La transmission de la foi est toujours un événement communautaire, ecclésial

Troisième dimanche de Pâques, Année A – 30 avril 2017

Actes 2,14.22b-33
1 Pierre 1,17-21
Luc 24,13-35

La première lecture d’aujourd’hui, tirée des Actes des Apôtres (2,14.22-33), nous présente le premier de six discours (suivront Actes 3,12-26; 4,8-12; 5,29-32; 10,34-43; 13,16-41) qui traitent de la résurrection de Jésus et de son sens messianique. Cinq de ces discours sont attribués à Pierre et le dernier à Paul. On peut donner à ces discours des Actes le nom de « kérygme », terme grec qui désigne la proclamation (1 Corinthiens 15,11). L’allocution de Pierre comporte une introduction et deux parties : dans la première (v. 16-21), il explique que les temps messianiques annoncés par Joël sont maintenant advenus; dans la seconde (v. 22-36), il proclame que Jésus de Nazareth, que les juifs ont crucifié, est le Messie promis par Dieu, celui qu’attendaient les justes de l’Ancien Testament; c’est Lui qui est venu réaliser le dessein salvifique de Dieu pour l’humanité.

Pour montrer que Jésus de Nazareth est bien le Messie annoncé par les prophètes, Pierre rappelle à ses auditeurs les miracles du Seigneur (v.22) ainsi que sa mort (v.23), sa résurrection (v.24-32) et son ascension glorieuse (v.33-35). Le discours de Pierre se termine par un bref résumé (v.36). Pierre proclame ainsi le message qui peut transformer la vie de quiconque l’entend. Ce message n’a pas changé et n’a rien perdu aujourd’hui de sa puissance. C’est un message qui continue d’apporter l’espoir aux désespérés, la vie à qui est mort dans le péché et le pardon à ceux et celles qui ploient sous le fardeau de leurs fautes.

Un récit catéchétique et liturgique

Le récit d’Emmaüs, que nous présente l’Évangile d’aujourd’hui, est au cœur du chapitre que Luc consacre à la résurrection. Dans cette histoire des deux disciples sur la route (v.13-35), Luc met l’accent sur l’interprétation de l’Écriture par Jésus ressuscité et sur la reconnaissance du Seigneur au moment de la fraction du pain. Les références aux citations de l’Écriture et l’explication qui en est donnée (24,25-27), la proclamation kérygmatique (v.34) et le geste liturgique (v.30) suggèrent que l’épisode est avant tout catéchétique et liturgique plutôt qu’apologétique.

Quand nous rencontrons les disciples sur la route d’Emmaüs, c’est le soir et la lueur du premier jour de Pâques commence à s’estomper. La résurrection n’est encore qu’une rumeur, un conte. Mais sous le dialogue on devine un profond désir et une faim bienheureuse. Intimement mêlé à leur scepticisme perce un espoir, leur besoin que Dieu soit vivant, vibrant et présent dans leur monde de mort. Mais le bagage de leur doute paralyse la ferveur de leur foi et ils n’arrivent pas à reconnaître Jésus. Sans avoir conscience de ce qu’ils disent vraiment, les deux disciples professent plusieurs des éléments centraux du credo de la foi chrétienne mais ils n’arrivent pas à comprendre la nécessité de la souffrance du Messie, qu’avaient annoncée les Écritures.

L’étranger sur la route d’Emmaüs prend le scepticisme et la curiosité des disciples et les intègre à la trame de l’Écriture. Jésus ses interlocuteurs au défi de réinterpréter les événements des jours précédents à la lumière des Écritures. Mais Cléophas et son ami « ne comprennent pas et sont lents à croire tout ce qu’ont dit les prophètes » (v.25). Le Messie devait souffrir et mourir pour entrer dans sa gloire. Luc est le seul auteur du Nouveau Testament à parler explicitement d’un Messie souffrant (Luc 24,26.46; Actes 3,18; 17,3; 26,23). L’idée d’un Messie souffrant ne se trouve ni dans l’Ancien Testament ni dans aucun texte juif antérieur à la période du Nouveau Testament, quoiqu’on y trouve une allusion en Marc 8,31-33.

Enfin, c’est dans l’intimité de la fraction du pain que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils reconnaissent le Ressuscité à leur côté. À Emmaüs, le Christ ressuscité pose les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains (9,16) et à la dernière Cène. Au moment de décrire ce moment de la reconnaissance, l’évangéliste a sûrement à l’esprit les nombreux repas de Jésus, et en particulier le dernier (cf. Luc 5,29; 7,36; 14,1.12.15.16; 22,14). Après avoir fait de la sorte l’expérience du Christ ressuscité, les disciples d’Emmaüs croient.

Comprendre la résurrection suppose donc une double démarche : il faut connaître le message des Écritures et, par la fraction et le partage du pain avec la communauté des croyants, faire l’expérience de Celui dont elles parlent, Jésus le Seigneur.

Le motif du voyage

Le motif du voyage dans le récit d’Emmaüs n’est pas simplement fonction de la distance entre Jérusalem et Emmaüs; en fait, il évoque aussi le cheminement douloureux et graduel des paroles qui doivent passer de la tête au cœur, la démarche d’une naissance à la foi, d’un retour à une relation adéquate avec cet étranger qui est nul autre que Jésus le Seigneur. Le Seigneur nous écoute et il est toujours là. La pédagogie du Seigneur à l’égard de ses disciples nous le montre toujours à l’écoute, en particulier aux heures difficiles, quand on a chuté, quand on est en proie au doute, à la déception et à la frustration. Ses paroles touchent le cœur des disciples, qui devient « brûlant »; elles les arrachent aux ténèbres de la tristesse et du désespoir, elles nourrissent en eux le désir de demeurer avec lui : Reste avec nous, Seigneur.

Les disciples atterrés ne commencent à évoluer qu’une fois éclairés par le Christ ressuscité, qui leur explique à l’aide des Saintes Écritures comment Dieu agit dans une monde résistant et au milieu de personnes réticentes et pécheresses comme nous. Cette victoire, en fait, est pleine d’ironie car les forces du rejet et les expériences de souffrance et de péché deviennent autant d’instruments au service de la réalisation du dessein de Dieu sur le monde !

Les mots qui transmettent la vie

Permettez-moi de vous présenter un texte particulièrement frappant sur « le devoir d’évangéliser »; il est tiré du document préparatoire du Synode des évêques « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qui aurait lieu en 2012. Ce texte offre une perspective unique sur le récit d’Emmaüs (n° 2).

La parole des disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 13-35) est emblématique de la possibilité qu’échoue l’annonce du Christ, parce qu’incapable de transmettre la vie. Les deux disciples annoncent un mort (cf. Luc 24, 21-24), racontent leur frustration et leur espérance perdue. Ils parlent de la possibilité, pour l’Église de tout temps, d’une annonce qui ne donne pas la vie mais retient dans la mort le Christ annoncé, les annonceurs et les destinataires de l’annonce.

