Discours du Pape aux personnes consacrées de Témara au Maroc

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’allocution du pape François lors de la rencontre avec le clergé, religieux, religieuses ainsi que le Centre oecuménique des églises en la cathédrale de Rabat:

Chers frères et sœurs,
Je suis très heureux de pouvoir vous rencontrer. Je remercie spécialement le Père Germain et Sœur Mary pour leurs témoignages. Je tiens aussi à saluer les membres du Conseil Œcuménique des Églises, qui manifeste visiblement la communion vécue ici, au Maroc, entre les chrétiens de différentes confessions, sur le chemin de l’Unité. Les chrétiens sont un petit nombre dans ce pays. Mais cette réalité n’est pas, à mes yeux, un problème, même si elle peut parfois s’avérer difficile à vivre pour certains. Votre situation me rappelle la question de Jésus : « À quoi le règne de Dieu est- il comparable, à quoi vais-je le comparer ? […] Il est comparable au levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » (Lc 13, 18.21). En paraphrasant les paroles du Seigneur nous pourrions nous demander : à quoi est comparable un chrétien sur ces terres ? A quoi puis-je le comparer ? Il est comparable à un peu de levain que la mère Eglise veut mélanger à une grande quantité de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. En effet, Jésus ne nous a pas choisis et envoyés pour que nous devenions les plus nombreux ! Il nous a appelés pour une mission. Il nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne.

Cela signifie, chers amis, que notre mission de baptisés, de prêtres, de consacrés, n’est pas déterminée particulièrement par le nombre ou par l’espace que nous occupons, mais par la capacité que l’on a de produire et de susciter changement, étonnement et compassion ; par la manière dont nous vivons comme disciples de Jésus, au milieu de celles et ceux dont nous partageons le quotidien, les joies, les peines, les souffrances et les espoirs (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 1). Autrement dit, les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme, qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15).

Je pense que la préoccupation surgit quand nous chrétiens, nous sommes harcelés par la pensée de pouvoir être signifiants seulement si nous sommes une masse et si nous occupons tous les espaces. Vous savez bien que la vie se joue avec la capacité que nous avons de « lever » là où nous nous trouvons et avec qui nous nous trouvons. Même si apparemment cela ne peut pas apporter d’avantages tangibles ou immédiats (cf. Exhort. apost. Evangelii gaudium, n. 210). Parce qu’être chrétien, ce n’est pas adhérer à une doctrine, ni à un lieu de culte, ni à un groupe ethnique. Etre chrétien c’est une rencontre. Nous sommes chrétiens parce que nous avons été aimés et rencontrés et non pas parce que nous sommes des fruits du prosélytisme. Être chrétien, c’est se savoir pardonnés et invités à agir de la même manière dont Dieu a agi avec nous, puisque « à ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13, 35).

Conscient du contexte dans lequel vous êtes appelés à vivre votre vocation baptismale, votre ministère, votre consécration, chers frères et sœurs, il me vient à l’esprit cette parole du saint Pape Paul VI dans son Encyclique Ecclesiam suam : « L’Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Église se fait parole ; l’Église se fait message ; l’Église se fait conversation » (n.67). Affirmer que l’Église doit entrer en dialogue ne relève pas d’une mode, encore moins d’une stratégie pour accroître le nombre de ses membres ! Si l’Église doit entrer en dialogue, c’est par fidélité à son Seigneur et Maître qui, depuis le commencement, mu par l’amour, a voulu entrer en dialogue comme un ami et nous inviter à participer à son amitié (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 2). Ainsi, comme disciples de Jésus Christ, nous sommes appelés, depuis le jour de notre baptême, à faire partie de ce dialogue de salut et d’amitié, dont nous sommes les premiers bénéficiaires.

En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propre vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu. Ce dialogue de salut, comme consacrés, nous sommes invités à le vivre avant tout comme une intercession pour le peuple qui nous a été confié. Je me souviens d’une fois, parlant avec un prêtre qui se trouvait comme vous sur une terre où les chrétiens sont une minorité, il me racontait que la prière du « Notre Père » avait acquis en lui un écho spécial parce que, en priant au milieu de personnes d’autres religions, il ressentait avec force les paroles « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». La prière d’intercession du missionnaire pour ce peuple, qui d’une certaine manière lui avait été confié, non pas pour l’administrer mais pour l’aimer, le conduisait à prier cette prière avec un ton et un goût spécial. Le consacré, le prêtre porte à son autel, dans sa prière la vie de ses compatriotes et maintient vivante, comme à travers une petite brèche dans cette terre, la force vivifiante de l’Esprit.

Comme il est beau de savoir que, en divers lieux de cette terre, dans vos voix, la création peut implorer et continuer à dire : « Notre Père ».

C’est donc un dialogue qui devient prière et que nous pouvons réaliser concrètement tous les jours au nom « de la “fraternité humaine” qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux. Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division, par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes » (Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). Une prière qui ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais qui se fait l’écho de la vie du prochain ; prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes. C’est l’expérience vécue par la majorité d’entre vous.

Je remercie Dieu pour ce que vous avez fait, comme disciples de Jésus Christ, ici au Maroc, en trouvant chaque jour dans le dialogue, dans la collaboration et dans l’amitié, les instruments pour semer avenir et espérance. Ainsi vous démasquez et réussissez à mettre en évidence toutes les tentatives d’utiliser les différences et l’ignorance pour semer la peur, la haine et le conflit. Parce que nous savons que la peur et la haine, nourries et manipulées, déstabilisent et laissent spirituellement sans défense nos communautés.

Je vous encourage, sans autre désir que de rendre visible la présence et l’amour du Christ qui s’est fait pauvre pour nous pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Co 8,9) : continuez à vous faire proches de ceux qui sont souvent laissés de côté, des petits et des pauvres, des prisonniers et des migrants. Que votre charité se fasse toujours active et soit ainsi un chemin de communion entre les chrétiens de toutes les confessions présentes au Maroc : l’œcuménisme de la charité. Qu’elle puisse être aussi un chemin de dialogue et de coopération avec nos frères et sœurs musulmans et avec toutes les personnes de bonne volonté. La charité, spécialement envers les plus faibles, est la meilleure opportunité que nous avons pour continuer à travailler en faveur d’une culture de la rencontre. Qu’elle soit enfin ce chemin qui permette d’aller, sous le signe de la fraternité, vers les personnes blessées, éprouvées, empêchées de se reconnaître membres de l’unique famille humaine. Comme disciples de Jésus Christ, dans ce même esprit de dialogue et de coopération, ayez toujours à cœur d’apporter votre contribution au service de la justice et de la paix, de l’éducation des enfants et des jeunes, de la protection et de l’accompagnement des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés.

Je vous remercie encore vous tous, frères et sœurs, pour votre présence et pour votre mission ici au Maroc. Merci pour votre présence humble et discrète, à l’exemple de nos anciens dans la vie consacrée, parmi lesquels je veux saluer la doyenne, sœur Ersilia. A travers toi, chère sœur, j’adresse un salut cordial aux sœurs et aux frères âgés qui, en raison de leur état de santé, ne sont pas présents physiquement mais sont unis à nous par la prière.

Vous tous, vous êtes des témoins d’une histoire qui est glorieuse parce qu’elle est une histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie consumée dans le service, de constance dans le travail fatigant, parce que tout travail est à la sueur du front. Mais permettez-moi de vous dire aussi : « Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire ! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie » (Exhort apost. postsyn. Vita consecrata, n. 110), pour continuer à être un signe vivant de cette fraternité à laquelle le Père nous a appelés, sans volontarisme ni résignation, mais comme des croyants qui savent que le Seigneur nous précède toujours et ouvre des espaces d’espérance là où quelque chose ou quelqu’un semblait perdu.

Que le Seigneur bénisse chacun de vous, et à travers vous les membres de toutes vos communautés. Que son Esprit vous aide à porter des fruits en abondance : des fruits de dialogue, de justice, de paix, de vérité et d’amour pour qu’ici, sur cette terre aimée de Dieu, grandisse la fraternité humaine. Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci.

Et maintenant, mettons-nous sous la protection de la Vierge Marie, en récitant l’Angélus. [00535-FR.01] [Texte original: Italien]

Discours du pape François avec les migrants de Rabat au Maroc


Vous trouverez ci-dessous le texte du discours du pape François tel que prononcé lors de la rencontre avec les migrants au Centre Caritas diocésain de Rabat au Maroc:

Chers amis,
Je suis heureux d’avoir cette possibilité de vous rencontrer au cours de ma visite au Royaume du Maroc. Il s’agit pour moi d’une nouvelle occasion de vous exprimer à tous ma proximité, et avec vous affronter une grande et grave blessure qui continue à déchirer le début de ce XXIème siècle. Blessure qui crie vers le ciel. Et c’est pourquoi nous ne voulons pas que l’indifférence et le silence soient notre parole (cf. Is 3, 7). Encore plus quand on relève qu’il y a de nombreux millions de réfugiés et d’autres migrants forcés qui demandent la protection internationale, sans compter les victimes de la traite et des nouvelles formes d’esclavage aux mains d’organisations criminelles. Personne ne peut être indifférent devant cette souffrance.

Je remercie Mgr Santiago pour ses mots d’accueil et pour l’engagement de l’Eglise au service des migrants. Merci aussi à Jackson pour son témoignage ; merci à vous tous, migrants et membres des associations qui sont à leur service, venus ici cet après-midi pour nous trouver ensemble, pour renforcer les liens entre nous et continuer à nous engager pour garantir des conditions de vie digne pour tous. Et merci aux enfants ! Eux sont l’espérance. Pour eux, nous devons lutter, pour eux. Ils ont droit, droit à la vie, droit à la dignité. Luttons pour eux. Tous nous sommes appelés à répondre aux nombreux défis posés par les migrations contemporaines, avec générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance, chacun selon ses propres possibilités (cf. Message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, 2018).

Il y a quelques mois s’est déroulée, ici au Maroc, la Conférence Intergouvernementale de Marrakech qui a entériné l’adoption du Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière. « Le Pacte sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois au niveau multilatéral le thème dans un document d’importance » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2019).

Ce Pacte permet de reconnaître et de prendre conscience qu’il « ne s’agit pas seulement de migrants » (cf. le Thème de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2019 sur les migrations constitue un important pas en avant pour la communauté internationale qui, dans le cadre des Nations Unies, affronte pour la première fois au niveau multilatéral le thème dans un document d’importance » (Discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 7 janvier 2019.), comme si leurs vies étaient une réalité étrangère ou marginale, qui n’aurait rien à voir avec le reste de la société. Comme si leur qualité de personne avec des droits restait « en suspens » à cause de leur situation actuelle ; « effectivement un migrant n’est pas plus humain ou moins humain en fonction de sa situation d’un côté ou de l’autre d’une frontière »[1].

