Tous les saints sont « Pro-vie » !

CNS photo/Art Babych

Ce jeudi 10 mai 2018, des milliers de personnes se réuniront sur la Colline parlementaire, à Ottawa, pour manifester leur soutien à la cause de la promotion et de la défense de la dignité humaine et de la vie de la conception à la mort naturelle. Cette cause méconnue et mal comprise n’a que très rarement reçu un accueil médiatique proportionnel à l’importance de l’enjeu qui s’y joue. Ses défenseurs, eux, font toujours l’objet de nombreux préjugés et a priori. Bien que la cause Pro-vie ne soit pas l’exclusivité des chrétiens, ces derniers bénéficient cette année d’un encouragement de taille par la publication de l’exhortation apostolique «Gaudete et Exhultate » du pape François. En effet, poursuivant notre analyse de ce document, on voit comment l’appel universel à la sainteté est indissociable de la défense des plus vulnérables de nos sociétés.

Dans un premier temps, le pape nous invite à faire preuve d’audace et à ne pas nous laisser aller à cette tendance toute humaine à faire comme tout le monde : « Bien que les paroles de Jésus puissent nous sembler poétiques, elles vont toutefois vraiment à contrecourant de ce qui est habituel, de ce qui se fait dans la société » (no 65). Ainsi, loin d’être des moutons, les chrétiens d’aujourd’hui sont, au contraire, invités à faire preuve d’esprit critique vis-à-vis de leurs propres comportements et habitudes. En ce sens, dans le chapitre trois, le Pape nous offre un commentaire des béatitudes dans lequel il manifeste, à la fois, le contraste qui existe entre la logique du monde et celle de Dieu et à la fois la dimension libératrice de chacune des béatitudes. En cette journée de la Marche pour la vie, deux de celles-ci ont particulièrement retenu mon attention.

« Heureux les affligés, car ils seront consolés » (Mt 5, 4)

Pour le pape François, le monde actuel nous invite fortement à nous contenter du « divertissement, de la jouissance, du loisir, de la diversion, et il nous dit que c’est cela qui fait la bonne vie » (no 75). Or, lorsque nous nous y arrêtons quelques instants, on se rend bien compte qu’il y a quelque chose de malsain derrière cette soif insatiable d’amusement. Sans vouloir être doloriste, je pense que nous devons nous réveiller de notre torpeur et faire face à la dimension tragique de l’existence, en incorporant la souffrance et la tristesse à notre vision du monde. Cacher le mal n’est pas une solution mais, au contraire, le meilleur moyen de ne jamais en trouver !

Au contraire, comme le dit le Pape : « La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureuse (no 76)[4]. Être saint implique donc le courage de faire face aux problèmes qui nous entourent tout en gardant une « option préférentielle pour les pauvres » et au premier chef : les enfants à naître et les malades en phase terminale (no 101). Défendre la vie de la conception à la mort naturelle est donc une condition sine qua non de l’agir et de la sainteté chrétienne puisque, comme le dit le document d’Aparecida rédigé sous la présidence du Cardinal Bergolio actuellement pape au numéro 112, l’être humain   « est toujours sacré, depuis sa conception, dans toutes les étapes de son existence, jusqu’à sa mort naturelle et après la mort », et que sa vie doit être protégée « depuis la conception, à toutes les étapes, et jusqu’à la mort naturelle ».

« Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt, 5,10)

Rien ne manifeste plus l’efficacité d’un esprit contestataire qui dérange que les persécutions. En d’autres termes : « Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous » (no 91). Toutefois, il faut toujours faire preuve de discernement puisque Jésus ne proclame bienheureux que ceux qui sont persécutés « pour la justice ». Que la cause de la défense de la vie soit juste, cela ne fait aucun doute aux yeux de Dieu. Par contre, nous devons nous assurer que les moyens que nous utilisons servent la cause « en justice et en vérité » (Jn 4, 23-24) et non pas « en esprit de jalousie et de rivalité » (Phi, 1, 15). En ce sens, nous devons user de créativité et enlever tout obstacle inutile à la portée de notre discours comme ce préjugé tenace que contredit le pape :  « Un saint, nous dit-il,  « n’est pas quelqu’un de bizarre, de distant, qui se rend insupportable par sa vanité, sa négativité et ses rancœurs » (no93).

Il faut néanmoins être conscient que, sur les questions de la vie, notre monde a opéré un renversement de perspective. Ce que les sociétés occidentales modernes considèrent comme « un droit acquis »,  l’Église le considère comme « un crime abominable » (GS, no 51). En ce sens, les paroles du Pape sont claires.  Nous habitons dans une « société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé » (no 91). Nous devons donc accepter, chacun à notre manière et selon nos responsabilités, le prix à payer pour témoigner que la vie n’a pas de prix.

Alors que des milliers de personnes : évêques, religieux et religieuses, laïcs et personnes de bonne volonté se réunissent aujourd’hui dans la capitale canadienne pour promouvoir joyeusement leur appui à la promotion et à la défense de la vie, nous pouvons prendre cette occasion pour réfléchir à notre engagement personnel envers cette cause indissociable du chemin de sainteté chrétien. Méditant les béatitudes et les paroles du pape François, nous sommes tous appelés à faire un pas de plus dans la bonne direction, tout cela en gardant à l’esprit que « nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple […] avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30). Restez à l’écoute de Sel et Lumière pour une couverture exclusive de cet événement exceptionnel !

Marcher pour une défense claire, ferme et passionnée de toute vie humaine

Être Pro-vie est l’une des plus profondes expressions de notre baptême : nous nous tenons debout devant les pouvoirs tels des fils et des filles de lumière, vêtus de l’humilité et de la charité, remplis de conviction, parlant avec fermeté, assurance et détermination le langage de la vérité et, ce, sans jamais perdre la joie et l’espoir. Être Pro-vie n’est pas l’exclusivité d’un parti politique ou d’un côté ou l’autre de l’échiquier politique. C’est une obligation pour tous qu’on soit de gauche, de droite ou du centre! Si nous sommes Pro-vie, nous ne devons pas diaboliser mais plutôt nous impliquer dans la culture qui nous entoure. Nous devons voir les autres avec le regard de Jésus. Nous devons donc aimer même ceux qui nous sont opposés. Marcher pour la vie à Ottawa, Washington ou dans n’importe quelle autre ville du monde signifie que nous soutenons la dignité de toute vie humaine. Cela signifie aussi que nous soutenons une vision globale de la cause pour la vie. Être Pro-vie aujourd’hui est un engagement véritablement prophétique et fait partie du combat pour un développement et l’établissement d’une véritable paix pour notre monde.

Les sujets brûlants d’actualité entourant la protection et la promotion de la vie, de la conception à la mort naturelle, doivent être une priorité pour toute personne quel que soit le côté de l’échiquier politique où elle se trouve. Cela n’est pas uniquement l’apanage de l’extrême droite. Plusieurs personnes, aveuglées par leur zèle et leur propre satisfaction ont fini par nuire à la cause qui leur était si chère. Cette cause que devons tous défendre de toutes nos forces jusqu’à épuisement. Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection embryonnaire et la recherche illégitime sur les embryons ne sont pas les raisons qui motivent ceux qui les pratiquent. Bien souvent, ces motivations sont, du moins en apparence, la compassion; par exemple, pour protéger un enfant de naître dans un environnement hostile, mettre fin à la douleur ou bien venir en aide à un enfant souffrant d’une maladie incurable. Dans tous ces cas, la terrible vérité est que c’est le fort qui décide de la destinée du plus faible; des êtres humains deviennent des instruments entre les mains d’autres êtres humains.

