Ouvrir les portes de la tendresse: les leçons de Solanus et d’André

Ouvrir les portes de la tendresse:
Les leçons de Solanus et d’André,
deux humbles et saints portiers

Ce samedi, accompagné du père Richard Fragomeni, j’aurai le privilège d’être l’un des commentateurs de la Messe de béatification du frère capucin Solanus Casey au Stade Ford de Détroit. Plus de 70 000 personnes sont attendues à l’occasion de cette célébration historique où sera honoré l’un des prêtres les plus aimés des États-Unis. La première fois que j’ai entendu parler de la vie du frère Solanus c’était dans les années 80 alors que j’habitais à Détroit pour mon noviciat chez les basiliens. Je n’oublierai jamais nos visites au monastère Saint-Bonaventure et au Centre Père Sonalus de Détroit-Est. La paix que l’on ressentait dans la chapelle et au centre m’a toujours frappé. On pourrait décrire cet endroit comme étant une oasis spirituelle au milieu d’un quartier très dur. Je ne peux oublier les longues files de citoyens pauvres de Détroit attendant leur repas quotidien à la « Soupe populaire ».  J’ai commencé à lire sur la vie de ce remarquable frère capucin qui a passé sa vie au service des pauvres. Frère Solanus Casey était un humble portier de monastère, accueillant les gens de tous âge, grandeur, couleur, religion et situation de vie. Solanus était prêt à écouter quiconque et à n’importe quelle heure du jour. J’ai réalisé que sa réputation ou, en d’autres termes, son « odeur de sainteté » était déjà bien répandue. Au fil des années, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui ont connu personnellement le frère Solanus. Tous m’ont fait le même portrait d’un humble capucin qui, par son travail de portier, a démontré qu’une personne ordinaire pouvait vivre une vie de foi extraordinaire. Il voyait toutes les personnes comme étant aimées de Dieu et appelées à participer à sa vie divine.

Qui était cet homme ?

Solanus est né le 25 novembre 1870 sur une ferme non loin d’Oak Grove au Wisconsin. Baptisé du nom de Bernard Francis Casey, il fut le sixième enfant d’une famille immigrante irlandaise composée de dix garçons et six filles. Bernard quitta la ferme pour travailler un peu partout au Wisconsin et au Minnesota. Il occupa à cette époque plusieurs postes tels que bûcheron, infirmier, conducteur de tramway et gardien de prison. À l’âge de 21 ans, Bernard fit son entrée au Séminaire Saint-François de Milwaukee pour y faire des études en vue de la prêtrise. Cinq années plus tard, il discerna sa vocation de prêtre dans un ordre religieux. Investi dans l’ordre des capucins de Détroit en 1897, il reçut le nom de Solanus. Durant ses études, il eut beaucoup de difficultés puisque les cours étaient donnés en allemand, langue qu’il ne connaissait pas bien. Le 24 juillet 1904, à l’âge de 33 ans, Solanus Casey fut ordonné prêtre en l’église Saint-François-d’Assise de Milwaukee. Suite à l’évaluation de ses supérieurs et formateurs qui considéraient qu’il n’avait pas suffisamment de bons résultats académiques, Casey fut ordonné sacerdos simplex, un degré de prêtrise qui l’empêchait d’entendre les confessions ou de prêcher des sermons à caractère doctrinal.

Durant les 14 années où il servit à la paroisse Sacré-Cœur de Yonkers dans l’état de New York, Solanus s’est affairé non seulement aux tâches de sacristain et de portier mais il était également directeur de la Sodalité des Jeunes Filles, directeur des servants de Messe et en plus d’être occupé à diverses fonctions pastorales. Fr. Solanus édifiait les paroissiens par sa présence priante à la Messe, par sa grande charité auprès des malades, des enfants, des non catholiques et des pauvres. Les malades avaient tous très hâte à la visite du prêtre et aux consolations qu’il apportait. Son ministère auprès des malades et des pauvres s’est, bien entendu, poursuivi partout où il se rendait. En 1918, il fut envoyé à la paroisse Notre-Dame des douleurs de New York et en 1921, il dut se rendre à la paroisse Notre-Dame des anges d’Harlem.

En 1924 il fut enfin envoyé au Couvent capucin de Saint-Bonaventure de Détroit où il est resté 20 ans. Le frère Solanus s’y est fait connaître et aimer de tous. Son ministère de charité et de réconfort fut spécialement remarqué durant la Grande Dépression de 1929 puisque c’est alors que son souci des pauvres inspira le couvent capucin de Détroit à fonder une « soupe populaire », un service charitable qui continue encore aujourd’hui. Cette œuvre fut établie lors de la Grande Dépression de 1929 (période de dévastation et de pauvreté nationale) lorsque des milliers de pauvres de Détroit cognèrent aux portes du Couvent Saint-Bonaventure pour quêter leur pain quotidien.

« Ils ont faim, trouvez-leur de la soupe et des sandwichs » a-t-il exhorté ses confrères. Durant les mois qui suivirent, la file des pauvres augmenta jusqu’à atteindre 2 000 personnes par jour attendant de recevoir un seul repas. Frère Solanus saluait chaque personne à la porte en accueillant les sans-abris et les affamés aussi dans son cœur. Il nourrissait non seulement leur corps mais également leurs esprits.

La rencontre de deux saints portiers

Durant l’été 1935, deux saints portiers se rencontrèrent à Détroit. Ce fut une rencontre historique avec le frère André Bessette qui avait voyagé de Montréal jusqu’en Ontario, traversant cette province et le pont « Ambassador ». André avait entendu parler d’un autre saint portier de l’Est de Détroit. À cette époque, frère Solanus avait 65 ans et le frère André en avait 90. Les deux religieux avaient déjà travaillé de nombreuses années comme portier, aidant les personnes venues les visiter dans leur monastère respectif ; l’un étant à Montréal sur le Mont-Royal, l’autre au centre-ville de Détroit. Tous les deux ont travaillé de longues journées à accueillir quiconque voulait les rencontrer pour raconter leurs histoires, leurs blessures, leurs échecs, leurs abandons ou leurs pertes et, ce, peu importe l’heure de la journée ou de la nuit. Plus-tard, les pères de Sainte-Croix construisirent une chapelle pour le frère André sur l’un des plus hauts sommets du Mont-Royal. Ils espéraient que les milliers de personnes attirées par André en seraient dissuadées à cause de la côte accidentée. Ils ne le furent pas et des milliers s’y rendirent chaque année.

