Homélie du pape François pour le dimanche des Rameaux

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe du dimanche des Rameaux (9 avril 2017) en la Place Saint-Pierre au Vatican:

Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris.  Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive «  (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix.

Vous pouvez également visionner la vidéo complète de cette célébration au lien suivant:

Aimer même nos ennemis : Le chemin de la Croix

Une réflexion pour le dimanche des Rameaux

Il y a deux lectures de l’Évangile pour ce dimanche, dimanche des Rameaux. D’abord, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Matthieu 21,1-11). Cette Évangile est proclamée lors de la bénédiction des rameaux, qui nous unit aux foules qui ont crié « Hosanna ! » et ont acclamé Jésus comme leur roi, « Celui qui vient au nom du Seigneur » ! La deuxième lecture de l’Évangile est celle de la Passion selon Saint Matthieu (26,14-27,66).

Il n’est pas difficile à voir le contraste saisissant entre l’entrée de Jésus à Jérusalem et Sa souffrance et Sa mort dans la même ville quelques jours plus tard. Les mêmes foules qui ont proclamé Jésus comme leur roi, le Messie, le « Fils de David », Le mettront à mort sous l’accusation d’être « Roi des Juifs ». Les mêmes voix qui ont crié « Hosanna » hurleront « Crucifiez-Le ! » et verront leurs paroles réalisées.

Nous, nous voyons le contraste perturbant comme des gens qui voient la situation dans son ensemble. Nous voyons tout l’événement comme il s’est passé dans son intégralité, comme il s’est déroulé dans les pages de l’Évangile. Mais qu’en est-il pour Jésus ?

A-t-Il pensé que tout serait facile lorsqu’Il est entré à Jérusalem ? S’est-Il trompé en pensant que l’admiration du dimanche des Rameaux aboutirait dans un règne glorieux, qu’Il serait élevé sur les épaules de Ses admirateurs ? Est-ce que Jésus a été dupé par la jubilation des foules qui L’ont accueilli ?

Jésus entre à Jérusalem sûr de Sa mort. Non pas seulement qu’Il mourra, mais qu’Il sera trahi, qu’Il sera rejeté, qu’Il souffrira terriblement, et qu’Il sera tué. En effet, Jésus annonce Sa souffrance et Sa mort encore et encore dans l’Évangile. Il dit à Ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué… » (Mc 8,31 ; Lc 9,22 ; cf. Mt 17,22). Il les avertit sévèrement : « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9,44 ; cf. Mt 17,23).

Alors pourquoi est-ce que Jésus leur permet-il de L’accueillir de cette façon ? Il n’a pas cessé de critiquer l’hypocrisie des Pharisiens, alors pourquoi ne pas réprimander l’hypocrisie de la foule – qui L’applaudit aujourd’hui mais qui L’abandonnera demain ? D’un côté, ce que la foule proclame est véridique. Jésus est véritablement celui pour qui ils ont attendu : le Messie, le roi, le Fils de David ! Leurs cris de joie ne sont pas vains : « Hosanna ! Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Personne ne peut les prendre en défaut pour ne pas avoir dit la vérité !

En même temps, sous l’influence des grands prêtres, les anciens et les scribes, ils s’éloigneront de Lui, comme les disciples, L’abandonnant à l’agonie de la Croix. Pourquoi Jésus n’a-t-il pas protesté contre eux ? « Malheur à vous, hypocrites ! Ne savez-vous pas que Je viens pour mourir ? ». En fait, Jésus n’a pas protesté contre eux parce qu’Il sait qu’Il est venu mourir pour eux. Il n’a pas eu besoin de leur amour, là n’était pas la raison de Son silence, c’était plutôt Son amour pour eux.

Nous voyons dans ces deux lectures de l’Évangile l’exemple par excellence de l’enseignement de Jésus : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6,27 ; cf. Mt 5,44). Souvent nous pouvons penser que nous n’avons pas beaucoup de véritables ennemis dans notre vie. Il peut être difficile de trouver des personnes que nous haïssons vraiment. Plus souvent, c’est plutôt la tiédeur de nos proches qui nous blesse le plus. C’est quand les personnes que nous aimons sont silencieuses que nous souffrons le plus. C’est quand nos proches s’éloignent de nous que nous nous sentons le plus abandonnés. Parfois cet abandon est définitif, pour toujours. Parfois c’est de façon simple, dans le quotidien. Cependant, nous pouvons être blessés quand même.

En voyant ce qui se passe ce dimanche des Rameaux et ce qui se passera dans les jours qui suivront, nous découvrons l’approche de Jésus dans ces situations. « Aimez vos ennemis » n’est pas seulement une leçon à appliquer à nos ennemis les plus jurés. C’est aussi une attitude d’amour envers les petits ennemis que nous pouvons trouver cachés dans nos amis les plus proches. Nous n’acceptons pas ces fautes ou incohérences de nos voisins, de nos amis, ou des membres de nos familles simplement par obligation, ni parce que nous avons besoin de leur amour, ni parce que nous voulons avoir un visage doux tout en ayant un cœur aigre. Au contraire, nous acceptons même leurs faiblesses à cause de notre amour pour eux. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus a accepté celles de la foule qui L’a accueilli à Jérusalem. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus accepte nos faiblesses.

Jésus monte à Jérusalem afin de mourir pour la foule qui L’accueille. Jésus monte à Jérusalem pour être trahi non seulement par Ses ennemis – les grands prêtres, les anciens et les scribes –, mais aussi par Ses proches, Ses admirateurs et Ses disciples. Il entre à Jérusalem et souffre à mort dans Son amour pour chacun d’entre eux. Il accepte leur amour à cause de ce même amour qu’Il a pour eux. Accueillons-nous l’amour des autres comme Il accueille notre amour pour Lui ? Sommes-nous capables de les aimer même quand leurs « Hosannas » sont trompeurs ? Est-ce que nous les aimons comme Jésus nous aime ?

Hosanna ! Accueillons le Seigneur qui continue de venir à nous aujourd’hui !