La question sur la transmission de la foi – qui n’est ni individualiste ni solitaire, mais un événement communautaire et ecclésial – ne doit pas orienter les réponses dans le sens de la recherche de stratégies efficaces de communication, ni se centrer de façon analytique, sur les destinataires – les jeunes, par exemple – ; elle doit se décliner comme une question concernant le sujet chargé de cette opération spirituelle. Elle doit devenir une question de l’Église sur elle-même. Ce qui permet de poser le problème de façon non extrinsèque mais correcte, puisqu’elle met en cause toute l’Église dans son essence et dans sa vie. De cette manière, il peut être possible aussi de comprendre le fait que le problème de l’infécondité de l’évangélisation aujourd’hui, de la catéchèse des temps modernes, est un problème ecclésiologique, qui concerne la capacité ou l’incapacité de l’Église de se configurer en une communauté réelle, en une authentique fraternité, en un corps, et non en une machine ou une entreprise.

Questions pour la réflexion cette semaine

1) Comme Église, comme ministres, comme leaders laïcs, avons-nous déjà eu le sentiment que nos paroles sont incapables de transmettre la vie aux autres ? Avons-nous annoncé un mort au lieu du Seigneur vivant ? En quoi nos paroles et le message de l’Église ont-ils retenu dans la mort le Christ annoncé et les destinataires du message ?

2) Qu’est-ce qui nous empêche de devenir une vraie communauté, une vraie fraternité, un corps vivant, au lieu d’une machine ou d’une entreprise ?

3) Quels sont les événements du passé qui ont influencé, gêné ou bloqué notre proclamation et notre façon d’être Église ? Comment certains événements nous ont-ils aidés à raffiner et à repenser notre proclamation ?

4) Qu’est-ce que l’Esprit dit à notre Église à travers ces événements ? Quelles nouvelles formes d’évangélisation l’Esprit nous enseigne-t-il et exige-t-il de nous ?

Nous sommes de nouveau des pèlerins

Il y a plusieurs années, lors de ma première visite à la communauté œcuménique de Taizé, en France, j’ai entendu cette méditation que proposaient feu le Frère Roger Schutz et sa communauté. Je ne l’ai jamais oubliée.

Nous sommes de nouveau des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs…
Nous avons la tête courbée au moment de rencontrer l’Étranger
qui s’approche et vient avec nous.
Comme le soir tombe, nous essayons de distinguer son visage
tandis qu’il nous parle, qu’il parle à notre cœur.
En interprétant le Livre de la vie,
il prend nos espoirs brisés et les embrase :
la route se fait plus légère tandis que,
rassemblant les braises, nous apprenons à attiser la flamme.
Si nous l’invitons ce soir, il viendra s’asseoir
et ensemble nous partagerons le repas.
Et alors, tous ceux qui ne croyaient plus
verront, et viendra l’heure de la Reconnaissance.
Il rompra le pain des larmes à la table des pauvres
et chacun recevra la manne à satiété.
Nous retournerons à Jérusalem pour proclamer hautement
ce qu’il nous a murmuré à l’oreille.
Et assurément nous trouverons là des frères et des sœurs
qui nous accueilleront en disant :
« Nous aussi, nous l’avons rencontré ! »
Car nous le savons, la miséricorde de Dieu
est venue visiter la terre des vivants !

Sacramentum et exemplum : le don et la tâche

Messe de la Cène du Seigneur, Jeudi saint – 13 avril 2017

Isaïe 61,1-3a.6a.8b-9
Apocalypse 1,5-8
Luc 4,16-21

Le Jeudi saint clôture officiellement le temps du Carême. Ce soir-là, nous entrons dans le Triduum au cœur de l’année liturgique et, en fait, de la foi chrétienne. Les textes de l’Écriture nous renvoient profondément à nos racines juives : célébration de la Pâque avec le peuple juif (Exode 12, 1-8.11-14); réception de la tradition transmise à saint Paul (1 Corinthiens 11, 23-26), à savoir l’Eucharistie, et contemplation directe de Jésus qui s’agenouille devant nous pour nous laver les pieds avec l’humilité d’un serviteur (Jean 13, 1-15). La commémoration est au cœur de cette célébration.

Ce soir, le Seigneur nous invite à retourner avec lui au cénacle, pour nous aider à pénétrer les profondeurs de son mystère pascal. La veille de sa mort, il nous a laissé deux grands signes que la célébration liturgique renouvelle chaque année. Dans le premier, Jésus lave les pieds des apôtres et donne ainsi à ses amis un exemple d’amour qui s’exprime dans un service aussi humble que concret. Dans le deuxième, Jésus consacre le pain et le vin comme sacrement de son corps et de son sang, donnés en sacrifice pour notre salut.

Une nuit de commémoration

Considérons le mémorial qu’est l’Eucharistie. Dans le livre de l’Exode, nous lisons : « Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob » (Exode 2,24). Le livre du Deutéronome prescrit : « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu » (8,18). « Rappelle-toi donc ce qu’a fait le Seigneur ton Dieu » (7,18). Le souvenir de Dieu et celui des hommes et des femmes forment dans la Bible un élément fondamental de la vie du peuple de Dieu. Cependant, ce souvenir n’est pas le simple rappel de quelque chose qui s’est produit il y a longtemps mais plutôt ce que l’hébreu appelle « zikkaron », c’est-à-dire un « mémorial ». C’est la proclamation des hauts faits que Dieu a accomplis pour nous au fil des âges et qu’il continue d’accomplir pour nous aujourd’hui. Dans la célébration liturgique, ces événements deviennent d’une certaine façon présents et actuels (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1363). Le mémorial rappelle le lien d’une alliance indéfectible : « Le Seigneur se souvient de nous, il nous bénira » (Psaume 115, 12). La foi biblique authentique comporte le souvenir fructueux de la geste de notre salut.

Dans l’Ancien Testament, le « mémorial » par excellence des œuvres de Dieu dans l’histoire était la liturgie pascale de l’Exode. Chaque fois que le peuple d’Israël célébrait la Pâque, Dieu lui offrait le don de la liberté et du salut. Dans la célébration de la Pâque, les deux souvenirs se recoupaient, celui de Dieu et celui des hommes – la grâce salvifique et le témoignage de la foi : « Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage… Ce rite vous tiendra lieu de signe sur la main et de mémorial sur le front, afin que la loi du Seigneur soit toujours sur vos lèvres car c’est le Seigneur qui, par sa force, vous a fait sortir d’Égypte. » (Exode 12,14; 13,9)

Au cœur de l’Eucharistie : la commémoration

Cette rencontre entre la mémoire de Dieu et celle des êtres humains est au foyer de l’Eucharistie, qui est le « mémorial » par excellence de la Pâque chrétienne. Le souvenir est au cœur de la célébration du sacrifice du Christ. Nous nous rappelons le sacrifice du Christ, cet événement unique, accompli « une fois pour toutes » (Hébreux 7,27; 9,12.26; 10,12), et dont nous continuons de recevoir les grâces à travers l’histoire. « Car chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26). L’Eucharistie est donc le mémorial de la mort du Christ mais aussi la présence de son sacrifice et l’anticipation de son avènement glorieux. Nos pouvons certainement comprendre l’exhortation de Paul à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts » (2 Timothée 2,8). Ce souvenir vit et opère d’une façon spéciale dans l’Eucharistie.

