Homélie du pape François pour le dimanche des Rameaux

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du pape François telle que prononcée lors de la Messe du dimanche des Rameaux (9 avril 2017) en la Place Saint-Pierre au Vatican:

Cette célébration a comme une double saveur, douce et amère ; elle est joyeuse et douloureuse, car nous y célébrons le Seigneur qui entre dans Jérusalem et qui est acclamé par ses disciples en tant que roi. Et en même temps, le récit évangélique de sa passion est solennellement proclamé. C’est pourquoi notre cœur sent le contraste poignant et éprouve dans une moindre mesure ce qu’a dû sentir Jésus dans son cœur en ce jour, jour où il s’est réjoui avec ses amis et a pleuré sur Jérusalem.

Depuis 32 ans, la dimension joyeuse de ce dimanche a été enrichie par la fête des jeunes : les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui sont célébrées cette année au niveau diocésain, mais qui sur cette Place connaîtront sous peu un moment toujours émouvant, d’horizons ouverts, avec le remise de la Croix par les jeunes de Cracovie à ceux du Panama.

L’Évangile proclamé avant la procession (cf. Mt 21, 1-11) décrit Jésus qui descend du mont des Oliviers monté sur un ânon, sur lequel personne n’est jamais monté. Cet Évangile met en exergue l’enthousiasme des disciples, qui accompagnent le Maître par de joyeuses acclamations et on peut vraisemblablement imaginer comment cet enthousiasme a gagné les enfants et les jeunes de la ville, qui se sont unis au cortège par leurs cris.  Jésus lui-même reconnaît dans cet accueil joyeux une force imparable voulue par Dieu, et il répond aux pharisiens scandalisés : « Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40).

Mais ce Jésus, qui selon les Écritures, entre justement ainsi dans la ville sainte, n’est pas un naïf qui sème des illusions, un prophète ‘‘new age’’, un vendeur d’illusions, loin de là : il est un Messie bien déterminé, avec la physionomie concrète du serviteur, le serviteur de Dieu et de l’homme qui va vers la passion ; c’est le grand Patient de la douleur humaine.

Donc, tandis que nous aussi, nous fêtons notre Roi, pensons aux souffrances qu’il devra subir au cours de cette Semaine. Pensons aux calomnies, aux outrages, aux pièges, aux trahisons, à l’abandon, à la justice inique, aux parcours, aux flagellations, à la couronne d’épines…, et enfin à la via crucis jusqu’à la crucifixion.

Il l’avait clairement dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive «  (Mt 16, 24). Il n’a jamais promis honneurs et succès. Les Évangiles sont clairs. Il a toujours prévenu ses amis que sa route était celle-là, et que la victoire finale passerait par la passion et la croix. Et cela vaut pour nous également. Pour suivre fidèlement Jésus, demandons la grâce de le faire non pas par les paroles mais dans les faits, et d’avoir la patience de supporter notre croix : de ne pas la rejeter, de ne pas la jeter, mais en regardant Jésus, de l’accepter et de la porter, jour après jour.

Et ce Jésus, qui accepte d’être ovationné tout en sachant bien que le ‘‘crucifie-[le]’’ l’attend, ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien dans les vidéos qui circulent sur le réseau. Non ! Il est présent dans beaucoup de nos frères et sœurs qui aujourd’hui, aujourd’hui connaissent les souffrances comme lui : ils souffrent du travail d’esclaves, ils souffrent de drames familiaux, de maladies… Ils souffrent à cause des guerres et du terrorisme, à cause des intérêts qui font mouvoir les armes et qui les font frapper. Hommes et femmes trompés, violés dans leur dignité, rejetés… Jésus est en eux, en chacun d’eux, et avec ce visage défiguré, avec cette voix cassée, il demande à être regardé, à être reconnu, à être aimé.

Ce n’est pas un autre Jésus : c’est le même qui est entré à Jérusalem au milieu des rameaux de palmiers et d’oliviers agités. C’est le même qui a été cloué à la croix et est mort entre deux malfaiteurs. Nous n’avons pas un autre Seigneur en dehors de lui : Jésus, humble Roi de justice, de miséricorde et de paix.

Vous pouvez également visionner la vidéo complète de cette célébration au lien suivant:

Aimer même nos ennemis : Le chemin de la Croix

Une réflexion pour le dimanche des Rameaux

Il y a deux lectures de l’Évangile pour ce dimanche, dimanche des Rameaux. D’abord, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Matthieu 21,1-11). Cette Évangile est proclamée lors de la bénédiction des rameaux, qui nous unit aux foules qui ont crié « Hosanna ! » et ont acclamé Jésus comme leur roi, « Celui qui vient au nom du Seigneur » ! La deuxième lecture de l’Évangile est celle de la Passion selon Saint Matthieu (26,14-27,66).

