Message de Noël 2015 du Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

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Chers amis,

La bonté surabonde!

Ce Noël, en contrepoint aux forces destructrices de la misère et de la terreur que nous avons vues dans les derniers mois, n’oublions pas que la bonté surabonde! Encore mieux, préparons-nous à la souligner quand nous l’apercevons.

Il y a quelques semaines, j’ai été invité à me joindre à un petit groupe de bénévoles qui donnent un coup de main au programme des petits déjeuners Out of the Cold à Hamilton. L’automne dernier, ces très bonnes personnes ont accepté de se lever tôt tous les jeudis, de novembre à mars, pour se rendre dans une petite cuisine pour préparer un déjeuner chaud Crosby_visit_Breakfast_program_Hamilton-1pour plus de 120 hommes et femmes. Ces bénévoles font partie d’un groupe de quelque 400 personnes aussi remarquables que généreuses, qui assurent le bon fonctionnement du programme. Ils sont donc arrivés dans le silence des petites heures du matin et se sont mis au travail avec ardeur, chacune et chacun veillant à ce que tout soit prêt pour l’arrivée des invités.

Steve m’a montré comment battre la pâte et faire cuire les crêpes. Pas trop difficile – nous travaillions ensemble. Deux cents crêpes plus tard, on m’a demandé d’aider Karen et Frank à servir le petit déjeuner : crêpes, saucisses, céréales, fruits, jus et l’incontournable thé ou café. Les salutations matinales étaient cordiales et sincères; on connaissait les invités, on les saluait par leur nom. Quand la file a commencé à diminuer, je me suis déplacé de nouveau, cette fois pour aider à laver la vaisselle. Ce qui m’a donné l’occasion de causer avec Rob, qui avait tout fait, à commencer par venir me chercher, pour que mon expérience se passe bien. Le temps s’est envolé, et, même avant de partir, je savais que j’avais participé à quelque chose de bien, quelque chose de beau, quelque chose de sacré!

La même chose se passe tous les jours dans de nombreuses collectivités de notre pays et un peu partout à travers le monde. Les terroristes font peut-être les manchettes, mais la bonté simple et discrète comme celle que j’ai vécue ce matin-là conquiert les cœurs et les âmes. Elle a conquis la mienne et je sais qu’elle a conquis celle de nos invités. La bonté surabonde!

Ce Noël, nous avons déjà amorcé l’Année de la Miséricorde promulguée par le pape François. Donner à manger à ceux qui ont faim est l’une des sept œuvres de miséricorde corporelle. Nombre de gens donnent à manger aux affamés tous les jours – souvent dans des conditions très difficiles. Quand je pense au parent célibataire et sans emploi qui se demande comment nourrir ses trois enfants, je sais que mes problèmes sont petits en comparaison.

Récemment, on m’a rappelé qu’avant le péché originel, il y avait la bonté originelle. Le récit biblique de la création nous rappelle que Dieu, considérant l’univers créé, l’a trouvé « bon ». Et l’être humain, «très bon». La bonté originelle a précédé le péché originel, et en Jésus Christ, le premier-né, la bonté est restaurée.

Noël est le moment pour se rappeler qu’en dépit des horreurs du mal, le bien surabonde. Ce Noël, sachons regarder la bonté des autres et laissons rayonner le bien en nous-mêmes afin que la miséricorde de Dieu se manifeste dans les humbles gestes de la bonté quotidienne. Et en voyant les bonnes actions des autres, reconnaissons-les et sachons les encourager. Un simple « merci », ce n’est pas bien difficile et ça peut faire des merveilles.

Merci à VOUS … et Joyeux Noël à vous, à vos familles et à toutes les personnes qui vous sont chères

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton et
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

9 décembre 2015

Jean le Baptiste, le paradoxe de l’Avent

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le deuxième dimanche de l’Avent, Année C (6 décembre 2015)

Dans le texte de l’Evangile d’aujourd’hui (Luc 3,1-6), l’évangéliste, celui que Dante Alighieri appelle le « scriba manuetidinis Christi » (scribe de la douceur du Christ), lance l’appel de Jean le Baptiste sous la forme d’un appel prophétique de l’Ancien Testament (Luc 3:2) et prolonge la citation d’Isaïe trouvée dans Marc 1, 3 (Isaïe 40, 3) par l’ajout d’Isaïe 40, 4-5 dans Luc 3, 5-6. En faisant cela, Luc présente son thème de l’universalité du salut, qu’il annonçait plus tôt à travers les paroles de Siméon (Luc 2,30-32). Je vous propose que nous examinions ensemble plusieurs détails historiques offerts par Luc dans ce récit de l’appel prophétique.