S’il existe deux personnes qui étaient en droit de se plaindre du traitement qui leur était réservé par les directeurs de leur communauté religieuse respective, ce furent certainement frère Solanus et André, frère de Sainte-Croix. Ironiquement, les deux hommes consacrés mirent leur propre communauté religieuse sur la carte (au moins en Amérique du Nord) puisque grâce à eux, celles-ci reçurent attention, intérêt et vocations. Il n’existe pas d’extraits vidéo ou de photos de cette rencontre historique des deux portiers à Détroit. Comme j’aurais aimé être là pour être témoin et pourquoi pas couvrir l’événement pour la télévision ! La rencontre eut lieu sans tambours ni trompettes si bien que personne ne put vraiment se rendre compte de ce qui se passait alors même qu’ils se faisaient l’accolade et priaient ensemble. Quelques rares témoins oculaires affirmèrent qu’ils parlèrent quelque peu ensemble et qu’ils prièrent et se bénirent réciproquement en latin. Le frère André est retourné à Montréal où il mourut deux ans plus tard en 1937. Il fut proclamé saint par le pape Jean-Paul II en 1982 et canonisé par le pape Benoît XVI en 2010.

Après avoir rencontré le frère André en 1935, Solanus allait continuer à travailler pendant plus de 20 ans. Durant les années 1941 à 1945, frère Solanus conseilla et pria pour de nombreuses familles désireuses de voir revenir leurs enfants sains et saufs de la deuxième guerre mondiale. Dans les dernières années de sa vie, les supérieurs capucins de Solanus désirant lui donner une retraite bien méritée l’envoyèrent au couvent de Saint-Félix de Huntington en Indiana au printemps 1946. C’est là qu’il passa beaucoup de temps en prière et auprès des malades et autres personnes en difficultés jusqu’à ce que ses propres infirmités le ramènent à Détroit pour recevoir des soins médicaux spécialisés.  Au cours de ce qui allait être sa dernière maladie, il affirma : « J’offre mes souffrances afin que tous soient un. Si au moins je pouvais voir la conversion du monde entier !». Sa dernière action concrète fut de s’asseoir et de s’exclamer « Je donne mon âme à Jésus-Christ ». Le frère Solanus mourut le 31 juillet 1957 à l’âge de 86 ans. Il est enterré au couvent de Détroit.

La cause en canonisation du frère Solanus a été ouverte en 1982. En 1995, le pape Jean-Paul II le déclarait vénérable, deuxième étape sur le chemin de la sainteté. Plusieurs guérisons miraculeuses sont associées à l’intercession du frère Solanus et, ce, avant et après sa mort. Des pèlerins du monde entier continuent de faire le pèlerinage jusqu’à sa tombe.

Deux funérailles solennelles pour deux grands portiers

Les frères André et Solanus ont tous deux eu des funérailles qui peuvent être considérées comme épiques. Non seulement eurent-ils chacun droit aux hommages de milliers de personnes qui attribuaient leur guérison à leurs prières mais également des milliers de personnes étaient présentes (près d’un million dans le cas du frère André) parce qu’elles avaient entendu parler d’eux. Non seulement des trains furent ajoutés par les autorités des chemins de fers, mais même aux États-Unis, spécialement sur la côte Est, on ajouta des autobus afin d’accommoder les personnes endeuillées qui voulaient se rendre à Montréal pour les funérailles du frère André.

André et Solanus vinrent en ce monde sans tambours ni trompettes. Malgré leur don de thaumaturge, tous deux continuèrent à vivre simplement durant toute leur vie. Toutefois, à cause de leur humilité, Dieu leur donna les dons que même les plus riches d’entre nous leur envient : le don de guérison. Grâce à cela, ils nous enseignent que l’humilité et l’obéissance, qualités peu considérées par notre temps, sont pour Dieu une très grande joie.

André Besette et Solanus Casey furent des porteurs, des portiers et des guides. Ils ouvrirent des portes aux gens. Solanus fut un homme et un prêtre simple. Même s’il écrivait à l’occasion des poèmes, il n’était ni un homme de lettres ni un grand bachelier. Il a atteint par contre une grande profondeur spirituelle. Comme un prophète, il portait un message pour notre temps. Il vécut avec le souci du peuple de Dieu, souffrant et travaillant à la conversion des pécheurs. Son message fut toujours celui de la foi et de la confiance en Dieu, en Celui qui encourage et console. Ce samedi 18 novembre prochain, dans l’un des plus grands stades de sport de Détroit, l’humble prêtre Solanus Casey sera proclamé « Bienheureux » franchissant ainsi une étape cruciale sur le chemin de la sainteté.

De saints portiers

C’est à propos de personnes humbles comme André Bessette et Solanus Casey que le pape François s’exprimait utilisant ces puissantes paroles dans Évangelii Gaudium (no 47) :

« L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. »[1]

À son époque, frère Solanus fut lui aussi un portier de l’Est de Détroit. Aujourd’hui, il est au ciel et joue toujours le rôle de gardien. Il nous a laissé un exemple de la façon d’accueillir l’étranger, le sans-abri, le pauvre, le malade et l’affamé de nos communautés. Certains viendront à nos portes remplis de joie, d’autres auront peur, certains seront en santé et d’autres viendront pour être guéris. La chose importante c’est que nous puissions ouvrir nos portes et construire des ponts avec ceux qui viendront et non pas construire des murs, des barrières ou d’autres obstacles.

J’aimerais tant être présent lorsque Solanus et André se feront l’accolade au ciel samedi prochain! Je ne peux qu’imaginer la tendresse de cette rencontre et la profondeur de cet échange entre ces deux remarquables et saints portiers d’Amérique du Nord alors qu’ils renouvelleront leur amitié et partageront leurs histoires sur la manière dont Dieu les a utilisés pour bénir, nourrir, aimer, pardonner, encourager et guérir des millions de personnes.

Saint André de Montréal et bienheureux Solanus de Détroit : Priez pour nous !

Si vous aviez la foi (et en effet, vous l’avez)…

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Vingt-septième dimanche du Temps ordinaire, Année C – 2 octobre 2016

Habacuc 1,2-3 ; 2,2-4
2 Timothée 1,6-8.13-14
Luc 17,5-10

Questionner foi et même l’objet de cela est un exercice quotidien sain ! La foi ne peut pas être mise en suspens jusqu’à ce que nous en ayons besoin, car à ce moment-là nous découvrirons qu’elle est devenue faible et démunie de désuétude et ne nous soutiendra pas. La vertu de l’intégrité requiert une foi bien exercée qui nous permettra de surmonter même des défis les plus terribles. Même le plus fort parmi nous peut être réduit à l’impuissance et le silence. Laissez-nous inspirer par l’Ancien Testament d’aujourd’hui et les lectures d’Évangile d’aujourd’hui afin que nous puissions avoir un aperçu du précieux cadeau de la foi. Je vous offrirai aussi deux exemples remarquables et contemporains de deux serviteurs et héros de notre foi : Sainte Mary MacKillop, et Saint André Bessette qui étaient canonisé le 17 octobre 2010 à Rome.

