Homélie du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix pour le Congrès SIGNIS 2017

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Cardinal de Monsieur le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, Archevêque de Québec et Primat du Canada telle que prononcée lors de la Messe pour le Congrès mondial de Signis 2017 en la Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, Québec, 21 juin 2017:

« Restons connectés pour dire l’espérance »

Très chers frères et sœurs,

Chères communicatrices, chers communicateurs venus de toutes les régions du monde,

Vous avez sûrement remarqué que la Parole de Dieu qui vient de nous être proclamée parle essentiellement de semence, de croissance et de fécondité. Des thèmes bibliques riches et fort signifiants pour notre réflexion au cœur de votre Congrès mondial.

Dans les récits de la création dans le livre de la Genèse, on nous présente un jardin créé par Dieu, un jardin très fécond où tout pousse, où tout est bon et généreux. Un jardin qui dépeint l’explosion de la Vie, semence de Dieu sur cette terre, notre maison commune. La création est sans contredit une manifestation exubérante de cette vie divine et de sa fécondité. Mais Dieu n’avait pas encore dit son dernier mot.

Le Seigneur n’a pas seulement créé ce monde, créé l’homme et la femme pour qu’ils y vivent en les laissant seuls. Dès le début, il entre en relation et propose une grande amitié, une Alliance avec les humains que nous sommes. Du jamais vu, de l’inédit. Notre Dieu n’est pas un grand silencieux qui nous regarde passivement du haut du ciel. Il parle, il prend l’initiative d’entrer en dialogue avec nous. Et petit à petit, nous découvrons que sa Parole est bienfaisante, pleine de vie. Elle libère et remet debout, elle met en marche. Elle produit des fruits. Il n’y a pas seulement que les semences du jardin qui produisent du fruit, la Parole en produit aussi.

La Palabra de Dios es vida y produce frutos abundantes. Nos lo recordó el profeta Isaías : “Así dice el Señor: como bajan la lluvia y la nieve de los cielos y no vuelven allá sin haber empapado la tierra, sin haberla fecundado y haberla hecho germinar, para que dé la simiente para sembrar y el pan para comer, así será la palabra que salga de mi boca. No volverá a mí con las manos vacías sino después de haber hecho lo que yo quería, y haber llevado a cabo lo que le encargué”.

Ustedes que obran en los medios de comunicación, siembran a diario la semilla de la Palabra a través de sus artículos, programas, reportajes, entrevistas, testimonios. Siembran con fe y audacia porque bien saben que esa divina semilla es fecunda y pronto o tarde producirá frutos en los corazones. En décadas pasadas, el jardín de los medios de comunicación era bien definido; un periódico o una revista llegaba a sus suscriptores ; un programa de televisión a los que tenían antena sobre su techo. Hoy en día, gracias a internet y a las nuevas tecnologías, su jardín se ha ampliado a las dimensiones del mundo. ¡Qué bendición y a la vez, qué responsabilidad! Ustedes tienen una oportunidad sin precedentes de proclamar y hacer llegar la Palabra de Dios a tantas personas, de entrar en lugares que nosotros no logramos acceder. Tengan fe que lo que ustedes siembran a diario a través de su trabajo no retorna a Dios sin haber producido lo que Él quiere.

Saint John, in his first Letter, shares a vibrant expression of his faith: “We declare to you what was from the beginning, what we have heard, what we have seen with our eyes, what we have looked at and touched with our hands, concerning the word of life — this life was revealed, and we have seen it and testify to it…”.  John’s personal encounter, his experience with Jesus Christ transforms him into a great communicator, a missionary able to spread the Good News of the death and resurrection of Christ to the world.

No Facebook account yet, no Tweets, no printing presses or 4K Pro video cameras, no internet or optical fiber were anywhere to be seen, and yet the Gospel spread all over the world and has reached all of us, who represent close to 50 countries.

I’m not a specialist in communications, but my humble conclusion when I hear this and listen to the Gospel is that the strength, the vigor is not in the means or the apostle, but in the seed, in the Word of God, in the Word of God made flesh, Jesus Christ. Pope Francis put it well in this year’s Message for World Communications Day: “Confidence in the seed of God’s Kingdom and in the mystery of Easter should also shape the way we communicate. This confidence enables us to carry out our work – in all the different ways that communication takes place nowadays – with the conviction that it is possible to recognize and highlight the good news present in every story and in the face of each person”.

That is where we find Hope to pursue our mission. Of course, we continue to strive to put to use the most modern means of communication, the best technologies and prepare ourselves to be as professional as we can, but we do not forget that the power, the strength, the Life, is in the seed. the Word of God, the Incarnate Word who gave His Life so we may have abundant life and eternal life. What a humbling and exciting experience for all of you communicators who are called to exercise this vital mission in today’s world.

 Nous sommes familiers avec la parabole du semeur. Je ne suis pas sûr que votre chef de pupitre aurait accepté autant de répétition dans une même phrase : « Le Semeur sortit pour semer la semence, et comme il semait, il en tomba au bord du chemin ». Semeur, semer, semence, semait… ce n’est pas fort en composition si on regarde ça d’un point de vue littéraire. Cependant, la parabole de Jésus nous laisse bien entrevoir la générosité de Dieu qui, comme ce semeur, sème la Parole partout généreusement, même sur des terrains qui à première vue sont stériles. Il est vrai que les chances sont meilleures pour la semence lorsqu’elle tombe dans une bonne terre, une terre accueillante et dégagée de tout obstacle.