Il n’est pas difficile à voir le contraste saisissant entre l’entrée de Jésus à Jérusalem et Sa souffrance et Sa mort dans la même ville quelques jours plus tard. Les mêmes foules qui ont proclamé Jésus comme leur roi, le Messie, le « Fils de David », Le mettront à mort sous l’accusation d’être « Roi des Juifs ». Les mêmes voix qui ont crié « Hosanna » hurleront « Crucifiez-Le ! » et verront leurs paroles réalisées.

Nous, nous voyons le contraste perturbant comme des gens qui voient la situation dans son ensemble. Nous voyons tout l’événement comme il s’est passé dans son intégralité, comme il s’est déroulé dans les pages de l’Évangile. Mais qu’en est-il pour Jésus ?

A-t-Il pensé que tout serait facile lorsqu’Il est entré à Jérusalem ? S’est-Il trompé en pensant que l’admiration du dimanche des Rameaux aboutirait dans un règne glorieux, qu’Il serait élevé sur les épaules de Ses admirateurs ? Est-ce que Jésus a été dupé par la jubilation des foules qui L’ont accueilli ?

Jésus entre à Jérusalem sûr de Sa mort. Non pas seulement qu’Il mourra, mais qu’Il sera trahi, qu’Il sera rejeté, qu’Il souffrira terriblement, et qu’Il sera tué. En effet, Jésus annonce Sa souffrance et Sa mort encore et encore dans l’Évangile. Il dit à Ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué… » (Mc 8,31 ; Lc 9,22 ; cf. Mt 17,22). Il les avertit sévèrement : « Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9,44 ; cf. Mt 17,23).

Alors pourquoi est-ce que Jésus leur permet-il de L’accueillir de cette façon ? Il n’a pas cessé de critiquer l’hypocrisie des Pharisiens, alors pourquoi ne pas réprimander l’hypocrisie de la foule – qui L’applaudit aujourd’hui mais qui L’abandonnera demain ? D’un côté, ce que la foule proclame est véridique. Jésus est véritablement celui pour qui ils ont attendu : le Messie, le roi, le Fils de David ! Leurs cris de joie ne sont pas vains : « Hosanna ! Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Personne ne peut les prendre en défaut pour ne pas avoir dit la vérité !

En même temps, sous l’influence des grands prêtres, les anciens et les scribes, ils s’éloigneront de Lui, comme les disciples, L’abandonnant à l’agonie de la Croix. Pourquoi Jésus n’a-t-il pas protesté contre eux ? « Malheur à vous, hypocrites ! Ne savez-vous pas que Je viens pour mourir ? ». En fait, Jésus n’a pas protesté contre eux parce qu’Il sait qu’Il est venu mourir pour eux. Il n’a pas eu besoin de leur amour, là n’était pas la raison de Son silence, c’était plutôt Son amour pour eux.

Nous voyons dans ces deux lectures de l’Évangile l’exemple par excellence de l’enseignement de Jésus : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Lc 6,27 ; cf. Mt 5,44). Souvent nous pouvons penser que nous n’avons pas beaucoup de véritables ennemis dans notre vie. Il peut être difficile de trouver des personnes que nous haïssons vraiment. Plus souvent, c’est plutôt la tiédeur de nos proches qui nous blesse le plus. C’est quand les personnes que nous aimons sont silencieuses que nous souffrons le plus. C’est quand nos proches s’éloignent de nous que nous nous sentons le plus abandonnés. Parfois cet abandon est définitif, pour toujours. Parfois c’est de façon simple, dans le quotidien. Cependant, nous pouvons être blessés quand même.

En voyant ce qui se passe ce dimanche des Rameaux et ce qui se passera dans les jours qui suivront, nous découvrons l’approche de Jésus dans ces situations. « Aimez vos ennemis » n’est pas seulement une leçon à appliquer à nos ennemis les plus jurés. C’est aussi une attitude d’amour envers les petits ennemis que nous pouvons trouver cachés dans nos amis les plus proches. Nous n’acceptons pas ces fautes ou incohérences de nos voisins, de nos amis, ou des membres de nos familles simplement par obligation, ni parce que nous avons besoin de leur amour, ni parce que nous voulons avoir un visage doux tout en ayant un cœur aigre. Au contraire, nous acceptons même leurs faiblesses à cause de notre amour pour eux. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus a accepté celles de la foule qui L’a accueilli à Jérusalem. Nous acceptons leurs faiblesses comme Jésus accepte nos faiblesses.

