Un amour qui donne un chez soi aux deux fils

Prodigal Son cropped

Vingt-quatrième dimanche du temps ordinaire, Année C – 11 septembre 2016

Exode 32,7-11.13-14
1 Timothée 1,12-17
Luc 15,1-32

Le chapitre 15 de l’évangile selon Luc est souvent décrit comme la « collection d’objets perdus et retrouvés » du Nouveau Testament. Le chapitre s’ouvre sur la parabole de la brebis perdue (Lc 15, v. 1 à 7), se poursuit avec la parabole de la pièce d’argent perdue (Lc 15, v. 8 à 10) et atteint un crescendo avec le chef d’œuvre de la parabole du fils prodigue – celui qui « était perdu et est retrouvé » – (Lc 15, v. 11 à 32) qui est au cœur de l’évangile de ce dimanche.

Le mot « prodigue » porte deux significations. En tant qu’adjectif, il désigne une personne excessive, extravagante, immodérée et gaspilleuse – tout l’opposé de « frugal ». En tant que nom commun (« prodigalité »), il réfère au style de vie des débauchés, des dépensiers, des dissipateurs et des vauriens. est aisé de comprendre pourquoi cette histoire bien connue a été appelée « la parabole du fils prodigue ». L’enfant a certainement dilapidé l’argent de son père et a dépensé en pure perte son héritage. Cette histoire va cependant bien au-delà des frasques d’un jeune homme rebelle.

Nous jouons chacun des rôles de l’histoire

À différents moments de nos vies, la plupart d’entre nous avons joué chacun des rôles dans cette histoire : celui du parent gâteux, aimant, indulgent jusqu’à l’excès; celui du fils cadet dont la culpabilité et l’orgueil a abaissé, humilié, causant un besoin criant de miséricorde; celui du fils aîné, responsable et irréprochable, qui est vexé de la générosité et de la clémence avec lesquelles les faiblesses et les péchés des autres sont accueillis.

On nous dit que le plus jeune fils a « gaspillé sa fortune ». De toute évidence, le fils est allé vers une nation païenne (les « Gentils ») ») » puisque aucun fermier juif se respectant ne ferait l’élevage du porc, un animal non casher. Le fils a apparemment voyagé très loin, en s’imaginant qu’il trouverait dans un autre pays le bonheur et l’excitation qu’il n’avait pas trouvés dans sa propre contrée – et le résultat est exactement à l’opposé : il est réduit en esclavage auprès d’étrangers, contraint de prendre soin d’animaux impurs, et il est si mal nourri qu’il se meurt de faim peu à peu.

Repentant, vraiment ?

Bien que l’on présente le fils prodigue comme un modèle de repentance chrétienne, le fait est que ses motivations pour retourner à la maison sont moins que nobles. Il est désespérément affamé et prend finalement conscience de l’extrême dégradation dans laquelle il vit – une dégradation qui le place même en dessous des domestiques dans la maison de son père.

Le jeune homme souffre non pas à cause d’un sens du péché qui pourrait le mener vers la repentance, mais en raison de son indigence. Il réalise combien il a été insensé et il « reprend ses esprits ». C’est un prélude au repentir, même si ce n’est pas un véritable repentir. Le fait qu’il prépare et répète son discours à l’avance suggère un certain manque de sincérité; il ne demeure intéressé qu’à sa seule personne et à ses besoins.

La réaction disproportionnée du père

Dans l’histoire, le père n’a de toute évidence jamais abandonné espoir pour son fils et a continué à scruter l’horizon pour des signes de son éventuel retour, espérant faire famille à nouveau. La réaction du père au retour du fils est un débordement d’amour, de compassion et de tendresse : il « courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (Lc 15, v. 20) et il demande que les symboles de sa liberté et de son statut au sein de la famille – la meilleure tunique, les sandales, la bague – lui soient restitués, comme si rien ne s’était passé !

La réaction du père ne se situe pas au niveau de la logique humaine; elle est totalement hors de proportion pour ce que le fils méritait. Le fils cadet a perdu son droit de recevoir quoi que ce soit de son père et le père aurait eu tous les droits de renvoyer son fils en raison de ses gestes profondément insultants et de la honte qu’il a causée à sa famille.

Voir comme Dieu voit

Le généreux père des deux fils fait bon accueil au plus jeune qui a dilapidé son héritage, mais il ne répudie pas l’aîné qui, tout en protestant contre la prodigalité du père, lui demeure fidèle. « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15, v. 31). Le rétablissement du frère qui « était mort et est revenu à la vie » (v. 32) n’invalide pas la fidélité du fils aîné.

Dans cette parabole, Jésus déjoue nos attentes et nos catégories et nous enjoint à voir nos relations d’un point de vue radicalement nouveau et différent – « voir comme Dieu voit ». Nous devons abandonner l’image – bien trop répandue chez les adhérents à une foi religieuse – d’un Dieu qui soit comme un comptable céleste, prêt à bondir à la moindre faute. N’oublions jamais ces paroles de saint Jean Chrysostome : « Tout ce que Dieu recherche en nous, c’est la moindre ouverture et Il pardonne une multitude de péchés. »

La réaction du fils aîné

Le fils aîné réagit avec indignation : il a été obéissant et responsable, demeurant à la maison pour gérer la ferme et prendre soin de leur père après le départ précipité de son jeune frère en quête d’aventure. Cependant, les paroles du frère aîné révèlent rapidement que, bien qu’il ait fait tout cela, il ne l’a apparemment pas fait par amour ni pas générosité. Il perçoit plutôt que cela lui a été imposé, qu’il a trimé dur pendant des années pour son père sans recevoir les marques de reconnaissance qui auraient convenu. L’amertume, la froideur et la rancune avec lesquelles le fils aîné s’adresse à son père démontre une grossièreté tout aussi insultante que les actions précédentes de son frère cadet. Il ne se concentre pas sur ce qu’il a reçu, mais sur ce dont il estime avoir été privé. Il souffre de ce terrible mal du « j’y ai droit ! » qui a atteint des proportions gigantesques de nos jours !

Le frère aîné est précis dans sa condamnation du comportement de son jeune frère : il rappelle à son père comment le fils cadet a « dépensé ton bien avec des filles ». Comment le fils aîné peut-il savoir cela ? Il imagine peut-être le pire à propos de son frère et le décrit avec les termes les plus durs possibles. Comme il est aisé d’imaginer le pire à propos d’une personne contre qui nous sommes en colère, de spéculer à propos de ses défauts et de ses manquements et de les amplifier jusqu’à des proportions incroyables !

Des interrogations persistantes…

Le fils aîné finit-il par faire la paix avec son frère et l’accueillir ? Parvient-il à trouver en son cœur la force de pardonner et ainsi partager la joie du père ? Ou se découvre-t-il plus aliéné que son jeune frère l’avait été ? Nous sommes laissés sans réponses, espérant une conclusion que Jésus ne fournira jamais. Et pourtant, peut-être est-ce là la clé de lecture : chaque personne doit écrire sa propre conclusion, choisir de se comporter ou non avec le même genre d’amour, de miséricorde et de compassion que, de toute évidence, l’histoire de Jésus exige.

Nous savons ce que Jésus nous demande; l’enjeu, bien sûr, c’est d’être prêt à accepter cette invitation et la mettre en pratique dans nos vies et dans nos relations. Si nous nous rangeons du côté du jeune frère, c’est uniquement parce que nous connaissons d’avance l’issue de la parabole. Au fond de nous, nous grommelons contre cet amour qui donne un foyer aux deux fils.

Dans son exhortation apostolique de 1984, Reconciliatio et Pænitentia, le pape Jean-Paul II a commenté cette magnifique histoire :

La parabole du fils prodigue est avant tout l’histoire ineffable du grand amour d’un Père – Dieu – qui offre à Son fils, revenu à Lui, le don de la pleine réconciliation. […] Elle rappelle donc la nécessité d’une profonde transformation des cœurs pour redécouvrir la miséricorde du Père et pour vaincre l’incompréhension et l’hostilité entre frères.

La parabole du « fils prodigue » ou du « père prodigue » ou du « frère aîné indigné » peut nous attrister grandement puisqu’elle nous fait nous voir tels que nous sommes réellement et qu’elle révèle nos véritables motivations.

N’oublions pas les paroles d’au revoir du pape Jean-Paul II lors de la messe de clôture des Journées mondiales de la Jeunesse de Toronto en 2002 : « Nous ne sommes pas la somme de nos faiblesses et de nos échecs; au contraire, nous sommes la somme de l’amour du Père pour nous et de notre capacité réelle à devenir l’image de son Fils. »

Le Cardinal Newman et le repentir chrétien

Les réflexions du cardinal John Henry Newman sur l’évangile d’aujourd’hui – la parabole du fils prodigue – sont toujours d’actualité :

Le repentir est un travail qui s’effectue à divers moments et qui se perfectionne graduellement et par le biais de maints revers. Ou plutôt, et ce, sans changement aucun au sens du mot « repentance », c’est un travail jamais terminé, jamais complété – inachevé à la fois dans son imperfection inhérente et à cause des opportunités douces et fraîches qui se présentent pour le mettre en pratique. Nous péchons sans cesse; nous devons sans cesse reprendre notre chagrin et notre dessein d’obéissance, répéter nos confessions et nos prières de pardon. Il n’est nul besoin de faire une relecture des rudiments de notre repentance, si toutefois nous parvenions à les retracer, en les interprétant comme isolés et curieux dans notre parcours religieux; nous ne sommes que commencement; le plus parfait chrétien n’est qu’un débutant à lui-même, un vaurien pénitent qui a dilapidé les cadeaux de Dieu et revient à Lui pour être éprouvé de nouveau, cette fois non comme un fils, mais comme un ouvrier.

Dans cette parabole, alors, il n’est pas nécessaire de comprendre la description du retour du fils prodigue pour signifier qu’il y a un état de désobéissance et un état subséquent de conversion clairement marqués dans la vie des chrétiens en général. Le retour du fils décrit l’état de tout chrétien à tout moment et s’accomplit plus ou moins, selon les circonstances, dans telle ou telle situation; il s’accomplit d’une certaine manière au début de son parcours chrétien et d’une autre façon à la fin.

(Image : Le Fils Prodigue par Rembrandt)

Accepter le Christ, c’est accepter Sa croix

Newman cropped

Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire, Année C – 4 septembre 2016

Sagesse 9,13-18b
Philémon 1,9-10.12-17
Luc 14,25-33

Le passage de l’évangile de ce dimanche (Luc 14, v. 25 à 33) présente une série de dictons, ce qui est unique au style de Luc. Ce dernier fait parler Jésus au sujet des exigences d’être un disciple. L’évangéliste rassemble trois dictons (v. 26, 27 et 33) et deux paraboles (v. 28 à 32) pour illustrer l’entièreté du dévouement d’un disciple de Jésus. Aucun attachement à la famille (v. 26) ni à des possessions matérielles (v. 33) ne doit entraver l’engagement total attendu du disciple. Accepter l’appel à être disciple, c’est être prêt à accepter aussi la persécution et les souffrances (v. 27); c’est également évaluer de façon réaliste les difficultés et les coûts (v. 28 à 32) inhérents.

Les deux paraboles intégrées dans le passage d’évangile d’aujourd’hui racontent à leur façon ce que Jésus dit dans les versets précédents : « Êtes-vous bien certains de vouloir me suivre ? Le prix en est-il plus élevé que ce que vous êtes prêts à payer ? » La première parabole évoque la construction sur un vignoble d’une tour de guet d’où le vigneron pourra monter la garde contre les voleurs et les animaux fourrageurs. La seconde dépeint la maison royale où de grands enjeux politiques se résolvent. Que l’on soit riche ou pauvre, de souche royale ou de la gente paysanne, tous nous avons essentiellement la même décision à prendre lorsque confrontés à une dépense considérable en temps, en biens : ce prix est-il plus élevé que ce que je suis prêt à débourser ? La décision ne diffère aucunement lorsqu’on entend l’appel à être disciple : l’enthousiasme des débuts y est, certes, mais ai-je les ressources nécessaires pour persévérer jusqu’au bout ?