Rappelons-nous toutes les fois où Jésus s’est approché des pécheurs qui à prime abord semblaient fermés, endurcis ou très souffrants. Ils ont pourtant accueilli la Parole du Sauveur et leur vie en a été transformée. Pensons encore à Zachée, au démoniaque de Gérasa, à la femme adultère, à Marie-Madeleine, au bon larron. Frères et sœurs, restons connectés à la puissance de la Parole pour dire l’espérance à un monde qui a un profond besoin de lumière et de Vie.

Je me souviens alors que j’étais jeune prêtre, d’un matin où l’on sonne à ma porte à six heures. Je réponds et un homme demande à me rencontrer. Je ne le connais pas. Il m’avoue arriver d’un motel où il a passé la nuit avec une femme qui n’est pas la sienne. Elle est partie vers deux heures du matin. Il décide alors de regarder la télévision dans sa chambre, seul. En faisant le tour des chaînes, il tombe sur un programme de la télévision communautaire qui présente un extrait de conférence de Jean Vanier. Il est bouleversé par les propos qu’il vient d’entendre et se sent appelé à changer de vie par l’Évangile proclamé dans cette conférence. Ne sachant plus quoi faire, il décide de rencontrer un prêtre. Ce moment fut l’occasion d’une conversion profonde et toute sa vie a changé de direction. Par la suite, il a souvent témoigné publiquement de sa conversion. La Parole qui touche le cœur et produit des fruits de conversion et de vie l’a rejoint là où il se trouvait. Ne l’oublions jamais !

Nos saints fondateurs et fondatrices à Québec nous ont laissé le témoignage d’une foi profondément enracinée dans le Christ et sa Parole. Sainte Marie de l’Incarnation et la bienheureuse Marie-Catherine de Saint-Augustin sont arrivées en Nouvelle-France au début du 17e siècle, alors que tout était à construire. Les défis étaient de taille et les dangers omniprésents. Les longs hivers québécois à l’époque – ils le sont encore aujourd’hui – et la précarité de la communauté naissante présentaient des obstacles majeurs à surmonter. Et pourtant, ces femmes n’y ont pas seulement survécu, elles y ont vécu leur mission respective dans l’éducation et la santé avec brio. C’était des femmes d’espérance, connectées à la Source qu’est la Parole de Dieu et à une relation intime avec lui; des missionnaires habitées par un zèle apostolique qui a produit de grands fruits. Leur vie nous inspire encore aujourd’hui.

Un journaliste du journal Le Soleil, Louis-Guy Lemieux a écrit ces lignes qui en disent long sur Marie de l’Incarnation : « Plus que Champlain, le fondateur, plus que Louis Hébert, le premier habitant enraciné, plus que Jean Talon, le solide intendant, plus que Louis Jolliet, l’explorateur et découvreur du Mississippi, plus que ces aventuriers de robe ou d’épée, flamboyants ou profiteurs, c’est elle, Marie Guyart qui incarne le mieux le courage et la ténacité des premiers Canadiens. Ses contemporains se reconnaissent en elle. Sans quitter son couvent, elle aura été le ciment de la Nouvelle-France[1]. » Marie de l’Incarnation et Marie-Catherine de Saint-Augustin furent de grandes communicatrices de l’espérance et de l’Évangile, par le don de leur vie au service de la mission. Des femmes connectées qui ont su vivre et dire l’espérance qui les habitaient.

Notre premier évêque, saint François de Laval, canonisé par le pape François en 2014, a su soutenir la communauté naissante en Nouvelle-France malgré les nombreux obstacles et tempêtes qu’il a rencontrés. Il ne s’est pas laissé effrayer ou démotiver car son cœur était empreint de confiance en Dieu. Il aimait dire : « Il nous faut mettre toute notre confiance et notre force en Dieu… Il faut se laisser conduire par la Providence. » Ou encore : « Que les missionnaires se souviennent que la semence de la Parole de Dieu porte son fruit dans la patience. » Soyons, nous aussi, habités par cette confiance en Dieu et sa en Parole et ayons la patience de laisser croître ce qui est semé dans les cœurs par notre travail quotidien.

On this shared day that brings together delegates from the SIGNIS World Congress and the Catholic Press Association of the United States and Canada, may the Lord bless you and all you do so that His Word of Life and Hope may reach the ends of the world. May he sustain you and your colleagues in the mission we all share in the Church through our different vocations and charisms, to proclaim what we have seen with our eyes and heard with our ears, what we have touched: Jesus Christ, the Living One, who is with us and who sends us out to share His Good News.

 Señor, Padre nuestro, que tu Palabra cumpla su obra en nuestras palabras y obras para que muchos y muchos lleguen a conocerte, amarte y servirte.

Restons connectés pour dire l’espérance !

[1] Le Soleil, 16 mars 1997.

« Sacrement de la piété, signe de l’unité, lien de la charité »

Solennité du Corps et du Sang du Christ

Deutéronome 8,2-3.14b-16a
1 Corinthiens 10,16-17
Jean 6,51-58

Les trois lectures d’aujourd’hui, en cette Solennité du Corps et du Sang du Christ, présentent trois façons admirables de parler du don de l’Eucharistie. Permettez-moi de formuler d’abord quelques réflexions sur chacune de ces lectures avant d’examiner en conclusion la façon dont nous pouvons et devons vivre le mystère eucharistique dans notre quotidien.

Le texte de l’Ancien Testament, tiré du Deutéronome (8 ,2-3.14b-16a), nous fait voir Moïse qui s’adresse au peuple d’Israël alors qu’ils approchent de la Terre promise après quarante ans d’errance. Moïse, le grand architecte d’Israël, fait appel à la mémoire du peuple, il le presse de se rappeler comment le Seigneur a pris soin de lui pendant ce long pèlerinage. « Souviens-toi. » « Souviens-toi du Seigneur ton Dieu. » Moïse n’invite pas les gens à un exercice de nostalgie ou de mémoire abstraite. Il leur demande de se rappeler les gestes concrets du Seigneur en leur faveur. Il leur rappelle exactement ce que Dieu a fait pour eux et comment il leur a permis de survivre au désert en leur donnant la manne.