Ce qui est en jeu, c’est le visage que nous voulons nous donner comme société et la valeur de toute vie. Des pas en avant nombreux et positifs ont été faits dans différents domaines, spécialement dans les sociétés développées, mais nous ne pouvons pas oublier que le progrès de nos peuples ne peut pas se mesurer seulement par le développement technologique ou économique. Il dépend surtout de la capacité de se laisser remuer et toucher par celui qui frappe à la porte et qui avec son regard discrédite et prive d’autorité toutes les fausses idoles qui hypothèquent la vie et la réduisent en esclavage; idoles qui promettent un bonheur illusoire et éphémère, construit aux marges de la réalité et de la souffrance des autres. Comme devient déserte et inhospitalière une ville quand elle perd la capacité de la compassion ! une société sans cœur… une mère stérile. Vous n’êtes pas des marginaux, vous êtes au centre du cœur de l’Eglise.

J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité.

« En considérant la situation actuelle, accueillir signifie avant tout offrir aux migrants et aux réfugiés de plus grandes possibilités d’entrée sûre et légale dans les pays de destination » (Message Journée mondiale du Migrant 2018). L’élargissement des canaux migratoires réguliers est de fait un des objectifs principaux du Pacte mondial. Cet engagement commun est nécessaire pour ne pas accorder de nouveaux espaces aux ‘marchands de chair humaine’ qui spéculent sur les rêves et sur les besoins des migrants. Tant que cet engagement ne sera pas pleinement réalisé, on devra affronter la pressante réalité des flux irréguliers avec justice, solidarité et miséricorde. Les formes d’expulsion collective, qui ne permettent pas une gestion correcte des cas particuliers, ne doivent pas être acceptées. Par contre les parcours de régularisation extraordinaires, surtout dans le cas de familles et de mineurs, doivent être encouragés et simplifiés.

Protéger veut dire assurer la défense « des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés, indépendamment de leur statut migratoire » (ibid.). En regardant la réalité de cette région, la protection doit être assurée avant tout le long des routes migratoires, qui sont souvent, hélas, des théâtres de violence, d’exploitation et d’abus en tous genres. Ici aussi il apparaît nécessaire de porter une attention particulière aux migrants en situation de grande vulnérabilité, aux nombreux mineurs non accompagnés et aux femmes. Il est essentiel de pouvoir garantir à tous une assistance médicale, psychologique et sociale adéquate pour redonner dignité à qui l’a perdue au cours du chemin, comme s’y consacrent avec dévouement les opérateurs de cette structure. Et parmi vous, il y en a qui peuvent témoigner combien sont importants ces services de protection, pour donner une nouvelle espérance aux migrants, aussi longtemps qu’ils séjournent dans les pays qui les ont accueillis.

Promouvoir, signifie assurer à tous, migrants et autochtones, la possibilité de trouver un milieu sûr où se réaliser intégralement. Cette promotion commence avec la reconnaissance que personne n’est un déchet humain, mais que chacun est porteur d’une richesse personnelle, culturelle et professionnelle qui peut apporter beaucoup de valeur là où il se trouve. Les sociétés d’accueil en seront enrichies si elles savent valoriser au mieux la contribution des migrants, en prévenant tout type de discrimination et tout sentiment xénophobe. L’apprentissage de la langue locale, comme véhicule essentiel de communication interculturelle, sera vivement encouragé, de même que toute forme positive de responsabilisation des migrants envers la société qui les accueille, apprenant à y respecter les personnes et les liens sociaux, les lois et la culture, pour offrir ainsi une contribution renforcée au développement humain intégral de tous.

Mais n’oublions pas que la promotion humaine des migrants et de leurs familles commence aussi par les communautés d’origine, là où doit être aussi garanti, avec le droit d’émigrer, celui de ne pas être contraints à émigrer, c’est-à-dire le droit de trouver dans sa patrie des conditions qui permettent une vie digne. J’apprécie et j’encourage les efforts des programmes de coopération internationale et de développement transnational dégagés d’intérêts partisans, où les migrants sont impliqués comme les principaux protagonistes (cf. Discours aux participants au forum international sur « migration et paix », 21 février 2017).

Intégrer veut dire s’engager dans un processus qui valorise à la fois le patrimoine culturel de la communauté qui accueille et celui des migrants, construisant ainsi une société interculturelle et ouverte. Nous savons qu’il n’est pas du tout facile d’entrer dans une culture qui nous est étrangère – aussi bien pour qui arrive que pour qui accueille –, de nous mettre à la place de personnes très différentes de nous, de comprendre leurs pensées et leurs expériences. Ainsi, souvent, nous renonçons à la rencontre avec l’autre et nous élevons des barrières pour nous défendre (cf. Homélie pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié, 14 janvier 2018). Intégrer demande donc de ne pas se laisser conditionner par les peurs et par l’ignorance.

Ici il y a un chemin à faire ensemble, comme de vrais compagnons de voyage, un voyage qui nous engage tous, migrants et autochtones, dans l’édification de villes accueillantes, plurielles et attentives aux processus interculturels, des villes capables de valoriser la richesse des différences dans la rencontre de l’autre. Et dans ce cas aussi, beaucoup parmi vous peuvent témoigner personnellement combien un tel engagement est essentiel.

Chers amis migrants, l’Eglise reconnaît les souffrances qui jalonnent votre chemin et elle en souffre avec vous. En vous rejoignant dans vos situations si diverses, elle tient à rappeler que Dieu veut faire de nous tous des vivants. Elle désire se tenir à vos côtés pour construire avec vous ce qui est le meilleur pour votre vie. Car tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’! Toute personne a droit à un avenir.

Je voudrais encore exprimer mes remerciements à toutes les personnes qui se sont mises au service des migrants et des réfugiés dans le monde entier, et aujourd’hui particulièrement à vous, opérateurs de la Caritas, qui avez l’honneur de manifester l’amour miséricordieux de Dieu à tant de nos frères et sœurs au nom de toute l’Eglise, ainsi qu’à toutes les associations partenaires. Vous savez bien et vous faites l’expérience que pour le chrétien « il ne s’agit pas seulement de migrants », mais c’est le Christ lui-même qui frappe à nos portes.

Que le Seigneur, qui durant son existence terrestre a vécu dans sa propre chair la souffrance de l’exil, bénisse chacun de vous, vous donne la force nécessaire pour ne pas vous décourager et pour être les uns pour les autres « un port sûr » d’accueil.

Merci. ____________________

[1] Discours de S.M. le Roi du Maroc à la Conférence Intergouvernementale sur les migrations, Marrakech, 10 décembre 2018.

[00534-FR.02] [Texte original: Italien]

Le Vatican à l’heure de l’intelligence artificielle

(CNS photo/Fabrizio Bensch, Reuters)

Cette semaine, le pape François recevait en audience privée le PDG de Microsoft, Brad Smith, afin de discuter des différents défis que pose le développement des technologies informatiques et plus spécifiquement de l’intelligence artificielle. Suite à de nombreux pourparlers et partageant une préoccupation commune, le Vatican et la firme américaine ont donc décidé de créer un prix international sur « l’éthique dans l’intelligence artificielle ». Ayant pour but d’encourager le développement d’une « intelligence artificielle » (IA) «au service du bien commun et de réduire la fracture numérique dans le monde », ce nouveau prix manifeste le souci des plus hautes instances de l’Église et l’industrie ainsi que de l’urgence d’élaborer une éthique à même d’accompagner son développement rapide.

Des robots au service de l’homme

L’intelligence artificielle est un problème complexe qui doit, pour être bien compris, faire l’objet de nombreuses nuances. Par exemple, nous chrétiens, nous savons que l’intelligence est une faculté proprement spirituelle[1] et, donc, que c’est seulement par analogie que nous utilisons le terme « intelligence ». Les développeurs actuels de la robotique et de l’informatique entendent plutôt une capacité autonome de faire des liens et de calculer. Ce qui n’est pas, à proprement parler, de l’intelligence. Cette première distinction nous permet d’éloigner les différents scénarios catastrophes à la « Terminator ». Derrière et devant toute machine, il y a un homme ou une femme. L’être humain étant la cause de l’acte exercé par une machine, il en demeura toujours le premier responsable. Ainsi, loin de condamner purement et simplement le développement technologique, l’Église invite plutôt à la formation des consciences des développeurs afin que leurs travaux soient orientés à créer des outils capables de servir le bien de l’humanité.

En ce sens, les outils technologiques apparus au cours des dernières décennies possèdent un potentiel incroyable pour améliorer les conditions de vie de l’humanité dans son ensemble. Par exemple, ces instruments de calcul des probabilités devenant extrêmement perfectionnés, les différents décideurs publics et privés pourront plus facilement prendre des décisions tenant compte de la complexité du monde et, ainsi, éviter le plus possible les effets pervers qui accompagnent toute décision politique ou sociale.

Des risques à éviter

Il est évident que les tentations liées au développement de l’intelligence artificielle sont là et elles sont nombreuses. Comme toute technologie, c’est l’intention et les buts poursuivis par ceux qui les utilisent qui rendent cette technologie bonne ou mauvaise. Lorsqu’on regarde certains courants de nos sociétés, on s’aperçoit rapidement que les risques de dérapages sont bien réels. On peut penser aux différentes pertes d’emplois qui pourraient découler d’une rapide automatisation dans divers secteurs. On voit aussi la tendance sous-jacente dans de nombreux milieux à vouloir utiliser ces technologies pour dépasser ce qu’ils considèrent comme des limites à la liberté humaine. Lorsqu’on écoute certains discours, on voit les conséquences sociales que pourrait produire la mise en application de l’utopie du transhumanisme.

Définir des priorités

Cette première collaboration entre Microsoft et l’Académie pontificale pour la Vie manifeste à quel point plusieurs hauts dirigeants de l’industrie sont conscients de leur responsabilité. Tous sont conscients que des innovations suivant une logique du profit à court terme ne peuvent être économiquement bénéfiques qu’à court terme. Mais à plus ou moins long terme, tous en sont victimes d’une manière ou d’une autre. Par exemple, on sait aujourd’hui que le développement doit se faire en respectant des normes environnementales et que, si ce n’est pas le cas, c’est l’ensemble de la société, y compris les corporations elles-mêmes, qui devront en payer les coût humains et économiques. D’où l’importance d’un développement respectant des principes clairs. En ce sens, on peut concevoir les principes éthiques non pas négativement comme des freins aux « mauvaises idées » mais positivement. Cela est vrai de deux manières.

D’abord, les principes éthiques rendent visibles les différents besoins réels de l’humanité. Par exemple, le principe de la « dignité humaine » pourra orienter les recherches de l’intelligence artificielle afin qu’elle améliore les conditions inhumaines dans lesquelles vivent encore des millions de personnes.

On peut également regarder ces technologies comme permettant une plus grande efficience dans l’utilisation des matières premières non-renouvelables. Par exemple, les ordinateurs ultra-puissants sont en mesure de calculer la trajectoire des transports de marchandises au niveau mondial et ainsi, permettent une organisation des transports plus efficace. En ce sens, on réduit considérablement l’empreinte environnementale liée au transport ainsi que les coûts liés au transport. Tout le monde y gagne !