Dimanche des Rameaux – 9 avril 2017

Isaïe 50,4-7
Philippiens 2,6-11
Matthieu 26,14-27,66

Pour me préparer à Pâques il y a quelques années, j’ai eu le privilège de faire une retraite, au début du Carême, sur les événements de la Semaine sainte : j’ai lu et médité le livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.[1] Ce livre devrait être une lecture obligée pour tous les évêques, les prêtres, les agents de pastorale et tous les catholiques sérieux qui veulent rencontrer Jésus de Nazareth et les mystères centraux de notre foi que nous célébrons cette semaine. Je ne peux concevoir de meilleure façon de se préparer à la Semaine sainte et à Pâques que de lire ce texte magistral. Je le recommande à tous ceux et celles qui ont trouvé utiles nos réflexions scripturaires hebdomadaires : il nourrira votre prière personnelle et vous aidera dans la prédication de la Parole de Dieu.

Chaque année pendant la Semaine sainte, nous accompagnons Jésus qui entre à Jérusalem au milieu des cris de la foule : « Hosanna ! » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Une journée débordante de louanges exaltées et de jubilation tandis que se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort. Nous aussi, nous sommes happés par la foule qui acclame son Messie et son Roi quand il descend du mont des Oliviers… Il n’arrive pas entouré d’une escorte motorisée ou d’un cortège princier mais chevauche une bête de somme. Images frappantes de royauté, d’humilité et de divinité conjuguées dans ce tableau paradoxal où Jésus entre dans sa ville ! Pleine d’enthousiasme, la foule lui fait un triomphe, le dimanche des Rameaux, car elle voit en lui de Roi de paix, porteur de l’espérance. Plein de haine, cinq jours plus tard, le peuple exigera son exécution sur la croix.

Les récits évangéliques de la Passion décrivent comment les péchés de certaines factions du peuple et de leurs chefs au temps de Jésus ont donné naissance au complot qui entraîna la Passion et la mort du Christ, ce qui est une façon de suggérer une vérité fondamentale, à savoir que nous sommes tous en cause. Ce sont leurs péchés et nos péchés qui conduisent le Christ à la croix, et Lui en porte le poids de plein gré. À nous de tirer les leçons de ce qui est arrivé à Jésus et de nous interroger non seulement sur l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et exécuté autrefois mais aussi sur ce qui a tué Jésus et sur les spirales vicieuses de violence, de brutalité et de haine qui continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine.

Le récit de la Passion en Matthieu

Cette année, nous lisons le récit de la Passion selon Matthieu (Matthieu 26,14 –27,66). Matthieu suit de près la source que Marc est pour lui mais avec quelques omissions (par exemple, Marc 14, 51-52) et quelques additions (par exemple, Matthieu 27, 3-10.19). Certaines additions indiquent qu’il s’est servi de traditions qui lui venaient d’ailleurs; d’autres tiennent à sa propre perspective théologique (par exemple, Matthieu 26,28 « … en rémission des péchés »; Matthieu 27,52). Dans son travail de rédaction, Matthieu a aussi modifié Marc pour certains détails mineurs. Mais on n’a pas besoin de supposer qu’il connaissait un autre récit de la Passion que celui de Marc.

En écoutant le récit de Matthieu, nous sommes saisis par la rencontre entre Jésus et son destin, rencontre rendue inévitable par l’attachement profond de Jésus à la mission qu’il a reçue de Dieu et par la résistance farouche du pouvoir de la mort. Dans le premier chapitre de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, intitulé « L’entrée à Jérusalem », Benoît XVI nous invite à nous arrêter à Zacharie 9,9, le texte que Matthieu et Jean citent explicitement pour éclairer le sens du « dimanche des Rameaux » : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5; cf. Za 9,9; Jn 12,15). Benoît écrit (p. 4):

[Jésus] est un roi qui détruit les armes de guerre, un roi de paix et un roi de simplicité, un roi des pauvres. Finalement, nous avons vu qu’il règne sur un royaume qui s’étend de la mer à la mer et embrasse le monde entier. Les communautés qui rompent le pain en communion avec Jésus Christ nous ont rappelé que le nouveau royaume de Jésus, qui embrasse le monde entier de la mer à la mer, est le royaume de sa paix. À l’époque, on ne pouvait rien voir de tout cela…

Le sens d’Hosanna

Le mot « Hosanna » était à l’origine une formule de bénédiction des pèlerins que prononçaient les prêtres dans le Temple mais, une fois réuni à la deuxième partie de l’acclamation, « à celui qui vient au nom du Seigneur », il a pris un sens messianique. Il est devenu une façon de désigner celui que Dieu avait promis. La louange à Jésus devenait ainsi une salutation adressée à celui qui vient au nom du Seigneur, à celui qu’annonçaient et qu’acclamaient toutes les promesses.

Nous pouvons nous demander pourquoi le mot « hosanna » nous a été conservé en hébreu. Pourquoi les Évangiles ne l’ont-ils pas traduit en grec ? La traduction complète de l’ « hosanna » pourrait se lire ainsi : « À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Fils de David. Béni au nom du Seigneur, celui qui vient. À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Tout-puissant. » L’accueil que réserve la foule à Jésus aux cris de « hosanna », en appelant au secours, et le fait de brandir des branches de palmier évoquaient les formules rituelles de la fête de Soukkot, déjà politisée depuis qu’on s’en était servi pour le premier festival de l’Indépendance, la première Hanouka. L’utilisation de cette formule liturgique pour accueillir Jésus avait un but manifeste. L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem sera suivie par la purification du Temple (Matthieu 21, 14-16). Ce scénario évoque la libération des Macchabée et ne peut que viser à fouetter les espoirs messianiques. La foule qui crie « hosanna » et brandit des rameaux sait parfaitement ce qu’elle fait.

Dans cette acclamation d’hosanna, nous voyons s’exprimer les émotions complexes des pèlerins qui accompagnaient Jésus et ses disciples : louange joyeuse de Dieu au moment de la procession d’entrée, espérance que l’heure du Messie soit arrivée et, en même temps, prière pour que soit rétablie la monarchie davidique et par conséquent la royauté de Dieu sur Israël (Jésus de Nazareth, p. 8-10).