Nous vivons, aujourd’hui, au milieu d’une culture qui nie la solidarité humaine et prend la forme d’une véritable « culture de la mort ». Cette culture est mise de l’avant par des puissants courants culturels, économiques et politiques qui encouragent l’idée d’une société exclusivement centrée sur l’efficacité. Il s’agit d’une guerre des forts contre les faibles. Il n’y a pas de place en ce monde pour celui qui, comme les enfants non encore nés et les mourants, est un élément faible de la structure sociale. Celui qui apparaît complètement dépendant des autres ou ne peut communiquer que par le langage de l’affection se voit bien souvent dépouillé de sa propre dignité. La vie humaine est sacrée puisqu’elle a une valeur religieuse mais cette valeur ne concerne pas que les croyants. Il ne fait aucun doute que l’avortement est la plus sérieuse blessure, non seulement pour les personnes et les familles qui devraient être le sanctuaire de la vie mais aussi pour la société entière et la culture, qui devraient en être les promoteurs et les défenseurs. Les questions d’immigration sont également des enjeux Pro-vie qui sont cruciaux pour notre époque. Le sort des 800 000 « Dreamers » aux États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. La séparation des familles à la frontière des États-Unis fait aussi partie de la cause Pro-vie. L’incarcération illégale de dizaines de milliers de jeunes dans des prisons situées le long de la frontière du Mexique fait aussi partie de la cause Pro-vie. La protection de l’environnement, sujet également crucial, est une cause Pro-vie.

Dans sa plus récente Exhortation apostolique « Gaudete et Exsultate » sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, le pape François met au défi tous ceux qui se considèrent Pro-vie. Parlant des dangereuses idéologies qui peuvent nous détourner dans nos efforts pour la vie, il affirme (no 101):

« Est également préjudiciable et idéologique l’erreur de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste. Ou bien, ils le relativisent comme s’il y avait d’autres choses plus importantes ou comme si les intéressait seulement une certaine éthique ou une cause qu’eux-mêmes défendent. La défense de l’innocent qui n’est pas encore né, par exemple, doit être sans équivoque, ferme et passionnée, parce que là est en jeu la dignité de la vie humaine, toujours sacrée, et l’amour de chaque personne indépendamment de son développement exige cela. Mais est également sacrée la vie des pauvres qui sont déjà nés, de ceux qui se débattent dans la misère, l’abandon, le mépris, la traite des personnes, l’euthanasie cachée des malades et des personnes âgées privées d’attention, dans les nouvelles formes d’esclavage, et dans tout genre de marginalisation[84]. Nous ne pouvons pas envisager un idéal de sainteté qui ignore l’injustice de ce monde où certains festoient, dépensent allègrement et réduisent leur vie aux nouveautés de la consommation, alors que, dans le même temps, d’autres regardent seulement du dehors, pendant que leur vie s’écoule et finit misérablement. »

Le 10 mai prochain, des dizaines de milliers de gens, dont beaucoup de jeunes et de femmes, se rendront à Ottawa pour la Marche pour la vie. N’oublions jamais de réfléchir à ce que nous faisons concrètement comme personne et comme communauté pour la défense de la vie, TOUTE vie humaine. Construire une culture de la vie et mettre fin à l’avortement est le devoir et l’obligation de chaque personne. Cependant, manifester dans les grandes villes du monde n’est pas la seule façon de montrer notre attachement à la vie. Le plus grand test est ce que nous faisons pour la vie lors des 364 autres jours de l’année et quels sont nos petits et grands efforts pour nous opposer constamment et systématiquement à tout type de meurtres, de génocides, d’avortements, d’euthanasies ou toutes formes d’autodestruction, de coercition et violation contre la dignité humaine. Comment défendons-nous les personnes qui vivent dans des conditions de vie sous-humaines, qui sont emprisonnées arbitrairement, déportées, réduites en esclavage, obligées de se prostituer, victimes de trafic humain, qui subissent des conditions de travail inhumaines ou qui sont soumises à des lois d’immigration injustes ? Toutes ces pratiques et d’autres sont de véritables poisons pour nos sociétés. Nous devons lutter pour une forte et consistante éthique de la vie.

Notre maison commune est devenue le lieu de conflits violents, de haine, d’atrocités brutales commises même au nom de Dieu et de la religion. Durant sa brève visite pastorale en Suède en octobre 2016[2], lors de la Solennité de la Toussaint, le pape François a proposé six nouvelles béatitudes pour notre monde contemporain :

« Bienheureux ceux qui supportent avec foi les maux que d’autres leur infligent et pardonnent du fond du cœur »

« Bienheureux ceux qui regardent dans les yeux les rejetés et les marginalisés en leur manifestant de la proximité »

« Bienheureux ceux qui reconnaissent Dieu dans chaque personne et luttent pour que d’autres Le découvrent aussi »

« Bienheureux ceux qui protègent et sauvegardent la maison commune »

« Bienheureux ceux qui renoncent à leur propre bien-être pour le bien d’autrui »

« Bienheureux ceux qui prient et travaillent pour la pleine communion des chrétiens »

Que ces paroles puissantes du pape François soient pour nous un guide et une source d’apprentissage, d’inspiration, de consolation et d’espoir pour les citoyens de notre pays qui marchent pour la vie et la défendent de la conception à la mort naturelle. Que les béatitudes nous émeuvent et nous portent à travailler avec courage et audace alors que nous accueillons, aimons et protégeons les plus pauvres, les plus faibles et les plus vulnérables de nos sociétés.

Père Thomas Rosica, c.s.b.

PDG, Fondation catholique Sel et Lumière média

Église en sortie 2 juin 2017

Cette semaine à Église en sortie, nous recevons le Dr. Patrick Vinay à propos de son expérience de soignant-accompagnant en soins palliatifs et du sens profond de la mort aujourd’hui. L’abbé Claude Paradis nous offre sa dernière chronique des actualités de la rue de la saison. Et en troisième partie, Francis Denis s’entretient avec Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal sur l’enseignement de l’Église relativement à la mort et sur la nouvelle réalité qu’est l’euthanasie au Québec.

Une semaine à Notre-Dame du cap pour l’Assemblée des évêques catholiques du Québec

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Cette semaine, du 19 au 23 mars, l’Assemblée des évêques du Québec s’étaient réunis au Sanctuaire Notre-Dame du cap à Trois-Rivières pour leur rencontre semestrielle. Ces réunions ont pour but de favoriser la concertation entre les évêques de partout au Québec et ainsi, permettre une plus grande solidarité entre les différentes instances de l’Église sur les grands enjeux qui touchent les catholiques de la Belle province. Cette année, j’ai eu la chance de pouvoir me rendre sur place à l’occasion de la célébration eucharistique du mercredi soir durant laquelle, chaque évêque a pu passer la porte de la miséricorde du Sanctuaire marial à tour de rôle.

Ce fut également pour moi l’occasion de rencontre Mgr Paul Lortie, évêque de Mont-Laurier et président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) avec lequel j’ai pu discuter des différentes discussions qui ont eu lieu au cours de cette semaine.

Préparation de la visite Ad liminacapture-decran-2016-09-23-a-09-15-14

Traditionnellement à tous les cinq ans, chaque conférence ou assemblée épiscopale  envoie une délégation à Rome pour une rencontre avec le Saint-Père afin de lui faire part de la réalité pastorale du territoire confié par le Siège apostolique ainsi pour favoriser les liens fraternels entre les évêques et le Pape. Pour Mgr Paul Lortie, « c’est avant tout une visite au tombeau des apôtres Pierre et Paul et donc une invitation à prier et nous laisser inspirer par ces deux
grandes colonnes de l’Église ». C’est donc au mois d’Avril et de Mai que les évêques se rendrons au Vatican pour rencontrer le successeur de Pierre ainsi que les différents dicastères et Conseil pontificaux. Les travaux de cette semaine ont donc servi de préparation à cette rencontre qu’ils auront avec le Pape afin de le mettre au diapason de la situation de la foi sur le territoire québécois.