Un urgent travail intellectuel

Comme l’affirmait le père Frédéric Louzeau dans une entrevue avec Hélène Destombes à Vatican média Cité du Vatican : « L’apport de l’Église à la réflexion se trouve, entre autres, dans le fait qu’elle permet d’éviter tant la diabolisation que la divinisation ». En ce sens, ce nouveau prix et cette collaboration entre Microsoft et l’Académie pontificale pour la Vie sera d’une aide précieuse dans les années à venir afin que, comme le disait le pape saint Paul VI : « Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse » […] «si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme »

[1] Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, 1a, q. 79.

Homélie du Pape François lors de la Messe à Abu Dhabi

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie du Pape François tel que prononcé lors de la Messe au Stade de sport Zayed d’Abu Dhabi (photo CNS photo/Paul Haring) :

Heureux : c’est la parole avec laquelle Jésus commence sa prédication dans l’Evangile de Matthieu. Et c’est le refrain qu’il répète aujourd’hui, presqu’à vouloir fixer dans notre cœur, avant tout, un message de base : si tu es avec Jésus, si, comme les disciples d’alors, tu aimes écouter sa parole, si tu cherches à la vivre chaque jour, tu es heureux. Non tu seras heureux, mais tu es heureux. : voilà la première réalité de la vie chrétienne. Elle ne se présente pas comme une liste de prescriptions extérieures à accomplir ou comme un ensemble complexe de doctrines à connaître. Ce n’est surtout pas cela ; c’est se savoir, en Jésus, enfants aimés du Père. C’est vivre la joie de cette béatitude, c’est entendre la vie comme une histoire d’amour, l’histoire de l’amour fidèle de Dieu qui ne nous abandonne jamais et veut être en communion avec nous toujours. Voici le motif de notre joie, d’une joie que personne au monde et qu’aucune circonstance de la vie ne peuvent nous enlever. C’est une joie qui donne de la paix même dans la souffrance, [une joie] qui déjà nous donne un avant-goût de ce bonheur qui nous attend pour toujours. Chers frères et sœurs, dans la joie de vous rencontrer, c’est la parole que je suis venu vous dire, heureux ! 

Maintenant, si Jésus dit heureux ses disciples, les motifs de chacune des Béatitudes frappent toutefois. En elles nous voyons un renversement de la pensée commune, selon laquelle sont heureux les riches, les puissants, ceux qui ont du succès et sont acclamés par les foules. Pour Jésus, au contraire, heureux sont les pauvres, les doux, ceux qui restent justes même au prix de faire triste figure, les persécutés. Qui a raison, Jésus ou le monde ? Pour comprendre, regardons comment a vécu Jésus : pauvre de choses et riche d’amour, il a guéri tant de vies, mais n’a pas épargné la sienne. Il est venu pour servir, non pour être servi ; il nous a enseigné que ce n’est pas celui qui a qui est grand, mais celui qui donne. Juste et doux, il n’a pas opposé de résistance et s’est laissé condamner injustement. De cette façon, Jésus a porté dans le monde l’amour de Dieu. Seulement ainsi, il a vaincu la mort, le péché, la peur et la mondanité elle-même : avec la seule force de l’amour divin. Demandons aujourd’hui, ici ensemble, la grâce de redécouvrir l’attrait de suivre Jésus, de l’imiter, de ne pas chercher quelqu’un d’autre que Lui et son humble amour. Parce que c’est là que se tient, dans la communion avec Lui et dans l’amour pour les autres, le sens de la vie sur la terre. Croyez-vous à cela ? 

Je suis venu aussi pour vous dire merci pour la manière dont vous vivez l’Evangile que nous avons entendu. On dit qu’entre l’Evangile écrit et l’Evangile vécu il y a la même différence qui existe entre la musique écrite et celle jouée. Vous connaissez ici la mélodie de l’Evangile et vous vivez l’enthousiasme de son rythme. Vous êtes un chœur qui comprend une variété de nations, de langues et de rites ; une diversité que l’Esprit Saint aime et veut toujours plus harmoniser, pour en faire une symphonie. Cette joyeuse polyphonie de la foi est un témoignage que vous donnez à tous et qui construit l’Eglise. J’ai été touché par ce que Monseigneur Hinder a dit une fois c’est-à-dire que non seulement il se sent votre Pasteur, mais que vous, par votre exemple, vous êtes souvent des pasteurs pour lui. 

Vivre en bienheureux et suivre la voie de Jésus ne signifie pas toutefois être toujours dans l’allégresse. Celui qui est affligé, qui subit des injustices, qui se dépense pour être un artisan de paix sait ce que signifie souffrir. Pour vous, ce n’est certes pas facile de vivre loin de la maison et de sentir bien sûr, en plus de l’absence de l’affection des personnes les plus chères, l’incertitude de l’avenir. Mais le Seigneur est fidèle et il n’abandonne pas les siens. Un épisode de la vie de saint Antoine, abbé, le grand initiateur du monachisme dans le désert, peut nous aider. Pour le Seigneur, il avait tout laissé et se trouvait dans le désert. Là pendant un certain temps, il fut aux prises avec une âpre lutte spirituelle qui ne lui laissait pas de répit, assailli par des doutes et l’obscurité, et même par la tentation de céder à la nostalgie et aux regrets pour la vie passée. Le Seigneur le consola ensuite après tant de tourments et saint Antoine lui demanda : « Où étais-tu ? Pourquoi n’es-tu pas apparu avant pour me libérer des souffrances ? » Alors il entendit distinctement la réponse de Jésus : « J’étais là, Antoine » (S. ATHANASE, Vita Antonii, 10). Le Seigneur est proche. Il peut arriver, devant une épreuve ou dans une période difficile, de penser être seul même après tant de temps passé avec le Seigneur. Mais dans ces moments, même s’il n’intervient pas tout de suite, il marche à nos côtés, si nous continuons à aller de l’avant, il ouvrira un chemin nouveau. Parce que le Seigneur est un spécialiste pour faire des choses nouvelles, il sait ouvrir des voies même dans le désert (cf. Is 43, 19). 

Chers frères et sœurs, je voudrais vous dire aussi que vivre les Béatitudes ne demande pas de gestes éclatants. Regardons Jésus : il n’a rien laissé d’écrit, il n’a rien construit d’imposant. Et lorsqu’il nous a dit comment vivre il ne nous a pas demandé d’élever de grandes œuvres ou de nous signaler en accomplissant des gestes extraordinaires. Il nous a demandé de réaliser une seule œuvre d’art, possible pour tous : celle de notre vie. Les Béatitudes sont alors un plan de vie : elles ne demandent pas des actions surhumaines, mais d’imiter Jésus dans la vie de tous les jours. Elles invitent à tenir son cœur propre, à pratiquer la douceur et la justice malgré tout, à être miséricordieux avec tous, à vivre l’affliction en étant unis à Dieu. C’est la sainteté du vivre-au-quotidien, qui n’a pas besoin de miracles et de signes extraordinaires. Les Béatitudes ne sont pas pour des superhommes, mais pour qui affronte les défis et les épreuves de chaque jour. Celui qui les vit selon Jésus rend propre le monde. Il est comme un arbre qui, même en terre aride, absorbe chaque jour de l’air pollué et le restitue oxygéné. Je vous souhaite d’être ainsi, bien enracinés en Jésus et prêts à faire du bien à quiconque vous est proche. Que vos communautés soient des oasis de paix. 

Enfin, je voudrais m’arrêter brièvement sur deux Béatitudes. La première : « Heureux les doux » (Mt 5, 5). N’est pas heureux celui qui agresse ou écrase, mais celui qui garde le comportement de Jésus qui nous a sauvé : doux aussi devant ses accusateurs. J’aime citer saint François, quand il donne aux frères des instructions sur la manière de se rendre auprès des Sarrasins et des non chrétiens. Il a écrit : « Ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et confesser simplement qu’ils sont chrétiens » (Première Règle, XVI). Ni procès, ni disputes : à cette époque, tandis que beaucoup partaient revêtus de pesantes armures, saint François a rappelé que le chrétien part armé seulement de sa foi humble et de son amour concret. Elle est importante la douceur : si nous vivons dans le monde à la manière de Dieu, nous deviendrons des canaux de sa présence ; autrement, nous ne porterons pas de fruit. 

Le seconde Béatitude : « Heureux les artisans de paix » (v. 9) Le chrétien promeut la paix, à commencer par la communauté dans laquelle il vit. Dans le livre de l’Apocalypse, parmi les communautés à qui Jésus lui-même s’adresse, il y en a une, celle de Philadelphie, qui je crois vous ressemble. C’est une Eglise que le Seigneur, à la différence de toutes autres, ne réprimande en rien. En effet, elle a gardé la parole de Jésus, sans renier son nom, et elle a persévéré, c’est-à-dire qu’elle est allée de l’avant, même dans les difficultés. Et c’est un aspect important : le nom Philadelphie signifie amour entre les frères. L’amour fraternel. Donc, une Eglise qui persévère dans la parole de Jésus et dans l’amour fraternel est appréciée du Seigneur et porte du fruit. Je demande pour vous la grâce de garder la paix, l’unité, de prendre ici soin les uns des autres, avec cette belle fraternité pour laquelle il n’y a pas de chrétiens de première et de seconde classe. 

Que Jésus, qui vous appelle heureux, vous donne la grâce d’aller toujours de l’avant sans vous décourager, en grandissant dans l’amour « entre vous et envers tous » (1 Th 3, 12). 

Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune

Vous trouverez ci-dessous le Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune tel que signée par le Grand Imam d’Al-Azhar Ahamad al-Tayyib ainsi que Sa Sainteté le Pape François lors de son voyage apostolique aux Émirats arabes unis ( CNS photo/Paul Haring) :

A V ANT-PROPOS

La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. De la foi en Dieu, qui a créé l’univers, les créatures et tous les êtres humains – égaux par Sa Miséricorde –, le croyant est appelé à exprimer cette fraternité humaine, en sauvegardant la création et tout l’univers et en soutenant chaque personne, spécialement celles qui sont le plus dans le besoin et les plus pauvres.

Partant de cette valeur transcendante, en diverses rencontres dans une atmosphère de fraternité et d’amitié, nous avons partagé les joies, les tristesses et les problèmes du monde contemporain, au niveau du progrès scientifique et technique, des conquêtes thérapeutiques, de l’époque digitale, des mass media, des communications ; au niveau de la pauvreté, des guerres et des malheurs de nombreux frères et sœurs en diverses parties du monde, à cause de la course aux armements, des injustices sociales, de la corruption, des inégalités, de la dégradation morale, du terrorisme, de la discrimination, de l’extrémisme et de tant d’autres motifs.

De ces échanges fraternels et sincères, que nous avons eus, et de la rencontre pleine d’espérance en un avenir lumineux pour tous les êtres humains, est née l’idée de ce « Document sur la Fraternité humaine ». Un document raisonné avec sincérité et sérieux pour être une déclaration commune de bonne et loyale volonté ,destinée à inviter toutes les personnes qui portent dans le cœur la foi en Dieu et la foi dans la fraternité humaine, à s’unir et à travailler ensemble, afin que ce Document devienne un guide pour les nouvelles générations envers la culture du respect réciproque, dans la compréhension de la grande grâce divine qui rend frères tous les êtres humains.