« Hosanna », c’est un appel à l’aide urgent, une demande de salut d’une validité universelle. Ce cri n’a jamais cessé de convenir à la condition humaine. C’est d’un mot une prière qui a la faculté politique de déstabiliser les oppresseurs où qu’ils se trouvent, aujourd’hui comme autrefois, une prière qu’il faudrait donc traduire et comprendre.

Le prophète de Nazareth

Au commencement, quand les gens écoutaient le prophète de Nazareth, il ne semblait avoir aucune importance pour Jérusalem et les habitants de la ville sainte ne le connaissaient pas. La foule qui rend hommage à Jésus aux portes de la ville n’est pas celle qui réclamera plus tard sa crucifixion. Dans ce tableau en deux temps de l’échec à reconnaître Jésus – par une combinaison d’indifférence et de peur – Benoit XVI estime que nous entrevoyons quelque chose de la tragédie de la ville que Jésus avait évoquée à quelques reprises, et d’une façon particulièrement poignante dans son discours eschatologique.

Les accents uniques de la Passion selon Matthieu

Pour Matthieu, l’ultime point tournant de l’histoire de Jésus, c’est sa mort et sa résurrection. À l’instant même de la mort de Jésus, mort acceptée en fidélité à sa mission, une vie nouvelle éclate : la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et les saints qui étaient morts ressuscitent pour entrer triomphalement dans la cité de Dieu. En écrivant ces paroles, Matthieu pense à la grande vision des ossements desséchés d’Ézéchiel 37. Dieu insuffle l’esprit aux ossements, et les morts ressuscitent pour former un peuple nouveau. Matthieu croit que de la mort de Jésus surgit une vie nouvelle pour le monde; de la mort apparente de la mission judéo-chrétienne à Israël, la communauté primitive ressuscite pour envelopper le monde méditerranéen et former un peuple nouveau de Juifs et de Gentils. La mort-résurrection n’est pas seulement le modèle du destin de Jésus, elle deviendra aussi le modèle du destin de la communauté elle-même au sein de l’histoire.

Le sens aujourd’hui

Qu’est-ce que la passion de Matthieu a à nous dire aujourd’hui ? Je suis convaincu qu’elle nous offre des lunettes bibliques à travers lesquelles observer le moment actuel de l’histoire de l’Église et du monde. Ce n’est pas seulement de l’Église mais aussi du monde dans lequel nous vivons que nous recevons notre ordre de marche et nos plans pastoraux pour la mission. Le drame biblique bouleversant que présente la passion de Matthieu nous enseigne que les événements que nous tenons souvent pour des « événements profanes », même ceux qui provoquent dommages et destruction, qui suscitent la terreur et l’aveuglement, nous guident en réalité vers l’avenir de Dieu pour nous, et plantent le décor de la révélation que Dieu nous fera de lui-même.

Acclamer le Seigneur dans l’Eucharistie

Je conclus en reprenant les propos du pape émérite Benoît sur la scène de ce dimanche des Rameaux (p.11) :

L’Église acclame le Seigneur dans la Sainte Eucharistie comme celui qui vient aujourd’hui, celui qui est entré chez elle. En même temps, elle l’acclame comme celui qui continue de venir, celui qui nous guide vers son avènement. Pèlerins, nous allons à lui ; pèlerin, il vient à nous et nous prend avec lui dans son ‘ascension’ vers la croix et la résurrection, vers la Jérusalem définitive qui grandit déjà au milieu de ce monde dans la communion qui nous unit à son corps.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! »

Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu – dimanche 1 janvier 2017

Nombres 6,22-27
Galates 4,4-7
Luc 2,16-21

Lisons ensemble ce beau texte du prophète Sophonie:

Pousse des cris de joie, ô fille de Sion !
Lance un cri de triomphe, ô Israël !
Réjouis-toi, exulte de tout cœur,
ô fille de Jérusalem:
l’Eternel a levé le verdict de condamnation prononcé contre vous,
et il a refoulé vos ennemis.
Le roi d’Israël, l’Eternel, est au milieu de vous.
Vous ne craindrez plus de malheur.

En ce jour-là, on dira à Jérusalem:
« Sois sans crainte, Sion ! Ne baisse pas les bras,
car l’Eternel ton Dieu est au milieu de toi un guerrier qui te sauve. Il sera transporté de joie à ton sujet
et il te renouvellera dans son amour pour toi.
Oui, à cause de toi, il poussera des cris de joie, et il exultera
tout comme aux jours de fête. »
Je t’enlève aujourd’hui la honte que tu portes.

Ce riche texte du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3, 3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. La « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35, 10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » qui signifie quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium (no 52). L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes, la « fille de Sion » était l’épouse du Seigneur qui a observait l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie « fille de Sion » est l’archétype de l’Eglise en tant qu’épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus, prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Pour conclure voici les paroles du pape Paul VI dans sa prodigieuse exhortation apostolique sur la joie chrétienne Gaudete in Domino :

[Marie] a saisi, plus que toutes autres créatures, ce que Dieu accomplit de plus merveilleux : Son nom est saint, il montre sa miséricorde, il élève les humbles, il est fidèle à ses promesses. Ce n’est pas que sa vie sorte de l’ordinaire mais elle médite le moindre signe de Dieu, les gardant dans son cœur (Luc 2, 19; 51). Ce n’est pas qu’elle fut épargnée par les souffrances mais elle se tient debout, la mère des douleurs, au pied de la croix, associée d’une manière éminente au sacrifice de la résurrection ; et elle est aussi ouverte à la joie sans limite de la résurrection ; elle est élevée, corps et âme, dans la gloire du ciel. La première des rachetés, immaculée dès sa conception, l’incomparable demeure de l’Esprit, le pur support du rédempteur de l’humanité, elle est en même temps la Fille bien-aimée de Dieu et, en Christ, la Mère de tous. Elle est le modèle parfait de l’Eglise à la fois sur terre et dans la gloire.