Travailler à une culture de la vie

Un deuxième grand enjeu des réflexions de cette semaine de rencontre de l’AECQ fut des discussions sur les moyens de défendre plus efficacement la vie de la conception à la mort naturelle. Ils ont donc pu étudier plus en profondeur les lois 52 (Québec) et C-14 (Canada) permettant l’euthanasie en compagnie d’expert et ainsi développer des stratégies communicationnel et pastorale efficaces et pertinentes en continuité avec les initiatives déjà promu par l’AECQ. En effet, pour Mgr Lortie :

« On voit les effets négatifs de l’éclipse de Dieu dans la société. Les référents moraux sont aujourd’hui surtout centrés sur nous-mêmes, sur le « fais ce que tu veux ! Il n’y a pas de mal à te faire plaisir ». Or ce refus de référence à la transcendance revient à se priver d’une grande sagesse. Aujourd’hui on voit que ces lois causent un tort important à toute la société. […] On est rendu un des endroits au monde avec le plus haut tôt de suicide. On comprend donc que ce laxisme dans lequel nous baignons ne procure pas nécessairement un sens à la vie ».

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Une œuvre de miséricorde

L’année de la miséricorde promulguée par le pape François il y a presqu’un an de cela maintenant ne pouvait se conclure sans une action concertée des évêques du Québec en ce sens. L’AECQ a donc choisi de supporter l’œuvre « Mission chez nous » qui vient en aide au autochtone du Grand Nord québécois pour un montant de 15 000$. Ce don est une main tendue aux autochtones dans le but de manifester la solidarité des évêques avec ces peuples qui vivent de grandes difficultés familiales. D’un autre côté, souligne Mgr Lortie, « nous avons beaucoup à apprendre d’eux comme leur esprit de communauté ainsi que de leur sens du respect de la nature ». Ce geste espère donc encourager et promouvoir une culture du dialogue avec les peuples autochtones du Québec.

De cette semaine de prière, de réflexion et de discussion, fut certainement l’occasion pour les évêques du Québec de faire le point sur leur réalité pastorale respectives ainsi que de développer une meilleur vision d’ensemble des initiatives appropriées afin de faire aux nombreux défis que représente la nouvelle évangélisation au Québec. La semaine prochaine, les évêques du Québec seront également réunis à Cornwall pour l’Assemblée générale de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Vous pourrez suivre les plus récents développements sur nos ondes dans le cadre notre couverture spéciale de l’évènement. Un Rendez-vous à ne pas manquer!

Déclaration du Président de la CECC sur l’adoption récente du projet de loi C-14 qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté

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L’adoption récente du projet de loi C-14, qui légalise l’euthanasie et le suicide assisté dans notre pays, est une décision historique déplorable qui atteste l’échec de notre gouvernement et, en effet, de notre société d’assurer une protection humaine authentique pour les personnes souffrantes et vulnérables parmi nous.

Nous vivons dans un pays où la grande majorité des mourants n’ont pas accès à des soins palliatifs ou des soins à domicile de qualité, où le taux de suicide dans plusieurs communautés autochtones atteint des niveaux alarmants, et où on suggère que la vie de personnes chroniquement malades, vulnérables ou handicapées ne mérite pas d’être vécue. Il est paradoxal et très malheureux que la loi de notre société consacre désormais l’homicide comme une manière acceptable de mettre fin à la souffrance. On ne peut qu’être stupéfait et profondément troublé de constater que notre pays est de moins en moins capable de reconnaître le caractère sacré de la vie humaine.

Nulle institution, nul individu, nulle idéologie, nulle législation n’ont le droit de menacer ou de miner le caractère sacré de la dignité de chaque personne et du don de la vie elle-même. Nous sommes appelés, en tant que société formée d’individus capables de compassion, à respecter et à protéger la vie humaine de la conception à la mort naturelle en honorant une vision de la personne humaine qui embrasse aussi bien son existence terrestre actuelle que la vie outre-tombe. Les catholiques, comme toutes les personnes de bonne volonté, ont le devoir moral et social de protéger les personnes vulnérables, de consoler celles qui souffrent et d’accompagner celles qui sont à l’article de la mort. Les évêques du Canada prient et espèrent qu’avec tous nos sœurs et frères catholiques et nos concitoyennes et concitoyens canadiens, chacune et chacun de nous et l’ensemble de notre société puissent vivre une profonde conversion du cœur et en viennent à reconnaître l’image de Dieu imprimée profondément en chaque vie humaine, quel que soit l’état de la personne, son niveau de confort, son degré de productivité ou sa contribution à la société.

La mise à mort intentionnelle d’une vie humaine – qu’il s’agisse d’une personne âgée, d’un enfant, d’un adulte vulnérable, d’un embryon ou d’une personne mourante – est un acte grave et moralement injustifiable. Notre société doit rejeter tout ce qui porte atteinte à la vie elle-même : le meurtre, le génocide, le suicide, l’avortement, l’euthanasie et l’aide médicale à mourir. La suppression délibérée de la vie humaine par une intervention directe n’a rien d’un geste humanitaire. Il faut plutôt chercher à réduire au minimum la douleur et la souffrance des personnes mourantes et de celles qui sont tentées de s’enlever la vie, et non à supprimer leur existence. Efforçons-nous d’aider les personnes malades et handicapées à trouver un sens à leur vie, même et surtout dans leur souffrance. Consolons ceux et celles qui vivent une maladie terminale ou une condition chronique par notre présence authentique, un amour humain et l’aide médicale. Comme société et en tant qu’individus, choisissons de cheminer avec eux dans leur souffrance et ne contribuons pas à mettre fin au don de la vie.

Faire de l’aide médicale au suicide un « droit » n’est ni un vrai soin ni un gage d’humanité. C’est fondamentalement une forme faussée de pitié, une déformation de la bonté envers nos frères et sœurs. La nouvelle loi laisse entendre qu’un être humain, une personne, cesse d’être une personne et perd sa dignité simplement en raison de la perte ou de la diminution de certaines capacités physiques et mentales. C’est faux. La vérité, c’est que notre propre humanité se détériore quand nous omettons de prendre soin des faibles et des mourants, et quand nous évitons délibérément de voir en eux, avec leurs maladies et leurs limites, des personnes dignes de vivre. La vraie compassion humaine consiste à partager la douleur de l’autre, à l’accompagner dans son cheminement – et non à s’en débarrasser. Le suicide assisté est une insulte à ce qu’il y a de plus noble et de plus précieux dans l’existence humaine, et constitue une injustice grave et une violation de la dignité de chaque personne humaine dont la tendance naturelle et intrinsèque est de préserver la vie. Il faut entourer nos personnes malades, mourantes, vulnérables et handicapées, d’amour et d’attention, de sollicitude et d’une compassion vraiment porteuse de vie. C’est pourquoi les soins palliatifs restent incontestablement le seul choix moral, efficace et indispensable, la seule option de vraie compassion, maintenant que notre pays s’est engagé sur ce chemin périlleux.