Se rappeler, c’est d’un côté recentrer son cœur sur le souvenir et l’affection mais c’est aussi célébrer une présence qui est toujours avec nous. L’Eucharistie suscite en nous le souvenir de l’amour du Christ. Dans l’Eucharistie, les chrétiens nourrissent l’espérance de la rencontre finale avec leur Seigneur. L’Eucharistie est le mémorial au sens plein du terme : le pain et le vin, par l’action de l’Esprit Saint, deviennent vraiment le corps et le sang du Christ, qui se donne lui-même en nourriture aux hommes et aux femmes pour leur pèlerinage terrestre. Pour rester fidèle à ce mandat, pour demeurer en lui tels les sarments unis à la vigne et pour aimer comme il a aimé, il faut se nourrir de son corps et de son sang. En disant aux apôtres, « vous ferez cela en mémoire de moi », le Seigneur liait l’Église au mémorial vivant de sa Pâque.

La nouvelle Pâque

Dans un maître livre, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection,[1] le pape émérite Benoît XVI prend soin de bien expliquer ce que fut vraiment la dernière Cène :

Une chose ressort clairement de l’ensemble de la tradition, écrit-il : essentiellement, ce repas d’adieu n’était pas l’ancienne Pâque mais la nouvelle, que Jésus accomplissait dans ce contexte. Même si le repas que Jésus a partagé avec les Douze n’était pas un repas pascal conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, néanmoins, rétrospectivement, le lien intime de tout cet événement avec la mort et la résurrection de Jésus ressortait clairement. C’était la Pâque de Jésus. Et en ce sens, on peut dire à la fois qu’il a célébré et qu’il n’a pas célébré la Pâque : les anciens rites n’ont pu être célébrés – quand vint le moment de les accomplir, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et, de la sorte, il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. L’ancienne Pâque n’était pas abolie ; elle était simplement portée à la plénitude de son sens.

Le lavement des pieds

Benoît XVI parle admirablement du lavement des pieds, qui est au cœur de l’Évangile du Jeudi saint (Jean 13,1-15) :

Revenons au chapitre 13 de l’Évangile de saint Jean. « Vous êtes purs », dit Jésus à ses disciples. Le don de la pureté est un acte divin. L’homme ne peut de lui-même se rendre acceptable à Dieu, quel que soit le système de purification qu’il suive. « Vous êtes purs » – l’admirable simplicité des paroles de Jésus résume en quelque sorte la grandeur du mystère du Christ, qui est que Dieu vient à nous pour nous purifier. La pureté est un don.

Mais une objection vient à l’esprit. Quelques versets plus loin, Jésus déclare : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jean 13,14–15) Cela ne suggère-t-il pas une conception purement morale du christianisme ?

Sacramentum et exemplum

Les Pères ont exprimé la différence entre ces deux aspects, ainsi que leur relation mutuelle, en utilisant les catégories de sacramentum et d’exemplum : par sacramentum ils n’entendent pas désigner un sacrement en particulier mais plutôt l’ensemble du mystère du Christ – sa vie et sa mort – par lequel il vient à nous, entre en nous par son Esprit et nous transforme. Mais précisément parce que ce sacramentum nous « purifie » vraiment, nous renouvelle de l’intérieur, il déclenche la dynamique d’une vie nouvelle. Le commandement de « faire comme Jésus a fait » n’est pas seulement un supplément moral au mystère, encore moins une antithèse au mystère. Il découle de la dynamique interne du don par lequel le Seigneur nous renouvelle et nous attire dans sa réalité.

Le don – le sacramentum – devient exemplum, un exemple, tout en demeurant don. Être chrétien est avant tout un don, qui se déploie ensuite selon une dynamique de vie et d’action qui procède du don.

En conclusion de sa réflexion sur le lavement des pieds, Benoît XVI écrit :

… En revenant sur l’ensemble du chapitre du lavement des pieds, nous pouvons dire que dans ce geste d’humilité, qui exprime l’ensemble du ministère de la vie et de la mort de Jésus, le Seigneur se tient devant nous comme le serviteur de Dieu – celui qui pour nous s’est fait celui qui sert, qui porte notre fardeau et qui nous accorde la vraie pureté, la capacité d’approcher Dieu. Dans le deuxième chant du serviteur souffrant, en Isaïe, il y a une expression qui annonce d’une certaine façon la théologie johannique de la Passion : Le Seigneur m’a dit, « Tu es mon serviteur, Israël, en qui je me glorifierai ».

Le Jeudi saint et le sacerdoce ministériel

Pendant les plusieurs années de ma prêtrise, je suis revenu d’innombrables fois à l’Évangile du Jeudi saint puiser la force et l’inspiration pour être ce que je m’efforce d’être chaque jour : un ministre ordonné qui garde vivant le souvenir de Jésus chez les gens et qui sert la communauté comme préposé au lavement des pieds. Quel incroyable modèle de sacerdoce nous offre l’Évangile de ce soir : le Seigneur et Sauveur du monde à genoux devant nous pour nous laver les pieds dans un geste d’humilité et de service !

La véritable nature de l’Eucharistie suppose un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entrecroisées. C’est ce « tissage » qui est au cœur du sacerdoce de Jésus Christ et de notre sacerdoce. Quand nous recevons l’Eucharistie, nous avons part à celui qui se fait nourriture et boisson pour les autres. Ainsi doit-il en être de nous qui recevons le corps et le sang du Seigneur : notre vie, elle aussi, doit devenir le banquet des pauvres. Nous devons, nous aussi, devenir nourriture et boisson pour ceux et celles qui ont faim.

Par toute sa vie, Jésus est un modèle sacerdotal de compassion. Personne sacerdotale, il a vécu pour les autres, il a offert chaque personne et chaque chose au Dieu qui l’aimait. C’était alors et c’est toujours aujourd’hui la seule forme de sacerdoce qui change les choses, la seule qui compte. Le contraire du prêtre, c’est le consommateur : celui qui achète et qui accumule des choses. Une personne sacerdotale, c’est quelqu’un qui se dépense avec plaisir pour les autres. La célébration, ce soir, du repas du Seigneur nous invite à examiner ce que nous avons fait de notre baptême, et à nous demander en quoi nous sommes un peuple eucharistique et sacerdotal. Nous devons scruter notre propre sacerdoce, que ce soit le sacerdoce des baptisés ou le sacerdoce ministériel, et nous demander pour qui nous vivons réellement et qui nous aimons vraiment. Nous dépensons-nous avec plaisir pour les autres ?

Si je suis ministre ordonné et qu’on m’appelle « Père », ce n’est pas simplement parce que j’ai fait de longues études universitaires, parce que j’ai une bonne formation, un titre, ou une position privilégiée dans la société ou dans l’Église. Les crises qui affectent la prêtrise aujourd’hui dans le monde nous rappellent la futilité du prestige, des privilèges, du rang ou de la mobilité ascendante. Tout n’est en réalité qu’humble service et prière d’intercession pour ceux et celles que le Seigneur nous a confiés.