(Image : L’adoration des bergers par James Tissot)

Fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple de Jérusalem

presentation-mary-giotto-scrovegni-chapel-2

Cette fête repose sur une pieuse tradition qui tire son origine de deux évangiles apocryphes dans lesquels il est rapporté que la Sainte Vierge, fut présentée au Temple de Jérusalem à l’âge de trois ans et qu’elle y vécut avec d’autres jeunes filles et les saintes femmes qui les dirigeaient.

C’est l’auteur du Protévangile de Jacques, 2e siècle, qui raconte “Un prêtre la reçut et, l’ayant embrassée, il la bénit et dit : Le Seigneur Dieu a exalté ton nom dans toutes les générations. En toi, aux derniers jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d’Israël. Et il la plaça sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur fit descendre sa grâce sur elle. Et ses pieds se mirent à danser et toute la maison d’Israël l’aima.”

Marie de Nazareth n’avait encore que trois ans, mais son âme était déjà la merveille de la sainteté. Où mieux que loin du monde, dans l’enceinte du Temple, Marie se fût-elle préparée à sa mission ? Ce sacrifice de Marie enfant renferme toutes les conditions du plus parfait sacrifice : il a été prompt, généreux, joyeux, sans retour, sans réserve.

Au jour de sa Présentation, Marie nous apparaît comme le porte-étendard de la virginité chrétienne. Après elle viendront des légions innombrables de vierges consacrées au Seigneur, dans le monde ou à l’ombre des autels ; Marie sera leur éternel modèle, leur patronne dévouée, leur guide sûr dans les voies de la perfection.

Le 21 novembre est la date à laquelle nous célébrons le jour « pro orantibus » marquant la fête liturgique de la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple. Ce jour est dédié aux personnes consacrées à la vie religieuse contemplative. C’est une bonne opportunité pour remercier le Seigneur du don que représentent toutes ces personnes qui, dans les monastères et les ermitages, consacrent leur vie à Dieu dans la prière et le travail silencieux. Plusieurs communautés contemplatives à travers le monde prient pour la Télévision Sel et Lumière. Pour notre part, nous rappelons avec gratitude ces religieuses qui, comme Sainte Thérèse de Lisieux, ont choisi de demeurer au cœur de l’Église. La dévotion mariale a toujours été importante dans ma propre famille religieuse, la Congrégation des Prêtres de Saint Basile (Pères basiliens). Leur support à la Fondation Catholique Sel et Lumière Média et à la chaîne de télévision qui porte son nom a toujours été constant dans les 12 dernières années. Dans l’histoire des pères basiliens, le père Charles Roume, CSB, rappelle que c’était le 21 novembre 1822, en la fête de la Présentation de Marie, que tous les confrères français on finalement accepté de se réunir pour leur premier chapitre où ils ont élu le père Joseph LaPierre comme premier supérieur général de la Communauté basilienne. Pour cette raison, les basiliens ont choisi le 21 novembre comme jour de fondation.

Voici un lien vers le documentaire sur la fondation en France après la révolution française :

http://saltandlighttv.org/whenithinkofannonay/

Rappelant aujourd’hui la Présentation de la Bienheureuse Vierge Marie au Temple à Jérusalem nous honorons ses enfants qui, par leurs vies cachés, ont apportés la lumière et la chaleur de l’Église en tout lieu. Puisse leur exemple donner à toutes personnes consacrées dans la vie religieuse, spécialement ceux et celles avec qui nous vivons et travaillons, le courage de rechercher la vérité, la force pour rayonner et porter la lumière et la chaleur de l’Église et l’habilité pour devenir des demeures de la Présence consolante et compatissante de Dieu sur la terre.

Prière de saint Alphonse-Marie de Liguori:

O Marie, enfant chérie de Dieu,
que ne puis-je vous offrir et vous consacrer
les premières années de ma vie,
comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple !
mais, hélas ! ces premières années sont déjà bien loin de moi !
J’ai employé un temps si précieux à servir le monde
et vous ai oubliée en écoutant la voix de mes passions.
Toutefois il vaut mieux commencer tard à vous servir
que de rester toujours rebelle.
Je viens donc aujourd’hui m’offrir tout entier à votre service,
et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie,
le peu de jours qu’il me reste encore à passer sur la terre.
Je vous donne mon esprit, pour qu’il s’occupe de vous sans cesse,
et mon cœur, pour vous aimer à jamais.
Accueillez, ô Vierge Sainte, l’offrande d’un pauvre pécheur ;
je vous en conjure par le souvenir des ineffables consolations
que vous avez ressenties en vous offrant à Dieu dans le Temple.
Soutenez ma faiblesse, et par votre intercession puissante
obtenez-moi de Jésus la grâce de lui être fidèle
ainsi qu’à vous, jusqu’à la mort,
afin qu’après vous avoir servie de tout mon cœur pendant la vie,
je participe à la gloire et au bonheur éternel des élus. Amen

Un mur qui fait pleurer

Vous vous êtes déjà demandé pourquoi nous lui donnons le nom du Mur des Lamentations ? La réponse est évidente dès qu’on s’en approche, dès qu’on se fait une petite place devant le mur pour appuyer sa main contre la pierre et prier. Pendant mon séjour en Israël, avec mes collègues de travail, nous avons tous eu la chance de prier devant le Mur. Lorsqu’à mon tour j’observais les femmes à ma droite et à ma gauche, j’ai remarqué leur posture : elles avaient la tête baissée, leur livre de prière en main et les récitaient en se balançant par devant et par derrière. Certaines d’entre elles… pleuraient. J’étais profondément touchée par ce que je voyais et émue de prier à côté de ces femmes d’une autre confession. Comme elles, je me suis mise à pleurer. Et je me suis dit que ce n’est pas un nom si bizarre pour un mur, après tout !