Saint Joseph, patron du Canada et patron de la bonne mort, priez pour nous.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Le 27 juin 2016

Il ne peut y avoir de véritable paix sans promotion et défense de la vie : Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

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Une réflexion sur l’introduction de l’euthanasie

P. Thomas Rosica

Le 6 février 2015, la Cour Suprême du Canada s’est prononcée en faveur d’un droit légal pour les Canadiens à demander et recevoir l’aide d’un médecin pour se tuer. Initialement, la Cour avait donné un an au parlement pour adopter une nouvelle loi, pour remplacer les sections du Code criminel qui interdisaient jusqu’à maintenant le suicide assisté. L’élection fédérale de l’automne dernier ainsi que le lent processus de révision ont rendu impossible le respect du délai initial. Les législateurs ont donc eu un sursis de six mois. Le projet de loi C-14 « Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois (aide médicale à mourir) » a passé la deuxième lecture le 22 avril dernier. Peu importe les modifications ou les amendements que l’on pourrait y apporter, le projet de loi C-14 est un affront à la solidarité, à la dignité humaine et met en danger toutes les personnes vulnérables. C’est une loi fondamentalement injuste. Pourquoi doit-on être en désaccord d’une manière absolue et catégorique avec toute tentative visant à justifier ou supporter ce soit disant « droit » au suicide assisté ou euthanasie ? Devant cette décision triste et profondément troublante de la Cour Suprême du Canada de renverser la loi canadienne sur l’euthanasie, je vous offre ces réflexions.

Il n’y a rien de nouveau à propos de la réalité des personnes en phase terminale. En effet, leurs souffrances, la volonté de mourir ainsi que notre capacité de les tuer ne sont pas une nouveauté. Cependant les mouvements qui proposent un « droit à mourir » ont gagné du terrain dans l’opinion publique alors même qu’il y a un vieillissement de la population ainsi qu’une anxiété grandissante concernant leur sort. De fait, les personnes qui ont plus de 65 ans ont connu la plus forte croissance démographique aux États-Unis, au Canada, et dans une grande partie de l’Europe.

Regardons au-delà de nos frontières où on assiste déjà à de grandes ambiguïtés ainsi qu’au grand pouvoir destructeur d’une promotion du « droit de mourir ». En Belgique, un pays que certains appellent, à juste titre, le « camp de la mort », l’euthanasie est actuellement érigée comme étendard d’une pensée éclairée, de la libération et du progrès. Cette pratique serait un signe que le pays s’est libéré de ses racines et de son patrimoine profondément catholiques. La Belgique était le deuxième pays du monde, après les Pays-Bas, à décriminaliser l’euthanasie ; suivie par le Luxembourg, en 2009, et par le Canada et la Colombie cette année. De son côté, la Suisse permet le suicide assisté depuis 1942. La Cour Suprême des États-Unis a reconnu que les inquiétudes des citoyens américains concernant la prolongation de l’agonie dans des contextes institutionnels sont légitimes. Pourtant, en 1997, la Cour a statué que la mort n’est pas un droit protégé par la constitution, laissant ainsi la responsabilité du suicide assisté à chaque État. Quelques mois après cette décision, l’Oregon a passé une loi qui permet à des médecins de prescrire des médicaments létaux aux patients qui ont moins de six mois à vivre. En 2008, l’état de Washington a adopté une loi semblable ; le Montana a décriminalisé le suicide assisté l’année suivante ; et le Vermont l’a légalisé en 2013.

Dans l’Oregon et en Suisse, des études ont démontré que les personnes qui demandent la mort sont moins motivées par la souffrance physique que par le désir de demeurer autonomes. En Belgique et aux Pays-Bas, où des patients peuvent être euthanasiés sans même souffrir d’une maladie terminale, les lois semblent avoir pénétré les établissements de santé plus profondément qu’ailleurs. Peut-être est-ce dû au rôle central donné aux médecins puisque, dans la majorité des cas, c’est le médecin et pas le patient qui effectue l’acte final. Depuis les cinq dernières années, l’euthanasie et les décès par suicide assisté ont doublé aux Pays-Bas. En Belgique, ils ont augmenté de plus de 150 %. Bien que la plupart des patients belges souffraient de cancer, d’autres furent euthanasiés pour des raisons telles que l’autisme, l’anorexie, les troubles de la personnalité, le syndrome de fatigue chronique, la paralysie partielle, la cécité associée à la surdité ainsi que la maniaco-dépression.

Les lois permettant l’euthanasie ou le suicide assisté par un médecin paraissent moins motivées par les désirs des personnes âgées que par les inquiétudes de la génération plus jeune, poussée par une volonté de contrôler la fin de leur vie. Les lois belges ont créé une nouvelle compréhension du suicide en tant que traitement médical comme s’il n’y avait aucunes dimensions tragiques et morales à de tels actes.

Pourquoi est-ce si difficile de soutenir que l’euthanasie n’est pas une bonne chose ? Lorsque les valeurs personnelles et sociétales étaient cohérentes, largement partagées et basées sur une religion commune, comprendre le mal que représentait l’euthanasie était simple. Dieu a commandé : « Tu ne tueras point. » Dans les sociétés sécularisées, basées sur un individualisme exacerbé, on fait le raisonnement suivant : les individus ont le droit de choisir, donc on doit pouvoir choisir le lieu et l’heure de notre mort. Au contraire, il est beaucoup plus complexe de s’opposer à l’euthanasie. En effet, dans la culture qui est la nôtre, obsédée par les préférences personnelles et individuelles, il est difficile de demander à une personne de s’abstenir de quelque chose sous prétexte qu’elle blessera la communauté toute entière.

La mort est maintenant submergée par la technologie, dépersonnalisée, et déshumanisée. Face à ces réalités, l’euthanasie paraît être un choix attirant et plus facile à introduire et à accepter. Auparavant, les conversations sur la mort avaient lieu dans un contexte et un langage religieux, dans les églises, les synagogues, les mosquées, et les temples pendant les services du culte. De telles conversations étaient sérieuses et incluaient toujours une dimension morale. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On discute de la mort dans des émissions de télévision et de radio de façon irréfléchie. Ce sujet sérieux est souvent traité dans des contextes et des échanges de mauvaise qualité et, la plupart du temps, la dimension morale en est absente.

Nos parlements et nos cours de justice ont remplacé nos centres religieux. Le résultat en est la réduction des débats sociétaux, éthiques, et moraux à leur unique dimension légale, y compris lorsqu’il s’agit de la mort. Ce n’est pas surprenant alors que le débat sur l’euthanasie ait été concentré sur sa légalisation. Le fait d’être aujourd’hui très exposés à la mort dans les médias que ce soit dans des programmes d’actualité ou de divertissement peut nous accabler et nous rendre insensibles à la gravité de la mort et finalement nous porter à considérer la possibilité de nous l’infliger.

Par leur traitement du sujet de l’euthanasie, les médias de masse ont causé une grande confusion dans la population et ont parfois été trompeurs dans leur portrait de la souffrance et de la compassion humaines. La plupart des gens, qui pensent que l’euthanasie et le suicide assisté devraient être légalisés, n’ont pas considéré le problème dans sa complexité. Ils considèrent d’abord l’autonomie et le choix personnel. Ils pensent à la possibilité de devenir impotents et considèrent qu’une telle vie est indigne et sans valeur. Peut-être considèrent-ils les personnes sévèrement handicapées comme n’ayant aucune qualité de vie ? Notre dignité et notre qualité de vie ne viennent pas de nos capacités ou de nos incapacités. La dignité et la qualité de vie ne sont ni une question d’efficacité, ni une question de productivité. Elles viennent d’un lieu plus profond, celui de notre identité de personne et de notre capacité relationnelle.