Le cri d’Habacuc

Les mots du prophète Habacuc dans la première lecture d’aujourd’hui (1,2-3 ; 2,2-4) ont été interprétés comme étant la plainte du prophète contre les maux internes de Juda; la langue utilisée est celle employée par Amos, Isaïe et Jérémie pour condamner les abus sociaux de leur époque. Dans Habacuc 1,5-7 le Seigneur répond à cette plainte en indiquant l’empire Chaldéen comme son instrument pour punir son peuple pour ces péchés. Cependant, le cri d’Habacuc n’est pas lancé en vain. Le Seigneur lui parle : « Ecris la vision, grave-la sur les tablettes pour qu’on la lise facilement. Car c’est une vision qui n’est que pour son temps : elle aspire à son terme, sans décevoir ; si elle tarde, attends-la : elle viendra sûrement, sans faillir ! (2,2-3). C’est tout ce que Habacuc obtient – et la plupart du temps il est tout ce que nous obtenons – « attend patiemment la vision. » Cela semble lamentablement insuffisant. C’est pourquoi notre foi doit constituer une partie vivante, révélatrice et toujours grandissante de qui nous sommes.

Augmente notre foi

Les paroles de Jésus dans l’Évangile de Luc (17,5-10) continuent sa réponse à la demande des apôtres pour augmenter leur foi (Luc 17,5-6) et leur rappeler que des disciples Chrétiens ne peuvent faire aucune réclamation sur la bienveillance de Dieu; dans l’accomplissement des demandes exigeantes de l’apprentissage, ils sont simplement en train d’accomplir leur devoir. Jésus adresse quatre enseignements indépendants (vv 1-2; 3-4; 5-6; 7-10) à son auditoire. Luc a tissé ces quatre enseignements dans un récit narratif concernant deux sujets: dans le premier récit Jésus donne des instructions très exigeantes concernant l’acte de pécher contre un frère ou une sœur [vv 1-2], et dans le deuxième il évoque le traitement de celui qui pèche contre vous (vv 3-4). Les enseignements sont si difficiles que les disciples demandent une plus grande foi, en réponse à quoi Jésus appelle et affirme la foi qu’ils ont (vv 5-6).

Que ce soit dans le premier ou le second enseignement, ces derniers se rapportent tout deux a la vie ensemble dans la communauté de foi. Dans la communauté Chrétienne, deux sortes de difficultés surgiront souvent, menaçant l’harmonie de la communauté. Une difficulté découle du fait que pas tous les membres sont au même niveau de maturité; il y a toujours « petits, » c’est-à-dire les nouvellement baptisés. Le discours et le comportement des membres qui sont plus mûrs pourraient mener un des nouveaux pour a trébucher et chuter. « Etre la cause de trébucher » c’est ce qui git au cœur de la « tentation a pécher » (v 1) et de la « suscitation au pécher » (v 2). Des parallèles à ce texte existent dans Mathieu (18,6-7) et Marc (9,43).

Le deuxième type de difficulté qui menace la communauté Chrétienne émane des ces instances ou les disciples pèchent l’un contre l’autre (vv 3-4). Cet enseignement est très réaliste; des membres de la communauté s’offensent mutuellement. Il n’est pas étonnant que les apôtres, en entendant les instructions (vv 1 – 4) disent à Jésus, « Augmentez notre foi ! » [v 5]. Dans son usage des termes « apôtres » et « Seigneur » dans cette phrase, Luc parle non seulement de Jésus et de ses disciples immédiats à ce moment de l’histoire, mais aussi Seigneur Ressuscité de l’Église et les apôtres ainsi que des apôtres et dirigeants de notre Église contemporaine. 

Une affirmation plutôt qu’une réprimande

Au v 5 les disciples de Jésus sentent le fardeau du leadership. La réponse de Jésus à eux appelle à un examen rigoureux de leurs responsabilités et défis : « si vous aviez la foi… » La langue grecque offre deux types de clauses pour désigner le terme « si »: celui qui exprime une condition contrairement au fait ( »Si j’étais a votre place ») et celui qui exprime une condition selon le fait ( »si Jésus est notre Seigneur »). La clause conditionnelle au v 6 est du deuxième type; nous pourrions le traduire par « si vous aviez la foi (et en effet vous l’avez). » La réponse de Jésus, alors, n’est pas une réprimande pour une absence de foi, mais plutôt une affirmation de la foi qu’ils possèdent et une invitation à vivre les possibilités absolues de cette foi. Même la petite foi qu’ils ont déjà neutralise des termes comme « impossible ».

La relation de maître-esclave

Le quatrième et dernier enseignement (vv 7-10) est en de parabole et n’a aucun parallèle chez Mathieu et Marc. Il s’ouvre d’une façon commune à un certain nombre de paraboles chez Luc: « N’importe lequel parmi vous ? » Ou « Lequel parmi vous ? » (11,5-7 ; 14,23 et 31; 15,4 et 8). La réponse assumée est « non » ou « personne. » La parabole est construite autour de la relation maître-esclave, plutôt commune dans des paraboles du Nouveau Testament, sans toutefois d’analogies claires dans notre culture.

Nous sommes seulement des serviteurs

Je suis sûr que les mots de Jésus ont continué à se répercuter dans les cœurs des apôtres lorsqu’ils sont allés proclamer l’Évangile. Ils ont voyagé d’une ville à l’autre, d’une région à la suivante, se consacrant au service du Royaume et toujours ayant à cœur la remontrance de Jésus : « quand vous avez fait tout ce que l’on vous commande, dites: ‘nous sommes des serviteurs indignes; nous avons seulement fait notre devoir’ » (17,10). Les mots de Jésus soulèvent des questions qui ne peuvent pas être évitées : Avons-nous vraiment fait notre devoir ? Et que devons-nous faire maintenant ? Quelles tâches nous attendent ? Quelles ressources et quelles forces avons-nous à portée de main ? Les questions sont complexes, et donc la réponse à ces questions doit être soigneusement méditées.

Jésus est venu parmi nous comme celui qui sert. Et c’est ainsi que font ses disciples; ils doivent être tout d’abord les serviteurs des autres, et non pas des maîtres. Dans aucun endroit ou temps le disciple peut dire : « j’ai achevé mon service, maintenant je veux être servi. » Cela s’applique particulièrement à ceux parmi nous qui avons été confiés le leadership du peuple de Dieu de n’importe quelle façon. La demande de l’augmentation de la foi (v 5) ne doit pas séduire des apôtres ou des leaders pour supposer qu’avec l’augmentation vient l’élévation du poste pour que la période de servir prenne fin. Les apôtres et les leaders sont soumis aux instructions et ceci est applicable pour tous les disciples. Peu importe où nous nous trouvons, un serviteur est un serviteur.