DOCUMENT

Au nom de Dieu qui a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux, pour peupler la terre et y répandre les valeurs du bien, de la charité et de la paix.

Au nom de l’âme humaine innocente que Dieu a interdit de tuer, affirmant que quiconque tue une personne est comme s’il avait tué toute l’humanité et que quiconque en sauve une est comme s’il avait sauvé l’humanité entière.

Au nom des pauvres, des personnes dans la misère, dans le besoin et des exclus que Dieu a commandé de secourir comme un devoir demandé à tous les hommes et, d’une manière particulière, à tout homme fortuné et aisé.

Au nom des orphelins, des veuves, des réfugiés et des exilés de leurs foyers et de leurs pays ; de toutes les victimes des guerres, des persécutions et des injustices ; des faibles, de ceux qui vivent dans la peur, des prisonniers de guerre et des torturés en toute partie du monde, sans aucune distinction.

Au nom des peuples qui ont perdu la sécurité, la paix et la coexistence commune, devenant victimes des destructions, des ruines et des guerres.

Au nom de la « fraternité humaine » qui embrasse tous les hommes, les unit et les rend égaux.

Au nom de cette fraternité déchirée par les politiques d’intégrisme et de division ,et par les systèmes de profit effréné et par les tendances idéologiques haineuses, qui manipulent les actions et les destins des hommes.

Au nom de la liberté, que Dieu a donnée à tous les êtres humains, les créant libres et les distinguant par elle.

Au nom de la justice et de la miséricorde, fondements de la prospérité et pivots de la foi.

Au nom de toutes les personnes de bonne volonté, présentes dans toutes les régions de la terre.

Au nom de Dieu et de tout cela, Al-Azhar al-Sharif – avec les musulmans d’Orient et d’Occident –, conjointement avec l’Eglise catholique – avec les catholiques d’Orient et d’Occident –, déclarent adopter la culture du dialogue comme chemin ; la collaboration commune comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère.

Nous – croyants en Dieu, dans la rencontre finale avec Lui et dans Son Jugement –, partant de notre responsabilité religieuse et morale, et par ce Document, nous demandons à nous- mêmes et aux Leaders du monde, aux artisans de la politique internationale et de l’économie mondiale, de s’engager sérieusement pour répandre la culture de la tolérance, de la coexistence et de la paix; d’intervenir, dès que possible, pour arrêter l’effusion de sang innocent, et de mettre fin aux guerres, aux conflits, à la dégradation environnementale et au déclin culturel et moral que le monde vit actuellement.

Nous nous adressons aux intellectuels, aux philosophes, aux hommes de religion, aux artistes, aux opérateurs des médias et aux hommes de culture en toute partie du monde, afin qu’ils retrouvent les valeurs de la paix, de la justice, du bien, de la beauté, de la fraternité humaine et de la coexistence commune, pour confirmer l’importance de ces valeurs comme ancre de salut pour tous et chercher à les répandre partout.

Cette Déclaration, partant d’une réflexion profonde sur notre réalité contemporaine, appréciant ses réussites et partageant ses souffrances, ses malheurs et ses calamités, croit fermement que parmi les causes les plus importantes de la crise du monde moderne se trouvent une conscience humaine anesthésiée et l’éloignement des valeurs religieuses, ainsi que la prépondérance de l’individualisme et des philosophies matérialistes qui divinisent l’homme et mettent les valeurs mondaines et matérielles à la place des principes suprêmes et transcendants.

Nous, reconnaissant aussi les pas positifs que notre civilisation moderne a accomplis dans les domaines de la science, de la technologie, de la médecine, de l’industrie et du bien-être, en particulier dans les pays développés, nous soulignons que, avec ces progrès historiques, grands et appréciés, se vérifient une détérioration de l’éthique, qui conditionne l’agir international, et un affaiblissement des valeurs spirituelles et du sens de la responsabilité. Tout cela contribue à répandre un sentiment général de frustration, de solitude et de désespoir, conduisant beaucoup à tomber dans le tourbillon de l’extrémisme athée et agnostique, ou bien dans l’intégrisme religieux, dans l’extrémisme et dans le fondamentalisme aveugle, poussant ainsi d’autres personnes à céder à des formes de dépendance et d’autodestruction individuelle et collective.

L’histoire affirme que l’extrémisme religieux et national, ainsi que l’intolérance, ont produit dans le monde, aussi bien en Occident qu’en Orient, ce que l’on pourrait appeler les signaux d’une « troisième guerre mondiale par morceaux », signaux qui, en diverses parties du monde et en diverses conditions tragiques, ont commencé à montrer leur visage cruel ; situations dont on ne connaît pas avec précision combien de victimes, de veuves et d’orphelins elles ont générés. En outre, il y a d’autres régions qui se préparent à devenir le théâtre de nouveaux conflits, où naissent des foyers de tension et s’accumulent des armes et des munitions, dans une situation mondiale dominée par l’incertitude, par la déception et par la peur de l’avenir et contrôlée par des intérêts économiques aveugles.

Nous affirmons aussi que les fortes crises politiques, l’injustice et l’absence d’une distribution équitable des ressources naturelles – dont bénéficie seulement une minorité de riches, au détriment de la majorité des peuples de la terre – ont provoqué, et continuent à le faire, d’énormes quantité de malades, de personnes dans le besoin et de morts, causant des crises létales dont sont victimes divers pays, malgré les richesses naturelles et les ressources des jeunes générations qui les caractérisent. A l’égard de ces crises qui laissent mourir de faim des millions d’enfants, déjà réduits à des squelettes humains – en raison de la pauvreté et de la faim –, règne un silence international inacceptable.

Il apparaît clairement à ce propos combien la famille est essentielle, en tant que noyau fondamental de la société et de l’humanité, pour donner le jour à des enfants, les élever, les éduquer, leur fournir une solide morale et la protection familiale. Attaquer l’institution familiale, en la méprisant ou en doutant de l’importance de son rôle, représente l’un des maux les plus dangereux de notre époque.

Nous témoignons aussi de l’importance du réveil du sens religieux et de la nécessité de le raviver dans les cœurs des nouvelles générations, par l’éducation saine et l’adhésion aux valeurs morales et aux justes enseignements religieux, pour faire face aux tendances individualistes, égoïstes, conflictuelles, au radicalisme et à l’extrémisme aveugle sous toutes ses formes et ses manifestations.

Le premier et le plus important objectif des religions est celui de croire en Dieu, de l’honorer et d’appeler tous les hommes à croire que cet univers dépend d’un Dieu qui le gouverne, qu’il est le Créateur qui nous a modelés avec Sa Sagesse divine et nous a accordé le don de la vie pour le préserver. Un don que personne n’a le droit d’enlever, de menacer ou de manipuler à son gré; au contraire, tous doivent préserver ce don de la vie depuis son commencement jusqu’à sa mort naturelle. C’est pourquoi nous condamnons toutes les pratiques qui menacent la vie comme les génocides, les actes terroristes, les déplacements forcés, le trafic d’organes humains, l’avortement et l’euthanasie et les politiques qui soutiennent tout cela.

De même nous déclarons – fermement – que les religions n’incitent jamais à la guerre et ne sollicitent pas des sentiments de haine, d’hostilité, d’extrémisme, ni n’invitent à la violence ou à l’effusion de sang. Ces malheurs sont le fruit de la déviation des enseignements religieux, de l’usage politique des religions et aussi des interprétations de groupes d’hommes de religion qui ont abusé – à certaines phases de l’histoire – de l’influence du sentiment religieux sur les cœurs des hommes pour les conduire à accomplir ce qui n’a rien à voir avec la vérité de la religion, à des fins politiques et économiques mondaines et aveugles. C’est pourquoi nous demandons à tous de cesser d’instrumentaliser les religions pour inciter à la haine, à la violence, à l’extrémisme et au fanatisme aveugle et de cesser d’utiliser le nom de Dieu pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression. Nous le demandons par notre foi commune en Dieu, qui n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux et ni non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. En effet, Dieu, le Tout-Puissant, n’a besoin d’être défendu par personne et ne veut pas que Son nom soit utilisé pour terroriser les gens.

Ce Document, en accord avec les précédents Documents Internationaux qui ont souligné l’importance du rôle des religions dans la construction de la paix mondiale, certifie ce qui suit :

    • La forte conviction que les vrais enseignements des religions invitent à demeurer ancrés dans les valeurs de la paix ; à soutenir les valeurs de la connaissance réciproque, de lafraternité humaine et de la coexistence commune ; à rétablir la sagesse, la justice et la charité et à réveiller le sens de la religiosité chez les jeunes, pour défendre les nouvelles générations de la domination de la pensée matérialiste, du danger des politiques de l’avidité du profit effréné et de l’indifférence, basée sur la loi de la force et non sur la force de la loi.
    • La liberté est un droit de toute personne : chacune jouit de la liberté de croyance, de pensée, d’expression et d’action. Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains. Cette Sagesse divine est l’origine dont découle le droit à la liberté de croyance et à la liberté d’être différents. C’est pourquoi on condamne le fait de contraindre les gens à adhérer à une certaine religion ou à une certaine culture, comme aussi le fait d’imposer un style de civilisation que les autres n’acceptent pas.
    • La justice basée sur la miséricorde est le chemin à parcourir pour atteindre une vie décente à laquelle a droit tout être humain.
    • Le dialogue, la compréhension, la diffusion de la culture de la tolérance, de l’acceptation de l’autre et de la coexistence entre les êtres humains contribueraient notablement à réduire de nombreux problèmes économiques, sociaux, politiques et environnementaux qui assaillent une grande partie du genre humain.
    • Le dialogue entre les croyants consiste à se rencontrer dans l’énorme espace des valeurs spirituelles, humaines et sociales communes, et à investir cela dans la diffusion des plus hautes vertus morales, réclamées par les religions ; il consiste aussi à éviter les discussions inutiles.
    • La protection des lieux de culte – temples, églises et mosquées – est un devoir garanti par les religions, par les valeurs humaines, par les lois et par les conventions internationales. Toute tentative d’attaquer les lieux de culte ou de les menacer par des attentats, des explosions ou des démolitions est une déviation des enseignements des religions, ainsi qu’une claire violation du droit international.
    • Le terrorisme détestable qui menace la sécurité des personnes, aussi bien en Orient qu’en Occident, au Nord ou au Sud, répandant panique, terreur ou pessimisme n’est pas dû à la religion – même si les terroristes l’instrumentalisent – mais est dû à l’accumulation d’interprétations erronées des textes religieux, aux politiques de faim, de pauvreté, d’injustice, d’oppression, d’arrogance ; pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations.
    • Le concept de citoyenneté se base sur l’égalité des droits et des devoirs à l’ombre de laquelle tous jouissent de la justice. C’est pourquoi il est nécessaire de s’engager à établir dans nos sociétés le concept de la pleine citoyenneté et à renoncer à l’usage discriminatoire du termeminorités, qui porte avec lui les germes du sentiment d’isolement et de l’infériorité ; il prépare le terrain aux hostilités et à la discorde et prive certains citoyens des conquêtes et des droits religieux et civils, en les discriminant.
    • La relation entre Occident et Orient est une indiscutable et réciproque nécessité, qui ne peut pas être substituée ni non plus délaissée, afin que tous les deux puissent s’enrichir réciproquement de la civilisation de l’autre, par l’échange et le dialogue des cultures. L’Occident pourrait trouver dans la civilisation de l’Orient des remèdes pour certaines de ses maladies spirituelles et religieuses causées par la domination du matérialisme. Et l’Orient pourrait trouver dans la civilisation de l’Occident beaucoup d’éléments qui pourraient l’aider à se sauver de la faiblesse, de la division, du conflit et du déclin scientifique, technique et culturel. Il est important de prêter attention aux différences religieuses, culturelles et historiques qui sont une composante essentielle dans la formation de la personnalité, de la culture et de la civilisation orientale ; et il est important de consolider les droits humains généraux et communs, pour contribuer à garantir une vie digne pour tous les hommes en Orient et en Occident, en évitant l’usage de la politique de la double mesure.
    • C’est une nécessité indispensable de reconnaître le droit de la femme à l’instruction, au travail, à l’exercice de ses droits politiques. En outre, on doit travailler à la libérer des pressions historiques et sociales contraires aux principes de sa foi et de sa dignité. Il est aussi nécessaire de la protéger de l’exploitation sexuelle et du fait de la traiter comme une marchandise ou un moyen de plaisir ou de profit économique. Pour cela, on doit cesser toutes les pratiques inhumaines et les coutumes courantes qui humilient la dignité de la femme et travailler à modifier les lois qui empêchent les femmes de jouir pleinement de leurs droits.
    • La défense des droits fondamentaux des enfants à grandir dans un milieu familial, à l’alimentation, à l’éducation et à l’assistance est un devoir de la famille et de la société. Ces droits doivent être garantis et préservés, afin qu’ils ne manquent pas ni ne soient refusés à aucun enfant, en aucun endroit du monde. Il faut condamner toute pratique qui viole la dignité des enfants et leurs droits. Il est aussi important de veiller aux dangers auxquels ils sont exposés – spécialement dans le domaine digital – et de considérer comme un crime le trafic de leur innocence et toute violation de leur enfance.
    • La protection des droits des personnes âgées, des faibles, des handicapés et des opprimés est une exigence religieuse et sociale qui doit être garantie et protégée par des législations rigoureuses et l’application des conventions internationales à cet égard.