Jésus monte à Jérusalem afin de mourir pour la foule qui L’accueille. Jésus monte à Jérusalem pour être trahi non seulement par Ses ennemis – les grands prêtres, les anciens et les scribes –, mais aussi par Ses proches, Ses admirateurs et Ses disciples. Il entre à Jérusalem et souffre à mort dans Son amour pour chacun d’entre eux. Il accepte leur amour à cause de ce même amour qu’Il a pour eux. Accueillons-nous l’amour des autres comme Il accueille notre amour pour Lui ? Sommes-nous capables de les aimer même quand leurs « Hosannas » sont trompeurs ? Est-ce que nous les aimons comme Jésus nous aime ?

Hosanna ! Accueillons le Seigneur qui continue de venir à nous aujourd’hui !

Dimanche des Rameaux – 9 avril 2017

Isaïe 50,4-7
Philippiens 2,6-11
Matthieu 26,14-27,66

Pour me préparer à Pâques il y a quelques années, j’ai eu le privilège de faire une retraite, au début du Carême, sur les événements de la Semaine sainte : j’ai lu et médité le livre du pape Benoît XVI, Jésus de Nazareth – Tome 2, De l’entrée à Jérusalem jusqu’à la résurrection.[1] Ce livre devrait être une lecture obligée pour tous les évêques, les prêtres, les agents de pastorale et tous les catholiques sérieux qui veulent rencontrer Jésus de Nazareth et les mystères centraux de notre foi que nous célébrons cette semaine. Je ne peux concevoir de meilleure façon de se préparer à la Semaine sainte et à Pâques que de lire ce texte magistral. Je le recommande à tous ceux et celles qui ont trouvé utiles nos réflexions scripturaires hebdomadaires : il nourrira votre prière personnelle et vous aidera dans la prédication de la Parole de Dieu.

Chaque année pendant la Semaine sainte, nous accompagnons Jésus qui entre à Jérusalem au milieu des cris de la foule : « Hosanna ! » Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Une journée débordante de louanges exaltées et de jubilation tandis que se profile à l’horizon une vague de haine, de destruction et de mort. Nous aussi, nous sommes happés par la foule qui acclame son Messie et son Roi quand il descend du mont des Oliviers… Il n’arrive pas entouré d’une escorte motorisée ou d’un cortège princier mais chevauche une bête de somme. Images frappantes de royauté, d’humilité et de divinité conjuguées dans ce tableau paradoxal où Jésus entre dans sa ville ! Pleine d’enthousiasme, la foule lui fait un triomphe, le dimanche des Rameaux, car elle voit en lui de Roi de paix, porteur de l’espérance. Plein de haine, cinq jours plus tard, le peuple exigera son exécution sur la croix.

Les récits évangéliques de la Passion décrivent comment les péchés de certaines factions du peuple et de leurs chefs au temps de Jésus ont donné naissance au complot qui entraîna la Passion et la mort du Christ, ce qui est une façon de suggérer une vérité fondamentale, à savoir que nous sommes tous en cause. Ce sont leurs péchés et nos péchés qui conduisent le Christ à la croix, et Lui en porte le poids de plein gré. À nous de tirer les leçons de ce qui est arrivé à Jésus et de nous interroger non seulement sur l’identité de ceux qui l’ont jugé, condamné et exécuté autrefois mais aussi sur ce qui a tué Jésus et sur les spirales vicieuses de violence, de brutalité et de haine qui continuent de Le crucifier aujourd’hui dans ses frères et sœurs de la famille humaine.

Le récit de la Passion en Matthieu

Cette année, nous lisons le récit de la Passion selon Matthieu (Matthieu 26,14 –27,66). Matthieu suit de près la source que Marc est pour lui mais avec quelques omissions (par exemple, Marc 14, 51-52) et quelques additions (par exemple, Matthieu 27, 3-10.19). Certaines additions indiquent qu’il s’est servi de traditions qui lui venaient d’ailleurs; d’autres tiennent à sa propre perspective théologique (par exemple, Matthieu 26,28 « … en rémission des péchés »; Matthieu 27,52). Dans son travail de rédaction, Matthieu a aussi modifié Marc pour certains détails mineurs. Mais on n’a pas besoin de supposer qu’il connaissait un autre récit de la Passion que celui de Marc.