Le Mur des Lamentations porte un autre nom. Il est mieux connu comme le Mur Occidental et l’un des derniers vestiges du Temple construit par Hérode vers l’an 19 av. J.-C. Ce Temple a été détruit par les romains en 70 A.D. Depuis, les juifs s’y rendent pour prier. Le Mur Occidental est tout de même demeuré un lieu saint pour eux. C’était l’endroit le plus près du lieu où reposait Dieu à l’intérieur du Temple, ce que l’on appelle le Saint des Saints ou l’Arche de l’Alliance. De plus, dans la tradition juive, Abraham aurait offert son fils Isaac en sacrifice à Dieu sur le Mont du Temple ou le Mont Moriah, où se trouve désormais le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa.

Dans la tradition juive, on se rend au Mur pour prier, jour et nuit, pour se « lamenter » de la destruction du Temple et la ville de Jérusalem considérée sainte. C’est la raison pour laquelle nous l’appelons le Mur des Lamentations. D’innombrables plaintes sont entendues dans d’autres parties du monde : des populations entières font face à l’effondrement de leur ville, de leur maison, des lieux saints, où ils avaient l’habitude de sentir, de manière concrète, la proximité de Dieu. Alors que nous étions devant le Mur, je songeais à ceux et celles qui sont dispersés à cause de la violence et du danger de la guerre. Devant ce Mur, j’étais particulièrement consciente du fait que j’étais au Moyen Orient ! Nous étions assez loin de la violence qui menace les pays avoisinants mais assez proche pour ressentir la fragilité de l’endroit, de ses frontières, des relations entre chrétiens, juifs et musulmans, entre le gouvernement et son peuple, entre palestiniens et israéliens… Dans de telles situations, le rétablissement de la paix, et la réconciliation, nous semblent hors d’atteinte.

Dans l’ancien testament, le psalmiste cri vers Dieu :

« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur. Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière ! Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne. J’espère le Seigneur de toute mon âme; je l’espère, et j’attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. Plus qu’un veilleur ne guette l’aurore, attends le Seigneur, Israël. Oui, près du Seigneur, est l’amour; près de lui, abonde le rachat. C’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes ».

Ce n’est qu’un psaume parmi tant d’autres qui exprime la prière profonde de toute l’humanité vers Dieu. Même Jésus, à l’heure de sa mort, a prononcé les mots du psaume 21, que nous redisons chaque Dimanche des Rameaux, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Malgré la prière puissante du psalmiste, avons-nous raison d’espérer le rétablissement de la paix en Terre Sainte? Au Moyen Orient? En effet, Dieu se montre fidèle à son peuple. Il nous rappelle sa proximité, son amour et sa sollicitude de toute sorte de manière.

Quand le pape François a effectué un pèlerinage en Israël en 2014, il a accompli un geste fort devant le Mur Occidental.  Il était accompagné par des amis proches qu’il avait connu en Argentine, un rabbin et un professeur musulman. Il les a embrassés après avoir prié devant le Mur. Plus tard, il a affirmé plus tard le grand besoin d’amour et de respect entre les personnes de différentes confessions, de travailler ensemble pour « la paix et la justice » et voir en chaque personne un frère ou une sœur.

Il a de plus déposé une prière entre les pierres du mur – une pratique commune pour les pèlerins. La prière du Pape était celle du Notre Père : une prière quotidienne qui nous rappelle que Dieu agi dans notre vie à l’instant présent et nous donne tout ce dont nous avons besoin pour surmonter les défis qui se présentent au jour le jour. Dépasser les divisions est donc un travail qui se fait au jour le jour, qui se construit entre les personnes et dans l’humilité. « Devant le mystère de Dieu, nous sommes tous pauvres », nous dit le Pape.

Réflexion de Terre Sainte: la Dernière Cène

L’équipe Sel + Lumière a fait un pèlerinage sur les pas de Jésus pendant le Carême. Chacun nous offre une réflexion sur un lieu saint en Terre Sainte.

Dans cette méditation on se rencontre au Cénacle à Jérusalem où Jésus a partagé un dernier repas avec ses amis. Pendant ce repas nous sommes confrontés à l’humilité du Christ. Elle pointe vers son humiliation totale à l’heure de sa Passion. Mais c’est dans cet abaissement qu’il montre le « vrai visage » de Dieu, comme l’a déjà souligné le pape François, un visage d’amour et de miséricorde.

Leçon d’humilité pour les disciples de Jésus

Visitors walk into the Cenacle, the upper room believed to be the site of Jesus’ Last Supper, on Mount Zion in Jerusalem March 28. Pope Francis will celebrate Mass with the ordinaries of the Holy Land and the papal delegation in the Cenacle during his pilgrimage to the Holy Land in May. (CNS photo/Debbie Hill) (March 31, 2014) See HOLYLAND-SCHEDULE (UPDATED) March 27, 2014.

Pendant son pèlerinage en Terre Sainte, Sel et Lumière a visité le lieu qui commémore la Dernière Cène, où les disciples ont partagé leur dernier repas ensemble avant la Passion du Chirst. Ce lieu, nous l’appelons aussi Coenaculum ou « Cénacle ».

Les disciples avaient sûrement l’habitude de prendre le repas ensemble et de se retrouver pour les grandes fêtes juives. Ils se sont retrouvés encore une fois pour celle de la Pâques. Pâques, veut dire, « passage »; dans la tradition juive, elle commémore le passage des juifs en Égypte, celui qui les ont amenés à leur délivrance en sécurité. La Dernière Cène anticipe, elle aussi, un passage. Celui de Jésus. Par son sacrifice sur la croix, Jésus nous assure un passage sécuritaire. De la mort à la vie. Comme un pont entre nous, l’humanité, et le Ciel, auprès de Dieu.

Ce dernier repas est donc différent des autres. Dans quelques heures Jésus serait livré, jugé, tué. Marqué par l’attente de sa Passion, Jésus accompli des gestes que ses disciples pourront revivre encore et encore: le lavement des pieds, le partage du pain, la récitation de psaumes et d’hymnes. Mais chaque geste prend une toute autre dimension. Ce mémorial s’accomplit complètement en Jésus. Il leur donne leur forme définitive, non pas pour lui-même ni seulement pour un petit groupe d’amis. Mais pour le salut de toute l’humanité, le salut des pécheurs. Et c’est en devenant le serviteur des serviteurs que cela s’accomplira.