La référence à la manne fait le lien avec l’Évangile d’aujourd’hui dans lequel les auditeurs de Jésus sont d’abord hérissés à l’idée de manger sa chair. Dans le texte de l’Évangile, Jésus parle quatre fois de manger sa chair (Jean 6, 51-58). Jésus est nul autre que le Seigneur qui fait son entrée dans notre vie d’êtres humains, chair et sang comme nous. Les auditeurs de Jésus ne sont pas seulement rebutés par le fait de manger sa chair et de boire son sang : ils ont du mal à accepter qu’en Jésus Dieu est entré pour de bon dans le monde.

Un seul pain, un seul corps

La deuxième lecture est tirée de la première lettre de saint Paul à la communauté divisée de Corinthe (10, 16-17).  Même si les chrétiens de Corinthe peuvent avoir de très belles célébrations, ils ne forment pas le corps du Christ. Les riches ne partagent pas avec les pauvres et on ne se porte pas au secours des plus vulnérables. C’est désavouer le sens le plus profond de l’Eucharistie que de la célébrer sans se soucier de la charité et de la communion. Paul est très sévère à l’endroit des Corinthiens parce que « quand vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez » (11,20) à cause des divisions, des injustices et des égoïsmes. Paul exhorte ses correspondants à devenir la nourriture qu’ils consomment : le corps du Christ. [Read more…]

Message du Saint-Père pour la Journée Mondiale des Pauvres

Vous trouverez ci-dessou le Message du pape François pour la Journee Mondiale des Pauvres 33ème Dimanche du Temps Ordinaire 19 novembre 2017:

N’aimons pas en paroles, mais par des actes

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissentcomme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.
Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.
Du Vatican, le 13 juin 2017 Mémoire de saint Antoine de Padoue

FRANÇOIS

[00907-FR.01] [Texte original: Italien]

Église en sortie 26 mai 2017

Cette semaine à Église en sortie nous recevons Monsieur Jean Tremblay avec qui nous parlons de son bilan comme Maire de Saguenay ainsi que de ses projets futurs. On vous présente un reportage sur le Sanctuaire Sainte-Thérèse de Lisieux de Beauport. Dans la troisième partie de l’émission, Francis Denis s’entretient avec l’abbé Réjean Lessard sur la spiritualité thérésienne pour la transformation missionnaire de l’Église.

Le maître d’œuvre et sa communauté de pierres vivantes

Cinquième dimanche de Pâques, Année A – 14 mai 2017

Actes 6,1-7
1 Pierre 2,4-9
Jean 14,1-12

Le mystère de notre union spirituelle au Christ est au cœur de la liturgie du Cinquième Dimanche de Pâques, cette année. Dans la première lecture, tirée des Actes des Apôtres (6, 1-7), nous voyons que la première communauté apostolique a eu tôt fait de distinguer entre diverses charges et responsabilités.

Les Hellénistes, aux versets 1-7, ne sont pas nécessairement des Juifs de la diaspora mais plus probablement des Juifs palestiniens qui ne parlaient que le grec. Les Hébraïsants sont des Juifs qui parlaient hébreu ou araméen et peut-être aussi le grec. Les deux groupes font partie de la communauté chrétienne juive de Jérusalem. Le conflit entre eux entraîne une restructuration qui a pour but de mieux répondre aux besoins de la communauté.

Le service de la Parole

La fonction essentielle des Douze (v. 2-4) est le « service de la Parole », ce qui comprend l’élaboration du kérygme par la formulation des enseignements de Jésus. Au verset 2, nous lisons : « il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas ». Certains commentateurs de l’Écriture pensent qu’il ne s’agit pas ici de servir à table mais plutôt de tenir les livres où l’on inscrivait les distributions de nourriture aux membres nécessiteux de la communauté. À l’invitation des Apôtres, les disciples choisissent sept hommes : « Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas. On les présenta aux Apôtres et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains. » (v. 5-6).

Tout cet épisode a pour but de présenter Étienne comme une figure éminente de la communauté avant que son long discours et son martyre ne soient racontés en Actes 7. Une fois qu’Étienne et les autres ont été choisis, on ne les présente jamais dans l’exercice de la tâche qui leur a été confiée (v. 2-3). Deux d’entre eux, Étienne et Philippe, apparaissent plutôt comme des prédicateurs du message chrétien. Étienne est le plus représentatif du groupe des sept. Notre tradition voit dans cette équipe l’origine du futur ministère des « diacres », mais il faut se rappeler que cette distinction ministérielle ne se trouve pas dans les Actes des Apôtres.

N’oublions pas qu’en plus du service caritatif, Étienne exerçait une fonction d’évangélisation chez les siens – dits « Hellénistes ». Luc insiste sur le fait qu’Étienne, « plein de la grâce et de la puissance de Dieu » (v. 8), présente au nom de Jésus une nouvelle interprétation de Moïse et de la Loi même de Dieu. Étienne relit l’Ancien testament à la lumière de la proclamation de la mort et de la résurrection du Christ.

Une des grandes leçons que nous pouvons tirer du témoignage d’Étienne, c’est que les œuvres caritatives ne doivent jamais être coupées de la proclamation audacieuse, explicite et courageuse de la foi. Il ne fait aucun doute qu’Étienne fut bien l’un des sept à qui on avait confié les œuvres de charité. Mais il n’était pas possible de séparer la foi de la charité. C’est ainsi que, dans la charité, il proclama le Christ crucifié et qu’il le fit jusqu’au martyre. La charité et la proclamation de la foi vont de pair.