En écoutant le récit de Matthieu, nous sommes saisis par la rencontre entre Jésus et son destin, rencontre rendue inévitable par l’attachement profond de Jésus à la mission qu’il a reçue de Dieu et par la résistance farouche du pouvoir de la mort. Dans le premier chapitre de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, intitulé « L’entrée à Jérusalem », Benoît XVI nous invite à nous arrêter à Zacharie 9,9, le texte que Matthieu et Jean citent explicitement pour éclairer le sens du « dimanche des Rameaux » : « Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme » (Mt 21,5; cf. Za 9,9; Jn 12,15). Benoît écrit (p. 4):

[Jésus] est un roi qui détruit les armes de guerre, un roi de paix et un roi de simplicité, un roi des pauvres. Finalement, nous avons vu qu’il règne sur un royaume qui s’étend de la mer à la mer et embrasse le monde entier. Les communautés qui rompent le pain en communion avec Jésus Christ nous ont rappelé que le nouveau royaume de Jésus, qui embrasse le monde entier de la mer à la mer, est le royaume de sa paix. À l’époque, on ne pouvait rien voir de tout cela…

Le sens d’Hosanna

Le mot « Hosanna » était à l’origine une formule de bénédiction des pèlerins que prononçaient les prêtres dans le Temple mais, une fois réuni à la deuxième partie de l’acclamation, « à celui qui vient au nom du Seigneur », il a pris un sens messianique. Il est devenu une façon de désigner celui que Dieu avait promis. La louange à Jésus devenait ainsi une salutation adressée à celui qui vient au nom du Seigneur, à celui qu’annonçaient et qu’acclamaient toutes les promesses.

Nous pouvons nous demander pourquoi le mot « hosanna » nous a été conservé en hébreu. Pourquoi les Évangiles ne l’ont-ils pas traduit en grec ? La traduction complète de l’ « hosanna » pourrait se lire ainsi : « À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Fils de David. Béni au nom du Seigneur, celui qui vient. À l’aide [ou : sauve-nous], de grâce, ô Tout-puissant. » L’accueil que réserve la foule à Jésus aux cris de « hosanna », en appelant au secours, et le fait de brandir des branches de palmier évoquaient les formules rituelles de la fête de Soukkot, déjà politisée depuis qu’on s’en était servi pour le premier festival de l’Indépendance, la première Hanouka. L’utilisation de cette formule liturgique pour accueillir Jésus avait un but manifeste. L’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem sera suivie par la purification du Temple (Matthieu 21, 14-16). Ce scénario évoque la libération des Macchabée et ne peut que viser à fouetter les espoirs messianiques. La foule qui crie « hosanna » et brandit des rameaux sait parfaitement ce qu’elle fait.

Dans cette acclamation d’hosanna, nous voyons s’exprimer les émotions complexes des pèlerins qui accompagnaient Jésus et ses disciples : louange joyeuse de Dieu au moment de la procession d’entrée, espérance que l’heure du Messie soit arrivée et, en même temps, prière pour que soit rétablie la monarchie davidique et par conséquent la royauté de Dieu sur Israël (Jésus de Nazareth, p. 8-10).

« Hosanna », c’est un appel à l’aide urgent, une demande de salut d’une validité universelle. Ce cri n’a jamais cessé de convenir à la condition humaine. C’est d’un mot une prière qui a la faculté politique de déstabiliser les oppresseurs où qu’ils se trouvent, aujourd’hui comme autrefois, une prière qu’il faudrait donc traduire et comprendre.

Le prophète de Nazareth

Au commencement, quand les gens écoutaient le prophète de Nazareth, il ne semblait avoir aucune importance pour Jérusalem et les habitants de la ville sainte ne le connaissaient pas. La foule qui rend hommage à Jésus aux portes de la ville n’est pas celle qui réclamera plus tard sa crucifixion. Dans ce tableau en deux temps de l’échec à reconnaître Jésus – par une combinaison d’indifférence et de peur – Benoit XVI estime que nous entrevoyons quelque chose de la tragédie de la ville que Jésus avait évoquée à quelques reprises, et d’une façon particulièrement poignante dans son discours eschatologique.

Les accents uniques de la Passion selon Matthieu

Pour Matthieu, l’ultime point tournant de l’histoire de Jésus, c’est sa mort et sa résurrection. À l’instant même de la mort de Jésus, mort acceptée en fidélité à sa mission, une vie nouvelle éclate : la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et les saints qui étaient morts ressuscitent pour entrer triomphalement dans la cité de Dieu. En écrivant ces paroles, Matthieu pense à la grande vision des ossements desséchés d’Ézéchiel 37. Dieu insuffle l’esprit aux ossements, et les morts ressuscitent pour former un peuple nouveau. Matthieu croit que de la mort de Jésus surgit une vie nouvelle pour le monde; de la mort apparente de la mission judéo-chrétienne à Israël, la communauté primitive ressuscite pour envelopper le monde méditerranéen et former un peuple nouveau de Juifs et de Gentils. La mort-résurrection n’est pas seulement le modèle du destin de Jésus, elle deviendra aussi le modèle du destin de la communauté elle-même au sein de l’histoire.