Tibère César succéda à Auguste comme empereur en l’an 14 et régna jusqu’en 37 ap.J.-C. La quinzième année de son règne serait entre 27 et 29 ap.J.-C. Ponce Pilate fut préfet de la Judée de l’an 26 jusqu’en 36. L’historien juif Flavius Josèphe le décrit comme un préfet cupide et sans scrupule, qui avait peu d’égard pour la population juive locale et ses pratiques religieuses (Luc 13,1). L’Hérode en question est Hérode Antipas, le fils d’Hérode le Grand qui régnait sur la Galilée et Pérée.J.-C. à 39 ap.J-C.

Luc ne situe pas seulement l’appel de Jean le Baptiste en termes de dirigeants civils de cette période, mais il mentionne également le haut sacerdoce d’Annas et de Caïphe, les dirigeants religieux de la Palestine. Anne avait été prêtre entre 6 et 15 ap. J.-C. Après avoir été déposé par les Romains en l’an 15, il fut remplacé par divers membres de sa famille et, éventuellement, par son gendre, Caïphe, qui fut prêtre de 18 à 36.

Dans le contexte de cette histoire, la parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert de Judée. Luc est le seul parmi les écrivains du Nouveau Testament qui associe la prédication de Jean avec un appel de Dieu. L’évangéliste place ainsi Jean avec les prophètes dont les ministères ont commencé avec des appels similaires. Plus tard, Luc sépare le ministère de Jean le Baptiste de celui de Jésus en signalant l’emprisonnement de Jean avant le baptême de Jésus (Luc 3, 21-22). Luc utilise ce procédé littéraire pour faire état de sa compréhension de l’histoire du salut. Avec Jean le Baptiste, le temps de la promesse, la période d’Israël, se termine. Avec le baptême de Jésus et la descente de l’Esprit sur lui, l’accomplissement de la promesse, la période de Jésus, commence.

Dans son second volume, les Actes des Apôtres, Luc va présenter la troisième époque de l’histoire du salut, la période de l’église. Dans Luc 7, 26 Jean sera décrit comme «plus qu’un prophète», il est aussi le précurseur de Jésus (Luc 7, 27), une figure de transition inaugurant la période de l’accomplissement de la prophétie et une promesse.

En décrivant l’attente du peuple (Luc 3,15), Luc caractérise le moment de la prédication de Jean de la même manière qu’il avait déjà qualifié la situation d’autres Israélites pieux dans le récit de l’enfance (Luc 2, 25-26; 37-38). Au chapitre 3, 7-18, Luc présente la prédication de Jean le Baptiste exhortant les foules à la conversion en vue de la colère à venir (Luc 3, 7, 9), leur donnant certaines normes pour réformer leur conduite sociale (Luc 3, 10-14), et leur annonçant la venue de quelqu’un de plus grand que lui (Luc 3, 15-18).

Jean: le paradoxe de l’Avent

Les vrais prophètes d’Israël nous aident dans notre lutte contre toutes les formes de duplicité. Jean le Baptiste est le saint patron par excellence de l’authenticité. Combien de fois nos paroles, nos pensées et nos actions sont-elles incohérentes! En Jean le Baptiste se trouve le paradoxe de l’Avent: le triomphe de Dieu qui se manifeste précisément dans l’obscurité du monde actuel. Jean le Baptiste a entendu, expérimenté et vécu la parole libératrice de Dieu au désert et a donc été en mesure de le prêcher aux autres de façon efficace parce que sa vie et son message ne faisaient qu’un. Il est certain qu’il ne mâchait pas ses mots. Jean le Baptiste brise le silence du désert avec son cri: « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche. » Pas seulement « repentez-vous », changer la façon dont nous vivons, mais se repentir et se préparer à la venue du royaume des cieux qui va bouleverser notre confort et notre petite sécurité en renversant tout ce que nous essayons de garder en place. La joie et le défi de l’Avent c’est qu’en Jésus-Christ, Dieu vient parmi nous, nos douleurs et notre désir de Dieu seront alors apaisés. Mais ce Dieu qui vient est préoccupant.

Il n’y avait rien de politiquement correct dans le message du Baptiste. Il est allé droit au but et a dit ce qui devait être dit. Il a dit aux premières personnes qui venaient à lui de partager. Il a dit aux percepteurs de taxe d’être justes. Il a dit aux soldats de faire la paix.

Le Baptiste a enseigné aux gens de son temps et à ceux de notre temps que le Messie vient nous sauver des puissances de la duplicité, du désespoir, des ténèbres et de la mort, pour nous remettre sur le chemin de la paix et de la réconciliation afin que nous puissions trouver notre chemin du retour vers Dieu. La vie et la mission de Jean le Baptiste nous rappellent à quel point nous avons besoin d’un Sauveur pour nous sauver, afin que nous puissions devenir tout ce que nous sommes appelés à être et faire tout ce que nous avons à faire pour vivre dans la Lumière. Trop souvent nous ne parvenons pas à reconnaître celui parmi nous qui est notre Chemin, notre Vérité et notre Vie. C’est là le cœur de l’Avent: trouver le chemin du retour vers Dieu. [Read more…]