Église en sortie 15 juin 2018

Cette semaine pour la dernière émission d’Église en sortie de la saison, Francis Denis reçoit le prêtre, chanteur, prédicateur français Michel-Marie Zanotti-Sorkine avec qui il discute des sujets chauds de l’actualités ecclesiale tel que la paroisse au XXIe siècle, les sacrements, la foi, l’évangélisation, les jeunes et le discernement vocationnel. On vous présente également un vidéo rétrospective de la Procession de la Fête-Dieu dans les rues de Montréal.

Le sacrement de la non-violence fait des martyrs pour la Vérité

Fr Jerzy cropped

Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – dimanche 29 mai 2016

Genèse 14,18-20

1 Corinthiens 11,23-26

Luc 9,11b-17

Les quatre évangiles nous racontent la merveilleuse histoire de la multiplication des pains et des poissons, située à Tabgha, lieu des sept fontaines sur le rivage Nord-Ouest de la mer de Galilée. L’évangile d’aujourd’hui jette un regard en arrière sur la riche théologie et spiritualité d’Israël et aussi en avant pour contempler la notion de vie dans le royaume de Dieu en tant que banquet que le Messie, lui-même, présidera.

Les lecteurs de Marc ont vu cet incident comme une anticipation du dernier repas (14,22) et du banquet messianique, les deux furent célébrés dans les eucharisties de la communauté. L’ajout de Matthieu du nombre de personnes présentes et rassassiées est très important, parce que le nombre total pourrait bien avoir atteint 20 ou 30 000 personnes. Comme la population juive totale de la Palestine au temps de Jésus est estimée à un demi-million, Jésus est présenté nourrissant un dixième de la population. Ceci donne aux histoires de multiplications des pains un caractère social, qui les rend différentes des histoires de guérison ou des récits des autres évangiles.

Luc, de tous les évangélistes, relie immédiatement ce récit de repas avec la prédication de Jésus sur sa Passion et ses instructions au sujet du port de la croix quotidienne (9,18-27). Célébrer l’eucharistie en mémoire de Jésus (22,19) signifie partager non seulement sa mission (9,1-6) mais aussi son dévouement et son destin, symbolisés par la croix (9,18-27). L’eucharistie est là pour nous nourrir et nous renforcer pour continuer fidèlement notre chemin – pain pour la route.

Nourrir le nouvel Israël

Situons le passage d’aujourd’hui (Luc 9,11-17) à l’intérieur de l’évangile de Luc. Le chapitre 9 commence avec la mission des douze: ils sont envoyés proclamer le royaume, dominer sur les démons, apporter la bonne nouvelle au monde, et guérir leurs maladies. Jésus donne à ses disciples qui reviennent tout juste de prêcher et guérir le peuple de Dieu une nouvelle charge : ils peuvent nourrir de l’eucharistie l’Israël reconstitué.

Luc nous enseigne deux leçons importantes dans l’évangile d’aujourd’hui. D’abord Jésus accueille cette grande foule de gens ordinaires, même si « les douze » voulaient les renvoyer. L’utilisation chez Luc « des douze » pour indiquer un groupe spécial de disciples renvoie à ce nombre dans les traditions du peuple d’Israël. En particulier, il rappelle les douze tribus d’Israël. En utilisant le terme « Douze », Luc indique qu’être choisi pour servir d’une manière particulière n’est pas une excuse pour se distancer de la foule, du peuple ordinaire. Au contraire, les Douze, comme Jésus, doivent être accueillant.

Deuxièmement, Jésus enseigne que les disciples doivent partager ce qu’ils ont. Dans le partage, il y aura plus qu’assez. La raison logique et humaine dit : « Nous n’avons pas plus que cinq pains et deux poissons. » Mais Jésus demande que ces maigres provisions, ainsi que la générosité des disciples, dépassent leurs limites. De tous les évangélistes, Luc met l’accent sur le fait que le salut est atteint dans les réalités pratiques de la vie humaine.

Le sacrement de la non-violence

L’eucharistie assume tout l’enseignement, la passion et la mort de Jésus et sa manière non violente doit être au cœur de l’eucharistie. Le récit de la passion de Luc est centré sur l’Agneau, qui va à sa mort, rejetant la violence, aimant les ennemis, retournant le mal en bien, priant pour ses persécuteurs. L’eucharistie est donc vraiment le sacrement de la non-violence. La manière de Jésus de vaincre le diable et la violence doit être la manière chrétienne : la manière de la non-violence, de l’amour et du pardon. La manière non-violente de Jésus est historiquement au cœur de son enseignement et en même temps au cœur de sa passion et de sa mort.