Le sens aujourd’hui

Qu’est-ce que la passion de Matthieu a à nous dire aujourd’hui ? Je suis convaincu qu’elle nous offre des lunettes bibliques à travers lesquelles observer le moment actuel de l’histoire de l’Église et du monde. Ce n’est pas seulement de l’Église mais aussi du monde dans lequel nous vivons que nous recevons notre ordre de marche et nos plans pastoraux pour la mission. Le drame biblique bouleversant que présente la passion de Matthieu nous enseigne que les événements que nous tenons souvent pour des « événements profanes », même ceux qui provoquent dommages et destruction, qui suscitent la terreur et l’aveuglement, nous guident en réalité vers l’avenir de Dieu pour nous, et plantent le décor de la révélation que Dieu nous fera de lui-même.

Acclamer le Seigneur dans l’Eucharistie

Je conclus en reprenant les propos du pape émérite Benoît sur la scène de ce dimanche des Rameaux (p.11) :

L’Église acclame le Seigneur dans la Sainte Eucharistie comme celui qui vient aujourd’hui, celui qui est entré chez elle. En même temps, elle l’acclame comme celui qui continue de venir, celui qui nous guide vers son avènement. Pèlerins, nous allons à lui ; pèlerin, il vient à nous et nous prend avec lui dans son ‘ascension’ vers la croix et la résurrection, vers la Jérusalem définitive qui grandit déjà au milieu de ce monde dans la communion qui nous unit à son corps.

[1] Note du traducteur. Les citations faites ici de Jésus de Nazareth sont donc une traduction libre faite à partir de l’édition américaine (San Francisco, Ignatius Press, 2011).

Angelus des Rameaux: le Pape invite les jeunes à venir à Cracovie pour les JMJ

À l’issue de la célébration liturgique, avant la prière de l’Angelus, le Pape François a invité les jeunes à se rendre nombreux fin juillet à Cracovie à l’occasion des JMJ. Le dimanche des Rameaux coïncide avec la célébration diocésaine de la Journée mondiale de la Jeunesse. Mais c’est en Pologne, pays natal de Jean-Paul II, qu’aura lieu la prochaine rencontre mondiale. À l’occasion de l’Année Sainte de la Miséricorde, a indiqué le Saint-Père, les JMJ de Cracovie constitueront le Jubilé des jeunes au niveau de l’Église universelle. Sur la place Saint-Pierre se trouvaient de nombreux jeunes du diocèse de Rome ainsi que des jeunes volontaires de Cracovie. Ces derniers sont venus à Rome avec des rameaux d’olivier de Jérusalem, d’Assise et du Mont Cassin. Le Pape François les a bénis pour qu’ils puissent les porter aux responsables polonais comme une invitation à cultiver des desseins de paix, de réconciliation et de fraternité.

Voici l’Angelus du Pape François :

Je salue tous ceux qui ont participé à cette célébration et ceux qui se sont unis à nous grâce à la télévision, la radio, ou d’autres moyens de communication. Aujourd’hui, nous célébrons la 31e Journée mondiale de la Jeunesse, dont le point d’orgue sera la grande rencontre mondiale à Cracovie à la fin du mois de juillet. Le thème est « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5,7). Je salue particulièrement les jeunes présents ici, ainsi que ceux dans le monde entier. J’espère que vous pourrez venir nombreux à Cracovie, la patrie de Saint Jean-Paul II, à l’origine de la Journée Mondiale de la Jeunesse. Nous lui confions les derniers mois de préparation de ce pèlerinage qui, dans le contexte de l’Année Sainte de la Miséricorde, sera le Jubilée des jeunes au niveau de l’Église universelle. Les nombreux jeunes volontaires de Cracovie sont ici avec nous. En retournant en Pologne, ils porteront aux responsables de la nation des rameaux d’olivier, cueillis à Jérusalem, à Assise et du Mont Cassin et bénis aujourd’hui sur cette place, comme une invitation à cultiver les intentions de paix, de réconciliation et de fraternité. Merci pour cette belle initiative ; avancez avec courage ! Et maintenant prions la Vierge Marie, parce qu’elle nous aide à vivre la Semaine Sainte avec une intensité spirituelle.

Dimanche des Rameaux: homélie du pape François

À 9 h30 ce matin, le pape François a présidé la liturgie solennelle du Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, Place Saint-Pierre. Tout près de l’obélisque, le Pape a béni les rameaux et les branches d’olivier puis il est entré en procession. Arrivé à l’autel il a célébré la Messe de la Passion. Pour marquer l’approche des Journée mondiale de la jeunesse 2016, des jeunes de Cracovie en Pologne ont participé à la célébration à l’occasion de la fête diocésaine de la XXXIe Journée mondiale de la jeunesse, sous le thème “Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde” (Mt 5, 7). Suite à la proclamation de la Passion tiré de l’Évangile de Saint Luc, le Pape a livré cette homélie:

La foule de Jérusalem criait en accueillant Jésus : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (cf. Lc 19, 38). Nous avons fait nôtre cet enthousiasme : en agitant les palmes et les rameaux d’olivier, nous avons exprimé la louange et la joie, le désir de recevoir Jésus qui vient à nous.