En commençant par le lavement des pieds, un rite bien connu dans la tradition juive. Mais c’est une pratique qui revient normalement au serviteur de la maison et non à l’invité d’honneur, dont Jésus. Il s’identifie alors au serviteur. Laver les pieds était la plus grande humiliation. Les pieds étaient soumis et exposés aux conditions les plus dures, la poussière, les roches, la boue… Pourtant Jésus, le Messie, Fils de Dieu, lave les pieds de chacun de ses disciples. Ces derniers sont scandalisés devant cette humilité. Pierre lui dit: « Tu ne me laveras jamais les pieds! ». Jésus lui répond: « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». Refuser de se faire laver par Jésus, c’est refuser son amitié. Tout comme refuser son pardon est un obstacle à sa grâce. Puis il leur dit que celui qui veut être son disciple doit l’imiter.

Au moment de se mettre à table, Jésus leur dit « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous ». Il a désiré depuis longtemps manger ce repas avec ses amis. Pour leur montrer la profondeur de son amour. En partageant le pain et le vin, il dit « Ceci est mon corps donné pour vous », « Ceci est mon sang versé pour vous ». Ainsi il exprime son désir de se donner lui-même en partage. De se donner totalement à ceux qu’il aime. Le don de lui-même qui permettra à chaque homme et femme d’entrer en communion avec lui pour les siècles à venir. Car il dit « Faites ceci en mémoire de moi » et confère son sacerdoce à ses apôtres.

Eucharistie veut dire rendre grâce. Et l’action de grâce implique une participation, un engagement, au don reçu. C’est pourquoi quand nous participons à l’Eucharistie, nous acceptons en même temps de faire de notre vie un don pour les autres, une Eucharistie. Cela devrait se transmettre dans des gestes concrets d’humilité et de service à l’exemple de Jésus. Il nous a montré que c’est la seule façon de l’imiter parfaitement. Comment notre vie est-elle Eucharistie? Jusqu’où irions-nous pour ceux que nous aimons? ou encore pour ceux que nous aimons moins?

Réjouis-toi, fille de Sion !

Annunciazione Botticelli cropped

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le troisième dimanche de l’Avent C (13 décembre 2015)

L’Avent, loin d’être un temps de pénitence est un temps de réjouissance. Les chrétiens proclament que le Messie va vraiment venir et que le règne de Dieu est à notre portée. Pendant ces semaines nous sommes invités à préparer tranquillement nos cœurs et nos vies à la venue du Fils de Dieu dans notre chair. En ce 3e dimanche de l’Avent connu sous le nom du « Dimanche de la Joie », portons notre attention sur deux  thèmes importants qui se trouvent dans les lectures des Écritures: l’expression biblique « fille de Sion » et la signification de « se réjouir ».

Le texte riche de la première lecture du prophète Sophonie (3, 14-18a-20) parle de la « fille de Sion », la personnification de la ville de Jérusalem. Prenons le temps de réfléchir sur le sens de ce titre de la ville sainte et voyons comment et pourquoi l’Eglise attribue ce titre à Marie, Mère du Seigneur.

« Fille de Sion » est la personnification de la ville de Jérusalem. « Sion » était le nom de la citadelle Jébuséenne qui devint plus tard la Cité de David. Dans les nombreux textes de l’Ancien Testament qui parle de la « fille de Sion », il n’y a pas de distinction réelle entre une fille de Sion et la ville de Jérusalem elle-même. Dans l’Ancien Testament, le titre « Vierge d’Israël » est le même que celui de « Fille de Sion ». L’image de l’épouse du Seigneur se trouve dans Osée aux chapitres 1-3: elle symbolise l’infidélité du peuple à son Dieu. Jérémie 3,3-4 parle de la prostitution et de l’infidélité de l’épouse. « Virginité » dans l’Ancien Testament renvoie à la fidélité de l’Alliance. Dans la 2e lettre aux Corinthiens 11, 2, Paul parle de l’Eglise comme d’une vierge pure. La virginité représente ici la pureté de la foi.

Tout au long de l’Ancien Testament, il est dit que c’est dans Sion-Jérusalem que Dieu rassemblera tout son peuple. Dans Isaïe 35,10 les tribus d’Israël se rassembleront à Sion. Dans Ezéchiel 22, 17-22, le prophète décrit la purification de son peuple par Dieu qui passera dans l’enceinte des murs de la ville, au milieu de Jérusalem. Le mot hébreu utilisé pour décrire cette partie interne de la ville est « beqervah » un mot formé de la racine « qerev » signifiant quelque chose de profond, d’intime, situé à l’intérieur de la personne. Cela signifie aussi l’utérus maternel, les entrailles, les intestins, la poitrine, d’une personne, la partie la plus secrète de l’âme, là où résident la sagesse, l’esprit, la malice et la Loi du Seigneur. Par conséquent, la ville de Jérusalem a une fonction maternelle bien définie dans l’histoire du salut.

« Fille de Sion » dans la Tradition Chrétienne

Le Concile Vatican II a officiellement nommé Marie « fille de Sion » dans la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium no 52. L’appropriation de ce titre par l’Eglise pour la mère du Seigneur a un riche fondement scripturaire. Marie illustre les prophéties de l’Ancien Testament qui affirment toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu. Le titre « fille de Sion » évoque le grand symbole biblique du Sion Messianique.

Marie illustre les prophéties des Écritures hébraïques qui lui attribuent toute la valeur du rôle eschatologique d’une femme en tant que mère à la fois du Messie et du nouveau peuple de Dieu : dans la culture d’Israël, la personne individuelle et le peuple entier étant profondément liés.