A cette fin, l’Eglise catholique et Al-Azhar, par leur coopération commune, déclarent et promettent de porter ce Document aux Autorités, aux Leaders influents, aux hommes de religion du monde entier, aux organisations régionales et internationales compétentes, aux organisations de la société civile, aux institutions religieuses et aux Leaders de la pensée ; et de s’engager à la diffusion des principes de cette Déclaration à tous les niveaux régionaux et internationaux, en préconisant de les traduire en politiques, en décisions, en textes législatifs, en programmes d’étude et matériaux de communication.

Al-Azhar et l’Eglise Catholique demandent que ce Document devienne objet de recherche et de réflexion dans toutes les écoles, dans les universités et dans les instituts d’éducation et de formation, afin de contribuer à créer de nouvelles générations qui portent le bien et la paix et défendent partout le droit des opprimés et des derniers.

En conclusion nous souhaitons que :

cette Déclaration soit une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, ainsi qu’entre les croyants et les non croyants, et entre toutes les personnes de bonne volonté ;

soit un appel à toute conscience vivante qui rejette la violence aberrante et l’extrémisme aveugle ; appel à qui aime les valeurs de tolérance et de fraternité, promues et encouragées par les religions ;

soit un témoignage de la grandeur de la foi en Dieu qui unit les cœurs divisés et élève l’esprit humain ;

soit un symbole de l’accolade entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, et entre tous ceux qui croient que Dieu nous a créés pour nous connaître, pour coopérer entre nous et pour vivre comme des frères qui s’aiment.

Ceci est ce que nous espérons et cherchons à réaliser, dans le but d’atteindre une paix universelle dont puissent jouir tous les hommes en cette vie.

Abou Dhabi, le 4 février 2019

Sa Sainteté Grand Imam d’Al-Azhar Pape François Ahmad Al-Tayyib

[00199-FR.01] [Texte original: Italien et arabe]

Discours du pape François lors de la Rencontre inter-religieuse d’Abu Dhabi

Vous trouverez ci-dessous le texte complet du discours du pape François tel que prononcé lors de la Rencontre interreligieuse au Founder’s Memorial d’Abu Dhabi aux Émirats arabes unis:

Al Salamò Alaikum ! La paix soit avec vous !
Je remercie de tout cœur Son Altesse le Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan et le

Docteur Ahmad Al-Tayyib, Grand Imam d’Al-Azhar, pour leurs paroles. Je suis reconnaissant au Conseil des Anciens pour la rencontre que nous venons d’avoir, près de la Mosquée du Sheikh Zayed. Je salue cordialement les Autorités civiles et religieuses et le Corps diplomatique. Permettez- moi aussi un remerciement sincère pour l’accueil chaleureux que tous m’ont réservé, ainsi qu’à notre délégation.

Je remercie aussi toutes les personnes qui ont contribué à rendre possible ce voyage et qui ont travaillé avec dévouement, enthousiasme et professionnalité pour cet événement : les organisateurs, le personnel du Protocole, celui de la sécurité et tous ceux qui de diverses manières ont donné leur contribution « dans les coulisses ». Un merci spécial à Monsieur Mohamed Abdel-Salam, ancien conseiller du Grand Imam.

De votre patrie je me tourne vers tous les pays de cette Péninsule, auxquels je désire adresser mon plus cordial salut, avec amitié et estime.

Avec un esprit reconnaissant au Seigneur, en ce huitième centenaire de la rencontre entre Saint François d’Assise et le sultan al-Malik al-Kāmil, j’ai accueilli l’opportunité de venir ici comme croyant assoiffé de paix, comme frère qui cherche la paix avec les frères. Vouloir la paix, promouvoir la paix, être instruments de paix : nous sommes ici pour cela.

Le logo de ce voyage représente une colombe avec un rameau d’olivier. C’est une image qui rappelle le récit du déluge primordial, présent en diverses traditions religieuses. Selon le récit biblique, pour préserver l’humanité de la destruction, Dieu demande à Noé d’entrer dans l’arche avec sa famille. Nous aussi aujourd’hui, au nom de Dieu, pour sauvegarder la paix, nous avons besoin d’entrer ensemble, comme une unique famille, dans une arche qui puisse sillonner les mers en tempête du monde : l’arche de la fraternité.

Le point de départ est de reconnaître que Dieu est à l’origine de l’unique famille humaine. Lui, qui est le Créateur de tout et de tous, veut que nous vivions en frères et sœurs, habitant la maison commune de la création qu’il nous a donnée. Se fonde ici, aux racines de notre humanité commune, la fraternité, comme « vocation contenue dans le dessein créateur de Dieu »[1]. Elle nous dit que nous avons tous une égale dignité et que personne ne peut être patron ou esclave des autres.

On ne peut honorer le Créateur sans protéger la sacralité de toute personne humaine et de toute vie humaine : chacun est également précieux aux yeux de Dieu. Parce qu’il ne regarde pas la famille humaine avec un regard de préférence qui exclut mais avec un regard de bienveillance qui inclut. Par conséquent, reconnaître à chaque être humain les mêmes droits c’est glorifier le Nom de Dieu sur la terre. Au nom de Dieu Créateur, donc, est condamnée sans hésitation toute forme de violence, parce que c’est une grave profanation du Nom de Dieu de l’utiliser pour justifier la haine et la violence contre le frère. Il n’existe pas de violence qui puisse être justifiée religieusement.

Un ennemi de la fraternité est l’individualisme, qui se traduit dans la volonté de s’affirmer soi-même et son propre groupe au-dessus des autres. C’est un piège qui menace tous les aspects de la vie, jusqu’à la plus haute et innée prérogative de l’homme, c’est-à-dire l’ouverture au transcendant et la religiosité. La vraie religiosité consiste dans le fait d’aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même. La conduite religieuse a donc besoin d’être continuellement purifiée de la tentation récurrente de juger les autres ennemis et adversaires. Chaque croyance est appelée à dépasser le clivage entre amis et ennemis, pour assumer la perspective du Ciel, qui embrasse les hommes sans privilèges ni discriminations.

Aussi je désire exprimer mon appréciation pour l’engagement de ce pays pour la tolérance et pour garantir la liberté de culte, en faisant face à l’extrémisme et à la haine. En faisant ainsi, alors qu’on promeut la liberté fondamentale de professer sa propre croyance, exigence intrinsèque à la réalisation même de l’homme, on veille aussi à ce que la religion ne soit pas instrumentalisée et risque, en admettant la violence et le terrorisme, de se nier elle-même.

La fraternité certainement « exprime aussi la multiplicité et la différence qui existent entre les frères, bien que liés par la naissance et ayant la même nature et la même dignité ».[2] La pluralité religieuse en est une expression. Dans ce contexte l’attitude juste n’est ni l’uniformité forcée, ni le syncrétisme conciliant : ce que nous sommes appelés à faire, en tant que croyants, c’est nous engager pour l’égale dignité de tous, au nom du Miséricordieux qui nous a créés et au nom duquel doit être cherché le règlement des oppositions et la fraternité dans la diversité. Je voudrais ici réaffirmer la conviction de l’Eglise catholique : « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l’image de Dieu ».[3]

Diverses interrogations, cependant, s’imposent : comment nous garder réciproquement dans l’unique famille humaine ? Comment nourrir une amitié non théorique, qui se traduise en authentique fraternité ? Comment faire prévaloir l’inclusion de l’autre sur l’exclusion au nom de sa propre appartenance ? Comment, enfin, les religions peuvent-elles être des canaux de fraternité plutôt que des barrières de séparation ?

La famille humaine et le courage de l’altérité

Si nous croyons en l’existence de la famille humaine, il en découle qu’elle doit être protégée en tant que telle. Comme en toute famille, cela arrive d’abord par un dialogue quotidien et effectif. Il suppose sa propre identité, qu’il ne faut pas abdiquer pour plaire à l’autre. Mais en même temps demande le courage de l’altérité[4], qui comporte la pleine reconnaissance de l’autre et de sa liberté, et l’engagement qui suit à m’employer pour que ses droits fondamentaux soient toujours affirmés, partout et par quiconque. Parce que sans liberté il n’y a plus d’enfants de la famille humaine, mais des esclaves. Parmi les libertés je voudrais souligner la liberté religieuse. Elle ne se limite pas à la seule liberté de culte, mais elle voit dans l’autre vraiment un frère, un fils de ma même humanité que Dieu laisse libre et que par conséquent aucune institution humaine ne peut forcer, pas même en son nom.