Les deux paraboles mettent en évidence l’importance d’évaluer sagement le coût d’une vie de disciple. Le bâtisseur de la tour de guet et le roi va-t-en-guerre doivent tous deux calculer le coût de leur projet et en étudier attentivement les risques avant de prendre une décision finale. Le disciple qui choisit de suivre le Christ doit comprendre que cette allégeance aura toujours préséance sur toutes autres choses. Accepter la personne du Christ, c’est accepter Sa croix également. 

La source de notre joie

Dans la première lecture d’aujourd’hui, tirée du livre de la Sagesse (Sg 9, v. 13 à 18), l’auteur ne cherche pas à établir la distinction séculaire entre ce qui relève du corps et ce qui relève de l’âme (une distinction souvent présentée comme du dualisme). Dans les Écritures hébraïques, la nature humaine n’est pas perçue comme étant dualiste, même si l’on y reconnaît que les limites de celle-ci nous rendent impossible la pleine compréhension des mystères de Dieu. En tant que chrétiens, ne nous opposons pas au progrès humain, ne rejetons pas le confort ni les plaisirs. Plutôt, le croyant doit examiner ceux-ci à la lumière du délicat équilibre entre la sagesse et la vie. La première lecture d’aujourd’hui nous invite à une remise en question : notre joie provient-elle de la seule acquisition de possessions diverses ou du partage et de l’interaction avec Dieu et avec son prochain ? 

Choisir le Christ au-delà de tout

Au milieu des nombreuses voix qui réclament notre temps, notre argent, notre allégeance et notre attention, nous sommes appelés à choisir le Christ jusqu’au dépouillement complet de toutes autres choses. C’est une grande épreuve pour chacun de nous, particulièrement à notre époque. Si souvent nous définissons la notion de choix non pas comme la liberté de choisir tel geste plutôt que tel autre, mais comme la liberté de choisir tout en même temps. La liberté de choisir s’est métamorphosée en un « maintenons toutes nos possibilités ouvertes ». Ce qu’il y a de tragique dans cette situation, c’est qu’il est impossible de se garder toutes les portes ouvertes et, en même temps, de vivre des vies porteuses de sens et de pertinence.

L’un des aspects les plus difficiles de mon enseignement et de mon ministère pastoral auprès des jeunes adultes dans les vingt dernières années est leur réticence à s’engager dans quoi que ce soit, à prendre des risques ou à mener à terme les engagements auxquels ils ont déjà consenti. La difficulté évidente, c’est qu’il est impossible de faire un quelconque choix sans que ses conséquences n’éliminent d’autres possibilités. Chaque choix que nous faisons exclut automatiquement d’autres choix. Pourtant, choisir est essentiel et même désirable pour vivre une vie significative.

« Une mission vaut mieux que milles possibilités »

Le cardinal australien George Pell a offert l’un des enseignements les plus clairs à ce sujet dans sa remarquable homélie de la messe d’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse 2008 à Sydney, le 15 juillet 2008.

Le cardinal Pell s’est adressé à la foule de plus de 150 000 jeunes adultes venus du monde entier au sujet de leur mission de vie :

Ne vivez pas votre vie sans prendre position, mais posez des choix car seulement l’engagement apporte la plénitude. Nous parvenons au bonheur en répondant à nos obligations, en faisant notre devoir, en particulier en nous engageant dans les petites choses régulièrement afin de relever les défis plus grands. Beaucoup ont trouvé l’appel de leur vie aux Journées Mondiales de la Jeunesse.

Les paroles vibrantes du cardinal Pell résonnent encore à mes oreilles deux ans plus tard : « une mission vaut mieux que mille possibilités ». 

Sagesse et liberté véritables

Au milieu de nos vies chaotiques, Jésus s’arrête et nous dit : « Vous devez poser un choix. » L’appel Christ à une authentique vie de disciple remet en question nos plus précieuses loyautés. Tout comme il ne peut y avoir aucune autre divinité que le Dieu d’Israël, il ne peut y avoir aucun autre amour au-dessus de l’amour du Christ. Il y a donc un coût à suivre Jésus; les simples curieux et les cœurs tièdes devraient en prendre bonne note. La vie de disciple peut nous coûter tout, mais elle nous obtiendra tout ce qui a une authentique valeur. Nous serons alors véritablement sages et véritablement libres.

L’appel du Christ et de l’Évangile

L’évangéliste Luc fait valoir que Jésus affectionne peu les compromis et demande un engagement complet de la personne, un détachement catégorique de toute nostalgie du passé, de toutes exigences familiales, de toutes possessions matérielles (réf. Lc 9, v. 57 à 62, Lc 14, v. 26 à 33). À l’invitation à porter sa croix au chapitre 9 verset 23 s’ajoute la demande presque inquiétante de haïr sa famille et sa propre vie (verset 26). « Haïr » est une expression sémitique qui signifie « se détourner de, se détacher de quelqu’un ou de quelque chose ». Elle ne fait aucunement référence à l’émotion que nous ressentons dans l’expression « Je te hais ! » Si c’était le cas, le verset 26 à lui seul annulerait tous les appels du Nouveau Testament à aimer, à prendre soin de, à nourrir sa famille en particulier. « Haïr sa propre vie » n’est pas non plus un appel au dégoût de soi ni à l’autodestruction. Ce qui est exigé du disciple cependant, c’est qu’au milieu des nombreuses loyautés que tous nous portons, l’appel du Christ et de l’Évangile ait non seulement préséance, mais qu’en fait, il redéfinisse tous les autres engagements. Cela peut et doit nécessiter du détachement, un certain détournement.

Pour Luc, être chrétien implique de suivre Jésus sur la voie qu’Il emprunte (Lc 9, v. 57; Lc 10, v. 38; Lc 13, v. 22; Lc 14, v. 25). C’est Jésus lui-même qui prend l’initiative et nous appelle à Le suivre. Il le fait d’une façon qui ne laisse place ni à l’hésitation ni au doute, révélant ainsi son extraordinaire et mystérieuse identité de Fils qui connaît le Père et nous Le révèle (Lc 10, v. 22). Jésus s’adresse à tous ceux qui marchaient avec Lui à l’époque et à tous ceux qui marchent avec Lui aujourd’hui : « Réfléchissez à ce que vous êtes en train de faire et décidez si vous voulez demeurer avec Moi jusqu’au bout. »

L’être humain sera toujours tenté d’amoindrir la radicalité des exigences de l’Évangile et de l’adapter à ses propres faiblesses, ou même d’abandonner la voie entreprise. L’authenticité et la qualité de la vie d’une communauté chrétienne dépendent néanmoins de cette radicalité. Une Église qui vit dans le compromis serait comme le sel qui a perdu son goût (Lc 14,34-35).

Une représentation des disciples emplie de compassion

Nul besoin d’être parfait pour être appelé, seulement d’être fidèle et à l’écoute de Dieu. Samuel et les prophètes d’Israël, Marthe, Marie et Lazare de Béthanie, les pêcheurs de Galilée et même les percepteurs d’impôts que Jésus appelait n’étaient certes pas appelés en raison de leurs qualifications ou de leurs accomplissements. Paul soutient que Jésus appelle « les fous » afin que les sages soient dans la honte. Le portrait du disciple que l’Évangile dépeint est empli de compassion parce qu’il fait place à ceux qui luttent pour réaliser leurs rêves, à ceux qui par moments oublient qu’ils sont appelés à une noble grandeur. Nous ne serons plus jamais les mêmes parce que Jésus nous a appelés, nous a aimés, nous a transformés et nous a rendus à Son image. Puisqu’Il nous a appelés, nous n’avons d’autre choix que d’en appeler d’autres à accepter l’Évangile et à Le suivre.

Être disciple a coûté cher au cardinal Newman

Le 19 septembre 2010 avait lieu à Birmingham en Angleterre la très attendue cérémonie de béatification du grand théologien catholique de l’époque victorienne, le cardinal John Henry Newman, l’un des catholiques anglais les plus influents du 19e siècle. Passant de l’anglicanisme au catholicisme, il a mis à contribution sa grande intelligence et sa magistrale capacité d’écriture pour gagner à Christ et à l’Église catholique romaine des milliers de personnes. Embrasser la foi catholique lui a coûté maints sacrifices. Après sa conversion, plusieurs amis ont rompu toutes relations avec lui et sa famille l’a tenu à l’écart. Il a dû démissionner de sa chaire d’enseignement, perdant ainsi son unique source de revenu. Il a connu la terrible douleur de l’incompréhension au sein de sa propre famille, de même que de la part des chefs d’Église et de ses proches. Newman a dit que la seule chose qui l’a soutenu durant cette période éprouvante fut la présence du Christ dans le Saint Sacrement.

En hommage à son travail et à sa dévotion extraordinaires, le pape Léon XIII a élevé au rang de cardinal le père John Henry Newman en 1879. Après une vie d’épreuves, Newman a accueilli la nouvelle avec joie et a déclaré : « Le nuage s’est dissipé pour toujours ». Le cardinal Newman est décédé à l’âge de 89 ans dans l’Oratory House d’Edgbaston le 11 août 1890. Le pape Jean-Paul II l’a déclaré Vénérable en 1991. Le 19 septembre 2010, Benoît XVI lui-même a honoré le cardinal John Henry Newman, un bon et fidèle serviteur qui a accepté de payer le prix fort pour être disciple de Jésus.

(Image : Bienheureux John Henry Newman)

Privilégier le précieux don de la foi

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Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire, Année C – 7 août 2016

Sagesse 18,6-9
Hébreux 11,1-2.9-19 ou 11,1-2.8-12
Luc 12,32-48 

Appelé selon les plus sages des rois Israélites, Salomon, le Livre de la Sagesse, était utilisé comme un manuel ou un vade-mecum pour les jeunes juifs qui vivaient au sein de la culture Grecque, de 300 av. J.-C. à 200 ap. J.-C. Les Juifs étaient en admiration de cette brillante culture qui les entouraient, et craignaient peut être que leurs valeurs traditionnelles pourraient bien être inférieures à celles de la société égyptienne. La sagesse consistait en une série de dictons sages, des discussions philosophiques et morales, des écrits d’apologétiques religieuses, de science et de rhétorique. Les auteurs aspiraient à éduquer et à consolider la foi juive dans un environnement étranger.

La section finale du livre de la Sagesse, d’où est extraite la première lecture d’aujourd’hui [Sagesse 18,6-9] loue Dieu en tant que libérateur de son peuple. Un des points culminants du texte consistait en une glorification de Dieu pour son pouvoir magnanime qui détruisit le premier né des Égyptiens, et qui, en contrepartie, avait simultanément libéré son peuple. Israël a été sauvé parce qu’il avait « attendu le salut des justes » [v 7]. Les Égyptiens avaient été anéantis parce ce qu’ils n’avaient pas écoutés Dieu ; Israël a été sauvé parce qu’il a écouté Dieu.

Portraiture de la foi religieuse

Chaque fois que j’ai un moment de frustration, de découragement ou de tristesse sur l’état actuel de l’Église, je relis le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux. Ce chapitre s’inspire des personnes et des évènements de l’Ancien Testament pour dépeindre un portrait inspirant de la foi religieuse, ferme et inébranlable face à n’importe quels obstacles qui la confrontent.

La deuxième lecture d’aujourd’hui [Héb 11,1-2 ; 8-19] est extraite d’un chapitre chronologiquement rédigé. Hébreux [11,3-7] s’inspire des neuf premiers chapitres de la Genèse [1-9] ; le chapitre [11,8-22], s’inspire de la période des patriarches ; le chapitre [11,23-31] s’inspire de l’époque de Moïse ; et le chapitre [11,32-38] de l’histoire des Juges, des Prophètes et des martyrs Maccabéens.