Pour les prophètes,  la «fille de Sion» était l’épouse du Seigneur lorsqu’elle a observé l’Alliance. Le rôle de Marie comme « fille de Sion », de même que pour chacun de ses rôles au sein du peuple de Dieu, ne peut jamais être compris indépendamment du Christ et de l’Esprit  donné à l’humanité en mourant sur la croix. Lumen Gentium dit que toute théologie et piété mariale appartiennent au mystère du Christ et au mystère de l’Eglise.

Marie «fille de Sion» est l’archétype de l’Eglise en tant que épouse, vierge et mère. Ce n’est pas seulement une virginité biologique, mais une virginité spirituelle qui signifie la fidélité aux Ecritures, l’ouverture envers les autres et la pureté de la foi. Les paroles de Marie aux serviteurs du banquet de noce à Cana (Jn 2,1-12) sont une invitation à tous les peuples à devenir une partie du nouveau peuple de Dieu. Marie est la nouvelle « fille de Sion » parce qu’elle a invité les serviteurs à obéir parfaitement au Seigneur Jésus. À Cana, cette nouvelle « fille de Sion » a parlé au nom de tous. À ces deux moments, à Cana et au Calvaire, (dans l’évangile de Jean) Marie représente non seulement sa maternité et sa relation physique avec son fils, mais aussi son rôle hautement symbolique de “Femme” et “Mère” du peuple de Dieu. Au Calvaire plus qu’à toute autre place dans le quatrième évangile, Marie est « Mère de Sion » : sa maternité spirituelle commence au pied de la croix.

Comme “Mère de Sion », elle n’accueille et ne représente pas seulement Israël, mais l’Eglise, le Peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance. Au pied de la croix, Marie est la Mère du nouveau peuple messianique, de tous ceux qui sont un dans le Christ. Celle qui porta en son sein Jésus,  prend place maintenant dans l’assemblée du peuple saint de Dieu. Elle est la nouvelle Jérusalem : dans son propre sein était le Temple, et tous les peuples seront rassemblés dans le Temple qui est son Fils. La Mère de Jésus est en vérité la Mère de tous les enfants de Dieu. Elle est la Mère de l’Eglise. Marie est la première « fille de Sion », menant tout le peuple de Dieu dans sa marche vers le Royaume.

Je ne peux que rappeler les paroles du Cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, dans son discours d’ouverture au Synode des Evêques sur “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise” en octobre 2008: “Une femme, Marie, accomplit parfaitement la vocation divine de l’humanité par son “Oui” à la parole d’Alliance et à sa mission. A travers sa maternité divine et spirituelle, Marie apparaît comme le modèle et la forme permanents pour l’Eglise, en tant que première Eglise.

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur !

Dans la seconde lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit de nous réjouir sans cesse dans le Seigneur (Phil 4,4-7; voir aussi Phil 2,18; 3,1; 4,4). La joie à laquelle nous invite Paul forme le cœur du temps de l’Avent. Nous devons toutefois nous demander : de quoi les chrétiens persécutés devaient-ils se réjouir? Ils devraient se réjouir de leur relation avec le Seigneur, qui peut même devenir plus forte et plus intime dans les périodes de persécutions. Leur joie n’est pas liée aux circonstances; en vérité, elle est souvent en dépit des circonstances. Elle est plutôt dans le Seigneur. La joie jaillit d’une profonde et confiante relation avec Dieu qui porte le croyant à travers toutes sortes d’épreuves et tribulations. Se réjouir dans le Seigneur est une sorte d’adoration, adoration qui prend la forme de prière. Se réjouir mène constamment à la prière et à la louange répétée. Puisque Paul réfère à l’action de grâce après avoir mentionné la prière, il est probable que le terme « prière » renvoie aux demandes à Dieu sous toutes ces formes, peut-être en intercédant pour soi-même et pour les autres. [Read more…]

« Allahu akbar » n’a jamais été un appel à la violence ou à la destruction »

islam_and_christianity

Les événements violents et tragiques des derniers jours à Beyrouth et à Paris auxquels s’ajoute le récent écrasement d’un avion russe nous remplissent de rage, d’horreur, de peur et poussent un grand nombre d’entre nous à nous demander : « Un dialogue avec les musulmans est-il encore possible? » La réponse est « oui, aujourd’hui plus que jamais !».

Lorsque je suis revenu au Canada en 1994 après quatre ans d’études en Écriture Sainte à Jérusalem, j’étais certain d’une chose : dans l’ensemble, l’Islam allait être l’objet d’inquiétude grandissante et représenter un défi pastoral pour l’Église catholique. Peu de personnes me croyaient lorsque je leur partageais mon sentiment! Alors que mes études bibliques se déroulaient à l’École biblique de Jérusalem dirigée par les Dominicains ainsi qu’à l’Université hébraïque Mount Scopus, j’habitais cependant dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem. Plusieurs de mes voisins et amis étaient musulmans. J’ai appris l’arabe, j’ai étudié le Coran et fait personnellement l’expérience de la généreuse hospitalité du peuple palestinien.

Lors de mes visites et conférences dans les terres arabes de Palestine, de Jordanie, du Sinaï et d’Égypte, j’étais très surpris à la vue des croyants d’Allah qui, en se souciant ni du temps ni de l’endroit, tombaient sur leurs genoux pour prier plusieurs fois par jour. Je ne voyais pas de telles scènes dans les nombreuses cathédrales d’Europe qui, dans plusieurs cas, étaient devenues des musées pour les foules de touristes. J’ai appris que l’Islam possède une organisation de la vie qui est complètement différente du catholicisme : l’Islam embrasse tout. L’appel à la prière musulmane : « Allahu Akbar » n’a jamais été un appel au meurtre ou à la destruction, au chaos ou à la terreur.

Lors de ces années en Terre Sainte, la première Intifada palestinenne ainsi que la première guerre du Golf prirent place. J’ai prié avec mes amis juifs lors des services hebdomadaires du Shabbat et lors des Très Saints jours au Hebrew Union College et j’ai entendu de nombreuses histoires d’injustices, de pauvreté et de colère de mes amis palestiniens. J’ai fait l’expérience du Ramadan avec mes voisins en faisant le jeûne avec eux. Cependant, j’ai aussi entendu parler du « Jihad », de la réalité des attaques suicides, du phénomène grandissant des faux martyrs et j’ai été témoin du grand pouvoir du clergé musulman sur leurs fidèles. Plusieurs de ces réalités étaient pour moi très difficiles à accepter.