La première sainte d’Australie

Dimanche 17 octobre, 2010, Benoît XVI a canonisé six nouveaux saints en la Place Saint-Pierre. Ceux-ci comprennent le polonais Stanislaw Soltys, qui est mort en 1489; l’espagnole Candida Maria de Jésus, qui est morte en 1912; les italiennes Camilla Battista da Varano morte en 1524, et Giulia Salzano, morte en 1929; le canadien André Bessette, qui est mort en 1937; et l’australienne Mary de la Croix MacKillop qui est morte en 1909. MacKillop, avec le père Julian Tenison Woods, ont fondé les Sœurs de Saint Joseph du Sacré Cœur en Australie. Un aspect de la vie de Sainte Mary MacKillop s’adresse à nous à la lumière des lectures d’aujourd’hui. Lorsqu’elle fut excommuniée par l’Église, on interdit à ses propres sœurs de lui parler et beaucoup d’entre elles furent renvoyées de la congrégation. Mary s’est réfugiée chez des amis et, éventuellement, chez un homme d’affaires juif qui lui fournit une maison avec certaines des femmes qui furent expulsées de la congrégation. Les pères Jésuites se sont rendus compte qu’une injustice avait été faite et continuèrent à lui donner les sacrements. Cinq mois après l’excommunication l’évêque s’était rendu compte de son erreur, et, sur son lit de mort, envoyât un de ses prêtres pour enlever la sentence d’excommunication. Pendant le temps d’excommunication, Mary ne fera pas dire de mots hostiles contre l’évêque et continuera à prier pour lui.

Cette brave femme australienne ne s’était jamais endurcie à l’égard des dirigeants de l’Église qui se sont opposés à elle si vigoureusement. Lors de sa visite à Sydney a l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse 2008, et en évoquant la Bienheureuse Mary MacKillop Bénie, Benoit XVI dit : « Je sais que sa persévérance face à l’adversité, sa réclamation de la justice de la part de ceux qui l’ont maltraitée, et son exemple pratique de sainteté sont devenu une source d’inspiration pour tous les Australiens. »

Frère André Bessette de Montréal

Le frère de Sainte-Croix André Bessette, le fondateur de l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, est né 1845, au sein d’une grande famille catholique, dans le village québécois de Saint-Grégoire d’Iberville. Lorsqu’il s’était présenté pour embrasser ses vœux au sein de la Congrégation de Sainte-Croix, ses supérieurs religieux décidèrent qu’ils ne pouvaient l’accepter en assumant que sa mauvaise santé serait un obstacle à son ministère dans le futur. Alfred fut dévasté. Alfred a imploré l’Évêque local d’intercéder avec les supérieurs de Sainte-Croix, en disant : « Ma seule ambition est de servir Dieu dans les tâches les plus humbles. »

Pendant à peu près 40, le frère André a travaillé comme portier au Collège Notre-Dame dans le quartier de Côtes-des-Neiges à Montréal. En parlant de sa tâche de portier, il raillât une fois en disant : « Lorsque je suis entré en communauté, les supérieurs m’ont montré la porte et j’y suis resté 40 ans. »

Le frère André incitait les gens qui venaient le voir à prier avec confiance et persévérance. La nouvelle s’était rapidement répandue lorsque bon nombre de personnes avec lesquelles il avait prié étaient guéries. Le Frère André a insisté, « je ne suis rien … seulement un outil dans les mains de Providence, un instrument modeste au service de Saint-Joseph. » Tandis que certains l’avaient soutenu, plusieurs d’autres s’opposèrent à lui et l’avaient même considéré un danger pour le bien être de la réputation de l’école, parce qu’ils le voyaient comme un charlatan. Avec de développement des tensions au sein du collège avec le déferlement d’un grand nombre de malades venus voir le portier, les supérieurs du collège lui donnèrent la permission de recevoir les malade dans la station de tramway voisine plutôt qu’au sein du collège.

Le frère André avait une grande foi en et une dévotion fervente à saint Joseph. En 1900 il reçut la permission de se procurer de l’argent pour construire sanctuaire à Saint-Joseph. Le premier abri a été construit en 1904. Les autorités de Sainte-Croix approuvèrent l’adjonction d’une chambre à la chapelle et ils assignèrent au frère André à vivre dans cette chambre, où il pourrait recevoir des pèlerins et prier pour eux. Il passait ses jours à accueillir les malades qui lui rendaient visite et ses soirées à visiter les malades qui ne pouvaient aller à l’Oratoire. La construction de ce qui deviendra l’Oratoire Saint-Joseph a commencé en 1914. Avant les années 1920 l’Oratoire accueillait plus d’un million de pèlerins annuellement, et des centaines de guérisons ont été attribués aux prières de Frère chaque année. L’Oratoire Saint-Joseph est désormais le plus grand sanctuaire au monde dédié à Joseph.

Ces deux saints contemporains de l’Église ont su transformer en flamme le don de la foi qu’ils avaient reçu de Dieu. Ils ont souffert aux mains de l’Église, et ont malgré cela continué à aimer et croire. Quelle privation ont-ils tous deux vécue pour l’Évangile ! Ils n’ont jamais eu honte de leur témoignage au Seigneur et ils irradiaient de charité, de joie et d’espoir. Leur force est venue de Dieu. Sans aucun doute l’Esprit habitait en eux (2 Tm 1,6-8.13-14).

(Image : CNS Photo) 

5 ans à Sel et Lumière

Group pic 2Après 5 années très enrichissantes, je quitte Sel et Lumière pour un temps sabbatique de repos et de prière. J’ai beaucoup aimé travailler avec des jeunes de différents pays, désireux d’être au service de l’Évangile et de l’Église. La grande diversité culturelle de l’Église au Canada est très stimulante. L’Église est porteuse de différentes sensibilités qui aident à prendre conscience de la richesse du mystère de Dieu qu’aucun et aucune de nous ne peut saisir dans sa totalité. L’amour de Dieu est inconditionnel et il se révèle toujours de manière nouvelle et inattendue. La suite de Jésus-Christ nous fait rencontrer de nombreux frères et soeurs du monde entier. C’est ce que j’ai découvert et c’est ce qui m’habite à présent.

Durant ces 5 ans l’Église a vécu de grands événements:  changement de Pape, 3 journées mondiales de la Jeunesse, 2 congrès eucharistiques internationaux dont un à Québec, 2 canonisations au pays: Frère André et Kateri Tekahwitha, les 25 ans de la rencontre d’Assise pour ne citer que les plus marquants. J’ai interviewé des personnes passionnantes que je n’oublierai pas. J’ai été sensible à tous les gestes de réconciliation et notamment à la présence de l’Église en avril dernier à Montréal, lors de la commission Vérité et Réconciliation pour les personnes autochtones ayant vécu dans des pensionnats.