Le dialogue et la prière
Le courage de l’altérité est l’âme du dialogue, qui se fonde sur la sincérité des intentions. Le dialogue est en effet compromis par la feinte, qui augmente la distance et le soupçon : on ne peut pas proclamer la fraternité et ensuite agir en sens contraire. Selon un écrivain moderne, « celui qui se ment à lui-même et écoute ses propres mensonges, arrive au point de ne plus pouvoir distinguer la vérité, ni en lui-même, ni autour de lui, et ainsi il commence à ne plus avoir d’estime ni de lui-même, ni des autres »[5].

En tout cela la prière est incontournable : tandis qu’elle incarne le courage de l’altérité par rapport à Dieu, dans la sincérité de l’intention, elle purifie le cœur du repli sur soi. La prière faite avec le cœur fortifie la fraternité. C’est pourquoi, « pour ce qui est de l’avenir du dialogue interreligieux, la première chose que nous devons faire est de prier. Et prier les uns pour les autres: nous sommes frères! Sans le Seigneur, rien n’est possible; avec Lui, tout le devient! Que notre prière – chacun selon sa propre tradition – puisse adhérer pleinement à la volonté de Dieu, qui désire que tous les hommes se reconnaissent frères et vivent ainsi, en formant la grande famille humaine dans l’harmonie des diversités »[6].

Il n’y a pas d’alternative : ou bien nous construirons ensemble l’avenir ou bien il n’y aura pas de futur. Les religions, en particulier, ne peuvent renoncer à la tâche urgente de construire des ponts entre les peuples et les cultures. Le temps est arrivé où les religions doivent se dépenser plus activement, avec courage et audace, sans artifice, pour aider la famille humaine à mûrir la capacité de réconciliation, la vision d’espérance et les itinéraires concrets de paix.

L’éducation et la justice

Nous revenons ainsi à l’image initiale de la colombe de la paix. La paix aussi, pour prendre son envol, a besoin d’ailes qui la soutiennent. Les ailes de l’éducation et de la justice.

L’éducation – en latin indique le fait d’extraire, de tirer au-dehors – c’est porter à la lumière les ressources précieuses de l’esprit. Il est réconfortant de constater comment en ce pays on ne s’investit pas seulement dans l’extraction des ressources de la terre, mais aussi dans celles du cœur, dans l’éducation des jeunes. C’est un engagement et je souhaite qu’il se poursuive et se répande ailleurs. L’éducation arrive aussi dans la relation, dans la réciprocité. A la célèbre maxime ancienne « connais-toi toi-même » nous devons accoler « connais le frère » : son histoire, sa culture et sa foi, parce qu’il n’y a pas de vraie connaissance de soi sans l’autre. En tant qu’hommes, et encore plus en tant que frères, rappelons-nous réciproquement que rien de ce qui est humain ne peut nous demeurer étranger[7]. Il est important pour l’avenir de former des identités ouvertes, capables de vaincre la tentation de se replier sur soi et de se raidir.

Investir dans la culture favorise une diminution de la haine et une croissance de la civilisation et de la prospérité. Education et violence sont inversement proportionnelles. Les instituts catholiques – bien appréciés aussi en ce pays et dans la région – promeuvent cette éducation à la paix et à la connaissance réciproque pour prévenir la violence.

Les jeunes, souvent entourés de messages négatifs et de fake news, ont besoin d’apprendre à ne pas céder aux séductions du matérialisme, de la haine et des préjugés ; d’apprendre à réagir à l’injustice et aussi aux douloureuses expériences du passé ; d’apprendre à défendre les droits des autres avec la même vigueur avec laquelle ils défendent leurs propres droits. Ce seront eux, un jour, qui nous jugeront : bien, si nous leur avons donné des bases solides pour créer de nouvelles rencontres de civilisation ; mal, si nous leur avons laissé seulement des mirages et la perspective désolée de néfastes affrontements de barbarie.

La justice est la seconde aile de la paix, laquelle souvent n’est pas compromise par des épisodes particuliers, mais est lentement dévorée par le cancer de l’injustice.

Donc, on ne peut croire en Dieu et ne pas chercher à vivre la justice avec tous, selon la règle d’or : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes » (Mt 7, 12).

Paix et justice sont inséparables ! Le prophète Isaïe dit : « Le fruit de la justice sera la paix » (32, 17). La paix meurt quand elle divorce de la justice, mais la justice se trouve fausse si elle n’est pas universelle. Une justice adressée seulement aux membres de la famille, aux compatriotes, aux croyants de la même foi est une justice boiteuse, c’est une injustice masquée !

Les religions ont aussi la tâche de rappeler que l’avidité du profit rend le cœur inerte et que les lois du marché actuel, exigeant tout et tout de suite, n’aident pas la rencontre, le dialogue, la famille, dimensions essentielles de la vie qui nécessitent du temps et de la patience. Que les religions soient la voix des derniers, qui ne sont pas des statistiques mais des frères, et qu’elles soient du côté des pauvres ; qu’elles veillent comme des sentinelles de fraternité dans la nuit des conflits, qu’elles soient des rappels vigilants pour que l’humanité ne ferme pas les yeux face aux injustices et ne se résigne jamais aux trop nombreux drames du monde.

Le désert qui fleurit
Après avoir parlé de la fraternité comme arche de paix, je voudrais maintenant m’inspirer d’une seconde image, celle du désert, qui nous entoure. Ici, en peu d’années, avec clairvoyance et sagesse, le désert a été transformé en un lieu

prospère et hospitalier ; le désert est devenu, d’obstacle impraticable et inaccessible, un lieu de rencontre entre les cultures et les religions. Ici le désert est fleuri, non seulement pour quelques jours par an, mais pour de nombreuses années à venir. Ce pays, dans lequel sable et gratte-ciels se rencontrent, continue à être un important carrefour entre Occident et Orient, entre Nord et Sud de la planète, un lieu de développement, où des espaces un temps inhospitaliers, proposent des postes de travail à des personnes de diverses nations.

Le développement aussi, toutefois, a ses adversaires. Et si un ennemi de la fraternité était l’individualisme, je voudrais citer comme obstacle au développement l’indifférence, qui finit par convertir les réalités fleuries en landes désertes. En effet, un développement purement utilitariste ne donne pas de progrès réel et durable. Seul un développement intégral et qui a de la cohésion prépare un avenir digne de l’homme. L’indifférence empêche de voir la communauté humaine au-delà du profit et le frère au-delà du travail qu’il accomplit. L’indifférence, en effet, ne regarde pas vers demain ; elle ne fait pas attention à l’avenir de la création, elle n’a pas soin de la dignité de l’étranger et de l’avenir des enfants.

Dans ce contexte je me réjouis que justement ici à Abu Dhabi, en novembre dernier, ait eu lieu le premier Forum de l’Alliance interreligieuse pour des Communautés plus sûres, sur le thème de la dignité de l’enfant à l’ère numérique. Cet événement a recueilli le message lancé, un an auparavant, à Rome au Congrès international sur le même thème, auquel j’avais donné tout mon appui et mon encouragement. Je remercie donc tous les leaders qui s’engagent dans ce domaine et j’assure mon soutien, ma solidarité et ma participation ainsi que ceux de l’Eglise catholique à cette cause très importante de la protection des mineurs en toutes ses expressions.

Ici, dans le désert, s’est ouvert un chemin fécond de développement qui, à partir du travail, offre une espérance à de nombreuses personnes de divers peuples, cultures et croyances. Parmi elles, de nombreux chrétiens aussi, dont la présence dans la région remonte dans les siècles, ont trouvé une opportunité et apporté une contribution significative à la croissance et au bien-être du pays. Au-delà des capacités professionnelles, ils y apportent la qualité de leur foi. Le respect et la tolérance qu’ils rencontrent, de même que les lieux de culte nécessaires où ils prient, leur permettent cette maturation spirituelle qui bénéficie ensuite à la société tout entière. J’encourage à poursuivre sur ce chemin, afin que tous ceux qui vivent ici ou sont de passage conservent non seulement l’image des grandes œuvres élevées dans le désert, mais d’une nation qui inclut et embrasse quiconque.

C’est dans cet esprit que, non seulement ici, mais dans toute la bien-aimée et névralgique région moyen-orientale, je souhaite des opportunités concrètes de rencontre : que des sociétés où des personnes de diverses religions aient le même droit de citoyenneté et où soit enlevé ce droit à la seule violence, sous toutes ses formes.

Une cohabitation fraternelle, fondée sur l’éducation et sur la justice ; un développement humain, édifié sur l’inclusion accueillante et sur les droits de tous : ce sont là des semences de paix, que les religions sont appelées à faire germer. A elles, peut-être comme jamais dans le passé, incombe, dans cette situation historique délicate, une tâche qu’on ne peut renvoyer : contribuer activement à démilitariser le cœur de l’homme. La course aux armements, l’extension des propres zones d’influence, les politiques agressives au détriment des autres n’apporteront jamais la stabilité. La guerre ne sait pas créer autre chose que la misère, les armes rien d’autre que la mort !

La fraternité humaine exige de nous, représentants des religions, le devoir de bannir toute nuance d’approbation du mot guerre. Rendons-le à sa misérable cruauté. Ses néfastes conséquences sont sous nos yeux. Je pense en particulier au Yémen, à la Syrie, à l’Irak et à la Libye. Ensemble, frères dans l’unique famille humaine voulue par Dieu, engageons-nous contre la logique de la puissance armée, contre la monétisation des relations, l’armement des frontières, l’édification de murs, le bâillonnement des pauvres ; à tout cela opposons la douce force de la prière et l’engagement quotidien dans le dialogue. Que le fait que nous soyons ensemble aujourd’hui soit un message de confiance, un encouragement à tous les hommes de bonne volonté, pour qu’ils ne se rendent pas aux déluges de la violence et à la désertification de l’altruisme. Dieu est avec l’homme qui cherche la paix. Et du ciel il bénit tout pas qui, sur ce chemin, s’accomplit sur la terre.

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[1] Benoît XVI, Discours aux nouveaux Ambassadeurs près le Saint-Siège, 16 décembre 2010.
[2] Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2015, n. 2.
[3] Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes, Nostra aetate, n.5.
[4] Cf. Discours aux participants à la Conférence internationale pour la paix, Al-Azhar Conference center, Le Caire, 28 avril 2017.
[5] F.M. Dostoievski, Les Frères Karamazov, II, 2.
[6] Audience générale interreligieuse, 28 octobre 2015.
[7] Cf. Terence, Heautontimorumenos, I, 1, 25.

[00174-FR.01] [Texte original: Italien]

Message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de la lettre du message du pape François aux catholiques chinois et à l’Église universelle tel que publié le 26 septembre 2018 (CNS photo/How Hwee Young, EPA):

« Éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge »

Ps 100 (99), 5

Chers frères dans l’épiscopat, prêtres, personnes consacrées et tous les fidèles de l’Eglise catholique en Chine, remercions le Seigneur parce qu’éternelle est sa miséricorde, et reconnaissons qu’« il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau ! » (Ps 100 [99] 3).

En ce moment retentissent en mon âme les paroles par lesquelles mon vénéré Prédécesseur dans sa lettre du 27 mai 2007 vous exhortait : « Église catholique en Chine, petit troupeau présent et agissant dans le vaste territoire d’un peuple immense qui marche dans l’histoire, comme elles résonnent pour toi, encourageantes et provocantes, les paroles de Jésus: “Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume” (Lc 12, 32)![…] : c’est pourquoi, “que votre lumière brille devant les hommes: alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux” » (Mt 5, 16) (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 5).