On est prêtre, en fin de compte, pour être serviteur. C’est dire que j’essaie de donner ma vie publiquement pour la communauté. Le titre de « Père » exprime la relation qui existe entre les prêtres et les personnes qu’ils servent. C’est là une relation aussi belle qu’intimidante et même terrifiante mais qui, dans le meilleur des cas, engendre la vie et communique l’amour. Jésus nous enseigne, dans ce grand récit de l’Évangile du Jeudi saint, que la vraie source de l’autorité dans l’Église vient de ce qu’on mène une vie de serviteur, de ce qu’on donne sa vie pour ses amis. La seule autorité, le seul pouvoir de la prêtrise, c’est l’autorité évangélique qui vient de ce qu’on vit le mystère pascal. Ce soir, en particulier, moi-même et tous les ministres ordonnés, nous devons nous demander : est-ce que j’agis vraiment comme celui qui garde vivant le souvenir de Jésus dans la communauté; comme quelqu’un qui fait naître l’acte de foi chez les gens; comme quelqu’un qui construit la communauté de Dieu qu’est l’Église ? Sommes-nous des serviteurs, des préposés au lavement des pieds ? Suivons-nous l’exemple de la vie et de la mort de Jésus Christ, le prêtre éternel de la compassion et du service ?

Je rends grâce à Dieu d’une manière toute spéciale pour le privilège que j’ai de rompre la Parole de Dieu pour le monde par le truchement des ces réflexions hebdomadaires. Merci pour les nombreux messages que je reçois de personnes, un peu partout à travers le monde, qui tirent profit de ces réflexions. Oremus pro invicem. Union de prière.

Le Jeudi saint en bref

Voici quelques grandes idées à retenir sur le Jeudi saint; elles sont tirées du Catéchisme de l’Église catholique.

De quelle façon le Christ s’est-il offert lui-même au Père ?

620. Toute la vie du Christ a été une libre offrande au Père pour accomplir son dessein de salut. Le Christ a donné « sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45) et réconcilié ainsi toute l’humanité avec Dieu. Sa souffrance et sa mort ont manifesté comment son humanité était l’instrument libre et parfait de l’amour divin qui désire le salut du genre humain.

Comment l’offrande de Jésus s’est-elle exprimée à la dernière Cène ?

621. À la dernière Cène avec ses apôtres, la veille de sa passion, Jésus a anticipé, c’est-à-dire qu’il a à la fois symbolisé et rendu présent le libre don de sa personne : « Ceci est mon corps livré pour vous » (Luc 22,19), « Ceci est mon sang répandu… » (Matthieu 26,28). Ainsi a-t-il à la fois institué l’Eucharistie comme « mémorial » (1 Corinthiens 11,25) de son sacrifice et institué ses apôtres comme prêtres de la nouvelle alliance.

Qu’est-il arrivé à l’agonie au jardin de Gethsémani ?

612. Malgré l’horreur que représentait la mort pour la sainte humanité de Jésus qui est « le chef des vivants » (Actes 3,15), la volonté humaine du Fils de Dieu est restée fidèle à la volonté du Père pour notre salut. Jésus a accepté la tâche de porter nos péchés dans son corps, « se faisant obéissant jusqu’à la mort » (Philippiens 2,8).

Quelles sont les conséquences du sacrifice du Christ sur la croix ?

622-623. Jésus a offert sa vie librement en sacrifice d’expiation, c’est-à-dire qu’il a fait réparation pour nos péchés par la totale obéissance de son amour jusqu’à la mort. Cet amour du Fils de Dieu « jusqu’au bout » (Jean 13,1) a réconcilié toute l’humanité avec le Père. Le sacrifice pascal du Christ rachète donc l’humanité d’une manière qui est unique, parfaite et définitive; et il rétablit pour elle la communication avec Dieu.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Le pape François encourage les chrétiens de Finlande à renforcer leurs liens

Article de Marie Duhamel sur le site de Radio Vatican 

(RV) Ce jeudi 20 janvier, les catholiques finlandais célèbrent la Saint Henrik, ecclésiastique anglais mort en martyr au 12e siècle dans leur pays. Chaque année, ce jour-là et à l’occasion de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, une délégation œcuménique finlandaise est reçue par le Pape. Ce jeudi matin, François s’est adressé à quelques membres du Conseil œcuménique finlandais qui fête son premier centenaire, alors que la Finlande commémore les 100 ans de son indépendance. Le Saint-Père espère qu’en ces jours si particuliers, soit invoqué «plus intensément» encore l’Esprit Saint «pour qu’il suscite en nous une conversion (au Christ), et rende possible la réconciliation» des chrétiens.

«Le véritable œcuménisme se base sur la conversion commune à Jésus-Christ () Si nous nous rapprochons de Lui, nous nous rapprocherons les uns des autres.» François se félicite cependant de «l’étape significative tant sur le plan humain que théologique et spirituelle» qui a été franchie par les catholiques et les luthériens en Suède le 31 octobre dernier, une prière commune pour commémorer le début de la Réforme de Martin Luther, «qui voulait renouveler l’Église et non la diviser».

Se repentant pour les fautes commises, le Pape rend grâce à Dieu. Après 50 ans de dialogue, catholiques et luthériens sont parvenus à définir clairement les perspectives sur lesquelles ils s’entendent. La prière de Lund a donné «la force et le courage» de regarder ensemble de l’avant. «Nous avons plus amplement pris conscience du fait que le dialogue théologique reste essentiel à la réconciliation et doit se poursuivre avec un engagement constant». Avec le soutien de l’Esprit Saint et dans un climat apaisé, le Pape se montre confiant. «Nous pourrons obtenir d’ultérieurs points de convergence sur les contenus de la doctrine et de l’enseignement morale de l’Eglise. Nous pourrons nous rapprocher de l’unité pleine et visible». Il prie le Seigneur pour qu’Il accompagne la Commission de dialogue luthérano-catholique de Finlande qui travaille avec dévotion à une interprétation sacramentelle commune de l’Église, de l’Eucharistie et du ministère ecclésial.

Les 500 ans de la Réforme doivent être «une occasion privilégiée» pour vivre la foi de manière plus authentique, pour redécouvrir ensemble l’Evangile, pour chercher et témoigner du Christ avec un élan nouveau. En s’engageant à Lund à prendre ensemble soin de ceux qui souffrent, de ceux qui sont dans le besoin, et de ceux qui sont exposés à des persécutions et des violences, «nous ne sommes pas divisés, mais unis dans le chemin vers la pleine communion», a assuré François.

(MD)

 

Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal

En EXCLUSIVITÉ sur les ondes de Sel et Lumière, voyez la télé diffusion de la Messe pour les vocations sacerdotales de l’Archidiocèse de Montréal le vendredi 27 janvier prochain à 20h30. Cette Messe célébrée à la magnifique chapelle du Grand Séminaire de Montréal sera présidée par S.Exc. Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal. L’animation de cette Messe est confiée aux communautés présentent sur le territoire de l’Archidiocèse de Montréal et à des séminaristes étudiants du Grand Séminaire de Montréal.

Veuillez noter que cette Messe sera disponible en direct sur la chaîne web (En Direct) de Sel et Lumière dès 19h30. Un rendez-vous à ne pas manquer!