J’ai eu la chance de rencontrer l’abbé Roland Leclerc avant sa mort. Dans le livre de Louise Lacoursière Roland Leclerc Par-delà l’image, j’ai appris qu’il avait pour modèles St Jean-Baptiste, qui s’efface devant le Seigneur et le frère André qui ouvre la porte. Cela m’a guidée dans mes interviews.

L’expérience de ces 5 ans a été très intense. J’en rends grâce et je n’ai pas fini de recueillir les fruits.

Merci au Père Thomas Rosica et à toute l’équipe de Sel et Lumière ainsi qu’à vous tous et toutes pour votre fidélité.

Bon vent au souffle de l’Esprit20130829_164029

Réflexion sur St frère André

En la fête de St Frère André, voici la réflexion du Père Thomas Rosica, csb

Homélie pour le 76e anniversaire du décès de Saint Frère André Bessette

Aujourd’hui nous fêtons le  76e anniversaire du décès de Saint Frère André Bessette  (6 janvier 1937). Voici l’homélie de la messe célébrée à 8h30 à l’Oratoire Saint- Joseph du Mont-Royal  ce lundi 7 janvier 2013

Lectures : 1 Pierre 4, 7b-11 Matthieu 11, 25-30

« Chers Frères et Sœurs ici rassemblés à l’Oratoire,
Chers téléspectateurs et téléspectatrices à travers le monde,

Je remercie vivement les Pères de Sainte Croix pour m’avoir invité à présider cette Eucharistie ce jour de fête de
St André. Il y a déjà soixante-seize ans depuis l’entrée au paradis de l’humble portier de Mont-Royal. Et il y a un peu plus de deux ans que l’Eglise a déclaré Frère André saint parmi les saints. L’évangile que nous venons d’entendre nous parle d’une façon claire de Saint-André de Montréal.

Dans cette page de la Bonne Nouvelle tirée de St Matthieu, Jésus formule une prière d’exultation et de louange qui nous fait mieux comprendre qui il est et à qui il souhaite s’identifier (11, 25-30). Toute sa vie, Jésus a vu que les humbles de cœur trouvaient plus facile d’accepter sa doctrine révolutionnaire que ceux qui étaient remplis d’eux-mêmes. On observe un triple mouvement dans ce passage. Dans un premier temps, Jésus s’adresse à son Père et se réjouit de ce que la prédilection du Père pour les pauvres et les petits transparaisse dans son ministère.

Dans le deuxième temps, Jésus parle de lui-même et en vient presque à se définir. Jésus est le Fils à qui a été donnée la pleine connaissance du Père. Le cœur de la mission du Fils, c’est de nous révéler le Père.

Enfin, dans le troisième temps, Jésus s’adresse directement à toutes les personnes qui cherchent de l’aide, de la consolation et du repos. Je ne peux m’empêcher de penser qu’à chacun de ces trois énoncés, Jésus souriait; qu’il prenait une profonde respiration et qu’il était comblé de joie en voyant ce qui se produisait dans les rangs de ses disciples. Il souriait de compassion en invitant les malheureux et les petits à trouver la paix. [Read more…]

Portier de Dieu

Il y a deux ans, presque jour pour jour, l’Eglise célébrait la canonisation du frère André.

Ne manquez pas ce soir à 20h notre documentaire Portier de Dieu, Saint André de Montréal

Neuvaine à St Joseph en DIRECT

Du samedi 10 mars au 18 mars nous diffuserons EN DIRECT à 19h30 la Neuvaine à St Joseph.
Elle est animée par Sr Doris Lamontagne, pfm, qui commentera la parole de l’apôtre St Jacques: Montre moi ta foi.

Notre programmation à 19h30 à partir de samedi 10 mars sera donc consacrée à la retransmission en direct de la neuvaine à St Joseph.

La messe quotidienne en DIRECT à 8h30 sera toujours retransmise.

Lundi 19 mars, fête de St Joseph, la messe sera retransmise en direct à 8h.

Bonne neuvaine

Premier anniversaire de la canonisation de Saint frère André

Pour nous préparer à l’anniversaire de la canonisation de Saint frère André, dans l’action de grâces

Dimanche 16 octobre

10h rediffusion de la messe présidée par le cardinal Jean-Claude Turcotte à St Andrea della Valle

15h30 rediffusion de la messe au Stade olympique de Montréal. (aussi le lundi 17 octobre 16h)

Lundi 17 octobre

19h35 cérémonie du premier anniversaire de la canonisation du saint Frère André  en la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph

21h Portier de Dieu, notre documentaire réalisé par Sébastien Lacroix

 

 

 

Portier de Montréal et Gardien de la Porte du Ciel


Une réflexion sur saint André de Montréal
Père Thomas Rosica, c.s.b.
Directeur général, Fondation catholique Sel et Lumière média

Le dimanche 17 octobre prochain, parmi les nouveaux canonisés par le pape Benoît XVI sera un Canadien de la Congrégation de Sainte-Croix, frère André Bessette.  Pendant près de quarante ans, le frère André va travailler comme portier du Collège Notre-Dame dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal. Commentant plus tard la tâche qu’on lui avait confiée il dit : « On m’a mis à la porte et j’y suis resté toute ma vie. »

En tant que portier du Collège, le frère André loge dans une petite pièce près de l’entrée, pièce qui est aussi son bureau.  Il presse les gens qui viennent le voir, de prier avec confiance et persévérance, tout en demeurant ouverts à la volonté de Dieu. Il les incite à prendre le chemin de la guérison avec foi et humilité, en allant se confesser et en recevant les sacrements de l’Église. Il encourage les malades à consulter un médecin. Pour lui, la souffrance trouve un sens lorsqu’elle est jointe à la souffrance du Christ. Il était attentif et présent à la tristesse et à la douleur des autres, mais était toujours de nature joyeuse avec un bon sens de l’humour. On raconte l’avoir vu pleurer avec les visiteurs qui lui confiaient leurs difficultés et leur peine. La rumeur de guérisons obtenues à la suite de ses prières, se répand. Alors que sa renommée de guérisseur dépasse les frontières, lui-même insiste toujours plus : « Je ne suis rien… qu’un simple instrument entre les mains de la Providence, un humble instrument au service de saint Joseph. »

Le frère André est décédé à Montréal le 6 janvier 1937 sans voir la fin de son rêve. On estime que plus d’un million de visiteurs de partout en Amérique sont venus lui rendre un dernier hommage dans les jours qui suivirent sa mort. Il fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 23 mai 1982 à Rome. Le 17 octobre 2010, le frère André sera canonisé et deviendra le premier saint homme natif du Canada. [Read more…]

Tu nous as ouvert le ciel…

Le dernier numéro Signes, dans sa rubrique Témoins du Seigneur offre une entrevue avec le Père Thomas Rosica, csb, notre directeur. Il évoque son cheminement spirituel et l’expérience inoubliable des JMJ de Toronto. Nous avons le privilège de la publier dans sa version intégrale.