L’auteur présente la description la plus extensive que l’on retrouve dans le Nouveau Testament, même si son intérêt n’accuse pas une définition technique. C’est en se basant sur les besoins de son audience qu’il décrit ce que fait la foi authentique, et non pas ce qu’elle est en soi. À travers la foi Dieu garantit les bénédictions que l’on espérait de lui, en fournissant une évidence dans le don de la foi, que ce qu’il promet adviendra éventuellement [11,1]. Comme ils avaient acceptés dans la foi, la garantie du futur que Dieu leur a promis, les personnages bibliques évoqués dans la Lettre aux Hébreux [11,3-38] étaient eux-mêmes commandés par Dieu [11,2]. Les Chrétiens avaient une raison plus grande pour rester fermes dans la foi car, contrairement à l’Ancien Testament, les hommes et les femmes de foi ont perçu le commencement de l’accomplissement des promesses messianiques de Dieu [11,39-40].

Il est important de se rappeler les paroles du Cardinal John Henry Newman dans une de ses homélies sur cet extrait des Hébreux : « C’est alors une chose d’avoir la foi, et une autre chose de recevoir la promesse à travers la foi. La foi n’affecte pas en elle-même le faite de recevoir la promesse. » 

Le retour de Jésus en gloire

La collection des dictons dans l’évangile d’aujourd’hui [Luc 12,32-48] est liée à la compréhension de Luc de la Fin des Temps et du retour de Jésus. Luc souligne l’importance d’être fidele aux enseignements de Jésus dans la période qui précède la parousie (l’avènement final).

Le passage de l’évangile d’aujourd’hui reflète les questions qui étaient posées depuis la conviction du début du Christianisme que Jésus retournera tôt dans sa gloire et dans le retard qui avait déjà eu lieu. Cet Évangile, écrit plus d’un demi-siècle après la mort de Jésus, devait accuser des préoccupations concernant la laxité de la part des membres de la communauté qui était déjà en attente de l’avènement de Jésus, et qui était découragée de son retard.

La parabole de Luc sur les serviteurs fidèles soulève les questions suivantes :

  • Qu’est ce qui caractérise un régisseur à la lumière de la certitude de la responsabilité à venir ?
  • L’image présentée dans l’Évangile est celle d’un maître qui retourne d’un voyage. Quelle est la tendance des employées en l’absence du maître ? De se laisser aller !

Ceux qui se laissent aller sont invariablement surpris alors qu’ils sont endormis, lors de la venue du chef. Il y a une nécessité pour la foi et la fidélité à la lumière de l’avènement du jugement et des récompenses à être données lorsque le Christ retournera.

Même s’il y a un retard, le message est clair : Soyez prêts ! La fidélité sera proportionnellement récompensée. Le manque de fidélité pourrait indiquer une déficience de la foi, rendant la personne susceptible au jugement. Ce passage évangélique identifie clairement le Royaume de Dieu comme notre préoccupation ultime. Le Royaume ne résulte pas de l’ingéniosité humaine ; Il est un pur don de Dieu. Jésus atteste la mesure classique des priorités, « Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » [Luc 12,34].

Jésus évoque aussi les priorités dans la vie des dirigeants de l’Église. Le monde focalise les priorités et les valeurs autour du pouvoir, du succès de la popularité et du plaisir. Les gens en pouvoir choisissent parfois le pouvoir sur la justice comme ultime préoccupation. Les récits scripturaires d’aujourd’hui nous aident à mesurer ces priorités et valeurs contre les préoccupations ultimes du Royaume. Le chef est avant tout un serviteur. Jésus souligne la responsabilité du chef de la manière suivante : « Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. » [Luc 12,48]. Plus le poste est important, plus grande l’attente, et plus importante la responsabilité. 

Six nouveaux serviteurs fidèles pour l’Église

Le dimanche 17 octobre, 2010, le pape Benoît XVI a canonisé six nouveaux saints à la Place Saint Pierre au Vatican. Ils comprennent Stanislaw Soltys le Polonais, décédé en 1489 ; l’Espagnole Candida Maria de Jésus, décédée en 1912 ; les Italiennes Camilla Battista da Varano, décédée 1524 et Giulia Salzano, décédée en 1929 ; le Canadien, Frère André Bessette, décédé en 1937 ; et l’Australienne Marie de la Croix MacKillop décédée en 1909. L’histoire du fidèle serviteur dans l’évangile d’aujourd’hui résume la vie de chacun de ces remarquables individus. Je voudrais évoquer en particulier la vie de Sainte Mary MacKillop, la première sainte de l’Australie.

Sainte Mary de la Croix MacKillop

Née en 1842 de pauvres parents Écossais qui émigrèrent en Australie, la bienheureuse Mary MacKillop laissa un grand legs. L’Australie lui doit son système d’éducation catholique et le travail de la Congrégation qu’elle fondât au Sud de l’Australie en 1866 à l’âge de 24 ans. Mary a fondé les Sœurs de Saint Joseph du Sacré Cœur comme ordre religieux pour les femmes consacrées au service des pauvres, spécialement dans les districts de pays isolés. Les sœurs suivaient les fermiers, les miniers, les travailleurs des chemins de fer aux endroits reculés de la brousse. Les sœurs partageaient les souffrances des gens, quelles qu’étaient les difficultés qui faisaient ces derniers souffrir. Les sœurs Joséphites investissaient leur énergie dans les activités d’assistance sociale, en construisant des orphelinats pour enfants et des maisons de refuges pour les immigrants et les femmes.

Mère Mary défendait ce en quoi elle croyait, ce qui lui causait des soucis avec les dirigeants religieux. La tension se développât en conflit concernant les affaires éducationnelles, et le résultat était qu’elle soit excommuniée pour insubordination par l’évêque local en 1871. L’évêque l’avait accusée d’encourager la désobéissance et la défiance au sein de ses écoles. L’excommunication qu’on lui imposât fut levée 6 mois après, et, sur son lit de mort, l’évêque a attesté qu’il avait pris la mauvaise décision.

En 1883, Mary a encore une fois affronté l’établissement de l’Église. Un autre évêque lui ordonnât de quitter son diocèse et Mary fut transférée à la préfecture des Sœurs Joséphites à Sydney, où elle mourût le 8 août, 1909. Avant de mourir à l’âge de 67 ans, des gens de tous les milieux la considéraient déjà une sainte.

Chercher à obtenir le Royaume c’est chercher à voir le Christ

Une des qualités surprenantes de Sainte Mary MacKillop c’est qu’elle n’est jamais devenue cruelle avec les dirigeants de l’Église qui l’opposaient si vigoureusement. Son attitude de pardon était complémentée par les remarquables œuvres de sa congrégation religieuse. Dans son homélie à l’occasion de sa béatification en 1995 en Australie, le pape Jean Paul II lui dit :

Avec gentillesse, courage et compassion, elle proclamait la Bonne Nouvelle parmi les « battants » isolés et les habitants des bidonvilles. Mère Mary de la Croix savait que derrière l’ignorance, la misère et la souffrance qu’elle rencontrait il y avait des gens, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, qui désiraient Dieu et sa justice. Elle savait, parce qu’elle était une vraie enfant de son temps et de sa communauté: la fille d’immigrants qui devaient lutter en tout moment afin de se bâtir une vie dans leurs nouveaux milieux. Son histoire nous rappelle le besoin d’accueillir les gens, de tendre la main aux isolés, aux dépravés, au désavantageux. Chercher le Royaume de Dieu et sa justice c’est chercher à voir le Christ en l’étranger, de le rencontrer en eux et de les aider à le voir en chacun de nous !

Trouver la liberté dans la désolation

La première lecture du Livre de la Sagesse soulève les questions suivantes:

  • N’est-ce pas vrai que dans les moments les plus sombres, les plus difficiles de notre vie nous retrouvons une immense liberté ?
  • Ceci ne décrit-il pas le voyage de Sainte Mary MacKillop ?
  • Combien de fois une période de souffrance nous a-t-elle menés à la joie et la consolation sous la turbulence de la surface ?

Lorsque je lis les deux autres passages scripturaires d’aujourd’hui : « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. » [Héb 11,13-14], et « Le Seigneur répond : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. » [Luc 12,42-43], je me rappelle Sainte Mary MacKillop, une exégèse vivante des textes bibliques d’aujourd’hui.

(Photo : CNS/Tony Gentile, Reuters)

Allocution du pape François lors de la Veillée de prière avec les jeunes des JMJ de Cracovie

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Chers jeunes,

Il est beau d’être ici avec vous en cette veillée de prière.
À la fin de son témoignage courageux et émouvant, Rand nous a demandé quelque chose. Il a dit : ‘‘Je vous demande sincèrement de prier pour mon cher pays’’. Une histoire marquée par la guerre, par la douleur, par la perte, qui finit avec une demande : celle de la prière. Qu’y a-t-il de mieux que de commencer notre veillée en priant ?

Nous venons de diverses parties du monde, de continents, de pays, langues, cultures, peuples différents. Nous sommes ‘‘fils’’ de nations qui peut-être qui sont en train de discuter à cause de divers conflits, ou même sont en guerre. Pour d’autres, nous venons de pays qui peuvent être en ‘‘paix’’, qui n’ont pas de conflits belliqueux, où beaucoup des choses douloureuses qui arrivent dans le monde font seulement partie des nouvelles et de la presse. Mais nous sommes conscients d’une réalité : pour nous, aujourd’hui et ici, provenant de diverses parties du monde, la douleur, la guerre que vivent de nombreux jeunes, ne sont plus une chose anonyme, elles ne sont plus une nouvelle de la presse, elles ont un nom, un visage, une histoire, une proximité. Aujourd’hui, la guerre en Syrie est la douleur et la souffrance de tant de personnes, de tant de jeunes comme le courageux Rand, qui se trouve au milieu de nous et nous demande de prier pour son cher pays.

Il y a des situations qui peuvent nous paraître lointaines jusqu’à ce que, de quelque manière, nous les touchions. Il y a des réalités que nous ne comprenons pas parce nous ne les voyons qu’à travers un écran (du téléphone portable ou de l’ordinateur). Mais lorsque nous entrons en contact avec la vie, avec ces vies concrètes non plus médiatisées par les écrans, alors il nous arrive quelque chose de fort, nous sentons l’invitation à nous impliquer : ‘‘Assez des villes oubliées’’, comme dit Rand ; il doit plus jamais arriver que des frères soient ‘‘entourés par la mort et par les tueries’’, sentant que personne ne les aidera. Chers amis, je vous invite à prier ensemble pour la souffrance de tant de victimes de la guerre, afin qu’une fois pour toutes, nous puissions comprendre que rien ne justifie le sang d’un frère, que rien n’est plus précieux que la personne que nous avons à côté. Et dans cette demande de prière, je veux vous remercier également, Natalia et Miguel, parce que vous aussi vous avez partagé avec nous vos batailles, vos guerres intérieures. Vous nous avez présenté vos luttes, et comment vous les avez surmontées. Vous êtes des signes vivants de ce que la miséricorde veut faire en nous.

À présent, nous, nous ne mettrons pas à crier contre quelqu’un, nous ne mettrons pas à nous quereller, nous ne voulons pas détruire. Nous, nous ne voulons pas vaincre la haine par davantage de haine, vaincre la violence par davantage de violence, vaincre la terreur par davantage de terreur. Et notre réponse à ce monde en guerre a un nom : elle s’appelle fraternité, elle s’appelle lien fraternel, elle s’appelle communion, elle s’appelle famille. Nous célébrons le fait de venir de diverses cultures et nous nous unissons pour prier. Que notre meilleure parole, notre meilleur discours soit de nous unir en prière. Faisons un moment de silence et prions ; mettons devant Dieu les témoignages de ces amis, identifions-nous avec ceux pour lesquels ‘‘la famille est un concept inexistant, la maison rien qu’un endroit où dormir et manger’’, ou bien avec ceux qui vivent dans la peur de croire que leurs erreurs et leurs péchés les ont exclus définitivement. Mettons en présence de notre Dieu également vos ‘‘guerres’’, les luttesCapture d’écran 2016-07-30 à 13.57.31 que chacun porte avec soi, dans son cœur.