Former des prêtres pour le XXIe siècle

CNS photo/L’Osservatore Romano

Le 8 décembre dernier, en la Solennité de l’Immaculée Conception, la Congrégation pour le Clergé publiait la nouvelle Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis (Guide fondamental pour la formation des prêtres). Intitulé « Le don de la vocation presbytérale », ce document d’environ 80 pages résulte en partie du transfert de la compétence des séminaires de la Congrégation pour l’éducation catholique à la Congrégation pour le clergé. Dans la lignée des grands textes modernes sur cette question tels que l’Exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis ou le Décret conciliaire Optatam Totius, cette nouvelle Ratio fundamentalis vise, comme son nom l’indique, à manifester le caractère de don total de soi de la vocation à la prêtrise. Ainsi, puisque l’homme appelé au sacerdoce ministériel a vocation à se donner totalement, sa formation doit englober chacune des dimensions de sa personne qu’elle soit humaine, spirituelle, intellectuelle ou pastorale.

Invités à vivre pleinement leur humanité

La vocation à la prêtrise est un appel à configurer son être au « Christ Tête, Pasteur, Serviteur et Époux » (no2). Les séminaristes, comme tout chrétien d’ailleurs, « sont un mystère pour eux-mêmes » (no 28). Ils doivent donc se découvrir eux-mêmes dans leur humanité et leur personnalité propre. Cette connaissance, jointe à une maîtrise de soi qui rend libre et responsable se nomme « maturité » et c’est ce que la formation humaine cherche à donner et par toutes sortes de moyens, de faire croître les « capacités relationnelles avec les hommes et femmes de tous âges et conditions sociales » (no 95). À cette sensibilité aigüe à l’esprit de communauté qui fera de lui un « homme de communion » devra s’ajouter un saint savoir-vivre tant au niveau « physique […] psychologique […] moral […] esthétique et social » qui lui permettra d’acquérir une « autonomie équilibrée » (no 94).

Des hommes profondément unis au Christ

Les prêtres étant configurés d’une manière unique (no10) à la personne du Christ, ils ont une responsabilité accrue de le fréquenter et de garder une chaleureuse proximité avec Lui. Ainsi, les candidats à la prêtrise doivent apprendre à intégrer dans leur vie quotidienne les différents éléments qui leur permettront, tout au long de leur vie, d’être non pas « des fonctionnaires du sacré » (no 84) mais de véritables Alter Christus, ipse Christus (d’autres Christ, le Christ Lui-même).

Se préparant à recevoir la grâce du sacrement de l’Ordre et ainsi le pouvoir d’agir In persona Christi Capitis (no 1548) les séminaristes devront « avoir une foi vivante en l’Eucharistie (no 104) par la célébration quotidienne de la Messe et d’une pratique régulière de l’adoration (no 66-68). La prière silencieuse (no 102), la liturgie des heures (no 105), la fréquentation des Écritures Saintes (no 103) et des Pères de l’Église (no 113), la confession (no 106), la retraite annuelle (no 108) et la dévotion aux saints et saintes de la tradition bimillénaire de l’Église sont les éléments centraux à incorporer dans la vie du futur prêtre.

De savants chercheurs de Dieu

On entend souvent l’expression « chercheur de Dieu » dans le sens d’une recherche de spiritualité floue et confuse, comme si Dieu ne s’était pas exprimé clairement et d’une manière définitive en Jésus-Christ. Loin d’être un agnostique, le prêtre est appelé à adopter le « regard du bon Pasteur » (no120) c’est-à-dire celui du Fils éternel cherchant la subtile Présence de Dieu en tout être et voyant l’œuvre de la Providence en tout évènement aussi mauvais qu’il puisse paraître. Pour ce faire, de longues années d’études sont requises.

Les deux années complètes de philosophie auront pour but d’approfondir les découvertes de la raison humaine sur les différentes réalités humaines. Elles auront également pour but de purifier les différentes formes d’idéologie ou superstitions présentes en toute culture et qui risqueraient de tordre le sens de la Révélation. Enfin, cette étape des études de la philosophie a pour but de façonner des « disciples » (no 61) du Christ, désireux « de rechercher rigoureusement la vérité, de la pénétrer et de la démontrer, tout en étant conscients des limites de la connaissance humaine (no 164).

Quelques années d’étude en théologie auront, quant à elles, pour but de « configurer au Christ par une contemplation profonde de la Personne de Jésus-Christ » (no 68) par l’étude des différentes matières que sont : l’Écriture Sainte, la liturgie, la dogmatique, la théologie fondamentale, morale, pastorale, spirituelle, la Doctrine sociale de l’Église, l’histoire de l’Église sans oublier le Droit canonique.

Des hommes de service

Si on devait choisir parmi les priorités pastorales du pape François, on pourrait certainement affirmer que la purification dans le clergé de tout « cléricalisme ou tentation d’orienter sa vie sur la recherche du consensus populaire » arriverait en pôle position. Ce document ne fait pas exception à cette démarche.

En effet, on note un souci à développer un « forma mentis » (no 118) se mettant à la disposition de tous sans distinction afin de pouvoir aider à cheminer sur la voie de la sainteté. Ayant le souci de façonner des hommes ayant fait de leur propre vie « un lieu d’accueil et d’écoute de Dieu et du prochain » (no 120), la formation pastorale mettra les séminaristes en contact avec toutes sortes de réalités et de situations afin qu’ils développent « la même compassion, générosité, amour pour tous, spécialement pour les plus pauvres ainsi qu’un élan pour la cause du Royaume qui a caractérisé le ministère public du Fils de Dieu » (no 119).

Bien que ce document ne soit pas encore disponible en français, la lecture du « Don de la vocation presbytérale » peut aider tout chrétien à s’approprier plusieurs des éléments qu’il contient. Toute personne, étant appelée à la réalisation du sacerdoce commun reçu au baptême, peut connaître les éléments fondamentaux de la formation des futurs prêtres, à des degrés divers, afin de l’aider dans son propre cheminement.

L’oecuménisme, un chemin de conversion commun

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CNS/Paul Haring

Cette semaine, le pape François inaugurait un nouveau chapitre des relations entre catholiques et luthériens par un voyage en Suède. En effet, l’un des objectifs de ce voyage apostolique était de souligner le 500e anniversaire de la Réforme opérée par Martin Luther. Pour l’occasion, avaient été organisées plusieurs rencontres et cérémonies au cours desquelles le pape François et les plus hautes autorités luthériennes ont pu témoigner de leur volonté réciproque de rapprochement. En ce sens, la signature d’une Déclaration commune restera certainement l’héritage par excellence de cette visite historique.

Une commémoration dans la vérité

Dans un premier temps, il est intéressant de noter que le mot « célébration » fut clairement évité par le document. En effet, on ne peut passer sous silence les blessures réciproques que ce schisme a pu causer dans la vie de beaucoup de personnes. Dans le cas des Suédois, contrairement à la France par exemple, il est reconnu que c’est plutôt les catholiques qui furent l’objet de différentes persécutions causées par la récupération politique de la Réforme par le Roi Gustave Vasa (1496-1560).