Le Christ pierre angulaire

La deuxième lecture d’aujourd’hui est tirée de la Première Épître de Pierre (2, 4-9) et nous présente l’image frappante du Christ pierre angulaire, fondation de l’édifice spirituel qu’est la communauté chrétienne (v. 5). Pour les non-croyants, le Christ est un obstacle, une pierre d’achoppement qui va les faire tomber (v. 8). Le Christ qui est « la pierre vivante » du « Temple spirituel » va nous transformer en « pierres vivantes » (v. 5). Chaque fois que nous nous rassemblons en Église, en tant que communauté croyante, en tant que « pierres vivantes » de l’édifice de Dieu, nous sommes appelés à être le vrai « temple spirituel » dont le Seigneur est la « pierre angulaire » et où sont offertes « les offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter » (v. 6).

Une communauté de pierres vivantes

Je me rappelle ma première visite sur le site de Capharnaüm, sur la rive nord-occidentale de la Mer de Galilée, en 1988. J’avais la chance d’être guidé ce jour-là par un de mes maîtres et de mes grands amis, feu le Père Carroll Stuhlmueller, prêtre passionniste qui enseignait à la Catholic Theological Union de Chicago. Le Père Stuhlmueller nous donna d’abord un cours formidable sur les discours du « pain de vie » dans les ruines de la synagogue du troisième siècle, au centre de la ville. Puis il nous conduisit à travers les rues étroites de ce qui était la base principale de Jésus en Galilée en nous faisant remarquer comment les maisons de la ville étaient construites en petites pierres noirâtres. Il semble qu’on n’utilisait pas de mortier pour faire tenir ces pierres. Il expliqua à notre petit groupe que ces pierres étaient appelées « pierres vivantes ». On les frottait les unes sur les autres jusqu’à ce qu’elles s’emboîtent parfaitement. C’est une image que je n’ai jamais oubliée. J’ai toujours trouvé qu’il y a là une illustration tout à fait parlante de ce qu’est l’Église aujourd’hui : une communauté de pierres vivantes où les frictions trop fréquentes servent à tenir ensemble tout l’édifice. Ce n’est que lorsque nous nous frottons les uns aux autres ou que nous sommes contraints de le faire, que nous apprenons ce qu’est la vraie charité, la vraie communauté. Alors seulement nous sommes en mesure de grandir, de changer et de nous emboîter les uns dans les autres pour former une structure solide, résistante et durable à long terme.

Le grand projet de construction de Jésus

Dans la deuxième lecture, Pierre exhorte : « Soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint ». Très bien, nous nous offrons nous-mêmes à Dieu comme pierres vivantes, mais qu’est-ce au juste que cet édifice spirituel qu’on est en train de construire ? Voici qui nous amène à l’Évangile d’aujourd’hui (Jean 14,1-12). L’Évangile de Jean nous présente l’autre demeure : en fait, il s’agit d’un grand édifice où on ne manque pas de places. N’est-il pas naturel de supposer que « la maison de mon Père » désigne le ciel, et que les nombreuses places qui s’y trouvent sont celles qui nous attendent quand nous passerons de cette vie dans l’autre ? C’est là une belle interprétation de ce passage, tout à fait valable, et nous devrions la laisser pénétrer notre cœur, en particulier aux heures solitaires et douloureuses qui suivent la perte d’un être cher. Mais il ne faut pas restreindre l’application de ce texte aux seuls moments de deuil.

Jésus ne s’inquiète pas seulement de l’autre vie mais aussi de l’ici et maintenant. Quand Jésus, à la dernière Cène, parle à ses disciples de « nombreuses demeures », il leur parle aussi du moment présent. Les disciples et l’Église primitive avaient besoin de s’entendre dire qu’ils seraient en mesure de remplir leur mission et de s’acquitter de leur ministère même après que Jésus fut remonté auprès du Père. Jésus leur dit : « que votre cœur ne se trouble pas… dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures. » Pas une seule, plusieurs ! Le Seigneur nous précède, il est allé nous préparer plusieurs places, même pour ceux et celles qui sont « en dehors » de la communauté de l’Église. À son heure, Jésus est allé préparer de la place pour tout le monde, en particulier pour ceux et celles à qui personne d’autre ne fait de place. Le grand projet de Jésus, c’est d’édifier une demeure avec quantité de pièces en fonction de la diversité du peuple de Dieu. Et ce vaste bâtiment compte plusieurs demeures faites de pierres vivantes.

L’annonce de son départ

À diverses reprises pendant le temps pascal, Jésus nous annonce son départ : son ascension et son retour au Père. Rappelons ces différentes occasions. D’abord à la dernière Cène : « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père… sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu… » (Jean 13,1-3). Jésus pensait à sa mort prochaine mais il voyait aussi plus loin et ces paroles font allusion à son départ imminent, à son retour au Père par l’ascension au ciel : « Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé » (Jean 16,5); « je vais vers le Père et vous ne me verrez plus » (Jean 16,10). Sur le coup, les disciples ne pouvaient comprendre pleinement ce que Jésus avait en tête, d’autant plus d’ailleurs qu’il leur parlait de façon mystérieuse : « je m’en vais et je reviendrai vers vous »; puis il ajouta: « si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi » (Jean 14,28). Après sa résurrection, les disciples verraient dans ces paroles la prophétie de son ascension.

La question que Thomas pose à Jésus, « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » exprime l’inquiétude de tout être humain qui prend conscience de la responsabilité que constitue la vie que Dieu nous donne si généreusement, qui regarde en face la nécessité de donner une orientation et un sens à ce qu’il fait. Quand Jésus se présente comme « la voie », le terme désigne aussi le christianisme (Actes 9,2; 19,9.23; 22,4; 24,14.22). Dans l’Église primitive, on connaissait les chrétiens sous le nom de disciples de la Voie.