Paris-terror-peace-300x178Les événements horribles de Beyrouth, de Paris ainsi que de l’écrasement de l’avion russe ont fait ressurgir certains de mes souvenirs au Moyen-Orient. En tant que croyant au Dieu Unique, prêtre catholique, éducateur travaillant dans le monde des médias internationaux, je suis convaincu, plus que jamais, que le dialogue entre les religions nécessite une bonne connaissance non seulement de ce que nous avons en commun mais également de ce qui se distingue profondément dans nos traditions respectives.

L’Islam n’est pas une religion uniforme. De fait, il n’y a pas une seule autorité pour tous les musulmans et pour cette raison, le dialogue avec l’Islam est toujours un dialogue avec plusieurs groupes. Personne ne peut parler au nom de l’Islam comme un tout. Il n’y a pas de lieu commun que l’on pourrait qualifier d’« orthodoxie ». Cela n’est pas une force. Les musulmans croient que le Coran vient directement de Dieu. Cela rend difficile l’étude et l’analyse critique du texte coranique contrairement à ce qui s’est passé avec la réflexion des chrétiens et des juifs sur l’Ancien et le Nouveau Testament.

Il y a un Islam noble dont les rois du Maroc et de la Jordanie sont de bons exemples. Il y a aussi un Islam terroriste que nous ne devons pas identifier comme représentant l’ensemble de l’Islam ; ce qui serait une grande injustice. ISIS n’est pas l’Islam. ISIS ainsi que toutes les formes de terrorisme au nom de Dieu sont des aberrations et tout sauf des religions. La manipulation et la distorsion de la crise massive des réfugiés en y introduisant des terroristes est criminel et mal. Le règne de terreur d’ISIS, immobilisant des peuples entiers en les endoctrinant et les remplissant de peur est mal. Nous devons distinguer entre la vraie religion et la fausse religion utilisée pour justifier la haine et la violence. La vraie religion mène les gens à la guérison, à la paix et au désir de construire un monde meilleur. La vraie religion respecte la dignité et le caractère sacré de la personne humaine. La vraie religion invite les personnes à répondre aux crises par la miséricorde, la charité et l’hospitalité.

En août 2005, durant les Journées mondiales de la Jeunesse, après une rencontre avec les juifs de la synagogue de Cologne en Allemagne, le pape émérite Benoît XVI a rencontré des représentants des communautés musulmanes. Ses paroles prophétiques sont très importantes pour le monde aujourd’hui :

« Je suis sûr d’interpréter aussi votre pensée en mettant en évidence, parmi les  préoccupations, celle qui naît du constat de l’expansion du phénomène du terrorisme. Je sais que vous avez été nombreux à repousser avec force, même publiquement, en particulier tout lien de votre foi avec le terrorisme et à le condamner clairement. Je vous en remercie, car cela renforce le climat de confiance dont nous avons besoin.

Des actions terroristes continuent à se produire dans diverses parties du monde, jetant les Candles-Paris-tragedy-300x169personnes dans les larmes et le désespoir. Ceux qui ont pensé et programmé ces attentats démontrent leur désir de vouloir envenimer nos relations et détruire la confiance, en se servant de tous les moyens, même de la religion, pour s’opposer à tous les efforts de convivialité pacifique et sereine. Grâce à Dieu, nous sommes d’accord sur le fait que le terrorisme, quelle qu’en soit l’origine, est un choix pervers et cruel, qui bafoue le droit sacro-saint à la vie et qui sape les fondements mêmes de toute convivialité sociale. 

Si nous réussissons ensemble à extirper de nos cœurs le sentiment de rancœur, à nous opposer à toute forme d’intolérance et à toute manifestation de violence, nous freinerons ensemble la vague du fanatisme cruel qui met en danger la vie de nombreuses personnes, faisant obstacle à la progression de la paix dans le monde. 

La tâche est ardue, mais elle n’est pas impossible. Le croyant – et nous tous en tant que chrétiens et musulmans sommes croyants – sait en effet qu’il peut compter, malgré sa fragilité, sur la force spirituelle de la prière.

Chers amis, je suis profondément convaincu que nous devons proclamer, sans céder aux pressions négatives du moment, les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix. La vie de tout être humain est sacrée, que ce soit pour les chrétiens ou pour les musulmans. Nous avons un grand champ d’action dans lequel nous nous sentons unis pour le service des valeurs morales fondamentales.

Les leçons du passé doivent nous servir à éviter de répéter les mêmes erreurs. Nous voulons rechercher les voies de la réconciliation et apprendre à vivre en respectant chacun l’identité de l’autre. En ce sens, la défense de la liberté religieuse est un impératif constant, et le respect des minorités est un signe indiscutable d’une véritable civilisation.

A ce propos, il est toujours opportun de se rappeler ce que les Pères du Concile Vatican II ont dit concernant les relations avec les musulmans:  « L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes, et aux décrets duquel, même s’ils sont cachés, ils s’efforcent de se soumettre de toute leur âme, comme s’est soumis à Dieu Abraham, à qui la foi islamique se réfère volontiers […]. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés sont nées entre chrétiens et musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé, à pratiquer sincèrement la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté » (Déclaration Nostra ætate, n. 3).

Ce dont nous sommes témoins aujourd’hui ce sont des actes d’extrémistes essayant de monopoliser le leadership religieux, qu’il soit chrétien, juif ou musulman. Tuer au nom de la religion n’est pas seulement une offense envers Dieu mais aussi une défaite pour l’humanité. Aucune situation ne peut justifier de telles activités criminelles qui couvrent leurs auteurs d’infamie. Cela est d’autant plus déplorable lorsqu’on se cache derrière la religion rabaissant ainsi la vérité de Dieu au niveau de l’aveuglement des terroristes et de leur perversion morale. [Read more…]