« Tu nous as ouvert le ciel… »

« Dans la pénombre de la crypte, le Père Rosica est plongé dans la prière. En ce 21 septembre 2010, alors que la Télévision Sel + Lumière — dont il est le Directeur général — ouvrira dans quelques heures une antenne à Montréal, il revoit toutes les visites qu’il a faites à l’Oratoire Saint-Joseph, endroit très marquant de sa vie. Il se rappelle tout particulièrement la première : « Je suis venu ici pour la première fois, à 16 ans. J’avais l’idée d’une vocation, à ce moment-là, et j’ai prié à ce sujet : ‹Frère André, aide-moi ! Saint Joseph, aide-moi !› Chaque fois que je reviens, c’est pour moi un retour aux sources ! »

Au service de l’éducation

Prêtre de la congrégation de saint Basile, le Père Rosica a 51 ans et célébrera son 25e anniversaire de sacerdoce le 19 avril de cette année. Né à Rochester, NY, dans une famille italo-américaine bien catholique, il est l’aîné de six enfants. Il a complété un baccalauréat ès arts en langue italienne et en littérature française à St. John Fisher College, en 1980.

Il a eu la grâce d’étudier à Rome, puis à Jérusalem : « Imaginez, j’ai vécu quatre ans en Terre Sainte ! Presque quatre ans et demi à Jérusalem, dans la vieille ville ! Ça a été une période très marquante pour moi. » Puis, il a été envoyé diriger le Centre Newman (l’aumônerie catholique de l’Université de Toronto) et enseigner l’Écriture Sainte.

Le Père Rosica s’est spécialisé dans l’étude du Nouveau Testament, surtout dans l’évangile de saint Luc et les Actes des Apôtres et il a investi une bonne partie de son temps d’études sur les disciples d’Emmaüs. « Ma thèse en lecture biblique portait sur eux, et celle que j’ai rédigée à l’École biblique avait pour sujet Philippe et l’eunuque éthiopien (Ac 8, 26-40), qui est le parallèle des disciples d’Emmaüs. »

Pourquoi donc Emmaüs ? « Parce que c’est l’histoire de la vie chrétienne : souvent, le Seigneur chemine avec nous sans que l’on en soit conscient. À travers ses questions, son enseignement, sa présence douce et affable, on le découvre, ça réchauffe le cœur, qui devient brûlant. C’est un peu le thème de ma vie, car j’ai souvent été comme les deux disciples tout tristes sur le chemin : ils ont reconnu le Seigneur ! »

Le pasteur en lui est rejoint par ce passage évangélique : « J’espère aussi être souvent comme le Seigneur, qui rejoint les personnes où elles sont et chemine avec elles. De petites questions comme : ‹ Pourquoi es-tu triste ? ›, ‹ Qu’est-il arrivé ? ›, ‹ Qu’est-ce que tu fais ici ? › suscitent une ouverture, et les personnes sont confirmées dans leur foi. Emmaüs est un évangile très important pour moi. »

Directeur général des JMJ

En mai 1999, les Évêques du Canada demandent au Père Rosica de prendre en main les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui se dérouleront à Toronto trois ans plus tard. « Ce n’est pas le genre de choses qu’on sollicite ! » Troisième candidat convoqué à Ottawa par la CECC, le religieux précise sa pensée aux Évêques : « Excellences, dit-il, si vous voulez que ce soit un concert d’un soir, un grand spectacle, un grand show, choisissez une autre personne ! Je veux que ce soit vraiment une retraite pour le pays ; ce doit être une profonde expérience de foi. » Même si, au début, ils ne savent pas trop à quoi s’attendre, les Évêques décident de lui faire confiance.

Les JMJ sont un immense bateau, et le Père Rosica reçoit toutes sortes de mises en garde : « Le gouvernement va être un problème. Les autres groupes religieux vont vous casser les pieds… ». Pourtant, le problème majeur était ailleurs : « Pour moi, ce n’étaient pas les forces extérieures qui étaient gênantes ou problématiques, c’était l’indifférence à l’intérieur de l’Église. Ça, c’était le défi le plus grand ! » Quelle solution trouve-t-il ? La prière. « J’ai beaucoup prié ! »

À peine apprend-il la nouvelle de sa nomination que le Père Rosica quitte son bureau du Centre Newman et prend le train pour Montréal. Dès son arrivée, il se rend à l’Oratoire Saint-Joseph. « Je voulais confier les JMJ au frère André ; je les ai mises à ses pieds. » Au tombeau de l’humble portier du Collège Notre-Dame, il prie ardemment : « Aide-moi à ouvrir les portes. » Ensuite il va au tombeau de Mère Marie-Rose Durocher, chez les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, et lui dit qu’il a besoin d’elle aussi. « Je crois à l’efficacité de ces gestes, j’accorde beaucoup de crédit à l’aide des saints ! » Le Père Rosica est convaincu que cet événement va constituer un réveil pour le pays.

Le travail et les grâces

Quelle somme de travail il lui faut abattre ! « Nous avons énormément souffert, durant la préparation. Il y avait des défis monstres : le 11 septembre, les abus sexuels et les graves scandales aux États-Unis, l’indifférence, la maladie de Jean-Paul II… » Pourtant, lors de la Vigile des JMJ, le samedi soir, il obtient sa récompense : « J’étais là, regardant la foule de 600 000 personnes, le Nonce Apostolique, Mgr Luigi Ventura, était à côté de moi. J’avais les larmes aux yeux et une profonde consolation dans mon cœur.

« Je me répétais les paroles prononcées par Jean-Paul II à New York, lors de sa visite à l’ONU, en 1995 : ‹ Nous ne devons pas avoir peur de l’avenir. Nous ne devons pas avoir peur de l’homme. Ce n’est pas par hasard que nous nous trouvons ici. …nous pouvons construire, dans le siècle qui est sur le point d’arriver et pour le prochain millénaire, une civilisation digne de la personne humaine, une vraie culture de la liberté. Nous pouvons et nous devons le faire ! Et, en le faisant, nous pourrons nous rendre compte que les larmes de ce siècle ont préparé la voie d’un nouveau printemps de l’esprit humain. › Ces paroles m’ont profondément marqué. Ce soir-là, le 27 juillet 2002, j’ai fait une nouvelle profession de foi en la Providence divine. Voilà la beauté… que nous avons vécue à travers cette expérience ! »

« Et que dire du passage de la croix des jeunes à travers notre vaste pays ! C’est le Canada qui a développé le sens du pèlerinage de la croix. Ils l’avaient fait avant, mais jamais d’une manière aussi coordonnée, en lui donnant un sens profond. » Des livrets sont publiés pour accompagner la croix. « Et même si, pour une raison ou une autre, on avait dû annuler les JMJ, s’il avait fallu y renoncer à cause des problèmes mondiaux, j’étais persuadé que, déjà, le Canada les avait vécues à travers le pèlerinage de la croix. » Cette croix a même été transportée à Ground zero, à New York. « Voilà un autre moment extrêmement touchant et profond ! » Ce moment de grâce, le Père Rosica l’a raconté au Pape : « Après notre visite à Ground Zero, j’ai expliqué au Saint-Père les émotions que nous avons tous vécues dans cet abîme de violence et haine. Le Pape pleurait. »

À mes yeux, les JMJ ont vraiment constitué une retraite. Et la plus grande surprise des JMJ, pour moi, c’est ce qui a suivi. Jamais je n’aurais cru que le plus beau fruit des JMJ au Canada, un fruit visible et de longue durée, allait être un projet avec le thème des JMJ : Télévision Sel + Lumière !