(SILENCE)

Tandis que nous priions m’est venue à l’esprit l’image des Apôtres le jour de Pentecôte. Une scène qui peut nous aider à comprendre tout ce que Dieu rêve de réaliser dans notre vie, en nous et avec nous. Ce jour, par peur, les disciples étaient enfermés. Ils se sentaient menacés par un entourage qui les persécutait, qui les contraignait à rester dans une petite chambre, les obligeant à demeurer figés et paralysés. La crainte s’était emparée d’eux. Dans ce contexte, il s’est passé quelque chose de spectaculaire, quelque chose de grandiose. L’Esprit Saint est venu et des langues comme de feu se sont posées sur chacun d’eux, les poussant à une aventure dont ils n’auraient jamais rêvé.

Nous avons écouté trois témoignages ; nous avons touché, de nos cœurs, leurs histoires, leurs vies. Nous avons vu comment eux, comme les disciples, ils ont vécu des moments semblables, ont connu des moments où ils ont été en proie à la peur, où il semblait que tout croulait. La peur et l’angoisse qui naissent de la conscience qu’en sortant de la maison on peut ne plus revoir ses proches, la peur de ne pas se sentir apprécié et aimé, la peur de ne pas avoir d’autres opportunités. Ils ont partagé avec nous la même expérience qu’ont faite les disciples, ils ont fait l’expérience de la peur qui mène à un seul endroit : à la fermeture. Et lorsque la peur se terre dans la fermeture, elle est toujours accompagnée de sa ‘‘sœur jumelle’’, la paralysie ; nous sentir paralysés. Sentir qu’en ce monde, dans nos villes, dans nos communautés, il n’y a plus d’espace pour grandir, pour rêver, pour créer, pour regarder des horizons, en définitive pour vivre, est l’un des pires maux qui puissent nous affecter dans la vie. La paralysie nous fait perdre le goût de savourer la rencontre, de l’amitié, le goût de rêver ensemble, de cheminer avec les autres.

Dans la vie, il y a une autre paralysie encore plus dangereuse et souvent difficile à identifier, et qu’il nous coûte beaucoup de reconnaître. J’aime l’appeler la paralysie qui naît lorsqu’on confond le BONHEUR avec un DIVAN ! Oui, croire que pour être heureux, nous avons besoin d’un bon divan. Un divan qui nous aide à nous sentir à l’aise, tranquilles, bien en sécurité. Un divan – comme il y en a maintenant, modernes, avec des massages y compris pour dormir – qui nous garantissent des heures de tranquillité pour nous transférer dans le monde des jeux vidéo et passer des heures devant le computer. Un divan contre toute espèce de douleur et de crainte. Un divan qui nous maintiendra enfermés à la maison sans nous fatiguer ni sans nous préoccuper. Le divan-bonheur est probablement la paralysie silencieuse qui peut nous nuire davantage ; parce que peu à peu, sans nous en rendre compte, nous nous endormons, nous nous retrouvons étourdis et abrutis tandis que d’autres – peut-être plus éveillés, mais pas les meilleurs – décident de l’avenir pour nous. Sûrement, pour beaucoup il est plus facile et avantageux d’avoir des jeunes étourdis et abrutis qui confondent le bonheur avec un divan ; pour beaucoup, cela est plus convenable que d’avoir des jeunes éveillés, désireux de répondre au rêve de Dieu et à toutes les aspirationsdu cœur.

Mais la vérité est autre : chers jeunes, nous ne sommes pas venus au monde pour ‘‘végéter’’, pour vivre dans la facilité, pour faire de la vie un divan qui nous endorme ; au contraire, nous sommes venus pour autre chose, pour laisser une empreinte. Il est très triste de passer dans la vie sans laisser une empreinte. Mais quand nous Capture d’écran 2016-07-30 à 13.57.26choisissons le confort, en confondant bonheur et consumérisme, alors le prix que nous payons est très mais très élevé : nous perdons la liberté.

Justement ici, il y a une grande paralysie, lorsque nous commençons à penser que le bonheur est synonyme de confort, qu’être heureux, c’est marcher dans la vie, endormi ou drogué, que l’unique manière d’être heureux est d’être comme un abruti. Il est certain que la drogue fait du mal, mais il y a beaucoup d’autres drogues socialement acceptées qui finissent par nous rendre beaucoup ou de toute manière plus esclaves. Les unes et les autres nous dépouillent de notre plus grand bien : la liberté.

Chers amis, Jésus est le Seigneur du risque, du toujours ‘‘au-delà’’. Jésus n’est pas le Seigneur du confort, de la sécurité et de la commodité. Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde. Aller par les routes en suivant la ‘‘folie’’ de notre Dieu qui nous enseigne à le rencontrer en celui qui a faim, en celui qui a soif, en celui qui est nu, dans le malade, dans l’ami qui a mal tourné, dans le détenu, dans le réfugié et dans le migrant, dans le voisin qui est seul. Aller par les routes de notre Dieu qui nous invite à être des acteurs politiques, des personnes qui pensent, des animateurs sociaux. Il nous incite à penser à une économie plus solidaire. Dans les milieux où vous vous trouvez, l’amour de Dieu nous invite à porter la Bonne Nouvelle, en faisant de notre propreCapture d’écran 2016-07-30 à 14.02.15 vie un don fait à lui et aux autres.

Vous pourrez me dire: Père, mais cela n’est pas pour tous, c’est uniquement pour quelques élus ! Oui, et ces élus sont tous ceux qui sont disposés à partager leur vie avec les autres. De la même façon que l’Esprit Saint a transformé le cœur des disciples le jour de Pentecôte, il a fait de même avec nos amis qui ont partagé leurs témoignages. J’emprunte tes mots, Miguel : tu nous disais que le jour où dans la ‘‘Facenda’’ ils t’ont confié la responsabilité d’aider au meilleur fonctionnement de la maison, alors tu as commencé à comprendre que Dieu te demandait quelque chose. C’est ainsi qu’a commencé la transformation.

Voilà le secret, chers amis, que nous sommes appelés à expérimenter. Dieu attend quelque chose de toi, Dieu veut quelque chose de toi, Dieu t’attend. Dieu vient rompre nos fermetures, il vient ouvrir les portes de nos vies, de nos visions, de nos regards. Dieu vient ouvrir tout ce qui t’enferme. Il t’invite à rêver, il veut te faire voir qu’avec toi le monde peut être différent. C’est ainsi : si tu n’y mets pas le meilleur de toi-même, le monde ne sera pas différent.

Le temps qu’aujourd’hui nous vivons n’a pas besoin de jeunes-divan, mais de jeunes avec des chaussures, mieux encore, chaussant des crampons. Il n’accepte que des joueurs titulaires sur le terrain, il n’y a pas de place pour des réservistes. Le monde d’aujourd’hui vous demande d’être des protagonistes de l’histoire, parce que la vie est belle à condition que nous voulions la vivre, à condition que nous voulions y laisser une empreinte. L’histoire aujourd’hui nous demande de défendre notre dignité et de ne pas permettre que ce soient d’autres qui décident notre avenir. Le Seigneur, comme à la Pentecôte, veut réaliser l’un des plus grands miracles dont nous puissions faire Capture d’écran 2016-07-30 à 14.03.39l’expérience : faire en sorte que tes mains, mes mains, nos mains se transforment en signes de réconciliation, de communion, de création. Il veut tes mains pour continuer à construire le monde d’aujourd’hui. Il veut construire avec toi.

Tu me diras : Père, mais moi, j’ai bien des limites, je suis pécheur, que puis-je faire ? Quand le Seigneur nous appelle, il ne pense pas à ce que nous sommes, à ce que nous étions, à ce que nous avons fait ou cessé de faire. Au contraire, au moment où il nous appelle, il regarde tout ce que nous pourrions faire, tout l’amour que nous sommes capables de propager. Lui parie toujours sur l’avenir, sur demain. Jésus te projette à l’horizon. C’est pourquoi, chers amis, aujourd’hui, Jésus t’invite, il t’appelle à laisser ton empreinte dans la vie, une empreinte qui marque l’histoire, qui marque ton histoire et l’histoire de beaucoup.

La vie d’aujourd’hui nous dit qu’il est très facile de fixer l’attention sur ce qui nous divise, sur ce qui nous sépare. On voudrait nous faire croire que nous enfermer est la meilleure manière de nous protéger de ce qui fait mal. Aujourd’hui, nous les adultes, nous avons besoin de vous, pour nous enseigner à cohabiter dans la diversité, dans le dialogue, en partageant la multi culturalité non pas comme une menace mais comme une opportunité : ayez le courage de nous enseigner qu’il est plus facile construire des ponts que d’élever des murs ! Et tous ensemble, demandons que vous exigiez de nous de parcourir les routes de la fraternité. Construire des ponts : savez-vous quel le premier pont à construire ? Un pont que nous pouvons réaliser ici et maintenant : nous serrer les mains, nous donner la main. Allez-y, faites-le maintenant, ici ce pont primordial, et donnez-vous la main. C’est le grand pont fraternel, et puissent les grands de ce monde apprendre à le faire !… toutefois non pour la photographie, mais pour continuer à construire des ponts toujours plus grands. Que ce pont humain soit semence de nombreux autres ; il sera une empreinte.

Aujourd’hui Jésus, qui est le chemin, t’appelle à laisser ton empreinte dans l’histoire. Lui, qui est la vie, t’invite à laisser une empreinte qui remplira de vie ton histoire et celle de tant d’autres. Lui, qui est la vérité, t’invite à abandonner les routes de la séparation, de la division, du non-sens. Es-tu d’accord ? Que répondent tes mains et tes pieds au Seigneur, qui est chemin, vérité et vie ?

Témoignage de Rand Mittri, 26 ans d’Alep en Syrie lors de la Veillée de prière avec le pape François

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Je m’appelle Rand Mittri. J’ai 26 ans et je viens d’Alep, en Syrie. Comme vous le savez peut-être, notre ville a été détruite, ruinée et brisée. Le sens de notre vie a été anéanti. Nous sommes la ville oubliée.

Cela peut être difficile pour une grande partie d’entre vous de comprendre l’étendue de ce qui se passe maintenant dans mon pays bien-aimé, en Syrie. Il va m’être très difficile de vous donner une image de la vie pleine de douleur en quelques phrases, mais je vais partager avec vous quelques aspects de notre réalité.

Chaque jour, nous vivons entourés de la mort. Mais comme vous, le matin, nous fermons la porte quand nous allons au travail ou à l’école. C’est à ce moment que nous sommes pris par la peur de ne pas pouvoir rentrer pour retrouver nos maisons et nos familles. Peut-être serons- nous tués ce jour. Peut-être nos familles ne seront plus en vie. C’est un sentiment dur et douloureux de savoir que tu es entouré de la mort et de la tuerie, et qu’il n’y a pas de possibilité de s’enfuir : il n’y a personne pour t’aider.

Est-il possible que ce soit la fin et que nous soyons nés pour mourir en souffrance ? Ou bien sommes-nous nés pour vivre, pour vivre la vie le plus pleinement possible ? Mon expérience de cette guerre a été rude et difficile. Mais tout ça a fait que j’ai mûri et j’ai grandi avant mon âge, que je vois les choses d’une perspective différente.

Je travaille dans le centre Don Bosco à Alep. Notre centre reçoit plus de 700 jeunes hommes et femmes qui s’y rendent en espérant de voir un sourire ou entendre un mot d’encouragement. Ils recherchent aussi quelque chose qui manque dans leurs vies : de vrais soins humanitaires. Mais il est très difficile pour moi de donner de la joie et de la foi aux autres quand moi-même je manque de ces choses dans ma vie.

A travers ma maigre expérience de vie, j’ai appris que ma foi en Jésus Christ l’emporte sur les circonstances de la vie. La vérité n’est pas conditionnée par une vie en paix, exempté de souffrance. De plus en plus je crois que Dieu existe malgré toute notre douleur. Je crois que parfois, à travers notre douleur, Il nous enseigne le vrai sens de l’amour. Ma foi en Jésus Christ est la raison de ma joie et de mon espoir. Personne ne sera jamais capable de me voler cette vraie joie.

Je vous remercie tous et je vous demande sincèrement de prier pour mon pays bien-aimé, la Syrie.