Le défi de la transmission de la foi aujourd’hui

À la lumière de la richesse des textes d’aujourd’hui, j’aimerais attirer l’attention sur un autre passage du Document préparatoire au prochain Synode des évêques sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », qu’on appelle les Lineamenta. Le Synode se tiendra au Vatican, en octobre 2012. Ce passage porte sur « les fruits de la transmission de la foi » (#17) :

Le but de tout le processus de transmission de la foi est l’édification de l’Église en tant que communauté des témoins de l’Évangile. Le Pape Paul VI affirme: « Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. Peuple de Dieu immergé dans le monde, et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin d’entendre proclamer les grandes œuvres de Dieu qui l’ont convertie au Seigneur, d’être à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile. »

Les fruits que ce processus ininterrompu d’évangélisation engendre dans l’Église comme signe de la force vivifiante de l’Évangile prennent forme dans la confrontation avec les défis de notre temps. Il est nécessaire d’engendrer des familles qui soient un signe véritable et réel d’amour et de partage, capables d’espérance parce qu’ouvertes à la vie ; il faut la force de construire des communautés douées d’un véritable esprit œcuménique et capables d’un dialogue avec les autres religions; on ressent l’urgence du courage de soutenir des initiatives de justice sociale et de solidarité, mettant le pauvre au centre de l’intérêt de l’Église; il faut souhaiter que donner sa propre vie dans un projet de vocation ou de consécration soit source de joie. Une Église qui transmet sa foi, une Église de la « nouvelle évangélisation » est capable dans tous ces domaines de montrer l’Esprit qui la guide, et qui transfigure l’histoire : l’histoire de l’Église, celle des chrétiens, des hommes et de leurs cultures.

Questions pour la réflexion cette semaine

En songeant que la charité et la proclamation de la foi vont de pair, en quoi nos tâches et nos activités caritatives et nos programmes de justice sociale nous donnent-ils l’occasion de proclamer Jésus Christ et son message à ceux et celles que nous secourons ?

En quoi nos communautés chrétiennes sont-elles des « pierres vivantes », des lieux dans l’Église qui offrent aux gens une expérience spirituelle ? Dans quelle mesure nos programmes d’éducation de la foi favorisent-ils non seulement une adhésion à la vérité chrétienne mais aussi la création d’une expérience de rencontre personnelle, de communion, de « vie » du mystère du Christ ?

Les groupes d’écoute et de discussion autour de la Parole de Dieu sont-ils devenus des outils normaux pour la vie chrétienne de notre communauté ? Comment nos communautés expriment-elles la place centrale de l’Eucharistie (célébrée et adorée) et comment, sur cette base, structurent-elles leur vie et leur activité ?

Quels sont les principaux fruits que la transmission de la foi a produits dans nos Églises ? Jusqu’à quel point les communautés chrétiennes sont-elles disposées à reconnaître ces fruits, à les soutenir et à les alimenter ? Quels sont les fruits qui manquent généralement ?

Quels sont les obstacles, les épreuves et les scandales qui entravent cette proclamation ? Comment les communautés ont-elles appris à vivre ces moments difficiles en y puisant des occasions de ressourcement spirituel et missionnaire ?

Allocution du pape François lors de la rencontre avec le Patriarche orthodoxe-copte Tawadros II

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre oecuménique avec le patriarche orthodoxe copte Sa Sainteté Tawadros II:

Le Seigneur est ressuscité, il est vraiment ressuscité [Al Massih kam, bihakika kam !]

Sainteté, très cher Frère,

C’est depuis peu qu’a eu lieu la grande Solennité de Pâques, centre de la vie chrétienne, que

nous avons eu la grâce de célébrer cette année le même jour. Nous avons ainsi proclamé à l’unisson l’annonce de la Résurrection, en revivant, en un certain sens, l’expérience des premiers disciples, qui ce jour-là, ensemble, « furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20, 20). Cette joie pascale est aujourd’hui enrichie par le don d’adorer ensemble le Ressuscité dans la prière et d’échanger de nouveau, en son nom, le saint baiser et l’accolade de la paix. J’en suis très reconnaissant : en arrivant ici comme pèlerin, j’étais certain de recevoir la bénédiction d’un Frère qui m’attendait. Grande était l’attente de nous retrouver : en effet, je garde bien vivant le souvenir de la visite de Votre Sainteté à Rome, peu après mon élection, le 10 mai 2013, une date qui est heureusement devenue l’occasion de célébrer chaque année la Journée d’amitié copte-catholique.

Dans la joie de poursuivre fraternellement notre route œcuménique, je voudrais rappeler avant tout ce jalon dans les relations entre le siège de Pierre et celui de Marc qu’est la Déclaration commune signée par nos prédécesseurs il y a plus de quarante ans, le 10 mai 1973. Ce jour-là, après des « siècles d’histoire difficiles », au cours desquels « ont surgi des divergences théologiques qui ont été entretenues et aggravées par des facteurs de caractère non théologique » et par une méfiance toujours plus généralisée dans les relations, grâce à Dieu on est arrivé à reconnaître ensemble que le Christ est « Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité » (Déclaration commune signée par le Saint-Père Paul VI et par Sa Sainteté Amba Shenouda III, 10 mai 1973). Mais non moins importants et non moins actuels sont les mots qui précèdent immédiatement, par lesquels nous avons reconnu « notre Seigneur et Dieu et Sauveur et Roi de nous tous, Jésus Christ ». Par ces expressions, le siège de Marc et celui de Pierre ont proclamé la seigneurie de Jésus : ensemble, nous avons confessé que nous appartenons à Jésus et qu’il est notre tout.