Homme de l’Eucharistie et martyr de la vérité

Cette réalité de l’Eucharistie est présente dans la vie d’un jeune prêtre polonais. Le père Jerzy Popieluszko (1947-1984) était béatifié en tant que martyr en la fête du Corps du Christ, le 6 juin 2010 sur la place Pidlsudski de Varsovie. Je souhaite vous parler un peu de ce remarquable prêtre qui a été un héros et un modèle pour moi au cours de plusieurs années. Jerzy Popieluszko est né le 14 septembre 1947 dans le village d’Okopy dans l’Est de la Pologne. Il venait d’une solide famille catholique romaine. Après le secondaire, Jerzy est entré au séminaire à Varsovie, plutôt que le séminaire local de Bialystok. Sa formation a été interrompue par deux années de service militaire, pendant lequel il s’est battu plusieurs fois pour vivre sa foi chrétienne.

Après son ordination, le jeune prêtre, qui n’a jamais joui d’une bonne santé, a eu plusieurs ministères avant son dernier à la paroisse de St Stanislas Kostka à Varsovie. Il a travaillé à mi-temps à la paroisse ce qui lui permettait de travailler en même temps avec le personnel médical. Du fait de son travail avec le personnel de la santé, il lui a été demandé d’organiser les équipes médicales pendant les visites du pape Jean-Paul II en Pologne, en 1979 et à Varsovie en 1983.

Août 1980 voit les débuts du syndicat Solidarność en Pologne. Les ouvriers de l’usine d’acier qui étaient en grève pour appuyer les constructeurs de navires des chantiers navals de la Mer Baltique ont demandé un prêtre pour leur dire la messe. Le sort est tombé sur le père Jerzy. Il est resté avec les ouvriers nuit et jour. Solidarność représentait pour lui une vision qu’il avait apprise de Maximilian Kolbe : celle d’une liberté spirituelle au milieu d’un esclavage physique. Cette vision de la vérité sur la vocation de chaque homme et femme, Jerzy l’a promue au milieu des ouvriers par sa présence.

Le 13 décembre 1981, les autorités communistes imposèrent la loi martiale, arrêtant beaucoup de militants de Solidarność et lançant un programme d’harcèlement et de représailles contre les autres. Beaucoup d’entre eux qui avaient fait la grève perdirent leur travail, et ainsi leur capacité à soutenir leur famille ; d’autres furent battus dans les rues et laissés pour morts. Le père Popieluszko devint un important pivot d’un programme assistance financière pour soutenir les familles affectées par la loi martiale.

Il assistait régulièrement aux procès des militants de Solidarność, siégeant ostensiblement en cour avec leur famille pour que les prisonniers puissent voir qu’ils ne les avaient pas oubliés. Ce fut dans la salle du tribunal qu’il a eu l’idée de célébrer une messe mensuelle pour le pays, pour tous les prisonniers et leurs familles. Ce n’était pas une manifestation politique, le père Popieluszko demandait à son assemblée de ne pas porter de bannières ni de scander des slogans. Ses messes pour la mère patrie devinrent bien connues non seulement à Varsovie, mais à travers la Pologne, attirant souvent 15 000 à 20 000 personnes. Le père Popieluszko insista pour que le changement doit se faire d’une manière pacifique ; le signe de paix fut l’un des plus poignants moments de chaque messe pour le pays.

Le père Popieluszko ne fut ni un militant social ni un militant politique. Il fut un prêtre catholique fidèle à l’Évangile. Il n’était pas un orateur énergique mais quelqu’un d’une profonde conviction et intégrité. Sa sainteté réside dans une rectitude fondamentale qui a donné de l’espoir au peuple dans les situations d’horreur. Il savait que tous les systèmes totalitaires reposent sur la terreur et l’intimidation. Les communistes le voyaient comme un ennemi parce qu’il libérait le peuple de la peur du système. Il a démontré l’hypocrisie du régime communiste et il a enseigné aux croyants comment confronter le totalitarisme. Bien souvent Jerzy a fait siennes les paroles de saint Paul : « Combat le diable avec le bien. »

Le 19 octobre 1984, le jeune prêtre fut kidnappé par des agents de sécurité alors qu’il rentrait à Varsovie après une visite à une paroisse de la ville voisine de Bydgoszcz. Il fut sauvagement battu jusqu’à perdre conscience et son corps fut attaché, de telle manière qu’il s’étranglerait au moindre mouvement. Son corps lesté fut ensuite jeté dans un réservoir profond. Ses tueurs accomplirent leur tâche avec une brutalité sans précédents ce qui montre leur haine de la foi que le prêtre incarnait. Le chauffeur de Jerzy, qui est parvenu à s’échapper, a pu tout raconter à la presse. Le 30 octobre, le corps attaché et bâillonné de Popieluszko était trouvé dans les eaux glacées d’un réservoir près de Wloclawek. On a largement cru que le meurtre brutal du père Jerzy a accéléré l’écroulement du régime communiste en Pologne.