Toutefois, la reconnaissance de la vérité historique ne devrait pas être un obstacle mais la condition même d’une réconciliation. En effet, le pardon ne peut être authentique que lorsqu’il y a reconnaissance des fautes entre nous et devant Dieu. «Alors que nous sommes profondément reconnaissants pour les dons spirituels et théologiques reçus à travers la Réforme » peut-on lire dans la Déclaration, « nous confessons aussi et déplorons devant le Christ que Luthériens et Catholiques ont blessé l’unité visible de l’Église » .

Ainsi, bien que la Réforme et son histoire ne méritent pas le terme de « célébration », les relations présentes entre l’Église catholique et la communauté chrétienne luthérienne peuvent, elles, être célébrées.

Entre célébration et conversion

Plusieurs éléments des relations entre luthériens et catholiques méritent en effet des éloges. C’est le cas des efforts déployés dans les 50 dernières années. Que ce soit dans l’engagement réciproque à la réconciliation théologique ou dans les nombreux témoignages communs pour une justice sociale confessante, les deux institutions chrétiennes peuvent se féliciter d’avoir su mettre un trait sur les conséquences négatives héritées du passé.

Par contre, la Déclaration souligne également le besoin conjoint de conversion afin que soit accompli le souhait du Christ « Que tous soient un » (Jn 17, 21). En ce sens, le document souligne le risque continuel que représente la récupération politique de la religion et dont les présentes divisions sont en grande partie la conséquence. C’est pourquoi, « Notre foi commune en Jésus-Christ et notre baptême réclament de nous une conversion quotidienne par laquelle nous rejetons les désaccords et les conflits historiques qui empêchent le ministère de la réconciliation. »

Enfin, nous pouvons noter que ce nouvel engagement et cette vigilance constante et soucieuse d’être fidèles au Christ permettront, à la fois, la guérison des blessures et le pardon « à ceux qui nous ont offensés » ainsi qu’une ouverture à de nouvelles possibilités missionnaires. En effet, devant un monde qui s’éloigne de plus en plus de la liberté promise par le Christ, les chrétiens doivent mettre de côté leurs divisions qui scandalisent pour offrir un témoignage commun qui édifie. De cet engagement renouvelé de fidélité au Christ, nous ne pouvons qu’être certains que Celui-ci nous récompensera de ce don de l’Unité, vers ce but ultime qu’est « recevoir l’Eucharistie à une même table » .

De ce voyage apostolique en Suède, l’histoire retiendra forcément un soutien spirituel du Servus servorum Dei (Serviteur des serviteurs de Dieu) à la communauté catholique du Royaume mais également une nouvelle étape sur le chemin de l’unité des chrétiens.

Le sacrement de la non-violence fait des martyrs pour la Vérité

Fr Jerzy cropped

Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – dimanche 29 mai 2016

Genèse 14,18-20

1 Corinthiens 11,23-26

Luc 9,11b-17

Les quatre évangiles nous racontent la merveilleuse histoire de la multiplication des pains et des poissons, située à Tabgha, lieu des sept fontaines sur le rivage Nord-Ouest de la mer de Galilée. L’évangile d’aujourd’hui jette un regard en arrière sur la riche théologie et spiritualité d’Israël et aussi en avant pour contempler la notion de vie dans le royaume de Dieu en tant que banquet que le Messie, lui-même, présidera.

Les lecteurs de Marc ont vu cet incident comme une anticipation du dernier repas (14,22) et du banquet messianique, les deux furent célébrés dans les eucharisties de la communauté. L’ajout de Matthieu du nombre de personnes présentes et rassassiées est très important, parce que le nombre total pourrait bien avoir atteint 20 ou 30 000 personnes. Comme la population juive totale de la Palestine au temps de Jésus est estimée à un demi-million, Jésus est présenté nourrissant un dixième de la population. Ceci donne aux histoires de multiplications des pains un caractère social, qui les rend différentes des histoires de guérison ou des récits des autres évangiles.

Luc, de tous les évangélistes, relie immédiatement ce récit de repas avec la prédication de Jésus sur sa Passion et ses instructions au sujet du port de la croix quotidienne (9,18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22,19) signifie partager non seulement sa mission (9,1-6) mais aussi son dévouement et son destin, symbolisés par la croix (9,18-27). L’eucharistie est là pour nous nourrir et nous renforcer pour continuer fidèlement notre chemin – pain pour la route.

Nourrir le nouvel Israël

Situons le passage d’aujourd’hui (Luc 9,11-17) à l’intérieur de l’évangile de Luc. Le chapitre 9 commence avec la mission des douze: ils sont envoyés proclamer le royaume, dominer sur les démons, apporter la bonne nouvelle au monde, et guérir leurs maladies. Jésus donne à ses disciples qui reviennent tout juste de prêcher et guérir le peuple de Dieu une nouvelle charge : ils peuvent nourrir de l’eucharistie l’Israël reconstitué.

Luc nous enseigne deux leçons importantes dans l’évangile d’aujourd’hui. D’abord Jésus accueille cette grande foule de gens ordinaires, même si « les douze » voulaient les renvoyer. L’utilisation chez Luc « des douze » pour indiquer un groupe spécial de disciples renvoie à ce nombre dans les traditions du peuple d’Israël. En particulier, il rappelle les douze tribus d’Israël. En utilisant le terme « Douze », Luc indique qu’être choisi pour servir d’une manière particulière n’est pas une excuse pour se distancer de la foule, du peuple ordinaire. Au contraire, les Douze, comme Jésus, doivent être accueillant.

Deuxièmement, Jésus enseigne que les disciples doivent partager ce qu’ils ont. Dans le partage, il y aura plus qu’assez. La raison logique et humaine dit : « Nous n’avons pas plus que cinq pains et deux poissons. » Mais Jésus demande que ces maigres provisions, ainsi que la générosité des disciples, dépassent leurs limites. De tous les évangélistes, Luc met l’accent sur le fait que le salut est atteint dans les réalités pratiques de la vie humaine.

Le sacrement de la non-violence

L’eucharistie assume tout l’enseignement, la passion et la mort de Jésus et sa manière non violente doit être au cœur de l’eucharistie. Le récit de la passion de Luc est centré sur l’Agneau, qui va à sa mort, rejetant la violence, aimant les ennemis, retournant le mal en bien, priant pour ses persécuteurs. L’eucharistie est donc vraiment le sacrement de la non-violence. La manière de Jésus de vaincre le diable et la violence doit être la manière chrétienne : la manière de la non-violence, de l’amour et du pardon. La manière non-violente de Jésus est historiquement au cœur de son enseignement et en même temps au cœur de sa passion et de sa mort.

Homme de l’Eucharistie et martyr de la vérité

Cette réalité de l’Eucharistie est présente dans la vie d’un jeune prêtre polonais. Le père Jerzy Popieluszko (1947-1984) était béatifié en tant que martyr en la fête du Corps du Christ, le 6 juin 2010 sur la place Pidlsudski de Varsovie. Je souhaite vous parler un peu de ce remarquable prêtre qui a été un héros et un modèle pour moi au cours de plusieurs années. Jerzy Popieluszko est né le 14 septembre 1947 dans le village d’Okopy dans l’Est de la Pologne. Il venait d’une solide famille catholique romaine. Après le secondaire, Jerzy est entré au séminaire à Varsovie, plutôt que le séminaire local de Bialystok. Sa formation a été interrompue par deux années de service militaire, pendant lequel il s’est battu plusieurs fois pour vivre sa foi chrétienne.

Après son ordination, le jeune prêtre, qui n’a jamais joui d’une bonne santé, a eu plusieurs ministères avant son dernier à la paroisse de St Stanislas Kostka à Varsovie. Il a travaillé à mi-temps à la paroisse ce qui lui permettait de travailler en même temps avec le personnel médical. Du fait de son travail avec le personnel de la santé, il lui a été demandé d’organiser les équipes médicales pendant les visites du pape Jean-Paul II en Pologne, en 1979 et à Varsovie en 1983.

Août 1980 voit les débuts du syndicat Solidarność en Pologne. Les ouvriers de l’usine d’acier qui étaient en grève pour appuyer les constructeurs de navires des chantiers navals de la Mer Baltique ont demandé un prêtre pour leur dire la messe. Le sort est tombé sur le père Jerzy. Il est resté avec les ouvriers nuit et jour. Solidarność représentait pour lui une vision qu’il avait apprise de Maximilian Kolbe : celle d’une liberté spirituelle au milieu d’un esclavage physique. Cette vision de la vérité sur la vocation de chaque homme et femme, Jerzy l’a promue au milieu des ouvriers par sa présence.

Le 13 décembre 1981, les autorités communistes imposèrent la loi martiale, arrêtant beaucoup de militants de Solidarność et lançant un programme d’harcèlement et de représailles contre les autres. Beaucoup d’entre eux qui avaient fait la grève perdirent leur travail, et ainsi leur capacité à soutenir leur famille ; d’autres furent battus dans les rues et laissés pour morts. Le père Popieluszko devint un important pivot d’un programme assistance financière pour soutenir les familles affectées par la loi martiale.

Il assistait régulièrement aux procès des militants de Solidarność, siégeant ostensiblement en cour avec leur famille pour que les prisonniers puissent voir qu’ils ne les avaient pas oubliés. Ce fut dans la salle du tribunal qu’il a eu l’idée de célébrer une messe mensuelle pour le pays, pour tous les prisonniers et leurs familles. Ce n’était pas une manifestation politique, le père Popieluszko demandait à son assemblée de ne pas porter de bannières ni de scander des slogans. Ses messes pour la mère patrie devinrent bien connues non seulement à Varsovie, mais à travers la Pologne, attirant souvent 15 000 à 20 000 personnes. Le père Popieluszko insista pour que le changement doit se faire d’une manière pacifique ; le signe de paix fut l’un des plus poignants moments de chaque messe pour le pays.

Le père Popieluszko ne fut ni un militant social ni un militant politique. Il fut un prêtre catholique fidèle à l’Évangile. Il n’était pas un orateur énergique mais quelqu’un d’une profonde conviction et intégrité. Sa sainteté réside dans une rectitude fondamentale qui a donné de l’espoir au peuple dans les situations d’horreur. Il savait que tous les systèmes totalitaires reposent sur la terreur et l’intimidation. Les communistes le voyaient comme un ennemi parce qu’il libérait le peuple de la peur du système. Il a démontré l’hypocrisie du régime communiste et il a enseigné aux croyants comment confronter le totalitarisme. Bien souvent Jerzy a fait siennes les paroles de saint Paul : « Combat le diable avec le bien. »

Le 19 octobre 1984, le jeune prêtre fut kidnappé par des agents de sécurité alors qu’il rentrait à Varsovie après une visite à une paroisse de la ville voisine de Bydgoszcz. Il fut sauvagement battu jusqu’à perdre conscience et son corps fut attaché, de telle manière qu’il s’étranglerait au moindre mouvement. Son corps lesté fut ensuite jeté dans un réservoir profond. Ses tueurs accomplirent leur tâche avec une brutalité sans précédents ce qui montre leur haine de la foi que le prêtre incarnait. Le chauffeur de Jerzy, qui est parvenu à s’échapper, a pu tout raconter à la presse. Le 30 octobre, le corps attaché et bâillonné de Popieluszko était trouvé dans les eaux glacées d’un réservoir près de Wloclawek. On a largement cru que le meurtre brutal du père Jerzy a accéléré l’écroulement du régime communiste en Pologne.

Les funérailles du jeune prêtre furent une démonstration publique massive avec plus de 400 000 personnes présentes. Des délégations officielles de Solidarność apparurent devant le pays entier, pour la première fois depuis l’imposition de la loi martiale. Le père Jerzy fut enterré dans le jardin de sa paroisse de St Stanislaw Kostka. Dix-sept millions de personnes sont venus sur sa tombe jusqu’à ce jour.

J’ai eu le privilège de prier plusieurs fois sur sa tombe dans la banlieue ouvrière de Varsovie et de témoigner de l’effet extraordinaire que ce jeune prêtre a eu sur tant de jeunes. Il a promu le respect pour les droits humains, pour les droits des ouvriers et la dignité des personnes, toujours à la lumière de l’Évangile. Il a pratiqué, pour la Pologne et le monde entier, les vertus de courage, de fidélité à Dieu, à la croix du Christ et à l’Évangile, d’amour de Dieu et de la patrie. Il a représenté le patriotisme au sens chrétien du terme, en tant que vertu culturelle et sociale. Il avait une profonde dévotion à l’eucharistie. Plus de 80 rues et places en Pologne portent le nom du père Jerzy. Des centaines de statues et plaques mémoriales ont été dévoilées en hommage ; plus de 18 000 écoles, organismes de charité, groupes de jeunes et clubs de discussions portent son nom.

Parce que le prêtre assassiné a été proclamé un martyr pour la haine de la foi, le procès en béatification de Popieluszko ne nécessitait pas de miracle. La vérification formelle d’un miracle n’est pas nécessaire même si beaucoup ont été rapportés. Son témoignage est un exemple pour les prêtres, à la lumière de sa fidélité totale au Christ. Le père Jerzy est un modèle pour nous, nous rappelant de nous efforcer que ce que nous disons et faisons extérieurement soit toujours en accord avec notre conscience intérieure.

Béni sois-tu, Jerzy Popieluszko, homme de l’eucharistie, martyr pour la vérité, ta vie fut rompue et partagée pour les multitudes. Le sang de ton martyr est devenu semence de foi pour ta patrie et pour l’Église. Tu es un prêtre à jamais selon l’ordre du roi de Melkisédek (Psaume 110). Prie pour nous.

Réflexion de Terre Sainte: la Dernière Cène

L’équipe Sel + Lumière a fait un pèlerinage sur les pas de Jésus pendant le Carême. Chacun nous offre une réflexion sur un lieu saint en Terre Sainte.

Dans cette méditation on se rencontre au Cénacle à Jérusalem où Jésus a partagé un dernier repas avec ses amis. Pendant ce repas nous sommes confrontés à l’humilité du Christ. Elle pointe vers son humiliation totale à l’heure de sa Passion. Mais c’est dans cet abaissement qu’il montre le « vrai visage » de Dieu, comme l’a déjà souligné le pape François, un visage d’amour et de miséricorde.

