Le Concile de Jérusalem, le Défenseur et la stratégie pastorale

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Réflexion biblique du père Thomas Rosica c.s.b. pour le 6e dimanche de Pâques C (25 avril 2016)

La première communauté de l’Église à Jérusalem n’existait pas sans problèmes ! À l’évidence, le chapitre 15 des Actes des Apôtres met en relief plusieurs de ses controverses. Lorsque quelques-uns des Pharisiens convertis de Jérusalem découvrent les résultats de la première journée de mission de Paul [Actes 15, 1-5], ils insistent pour que les Gentils apprennent à observer la loi mosaïque. Reconnaissant l’autorité de l’Église de Jérusalem, Paul et Barnabé visitent Jérusalem afin de régler la question concernant le droit des Gentils à pratiquer une forme de christianisme qui omet cette obligation. Le « Concile de Jérusalem » [Actes 15, 1-35] marque le rejet officiel de cette vue rigide qui obligeait les Gentils à observer la loi mosaïque de manière stricte. De ce passage jusqu’à la fin du Livre des Actes, le texte de Luc se concentre sur Paul et la mission de Gentils.

Une des premières controverses majeures de l’Église

Si les Gentils sont invités à être chrétiens, ceci impliquerait-t-il qu’ils devront suivre les coutumes des Juifs convertis au christianisme ? Cela pourrait être interprété par l’imposition de règles correspondantes, comme la circoncision, les restrictions diététiques, et celles concernant le mariage. La scène de notre première lecture d’aujourd’hui présente d’une part, l’une des premières grandes controverses de l’Église paléochrétienne, et d’autre part, nous donne d’excellentes introspectives sur notre propre compréhension de la tradition, de la continuité, et de la résolution des conflits au sein de l’Église.

Dans la lecture du livre des Actes, il y a mention de quelques membres de l’Église de Jérusalem qui tentaient d’insister sur la circoncision comme procédé nécessaire pour le salut dans l’Église d’Antioche. Le problème classique de la première Église tournait autour de la nécessité de la loi mosaïque en tant qu’instrument de salut. Ayant été circoncis au huitième jour de sa naissance, Jésus y avait en effet parfaitement adhéré [Luc 2, 21], et n’annula jamais la force de la loi mosaïque. En effet, il affirme clairement : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » [Mathieu 5, 17]. Toutefois, Pierre, porté par l’inspiration du centurion romain de Cornelius, avait baptisé la maison de Dieu sans avoir recours à la circoncision.

Les Apôtres et les pères de l’Église s’étaient réunis pour la délibération et conclurent, conformément à la position de l’Église Mère à Jérusalem, que ni les lois mosaïques ni les multiples traditions des rabbins ne sont nécessaires. Par courtoisie aux traditions des nouveaux convertis, ces derniers étaient dispensés de faire part du sang, de mariages liés par certains liens de sang, ou des pratiques liées aux animaux étranglés, et ce pour ladite raison.

L’Esprit Saint n’est pas limité par la tradition et l’histoire

C’est ainsi que le Concile de Jérusalem avait réglé une question doctrinale sur la circoncision et la loi mosaïque, cependant de manière à sauvegarder la paix. Ce procédé sert de paradigme à suivre aujourd’hui pour aborder les questions de la tradition, de la continuité et du conflit. Les apôtres Pierre et Paul expriment un respect remarquable pour la manifestation de l’Esprit Saint dans la vie des personnes et des situations ordinaires. Même lorsque l’Esprit semblait anéantir les traditions sacrées qui existaient depuis des siècles, Pierre et Paul savaient que le Saint Esprit ne se limitait ni à la tradition, ni à l’histoire.

Ni Pierre ni Paul ne manquaient d’audace pour présenter leurs cas et leurs questions aux prélats qui étaient à la tête de l’Église. C’est à travers la prière, le jeûne, la consultation, et le suffrage que les décisions sont prises. En tout état de cause, la toile de fond de tout cela consiste à préserver la paix quel que soit le coût, sans toutefois compromettre les principes et les droits de l’Homme. Après tout, le cadeau d’adieu de Jésus est la paix, et non pas la division et le désaccord. Nos jugements et décisions doivent nous guider et guider notre postérité à accomplir notre but ultime, qu’est la Nouvelle Jérusalem terrestre, le règne de la justice, de la paix et de la joie parmi nous. [Read more…]

Rencontre avec un témoin de Vatican II

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Comme nous le savons, cette année sera l’occasion de fêter le cinquantième anniversaire de la clôture du Concile Vatican II. Pour l’occasion et afin d’en apprendre un peu plus sur cet événement exceptionnel, je me suis rendu à Ottawa afin d’y rencontrer un de ses rares témoins. Mgr Jacques Landriault, aujourd’hui âgé de 93 ans, n’a rien perdu de sa ferveur et de la joie à proclamer haut et fort l’Évangile du Christ. Mgr Landriault était à peine ordonné évêque auxiliaire du diocèse d’Alexandria-Cornwall lorsqu’il fut appelé à représenter les évêques canadiens au Concile Vatican II. Énorme tâche qu’il avoue n’avoir pu accepter que grâce à la même Force de l’Esprit qui lui avait permis de dire « oui » à son ordination comme « successeur d’apôtre » comme il le dit.

Mgr Landriault a donc pu participer activement aux 2e, 3e et 4e sessions du Concile. Durant ces trois années romaines, il s’est dédié totalement à connaître et à s’imprégner le plus possible de l’atmosphère de renouveau qui soufflait sur l’Église. En ce sens, ce père conciliaire n’hésite pas à utiliser l’image d’un « printemps » de l’Église, d’une période où, d’un commun accord, on désirait ardemment s’abreuver à cette source intarissable qu’est l’Évangile. Ce souci d’authenticité, c’est ce qui a animé Mgr Landriault durant toute sa vie de pasteur. Pour lui, le Concile fut véritablement :

« Une intervention visible (et même sentie !) de l’Esprit Saint pour donner à l’Église un élan nouveau […], l’air frais dont l’Église avait tellement besoin, le souffle de l’Esprit, pour nous donner une vie nouvelle. »

Ce qui reste gravé dans sa mémoire est sans aucun doute la rencontre des évêques en assemblée générale. Au tout début, les 2 800 évêques ne se connaissaient pas entre eux. À la fin du Concile, de nombreuses amitiés étaient nées non pas seulement au sein de l’épiscopat d’un même pays mais aussi entre évêques de différentes nationalités. Selon lui, le Concile a ainsi réussi à faire tomber les murs qui existaient entre les évêques de nations différentes et ainsi ouvrir des perspectives nouvelles. En ce sens, on peut dire que leunnamed Concile a précédé de quelques décennies la globalisation actuelle!

À la question sur le moment qui l’a le plus marqué durant ces années, Mgr Landriault détourne mes yeux de Rome pour me ramener au Canada. Pour lui, le Concile s’est vécu d’abord et avant tout dans ses propres diocèses : à Hearst d’abord et à Timmins ensuite où il fut évêque pendant 19 ans. Pour lui, le Concile devait être vécu par l’ensemble des baptisés. C’est ainsi qu’il a envoyé aux études 15 prêtres pour qu’ils approfondissent les 16 documents conciliaires. Il souhaitait que les membres du peuple de Dieu qui lui avait été confiés soient nourris directement de Vatican II et non, comme il le dit ouvertement, de certaines idées qu’on véhiculait aisément dans les médias de l’époque. Il s’est donc dévoué à donner des outils de formation très poussés, en mesure de donner la nourriture intellectuelle et spirituelle nécessaire pour répondre correctement à l’appel universel à la sainteté. [Read more…]