De plus, nous avons compris qu’étant siens, nous ne pouvons plus penser aller chacun son chemin, car nous trahirions sa volonté : que les siens soient « tous […] un […] pour que le monde croie » (Jn 17, 21). Devant le Seigneur, qui nous veut « parfaitement un » (v. 23), il ne nous est plus possible de nous cacher derrière les prétextes des divergences d’interprétation ni non plus derrière des siècles d’histoire et de traditions qui nous ont rendus étrangers. Comme l’a dit ici Sa Sainteté Jean-Paul II : « Il n’y a pas de temps à perdre à ce sujet. Notre communion dans l’unique Seigneur Jésus Christ, dans l’unique Esprit Saint et dans l’unique Baptême constitue déjà une réalité profonde et fondamentale » (Discours lors de la rencontre œcuménique, 25 février 2000). Il y a, en ce sens, non seulement un œcuménisme fait de gestes, de paroles et d’engagement, mais une communion déjà effective, qui grandit chaque jour dans la relation vivante avec le Seigneur Jésus, qui s’enracine dans la foi professée et se fonde réellement sur notre baptême, sur le fait d’être des ‘‘créatures nouvelles’’ (cf. 2 Co 5, 17) en lui : en somme, « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 5). D’ici, nous repartons toujours, pour préparer le jour si désiré où nous serons en pleine et visible communion à l’autel du Seigneur.

Sur ce chemin passionnant qui, – comme la vie- n’est pas toujours facile et linéaire, mais sur lequel le Seigneur nous exhorte à aller de l’avant, nous ne sommes pas seuls. Nous accompagne une foule immense de saints et de martyrs, qui déjà pleinement unis, nous poussent à être ici-bas une image vivante de la « Jérusalem céleste » (Ga 4, 26). Parmi eux, se réjouissent certainement aujourd’hui de notre rencontre, à titre particulier, les saints Pierre et Marc. Le lien qui les unit est grand. Qu’il suffise de penser au fait que saint Marc a placé au cœur de son Évangile la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ ». Ce fut la réponse à la question, toujours actuelle, de Jésus : « Mais vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mc 8, 29). Aujourd’hui également beaucoup de gens ne savent pas répondre à cette interrogation ; il manque même quelqu’un pour la susciter et surtout pour offrir en réponse la joie de connaître Jésus, cette même joie avec laquelle nous avons la grâce de le confesser ensemble.

Ensemble, nous sommes donc appelés à témoigner de lui, à porter au monde notre foi, avant tout de la manière propre à la foi : en la vivant, car la présence de Jésus se transmet avec la vie et parle le langage de l’amour gratuit et concret. Coptes orthodoxes et Catholiques, nous pouvons toujours plus parler ensemble cette langue commune de la charité : avant d’entreprendre une initiative pour le bien, il serait beau de nous demander si nous pouvons la faire avec nos frères et sœurs qui partagent la foi en Jésus. Ainsi, en édifiant la communion dans le concret quotidien du témoignage vécu, l’Esprit ne manquera pas d’ouvrir des voies providentielles et imprévues d’unité. C’est avec cet esprit apostolique constructif que Votre Sainteté continue de réserver une attention authentique et fraternelle à l’Église copte catholique : une proximité dont je suis très reconnaissant et qui a trouvé une admirable expression dans le Conseil National des Églises Chrétiennes, auquel elle a donné naissance pour que ceux qui croient en Jésus puissent œuvrer toujours davantage ensemble, au bénéfice de la société égyptienne tout entière. J’ai beaucoup apprécié également la généreuse hospitalité offerte à la 13ème rencontre de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, qui s’est tenue ici l’année dernière à votre invitation. C’est un beau signe que la rencontre suivante se soit déroulée cette année à Rome, presque pour exprimer une continuité particulière entre les sièges de Marc et de Pierre.

Dans les Saintes Écritures, Pierre semble de quelque manière répondre à l’affection de Marc en l’appelant « mon fils » ( 1P 5, 13). Mais les liens fraternels de l’Évangéliste et son activité apostolique concernent aussi saint Paul qui, avant de mourir martyr à Rome, parle de l’utilité prévenante de Marc dans son ministère (cf. 2 Tm 4, 11) et le cite plus d’une fois (cf. Phm 24 ; Col 4, 10). Charité fraternelle et communion de mission : voici les messages que la Parole divine et nos origines nous livrent. Ce sont les semences évangéliques que nous avons la joie de continuer à irriguer et, par la grâce de Dieu, à faire croître ensemble (cf. 1 Co 3, 6-7).

La maturation de notre chemin œcuménique est soutenue, de manière mystérieuse et plus que jamais actuelle, également par un vrai et authentique œcuménisme du sang. Saint Jean écrit que Jésus est venu « par l’eau et par le sang » (1 Jn 5, 6) ; qui croit en lui, ainsi « est vainqueur du monde » (1 Jn 5, 5). Par l’eau et le sang : en vivant une vie nouvelle dans notre Baptême commun, une vie d’amour toujours et pour tous, y compris au prix du sacrifice du sang. Que de martyrs dans ce pays, depuis les premiers siècles du christianisme, ont vécu la foi héroïquement et jusqu’au fond, en versant leur sang plutôt que de renier le Seigneur et de céder aux illusions du mal ou seulement à la tentation de répondre au mal par le mal. Le vénérable Martyrologue de l’Église copte en témoigne bien. Encore récemment, malheureusement, le sang innocent de fidèles sans défense a été cruellement versé : leur sang innocent nous unit. Très cher Frère, tout comme la Jérusalem céleste est unique, unique est notre martyrologe, et vos souffrances sont aussi nos souffrances. Fortifiés par votre témoignage, œuvrons pour nous opposer à la violence en prêchant et en semant le bien, en faisant grandir la concorde et en maintenant l’unité, en priant afin que tant de sacrifices ouvrent la voie à un avenir de pleine communion entre nous et de paix pour tous.