1. Ces derniers temps, ont circulé de nombreuses voix discordantes sur le présent et, surtout, sur l’avenir des communautés catholiques en Chine. Je suis conscient qu’un tel tourbillon d’opinions et de considérations puisse avoir créé beaucoup de confusion, suscitant dans beaucoup de cœurs des sentiments opposés. Pour certains, se lèvent doutes et perplexité ; d’autres ont la sensation d’avoir été comme abandonnés par le Saint-Siège et en même temps, ils se posent la question poignante sur la valeur des souffrances affrontées pour vivre dans la fidélité au Successeur de Pierre. Chez beaucoup d’autres, au contraire, prévalent des attentes positives et des réflexions animées par l’espérance d’un avenir plus serein pour un témoignage fécond de la foi en terre chinoise.

Cette situation a été accentuée surtout en référence à l’Accord Provisoire entre le Saint-Siège et la République Populaire de Chine qui, comme vous le savez, a été signé les jours derniers à Pékin. Dans une circonstance très significative pour la vie de l’Eglise, par ce bref Message, je désire, avant tout, vous assurer que vous êtes quotidiennement présents dans ma prière et partager avec vous les sentiments qui habitent mon cœur.

Ce sont des sentiments de remerciement au Seigneur et de sincère admiration – qui est l’admiration de l’Eglise catholique tout entière – pour le don de votre fidélité, de la constance dans l’épreuve, de la confiance enracinée dans la Providence de Dieu, même quand certains événements se sont montrés particulièrement défavorables et difficiles.

Ces expériences douloureuses appartiennent au trésor spirituel de l’Eglise en Chine et de tout le Peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre. Je vous assure que le Seigneur, justement à travers le creuset des épreuves, ne manque jamais de nous remplir de ses consolations et de nous préparer à une joie plus grande. Avec le Psaume 126 [125] nous sommes plus que certains que « celui qui sème dans les larmes moissonne dans la joie » ! (v. 5).

Continuons, donc, à fixer le regard sur l’exemple de nombreux fidèles et Pasteurs qui n’ont pas hésité à offrir leur « beau témoignage » (cf. 1Tm 6, 13) à l’Evangile, jusqu’au don de leur propre vie. Ils sont à considérer comme vrais amis de Dieu !

2. Pour ma part, j’ai toujours regardé la Chine comme une terre riche de grandes opportunités et le Peuple chinois comme artisan et gardien d’un inestimable patrimoine de culture et de sagesse, qui s’est raffiné en résistant aux adversités et en intégrant les diversités, et qui, non par hasard, depuis les temps anciens est entré en contact avec le message chrétien. Comme le disait avec une grande sagacité le P. Matteo Ricci, S.J., nous défiant de la vertu de la confiance, « avant de contracter amitié, il faut observer; après l’avoir contractée, il faut faire confiance » (De Amicitia, 7).

C’est aussi ma conviction que la rencontre ne peut être authentique et féconde seulement si elle arrive à travers la pratique du dialogue, qui signifie se connaître, se respecter et « marcher ensemble » pour construire un avenir commun de plus haute harmonie.

Dans ce sillon se place l’Accord Provisoire, qui est le fruit du long et complexe dialogue institutionnel du Saint-Siège avec les Autorités gouvernementales chinoises, inauguré déjà par saint Jean-Paul II et poursuivi par le Pape Benoît XVI. A travers ce parcours, le Saint-Siège n’avait pas – et n’a pas – à l’esprit autre chose que de réaliser les finalités spirituelles et pastorales propres de l’Eglise, et c’est-à-dire soutenir et promouvoir l’annonce de l’Evangile, et atteindre et conserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine.

Sur la valeur de cet Accord et sur ses finalités je voudrais vous proposer quelques réflexions, vous offrant aussi quelques points de spiritualité pastorale pour le chemin que, en cette nouvelle phase, nous sommes appelés à parcourir.

Il s’agit d’un chemin qui, comme la section précédente « demande du temps et présuppose la bonne volonté des Parties » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4), mais pour l’Eglise, à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, il ne s’agit pas seulement d’adhérer à des valeurs humaines, mais de répondre à une vocation spirituelle : sortir de soi-même pour embrasser « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (Concile Œcuménique Vatican II, Constitution apostolique ‘Gaudium et Spes’, n. 1) et les défis du présent que Dieu lui confie. Il y a, par conséquent, un appel ecclésial à se faire pèlerins sur les sentiers de l’histoire, faisant confiance avant tout à Dieu et à ses promesses, comme le firent Abraham et nos Pères dans la foi.

Abraham, appelé par Dieu, obéit en partant pour une terre inconnue qu’il devait recevoir en héritage, sans connaître le chemin qui s’ouvrait devant lui. Si Abraham avait exigé des conditions, sociales et politiques, idéales avant de sortir de sa terre, peut-être qu’il ne serait jamais parti. Lui, au contraire, a fait confiance à Dieu, et sur sa Parole il a laissé sa maison et ses propres sécurités. Ce ne furent donc pas les changements historiques qui lui permirent de faire confiance à Dieu, mais ce fut sa foi pure qui provoqua un changement dans l’histoire. La foi, en effet, est « la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. C’est elle qui a valu aux anciens un bon témoignage » (Lettre aux Hébreux : 11, 1-2).

3. Comme Successeur de Pierre, je désire vous confirmer dans cette foi (cf. Lc 22, 32) – dans la foi d’Abraham, dans la foi de la Vierge Marie, dans la foi que vous avez reçue – vous invitant à mettre avec une conviction toujours plus grande votre confiance dans le Seigneur de l’histoire et dans le discernement de sa volonté accomplie par l’Eglise. Invoquons le don de l’Esprit, afin qu’il illumine les esprits et réchauffe les cœurs et nous aide à comprendre où il veut nous conduire, à dépasser les inévitables moments de désarroi et à avoir la force de poursuivre avec décision sur la route qui s’ouvre devant nous.

Justement dans le but de soutenir et de promouvoir l’annonce de l’Evangile en Chine et de reconstruire la pleine et visible unité dans l’Eglise, il était fondamental d’affronter, en premier lieu, la question des nominations épiscopales. Il est connu de tous que, malheureusement, l’histoire récente de l’Eglise catholique en Chine a été douloureusement marquée par de profondes tensions, blessures et divisions, qui se sont polarisées surtout autour de la figure de l’Evêque comme gardien de l’authenticité de la foi et garant de la communion ecclésiale.

Lorsque, dans le passé, on a prétendu déterminer aussi la vie interne des communautés catholiques, imposant le contrôle direct au-delà des compétences légitimes de l’Etat, dans l’Eglise en Chine est apparu le phénomène de la clandestinité. Une telle expérience – on doit le souligner – ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise et « l’histoire montre que Pasteurs et fidèles y ont recours uniquement avec le désir tourmenté de maintenir intègre leur propre foi » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 8).

Je voudrais vous faire savoir que, depuis que m’a été confié le ministère pétrinien, j’ai éprouvé de grandes consolations en constatant le désir sincère des Catholiques chinois de vivre leur foi en pleine communion avec l’Eglise universelle et avec le Successeur de Pierre, qui est « le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles » (Concile œcuménique Vatican II, Constitution Apostolique ‘Lumen Gentium’, n. 23). De ce désir me sont parvenus au cours de ces années de nombreux signes et témoignages concrets, même de la part de ceux, y compris des Evêques, qui ont blessé la communion dans l’Eglise, à cause de faiblesse et d’erreurs, mais aussi, souvent, par de fortes et indues pressions extérieures.

C’est pourquoi, après avoir attentivement examiné chaque situation particulière personnelle et écouté divers avis, j’ai beaucoup réfléchi et prié cherchant le vrai bien de l’Eglise en Chine. Enfin, devant le Seigneur et avec sérénité de jugement, en continuité avec l’orientation de mes Prédécesseurs immédiats, j’ai décidé d’accorder la réconciliation aux sept Evêques « officiels » restant, ordonnés sans Mandat Pontifical et, ayant supprimé toute sanction canonique relative à leurs cas, de les réadmettre dans la pleine communion ecclésiale. En même temps, je leur demande d’exprimer, par des gestes concrets et visibles, l’unité retrouvée avec le Siège apostolique et avec les Eglises répandues dans le monde, et de s’y maintenir fidèles malgré les difficultés.

4. En la sixième année de mon Pontificat, que j’ai mis depuis ses premiers pas sous le signe de l’Amour miséricordieux de Dieu, j’invite en conséquence tous les Catholiques chinois à se faire artisans de réconciliation, se rappelant avec une passion apostolique toujours renouvelée les paroles de Paul : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (Deuxième Lettre aux Corinthiens : 5, 18).

En effet, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire à la fin du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde : « Aucune loi ni précepte ne peut empêcher Dieu d’embrasser de nouveau le fils qui revient vers lui reconnaissant s’être trompé mais décidé à recommencer au début. Ne s’arrêter qu’à la loi, c’est rendre vaines la foi et la miséricorde divine. […]. Même dans les cas les plus difficiles, où l’on est tenté de faire prévaloir une justice qui vient seulement des normes, on doit croire en la force qui jaillit de la grâce divine » (Lettre Apostolique Misericordia et Misera, 20 novembre 2016, n. 11).

Dans cet esprit et avec les décisions prises, nous pouvons commencer un parcours inédit, qui nous l’espérons aidera à guérir les blessures du passé, à rétablir la pleine communion de tous les Catholiques chinois et à ouvrir une phase de collaboration plus fraternelle, pour assumer avec un engagement renouvelé la mission de l’annonce de l’Evangile. En effet, l’Eglise existe pour témoigner de Jésus Christ et de l’Amour pardonnant et salvifique du Père.

5. L’Accord Provisoire paraphé avec les Autorités chinoises, tout en se limitant à quelques aspects de la vie de l’Eglise et étant nécessairement perfectible, peut contribuer – pour sa part – à écrire cette page nouvelle de l’Eglise catholique en Chine. Pour la première fois, il introduit des éléments stables de collaboration entre les Autorités de l’Etat et le Siège Apostolique, avec l’espérance d’assurer à la Communauté catholique de bons Pasteurs.

Dans ce contexte, le Saint-Siège entend faire jusqu’au bout la part qui est de sa compétence, mais aussi à vous, Evêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs, revient un rôle important : chercher ensemble de bons candidats qui soient en mesure d’assumer dans l’Eglise le délicat et important service épiscopal. Il ne s’agit pas, en effet, de nommer des fonctionnaires pour la gestion des questions religieuses, mais d’avoir d’authentiques Pasteurs selon le cœur de Jésus, engagés à agir généreusement au service du Peuple de Dieu, spécialement des plus pauvres et des plus faibles, mettant à profit les paroles du Seigneur : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous » (Marc : 10, 43-44).