Il désire, en effet, entrer dans nos villes et dans nos vies, comme il est entré à Jérusalem. Il vient humblement à nous, comme il le fait dans l’Évangile, monté simplement sur un âne, mais il vient « au nom du Seigneur » : avec la puissance de son amour divin il pardonne nos péchés et nous réconcilie, avec le Père et avec nous-mêmes. Jésus est content de la manifestation populaire d’affection de la foule, et il répond à la protestation des pharisiens –pour qu’il fasse taire ceux qui l’acclament – : « Si eux se taisent, les pierres crieront » (Lc 19, 40). Rien n’a pu arrêter l’enthousiasme provoqué par l’entrée de Jésus ; que rien ne nous empêche de trouver en lui la source de notre joie, de la vraie joie, qui demeure et qui donne la paix. Car seul Jésus nous sauve des liens du péché, de la mort, de la peur et de la tristesse.

Mais la liturgie de ce jour nous enseigne que le Seigneur ne nous a pas sauvés par une entrée triomphale ni par le moyen de puissants miracles. L’Apôtre Paul, dans la seconde lecture, synthétise par deux verbes le parcours de la rédemption : « il s’est anéanti » et « il s’est abaissé » lui-même. (Ph 2, 7.8) Ces deux verbes nous disent jusqu’à quelle extrémité est arrivé l’amour de Dieu pour nous.

Jésus s’est anéanti lui-même : il a renoncé à la gloire de Fils de Dieu et il est devenu Fils de l’homme pour être en tout solidaire avec nous, pécheurs, lui qui est sans péché. Et pas seulement : il a vécu parmi nous une « condition de serviteur » (v.7) ; non pas de roi, ni de prince, mais de serviteur. Il s’est donc abaissé, et l’abîme de son humiliation, que nous montre la Semaine Sainte, semble ne pas avoir de fond. Le premier geste de cet amour « jusqu’au bout » (Jn 13, 1) est le lavement des pieds. « Le Seigneur et le Maître » (Jn 13, 14) s’abaisse aux pieds des disciples, comme seuls le font les serviteurs.

Il nous a montré par l’exemple que nous avons besoin d’être rejoints par son amour qui se penche sur nous ; nous ne pouvons pas nous en passer, nous ne pouvons pas aimer sans nous faire d’abord aimer par lui, sans faire l’expérience de sa surprenante tendresse, et sans accepter que l’amour véritable consiste dans le service concret.

Mais c’est seulement le début. L’humiliation que subit Jésus devient extrême dans la Passion. Il est vendu pour trente deniers et trahi par le baiser d’un disciple qu’il avait choisi et appelé ami. Presque tous les autres fuient et l’abandonnent ; Pierre le renie trois fois dans la cour du temple. Humilié dans l’âme par des moqueries, des insultes et des crachats, il souffre dans son corps d’atroces violences : les coups, le fouet et la couronne d’épine rendent son aspect méconnaissable. Il subit aussi l’infamie et la condamnation inique des autorités, religieuse et politique : il est fait péché et reconnu injuste.

Ensuite, Pilate l’envoie à Hérode, et celui-ci le renvoie au gouverneur romain : alors que toute justice lui est refusée, Jésus éprouve aussi l’indifférence, parce que personne ne veut assumer la responsabilité de son destin. La foule, qui l’avait acclamé peu de temps avant, change ses louanges en cri d’accusation, préférant même qu’un homicide soit libéré à sa place. Il arrive ainsi à la mort de la croix, la plus douloureuse et infamante, réservée aux traitres, aux esclaves et aux pires criminels. La solitude, la diffamation et la douleur ne sont pas encore le sommet de son dépouillement. Pour être en tout solidaire avec nous, il fait aussi, sur la croix, l’expérience du mystérieux abandon du Père. Mais dans l’abandon, il prie et s’en remet : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Suspendu au gibet, en plus de la dérision, il affronte aussi la dernière tentation : la provocation à descendre de la croix, à vaincre le mal par la force et à montrer le visage d’un Dieu puissant et invincible.

Jésus, au contraire, précisément ici, au faîte de l’anéantissement, révèle le vrai visage de Dieu, qui est miséricorde. Il pardonne à ceux qui l’ont crucifié, il ouvre les portes du paradis au larron repenti et touche le coeur du centurion. Si le mystère du mal est abyssal, la réalité de l’Amour qui l’a transpercé est infinie, parvenant jusqu’au tombeau et aux enfers, assumant toute notre souffrance pour la racheter, portant la lumière aux ténèbres, la vie à la mort, l’amour à la haine.