Leçon d’humilité pour les disciples de Jésus

Visitors walk into the Cenacle, the upper room believed to be the site of Jesus’ Last Supper, on Mount Zion in Jerusalem March 28. Pope Francis will celebrate Mass with the ordinaries of the Holy Land and the papal delegation in the Cenacle during his pilgrimage to the Holy Land in May. (CNS photo/Debbie Hill) (March 31, 2014) See HOLYLAND-SCHEDULE (UPDATED) March 27, 2014.

Pendant son pèlerinage en Terre Sainte, Sel et Lumière a visité le lieu qui commémore la Dernière Cène, où les disciples ont partagé leur dernier repas ensemble avant la Passion du Chirst. Ce lieu, nous l’appelons aussi Coenaculum ou « Cénacle ».

Les disciples avaient sûrement l’habitude de prendre le repas ensemble et de se retrouver pour les grandes fêtes juives. Ils se sont retrouvés encore une fois pour celle de la Pâques. Pâques, veut dire, « passage »; dans la tradition juive, elle commémore le passage des juifs en Égypte, celui qui les ont amenés à leur délivrance en sécurité. La Dernière Cène anticipe, elle aussi, un passage. Celui de Jésus. Par son sacrifice sur la croix, Jésus nous assure un passage sécuritaire. De la mort à la vie. Comme un pont entre nous, l’humanité, et le Ciel, auprès de Dieu.

Ce dernier repas est donc différent des autres. Dans quelques heures Jésus serait livré, jugé, tué. Marqué par l’attente de sa Passion, Jésus accompli des gestes que ses disciples pourront revivre encore et encore: le lavement des pieds, le partage du pain, la récitation de psaumes et d’hymnes. Mais chaque geste prend une toute autre dimension. Ce mémorial s’accomplit complètement en Jésus. Il leur donne leur forme définitive, non pas pour lui-même ni seulement pour un petit groupe d’amis. Mais pour le salut de toute l’humanité, le salut des pécheurs. Et c’est en devenant le serviteur des serviteurs que cela s’accomplira.

En commençant par le lavement des pieds, un rite bien connu dans la tradition juive. Mais c’est une pratique qui revient normalement au serviteur de la maison et non à l’invité d’honneur, dont Jésus. Il s’identifie alors au serviteur. Laver les pieds était la plus grande humiliation. Les pieds étaient soumis et exposés aux conditions les plus dures, la poussière, les roches, la boue… Pourtant Jésus, le Messie, Fils de Dieu, lave les pieds de chacun de ses disciples. Ces derniers sont scandalisés devant cette humilité. Pierre lui dit: « Tu ne me laveras jamais les pieds! ». Jésus lui répond: « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». Refuser de se faire laver par Jésus, c’est refuser son amitié. Tout comme refuser son pardon est un obstacle à sa grâce. Puis il leur dit que celui qui veut être son disciple doit l’imiter.

Au moment de se mettre à table, Jésus leur dit « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous ». Il a désiré depuis longtemps manger ce repas avec ses amis. Pour leur montrer la profondeur de son amour. En partageant le pain et le vin, il dit « Ceci est mon corps donné pour vous », « Ceci est mon sang versé pour vous ». Ainsi il exprime son désir de se donner lui-même en partage. De se donner totalement à ceux qu’il aime. Le don de lui-même qui permettra à chaque homme et femme d’entrer en communion avec lui pour les siècles à venir. Car il dit « Faites ceci en mémoire de moi » et confère son sacerdoce à ses apôtres.

Eucharistie veut dire rendre grâce. Et l’action de grâce implique une participation, un engagement, au don reçu. C’est pourquoi quand nous participons à l’Eucharistie, nous acceptons en même temps de faire de notre vie un don pour les autres, une Eucharistie. Cela devrait se transmettre dans des gestes concrets d’humilité et de service à l’exemple de Jésus. Il nous a montré que c’est la seule façon de l’imiter parfaitement. Comment notre vie est-elle Eucharistie? Jusqu’où irions-nous pour ceux que nous aimons? ou encore pour ceux que nous aimons moins?

« Christ en vous, l’espérance de la gloire »

Le 51e Congrès Eucharistique International a lieu cette semaine à Cebu, aux Philippines, première ville de l’archipel. Il a débuté le 24 janvier et se termine le 31 janvier une semaine après une fête majeure pour les philippins. La Santo Nino est souligné chaque 3e dimanche du mois de janvier depuis près de 500 ans. Elle rappelle la conversion des Philippines au christianisme et le don d’une statuette de l’Enfant-Jésus à la famille royale de l’archipel par l’Espagne au 16e siècle. Le congrès arrive comme un prélude à la célébration du 5e centenaire dans quelques années.

Le choix de Cebu, et des Philippines, comme lieu pour ce congrès, revêt une importance singulière. Dans ce pays à majorité catholique, soit 85% de la population, l’archipel se dresse comme  un « phare du catholicisme » dans le continent d’Asie. C’est l’expression utilisée par l’envoyé spécial du Pape au congrès, le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun, à la messe d’ouverture du congrès.

Ce pays est certainement riche spirituellement. Mais c’est aussi un pays qui souffre profondément des effets de la mondialisation. La pauvreté et les inégalités sociales sont flagrantes. Il y a un an le pape François était aux Philippines. Il a prononcé des paroles fortes contre les injustices qui persistent dans le pays. « Il est maintenant plus que jamais nécessaire que les dirigeants politiques se distinguent par leur honnêteté, leur intégrité » avait-il interpellé. De manière concrète, il a posé des gestes de miséricorde au cœur des périphéries. Il a surpris des enfants de la rue, une mode trop courante dans l’archipel, des victimes du typhon Haiyan, des jeunes qui lui ont partagé leurs blessures, surtout familiales. Malgré les défis du peuple, pour le Saint Père, l’Asie est une promesse, et les philippins sont appelés à être missionnaire sur tout le continent.

L’Église a le regard tourné vers l’Asie depuis bien avant la visite du pape François. Le pape émérite Benoit XVI, quand il a annoncé le lieu du prochain congrès eucharistique à Cebu, il souhaitait qu’il devienne une occasion de renouvellement spirituel pour les philippins et pour le monde entier. Puis, lorsque le pape Jean Paul II a célébré les Journée mondiale de la jeunesse avec les Philippins à Manille en 1995. Il avait déclaré que l’Asie est un continent d’avenir pour l’évangélisation des peuples.

Le Congrès Eucharistique International vient raffermir ce que l’Église souhaite pour toute l’Asie. Comme le Pape l’avait affirmé au comité organisateur du Congrès en 2014, « Il existe une carence d’espérance dans le monde, c’est pourquoi l’humanité a besoin d’écouter le message de notre espérance en Jésus Christ ». Pendant une semaine, les participants auront l’opportunité de prier, de célébrer la Messe et d’adorer Jésus dans le Saint Sacrement, pour se nourrir toujours plus de sa vie, accueillir sa mission, et « transformer le monde ».