Les funérailles du jeune prêtre furent une démonstration publique massive avec plus de 400 000 personnes présentes. Des délégations officielles de Solidarność apparurent devant le pays entier, pour la première fois depuis l’imposition de la loi martiale. Le père Jerzy fut enterré dans le jardin de sa paroisse de St Stanislaw Kostka. Dix-sept millions de personnes sont venus sur sa tombe jusqu’à ce jour.

J’ai eu le privilège de prier plusieurs fois sur sa tombe dans la banlieue ouvrière de Varsovie et de témoigner de l’effet extraordinaire que ce jeune prêtre a eu sur tant de jeunes. Il a promu le respect pour les droits humains, pour les droits des ouvriers et la dignité des personnes, toujours à la lumière de l’Évangile. Il a pratiqué, pour la Pologne et le monde entier, les vertus de courage, de fidélité à Dieu, à la croix du Christ et à l’Évangile, d’amour de Dieu et de la patrie. Il a représenté le patriotisme au sens chrétien du terme, en tant que vertu culturelle et sociale. Il avait une profonde dévotion à l’eucharistie. Plus de 80 rues et places en Pologne portent le nom du père Jerzy. Des centaines de statues et plaques mémoriales ont été dévoilées en hommage ; plus de 18 000 écoles, organismes de charité, groupes de jeunes et clubs de discussions portent son nom.

Parce que le prêtre assassiné a été proclamé un martyr pour la haine de la foi, le procès en béatification de Popieluszko ne nécessitait pas de miracle. La vérification formelle d’un miracle n’est pas nécessaire même si beaucoup ont été rapportés. Son témoignage est un exemple pour les prêtres, à la lumière de sa fidélité totale au Christ. Le père Jerzy est un modèle pour nous, nous rappelant de nous efforcer que ce que nous disons et faisons extérieurement soit toujours en accord avec notre conscience intérieure.

Béni sois-tu, Jerzy Popieluszko, homme de l’eucharistie, martyr pour la vérité, ta vie fut rompue et partagée pour les multitudes. Le sang de ton martyr est devenu semence de foi pour ta patrie et pour l’Église. Tu es un prêtre à jamais selon l’ordre du roi de Melkisédek (Psaume 110). Prie pour nous.

Nourriture fabuleuse et boisson pour la route

Réflexion biblique pour la Solennité du Corps et du Sang du Christ
 
L’évangile de ce jour (Marc 14, 12-16; 22-26) associe la mort de Jésus avec la grande fête de libération d’Israël. A la première Pâque, le sang sur les portes avait pour but de préserver les premiers-nés de la mort. Le pain rompu au Dernier Repas symbolise le partage des disciples dans l’offrande de Jésus. Boire la coupe de sang crée un lien commun nouveau et dynamique. Le sang de Jésus sanctifie et revitalise chacun de nous. L’eucharistie a quelque chose qui la distingue de tout autre mémorial. C’est à la fois un mémorial et une présence, même si elle est cachée sous les signes du pain et du vin. 
 
Notre liturgie eucharistique proclame le seul lien de vie entre Dieu et son peuple. A la manière du sang qui coule du cœur et unit tous les membres dans un seul flot de vie, ainsi sommes-nous unis intimement avec Dieu à travers le corps et le sang de Jésus. La vraie nature de l’Eucharistie implique un lien avec Dieu et avec la communauté. Nos destinées sont entremêlées avec la propre vie de Dieu. Nous ne pouvons pas être seuls, car le sang est notre lien commun.
 
En célébrant la fête du Corps et du Sang du Seigneur cette année, nous réalisons deux choses.  Cette fête est quotidienne et pourtant, nous avons fixé un jour dans l’année pour célébrer la fête des fêtes que nous célébrons chaque jour. Non seulement célébrons-nous le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Seigneur, nous célébrons aussi la nouvelle identité donnée à ceux qui partagent entre eux le corps et le sang de Jésus et deviennent alors ce qu’ils mangent et boivent. [Read more…]