A ce sujet, il apparaît évident qu’un Accord n’est rien d’autre qu’un instrument et ne pourra à lui seul résoudre tous les problèmes existants. Au contraire, il s’avèrerait inefficace et stérile, au cas où il ne serait pas accompagné d’un profond engagement de renouveau des attitudes personnelles et des comportements ecclésiaux.

6. Sur le plan pastoral, la Communauté catholique en Chine est appelée à être unie, pour dépasser les divisions du passé que tant de souffrances ont causées et causent au cœur de nombreux Pasteurs et fidèles. Que tous les chrétiens, sans distinction, posent maintenant des gestes de réconciliation et de communion. A ce sujet, mettons à profit l’avertissement de saint Jean de la Croix : « Au crépuscule de la vie, nous serons jugés sur l’Amour ! » (Paroles de lumière et d’amour : 1, 57).

Sur le plan civil et politique, que les Catholiques chinois soient de bons citoyens, aiment pleinement leur Patrie et servent leur pays avec engagement et honnêteté, selon leurs propres capacités. Sur le plan éthique, qu’ils soient conscients que beaucoup de concitoyens s’attendent de leur part à une mesure plus haute dans le service du bien commun et du développement harmonieux de la société tout entière. En particulier, que les Catholiques sachent offrir cette contribution prophétique et constructive qu’ils tirent de leur foi dans le Règne de Dieu. Cela peut leur demander aussi l’effort de dire une parole critique, non par opposition stérile mais dans le but d’édifier une société plus juste, plus humaine et plus respectueuse de la dignité de toute personne.

7. Je m’adresse à vous tous, bien-aimés confrères Evêques, prêtres et personnes consacrées, qui « servez le Seigneur dans la joie » ! (Psaume 100 [99], 2). Reconnaissons-nous disciples du Christ dans le service du Peuple de Dieu. Vivons la charité pastorale comme boussole de notre ministère. Dépassons les oppositions du passé, la recherche de l’affirmation d’intérêts personnels, et prenons soin des fidèles faisant nôtres leurs joies et leurs souffrances. Engageons-nous humblement pour la réconciliation et l’unité. Reprenons avec énergie et enthousiasme le chemin de l’évangélisation, comme indiqué par le Concile œcuménique Vatican II.

A vous tous je répète avec affection : « L’exemple de nombreux prêtres, religieuses, religieux et laïcs qui se consacrent à évangéliser et à servir avec grande fidélité, bien des fois en risquant leurs vies et sûrement au prix de leur confort, nous galvanise. Leur témoignage nous rappelle que l’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie. Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (Gaudete et exsultate, 19 mars 2018, n. 138).

Avec conviction je vous invite à demander la grâce de ne pas hésiter quand l’Esprit exige de nous que nous fassions un pas en avant : « Demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité. Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur » (Ibidem, n. 139).

8. En cette année, où toute l’Eglise célèbre le Synode des Jeunes, je désire m’adresser spécialement à vous, jeunes catholiques chinois, qui franchissez les portes de la Maison du Seigneur « en rendant grâce, en chantant louange » (Psaume 100 [99], 4). Je vous demande de collaborer à la construction de l’avenir de votre pays avec les capacités personnelles que vous avez reçues en don et avec la jeunesse de votre foi. Je vous exhorte à porter à tous, avec votre enthousiasme, la joie de l’Evangile.

Soyez prêts à accueillir la conduite sûre de l’Esprit Saint, qui indique au monde d’aujourd’hui le chemin vers la réconciliation et la paix. Laissez-vous surprendre par la force rénovatrice de la grâce, même quand il peut vous sembler que le Seigneur demande un engagement supérieur à vos forces. N’ayez pas peur d’écouter sa voix qui vous demande fraternité, rencontre, capacité de dialogue et de pardon, et esprit de service, malgré tant d’expériences douloureuses du passé récent et les blessures encore ouvertes.

Ouvrez grand le cœur et l’esprit pour discerner le dessein miséricordieux de Dieu, qui demande de dépasser les préjugés personnels et les oppositions entre les groupes et les communautés, pour ouvrir un chemin courageux et fraternel à la lumière d’une authentique culture de la rencontre.

Nombreuses sont, aujourd’hui, les tentations : l’orgueil du succès mondain, la fermeture dans ses propres certitudes, le primat donné aux choses matérielles comme si Dieu n’existait pas. Allez à contre-courant et demeurez solides dans le Seigneur : « Il est bon, le Seigneur », seul « éternel est son amour », seule « sa fidélité » demeure « d’âge en âge » (Ibidem, 5).

9. Chers frères et sœurs de l’Eglise universelle, tous nous sommes appelés à reconnaître parmi les signes de notre temps tout ce qui se passe aujourd’hui dans la vie de l’Eglise en Chine. Nous avons une tâche importante : accompagner avec une fervente prière et une fraternelle amitié nos frères et nos sœurs en Chine. En effet, ils doivent sentir que sur le chemin, qui en ce moment s’ouvre devant eux, ils ne sont pas seuls. Il est nécessaire qu’ils soient accueillis et soutenus comme partie vivante de l’Eglise : « Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble » ! (Psaume 133 [132], 1).

Que chaque communauté catholique locale, dans le monde entier, s’engage à valoriser et à accueillir le trésor spirituel et culturel propre des Catholiques chinois. Le temps est venu de goûter ensemble les fruits authentiques de l’Evangile semé dans le sein de l’antique « Empire du Milieu » et d’élever vers le Seigneur Jésus Christ le cantique de la foi et de l’action de grâce, enrichi de notes authentiquement chinoises.

10. Je m’adresse avec respect à ceux qui conduisent la République Populaire de Chine et je renouvelle l’invitation à poursuivre, avec confiance, courage et clairvoyance, le dialogue entrepris depuis longtemps. Je désire assurer que le Saint-Siège continuera à œuvrer sincèrement pour grandir dans l’authentique amitié avec le Peuple chinois.

Les contacts actuels entre le Saint-Siège et le Gouvernement chinois se sont montrés utiles pour dépasser les oppositions du passé, même récent, et pour écrire une page de collaboration plus sereine et concrète dans la conviction commune que « l’incompréhension ne sert ni les Autorités chinoises, ni l’Église catholique en Chine » (Benoît XVI, Lettre aux Catholiques chinois, 27 mai 2007, n. 4).

De cette manière, la Chine et le Siège Apostolique, appelés par l’histoire à une tâche ardue mais fascinante, pourront agir plus positivement pour la croissance ordonnée et harmonieuse de la Communauté catholique en terre chinoise, mettront tout en œuvre pour promouvoir le développement intégral de la société, assurant un plus grand respect de la personne humaine y compris dans le domaine religieux, ils travailleront concrètement pour préserver l’environnement dans lequel nous vivons et pour édifier un avenir de paix et de fraternité entre les peuples.

En Chine, il est d’importance fondamentale que, même au niveau local, soient toujours plus fructueuses les relations entre les Responsables des communautés ecclésiales et les Autorités civiles, par un dialogue franc et une écoute sans préjugés qui permette de dépasser des attitudes réciproques d’hostilité. Il y a à apprendre un nouveau style de collaboration simple et quotidienne entre les Autorités locales et les Autorités ecclésiastiques – Evêques, prêtres, Anciens des communautés – de manière à garantir le déroulement ordonné des activités pastorales, en harmonie entre les légitimes attentes des fidèles et les décisions qui sont du ressort des Autorités.

Cela aidera à comprendre que l’Eglise en Chine n’est pas étrangère à l’histoire chinoise, ni ne demande aucun privilège : sa finalité dans le dialogue avec les Autorités civiles est de « parvenir à une relation empreinte de respect réciproque et de connaissance approfondie » (Idem).

11. Au nom de toute l’Eglise j’implore du Seigneur le don de la paix, tandis que je vous invite tous à invoquer avec moi la protection maternelle de la Vierge Marie :

Mère du Ciel, écoute la voix de tes enfants, qui humblement invoquent ton nom.

Vierge de l’espérance, nous te confions le chemin des croyants sur la noble terre de Chine. Nous te prions de présenter au Seigneur de l’histoire les tribulations et les efforts, les supplications et les attentes des fidèles qui te prient, ô Reine du Ciel !

Mère de l’Eglise, nous te consacrons le présent et l’avenir des familles et de nos communautés. Protège-les et soutiens-les dans la réconciliation entre frères et dans le service des pauvres qui bénissent ton nom, ô Reine du Ciel !

Consolatrice des affligés, nous nous adressons à toi pour que tu sois un refuge pour tous ceux qui pleurent dans l’épreuve. Veille sur tes enfants qui louent ton nom, fais qu’ils portent unis l’annonce de l’Evangile. Accompagne leurs pas pour un monde plus fraternel, fais qu’ils portent à tous la joie du pardon, ô Reine du Ciel !

Mairie, Aide des Chrétiens, pour la Chine nous te demandons des jours de bénédiction et de paix. Amen.

Du Vatican, le 26 septembre 2018.

Église en sortie 20 avril 2018

Cette semaine à Église en sortie, Francis Denis reçoit en entrevue Mgr Marcel Utembi, archevêque de Kisangani, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo  et Mgr Fridolin Ambongo, archevêque co-adjuteur de Kinshasa (RDC) pour parler de l’Église catholique au Congo et de la situation socio-politique actuelle de ce pays. Et on vous présente la chronique des actualités de la rue avec l’abbé Claude Paradis de l’apostolat Notre-Dame de la Rue.

CECC: Information urgente concernant une motion qui sera déposée au Parlement

Photo: Osservatore romano

Les médias informent les bureaux de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) qu’une motion associant l’Église catholique au fonctionnement des anciens pensionnats indiensfera l’objet d’un débat à la Chambre des Communes et peut-être aussi au Sénat. Le document ci-joint a pour objectif de fournir le contexte sur cette question et de clarifier un certain nombre d’inexactitudes qui circulent ou qui sont rapportées.

Lien au document (PDF)
Lien à la lettre aux peuples autochtones du Canada

Les évêques du Canada cités par le pape François

Vous trouverez ci-dessous l’extrait (no 99) de l’exhortation apostolique Gaudete et Exultate du pape François où il fait référence à un document produit par la Conférence des évêques catholiques du Canada en février 2001:

« Pour les chrétiens, fidélité au Maître implique une saine et permanente insatisfaction. Bien que soulager une seule personne justifierait déjà tous nos efforts, cela ne nous suffit pas. Les Évêques du Canada l’ont exprimé clairement en soulignant que, dans les enseignements bibliques sur le Jubilé, par exemple, il ne s’agit pas seulement d’accomplir quelques bonnes œuvres mais de rechercher un changement social : « Pour que les générations futures soient également libérées, il est clair que l’objectif doit être la restauration de systèmes sociaux et économiques justes de manière que, désormais, il ne puisse plus y avoir d’exclusion ».[83]

Vous trouverez le texte cité par le pape François sur le site de la Conférence des évêques catholiques du Canada au lien suivant:

Conférence Canadienne des Évêques catholiques : Commission des Affaires Sociales, Lettre ouverte aux membres du Parlement, Le bien commun ou l’exclusion, un choix pour les canadiens (1er février 2001), n. 9.