Il semble que nous sommes loin de la manière d’agir de Dieu qui s’est anéanti pour nous, alors que nous oublier un peu nous-mêmes nous paraît difficile. Il a renoncé à lui pour nous ; combien il nous coûte de renoncer à quelque chose pour lui et pour les autres ! Mais si nous voulons suivre le Maître, en plus de nous réjouir qu’il vient nous sauver, nous sommes appelés à choisir sa route : la route du service, du don, de l’oubli de soi. Puissions-nous apprendre cette route en nous arrêtant ces jours-ci pour regarder le Crucifié, la « Chaire de Dieu », pour apprendre l’amour humble qui sauve et qui donne la vie, pour renoncer à l’égoïsme, à la recherche du pouvoir et de la renommée.

Nous sommes attirés par les mille flatteries de l’apparence, oubliant que « l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a » (Gaudium et spes, n. 35) ; par son humiliation, Jésus nous invite à purifier notre vie. Tournons le regard vers lui, demandons la grâce de comprendre quelque chose de son anéantissement pour nous ; reconnaissons-le comme Seigneur de notre vie et répondons à son amour infini par un peu d’amour concret.

Suivre Jésus sur le chemin royal de la Croix

Palm Sunday cropped

Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le dimanche des Rameaux -Année liturgique C (20 mars 2016)

Cette année, au dimanche des Rameaux, nous entendons deux parties de l’évangile de Luc – le premier à la bénédiction des Rameaux et le second lors de la lecture du récit de la Passion. Avec l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, (19, 28-21,38) une nouvelle section de l’évangile commence – le ministère de Jésus à Jérusalem avant sa mort et résurrection.

Dans un élan d’enthousiasme, le peuple de Jérusalem a agité les palmes et accueilli Jésus comme il entrait dans la ville, monté sur un âne. L’acclamation : «Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur » (v.38) est présente seulement dans l’évangile de Luc où est explicitement donné à Jésus le titre de roi lorsqu’il entre en triomphe dans Jérusalem. Luc a inséré ce titre dans les paroles du psaume 118,26 qui annonçait l’arrivée des pèlerins venant vers la ville sainte et au temple. Jésus est acclamé comme roi et comme celui qui vient (Malachie 3,1; Luc 7,19). L’acclamation des disciples: « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux» fait écho à l’annonce des anges à la naissance de Jésus (Luc 2,14). La paix que Jésus apporte est associée au salut qui doit être accompli à Jérusalem. Il y a une unité interne entre les récits de l’enfance et la passion de l’évangile de Luc.

Luc est lié à Marc pour la composition du récit de sa Passion (22,14-23.56) mais il a incorporé beaucoup de sa propre tradition dans le récit. On distingue plusieurs parties dans le récit de la Passion de Jésus dans Luc: 1 la tradition de l’institution de l’Eucharistie (22, 15-20); 2 Le discours d’adieu de Jésus (22,21-38); 3 Le mauvais traitement et l’interrogation de Jésus (22,63-71); 4 Jésus devant Hérode et sa seconde apparition devant Pilate (23,6-16); 5 les paroles adressées aux femmes qui suivaient le chemin de croix (23, 27-32); 6 les paroles au larron pénitent (23, 39-41); 7 la mort de Jésus (23,46, 47b-49).

La palme du triomphe et Croix de la Passion

La figure paisible de Jésus s’élève au-dessus de l’hostilité et de la colère des foules ainsi que du processus légal. Jésus reste un vrai modèle de réconciliation, de pardon et de paix. Au milieu de sa propre agonie et de son procès, nous réalisons la passion profonde de Jésus pour l’unité: il est capable de rendre amis même Pilate et Hérode (23,12). Luc présente Jésus sur la croix, pardonnant à ses persécuteurs (23,34) et Jésus mourant autorise même un voleur à voler le paradis! (23,43).

Partout dans son récit, Luc souligne l’innocence de Jésus (23,4; 14-15,22) qui est la victime des pouvoirs du diable (22,3; 31; 53) et qui va à la mort dans l’accomplissement de la volonté de son Père (22,42.46). Luc accentue la miséricorde, la compassion et le pouvoir guérisseur de Jésus (22,51; 23,43) qui ne va pas à la mort seul et abandonné, mais est accompagné par d’autres qui le suivent sur le chemin de croix. (23,26-31, 49).

Dans le récit émouvant de Luc, la palme du triomphe et la croix de la Passion ne sont pas une contradiction. À l’intérieur repose le cœur du mystère proclamé durant la Semaine Sainte. Jésus s’est donné lui-même volontairement à la Passion, il n’était pas écrasé par des forces plus grandes que lui. Il fit face librement à la crucifixion et a triomphé de la mort.