Des JMJ à la télévision

Après l’effervescence des JMJ, « moi, je voulais terminer le projet, quitter le bureau et reprendre l’enseignement à l’Université. » Or, en novembre 2002, « on me convoque à une réunion chez Mgr Nicola De Angelis, un des évêques auxiliaires de Toronto, pour me proposer l’idée de la télévision. J’ai refusé. » Mais cette rencontre est suivie d’une série d’événements et de coïncidences qui remettent en question le religieux.

Dès le lendemain, il partait pour Rome avec Mgr Berthelet, Mgr Lapierre et le cardinal Ambrozic. « Nous avions été invités à déjeuner avec le Pape pour faire le bilan des JMJ.  Je garde un souvenir vif de toute cette journée-là. C’était le jour où le Pape avait nommé Mgr Marc Ouellet Archevêque de Québec.»

« Nous avons été à table avec le Pape pendant deux heures. C’était si agréable, un moment mémorable ! » À la fin du repas, au moment de quitter la salle à manger, le Pape retient le Père Rosica. « Il m’a remercié pour les JMJ, il a blagué un peu, et m’a demandé : ‹ Qu’est-ce que vous allez faire ? Qu’est-ce qu’ils vous ont proposé de faire, maintenant ? › — « Je veux retourner à l’enseignement de l’Écriture Sainte, vous savez que j’étais professeur d’Écriture Sainte. »

Mais, pendant le repas : « J’avais raconté à son secrétaire, Mgr Dziwisz — qui était à côté de moi à table —, en rigolant un peu, ce qui m’avait été demandé : ‹ Il y a des gens qui veulent que je fasse de la télévision, maintenant ! Ça ne m’intéresse pas ! › Il avait ri, lui aussi. » Or, quand il a entendu le Pape poser sa question, Mgr Dziwisz dit au Père Rosica : « Dites au Saint-Père ce qu’ils vous ont proposé. » Le religieux avoue au Pape : « Padre Santo (je parlais en italien), il y a des gens qui m’ont proposé de lancer une chaîne de télévision catholique au Canada. » Le Pape le regarde, « il me prend par le bras, et me dit : ‹ La televisione cattolica ! › Je dis : ‹ Oui, oui, la télévision catholique. › Il me dit d’une voix forte : — ‹ Mais, il faut l’accepter, parce que vous vivez dans un pays de mission ! Alors, c’est très important ! › Il disait ça avec un grand sourire, comme en blaguant. Ce n’était pas de l’ordre de l’obéissance.

« Son secrétaire me dit : ‹ Avez-vous entendu le Pape ? › — ‹ Oui, oui, oui. › — ‹ Écoutez le Saint-Père ! › Je me suis mis à rire en moi-même, en disant : ‹ C’est la dernière chose que je voulais entendre aujourd’hui, que le Pape me confirme et qu’il dise : ‹ Accepte la télévision › ! » Dans les jours suivants, des conversations avec le Secrétaire d’État du Vatican, avec le Père Lombardi, avec le docteur Joaquín Navarro-Valls continuent de le faire réfléchir.

De Rome, le Père Rosica va passer quelques jours à Paris avec le cardinal Lustiger, son grand ami et mentor. « Il m’a beaucoup aidé pour les JMJ ; il a été un vrai père pour moi, un frère. » Pendant le dîner, le Cardinal lui demande ce qu’il entend faire. — « Éminence, ils m’ont proposé la télévision catholique. » — « C’est magnifique ! La même chose m’est arrivée à Paris, et après les JMJ, on a lancé KTO en France. Alors, on va t’aider avec tout ce que tu vas faire ! Demain, on va ensemble à KTO ! » Le lendemain, dans les bureaux de KTO, le cardinal Lustiger présente le Père Rosica : « Voilà le nouveau Directeur de la télévision catholique au Canada, qui est née après les JMJ. » Celui-ci est embarrassé : « Éminence, ne dites pas ça, parce que rien n’est public, je n’ai même pas parlé avec mes Supérieurs ! » L’Archevêque répond simplement : « C’est très important ! » Le Père Rosica reconnaît là un appel du Seigneur : « Il y a eu une série de signes, et tout cela m’a amené à reconsidérer ma décision. »

Un pasteur ardent

Étonnamment, les JMJ ne constituent pas l’expérience pastorale qui a le plus profondément frappé le Père Rosica. « L’épisode le plus pénétrant, le plus profond, de toute mon expérience pastorale reste un projet vécu avec les étudiants au moment où j’étais aumônier d’Université. »

À son arrivée au Centre Newman, le Père Rosica a fait de la lettre apostolique Tertio millenio ad­veniente — que le Pape venait de publier en préparation au Jubilé de l’an 2 000 — son plan pastoral pour les six années suivantes. « C’était le plan catéchétique le plus grand, le plus noble et le plus audacieux jamais lancé par l’Église, un plan de six ans ! » Pendant ces années où il a beaucoup travaillé à l’aumônerie de la plus grande institution universitaire catholique du Canada, il met l’accent sur la vie des saints.

« Chaque année, nous présentions aux étudiants de nouveaux saints, des bienheureux et des bienheureuses. »

Or, lors de la construction de la chapelle universitaire, des vitraux avaient été prévus, mais les moyens financiers manquant, on n’avait pu mettre que des fenêtres. « J’ai proposé aux jeunes que nous fassions une levée de fonds pour remplacer quelques fenêtres par d’authentiques vitraux représentant les nouveaux saints et les bienheureux de notre époque et, pourquoi pas, ceux qui sont en attente de béatification. J’en avais trois en tête : Teresa de Calcutta, Thérèse Bénédicte de la Croix (Édith Stein) et Thérèse de Lisieux. »

On rassemble tellement d’argent que, finalement, 12 fenêtres sont remplacées par de très beaux vitraux ! « Pour la fête de la Toussaint 1999, une magnifique cérémonie a réuni 1 000 personnes venues inaugurer les nouveaux vitraux. C’était un moment très important pour moi, le fruit d’une longue catéchèse et du choix des étudiants. » Des groupes d’étude avaient été organisés et, « dans mes prédications, j’avais mis l’accent sur certains saints ou serviteurs de Dieu très inspirants, dont : Pier Giorgio Frassatti, Gianna Beretta Molla, Franz Jägerstätter1, un martyr de la Deuxième Guerre mondiale que personne ne connaissait (il est maintenant béatifié), Kateri Tekakwitha, le pape Jean XXIII, Mère Teresa de Calcutta, le prêtre polonais Jerzy Popieluszko, le frère André et Oscar Romero. Les étudiants ont voté.