Il y a des arguments non religieux solides contre l’euthanasie. En effet, légaliser l’euthanasie nuirait à la reconnaissance de la valeur intégrale et du respect pour la vie. Cela changerait la norme fondamentale que nous ne devrions pas nous tuer les uns les autres. La légalisation de l’euthanasie nuirait également aux deux institutions principales de notre société que sont le droit et la médecine. Notons que ces piliers de la société sont encore plus importants pour maintenir la valeur de respect pour la vie dans une société sécularisée que dans une société religieuse. Enfin, l’euthanasie nuirait à la confiance que la population voue à la pratique de la médecine rendant ainsi les soins de santé moins accessibles puisque plusieurs pourraient craindre d’aller chercher un traitement et se faire soigner dans un hôpital.

Notre société a perdu de vue le caractère sacré de la vie humaine. En tant que chrétiens catholiques, nous sommes profondément engagés dans la protection de la vie de ses premiers moments jusqu’à sa fin naturelle. Aujourd’hui, quand les gens parlent d’une « bonne mort », ils ont en tête la tentative de contrôler la fin de la vie, même si cela demande le suicide assisté par un médecin ou l’euthanasie. Pourtant, la notion chrétienne d’une bonne mort n’est pas la mort en tant qu’une bonne fin, mais une bonne transition, qui demande la foi, l’acceptation adéquate. Les dimensions du mystère pascal de la souffrance, de la mort, et de la résurrection sont souvent absentes de nos conversations et discussions sur la fin de vie.

Lorsque la vie n’est pas respectée, devrions-nous être surpris que les autres droits soient tôt ou tard menacés ? Les populations vieillissantes, surtout en occident, ayant comme conséquence une réduction importante de la population active, créent actuellement un motif économique à l’euthanasie. Comme le disait saint Jean-Paul II : « le droit de mourir conduira inévitablement à l’obligation de mourir. »

Ce qui est mal avec l’avortement, l’euthanasie, la sélection et la recherche embryonnaires ne sont pas les motivations de ceux et celles qui les défendent ; bien que souvent ces motivations sont, en surface, compatissantes comme c’est le cas, par exemple, lorsqu’on prétend protéger un enfant non désiré, mettre fin à la peine et à la souffrance ou encore aider un enfant atteint d’une maladie mortelle. La terrible vérité, dans tous ces cas, c’est que les forts décident du destin des faibles. Des êtres humains deviennent des instruments dans les mains d’autres êtres humains.

Le Pape François a critiqué ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie pour les personnes qui souffrent de maladies douloureuses ou terminales. Il déclare que ces personnes répandent un « mensonge » en soutenant que les vies affectées par de telles maladies ne sont pas dignes d’être vécues. Dans son message annuel de la Journée Mondiale du Malade 2015, célébrée par l’Église Catholique le 11 février, le Pape François a critiqué l’expression « qualité de vie », souvent utilisée par ceux et celles qui défendent le droit à l’euthanasie définissant ainsi la peine dont souffrent plusieurs malades qui pourraient choisir de terminer leur vie médicalement si la loi le permettait. Le Pape François fait cette critique dans une partie de son message dans lequel il souligne l’importance de passer du temps avec les malades. Le Pape demande d’abord à l’Esprit Saint de « nous donner la grâce de comprendre la valeur de l’accompagnement, si souvent silencieux, qui nous conduit à consacrer du temps à ces sœurs et à ces frères qui, grâce à notre proximité et à notre affection, se sentent davantage aimés et réconfortés ». Dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia, le Pape François écrit (no. 48) :

« L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades. »

Nous ne devrions jamais perdre de vue les atrocités faites contre les enfants à naître, les indicibles et rarement soulevées, peine et angoisse vécues par ceux et celles qui ont participé à un avortement. Pareillement, nous ne pouvons pas ignorer l’autre grand défi rencontré par l’humanité d’aujourd’hui – la question sérieuse du meurtre par compassion ou euthanasie, comme on le nomme parfois, et qui n’est plus seulement une question théorique ou abstraite. Elle est arrivée et a envahi nos vies. Ce problème frappe le centre même de notre identité et de notre croyance. Même quand ce n’est pas motivé par le refus d’être chargé de la vie de quelqu’un qui souffre, l’euthanasie doit être reconnue comme une fausse compassion ainsi qu’une miséricorde mal avisée. La vraie compassion nous amène à partager la peine de l’un et de l’autre, pas à tuer la personne dont nous ne pouvons pas supporter la souffrance. La meilleure façon de savoir si nous sommes encore une société chrétienne c’est d’examiner la façon dont nous traitons nos personnes les plus vulnérables, celles qui ont très peu ou aucune attention publique, celles qui n’ont ni beauté, ni force, ni intelligence.

L’Église Catholique Romaine détient une éthique cohérente de la vie. Elle offre un enseignement sur l’inviolabilité, la sacralité, et la dignité de la personne humaine. Cependant, l’opposition à l’avortement et à l’euthanasie n’excuse pas l’indifférence envers ceux et celles qui souffrent de la pauvreté, de la violence, et de l’injustice. Toute pratique opposée à la vie elle-même, y compris toutes les sortes de meurtres, les génocides, l’avortement, l’euthanasie ou le suicide assisté, mais également toute violation de la dignité de la personne humaine, y compris la mutilation, les blessures infligées au corps ou à l’esprit, les tentatives de contraindre la volonté elle-même, quiconque insulte la dignité humaine y compris les conditions de vie moins qu’humaines, l’emprisonnement arbitraire, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic des femmes et des enfants, des conditions de travail honteuses où les gens sont traités comme des instruments de revenus plutôt que comme des personnes libres et responsables – toutes ces pratiques et beaucoup d’autres encore empoisonnent la société humaine. Dans les pays développés économiquement, les lois qui menacent la vie sont très répandues, et elles ont déjà façonnées les attitudes morales et les pratiques, contribuant ainsi à la propagation d’une mentalité antinataliste. De plus, de nombreuses tentatives sont faites afin d’exporter cette mentalité dans d’autres états en la présentant comme une sorte de progrès culturel.

Le suicide par euthanasie contredit la responsabilité fondamentale qui incombe à tous les êtres humains de se protéger les uns les autre, et d’améliorer la qualité de santé et de soin social que chaque vie humaine mérite, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. D’abord, la législation proposée par le gouvernement du Canada sur la mort assistée par un médecin menace les médecins, les infirmières et les infirmiers qui refuseraient de se conformer à perdre leurs emplois et pourrait provoquer la fermeture d’hôpitaux catholiques. Ensuite, les critères d’admissibilité du projet de loi fédéral n’apportent aucunes limites sur les façons dont le suicide assisté pourrait être proposé ou offert aux personnes vulnérables.

De plus, l’absence de protection du droit à la liberté de conscience au niveau fédéral pour les institutions et les professionnels de la santé qui refuseraient de participer au suicide assisté ou de référer vers un autre médecin signifierait que les régulateurs provinciaux pourraient établir des règlementations contradictoires qui résulteraient en une diminution du nombre de médecins et d’hôpitaux disponibles pour les Canadiens. Alors que notre système de santé requiert de plus en plus de ressources, le gouvernement fédéral ne devrait pas permettre des règlements qui pourraient faire diminuer le nombre de professionnels de santé conscients de leurs responsabilités professionnelles. Les lois qui feraient de la médecine un agent de mort sur demande constituent une violation claire de la sacrosainte obligation des fournisseurs de soins de santé de guérir ainsi que de la responsabilité des législateurs et des citoyens d’assurer et de fournir une protection pour tous, surtout pour ceux qui sont plus à risque.

Nous avons la responsabilité de combattre l’intrusion de l’euthanasie dans notre société – spécialement si nous comprenons notre obligation morale en tant que soignants des personnes ayant des incapacités, et notre obligation civique de protéger ceux et celles qui sont incapables d’exprimer leur volonté mais qui sont comme nous tous humains, vivants, et dignes de la protection de la loi. Il ne peut y avoir de vraie paix si la vie n’est pas défendue et promue de la conception à la mort naturelle, du berceau à la tombe.

