au chapitre 13 de l’Évangile de saint Jean. « Vous êtes purs », dit Jésus à ses disciples. Le don de la pureté est un acte divin. L’homme ne peut de lui-même se rendre acceptable à Dieu, quel que soit le système de purification qu’il suive. « Vous êtes purs » – l’admirable simplicité des paroles de Jésus résume en quelque sorte la grandeur du mystère du Christ, qui est que Dieu vient à nous pour nous purifier. La pureté est un don.

Mais une objection vient à l’esprit. Quelques versets plus loin, Jésus déclare : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13,14–15) Cela ne suggère-t-il pas une conception purement morale du christianisme ?

Sacramentum et exemplum

Les Pères ont exprimé la différence entre ces deux aspects, ainsi que leur relation mutuelle, en utilisant les catégories de sacramentum et d’exemplum : par sacramentum ils n’entendent pas désigner un sacrement en particulier mais plutôt l’ensemble du mystère du Christ – sa vie et sa mort – par lequel il vient à nous, entre en nous par son Esprit et nous transforme. Mais précisément parce que ce sacramentum nous « purifie » vraiment, nous renouvelle de l’intérieur, il déclenche la dynamique d’une vie nouvelle. Le commandement de « faire comme Jésus a fait » n’est pas seulement un supplément moral au mystère, encore moins une antithèse au mystère. Il découle de la dynamique interne du don par lequel le Seigneur nous renouvelle et nous attire dans sa réalité.

Le don – le sacramentum – devient exemplum, un exemple, tout en demeurant don. Être chrétien est avant tout un don, qui se déploie ensuite selon une dynamique de vie et d’action qui procède du don.

En conclusion de sa réflexion sur le lavement des pieds, Benoît XVI écrit :

… En revenant sur l’ensemble du chapitre du lavement des pieds, nous pouvons dire que dans ce geste d’humilité, qui exprime l’ensemble du ministère de la vie et de la mort de Jésus, le Seigneur se tient devant nous comme le serviteur de Dieu – celui qui pour nous s’est fait celui qui sert, qui porte notre fardeau et qui nous accorde la vraie pureté, la capacité d’approcher Dieu. Dans le deuxième chant du serviteur souffrant, en Isaïe, il y a une expression qui annonce d’une certaine façon la théologie johannique de la Passion : Le Seigneur m’a dit, « Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai ».

Le Jeudi saint et le sacerdoce ministériel

Pendant les plusieurs années de ma prêtrise, je suis revenu d’innombrables fois à l’Évangile du Jeudi saint puiser la force et l’inspiration pour être ce que je m’efforce d’être chaque jour : un ministre ordonné qui garde vivant le souvenir de Jésus chez les gens et qui sert la communauté comme préposé au lavement des pieds. Quel incroyable modèle de sacerdoce nous offre l’Évangile de ce soir : le Seigneur et Sauveur du monde à genoux devant nous pour nous laver les pieds dans un geste d’humilité et de service !

La véritable nature de l’Eucharistie suppose un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entrecroisées. C’est ce « tissage » qui est au cœur du sacerdoce de Jésus Christ et de notre sacerdoce. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous avons part à celui qui se fait nourriture et boisson pour les autres. Ainsi doit-il en être de nous qui recevons le corps et le sang du Seigneur : notre vie, elle aussi, doit devenir le banquet des pauvres. Nous devons, nous aussi, devenir nourriture et boisson pour ceux et celles qui ont faim.

Par toute sa vie, Jésus est un modèle sacerdotal de compassion. Personne sacerdotale, il a vécu pour les autres, il a offert chaque personne et chaque chose au Dieu qui l’aimait. C’était alors et c’est toujours aujourd’hui la seule forme de sacerdoce qui change les choses, la seule qui compte. Le contraire du prêtre, c’est le consommateur : celui qui achète et qui accumule des choses. Une personne sacerdotale, c’est quelqu’un qui se dépense avec plaisir pour les autres. La célébration, ce soir, du repas du Seigneur nous invite à examiner ce que nous avons fait de notre baptême, et à nous demander en quoi nous sommes un peuple eucharistique et sacerdotal. Nous devons scruter notre propre sacerdoce, que ce soit le sacerdoce des baptisés ou le sacerdoce ministériel, et nous demander pour qui nous vivons réellement et qui nous aimons vraiment. Nous dépensons-nous avec plaisir pour les autres ?

Si je suis ministre ordonné et qu’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai fait de longues études universitaires, parce que j’ai une bonne formation, un titre, ou une position privilégiée dans la société ou dans l’Église. Les crises qui affectent la prêtrise aujourd’hui dans le monde nous rappellent la futilité du prestige, des privilèges, du rang ou de la mobilité ascendante. Tout n’est en réalité qu’humble service et prière d’intercession pour ceux et celles que le Seigneur nous a confiés.

On est prêtre, en fin de compte, pour être serviteur. C’est dire que j’essaie de donner ma vie publiquement pour la communauté. Le titre de « Père » exprime la relation qui existe entre les prêtres et les personnes qu’ils servent. C’est là une relation aussi belle qu’intimidante et même terrifiante mais qui, dans le meilleur des cas, engendre la vie et communique l’amour. Jésus nous enseigne, dans ce grand récit de l’Évangile du Jeudi saint, que la vraie source de l’autorité dans l’Église vient de ce qu’on mène une vie de serviteur, de ce qu’on donne sa vie pour ses amis. La seule autorité, le seul pouvoir de la prêtrise, c’est l’autorité évangélique qui vient de ce qu’on vit le mystère pascal. Ce soir, en particulier, moi-même et tous les ministres ordonnés, nous devons nous demander : est-ce que j’agis vraiment comme celui qui garde vivant le souvenir de Jésus dans la communauté; comme quelqu’un qui fait naître l’acte de foi chez les gens; comme quelqu’un qui construit la communauté de Dieu qu’est l’Église ? Sommes-nous des serviteurs, des préposés au lavement des pieds ? Suivons-nous l’exemple de la vie et de la mort de Jésus Christ, le prêtre éternel de la compassion et du service ?

Je rends grâce à Dieu d’une manière toute spéciale pour le privilège que j’ai de rompre la Parole de Dieu pour le monde par le truchement des ces réflexions hebdomadaires. Merci pour les nombreux messages que je reçois de personnes, un peu partout à travers le monde, qui tirent profit de ces réflexions. Oremus pro invicem. Union de prière.

Le Jeudi saint en bref

Voici quelques grandes idées à retenir sur le Jeudi saint; elles sont tirées du Catéchisme de l’Église catholique.

De quelle façon le Christ s’est-il offert lui-même au Père ?

620. Toute la vie du Christ a été une libre offrande au Père pour accomplir son dessein de salut. Le Christ a donné « sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45) et réconcilié ainsi toute l’humanité avec Dieu. Sa souffrance et sa mort ont manifesté comment son humanité était l’instrument libre et parfait de l’amour divin qui désire le salut du genre humain.

Comment l’offrande de Jésus s’est-elle exprimée à la dernière Cène ?

621. À la dernière Cène avec ses apôtres, la veille de sa passion, Jésus a anticipé, c’est-à-dire qu’il a à la fois symbolisé et rendu présent le libre don de sa personne : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Luc 22,19), « Ceci est mon sang répandu… » (Matthieu 26,28). Ainsi a-t-il à la fois institué l’Eucharistie comme « mémorial » (1 Corinthiens 11,25) de son sacrifice et institué ses apôtres comme prêtres de la nouvelle alliance.

Qu’est-il arrivé à l’agonie au jardin de Gethsémani ?

612. Malgré l’horreur que représentait la mort pour la sainte humanité de Jésus qui est « le chef des vivants » (Actes 3,15), la volonté humaine du Fils de Dieu est restée fidèle à la volonté du Père pour notre salut. Jésus a accepté la tâche de porter nos péchés dans son corps, « se faisant obéissant jusqu’à la mort » (Philippiens 2,8).

Quelles sont les conséquences du sacrifice du Christ sur la croix ?

622-623. Jésus a offert sa vie librement en sacrifice d’expiation, c’est-à-dire qu’il a fait réparation pour nos péchés par la totale obéissance de son amour jusqu’à la mort. Cet amour du Fils de Dieu « jusqu’au bout » (Jean 13,1) a réconcilié toute l’humanité avec le Père. Le sacrifice pascal du Christ rachète donc l’humanité d’une manière qui est unique, parfaite et définitive; et il rétablit pour elle la communication avec Dieu.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).