Des modèles sur le chemin de la Croix

Sur le chemin de la croix, Luc nous offre des modèles qui nous apprennent à vivre dans nos vies quotidiennes la Passion de Jésus comme un itinéraire vers une résurrection. Alors que Jésus est amené du palais du gouverneur aux pentes rocailleuses à l’extérieur des murs de la ville où les exécutions publiques ont lieu, ils tirent Simon de Cyrène, un passant, pour porter la croix de Jésus (23,26). Les mots de Luc montrent clairement qu’il voit dans la figure de Simon une image de la manière d’être disciple : Simon prend la croix de Jésus et la porte « derrière Jésus ».

La phrase est identique dans l’enseignement de Jésus sur le fait d’être disciple : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. » (Luc 14,27). Ceux qui veulent vivre à la manière de Jésus doivent accepter de donner leur vie pour les autres. Le simple fait de porter la croix n’est pas ce qui est le plus important. Tant de personnes dans ce monde souffrent dramatiquement: chaque personne, chaque famille a sur ses épaules des peines et des fardeaux à porter. Ce qui donne la pleine signification à notre croix est de  la porter derrière Jésus, non dans la solitude angoissée, en errant sans espoir ou en rébellion, mais plutôt en étant soutenu et nourri par la présence du Seigneur.

Nous lisons en Luc 23,27, « Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. » Un partage qui consiste seulement en quelques paroles de compassion, même accompagné de larmes, n’est pas suffisant. Chacun de nous doit être conscient de sa propre responsabilité dans le drame de la souffrance spécialement dans la souffrance du juste et de l’innocent. Les paroles de Jésus dans Luc 23,31 nous invite à lire l’histoire des individus et des communautés d’une façon réaliste. « Car si ces choses sont faites quand le bois est vert, qu’est ce qui arrive quand c’est sec? Cela veut dire : si l’innocent est celui qui est frappé en route, qu’arrivera-t-il à ceux qui sont responsables du mal qui survient dans l’histoire des individus et des nations?

Jésus n’a pas compris son existence sur la terre comme une recherche de pouvoir, ni comme une course au succès ou à une carrière, comme un désir de dominer les autres. Au contraire, comme nous le lisons aujourd’hui dans la seconde lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens, il céda les privilèges du fait d’être l’égal de Dieu pour prendre la forme de serviteur et devint comme les hommes et fut obéissant au projet du Père jusqu’à la mort sur une croix (Phil 2, 6-11). En commémorant les événements de la Semaine Sainte, nous faisons beaucoup plus que rappeler la souffrance et l’entrée dans la gloire du Seigneur. La puissance salvifique de sa Mort et de sa Résurrection nous pénètre. Jésus devient lumière et salut pour chaque individu et pour toute l’humanité. [Read more…]

Suivre Jésus sur le chemin royal de la Croix

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Réflexion biblique pour le dimanche des Rameaux C

Cette année, au dimanche des Rameaux, nous entendons deux parties de l’évangile de Luc – le premier à la bénédiction des Rameaux et le second lors de la lecture du récit de la Passion. Avec l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, (19, 28-21,38) une nouvelle section de l’évangile commence – le ministère de Jésus à Jérusalem avant sa mort et résurrection.

Dans un élan d’enthousiasme, le peuple de Jérusalem a agité les palmes et accueilli Jésus comme il entrait dans la ville, monté sur un âne. L’acclamation : «Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur » (v.38) est présente seulement dans l’évangile de Luc où est explicitement donné à Jésus le titre de roi lorsqu’il entre en triomphe dans Jérusalem. Luc a inséré ce titre dans les paroles du psaume 118,26 qui annonçait l’arrivée des pèlerins venant vers la ville sainte et au temple. Jésus est acclamé comme roi et comme celui qui vient (Malachie 3,1; Luc 7,19). L’acclamation des disciples: « Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux» fait écho à l’annonce des anges à la naissance de Jésus (Luc 2,14). La paix que Jésus apporte est associée au salut qui doit être accompli à Jérusalem. Il y a une unité interne entre les récits de l’enfance et la passion de l’évangile de Luc.

Luc est lié à Marc pour la composition du récit de sa Passion (22,14-23.56) mais il a incorporé beaucoup de sa propre tradition dans le récit. On distingue plusieurs parties dans le récit de la Passion de Jésus dans Luc: 1 la tradition de l’institution de l’Eucharistie (22, 15-20); 2 Le discours d’adieu de Jésus (22,21-38); 3 Le mauvais traitement et l’interrogation de Jésus (22,63-71); 4 Jésus devant Hérode et sa seconde apparition devant Pilate (23,6-16); 5 les paroles adressées aux femmes qui suivaient le chemin de croix (23, 27-32); 6 les paroles au larron pénitent (23, 39-41); 7 la mort de Jésus (23,46, 47b-49). [Read more…]