(CNS photo/Paul Haring)

L’Euthanasie: une décision qui nous affectera tous!

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Du 8 au 15 mai prochains ce sera la semaine nationale pour la vie et la famille. Ce rendez-vous annuel est l’occasion de réfléchir et de discuter de la beauté de la vie humaine mais également de manifester son appui au respect de la dignité intrinsèque de celle-ci depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Pour l’occasion, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr Douglas Crosby, a publié une lettre dans laquelle il montre sa sollicitude devant les « innombrables défis auxquels sont confrontées nos familles ». Parmi ces défis, il y a évidemment le problème récurrent de l’avortement qui, selon la Constitution Gaudium et Spes du Concile Vatican II, « est un crime abominable » (no 3). Toutefois, à l’heure actuelle, la « culture de la mort » tant décriée par saint Jean-Paul II manifeste une nouvelle fois sa capacité à transformer négativement la société par l’introduction de la pratique de l’euthanasie. Il est important d’y réfléchir puisque, comme l’avortement, l’exécution par administration d’une substance létale a de grande chance, dans un proche avenir, de devenir pratique courante.

Comme le disait Mgr Crosby, « pour aggraver les choses, bien des gens dans notre société ont perdu leur chemin et ne savent plus vers qui se tourner. Nous n’avons qu’à penser au débat sur l’euthanasie et le suicide assisté qui secoue notre pays ». Nous nous sommes déjà interrogé sur les causes derrière l’engouement que suscitent les législations pro-euthanasie. Toutefois, comme le dit le pape François dans Amoris Laetitia, il est de mise de poursuivre notre réflexion sur les manières dont « l’euthanasie et/ou le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier » (no48).

Dans un premier temps, l’euthanasie laisse croire qu’il existe une telle chose comme une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue. En effet, la dignité humaine et sa conséquence éthique qu’est l’interdiction de provoquer directement la mort d’une personne innocente ne dépend pas d’une qualité secondaire ou accessoire comme la couleur de la peau, l’âge, le sexe ou, dans le cas présent, le degré de souffrance. Au contraire, la dignité humaine est inhérente à la vie humaine elle-même. Ainsi, voter une loi comme le projet C-14 au fédéral ou 52 au Québec (maintenant loi 2)  ne revient pas uniquement à permettre l’injection d’une substance létale à une personne souffrante qui en fait la demande. NON ! Cette loi dévalorise la vie humaine de tous, vous et moi. En ce sens, lors du vote en faveur de cette loi, tous les députés ont votéCapture d’écran 2016-05-08 à 09.02.20 en faveur d’une relativisation de la dignité et de la valeur de la vie humaine. Nous sommes passés d’une société où la vie a une valeur absolue à une société où la valeur de la vie est relative. Or, comme disent les philosophes, entre le relatif et l’absolu, il y a l’infini. C’est pourquoi cette loi dévalorisante pour tous aura une infinité de conséquences désastreuses pour vous, moi, nos amis, nos enfants !

De cette première dévalorisation découlera une dégradation sociale considérable et à tous les niveaux. En effet, toutes les injustices, les crimes, la corruption, la pollution sont des conséquences d’un manque d’acceptation de la dignité humaine par ceux qui les commettent. Par exemple, une compagnie de produits chimiques sera d’autant plus soucieuse de la santé des habitants qui l’entourent qu’elle aura une haute estime de la valeur de leurs vies. Au contraire, une industrie dont les dirigeants ne reconnaîtraient pas la dignité humaine auront moins de scrupules à déverser des produits chimiques dangereux pouvant causer la mort. De même, quelqu’un ayant une haute perception de la dignité humaine n’ira jamais voler ou agresser une autre personne. Ainsi, puisque l’ordre social, la justice et la paix présupposent une protection et une éducation à la valeur absolue de la dignité humaine, une loi dévalorisante légitimant, même dans certains cas, la soit disant « aide médicale à mourir » aura de graves conséquences à ce niveau au point ou, si cela en vient à ce généraliser, notre société deviendra invivable.

Devant ce constat dramatique, nous ne devons pas désespérer puisque nous ne sommes pas seuls et nous ne devons pas avoir peur : «  ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps » (Mt 10, 28). Ainsi comme le dit Mgr Crosby : [Read more…]

L’euthanasie et la liberté de conscience: entrevue avec Dr. Caroline Girouard

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Le 19 avril dernier, des représentants de différentes religions ont tenu un point de presse au Parlement du Canada afin de faire connaître aux parlementaires leur « opposition à l’euthanasie et au suicide assisté, de même que leurs préoccupations concernant la législation proposée sur l’« aide médicale à mourir ». Parmi les intervenants, se trouvait Dre Caroline Girouard, MD, FRCPC, hématologue-oncologue à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Je me suis entretenu avec elle.

Dans la pratique médicale depuis 20 ans maintenant, sa tâche principale est d’accompagner et de soigner des patients qui sont souvent porteurs de maladies métastatiques cancéreuses. Cette nouvelle loi qui sera bientôt votée au Parlement fédéral de même que la loi déjà votée au Québec la touchent particulièrement puisqu’une grande majorité de ses patients pourraient potentiellement être éligibles à l’euthanasie.  Par sa présence lors de la conférence de presse, elle désirait faire valoir la voix des plus vulnérables  qu’elle côtoie tous les jours ainsi que défendre la liberté de conscience des médecins afin qu’ils ne soient pas obligés d’appliquer cette loi et, donc, qu’ils puissent continuer de pratiquer avec la même intégrité et la même honnêteté, en soignant leurs patients du mieux qu’ils peuvent et dans les meilleures conditions possibles.

Quels sont les enjeux liés à l’objection de conscience que cette loi soulève concrètement pour vous ?

 Il est clair que lorsqu’on entre en médecine, notre préoccupation principale est de soigner le malade, de le traiter au meilleur de nos compétences. Dans le projet de loi fédéral, on propose de décriminaliser l’injection d’une substance létale dans le but de provoquer délibérément la mort du patient. C’est la définition de l’euthanasie. Au Québec, on joue sur les mots. On parle « d’aide médicale à mourir » et on nous dit que c’est un grand « soin ». Mais, en fait, l’euthanasie reste un homicide et le projet de loi fédéral dit clairement que ce qu’il propose c’est une exemption de la loi criminelle sur les homicides et donc une garantie de non-poursuites judiciaires. Mais cela ne réduirait en rien ma responsabilité professionnelle. Comme médecin, personnellement je ne peux pas tuer un de mes malades ni même l’envoyer se faire tuer. Dans la loi québécoise, on dit « nous protégeons votre liberté de conscience » mais dans les faits le médecin est obligé, par force de loi, de référer à un autre. Alors, si vous me demandez d’appeler mon collègue ou un administrateur pour lui demander de s’occuper d’une demande d’euthanasie que je ne considère pas moi-même comme indiquée, aussi bien dire que c’est moi qui le fais. Dans les deux cas, j’ai la même responsabilité morale et professionnelle. C’est là qu’est mise en jeu la liberté de conscience d’un médecin. Je crois qu’un médecin qui a cette profonde conviction de la valeur intrinsèque de la vie humaine, que ce soit par croyance religieuse, philosophique ou rationnelle, ne peut pas être obligé de tuer un de ses patients contre son gré ni même d’y participer indirectement.

Dans ce contexte, quelle est l’ouverture du gouvernement au respect de la liberté de conscience des IMG_0366médecins ?