« Cette cérémonie-là a été pour moi très emblématique de mon travail pastoral à l’Université de Toronto, et peut-être de tout mon sacerdoce, parce que nous avons présenté aux jeunes les nouveaux héros et héroïnes de notre époque. C’était une inspiration d’une grande clairvoyance, car c’est parmi ce groupe que Jean-Paul II a choisi ensuite les patrons donnés pour modèles aux jeunes de la JMJ de Toronto. »

Un des jeunes présents à cette époque — il faisait son doctorat et enseigne maintenant la physique à l’Université d’Ottawa — lui a écrit, deux ou trois jours après la célébration : « Ce jour-là, tu nous as ouvert le ciel, et tu nous aS fait connaître nos amis, qu’on ignorait avant. » Le Père Rosica conserve précieusement cette lettre. « Si, à la fin de ma vie, on juge mon travail, j’espère qu’on pourra dire : ‹ Il a présenté aux jeunes leurs amis, des amis qui ne déçoivent pas. › »

1          Franz Jägerstätter est né le 20 mai 1907 à Sankt Radegund, près de Salzbourg, et mort le 9 août 1943 à Berlin. Il était un objecteur de conscience autrichien, béatifié le 26 octobre 2007.

Depuis toujours, Thomas Rosica croit que « le monde présente les héros du spectacle, du théâtre, de la musique, du sport, et ce sont souvent des types abominables, des types qui déçoivent : un jour ils sont célèbres, le lendemain, ils sont en prison. Tandis qu’en faisant connaître les saints, on offre aux jeunes leurs vrais amis ! »

Travailler à la nouvelle évangélisation

La Télévision Sel + Lumière joue un rôle très important au niveau de la nouvelle évangélisation. « Elle est au service de l’Église, ce n’est pas l’Église qui est au ser­vice de Sel + Lumière ! Nous sommes là pour con­firmer le message, pour re­joindre les personnes qui, souvent, ne franchissent pas la porte de l’église. »

Le nombre de téléspecta­teurs augmente jour après jour. « Nous sommes pré­sents dans plus de 2 500 000 maisons d’abonnés, mais­ plusieurs personnes habi­tent dans chaque maison ! Dieu seul sait combien de personnes nous suivent à travers notre site web. » (www.seletlumieretv.org ou www.saltandlighttv.org)

L’expression « Sel + Lu­mière » est inspirante. « Elle est très biblique, parce qu’il faut très peu de sel et très peu de lumière pour faire la différence. Vous savez ce que c’est quand un mets manque de sel : comme italien, je sais que le sel est primordial ! Si le sel manque, insipide est le repas, mais un peu de sel donne du goût. Donc, c’est le goût de l’Évangile, et c’est aussi ce qui préserve, qui conserve la vie. Et puis, quand il n’y a pas de lumière, vous pouvez vous casser la figure. Mais la plus petite lumière rompt les ténèbres et change toute l’atmosphère. »

Sel + Lumière, présente un message contraire à celui de la société contemporaine. « Il est toujours orienté vers les nouvelles familles, vers les jeunes adultes. C’est un instrument privilégié, providentiel, pour changer un peu notre culture, pour répondre aux grands besoins de la foi, de la culture catholique, et pour être un peu la présence de Dieu. Les milliers de lettres reçues – j’ai une table pleine de lettres et de messages –  ne proviennent pas seulement de personnes âgées.

Le défi de la durée

Évidemment, le plus grand défi matériel reste le financement. L’argent est nécessaire. « Ce qui m’agace, ce qui est très difficile à avaler, c’est quand les gens di­sent : ‹ Laissez payer l’Église. Le Pape va payer pour ça ! Les Évêques vont payer pour ça ! › Je dis : ‹ Vous êtes l’Église ! Vous êtes responsables de l’Église ! Vous pouvez vous plaindre tant que vous voulez du manque de formation. Mais vous avez maintenant entre vos mains, laïcs, un instrument privilégié, qui n’est pas guidé par les prêtres ni par la Curie, mais par de jeunes adultes solides dans leur foi, et convaincants. Alors, aidez-nous ! »

Jusqu’à présent, la Providence a pourvu aux besoins de Sel + Lumière. « Beaucoup de communautés religieuses du Québec nous ont énormément aidés. Des sœurs qui veulent rester inconnues, silencieuses. Des congrégations qui sont en train de mourir, mais qui voient, dans notre projet, la possibilité de la vie nouvelle et la confirmation de la foi des jeunes. Je leur serai éternellement reconnaissant. »

L’autre défi, c’est l’indifférence des catholiques. Des croyants demandent au Père Rosica : « À quoi ça sert ? On n’a pas besoin de ça ! Pourquoi êtes-vous positif sur l’Église ? Est-ce que vous croyez ce que vous dites à la télévision ? » Triste réaction ! « Je n’ai jamais dit à la télévision une chose à laquelle je ne crois pas ! Ce magnifique projet ne tourne pas autour de moi, ce sont les jeunes qui rendent témoignage. Ce sont les jeunes adultes du Canada qui sont les chevilles ouvrières de la production de Sel + Lumière. J’espère que, peu à peu, les gens vont se rendre compte que c’est vraiment l’espérance que nous présentons aux autres. Pour moi, tout ce qui compte, c’est d’aider les personnes à croire en Jésus, à le connaître davantage, c’est de contribuer à ce que l’Église soit plus aimée. C’est ça qui compte ! »

Propos recueillis par Diane POIRIER

Créée à l’automne 1966 par le Père Ludger Brien, jésuite, la revue Signes s’adresse particulièrement (mais pas exclusivement) aux laïcs. Elle veut transmettre, dans un langage accessible au plus grand nombre, la pensée authentique de l’Église et fournir à toute personne de bonne volonté une «manne» spirituelle substantielle qui l’aide à être  » à la face du monde, un témoin de la résurrection et de la vie du Seigneur Jésus et un signe du Dieu vivant « (Lumen Gentium). Signes comporte des articles traitant divers sujets à la lumière de l’Évangile, et de courtes méditations quotidiennes inspirées de la liturgie du jour.