La merveilleuse histoire de sainteté de cette terre n’est pas particulière uniquement à cause du sacrifice des martyrs. À peine terminées les persécutions antiques, a émergé une forme nouvelle de vie qui, donnée au Seigneur, ne retenait rien pour elle: dans le désert a commencé le monachisme. Ainsi, aux grands signes que Dieu, par le passé, avait accomplis en Égypte et dans la Mer rouge (cf. Ps 106, 21-22), a fait suite le prodige d’une vie nouvelle, qui a fait fleurir de sainteté le désert. Avec vénération pour ce patrimoine commun, je suis venu en pèlerin sur cette terre, où le Seigneur lui-même aime se rendre: ici, glorieux, il est descendu sur le mont Sinaï (cf. Ex 24, 16) ; ici, humble, il a trouvé refuge en tant qu’enfant (cf. Mt 2, 14).

Sainteté, très cher Frère, que le même Seigneur nous accorde de repartir aujourd’hui, ensemble, en pèlerins de communion et en messagers de paix. Sur ce chemin, que nous prenne par la main Celle qui a accompagné ici Jésus et que la grande tradition théologique égyptienne a déclarée depuis l’antiquité Theotokos, Mère de Dieu. À ce titre, s’unissent admirablement l’humanité et la divinité, car dans la Mère, Dieu s’est fait pour toujours homme. Que la Vierge Sainte, qui nous conduit toujours à Jésus, symphonie parfaite du divin avec l’humain, apporte encore un peu du Ciel sur notre terre!

[00620-FR.01] [Texte original: Italien]

Pape en Égypte: un voyage en trois temps pour trois priorités

CNS photo/Mohamed Abd El Ghany, Reuters

Les 28 et 29 avril prochains, le pape François se rendra en Égypte pour une visite apostolique. Ce voyage en trois temps permettra au Saint-Père de renforcer les relations avec les autorités civiles et religieuses de ce pays, le plus populeux du monde arabe.

Un contexte sociopolitique particulier

Pour bien comprendre les enjeux liés à cette visite, il est important de dire quelques mots sur le contexte actuel. Ce n’est un secret pour personne, l’Égypte a connu, dans la dernière décennie, des mouvements politiques et sociaux importants qui ont grandement mis en péril sa stabilité. En effet, le pays des pharaons n’a pas été épargné par ce qu’on a appelé « le printemps arabe ». Cette période de rébellion, menée par des groupes aux intérêts divergents et, parfois même, diamétralement opposés, a mené à la destitution d’Hosni Moubarak et à la prise du pouvoir par le parti des frères musulmans. La prise de pouvoir de ce mouvement islamiste qui avait procédé, l’espace d’un moment, à l’inscription de la Sharia dans la constitution, avait fait de nombreux mécontents dont les autorités religieuses chrétiennes, musulmanes modérées, les mouvements pro-démocratie et, surtout, les hautes autorités militaires, très liées à l’ancien régime. En ce sens, on se rappellera l’augmentation importante des attentats terroristes contre les minorités religieuses lors de cette courte période. Un rapport de l’Aide à l’Église en détresse affirme en effet : « Avant et après les élections présidentielles de juin 2012, qui ont amené Morsi au pouvoir, le climat d’hostilité contre les coptes a été intense. Les violences physiques et morales ont augmenté ». Ce qui avait fait douter de la volonté de son gouvernement à protéger cette portion importante de la population (+/- 10 %). Ce qui avait de grande chance d’arriver arriva, le maréchal à la retraite Abdel Fattah Al-Sissi destitua et arrêta le président islamiste Mohamed Morsi et déclara comme « mouvement terroriste » le parti des frères musulmans.

Depuis son élection, le président Sissi a entrepris un certain nombre de réformes visant la modernisation de la société musulmane égyptienne. Dans un discours à la Grande Université Al-Alzhar le 28 décembre 2014, il avait demandé au chef religieux de la plus importante université islamique du monde sunnite de proposer un « discours religieux qui correspond à son époque ». Depuis ce discours historique, plusieurs gestes manifestent cette volonté du gouvernement égyptien de favoriser un rapprochement et la réconciliation entre chrétiens et musulmans. D’abord, les relations entre l’Université Al-Alzhar et le Vatican, rompues depuis quelques années, ont pu reprendre à la suite de la visite du cheikh Ahmed Al-Tayeb, grand imam de la mosquée Al-Azhar. Et suite au geste symbolique que constitue la présence du président égyptien lors de la Messe de Noël à la cathédrale orthodoxe Copte Saint-Marc du Caire en compagnie de Théodore II, on ne peut que se réjouir de la plus récente affirmation de la Conférence d’Al-Azhar de « l’égalité entre chrétiens et musulmans ».

On peut l’imaginer ce chemin concret de rapprochement ne fait pas beaucoup d’heureux du côté islamiste, à en juger par les plus récentes attaques terroristes qui montrent que cette égalité toujours fragile nécessite encore, pour les minorités religieuses, une protection supplémentaire de la police et de l’armée. C’est dans ce contexte politico-religieux que s’amorce la visite du pape François, la semaine prochaine.

Un voyage en trois temps pour trois priorités

Dans un premier temps, le pape François rencontrera le président al-Sissi lors d’une visite au palais présidentiel. Cette ouverture de part et d’autre manifeste une volonté réciproque de renforcement des liens et de la collaboration en faveur de la paix. Deuxième rencontre entre les deux hommes, cette discussion portera certainement sur les grands thèmes chers au pape François dont la liberté religieuse, la protection des chrétiens persécutés et des points liés au développement de l’Égypte qui accuse des retards considérables en terme d’éducation, de lutte contre la pauvreté et de protection de l’environnement.