Récemment un de mes confrères en soins palliatifs de l’hôpital Notre-Dame s’est fait menacer de sanctions disciplinaires par le ministre de la santé du Québec s’il faisait obstruction à la loi. Évidemment, il n’a pas élaboré sur ces « sanctions disciplinaires » mais le fait est qu’il a affirmé publiquement une telle chose (comme cela a été rapporté dans les journaux), et il est prévisible qu’il appliquerait le même type de sanction à tout autre médecin qui se retrouverait dans cette position.

Dans la présente formulation du projet de loi fédéral, qu’est-ce que vous aimeriez que l’on apporte comme modification sachant que l’interdiction pure et simple de l’euthanasie ne semble plus être possible. Quel serait le moins mauvais projet de loi possible selon vous ?

 Vous avez raison de le souligner, on parle littéralement de moindre mal ici. On comprend que nous sommes dans une situation où la légalisation est malheureusement inévitable. Alors, pour essayer de ménager les plus vulnérables et l’intégrité de la profession médicale, je crois que la première chose est de protéger la liberté de conscience. Si on considère l’ensemble des travailleurs de la santé, il y a une foule de personnes impliquées dans le système de santé qui ne croient pas à cette proposition de fin de vie par euthanasie. On ne peut pas forcer les gens à changer d’opinion par des lois coercitives. Faire ça, ça s’appelle du totalitarisme. Ça n’a pas sa place dans un pays démocratique.

 Donc, dans un premier temps, ce qu’on demande à la loi fédérale c’est une clause explicite qui garantit la liberté de conscience de tous les professionnels de la santé et de ne surtout pas laisser aux provinces le soin de règlementer. De fait, si c’était le cas, il y aurait une énorme variabilité législative selon les provinces. Chaque province a déjà annoncé ce qu’elle était pour faire. Par exemple, l’Ontario a déjà annoncé qu’elle obligerait ses docteurs objecteurs à référer à un collègue. De son côté, le Québec est plus ambigu: il affirme respecter la liberté des médecins mais dans les faits, on nous menace de représailles si on ne participe pas. Chaque province aurait donc sa propre loi qu’elle appliquerait à sa façon. C’est une situation invivable dans un pays comme le Canada où l’on veut uniformiser les soins et la pratique médicale. C’est pourquoi la liberté de conscience des travailleurs de la santé est un droit fondamental qui doit être protégé par le fédéral.

 La deuxième chose qui mérite d’être discutée c’est que dans la loi proposée, les critères d’admissibilité restent extrêmement laxistes à cause de la très grande marge de manœuvre qui est laissée aux médecins pour l’interpréter. La question de savoir qui pourrait être admissible à l’euthanasie est très sérieuse. Au départ, on a prôné que les personnes qui pourraient y avoir recours seraient l’exception, qu’elles seraient une minorité. On nous avait parlé quand tout cela a commencé d’un tout petit pourcentage, réservé aux personnes en phase terminale. Cela n’est absolument pas garanti,  et il appert que depuis la mi-décembre au Québec, on parle déjà de quelques dizaines de morts. Si on laisse les choses aller, la promotion du suicide et de l’euthanasie pourrait même faire en sorte que cela devienne bientôt la façon normale de mourir. C’est cela qu’on veut éviter dans un pays comme le nôtre.

Déclaration pastorale pour les catholiques du Canada sur le rapport « L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient »

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Vous trouverez ci-dessous la Déclaration pastorale pour les catholiques du Canada sur le rapport « L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient » de la Conférence des évêques catholiques du Canada publiée le 26 février 2016:

Chers frères et sœurs,

Le 25 février dernier, le Comité mixte spécial du gouvernement du Canada sur « l’aide médicale à mourir » a publié son rapport intitulé L’aide médicale à mourir : une approche centrée sur le patient. Le rapport recommande notamment :

– Que le suicide assisté soit accessible aux personnes atteintes d’une maladie psychiatrique (Recommandation 3)
– Que les souffrances psychologiques soient au nombre des critères ouvrant droit au suicide assisté (Recommandation 4)
– Que d’ici environ trois ans le suicide assisté soit accessible aux adolescents et peut-être également aux enfants qui pourraient être considérés comme des « personnes mineures matures »  (Recommandation 6)
– Que tous les professionnels de la santé soient tenus à tout le moins d’« aiguiller correctement » les patients qui demandent le suicide assisté (Recommandation 10)
– Que tous les établissements de santé subventionnés par l’État au Canada offrent le suicide assisté (Recommandation 11)

Par ailleurs, le rapport n’indique pas comment les soins palliatifs et les soins à domicile peuvent offrir de véritables options aux personnes qui sont tentées par le suicide, et il ne demande pas de plan national pour prévenir les suicides. Au Canada, le taux de suicide est sept fois plus élevé chez les jeunes des Premières Nations que chez les jeunes non-Autochtones, alors que le taux de suicide chez les jeunes Inuit est parmi le plus élevé au monde, à 11 fois la moyenne nationale canadienne.

L’enseignement de l’Église catholique et la position des évêques catholiques du Canada sont clairs. Le suicide n’est pas un soin de santé. Tuer les personnes souffrant de maladies physiques ou mentales, qu’elles soient jeunes ou âgées, est contraire à la sollicitude et à l’amour pour nos frères et sœurs. La dignité de la personne humaine et l’épanouissement de la communauté humaine exigent : 1) la protection et le respect de chaque vie humaine de la conception à la mort naturelle; et 2) la liberté de conscience et de religion pour chaque personne et pour chaque établissement. Le bien-être social, la sécurité personnelle et le bien commun – accompagnés de la foi religieuse – signifient protéger la vie de ceux et celles qui souffrent et non de la menacer.

Les recommandations qui précèdent et l’idée maîtresse du rapport ne sont absolument pas « centrées sur le patient »; elles ne soutiennent et n’aident en aucun point les mourants et les personnes vulnérables. Pour rependre les mots du pape François, les recommandations du rapport suivent l’approche d’une société du « jetable ». Elles ne révèlent pas le visage de la miséricorde de Dieu.

Avec mes frères évêques, catholiques et orthodoxes, et avec les dirigeants des communautés religieuses protestantes évangéliques, juives et musulmanes, et plusieurs autres croyants et non-croyants, je vous exhorte de faire savoir à vos représentants élus pourquoi l’euthanasie, le suicide assisté et les recommandations susmentionnées sont complètement inacceptables.

Mgr Douglas Crosby, OMI
Évêque de Hamilton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

 

Le devoir et l’obligation d’être pro-vie

Des milliers de personnes se rencontreront cette semaine pour défendre les êtres humains qui ne sont pas encore nés. Être « pro-vie » de manière active c’est contribuer au renouvellement de la société à travers la promotion du bien. Il est impossible de répandre le bien commun sans toutefois affirmer et défendre le droit à la vie, droit sur lequel reposent et se fondent tous les droits inaliénables des individus et à partir duquel ils se développent. La vraie paix ne peut exister que lorsque la vie est défendue et promue. Rappelons-nous les paroles prophétiques du Bienheureux Paul VI:

« Chaque crime contre la vie est une attaque contre la paix, spécialement si elle s’attaque à la conduite morale des personnes…Cependant, là où les droits des êtres humains sont vraiment professés et publiquement reconnus et défendus, la paix devient le climat jovial et opératif de la vie au sein de la société .»

L’avortement est, sans aucun doute, la blessure la plus grave infligée, non seulement sur les individus et leurs familles – qui sont censées fournir le sanctuaire de la vie, mais aussi sur les sociétés et leur culture, par les mêmes personnes qui devraient être les agents promoteurs et les défenseurs de la société. Nous ne devrons jamais perdre de vue les atrocités commises contre les êtres pas encore nés de même que ce qui n’est pas dit et qui est très rarement avoué de la souffrance et de l’agonie persistantes vécues par les personnes qui ont enduré des avortements.

L’Église catholique offre un enseignement consistant sur l’inviolabilité, la sacralité et la dignité de la personne humaine : une vision parfaite de 20/20 pour laquelle nous devons lutter chaque jour si nous nous déclarons pro-vie. L’opposition à l’avortement et à l’euthanasie ne justifie pas l’indifférence à ceux qui souffrent de pauvreté, de violence et d’injustice. Nous devons lutter pour avoir une vue intégrale, et non pas bornée.

Ce qui est encore plus troublant, c’est ceux qui se disent de la gauche, toujours champions des droits humains et civils, qui respectent et soutiennent la dignité et la liberté d’autrui. Ceci inclut sans doute la protection des droits des individus, ainsi que les efforts du gouvernement pour prendre soin des personnes faibles, malades et démunies. Pourquoi donc l’extension aux êtres humains à naître du droit humain à la vie, ainsi que l’opposition à la culture de la mort, ne sont-elles pas des thèmes principaux de la gauche ? Il est impératif qu’elles le soient, car elles constituent indubitablement une affaire de justice et de droit des êtres humains.

Dans son discours aux participants au Congrès commemoratif de l’Association des Médecins catholiques italiens à l’occasion du 70e anniversaire de sa foundation le 15 novembre 2014, le Pape François leur a dit:

La pensée dominante propose parfois une « fausse compassion » : celle qui considère que c’est aider une femme que de favoriser l’avortement, un acte de dignité de procurer l’euthanasie, une conquête scientifique de « produire » un enfant considéré comme un droit au lieu de l’accueillir comme un don ; ou d’utiliser des vies humaines comme des cobayes de laboratoire en prétendant en sauver d’autres. En revanche, la compassion évangélique est celle qui accompagne au moment du besoin, c’est-à-dire celle du Bon Samaritain, qui « voit », qui « a compassion », qui s’approche et offre une aide concrète (cf. Lc 10, 33). Votre mission de médecins vous met quotidiennement en contact avec de nombreuses formes de souffrance : je vous encourage à les prendre en charge en « bons samaritains », en ayant soin de manière particulière des personnes âgées, des malades et des porteurs de handicap.

La fidélité à l’Évangile de la vie et au respect de celle-ci comme don de Dieu, demande parfois des choix courageux et à contre courant qui, dans des circonstances particulières, peuvent arriver à l’objection de conscience. Et aux nombreuses conséquences sociales que cette fidélité comporte. Nous vivons une époque d’expérimentation sur la vie. Mais une mauvaise expérimentation. Produire des enfants au lieu de les accueillir comme un don, comme je l’ai dit. Jouer avec la vie. Faites attention, car cela est un péché contre le Créateur : contre Dieu Créateur, qui a créé les choses ainsi.

Quelque soit l’opposition à la vie en soi, tel que n’importe quel genre de meurtre, génocide, avortement, euthanasie, ou autodestruction délibérée ; quelque soit la chose qui viole la dignité de la personne humaine, tel que la malnutrition, les tourments infligés sur le corps humain ou sur l’esprit, qui tente de contraindre la volonté dans son essence ; tout ce qui insulte la dignité humaine tel que les conditions sous-humaines de la vie, l’emprisonnement arbitraire, la déportation, l’esclavage, la prostitution, le trafic de femmes et d’enfants, les conditions ignobles de travail où les gens sont traités comme des instruments de gain, plutôt que des personnes libres et responsables…Toutes ces choses et bien d’autres, empoisonnent la société humaine.

Il est impossible de promouvoir le bien commun sans pour autant reconnaître et défendre le droit à la vie, sur lequel se fondent et à partir desquels se développent tous les autres droits inaliénables des individus. La vraie paix ne pourrait exister que si la vie est défendue et promue.

Dans son encyclique, Caritas in Veritate (La vérité dans la charité), le pape émérite Benoît XVI vise clairement la dignité et le respect pour la vie humaine :

L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. Lorsqu’une société tend vers le déni ou la suppression de la vie, elle finit par ne plus retrouver la motivation et l’énergie nécessaires pour lutter pour le vrai bien de l’être humain. Si l’on perd la sensibilité personnelle et sociale envers l’acceptation d’une nouvelle vie, alors d’autres formes d’acceptation valeureuses pour la société se flétrissent aussi.

Être pro-vie ne nous donne pas le droit et l’autorisation de dire et faire ce que bon nous semble, ni de diffamer, condamner et détruire d’autres êtres humains qui ne partagent pas nos points de vue. Nous ne devons jamais oublier les principes de la civilité, de la charité évangélique, de l’éthique, et de la justice. Nous devons éviter la détérioration de notre vision, voire, la myopie qui afflige souvent les personnes de bonne volonté qui sont aveuglées par leur propre zèle et sont incapables d’avoir une vision complète de la situation. Être pro-vie n’est pas une activité désignée pour un parti politique ou pour une partie spécifique du spectre. C’est une obligation pour tout le monde : gauche, droite et centre ! Donc, nous sommes pro-vie, nous devons interpeller la culture qui nous entoure, et non pas la maudire. Être pro-vie de nos jours est véritablement prophétique et engendrera un développement authentique et une paix durable.

Pour ceux et celles qui disent que l’avortement est un gage de progrès pour la femme, un acquis ou un droit inaliénable : rien n’est plus faux. L’avortement tue un être humain innocent et souvent il blesse la femme psychologiquement, physiquement et spirituellement. Les pères aussi souffrent beaucoup. Un vrai progrès serait de trouver les moyens de faire baisser à zéro le taux d’avortement. Si seulement les femmes en détresse à cause d’une grossesse inattendue étaient accueillies, informées et accompagnées avec compassion et solidarité dans leur choix…

Nous ne pouvons ignorer l’autre grand défi auquel est confrontée l’humanité aujourd’hui — la question sérieuse de la mort par compassion, que d’aucuns appellent parfois euthanasie, qui n’est plus présente dans des cas abstraits et des théories. Cette question concerne les gens ordinaires et est débattue, non seulement au Parlement, mais aussi autour de la table à dîner et dans les milieux scolaires. Les populations vieillissantes, notamment en Occident et les forces actives qui en résultent, sont désormais en train de créer une force qui propulse le marché vers l’euthanasie. Le Bienheureux Jean Paul II écrivait : « Le droit de mourir cèdera inévitablement au devoir de mourir. » La question touche l’essence de ce que l’on est et ce que l’on croit. L’euthanasie doit être appelée compassion erronée et mal-conseillée. La vraie compassion mène au partage de la souffrance de l’autre, et non pas à tuer la personne dont la souffrance nous est insupportable.

Prions ensemble cette prière pour la Marche pour la vie:

Père Eternel, Source de Vie,
Fortifie-nous de ton Esprit Saint
afin de recevoir l’abondance de la vie que tu nous as promise.
Ouvre nos cœurs afin de voir et désirer
la beauté de ton dessein pour la vie et l’amour.
Transforme notre amour en un amour généreux, qui donne de soi
pour que nous puissions être bénis avec la joie.
Donne-nous une confiance absolue en ta miséricorde.
Pardonne-nous de ne pas avoir accueilli ton don de la vie
et guéris-nous des effets de la culture de la mort.
Instille en nous et en tous les gens la révérence pour chaque vie humaine.
Inspire-nous et protège nos efforts au nom des êtres les plus vulnérables,
ceux qui ne sont pas encore nés,
des malades et des personnes âgées.
Nous te le demandons au nom de Jésus,
Qui, par Sa Croix, renouvelle toute chose. Amen.