Trad. : Alicja Slowik

Amasser des trésors au paradis

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Dix-huitième dimanche du temps ordinaire – 31 juillet 2016

Ecclésiastiques 1,2 ; 2,21-23
Colossiens 3,1-5.9-11
Luc 12,13-21

En plus de la préparation de la scène pour l’Évangile de Luc sur les possessions et la collecte d’objets, la lecture d’aujourd’hui est extraite de l’Ecclésiaste [1,2 ; 2,21-23] qui permet de prendre conscience avec un franc réalisme, de la nature de la vie et de l’inexorable écoulement du temps : « Vanité des vanités […] tout est vanité » [Ecc 1,2]. Le vocable « vanité » se réfere usuellement à l’amour excessif de l’apparence de soi, et pourtant dans Qohélet il prend un tout autre sens. Le terme en anglais signifie « vide » ou « néant », alors une « vanité des vanités » se définirait en quelque sorte par « une perte de temps absolue. » L’auteur du livre de l’Ecclésiaste se donne le nom « Qohélet, » qui se traduit par « une personne qui assemble » ou « une personne qui enseigne ». Il est cynique vis à vis de la vie, ayant vécu longtemps et témoigné de la futilité d’une bonne part de son travail. Son livre se termine par une simple vérité : la seule chose qui vaut la peine concernant la vie est la connaissance de Dieu.

Une parabole sur l’accumulation et la possession

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Luc [12,13-21] a combiné des concepts qui contrastent avec ceux qui se concentrent et se confient dans la vie sur les possessions matérielles, symbolisés par le riche incrédule de la parabole [vv 16-21], avec ceux qui sont conscients de leur dépendance complète de Dieu [v 21], ceux dont le détachement radical du monde des possessions matérielles symbolise leur trésor eschatologique [vv 33-34].

Le sujet de la convoitise survient à cause d’une sollicitation de Jésus par une personne dans la foule d’intervenir dans une affaire d’héritage. Jésus refuse et transforme la conversation en une leçon contre le matérialisme. Il illustre ceci par l’histoire d’un fermier prospère qui décide de stocker l’excès de ses récoltes. L’homme riche décide alors d’ériger une grange ou un silo à grains. Jésus semble suggérer que le fermier devrait partager son surplus de récolte avec les pauvres.

L’appétit qui incite à stocker remplace Dieu par les biens matériels et constitue une action d’insensibilité vis à vis des besoins d’autrui. La parabole ne s’intéresse pas uniquement au mauvais traitement des ouvriers par le fermier, ni même de n’importe quel acte criminel de la part de ce dernier. En fin de compte le fermier est prudent et économiquement conservateur. Donc s’il n’est pas injuste, qu’est-ce qu’il est ? La parabole dit qu’il est imbécile. Il vit complètement pour lui-même. Il ne parle qu’à lui-même, ne planifie que pour lui-même, et ne félicite que lui même. Sa mort soudaine prouve son idiotie. « Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd où se ruine lui-même ? » [9,25]

Les possessions et l’égoïsme deviennent plus importants que les êtres humains. En d’autres termes, « la fixation sur la possession » a un effet préjudiciable aux rapports humains. L’homme qui interrompit l’enseignement de Jésus n’est pas conscient de son intrusion inappropriée. Il ne peut se connecter de manière appropriée avec son monde extérieur à cause de l’urgence de son monde intérieur et de ses besoins personnels.

Le pouvoir destructif des possessions

Jésus utilise la « fixation sur les possessions » de cet homme pour évoquer une chose qui peut nuire à l’esprit. Les relations familiales de l’homme en question son clairement tumultueuses à cause des possessions matérielles. Quiconque dépend uniquement des biens terrestres finira par perdre, même s’il semble y avoir du succès en apparence. La mort trouvera cette personne aux possessions abondantes mais qui a vécu une vie de gaspillage [vv 13, 21].

Convoiter c’est désirer inadéquatement la possession d’autrui ou envier ce que Dieu a donné à autrui. Jésus répète le commandement « ne convoitez pas, » mais il affirme de même que la vie d’une personne ne consiste pas en l’abondance de ses possessions. Jésus sonde le cœur – Ou se trouve ton trésor ? Le trésor a une connexion spéciale avec le cœur, le lieu du désir et de l’envie, le lieu de la volonté et du focus. La chose sur laquelle notre cœur mise est notre plus précieux trésor.

La richesse et l’avidité

Dans plusieurs sociétés, la richesse est un signe de l’approbation de Dieu, la pauvreté et les épreuves sont des signes du désagrément de Dieu. Jésus ne dit pas qu’être riche c’est être mauvais. En effet, Mathieu, Marc et Luc rapportent tous les paroles de Jésus, « Il est plus facile pour un chameau de passer dans l’œil de l’aiguille qu’il n’est pour un riche homme d’entrer dans le Royaume de Dieu […] » Nonobstant, Jésus ne dit pas qu’il est erroné d’être riche. C’est l’avidité qui est répréhensible. L’avidité peut transformer les grâces des richesses en un fardeau de désir pour posséder davantage. L’avertissement de Jésus peut être proprement exprimé ainsi : « Soyez prudents […] très prudents […] que vos possessions ne vous possèdent pas. La vie ne s’agit pas de bien matériels ! » La parabole de Jésus est un avertissement distinct qui indique que l’avidité peut aboutir à un point ou le sens de la vie réduit aux choses matérielles. La force conductrice de la vie devient alors une recherche pour posséder « plus » – une recherche de « choses ». L’avidité, en fait, enfreint le commandement, « Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu. » et ainsi la déclaration dans Colossiens 3,5, la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles. »

Défier la mentalité de prospérité évangélique

L’Évangile de Jésus défie la « mentalité de prospérité évangélique. » Jésus n’est pas contre la richesse matérielle, mais il condamne le faite d’être esclave de et enchaine a la richesse. Cette dernière devient une grâce lorsqu’elle est partagée avec autrui, et devient un obstacle, voire une prison pour les personnes qui n’ont pas la sagesse de la partager avec autrui.

Nous ne sommes pas des propriétaires, mais plutôt des administrateurs des biens que nous possédons ; ceux-ci ne sont des lors plus considérés comme étant nos biens exclusifs, mais plutôt des moyens a travers lesquels le Seigneur appelle chacun de nous a agir comme administrateurs de Sa providence envers notre prochain. Comme nous le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique, les biens matériels possèdent une valeur sociale, selon le principe de leur destination universelle [#2404].

L’amassement de « trésors dans le paradis » ne signifie pas essayer de s’assurer une place dans le paradis. Ca veut plutôt dire se confier à Dieu comme source de notre sécurité. Ca veut dire avoir une relation sincère avec Dieu qui nous connaît, qui nous accepte, et qui donne un sens à nos vies. Ca veut dire avoir Dieu comme seul « objet » qui occupe notre « cœur. » Nous sommes totalement dévoués a rechercher le Royaume de Dieu, en étant confiants que Dieu nous pourvoira ce dont nous avons besoin vraiment [Mathieu 6,33]. Si nous avons Dieu comme notre « trésor », alors il n’y a rien d’autre que nous désirons. Nous pouvons précéder toute autre chose.

Allouer un espace à Dieu

Dans son troisieme encyclique « Caritas in Veritate », sur le développement charitable dans la charité et la vérité, le pape Benoît XVI évoque l’essence de la parabole de l’évangile d’aujourd’hui (no. 11) :

Sans la perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle. Enfermé à l’intérieur de l’histoire, il risque de se réduire à la seule croissance de l’avoir. L’humanité perd ainsi le courage d’être disponible pour les biens plus élevés, pour les grandes initiatives désintéressées qu’exige la charité universelle. L’homme ne se développe pas seulement par ses propres forces, et le développement ne peut pas lui être simplement offert. Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement.

Malheureusement, on a placé une confiance excessive dans de telles institutions, comme si elles pouvaient atteindre automatiquement le but recherché. En réalité, les institutions ne suffisent pas à elles seules, car le développement intégral de l’homme est d’abord une vocation et suppose donc que tous prennent leurs responsabilités de manière libre et solidaire. Un tel développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne; il a besoin de Dieu: sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre », mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».

Se traiter les uns les autres avec la bonté du Seigneur

En somme, adoptons les paroles de saint Grégoire de Nazianze cette semaine :

Frères et amis, ne soyons en aucun cas de méchants administrateurs de la grâce que Dieu nous a donnée. Si nous le sommes, nous devons écouter saint Pierre qui dit : Ayez honte, vous qui retenez ce qui appartient à autrui, prenez comme paradigme la justice de Dieu, et personne ne sera pauvre.

Alors que d’autres souffrent de pauvreté, n’œuvrons pas pour amasser des bien et empiler de l’argent, car si nous le faisons, Amos nous menacera brutalement avec ces paroles : Écoutez ceci, vous qui dites ; Où se terminera la nouvelle lune, que nous puissions vendre ; et le Sabbat, que nous puissions déballer nos trésors ?

Imitons la première et plus importante loi de Dieu qui envoie sa pluie sur les justes et les pécheurs et rayonne son soleil sur tous les êtres humains à part égale. Dieu offre la terre, les sources, les ruisseaux et les bois à tous les habitants de la terre. Il donne l’air aux oiseaux, l’eau aux poissons, et les besoins vitaux de la vie abondante a tous, sans restrictions ou limitations ou préférences. Les biens vitaux sont communs à tous, pourvus généreusement par Dieu et avec rien qui manque. Il a donné cela pour que les créatures de même nature puissent recevoir des grâces à part égale et afin de nous montrer combien sa bonté est riche.

(Image : A Golden Harvest par Gregory Frank Harris)

L’art de l’hospitalité biblique

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Seizième dimanche du temps ordinaire, Année C – 17 juillet 2016

Genèse 18,1-10a
Colossiens 1,24-28
Luc 10,38-42

Que signifie être hospitalier ? Les histoires bibliques prônent l’hospitalité à la fois en tant que devoir et œuvre de compassion. L’hospitalité « bédouine » du désert est une nécessité pour la survie ; et puisque cette nécessité concerne tout le monde à titre égal, n’importe quel invité a droit à cette hospitalité de la part de tout hôte. L’invité, une foi accueilli par l’hôte, est sacré, et doit être protégé de tout danger même au détriment de la vie des membres de la famille.

Un bon hôte prépare un festin pour son invité, qu’il n’a même pas préparé pour sa propre famille. Le devoir de l’hôte de protéger son invité est illustré par les récits de Lot à Sodome [Genèse 19,1.8] et l’homme de Gibéa [Juges 19,16-24]. Job se vante de son hospitalité [Job 31,23]. Dieu est sans aucun doute l’hôte généreux [Psaumes 15,1 ; 23,5].

Plusieurs récits des Livres des Rois évoquent l’hospitalité. Chacun des quatre récits décrit, d’une manière la puissance de Dieu, à travers le prophète Elisée, qui s’effondrât face aux situations désespérées en les anéantissant avec une parole de vie. Une de ces chroniques relate l’histoire d’un couple du village de Shunem [situé sur la butte de Nain au nord d’Israël, mentionnée dans le Nouveau Testament] qui offrent de la nourriture et un logement au prophète Elisée ; à son tour, le prophète leur promet un fils, même après tant d’années de mariage où ils sont restés sans enfants.

Le couple a pris soin d’un étranger qui les a impressionné par son dévouement à Dieu, à la prière et aux préoccupations. De premier abord les actions du couple semblent simples – après tout, ils semblent être des gens influents. Cependant, ils interrompent leurs activités quotidiennes et leur vie privée pour être aux soins d’Elisée, tout d’abord en préparant un festin et en préparant la table, ensuite en l’hébergeant une nuitée. Et c’est en lui donnant qu’ils avaient reçus autant et bien plus en contrepartie – ne serait-ce que la promesse d’une nouvelle vie, et ceci en dépit des années d’amertume et de stérilité. Leur propre don a Elisée a été multiplié au-delà des bornes de leur compréhension.

Abraham et Sarah accueillent le monde

La première lecture d’aujourd’hui extraite du Livre de la Genèse [18,1-10], présente Abraham en tant que modèle, que personne généreuse et qu’hôte aimable. Dans cette captivante histoire biblique, Abraham et Sarah accueillirent les messagers de Dieu au gîte des chênes de Mamré, avec des bras ouverts. Abraham est hôte, apportant de l’eau pour laver leurs pieds et assurant l’ombre d’un arbre pour les abriter du soleil et pour leur assurer le repos. Le repas est en banquet, décrit de manière humoristique par « morceau de pain » : « prends vite trois boisseaux de farine, de fleur de farine, pétris et fais des galettes. » Sarah reste dans la tente; les coutumes sociales l’empêchaient d’interagir avec les invités mâles. Elle s’occupe de la cuisine, et neuf mois plus tard la promesse s’accomplit avec la naissance de son fils Isaac.

Lors du repas en plein air aux chênes de Mamré, la parole de Dieu fut partagée à travers une pièce théâtrale soigneusement scénarisée ! Les étrangers a Mamré (qui, nous le savons, sont Dieu et des anges) figurent au diner afin de livrer un message: Dieu promet à Abraham et Sarah que la femme stérile se réjouira.

L’hospitalité d’Abraham pourrait nous sembler un peu trop fastueuse et excessive, mais nous ne devons jamais oublier la tradition exigeante du Moyen Orient de laquelle émane la conviction chrétienne concernant l’hospitalité : c’est dans la personne de l’invité que le Christ est perçu. Dans chacune de nos conversations silencieuses, il est l’auditeur silencieux.

L’hospitalité dans le Nouveau Testament

La désignation grecque du terme « hospitalité » est « philanthropia » qui se definit par l’amour des êtres humains, et la bonté. La vertu de l’hospitalité est louée dans le Nouveau Testament et énumérée parmi les œuvres de charité par lesquels nous serons jugés [Mathieu 25,35ss.]. Jésus en dépend [Marc 1,29ss., etc.] Il la considère très importante dans les paraboles [Luc 10,34-35 ; 25,35ss.]. L’hospitalité de Dieu est une partie essentielle de son message [cf. la divine générosité dans Luc 14,16ss. ; 12,37 ; 13,29]. Jésus n’avait pas de demeure et était souvent un invité [Luc 7,36ss. ; 9,51ss. ; 10,38ss. ; 14,1ss.].

C’était l’habitude de Paul qui visitait les Juifs de demeurer chez eux au cours de ses voyages, et de ne demeurer chez les Gentils qu’en cas d’inhospitalité de la part des Juifs [Actes 14,28 ; 15,33 ; 16,15.34 ; 17,1ss ; 18,3.27 ; 21,16]. Avec la croissance et l’expansion rapides de l’Église, une organisation était nécessaire, et l’on nous raconte qu’Antioche assurait un service quotidien pour 3000 veuves, malades, et étrangers. Les évêques et les veuves en particulier se devaient d’être hospitaliers aussi bien officieusement qu’officiellement. Par la suite, les grandes églises établirent des hospices, et se sont spécialisées dans les soins de santé, se transformant ultérieurement en hôpitaux.

Hospitalité à la Béthanie

L’Évangile d’aujourd’hui est une histoire merveilleuse de Marthe et de sa sœur Marie en Béthanie [Luc 10,38-42]. Elle illustre l’importance d’être attentif aux paroles du Seigneur et de la préoccupation à l’égard des femmes dans l’Évangile de Luc. Ce récit évangélique sur Marie et Marthe a souvent été utilisé pour présenter des directives concernant le comportement attendu des femmes. Il relève le fait que Dieu ne s’intéresse pas uniquement à la qualité dont nous achevons nos tâches. Aucune femme/aucun homme ne doit se perdre dans ses charges. Marie de Béthanie a bien compris cela.

Marthe est tellement prise par les nombreuses tâches qui lui sont imposées par les règles de la tradition et la culture concernant l’hospitalité envers les visiteurs. Pourtant, en réalité, peu de choses, voire une seule chose est requise. L’anxiété et la préoccupation de Marthe dans son service, se conforment, pour la plupart, aux demandes de la société ou au désir de l’hôte d’impressionner en tant que modèle parfait de générosité et d’hospitalité.

Le verset 39 nous présente une image singulière: Marie s’assoyant aux pieds du maître. Contre cette toile de fond du Judaïsme palestinien de la première ère, cette femme assumant la posture d’un disciple aux pieds du maitre est très remarquable [cf. aussi Luc 8,35 ; Actes 22,3] ! Elle révèle une attitude caractéristique de Jésus envers les femmes dans le troisième Évangile de Luc [Luc 8,2-3].

Activité, Passivité ou Réceptivité ?

Marie de Béthanie, disciple du Seigneur, a choisi la tâche la plus importante en accueillant les autres – sa présence et son attention non divisée – afin que ses invités rayonnent. Marthe et Marie restent toujours d’actualité en tant que symboles des deux modes de vie entre lesquels nous oscillons continuellement. L’activité peut devenir un blindage contre le la nécessité de faire face aux problèmes, aux questions et aux vérités qui doivent émerger pour assurer notre survie. Il existe des instances où nous devons simplement contempler, avoir du recul, penser, si nous envisageons de devenir capables de retourner au mode d’activité significative.

La clé de l’histoire de l’évangile ne se trouve pas dans la tension du couple antagoniste activité-passivité, mais elle réside dans la réceptivité. La seule nécessité, en accueillant les autres dans notre propre demeure ou communauté, est d’être présents pour eux – d’être à l’écoute de ce qu’ils ont à dire, comme le fait Marie dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’ennemi de l’hospitalité

Jusqu’à présent nous avons considéré les aspects, ainsi que les éléments et manifestations positifs de l’hospitalité. Pourtant, l’hospitalité possède un ennemi : l’égoïsme et l’orgueil. Lorsque nous sommes trop préoccupés par nous-mêmes, nos propres problèmes et défis, ou lorsque nous désirons jalousement préserver ce que nous avons et que nous excluons les étrangers et les inconnus de nos vies et de nos richesses, nous sommes inhospitaliers. Un excès d’introspection et d’introversion nous empêchera d’être vraiment présents pour les autres. Ou alors, nous sommes tellement préoccupés par nos apparences extérieures, et tellement pris par les détails et les activités, que nous n’avons pas le temps pour écouter et accueillir.

À la célébration du repas à Béthanie, Marthe apprit une leçon profonde: peut-être un simple pain pita aurait pu être mieux qu’un banquet moyen-oriental parfait, s’il lui aurait permis de sortir de la cuisine et d’être en compagnie d’un invité d’un calibre pareil à celui qui était assis dans la salle de séjour avec sa sœur Marie. Peut-être Marthe était-elle finalement parvenue à s’asseoir et à saisir l’intégralité de l’impact de ce qui se déroulait dans sa demeure, que sa propre sœur était une vraie disciple de cet homme appelé Jésus. Et on espère que Marthe ait découvert que le repas tenait lieu uniquement de décor, non pas du script du scénario !

L’hospitalité à la Cardinal Newman

Le 19 Septembre, 2010, à Birmingham en Angleterre, avait lieu la cérémonie de béatification tant attendue pour célébrer le grand théologien victorien catholique tant aimé, John Henry Cardinal Newman. Le Cardinal Newman vit le jour dans une période de tumultes, qui connût des bouleversements politiques et militaires ainsi qu’une turbulence spirituelle. Il est passé de l’anglicanisme au catholicisme et a utilisé son grand intellect ainsi que sa maîtrise magistrale de l’expression écrite pour convertir des milliers de personnes au christianisme et pour les conduire dans l’Église catholique romaine. Il était un modèle exemplaire de bienveillance et d’hospitalité, spécialement pour les jeunes hommes et femmes à l’université. Il est le saint patron des aumôneries des universités catholiques dans le monde entier, appelés « les Centres Newman ».

En guise de préparation pour la béatification du Cardinal Newman, je m’étais mis à relire ses homélies basées sur les Évangiles du dimanche. J’étais tombé sur ses réflexions portant sur l’Evangile d’aujourd’hui de Marthe et Marie et de leur invité révéré en Béthanie.

Voici ce qu’a écrit Newman à propos du sujet de la scène évangélique d’aujourd’hui :

Il y a des hommes préoccupés et des hommes de loisirs, qui n’ont aucune part en Lui ; il y a d’autres, qui ne sont pas sans fautes, qui sacrifient complètement le loisir au détriment des affaires, ou les affaires au détriment des loisirs. Mais hormis le faux et l’extravagant, il y persiste en fin du compte deux classes de Chrétiens, ceux qui sont comme Marthe, [et] ceux qui sont comme Marie; et tout deux Le glorifient à leur propre manière, que se soit par le travail ou le silence, dans l’un ou l’autre cas se démontrant de ne pas s’appartenir eux-mêmes, mais achetés à un prix, assignés à obéir, et constants en obéissant Sa volonté. S’ils travaillent, c’est dans Son intérêt ; et s’ils adorent, c’est encore pour l’amour de Lui [Son amour]. »

« De surplus, ces deux classes de Ses disciples ne se choisissent pas leur propre cours de service, mais il [ce dernier] leur est attribué par Lui. Marthe peut bien être l’aînée, Marie la plus jeune. Je ne dis pas qu’il n’est jamais laissé au Chrétien le soin de choisir son propre chemin, qu’Il serve avec les Anges ou qu’Il adore les Séraphins ; souvent c’est le cas : Eh bien qu’il bénisse Dieu s’il peut de par son propre pouvoir de choisir en liberté cette bonne portion que notre Sauveur loue spécialement. Mais, pour la plupart, Chacun a sa propre place marquée pour lui, s’il la prend, au cours de Sa providence ; au moins il ne peut y avoir de doute sur ceux qui sont désignés pour des occupations mondaines. La nécessité de se procurer un moyen de subsistance, l’appel d’une famille, les responsabilités de statut et d’office, ce sont les signes de Dieu, qui tracent le parcours de Marthe pour de nombreuses personnes. 

Questions de réflexion

Voici quelques questions pour méditer cette semaine, en tant qu’individus et que communauté paroissiale.

  1. Comment est-ce que je pratique (nous pratiquons) l’hospitalité ?
  2. Quels sont les signes d’une communauté hospitalière ?
  3. Quels sont les ennemis de l’hospitalité ?
  4. Comment pourra-t-on devenir hospitaliers ?
  5. Est-ce que j’aime (nous aimons) les autres êtres humains réellement ?

Aimer signifie agir à l’instar du bon samaritain

Good Samaritan cropped

Quinzième dimanche du temps ordinaire, Année C – 10 juillet 2016

Deutéronome 30,10-14
Colossiens 1,15-20
Luc 10,25-37

L’histoire du bon samaritain dans la lecture d’aujourd’hui [Luc 10,25-37] constitue une des paraboles les plus précieuses de la Bible. Durant mes années d’études en Terre sainte, malgré les innombrables voyages périlleux et pourtant spectaculaires que j’avais effectué de Jérusalem à Jéricho, je me retrouvais toujours en train de méditer l’histoire provocatrice de Luc.

L’histoire de Luc porte un message percutant, car elle évoque la puissance de l’amour qui transcende tous les principes et « transforme » en voisin/e une personne parfaitement étrangère. La parabole est personnelle, puisqu’elle décrit avec une simple profondeur la naissance d’une relation humaine qui possède une dimension personnelle et physique, et qui transcende les tabous culturels et sociaux, pendant qu’une personne cicatrise la blessure d’une autre. Cette parabole est pastorale,parce qu’elle est remplie du mystère d’amour et de soin qui est l’essence même des meilleures vertus des êtres humains. L’histoire est essentiellement pratique, puisqu’elle nous incite à dépasser toutes les barrières de la culture et de la communauté, d’aller de l’avant et de faire de même !

Examinons cette parabole de Luc de plus près. L’expert juridique qui répond a la contre question de Jésus est sans doute un homme bon et honnête. Les paroles de l’expression, « voulait se justifier » pourraient souvent représenter l’avocat en train de rechercher un point faible afin de démontrer sa propre valeur. En fait, l’avocat désire s’assurer avoir bien compris ce que l’expression « amour du prochain » implique réellement. En réponse à la question posée par cet expert juridique juif concernant l’héritage de la vie éternelle, Jésus illustre la suprématie de l’amour sur le légalisme à travers cette parabole.

Le prêtre et le Lévite [vv. 31-32] sont des représentants religieux du Judaïsme qui étaient présumés se comporter comme des modèles exemplaires de « voisin » envers la victime qu’ils croiseraient sur leurs chemin. Les Lévites étaient supposés avoir un zèle particulier pour la loi. L’identité du « prochain » demandée par l’expert juridique s’avère être celle d’un Samaritain, l’ennemi du Juif. Les Samaritains étaient haïs par le groupe discriminateur des avocats. À la fin, l’avocat n’est même pas en mesure d’avouer que c’était le Samaritain qui éprouvât de la compassion. Il eut recourt a la description, « Celui qui l’a traité avec compassion. »

La compassion n’est pas un sport de salon

Agir avec compassion signifie souffrir avec les blessés et les souffrants, partager leur peine et leur agonie. La compassion ne nous laisse pas indifférents ou insensibles à l’égard de la peine de l’autre, mais fait appel à la solidarité avec les souffrants. C’est ainsi que Jésus, le Bon Samaritain par excellence, manifeste sa compassion. Parfois nous pouvons nous comporter comme le prêtre et le scribe qui, à la rencontre de l’homme blessé, sont passés outre, de l’autre côté de la rue. Nous pouvons devenir des spectateurs muets, peureux de nous impliquer et de nous salir les mains.

La compassion requiert que nous sortions de nous-même en tendant la main à ceux qui sont dans le besoin. Cela signifie que nous nous salissions les mains, voire notre réputation. L’indifférence est pire que l’hostilité. La personne hostile reconnaît au moins la présence de l’autre alors qu’elle y réagit violament ; par ailleurs, la personne indifférente ignore l’autre personne et la traite comme si elle n’existait pas. C’est ce genre d’indifférence et de manque de sensibilité, qui sont manifestées par le prêtre et le Lévite qui sont passés de l’autre cote de la rue, laissant ainsi le voyageur blessé et agressé, totalement seul.

Le Bon Samaritain nous montre le vrai sens de la compassion et de l’engagement. Il aurait pu passer outre, de l’autre côté. Il aurait pu garder son cœur ferme et refuser de répondre au besoin sincère. Mais il s’est arrêté et s’est agenouillé à cote de l’étranger qui souffrait. À ce moment précis, un « voisin » était né. Quiquonque s’arrête pour venir en aide à une personne souffrante, quel que soit la forme de cette souffrance, est un/e bon Samaritain/e. L’arrêt l’abaissement et l’agenouillement auprès des personnes souffrantes, ne s’effectuent pas en guise de curiosité mais par amour. La compassion du Samaritain l’a amené à effectuer toute une série d’actions. Tout d’abord, il lui a soigné ses plaies, puis il a accompagné l’homme blessé à une auberge pour en prendre soin davantage et, avant de quitter, il a payé le maître d’auberge la somme due afin d’accommoder ce dernier. [vv. 34-35].

Aimer signifie agir en suivant l’exemple du Bon Samaritain. Nous savons que Jésus, lui-même est le Bon Samaritain par excellence ; Bien qu’il soit Dieu, il n’a pas hésité à rendre sa divinité humble au point de devenir humain et de sacrifier sa vie pour nous. Voilà qu’après plus de deux mille ans depuis la première narration de cette histoire, cette dernière continue à transformer les gens profondément. Elle nous apprend le vrai sens de la compassion, de l’engagement et de communion avec les autres. 

Le concept du prochain

Dans sa Lettre Encyclique de 2005 intitulée « Deus Caritas Est » (Sur l’Amour Chrétien), #15, le pape Benoît XVI écrit :

La parabole du bon Samaritain (cf. Lc 10,25-37) permet surtout de faire deux grandes clarifications. Tandis que le concept de « prochain » se référait jusqu’alors essentiellement aux membres de la même nation et aux étrangers qui s’étaient établis dans la terre d’Israël, et donc à la communauté solidaire d’un pays et d’un peuple, cette limitation est désormais abolie. Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain. Le concept de prochain est universalisé et reste cependant concret. Bien qu’il soit étendu à tous les hommes, il ne se réduit pas à l’expression d’un amour générique et abstrait, qui en lui-même engage peu, mais il requiert mon engagement concret ici et maintenant.

Cela demeure une tâche de l’Église d’interpréter toujours de nouveau le lien entre éloignement et proximité pour la vie pratique de ses membres. Enfin, il convient particulièrement de rappeler ici la grande parabole du Jugement dernier (cf. Mt 25,31-46), dans laquelle l’amour devient le critère pour la décision définitive concernant la valeur ou la non-valeur d’une vie humaine. Jésus s’identifie à ceux qui sont dans le besoin: les affamés, les assoiffés, les étrangers, ceux qui sont nus, les malades, les personnes qui sont en prison. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). L’amour de Dieu et l’amour du prochain se fondent l’un dans l’autre: dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu.

Un Bon Samaritain contemporain et ses chevaliers

Lorsque je réfléchie sur les façons dont cette parabole s’est manifestée au cours de l’histoire, je ne peux m’empêcher de songer au Père Michael McGivney, un curé de paroisse qui vivait au 19ème siècle en Amérique. Il pourvoyait aux besoins de son troupeau avec une compassion rappelant celle du Christ. Le Père McGivney avait connu la pauvreté matérielle et spirituelle de tant de membres de la communauté catholique de son vivant, et avait compris que l’engagement à pourvoir aux besoins des frères et sœurs nécessiteux faisait partie de la vocation laïque. Il savait que ce n’était pas uniquement les prêtres et les religieux qui ont une vocation, mais que chaque Chrétien est appelé par le Christ à mettre en œuvre une mission particulière dans l’Église. Il cédât un leg durable en fondant et en établissant l’organisation laïque fraternelle des Chevaliers de Colomb, qui compte présentement environs 1.8 millions de membres dans le monde entier (cf. www.kofc.org). Le 14 août, 1890, le Père McGivney, alors prêtre du Diocèse de Hartford (É.-U.) mourut au jeune âge de 38 ans.

Les Chevaliers de Colomb ne sont qu’une simple continuation de la parabole du Bon Samaritain au cours de l’histoire. Cet ordre fraternel se spécialise dans la formation d’autres Bons Samaritains de notre temps. Comme le Bon Samaritain, le zèle de Jésus pour servir les malades et les personnes souffrantes était une inspiration au Père McGivney qui, en tant que prêtre, cherchait à être un signe vivant du Christ pour les gens qu’il servait.

À travers l’histoire, l’abbé McGivney et ses frères Chevaliers ont soigné les blessures de ceux qu’ils avaient croisés le long des marges au cours de l’histoire, et qui ont aidé ces derniers à recouvrer leur santé et leur force. En ce faisant, il imitent le Christ, qui est venu afin que nous puissions avoir la vie en abondance.

« Nulle part ailleurs que dans notre charité envers notre prochain, le visage de notre Eglise n’est plus attirant, » écrivait le Chevalier Suprême Carl Anderson. « Chaque rencontre d’une personne nécessiteuse est une opportunité pour créer une civilisation d’amour, une personne, en acte à la foi. »

Prière pour la canonisation de l’abbé Michael J. McGivney

De nombreux lecteurs de cette colonne hebdomadaire vivent dans des parties du monde où les Chevaliers de Colomb sont absents. Pourtant, le simple fait de savoir qu’ils existent dans l’Église et dans un monde est cause de joie et d’action de grâce. Ils actualisent l’histoire magnifique de l’Évangile d’aujourd’hui. Je vous encourage d’invoquer le Père McGivney et de lui demander de vous aider a devenir un/une bon/-ne Samaritain/e à l’égard toutes les personnes qui vous entourent. Priez pour avoir le courage de venir en aide en dépassant les limites, pour avoir l’audace de vous salir les mains en tendant la main aux marginalisés, et pour avoir la grâce et la consolation afin de reconnaître le visage de Jésus dans les visages que vous servez.

Dieu, notre Père, protecteur des pauvres, et défenseur de la veuve et de l’orphelin, vous avez appelé le prêtre, Père Michael J. McGivney, à être un apôtre de la vie familiale chrétienne, et de guider les jeunes au service généreux de leur prochain.

À travers l’exemple de sa vie et de ses vertus, aidez-nous à suivre étroitement l’exemple de votre Fils, Jésus Christ, en accomplissant le commandement de la charité et de la construction de son Corps, qui est l’Église. Que l’inspiration de votre serviteur nous incite à avoir une plus grande confiance en votre amour afin que nous puissions poursuivre son travail, en servant les personnes nécessiteuses et les personnes marginalisées.

Nous vous conjurons humblement de glorifier votre serviteur, Père Michael J. McGivney sur la Terre selon le dessein de votre volonté divine.

Par son intercession, donnez la faveur que je vous demande (présentez votre demande personnelle). En Christ notre Seigneur. Amen.

(Image : Le Bon Samaritain par William Henry Margetson)

Christ, le cœur de la famille : Troisième Chapitre d’Amoris Laetitia

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Jésus Christ est le cœur de la famille. Seule la lumière de son amour peut vraiment manifester l’ardeur de l’amour à laquelle la famille est appelée. Voilà le message du Pape François dans le troisième chapitre d’Amoris Laetitia puisqu’il consiste en « une synthèse de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille. » Se plaçant dans la perspective du « regard de Jésus », le Pape François appelle toute l’Église à regarder et à suivre le chemin du Seigneur, qui « a regardé avec amour et tendresse les femmes et les hommes qu’il a rencontrés, en accompagnant leurs pas avec vérité, patience et miséricorde, tout en annonçant les exigences du Royaume de Dieu » (Amoris Laetitia, no. 60).

Jésus dans le mariage et dans la famille

Jésus est la clé pour comprendre la profondeur de la vie familiale puisque « le mystère de la famille chrétienne ne peut pas non plus se comprendre pleinement si ce n’est à la lumière de l’amour infini du Père manifesté dans le Christ qui s’est donné jusqu’au bout et qui est vivant parmi nous » (no. 59). De cette perspective christocentrique, le Pape examine la beauté de la vie maritale et de la famille comme fruit de la propre fécondité du Christ. En effet, en Jésus Christ, Dieu est entré dans l’histoire et le drame humains. En la personne de Jésus, l’amour humain et l’amour divin se sont embrassés comme jamais auparavant. Dieu est descendu afin de transformer l’amour humain et le rendre capable d’atteindre les hauteurs de l’amour divin. Dieu s’est fait chair, l’Amour même s’est incarné. Nous réalisons donc que, « de la grâce du sacrement…jaillit du mystère de l’Incarnation et de la Pâque, où Dieu a exprimé tout son amour pour l’humanité et s’est uni intimement à elle. Ils ne seront jamais seuls, réduits à leurs propres forces pour affronter les défis qui se présentent » (no. 74). En d’autres termes, au milieu du mariage chrétien, Dieu est toujours présent, fortifiant l’amour de chacun des époux par la puissance de Son amour pour chacun d’entre eux.

Puisque la grâce de Dieu œuvre dans le sacrement de mariage, l’union sexuelle de l’homme et de la femme devient un chemin de sainteté pour les mariés (no. 74). C’est ainsi car à travers le sacrement, le Christ sanctifie l’union amoureuse de la femme et de l’homme. « Ce n’est qu’en fixant le regard sur le Christ que l’on connaît à fond la vérité sur les rapports humains. En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné… ». Le mariage chrétien est alors « l’aide mutuelle sur le chemin vers une amitié plus pleine avec le Seigneur » (no. 77).

L’approche du Pasteur

Avec cette vision merveilleusement christocentrique, le Pape François demeure toujours conscient des réalités « imparfaites » des familles et des mariages d’aujourd’hui, tant chrétiens que non chrétiens. Puisque la lumière du Christ « éclaire tout homme », le Pape souligne que « le regard du Christ » doit inspirer la pastorale de l’Église non seulement aux familles saines et heureuses, mais également, et surtout, aux « fidèles qui vivent en concubinage ou qui ont simplement contracté un mariage civil ou encore qui sont des divorcés remariés » (no. 78). Dans leur ministère pastoral « face aux situations difficiles et aux familles blessées », le Pape François exhorte les prêtres et les évêques à « éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations », « tout en exprimant clairement la doctrine » (no. 79). De plus, pour les pasteurs « il est également nécessaire d’être attentifs à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (no. 79).

Il ne faut pas que les pasteurs soient rebutés par l’odeur de leurs brebis ! Au contraire, ils sont appelés à prendre soin de leurs brebis, en cherchant surtout celles qui sont les plus éloignées et en danger. En ce sens, le Pape François réaffirme le principe que Saint Jean Paul II a décrit dans son exhortation apostolique Familiaris Consortio : « Les pasteurs doivent savoir que, par l’amour de la vérité, ils ont l’obligation de bien discerner les diverses situations » (no. 79 ; FC 84). Le principe typiquement ignacien de discernement émerge ainsi en tant qu’élément clé de l’approche pastorale du Pape François face à la famille.

L’Unité de la Vie et de l’Amour

Le Saint Père se prononce également sur les questions liées à la vie émergeant du mystère de l’amour familial, en particulier celui de la contraception et des moyens artificiels de procréation. En effet, il affirme que « la sexualité est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme, ». Ainsi, le Pape souligne le fait que la réalité même de cette union conjugale est ordonnée « par sa nature même » à la procréation. « L’enfant ne vient pas de l’extérieur s’ajouter à l’amour mutuel des époux ; il surgit au cœur même de ce don mutuel, dont il est un fruit et un accomplissement ». Ici le Pape exprime la vérité que, « Dès le départ, l’amour rejette toute tendance à s’enfermer sur lui-même, et s’ouvre à une fécondité qui le prolonge au-delà de sa propre existence ». Le Pape François conclut que l’embrassement sexuel des époux doit toujours rester ouvert à la possibilité de la vie, « même si pour diverses raisons il ne peut pas toujours de fait engendrer une nouvelle vie » (no. 80).

En ce sens, la nouvelle vie trouve, dans le contexte de l’amour entre l’homme et la femme, le lieu le plus approprié pour son apparition. « L’enfant demande à naître de cet amour, et non de n’importe quelle manière, puisqu’il n’est pas un dû, mais un don, qui est le fruit de l’acte spécifique de l’amour conjugal de ses parents » par lequel « l’homme et la femme participent à l’œuvre de [la] création » de Dieu (no. 81). Ainsi, la fermeture à la vie enlève à l’union sexuelle son sens le plus profond. Enlever à l’origine de la vie le berceau de l’amour humain l’éloigne de sa vraie identité. L’amour de l’homme et de la femme est destiné à manifester l’amour de Dieu qui n’est jamais fermé sur lui-même. Au contraire, il est appelé à faire jaillir de son cœur même la beauté d’une vie nouvelle.

Ainsi, l’amour – surtout l’amour entre un homme et une femme – peut être comparé à l’eau qui déborde d’une coupe. Il est de la nature même de l’amour que de déborder. Si l’amour cesse de se répandre, peu importe la quantité d’eau à l’intérieur de la coupe, elle deviendra stagnante et s’évaporera éventuellement jusqu’à s’assécher. En ce sens, l’amour doit toujours être branché la source de vie, qui coule naturellement au-delà d’elle-même.

Dieu a destiné le couple marié à être la fontaine de laquelle l’amour est appelé à déborder en donnant la vie. Dieu lui-même est la Source de cet amour qui donne la vie éternelle. Avec Jésus Christ, l’Amour incarné, en son cœur, la famille peut devenir ce lieu d’où, malgré toutes les difficultés, l’amour et la vie jaillissent en abondance.

Homélie du Pape François à la Messe du Jubilé des Prêtres

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Homélie du Pape François lors de la Sainte Messe pour le Jubilé des Prêtres
Solennité du Sacré Coeur de Jésus
3 juin 2016 (Place Saint-Pierre)

Célébrant le Jubilé des Prêtres en la Solennité du Sacré Cœur de Jésus, nous sommes appelés à viser au cœur, c’est-à-dire à l’intériorité, aux racines les plus fortes de la vie, au noyau des affections, en un mot, au centre de la personne. Et aujourd’hui, nous tournons le regard vers deux cœurs : le Cœur du Bon Pasteur et notre cœur de pasteurs.

Le Cœur du Bon Pasteur n’est pas seulement le Cœur qui a de la miséricorde pour nous, mais la miséricorde elle-même. Là resplendit l’amour du Père ; là je me sens sûr d’être accueilli et compris comme je suis ; là, avec toutes mes limites et mes péchés, je goûte la certitude d’être choisi et aimé. En regardant ce Cœur, je renouvelle le premier amour : la mémoire du moment où le Seigneur m’a touché dans l’âme et m’a appelé à le suivre, la joie d’avoir jeté les filets de la vie sur sa Parole (cf. Lc 5, 5).

Le Cœur du Bon Pasteur nous dit que son amour n’a pas de frontières, il ne se fatigue jamais et ne se rend jamais. Là nous voyons sa manière continuelle de se donner, sans limites ; là nous trouvons la source de l’amour fidèle et doux, qui laisse libres et rend libres ; là nous redécouvrons chaque fois que Jésus nous aime « jusqu’au bout » (Jn 13, 1), sans jamais s’imposer.

Le Cœur du Bon Pasteur est penché vers nous, « polarisé » spécialement envers celui qui est plus distant ; là pointe obstinément l’aiguille de sa boussole, là se révèle une faiblesse d’amour particulier, parce qu’il désire rejoindre chacun et n’en perdre aucun.

Devant le Cœur de Jésus naît l’interrogation fondamentale de notre vie sacerdotale : où est orienté mon cœur ? Le ministère et souvent rempli de multiples initiatives, qui l’exposent sur de nombreux fronts : de la catéchèse à la liturgie, à la charité, aux engagements pastoraux et aussi administratifs. Parmi tant d’activités demeure la question : où est fixé mon cœur, où pointe-t-il, quel trésor cherche-t-il ? Parce que dit Jésus – « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21).

Les trésors irremplaçables du Cœur de Jésus sont deux : le Père et nous. Ses journées se passaient entre la prière au Père et la rencontre avec les gens. Le cœur du pasteur du Christ lui aussi connaît seulement deux directions : le Seigneur et les gens. Le cœur du prêtre est un cœur transpercé par l’amour du Seigneur ; pour cela il ne se regarde plus lui-même mais il est tourné vers Dieu et vers les frères. Ce n’est plus « un cœur instable », qui se laisse attirer par la suggestion du moment ou qui va çà et là en cherchant des consensus et de petites satisfactions ; c’est au contraire un cœur établi dans le Seigneur, captivé par l’Esprit Saint, ouvert et disponible aux frères.

Pour aider notre cœur à brûler de la charité de Jésus Bon Pasteur, nous pouvons nous entraîner à faire nôtre trois actions, que les Lectures d’aujourd’hui nous suggèrent : chercher, inclure et se réjouir.

Chercher. Le prophète Ézéchiel nous a rappelé que Dieu lui-même cherche ses brebis (34, 11.16). L’Évangile dit, « il va chercher celle qui est perdue » (Lc 15, 4), sans se laisser effrayer par les risques ; sans délai il s’aventure hors des endroits du pâturage et hors des horaires de travail. Il ne renvoie pas la recherche, il ne pense pas « aujourd’hui j’ai déjà fait mon devoir, je m’en occuperai demain », mais il se met tout de suite à l’œuvre ; son cœur est inquiet tant qu’il n’a pas retrouvé cette unique brebis perdue. L’a-t-il trouvée, il oublie la fatigue et il la charge sur ses épaules tout content.

Voilà le cœur qui cherche : c’est un cœur qui ne privatise pas les temps et les espaces, il n’est pas jaloux de sa légitime tranquillité, et il n’exige jamais de ne pas être dérangé. Le pasteur selon le cœur de Dieu ne défend pas ses propres aises, il n’est pas préoccupé de conserver sa bonne réputation, au contraire, sans craindre les critiques, il est disposé à risquer même d’imiter son Seigneur.

Le Pasteur selon Jésus a le cœur libre pour laisser ses affaires, il ne vit pas en tenant les comptes de ce qu’il a et des heures de service : il n’est pas un comptable de l’esprit, mais un bon samaritain à la recherche de celui qui a besoin. C’est un pasteur, non un inspecteur du troupeau, et il se dévoue à la mission non à cinquante ou soixante pour cent, mais avec tout lui-même. Allant à la recherche, il trouve, et il trouve parce qu’il risque, il ne s’arrête pas après les déceptions et il ne se rend pas dans les fatigues ; il est en effet, obstiné dans le bien, oint de la divine obstination que personne ne se perde. Pour cela, non seulement il tient les portes ouvertes, mais il sort à la recherche de celui qui ne veut plus entrer par la porte. Comme tout bon chrétien et comme exemple pour tout chrétien, il est toujours en sortie de soi. L’épicentre de son cœur se trouve hors de lui : il n’est pas attiré par son moi, mais par le Tu de Dieu et par le nous des hommes.

Inclure. Le Christ aime et connaît se brebis, il donne sa vie pour elles et aucune ne lui est étrangère (cf. Jn 10, 11-14). Son troupeau est sa famille et sa vie. Il n’est pas un chef craint par les brebis, mais il est le Pasteur qui marche avec elles et les appelle par leur nom (cf. Jn 10, 3-4). Et il désire rassembler les brebis qui ne demeurent pas encore avec Lui (cf. Jn 10, 16).

Ainsi également le prêtre du Christ : il est oint pour le peuple, pas pour choisir ses propres projets, mais pour être proche des gens concrets que Dieu, par l’Église, lui a confiés. Personne n’est exclu de son cœur, de sa prière et de son sourire. Avec un regard aimable et un cœur de père, il accueille, il inclut et, quand il doit corriger, c’est toujours pour approcher ; il ne méprise personne, mais il est prêt à se salir les mains pour tous. Ministre de la communion qu’il célèbre et qu’il vit, il n’attend pas les salutations et les compliments des autres, mais il tend la main en premier, rejetant les bavardages, les jugements et les venins. Il écoute les problèmes avec patience et il accompagne les pas des personnes, accordant le pardon divin avec une généreuse compassion. Il ne gronde pas celui qui laisse ou qui perd la route, mais il est toujours prêt à réinsérer et à calmer les querelles.

Se réjouir. Dieu est « tout joyeux » (Lc 5, 5) : sa joie naît du pardon, de la vie qui renaît, du fils qui respire à nouveau l’air de la maison. La joie de Jésus Bon Pasteur n’est pas une joie pour soi, mais c’est une joie pour les autres et avec les autres, la vraie joie de l’amour. C’est aussi la joie du prêtre. Il est transformé par la miséricorde qui donne gratuitement. Dans la prière il découvre la consolation de Dieu et il expérimente que rien n’est plus fort que son amour. Pour cela, il est serein intérieurement, et il est heureux d’être un canal de miséricorde, d’approcher l’homme au Cœur de Dieu. La tristesse pour lui n’est pas normale, mais seulement passagère : la dureté lui est étrangère, parce qu’il est pasteur selon le Cœur doux de Dieu.

Chers prêtres, dans la célébration eucharistique nous retrouvons chaque jour notre identité de pasteurs. Chaque fois nous pouvons faire véritablement nôtre ses paroles « ceci est mon corps offert en sacrifice pour vous ». C’est le sens de notre vie, ce sont les paroles avec lesquelles, dans un certain sens, nous pouvons renouveler quotidiennement les promesses de notre Ordination. Je vous remercie pour votre « oui » à donner la vie unis à Jésus : là se tient la source pure de notre joie.

(Image: CNS Photo/Paul Haring)