CNS photo/L’Osservatore Romano via Reuters

Après cette réunion protocolaire, le Pape se rendra auprès du grand imam d’Al Azhar, le cheikh Ahmed Al Tayeb, afin de prononcer, chacun leur tour, un discours lors de la Conférence internationale sur la paix. Cette prise de parole commune s’inscrira dans la continuité des discussions amorcées en février dernier contre « le fanatisme, l’extrémisme et la violence au nom de la religion ». De ce rapprochement et de ce dialogue interreligieux, nous sommes en droit d’espérer des effets d’apaisement dans le climat de tension actuel ainsi que des fruits d’érudition en faveur d’une « modernisation de l’Islam ».

Dans une perspective œcuménique, le pape rencontrera le patriarche copte Tawadros II pour des discussions privées suivies de discours. Nous pouvons d’ores et déjà voir en cela un geste de soutien pour cette minorité chrétienne d’Égypte dont les racines remontent à l’évangélisation de saint Marc évangéliste et apôtre. Cette amitié renouvelée peut être perçue comme un fruit de cet « œcuménisme du sang », expression plusieurs fois employée par le Saint-Père notamment pour décrire le drame des « Égyptiens coptes égorgés par les djihadistes de l’État islamique sur les rives de la mer Méditerranée ». Il avait alors affirmé : « Tous sont nos martyrs, car ils ont donné leur sang pour le Christ ». La présence du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier peut également être interprétée en ce sens. Enfin, le pape célèbrera une Messe en compagnie de la communauté copte-catholique d’Égypte avant de retourner à Rome, samedi, en début de soirée.

Le voyage du pape François en Égypte arrive dans une période charnière de l’histoire de ce pays plus que deux fois millénaire. Considérant les nombreux risques d’attentats que cette visite comporte, on peut y voir la grande détermination du pape François à raffermir les liens d’amitié avec les autorités politiques et religieuses et à apporter son soutien et sa collaboration dans l’élaboration d’une société et d’un islam modernes. De plus, ce voyage permettra au Pape de manifester concrètement sa solidarité avec les chrétiens orthodoxes et catholiques d’Égypte dans ces moments tumultueux où plusieurs ont versé leur sang par fidélité au Christ. Ainsi, espérons que cette visite très attendue porte des fruits de paix et de réconciliation si nécessaires aujourd’hui.

Les Sept dernières paroles du Christ: 7e réflexion de carême

Septième parole
« Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Luc 23, 44-46

  1. Cette dernière parole est tirée du Psaume 31. Pourquoi Luc met-il les paroles de ce psaume sur les lèvres de Jésus et non pas le psaume 22 tel que nous le retrouvons dans le récit de Mathieu et de Marc ?
  2. Qu’est-ce que ces dernières paroles nous disent sur le désir de Jésus pour nous et sur notre relation à Dieu ?
  3. De quelle manière « cultiver une attitude intérieure d’abandon total et inconditionnel envers Dieu ? »
  4. Nous sommes tous pécheurs. Qu’est-ce que Dieu veut pour nous en tant que pécheurs ?
  5. Avant son élection comme pape Jean-Paul 1er, le cardinal Albino Luciani écrit une lettre à Jésus dans laquelle il exprimait son insuf sance de mots et d’expressions que nous ressentons tous alors que nous nous adressons à Jésus. Cette Semaine Sainte, pouvez-vous prendre le temps d’écrire votre propre lettre à Jésus ?
  6. Lors des Journées mondiales de la Jeunesse 2016, le pape François s’exprimait ainsi :
    « Le Chemin de la croix est celui du bonheur de suivre le Christ jusqu’au bout, dans des circonstances souvent dramatiques de la vie quotidienne ; […] C’est un chemin d’espoir, un chemin pour le futur ». Alors que nous acceptons d’entrer dans cette démarche que nous propose le Chemin de Croix de ce Vendredi Saint, comment apporterons-nous ce chemin d’espoir dans notre famille, notre milieu de travail et dans notre cœur ?

Veillée de prière pour la Journée Mondiale de la Jeunesse

Les Sept dernières paroles du Christ: 5e réflexion de carême

Cinquième parole
« J’ai soif. »
Jean 18, 28

    1. Cette semaine, méditez votre propre « soif » de Dieu. Êtes-vous en contact avec ce désir de tout être humain qui est si central pour notre foi ?
    2. En quoi la rencontre avec la Samaritaine était-elle convenable ? Cette semaine, lisez le quatrième chapitre de l’Évangile de Jean.
    3. Mère Teresa affectionnait particulièrement les paroles « J’ai soif », qu’elle plaçait sur les mûrs de chaque chapelle des sœurs Missionnaires de la Charité. Pourquoi ?
    4. « Que puis-je faire pour « désaltérer la soif de Jésus » ?
    5. « Nous nous attachons à nos propres plans ». Faisons-nous vraiment con ance à Dieu, à ce qu’Il prévoit pour nous ? Comment pouvons-nous lui faire plus pleinement con ance en nous détachant de nos propres plans ?
    6. Cette semaine, quelle étape puis-je franchir a n de désaltérer davantage cette soif de Jésus pour nous ? Comment puis-je prendre part à la croix de Jésus en agissant comme un disciple authentique envers ceux qui sont dans le besoin ?
Vous pouvez vous procurer le livre « Les Sept dernières paroles du Christ » du père Thomas Rosica c.s.b. en ligne:
Vous pouvez également consulter le guide d’étude du carême 2017 au lien suivant: